top of page

Le bienheureux Salvador Pigem Serra, séminariste

 

Martyr de la foi et de la charité

Viloví de Oñar (Gérone, Espagne),

15 décembre 1912-13 août 1936.

 

 

 

par le père Muñoz

 

 

 

Ce texte est tiré du bulletin Oasis de Jesús Sacerdote nº 107, d’octobre-décembre 2001 (Lista de Correos, 08310 Argentona [Barcelona], Espagne). C’est le dix-septième article de la série : « Nos martyrs, Croisade espagnole 1936-1939 ». Traduction assurée par nos soins.

Le Sel de la terre.

 

 

Enfance

 

ON CONNAISSAIT l’honnêteté et la bonté de ses parents : José, se­crétaire de mairie, et Mercedes qui tenait un commerce. Il était le deuxième de six enfants. Dès son enfance il apprit à prier trois « Je vous salue Marie » à son réveil, et le chapelet avant de se coucher. Un jour, le père Salavedra, missionnaire clarétain [1], vint prêcher dans son village. Salvador sortit pour le recevoir :

 

— C’est vous le père prédicateur ?

— Oui.

— M. l’abbé Pie m’a dit de venir vous attendre. Je porterai votre valise.

 

Il avait onze ans.

 

— Comment t’appelles-tu ?

— Salvador Pigem, pour servir Dieu et vous-même. 

— Es-tu enfant de chœur ?

— Oui et non… Voyez, ma mère n’a pas une bonne santé, et je ne peux servir la messe tous les jours. J’y vais quand je peux.

— Tu aimerais être prêtre ?

 

Salvador garde un instant de silence.

 

— Ah, oui, cela me plairait.

— Et missionnaire ? Tu irais prêcher au loin, en Afrique, en Chine…

— Comme vous ? Ah, oui, cela me plairait.

 

En juin 1924 il entrait au séminaire pour être missionnaire clarétain. Joyeux, vif et très intelligent, il prenait l’initiative dans les jeux. Dans les études, il reçut la note maximale de cette époque : « Meritissimus major ».

En 1932 il reçut les ordres mineurs. Il était déjà théologien, et croissait sans cesse en piété et intelligence.

Déjà, on sentait « le sang et la poudre ». Salvador écrit dans une lettre : « Ici, à Balastro, quand nous sortons nous promener, souvent quelques voyous nous saluent en faisant “le corbeau” (insulte anticléricale) et, en réalité, ils le font bien ; ce sont des garçons de 15 à 20 ans. Dans l'Évangile, il est dit : Si le monde vous hait, pensez qu’il m’a haï avant vous, et c’est bon signe : cela veut dire que nous n’êtes pas du monde, mais que vous êtes mes disciples. »

 

 

Héroïsme

 

Le 20 juillet 1936, a lieu la fouille du séminaire par les miliciens et les sémi­naristes sont emmenés en prison. Tous étaient persuadés qu’on allait les tuer. Le père Sierra leur dit : « Soyez prêts, car à l’heure où vous y penserez le moins, le Fils de l’homme viendra. » Et le frère Vall leur apprend que, ce matin même, on avait fusillé l’évêque, Mgr Florentino Asensio Barroso, et quelques pères claré­tains.

La ferveur du martyre s’enflamme de plus en plus dans ces âmes juvéniles. Ils se passèrent de main en main un tabouret de bois où il avait été écrit : « Christe, morituri te salutant (Christ, ceux qui vont mourir te saluent). » Le texte était illustré de palmes et de couronnes. Tous étaient prêts à boire le calice du sacrifice. L’amour du Christ les pressait, comme saint Paul (2 Co 5, 14). En effet, tous furent immolés par groupes, du 12 au 13 août, puis du 14 au 15.

 

 

Martyre et charité

 

L’après-midi du 10 août 1936, un groupe nombreux de miliciens revint du front, certains pour se reposer, d’autres pour rester à l’arrière, et d’autres pour être hospitalisés. En vérité, ils apportaient une nouvelle terrifiante : quelques mi­liciennes qui étaient allées dans les tranchées pour « réjouir » les miliciens, avaient été fusillées par ordre de Durruti, anarchiste de la FAI, pour avoir contaminé, par leurs maladies vénériennes, de nombreux combattants.

Un de ceux qui s’étaient ainsi repliés vint par curiosité voir les prisonniers. Il fixa Salvador Pigem et lui dit :

 

— Dis-moi, tu ne t’appelles pas par hasard Salvador Pigem ?

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— Parce que j’ai travaillé dans l’Hôtel du Centre, à Gérone, et je me rappelle avoir vu là un neveu des propriétaires qui disait toujours qu’il voulait devenir prêtre. Il te ressemblait beaucoup… et même, il avait une mèche de cheveux plus claire, comme toi. Je jurerais que c’est toi…

— Eh bien, oui, c’est vrai. Vous travailliez à la cuisine et vous étiez alors un jeune homme.

— C’est cela ! Je suis Carlos.

— Eh bien moi, je suis Salvador Pigem. Comme tu le vois, je suis religieux et j’ai été fait prisonnier. Je suis avec tous mes compagnons de séminaire…

— Écoute, Salvador, ne prends pas cela à la légère, ils vont vous tuer un de ces jours. C’est clair comme le jour… Je suis syndicaliste, je lutte pour le triomphe de la révolution sociale… Il faut réaliser la justice pour les ouvriers.

— Bien, Carlos, quand tu verras mon oncle et ma tante [les propriétaires de l’hôtel], je te prie de les saluer de ma part et de leur dire…

— …Que l’on t’a tué, n’est-ce pas ?

— Bien, dis-le leur d’une autre manière. Dis-le leur que je serai très heureux de donner ma vie pour la foi.

 

Le milicien ouvrit les yeux comme deux soucoupes :

 

— Mais tu es fou ! Écoute-moi. J’ai toujours eu de très bons rapports avec ton oncle et ta tante. Ils m’ont très bien traité et toujours payé largement. De plus, je me rappelle qu’en ce temps-là nous étions amis et nous jouions ensemble. C’est pour­quoi je ne peux permettre qu’on te tue pour une bêtise.

— S’il te plaît, Carlos, il s’agit d’une chose très sérieuse ; être martyr de la foi et de la religion n’est pas une bêtise.

— Si, ce sera une bêtise très sérieuse, mais une bêtise. Tu peux échapper à la mort, et tu dois le faire.

 

Le milicien devenait nerveux devant « l’entêtement » de son ami, qui de­meura pensif quelques instants.

 

— A quelles conditions ? demanda Salvador.

— Sans aucune condition. Je t’obtiendrai un « laissez-passer », et tu seras libre. Je t’accompagnerai moi-même jusqu’à ta maison pour plus de sécurité. 

 

L’offre était très tentante. Il pouvait sauver sa vie sans apostasier… il pou­vait continuer d’être religieux… il pourrait plus tard prêcher et être mission­naire… Alors, Salvador dit :

 

— Pourrais-je poser, moi, une condition ?

— Bien sûr – répondit le milicien en s’animant –, du moment que cela dépende de moi.

— Bien. Alors, c’est à la condition que tu sauves avec moi tous mes compa­gnons de prison.

 

Le milicien resta stupéfait.

 

— Mais, pour l’amour de Dieu, Salvador, tu dois comprendre que c’est trop demander. Ni moi, ni personne ne peut le faire… Crois-moi, si cela dépendait de moi… Moi, pour te sauver, toi, personnellement, je ne crains pas d’exposer ma vie, et j’affronterai le danger. Mais sauver les autres est une chose absolument impos­sible…

— Oui, oui, je comprends (interrompit Salvador tranquillement). Je n’insiste pas. Mais… je reste ! Je veux mourir avec mes frères… Moi et eux, nous mourrons pour la même chose. Pour cette même chose pour laquelle nous avons vécu. Merci mon ami ! Que Dieu te le rende. Je prierai pour toi au ciel.

 

Le milicien, stupéfait, serra fortement les mains de son ami et, ému, avec des larmes dans les yeux, il insista encore une fois :

 

— Salvador, penses-y bien. Il est encore temps.

— Merci, Carlos ! J’y ai bien pensé…

 

Et il le regarda avec une immense gratitude, pendant que les larmes lui montaient aussi aux yeux.

Lorsque Salvador revint vers ses compagnons, ils le harcelèrent de ques­tions. Le jeune héros qui venait de jouer sa vie, leur raconta l’entrevue avec sim­plicité. Tous ressentirent une admiration infinie pour Salvador, et plus d’un s’exclama : « Moi, j’aurais fait de même ! »

Un jour, au petit matin, alors qu’il faisait encore nuit, une patrouille de mi­liciens et d’hommes armés de pistolets se présenta à la prison, portant des cordes souillées de sang qui leur avaient servi les nuits précédentes pour leurs tâches sanguinaires. Ils attachèrent tous les prisonniers deux par deux. Les uns pardon­naient à leurs assassins, les autres baisaient avec effusion ces cordes ensanglan­tées. Avant de les faire sortir dans la rue, ils leur intimèrent une dernière fois :

 

— Si vous voulez aller au front, nous vous accordons la vie.

— Nous préférons mourir pour Dieu et pour l’Espagne. Jamais nous n’aurons le ciel avec plus de sécurité que maintenant. 

 

Ce fut une réponse unanime : ils préféraient mourir pour Dieu et pour l’Espagne que mourir pour le communisme.

En montant dans le camion, ils entonnèrent « Nous chantons à l’Amour des amours » avec de fréquents « vivas » au Christ-Roi… Au lieu-dit de Saint-Michel, au bord de la route de Sariñena, on les fit descendre. Ils tombèrent l’un après l’autre sous les balles qui leur ôtèrent la vie. Parmi eux, était le valeureux Salva­dor qui mérita la double couronne du martyre et de « la plus grande charité ». C’était à l’aube du 13 août 1936. Il avait 23 ans ; il était étudiant en théologie. Aujourd’hui, il est bienheureux dans le ciel.

 

Bienheureux Salvador Pigem Serra, priez pour nous !


[1] — Congrégation fondée par saint Antoine-Marie Claret (1807-1870), Catalan d’origine, archevêque de Cuba, canonisé par Pie XII le 7 mai 1950 (fête le 23 octobre). (NDLR.)

Informations

L'auteur

Le révérend père Pedro de la Inmaculada Muñoz Iranzo fut ordonné prêtre le 31 mai 1952, au cours de la plus grande cérémonie d’ordination sacerdotale de tous les temps : 819 diacres, en grande partie espagnols, furent ordonnés prêtres par 21 évêques sur 21 autels répartis dans un grand stade, à l’occasion du 35e Congrès eucharistique.

De tous ces prêtres, seul le père Muñoz resta fidèle à la messe de son ordination.

Présentation du R.P. Muñoz.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 41

p. 205-208

Les thèmes
trouver des articles connexes

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

Vies de Saints : Modèles de Sainteté Traditionnelle

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page