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Catéchisme des vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines

 

 

 

par S. Exc. Mgr Antonio de Castro Mayer

 

 

 

On trouvera les précédentes parties de ce Catéchisme dans les numéros suivants du Sel de la terre : numéro 37, pages 54 à 62 (sur la liturgie) ; nu­méro 38, pages 7 à 20 (sur la structure de l’Église) ; numéro 39, pages 30 à 38 (sur les méthodes d’apostolat) ; numéro 40, pages 46 à 52 (sur la vie spiri­tuelle) et numéro 41, pages 28 à 44 (sur la nouvelle morale, le rationalisme et le laïcisme).

Nous reproduisons le texte français édité par la « Cité catholique » en 1962 (Verbe, La Cité catholique, Québec, tiré à part du nº 103). Toutefois, en plusieurs endroits, nous avons corrigé la traduction. Les références aux documents du magistère ont été mises à jour et complétées, et les textes ont souvent été ajoutés en note. Dans les tableaux, le signe désigne l’erreur condamnée, et le signe q indique la vérité catholique correspondante.

Le Sel de la terre.

 

 

VII — Sur les relations entre l’Église et l’État

 

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m Dans le stade actuel de l’évolution de la société humaine, l’État a pris une conscience plus grande de sa propre autonomie, en sorte qu’il ne lui est plus possible de maintenir avec l’Église des relations aussi intimes qu’autrefois. A l’antique État « pharisaïquement » chrétien doit succéder, dans la future chrétienté, un état « vitalement » chrétien, c’est-à-dire animé de l’esprit évangélique, fruit de la collaboration de toutes les confessions chrétiennes, se­lon le message plus ou moins dense de chacune, mais sans qu’il y ait de la part du gouvernement une pro­tection spéciale envers l’une d’elle.

q L’État a pour fin propre de pourvoir au bien temporel et, dans sa sphère, il est souverain. L’Église tutrice du droit naturel sur toute la terre, a le droit de voir respectées ses lois et ses doc­trines par les pouvoirs publics temporels. L’État doit se déclarer officiellement catholique et doit mettre toutes ses ressources au service de la préservation et de l’expansion de la foi.

 

Explication

La phrase réfutée s’aligne logiquement sur la doctrine de la séparation de l’Église et de l’État condamnée par le Syllabus (proposition 55 [1]) et de nouveau proscrite par Léon XIII dans l’encyclique Immortale Dei, par saint Pie X dans Vehementer et, plus récemment, par la lettre de la sacrée congrégation des Séminaires à l’épiscopat brésilien (AAS 42, page 841 [2]). En outre, la proposition réfutée contient plusieurs autres notions inacceptables. Dans toute la rigueur de son expression, elle revient à dire que le régime d’union entre l’Église et l’État, tel qu’il a existé au Moyen Age, représentait une phase préliminaire ou intermé­diaire, que les peuples, poussés par la force immanente de l’évolution, auraient ensuite surmontée. Or l’Église n’admet pas le déterminisme historique évolution­niste, qui implique la négation du libre arbitre et de la Providence divine. De même, elle n’admet pas que les situations diverses de l’humanité puissent triom­pher d’un ordre de relations déduit logiquement de la Révélation et de l’ordre na­turel et immuable des choses [3].

Moins encore, l’Église ne peut admettre que cette évolution se fasse dans le sens d’un indifférentisme religieux, de telle sorte que, dans la future chrétienté, le progrès de l’État doive consister dans l’égalité de toutes les confessions chré­tiennes. Si nous lisons les propositions 77 et 79 condamnées par le Syllabus, nous voyons que telle est bien la doctrine de l’Église [4]. Dans ce célèbre document, l’immortel Pie IX condamne l’opinion de ceux qui pensent que l’égalité des cultes signifie un progrès (proposition 77, DS 2977), et celle de ceux qui nient qu’une semblable égalité conduit à l’indifférentisme religieux (prop. 79, DS 2979).

Les mots « chrétienté », « pharisaïque » et « vital » méritent encore une re­marque. Une chrétienté consiste dans un ordre temporel de choses fondé sur la doctrine de Jésus-Christ. Si l’Église catholique enseigne seule cette doctrine de manière authentique, comment une « chrétienté » peut-elle s’organiser en s’inspi­rant aussi bien de ce qu’enseigne l’Église et de ce que prêchent les sectes héré­tiques ? Un exemple concret : si cette « chrétienté » admet le divorce, l’organisa­tion de la famille y sera-t-elle chrétienne ? Et si elle le rejette, pourra-t-elle se dire inspirée autant par la doctrine catholique que par les sectes chrétiennes favo­rables au divorce ?

D’autre part, il semble que le mot « pharisaïque » résonne comme une injure envers l’Église. Si le régime d’union de l’Église et de l’État a toujours été le seul accepté par l’Église ; si, en dépit des irrégularités ici ou là, il fut approuvé, main­tenu et pratiqué par tant de papes, par tant de rois élevés aux honneurs des au­tels, comment concevoir qu’un tel régime soit qualifié de « pharisaïque » sans en inférer les conséquences les plus injurieuses pour le Saint‑Siège et pour tant de saints ?

Quant à « vital », que signifie exactement cette expression ? Vital veut dire normalement : qui a la vie. Ne fut-elle pas vitalement chrétienne la civilisation sortie des mains de l’Église au Moyen Age ? Y a-t-il quelque espoir que soit vita­lement chrétien l’État interconfessionnel de la future « chrétienté » ?

Pour terminer ces remarques, il convient de rappeler que le régime d’union entre l’Église et l’État implique comme caractéristique nécessaire la plus grande indépendance de l’Église à l’égard de l’autorité civile en tout ce qui appartient au pouvoir spirituel ou mixte. Dans les temps modernes principalement, cet ordre a été faussé par les empiétements croissants de l’État dans le domaine ecclésias­tique. Il convient de condamner absolument de tels empiétements, de revendi­quer la liberté de l’Église, mais non pas de renoncer au principe de son union avec l’État. Et lorsque, dans un pays, le malheur des circonstances est si profond que la séparation constitue un mal moindre que l’union, parce que celle-ci y se­rait nécessairement dénaturée, on doit craindre pour ce pays. Car, rien de ce qui se sépare de Dieu et de son Église ne peut se maintenir longtemps. Un des pires effets de la séparation de l’Église et de l’État – même lorsqu’elle est un moindre mal – est la déformation qui se produit dans la mentalité populaire, laquelle s’habitue à considérer la vie temporelle de manière totalement naturaliste. On forme ainsi des mentalités profondément laïcisées et l’on est obligé de recon­naître que, sous un tel système de relations, il est très difficile de façonner l’âme de tout un peuple conformément à la pensée droite qui soumet la vie temporelle à Dieu.

 

— 67 —

 

m Le devoir politique des catho­liques consiste seulement à pro­mouvoir le bien temporel. En fa­veur de l’Église, ils doivent se li­miter à demander à l’État les li­bertés accordées à toute associa­tion privée.

q Le catholique doit agir sur la politique, non seule­ment en vue de promouvoir le bien commun dans le domaine temporel, mais encore d’obtenir que l’État reconnaisse à l’Église la qualité de société de droit public, souveraine dans sa sphère et pourvue de toutes les prérogatives qui lui appartiennent de droit comme seule véritable Église.

 

Explication

La proposition réfutée se ressent de l’influence de deux erreurs : – celle de la « morale nouvelle » qui, sur ce point, considère le bien commun temporel comme une fin en soi, entièrement indépendante d’une autre sphère ; – et celle de l’égalité entre la véritable Église et les fausses « églises » et associations privées.

Ainsi, la phrase réfutée tombe logiquement sous le coup de la proposition condamnée par Pie IX dans le Syllabus, qui déclare licite l’éducation sans rapport avec la foi catholique et l’autorité de l’Église, ordonnée exclusivement ou, du moins, principalement, à la connaissance des réalités naturelles et au bien ter­restre social (proposition 48, DS 2948 [5]). Elle mène aussi à l’erreur de la proposi­tion 54 condamnée par le Syllabus, selon laquelle l’autorité civile doit être placée au-dessus de l’autorité ecclésiastique (DS 2954 [6]).

 

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m Dans la sélection des immigrants, peu importe leur croyance : il suffit de considé­rer les avantages économiques, ethniques et politiques.

q Dans la sélection des immigrants, on doit prendre en considération, en premier lieu, leur croyance, et non pas seulement les besoins d’ordre économique, ethnique et politique.

 

Explication

L’unité d’un pays dans la vraie foi constitue le plus élevé de ses biens spiri­tuels. Il est évident qu’une telle unité peut être brisée si les frontières sont ou­vertes à des courants migratoires qui finissent par former des kystes religieux aussi dangereux dans le domaine spirituel que le sont les kystes sociaux dans le domaine politique. La phrase réfutée, qui se ressent du laïcisme des propositions antérieures, fait abstraction de ces considérations.

En outre, elle a été directement condamnée par le pape Pie IX dans le Syllabus, proposition 78, qui dit : « C’est donc de façon louable que dans cer­taines régions portant le nom de catholiques la loi a pourvu à ce qu’ils soient permis aux immigrants de pouvoir exercer publiquement leurs cultes respectifs » (DS 2978).

Car, en matière d’immigration, la considération du facteur religieux doit oc­cuper la première place. Bien que ce soit un droit naturel des nations surpeu­plées de pouvoir envoyer des émigrants dans les pays capables de les recevoir, cependant, il est nécessaire que ce droit soit exercé avec les précautions exigées par le droit supérieur qu’ont les populations catholiques de fidélité à l’Église. En d’autres termes, quand les circonstances obligent les pays catholiques à recevoir des immigrants des pays païens ou hérétiques, une série de mesures complexes s’impose pour qu’une telle immigration ne s’opère pas au détriment spirituel des populations catholiques. On peut voir toute la préoccupation du Saint-Siège concernant l’assistance spirituelle aux immigrants dans la constitution apostolique Exsul Familia du 1er août 1952 (AAS 44, page 649 sq. [7]).

 

— 69 —

 

m Les catholiques doi­vent s’unir sur le terrain social et économique à tout groupe, courant ou mouvement politique qui les aide contre le capita­lisme. Ainsi peuvent-ils accepter, dans leurs rela­tions avec les commu­nistes, la politique dite de la main tendue.

q Les catholiques peuvent consentir à unir leurs efforts à d’autres mouvements, courants d’idées, groupements, s’ils poursuivent, occasionnellement, la même fin immédiate. Mais ceci n’autorise pas une collaboration stable avec des éléments d’une autre doctrine. Les fins ultimes, les moyens employés et l’esprit avec lequel chacun recherche la fin qu’il se propose étant différents, il y a une vraie impossibilité de collaboration durable avec les communistes. Une telle colla­boration pourrait, en outre, nuire gravement aux catholiques et conduire le public à des confusions dangereuses. Les catho­liques doivent toujours éviter, dans leurs interventions dans les questions sociales, d’avoir l’air de soutenir la lutte des classes.

 

Explication

La phrase réfutée est très liée aux principes du laïcisme et de l’indifféren­tisme religieux des propositions précédentes. Elle subordonne toutes les considé­rations spirituelles et doctrinales à la simple préoccupation de succès occasion­nels et favorise les pires ennemis de l’Église. Rappelons que les communistes ont fait l’objet d’une condamnation spéciale de la part du Saint-Office (1er juillet 1949, AAS 41, page 334 [8]).

 

 

VIII — Sur les questions politiques,

économiques et sociales

 

— 70 —

 

m Jésus-Christ a prêché la pauvreté et l’humilité, la préférence pour les faibles et les petits. Une société pénétrée de cet es­prit doit éliminer les in­égalités de fortune et de condition sociale. Les ré­formes politiques et so­ciales découlant de la Révolution française fu­rent, consciemment ou non, d’inspiration évan­gélique et concourent à réaliser une société vrai­ment chrétienne.

q Jésus-Christ a prêché l’esprit de pauvreté et d’humilité, la préférence pour les faibles et les petits. Par pauvreté, l’Église entend le détachement des biens de la terre ou un emploi de ses richesses tel qu’elles servent au salut de l’âme et non à sa perte. Ainsi, elle n’a jamais enseigné qu’être riche est intrin­sèquement mauvais ; mais seulement qu’il est mauvais de faire un usage désordonné de la richesse. Par humilité, l’Église entend le fait, pour le fidèle, de reconnaître qu’il ne tient rien de lui-même et a tout reçu de Dieu et qu’il doit se mettre à la place qui lui revient. L’existence de classes so­ciales est donc une condition à la pratique de la vertu d’hu­milité. Quant à la préférence pour les faibles et les petits, elle serait impossible dans une société où tous seraient égaux. La Révolution française, dans la mesure où elle a cherché à réali­ser une complète égalité politique, sociale et économique dans la société idéale rêvée par ses auteurs, a été un mouvement satanique, inspiré par l’orgueil.

 

Explication

Il est certain que les inégalités, soit dans le domaine politique, soit dans le domaine social ou économique, ont souvent été iniques et ceci pour deux motifs principaux : soit parce que ces inégalités étaient illégitimes et résultaient de l’oppression ; soit parce qu’elles étaient accentuées au point de nier la dignité na­turelle de l’homme ou de lui ôter les moyens de vivre sainement et honnêtement. Un exemple typique d’inégalité exagérée est le sort très dur et immérité dans le­quel furent jetés les ouvriers, au XIXe siècle, par suite de la révolution industrielle (Pie XI, Quadragesimo anno, AAS 23, pages 195, 197 et 198 [9]). Contrairement à ce qu’on a pu dire, l’Église a accompli son devoir en luttant contre cette situation. Mais, dans cette lutte, son objectif est une société hiérarchisée à l’intérieur des limites de l’ordre naturel. Elle n’a jamais voulu l’abolition de toutes les inégalités légitimes, rêvée par les révolutionnaires et à laquelle travaillent la franc-maçon­nerie et autres agents (cf. Pie XII, Radiomessage de Noël 1944, AAS, vol. 37, page 14 [10]).

 

— 71 —

 

m L’Église doit faire cause commune avec l’ouvrier dans la lutte contre le régime capita­liste.

q L’Église intervient dans les questions sociales pour proté­ger la loi naturelle. Son objectif n’est pas de favoriser une classe au détriment d’une autre, mais de faire régner dans les relations entre les classes la doctrine de Jésus-Christ. Elle ap­puie les justes aspirations des ouvriers autant que les droits authentiques des patrons. Le régime capitaliste, en tant que fondé sur la propriété privée, est, en soi, légitime. L’Église combat ses abus, mais ne favorise pas sa destruction.

 

Explication

Se généralise parmi les catholiques l’idée selon laquelle l’Église est une sorte de parti travailliste dont la finalité serait la défense d’une seule classe. Or, contrairement à cela, l’Église se tient au-dessus des classes comme au-dessus des partis. Même quand elle défend les justes revendications des ouvriers, jamais elle ne méconnaît les droits des patrons. Il n’y a pas longtemps, dans une allocution à l’occasion du Katholikentag (journée catholique) de Vienne (14 septembre 1952 ; cf. Catolicismo nº 24, décembre 1952), le pape a déclaré bien clairement que la question ouvrière, brûlante dans la première moitié de ce siècle, était déjà dépas­sée par une autre question plus grave, celle de la lutte des classes insufflée par le socialisme [11]. Il est plus nécessaire que jamais de montrer que l’Église est la pro­tectrice de tous, ouvriers et patrons, et non pas seulement l’avocate systématique des uns contre les autres.

Quant au capitalisme, il convient de dissiper la confusion qui s’est établie à son endroit dans le langage courant. Le régime capitaliste en soi, c’est-à-dire en tant que système fondé sur la propriété privée et sur la libre initiative, et autori­sant des bénéfices dans la mesure permise par la morale, est légitime et ne peut être confondu avec les abus auxquels il a en fait donné lieu en beaucoup d’endroits.

Il convient de distinguer la légitime défense des organisations ouvrières saines contre les abus du capitalisme, de la lutte des organisations révolution­naires qui proclament l’illégitimité du régime capitaliste en soi. Quiconque s’asso­cie à l’action de ces dernières organisations collabore avec le communisme et en­court le blâme contenu dans la lettre de la sacrée congrégation des Séminaires à l’épiscopat brésilien : « Pour quelques-uns, ne sont pas suffisantes, sur le terrain social, les directives si humaines, si sagement favorables aux classes ouvrières, que le Saint-Siège, principalement de Léon XIII à Pie XII, a promulguées, mais ils tâchent de s’approcher toujours plus de la gauche, jusqu’à entretenir une vraie sympathie envers le communisme bolchévique destructeur de la religion et de tout le vrai bien de la personne humaine » (AAS 42, page 841 [12]).

 

— 72 —

 

m Le régime de salarié est contraire à la di­gnité de l’homme et intrinsèquement in­juste. La condition de travailleur comporte naturellement un droit de participation à la propriété de l’entreprise, à sa direction et à ses bénéfices.

q Le régime de salarié est entièrement conforme à la dignité de l’homme et du chrétien. Le contrat de travail n’implique pas comme conséquence nécessaire la parti­cipation du travailleur à la propriété, à la direction ou aux bénéfices de l’entreprise.

 

Explication

Léon XIII, saint Pie X, Pie XI (voir Quadragesimo anno, AAS 23, page 199 [13]) et Pie XII, enseignent que le régime du salarié est en soi juste et conforme à la dignité humaine. L’économie malsaine des XIXe et XXe siècles a ôté au régime du salaire son véritable caractère. Selon la doctrine de l’Église, les relations entre patrons et ouvriers sont revêtues d’un caractère familial. Les em­ployés, autrefois, étaient considérés comme membres à part entière de la société domestique, qui comprenait les époux, la famille et l’ensemble de la commu­nauté soumise au maître de maison. Le mot « patron » provenant de « pater », père, et le mot « domestique » [criado], dérivé du fait que les domestiques étaient formés et éduqués dans la propre maison [casa en portugais, domus en latin] du père, rappelle bien ce caractère. Cela suffit à montrer qu’il n’y a rien de déprécia­tif dans la condition d’employé salarié. Même dans le milieu industriel et com­mercial, le caractère familial de ces relations doit se poursuivre. L’Église veut que patrons et ouvriers soient entre eux, dans la mesure du possible, comme les membres d’une même famille, père et fils, qui collaborent au bien-être commun.

Au point de vue de la justice, le salaire est un système de rémunération sa­tisfaisant, dès lors qu’il réalise les conditions fixées par Pie XI, c’est-à-dire qu’il suffit à permettre l’entretien honnête et digne de l’ouvrier et de sa famille. Dans l’entretien honnête et digne, on inclut ce qui est nécessaire à l’ouvrier prévoyant pour se constituer un pécule et améliorer la situation de sa propre famille, de sorte qu’il participe également à l’augmentation de bien-être que le progrès de la technique et de la production amène à la société (cf. Quadragesimo Anno : « Les ressources que ne cessent d’accumuler les progrès de l’économie sociale doivent donc être réparties de telle manière entre les individus et les diverses classes de la société, que soit procurée cette utilité commune dont parle Léon XIII, ou, pour exprimer autrement la même pensée, que soit respecté le bien commun de la société tout entière » (AAS 23, page 196 [14]).

La participation de l’ouvrier aux gains de l’entreprise est présentée par Pie XI et Pie XII comme digne d’estime, mais jamais comme obligatoire (voir Radiomessage au Katholikentag déjà citée [15]). Dans certains cas, elle peut pro­duire de bons fruits. Mais ce n’est pas une panacée qui doive toujours être appli­quée. Et surtout, elle ne peut être imposée par la loi à tout un pays. On doit dire de même de la participation de l’ouvrier à la propriété de l’entreprise ou à sa di­rection. En ce qui concerne ce dernier point, la doctrine catholique n’admet cette participation qu’à la condition que le pouvoir de décision et la responsabilité de toute la marche de l’usine ou de l’établissement commercial restent entre les mains du propriétaire de l’entreprise (cf. Pie XII, Allocution au 9e Congrès de l’Union internationale des associations patronales catholiques, AAS 41, page 285 [16]).

La phrase réfutée, portée à ses ultimes conséquences logiques, représente­rait l’abolition de l’inégalité des classes, dernier terme rêvé par tous les révolu­tionnaires.

 

— 73 —

 

m Selon saint Augustin, l’unique propriétaire des ri­chesses est Dieu. L’homme n’en est que le gérant. Les richesses appartiennent donc à la collecti­vité et le propriétaire n’en est que le simple administrateur en vue du bien commun.

q Selon saint Augustin, le suprême propriétaire des richesses est Dieu. De là il découle que le propriétaire doit faire usage de ses biens selon la volonté souve­raine de Dieu. Dieu cependant ne s’identifie pas à la collectivité. Si l’empire de Dieu sur toutes les ri­chesses est absolu, celui de la collectivité ne l’est pas. Transférer les droits de Dieu à une collectivité équi­vaut à diviniser l’État et à immoler l’individu.

 

Explication

La proposition réfutée est « étatolâtre ». C’est pourquoi elle arrive à des conclusions qui ne sont admissibles que dans une conception qui fait de l’État un dieu. En réalité, le régime de propriété individuelle procède de la conception se­lon laquelle l’État n’est ni un dieu, ni une fin en soi, mais plutôt un moyen. Pour cette raison, la condition de propriétaire consiste dans l’exercice d’un droit per­sonnel et propre, et non pas dans l’exercice d’un droit délégué par l’État. C’est pourquoi nous disons que le propriétaire ne peut être, en aucune manière, confondu avec un simple gérant.

Ce qui caractérise le gérant, en effet, c’est l’exercice de droits qui ne lui sont pas propres, mais qui lui ont été délégués. Et c’est la raison pour laquelle la distinction entre propriétaire et gérant est courante dans les législations des pays non communistes (cf. Quadragesimo anno, AAS 23 [17]).

 

— 74 —

 

m L’unique titre de propriété, dans le sens strict du terme, est le travail, en sorte que l’homme est seulement propriétaire de ce qu’il produit personnellement. Les richesses naturelles qu’il possède ne lui appartien­nent pas d’une manière absolue. Il n’en est que l’administrateur et ne les possède que dans la mesure où il les administre, du fait que leur propriété absolue appartient à la collectivité.

q Léon XIII enseigne que le titre originaire de la propriété n’est pas le travail, mais l’occupation. En sorte que l’homme est pro­priétaire non seulement du fruit de son tra­vail, mais aussi des richesses naturelles, c’est-à-dire non seulement du fruit de la terre, mais aussi de la terre elle-même. Il pourra exploiter celle-ci personnellement ou par d’autres.

 

Explication

La phrase réfutée rejoint ce qu’on appelle le « socialisme agraire » qui nie la propriété de la terre. Cette opinion est condamnée par les sociologues catho­liques qui s’appuient sur l’argumentation avec laquelle Léon XIII, dans Rerum Novarum, justifie la propriété privée [18]. Et, de fait, dans cette encyclique, le pape montre que l’homme a droit aussi aux biens-fonds légitimement acquis. Voir aussi la doctrine de Quadragesimo Anno, reproduite dans l’explication du nu­méro 71. Dans la même encyclique, Pie XI rejette directement l’opinion de ceux qui voient dans le travail l’unique titre de propriété [19].

 

— 75 —

 

m De soi, la terre n’est pas susceptible d’appropriation individuelle, car elle appartient à la collectivité. Ainsi, les personnes qui vivent de la terre doivent payer à la collectivité les avantages qu’elles tirent de son utilisation exclu­sive. Cette redevance, l’État peut la per­cevoir au moyen d’un système tribu­taire qui fasse retomber sur la terre tous les impôts. Et comme la terre est la source de tous les biens, un tel tribut doit suffire à pourvoir à tous les besoins de l’État.

q La terre, comme tout autre bien meuble ou immeuble, est susceptible d’appropriation indi­viduelle. Ainsi, le propriétaire de la terre ne doit aucunement à l’État un quelconque tribut pour son utilisation exclusive. Les impôts doi­vent retomber sur les propriétaires autant que sur tout autre personne, selon la justice distri­butive. La terre n’est pas le fonds unique des biens économiques. Un tribut qui retomberait exclusivement sur la terre subvertirait l’éco­nomie privée et serait insuffisant pour suppor­ter les dépenses normales de l’État.

 

Explication

La phrase réfutée est une des thèses classiques du « socialisme agraire » d’Henri George. L’Église est loin de s’associer à cette phobie de la propriété fon­cière. Dans cette propriété, elle voit, tout au contraire, un appui précieux apporté à la stabilité des familles, des classes sociales, des associations pieuses et chari­tables, ainsi que des instituts ecclésiastiques.

 

— 76 —

 

m Les grandes propriétés sont intrinsèquement mau­vaises parce que contraires à la doctrine chrétienne qui n’admet que la petite pro­priété, plus conforme à l’éga­lité qui doit régner entre les hommes.

q Il est désirable que la propriété se répartisse le plus possible entre les hommes comme apanage naturel de la personnalité. La prospérité sociale, cependant, comporte et parfois exige qu’à côté de la petite propriété, il existe de moyennes et grandes propriétés. L’égalité entre les hommes doit s’entendre non dans le sens niveleur, mais dans le sens proportionnel : les droits et les responsabili­tés correspondent à la situation que la personne occupe dans la société.

 

Explication

Comme la propriété remplit aussi une fonction sociale, cela implique des limites nécessaires à la grande propriété : quand elle favorise l’improductivité des richesses au détriment du bien commun ; quand elle concentre tellement les ri­chesses dans les mains de quelques-uns qu’elle réduit les autres à la misère, à l’indigence ou à la servitude ; quand elle empêche une notable partie des hommes de devenir propriétaires. (Voir l’explication de la proposition 71.)

Sur la légitimité des grandes propriétés, le pape Pie XII s’est prononcé dans l’allocution du 2 juillet 1951 aux membres du Congrès réuni à Rome pour étudier l’amélioration des conditions de vie de l’ouvrier agricole (AAS 43, page 554 sq.). Après avoir parlé de la convenance de la petite propriété rurale (« Nous pensons ici d’abord à l’exploitation paysanne, à l’exploitation familiale : telle est la classe rurale qui, par l’ensemble de son caractère social, et aussi par son rôle écono­mique, forme comme le noyau d’une saine paysannerie »), le pape a ajouté : « Cela ne revient pas à nier l’utilité, souvent la nécessité, d’exploitations agraires plus vastes [20]. »

 

— 77 —

 

m La question sociale est une ques­tion de simple justice dans l’ordre économique. Pour la résoudre on ne doit pas faire appel à la charité.

q La question sociale est avant tout une question morale et religieuse (Léon XIII, Graves de communi). Elle englobe des questions de justice et de charité et, jamais, elle ne sera résolue par la pratique des simples devoirs de justice.

 

Explication

La proposition réfutée est cohérente avec le matérialisme historique qui ne prend pas en considération, dans la question sociale, l’existence de l’âme hu­maine, mais seulement le corps et ses nécessités. De fait, l’Église enseigne que la question sociale est avant tout morale ; et comme toutes les questions morales sont religieuses, elle est essentiellement religieuse.

Léon XIII, dans Rerum novarum, enseigne que la question sociale n’a de solution possible que si l’on admet deux principes : 1º l’inégalité sociale ; 2º la nécessité de l’union des classes sociales. En développant ce second principe, il indique les moyens qui doivent être mis en œuvre pour arriver à cette union, à savoir :

a) la justice ;

b) l’amitié, qui porte les riches à remplir non seulement leurs devoirs de stricte justice, mais aussi à être généreux pour ce qui regarde leur superflu. Il ajoute que ce devoir d’aumône est une véritable obligation morale et que la Providence en a disposé ainsi pour favoriser l’union entre les classes [21]. Ce fut le dessein de la Providence, en donnant aux uns plus qu’aux autres, soit en matière de talents, soit en matière de richesses, que les uns servent les autres en distri­buant leur superflu et que tous vivent ainsi unis et amis ;

c) en troisième lieu, le sentiment de la charité chrétienne qui, en inspirant les diverses relations qui s’établissent entre les classes, imprègne la vie sociale de cette suavité ordonnée qui est la perfection de la vie humaine en commun.

Léon XIII, donc, est loin de restreindre la question sociale aux limites étroites et mesquines du « do ut facias ». Il envisage la question d’une manière humaine, considérant que Dieu Notre-Seigneur a fait toutes les créatures pour une même fin ultime, laquelle doit être obtenue par l’aide multiforme que se donnent, ici-bas, les uns et les autres.

Dans Graves de communi, écrit dix ans plus tard, en 1901, Léon XIII dé­clare catégoriquement qu’on ne résoudra pas la question sociale par des augmen­tations de salaire, par la diminution des heures de travail ou par d’autres mesures de ce genre ; la paix sociale est le fruit de la vertu que seule la religion peut im­planter solidement.

La même doctrine est enseignée par Pie XI dans Quadragesimo anno, qui désigne la cause des maux de la société dans le développement de l’économie réalisée en marge des principes moraux et même contre ces principes [22].

 

— 78 —

 

m L’Église s’est trompée dans le passé lorsqu’elle a ap­prouvé les régimes monar­chiques et aristocratiques qui favorisent les inégalités et l’orgueil de classe, et qui sont, par suite, incompatibles avec l’esprit évangélique.

q En soi, l’Église considère également compatibles avec ses principes et, donc, avec l’esprit évangélique, les trois régimes monarchique, aristocratique et démocratique. Saint Thomas enseigne qu’en principe, le meilleur régime est le monarchique, mais qu’étant données les contin­gences humaines, le meilleur système de gouvernement doit compter des éléments de chacun de ces trois régimes (I-II, q. 105, a. 1, c et ad 1 [23]).

 

Explication

La phrase réfutée fut condamnée par saint Pie X dans la lettre apostolique Notre charge apostolique contre le Sillon, organe de propagande à tendance mo­derniste dirigé par Marc Sangnier. Dans ce document, le saint pape déclare que la civilisation chrétienne, selon Léon XIII, est possible en l’une quelconque des trois formes de gouvernement [24].

De plus, la phrase réfutée procède du présupposé faux selon lequel l’éga­lité entre les hommes a été enseignée par Jésus-Christ. Tous les documents pon­tificaux se rapportant aux questions sociales établissent comme fondement voulu par la Providence l’inégalité des classes. Ainsi, par exemple : Rerum novarum, Quadragesimo anno, le Radiomessage de Noël 1944, etc.

 

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m La démocratie chrétienne consiste dans le gouvernement du peuple, c’est-à-dire de la majo­rité.

q « Démocratie chrétienne » est une expression employée pour indi­quer tout gouvernement qui promeut le bien commun sous la loi de Dieu, que ce gouvernement soit monarchique, aristocratique ou dé­mocratique. C’est ce qu’enseigne Léon XIII quand il dit que la démo­cratie chrétienne « ne doit absolument pas avoir en vue de préférer ou de préparer une forme de gouvernement pour la substituer à une autre » (Graves de communi). La forme démocratique de gouver­nement est compatible avec la doctrine de l’Église dans la mesure où elle signifie la participation du peuple aux affaires publiques. Mais, par « peuple », l’Église n’entend pas la majorité numérique, inorga­nique, c’est-à-dire la masse ; mais bien toute la population, compte tenu des légitimes différenciations de classe, de région, etc. La démo­cratie légitime n’est donc pas la domination des classes les plus nom­breuses sur les moins nombreuses, de la masse sur l’élite, mais l’influence juste et proportionnée des classes, familles, régions et groupes sociaux dans les affaires publiques.

 

Explication

La différence entre la conception catholique et la conception courante de la démocratie provient d’une manière différente de comprendre le mot « peuple ». Pour l’Église, le peuple est, en un certain sens, le contraire de la « masse ». Pie XII dit : « Peuple et multitude amorphe (ou, comme on a coutume de l’appeler, masse) sont deux concepts différents. Le peuple vit et se meut par sa vie propre ; la masse est de soi inerte, et elle ne peut être mue que de l’extérieur. Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun, à sa place et de la manière qui lui sont propres, est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, at­tend l’impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions, prompte à suivre, tour à tour, aujourd’hui tel dra­peau et demain tel autre. L’exubérance vitale d’un vrai peuple répand la vie, abondante et riche, dans l’État et dans tous ses organes, leur infusant, avec une vigueur sans cesse renouvelée, la conscience des propres responsabilités, le sens vrai du bien commun » (Radiomessage de Noël 1944 [25]).

Or, pour le commun des démocrates, le peuple est précisément ce que Pie XII appelle la masse. C’est ce qui ressort des paroles du pape glorieusement régnant :

« Dans le domaine national et constitutionnel. Partout, actuellement, la vie des nations est désagrégée par le culte aveugle de la valeur numérique. Le ci­toyen est électeur. Mais, comme tel, il n’est en réalité qu’une des unités, dont le total constitue une majorité ou une minorité, qu’un déplacement de quelques voix, d’une seule même, suffira à inverser. Au regard des partis, il ne compte que pour sa valeur électorale, pour l’appoint qu’apporte sa voix ; de sa place et de son rôle de père de famille et dans la profession, il n’est pas question. » (Allocution aux dirigeants du Mouvement universel pour une confédération mondiale, le 6 avril 1951 [26]).

A propos de la démocratie, il convient d’ajouter que jamais, dans le sens acceptable du mot, elle ne s’identifie avec le mythe révolutionnaire de la souve­raineté populaire. Tout pouvoir vient de Dieu. Le peuple, – et, par « peuple », on entend ce qui a été défini ci-dessus, en opposition avec la masse, – ne peut tout au plus que choisir ceux qui gouverneront avec l’autorité qui leur vient de Dieu.

 

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m Les catholiques doivent préférer le socia­lisme au libéralisme.

q Les catholiques ne doivent accepter ni le libéralisme, ni le socialisme.

 

Explication

Selon la doctrine de l’Église, tant le régime libéral que le régime socialiste sont mauvais ; et quand ils sont portés à leurs ultimes conséquences, ils produi­sent la complète subversion de la vie sociale.

Les catholiques doivent donc chercher l’instauration d’un régime qui s’enra­cine dans un terrain entièrement différent. La proposition réfutée a le défaut de situer le libéralisme comme le contraire du socialisme. En réalité, comme l’affirme Léon XIII, le libéralisme est une des causes du socialisme, car, selon la tendance laïque et inorganique de notre époque, il est impossible de sortir d’un extrême sans tomber dans un autre. Examinons une société livrée au paganisme : Si l’autorité se montre libérale et condescendante, si les lois accordent une grande facilité de mouvement aux particuliers, le déchaînement alarmant des passions produit forcément l’anarchie. Le maintien de l’ordre exige alors une telle multi­plicité de lois, de décrets, de règlements, un si grand nombre d’interventions publiques pour assurer la marche des innombrables fonctions de l’État, que le ci­toyen isolé, désarmé, terrorisé, devient en peu de temps un grain de poussière, un esclave inerte devant l’État Moloch.

Les fondements de la vraie solution, opposée au libéralisme et au socia­lisme, se trouvent dans les paroles suivantes du souverain pontife : « L’État ne contient en soi, ni ne réunit mécaniquement en un territoire donné, une agglo­mération amorphe d’individus ; il est et doit être, dans la réalité, une unité orga­nique et organisatrice d’un vrai peuple » (Message de Noël, 1948 [?] [27]).

 

      *

 

Directives

 

 

Des directives au clergé accompagnaient la lettre pastorale et le Catéchisme des vérités opportunes de Mgr de Castro Mayer. Les voici :

 

1. — Afin que votre action pour combattre ces erreurs soit plus complète, nous vous recommandons encore la plus grande précision de langage.

Dans les écrits religieux contemporains destinés, le plus souvent, à être di­vulgués parmi le peuple fidèle, on lit certains mots qui figureraient plus justement dans des ouvrages à caractère strictement technique et destinés aux spécialistes. Cependant ces termes passent, comme cela est naturel, des écrits à la prédication, aux conférences et aux réunions des associations religieuses, au point qu’ils de­viennent parfois d’un usage courant dans certains milieux.

Parmi ces termes, si quelques-uns sont excellents, d’autres réclament sim­plement qu’on leur donne un sens exact, et d’autres, enfin, sont inintelligibles. De tout cela, il résulte une assez grande confusion parmi le grand public dans le­quel ils sont lancés. Citons-en quelques-uns : église pneumatique, vivre dans le pneuma, spiritualité transpsychologique, anthropocentrisme religieux, spiritualité christocentrique, vivre dans une très forte tension, vertucentrisme, moralisme, etc.…

 

2. — En ce qui concerne la sainte messe, il convient toujours de souligner que la consécration en est la partie essentielle la plus importante ; que la messe, en tant que vrai sacrifice de la Loi nouvelle, a quatre fins : latreutique, eucharis­tique, propitiatoire et impétratoire, et que la communion est le moyen excellent de participation au saint sacrifice, de manière à exclure l’idée que l’assistance à la messe serait, à elle seule, plus importante que la communion sacramentelle.

 

3. — En exposant la doctrine du Corps mystique, il convient d’éviter toute expression qui puisse conduire à une conception panthéiste.

 

4. — En inculquant la dévotion au Père éternel, vous ne devez pas parler de Jésus-Christ exclusivement comme d’un simple médiateur. Une telle manière de procéder conduirait les fidèles à conclure que la seconde Personne de la très Sainte Trinité ne peut être l’objet de notre adoration, mais un simple intermé­diaire entre nous et Dieu Notre-Seigneur. Il faut apporter à cela un soin tout spécial dans les régions où se propage plus intensément le spiritisme qui, comme vous le savez, chers coopérateurs, nie la divinité de Jésus-Christ.

 

5. — Rappelons que, selon Mediator Dei, « répudier et rejeter les chants polyphoniques ou à plusieurs voix, même s’ils se conforment aux normes don­nées par le Siège apostolique », est hors de « la voie droite » (AAS 39, page 545-546 [28]). La même encyclique recommande le chant religieux populaire (ibid., page 590 [29]).

 

6. — Sur l’usage du latin dans la liturgie sacrée, soyez attentifs, très chers coopérateurs, à ce que dit sagement le pape Pie XII dans la même encyclique Mediator Dei : « L’emploi de la langue latine, en usage dans une grande partie de l’Église, est un signe d’unité manifeste et éclatant, et une protection efficace contre toute corruption de la doctrine originale » (AAS 39, page 545 [30]).

 

7. — Ne perdez jamais l’occasion d’enseigner une véritable dévotion envers le pape et, à un degré moindre, envers l’évêque diocésain.

Sur ce point, il est nécessaire d’éviter certaine tendance qui, dans le but louable de resserrer les liens de charité entre les brebis et le pasteur local, pré­sente l’évêque sous un jour tel qu’elle lui confère une sorte d’infaillibilité jusqu’à en faire presque l’égal du Saint-Père, qui, selon cette conception, ne serait qu’un simple censeur des évêques. Enseignez donc, au sujet des relations entre le pape et les évêques, la doctrine exacte.

Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué dans l’Église une seule hiérarchie de gouvernement, formée de deux degrés harmonieux : le pape et, subordonnés à lui, les évêques (can. 108, 3e). L’unité de cette hiérarchie est une notion indispen­sable pour que le fidèle sache comment se placer en face d’elle. En la voyant comme un seul tout, ayant, à son sommet, le souverain pontife, source de toute juridiction dans l’Église, et en considérant dans une même perspective les évêques et le pape, le fidèle témoignera à tous le respect, la vénération et l’amour qu’il leur doit.

Dans cette perspective, il convient de rappeler que la plénitude du pouvoir appartient au pontife romain, qui a juridiction directe et immédiate sur les évêques et les fidèles. La juridiction des évêques, successeurs des apôtres, s’exerce en harmonie avec la juridiction pontificale et sous sa dépendance.

Tel est le cadre naturel de l’Église. Vouloir inculquer une dévotion envers le pape qui soit une chose entièrement différente et même opposée à la dévotion envers l’évêque, et, inversement, prétendre inculquer une dévotion envers l’évêque qui soit différente et même opposée à la dévotion envers le pape, serait nier implicitement l’unité harmonieuse de la hiérarchie. Aimons avec une extrême charité et dévotion le pape et l’évêque, chacun selon son rang et dans la mesure des pouvoirs que leur a conférés Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le fidèle le plus dévoué envers son évêque – et tout catholique doit l’être – n’aura aucune crainte à se montrer très respectueux envers l’autorité suprême du pontife romain dans toute l’étendue qui lui a été conférée par le divin fondateur de l’Église.

 

8. — Sur le magistère ecclésiastique, enseignez que le magistère pontifical étant infaillible et celui de chaque évêque, officiel mais faillible, il est dans l’ordre de la fragilité humaine qu’un évêque ou l’autre vienne à tomber dans l’erreur. L’histoire enregistre de telles éventualités. Elles engendrent de soi, comme on le pense, les conséquences les plus dangereuses. Malgré cela, il ne faut pas man­quer d’enseigner aux fidèles comment ils doivent agir dans de telles circons­tances. Dans des cas aussi douloureux, le premier devoir du fidèle consiste à conserver tout le respect dû à la personne sacrée du pasteur qui lui fut donné par la Providence et à exécuter fidèlement ses ordres dans tout ce qui ne met pas obstacle à la fidélité directe et plus élevée qu’il doit au Vicaire du Christ.

 

9. — Inculquez aussi la vénération pour le célibat ecclésiastique, qui consti­tue une des plus primordiales gloires de la pensée catholique et de l’Église latine.

 

10. — Pour traiter des relations entre la théologie et la philosophie, n’adop­tez jamais un langage qui nie explicitement ou implicitement le principe selon lequel la philosophie est un auxiliaire de la théologie. Montrez que la véritable sagesse est dans la Révélation, don miséricordieux de Dieu, pour illuminer les âmes et les acheminer vers le salut.

Ne perdez pas l’occasion d’inculquer l’admiration pour la philosophie sco­lastique en évitant l’attitude d’indifférence envers cette philosophie par rapport aux autres. De même, ne consentez pas à la montrer comme dépassée par les nouveaux courants de la pensée moderne ou des nouvelles écoles apologétiques.

 

11. — Que tout le langage des catholiques soit surnaturel. N’ayons pas crainte d’affirmer à tout moment que nous croyons à la Révélation, à la grâce et à la divinité de l’Église. La foi est le plus grand don de Dieu. Elle nous affermit dans les connaissances les plus nécessaires à l’élévation de notre nature et à l’orientation de notre action, ainsi qu’à l’acheminement de notre âme vers son destin éternel.

Il serait lamentable que, pour ne pas déplaire au monde, nous manifestions de la crainte à affirmer notre foi. Nous donnerions l’impression qu’elle n’est pas solide et, qu’à nos yeux, toutes les religions sont égales.

 

12. — De même, rejetons un système d’apologétique qui prétend faire ap­pel aux seuls arguments de la raison et se contente de conduire les âmes vers une religion purement naturelle, dans l’attente que les irrémédiables insuffisances de la religion naturelle inciteront les âmes à trouver d’elles-mêmes la Révélation.

 

13. — Une égale prudence de langage est recommandée pour tout ce qui touche aux problèmes sociaux. Nous ne devons pas paraître soldats d’une autre cause que la nôtre, ni donner l’impression d’une action unilatérale, incompatible avec la sainteté de notre mission. Surtout, ne flattons pas la grande puissance du jour, qui est la multitude, en lui donnant l’idée que nous nous associons au pro­grès révolutionnaire qui est en train de parvenir, par le communisme, à la der­nière étape de la destruction du monde occidental. Nous entendons partout af­firmer que l’Église est révolutionnaire et que, si elle ne découvre pas entièrement ses positions, c’est parce qu’elle a encore besoin des riches pour construire des églises. Il est facile de percevoir ce qu’il y a d’opportunisme, de naturalisme dé­gradant et de profonde corruption doctrinale dans cette phrase. Ce n’est pas pour le service de « Mammon » que l’Église lutte contre la démagogie et le socialisme. Mais elle est, beaucoup moins encore, l’esclave de la multitude. Nous sommes le Corps mystique du Christ, qui est incommensurablement au-dessus de tout cela et qui lutte pour instaurer sur la terre le règne de la justice et de la charité sans acception de personnes.

 

14. — Une précaution plus grande encore est recommandée dans la forma­tion de la pureté et dans l’explication des devoirs conjugaux. La morale catho­lique, de même que toutes les pratiques traditionnellement suivies dans l’Église, garantit parfaitement, dans le traitement de ces sujets délicats, toutes les conve­nances de la vertu. Dans l’atmosphère de corruption croissante, il convient que nous nous attachions avec une ferveur redoublée aux principes et traditions qui sont les nôtres. Nous devons éviter, non seulement ce qui est néfaste à notre avancement, mais aussi toute attitude qui puisse exprimer une approbation, de notre part, de cette atmosphère sensuelle du monde moderne.

La pureté suppose, pour être pleinement pratiquée et de manière durable, toute une ambiance de dignité, de gravité et de retenue. Il est inutile d’imaginer que cette vertu puisse exister dans des groupes où l’on n’évite pas soigneuse­ment non seulement le péché, mais tout ce qui peut être qualifié de souffle du mal. Aussi, que les fidèles n’admettent pas dans leur entourage les badinages et expressions plus ou moins équivoques, les chansons carnavalesques, les termes d’argot dont la trivialité excessive n’est pas en harmonie avec la dignité qui doit régner dans les milieux catholiques.

 

15. — Dans l’étude des problèmes touchant à l’action actuelle de l’Église, que nos chers coopérateurs se montrent réalistes sans cependant pactiser avec l’esprit de nouveauté qui attaque tout ce qui est ancien pour le fait d’être ancien, qui tend à louer tout ce qui est nouveau pour le seul fait d’être nouveau et ainsi se sépare du véritable esprit traditionnel de la sainte Église, comme le montre la lettre de la sacrée congrégation des Séminaires à l’épiscopat brésilien : « L’esprit de nouveauté ne laissera jamais de critiquer rien de ce qui, même avec des avantages évidents, a été pratiqué jusqu’à aujourd’hui. On profite de n’importe quel abus, ou de quelque exagération dans les coutumes traditionnelles et dans les méthodes d’apostolat, pour ridiculiser et traiter hostilement le tout, pris dans son ensemble » (AAS 42, page 840 [31]).

 

      *

 

Chers fils et bien-aimés coopérateurs, il est très important pour le prêtre d’instruire. Mais que vaut l’instruction si elle n’est accompagnée d’amour ? Malheur à la science – s’exclamait Bossuet – qui ne se transforme pas en amour et en action !

Connaître Dieu et sa sainte Église est une condition normale de salut. Mais il ne suffit pas de connaître Dieu, il faut l’adorer ; il ne suffit pas de connaître la doctrine de la sainte Église, il faut l’aimer d’un amour enthousiaste et extrême, reflet limpide et ardent de l’amour que nous devons à Dieu.

En exposant à vos paroissiens les erreurs que nous avons signalées, expo­sez-leur surtout les vérités qui s’opposent à ces erreurs. Formez-les de manière à ce qu’ils ne s’en tiennent pas à la connaissance, mais qu’ils parviennent aussi à l’amour. En d’autres termes, infusez dans leurs âmes cet amour ardent de l’ortho­doxie, cet attachement à la cause catholique, dont vous êtes naturellement, en tant que prêtres, les exemples vivants et édifiants.

Cette vertu du sens catholique, vous devez la demander pour vos parois­siens, comme Nous-même Nous la demandons pour Nous et pour tous nos dio­césains, dans une prière indigne mais incessante. Enseignez-leur aussi à la de­mander pour eux-mêmes. Et pour que nos prières, les vôtres, bien-aimés fils et chers coopérateurs, et celles de tous nos chers diocésains soient agréées par Dieu, en concluant cette lettre, tournons nos regards, humblement, vers le Sacré-Cœur de Jésus, abîme de toutes les vertus, fournaise de charité, centre et modèle de tous les cœurs. Puisse la tiédeur de nos âmes se transformer en zèle ardent au contact des flammes qui jaillissent du divin Cœur. Puissent nos fautes, nos mi­sères, nos indignités, attirer sur nous la miséricorde de ce divin Cœur, qui est un abîme de charité. Puissent les grâces dont ce divin Cœur est la source, couler dans toute leur plénitude sur nous, pour illuminer nos intelligences, fortifier nos volontés, afin que nous parvenions, dans toute la mesure qui nous a été destinée, à cette sainteté qui est le désir suprême de nos âmes.

Pour que ceci se réalise et que nous recevions la pleine effusion des grâces du Cœur de Jésus, approchons-nous du Cœur Immaculé de Marie, canal néces­saire par lequel nos prières vont au Cœur de Jésus et par lequel les grâces des­cendent du divin Cœur jusqu’à nous. Le Cœur Immaculé de Marie s’est manifesté de nos jours aux bergers de Fatima pour nous demander de faire pénitence et nous promettre les grâces les plus choisies. Écoutons l’appel de ce Cœur mater­nel et, confiants dans son intercession, travaillons, chers fils et bien-aimés coopé­rateurs, pour que s’instaure au plus tôt dans notre diocèse, le règne du Sacré-Cœur. Les yeux fixés sur cet idéal, nous donnons à vous tous et à nos fils bien-aimés, vos paroissiens, avec une affection paternelle, notre bénédiction pastorale.

                          Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

Donné et transmis en notre ville épiscopale de Campos, sous le sceau et le signe de nos armes, le 6 janvier 1953, en la fête de l’Épiphanie de Notre-Seigneur Jésus‑Christ.

 

                                                                             † Antoine, évêque de Campos.

 

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Mandement

 

 

Le Nom du Seigneur invoqué, Nous demandons et déterminons que :

 

1. le sujet de notre Lettre pastorale soit expliqué aux fidèles au cours de la messe dominicale ;

2. le Catéchisme et ses Directives, qui font partie de notre Lettre pastorale, soient expliqués, par sections, dans les réunions des associations religieuses et d’apostolat, pour la formation catholique des membres de ces associations ;

3. la réception et le sujet de cette Lettre pastorale soient enregistrés dans le livre du Tombo et qu’un exemplaire figure aux archives paroissiales ;

 

Donné et transmis en notre ville épiscopale de Campos, sous le sceau et le signe de nos armes, le 6 janvier 1953, en la fête de l’Épiphanie de Notre-Seigneur Jésus‑Christ.

 

                                                                             † Antoine, évêque de Campos.

 

 

 

[Fin de la reproduction du Catéchisme des vérités opportunes

qui s’opposent aux erreurs contemporaines.]

 

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Il nous reste à reproduire la Lettre pastorale sur les problèmes de l’apostolat moderne qui accompagne le Catéchisme des vérités opportunes. Nous le ferons dans le prochain numéro du Sel de la terre.

Le Sel de la terre.

 

 

 

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[1] — Proposition 55 : « L’Église doit être séparée de l’État, et l’État de l’Église » (DS 2955). (NDLR.)

[2] — Lettre de la S. C. des Séminaires à l’épiscopat du Brésil (7 mars 1950) : « Une autre erreur, également condamnée par l’Église, doit être évitée par le chrétien : c’est le libéralisme. Il nie que l’Église, en raison de sa très noble fin et de sa mission divine, ait une suprématie naturelle sur l’État. Il admet et encourage la séparation entre ces deux pouvoirs. Il nie à l’Église catholique le pouvoir indirect sur les matières mixtes. Il affirme que l’État doit se montrer indifférent en matière religieuse, en ce qui concerne les fidèles ; que l’on doit accorder la même liberté à la vérité qu’à l’erreur ; que l’Église ne doit pas avoir des privilèges et des faveurs ou des droits plus étendus que ceux qui sont accordés aux autres confessions religieuses, pas même dans les pays catholiques […]. » (Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1950, t. XII, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1952, p. 75.) (NDLR.)

[3] — Dans son discours à l’Université du Latran, le 2 mars 1953, S. Ém. le cardinal Alfredo Ottaviani déclarait : « L’Église catholique insiste sur ce principe : que la vérité doit avoir le pas sur l’erreur, et que la vraie religion, quand elle est connue, doit être aidée dans sa mission spirituelle de préférence aux religions dont le message est plus ou moins défaillant, et où l’erreur se mêle avec la vérité. C’est là une simple conséquence de ce que l’homme doit à la vérité. Il serait cependant très faux d’en conclure que ce principe ne peut s’appliquer qu’en réclamant pour la vraie religion les faveurs d’un pouvoir absolutiste, ou l’assistance de dragonnades, ou que l’Église catholique revendique des sociétés modernes les privilèges dont elle jouissait dans une civilisation de type sacral, comme au Moyen Age. » (Note de l’édition brésilienne du Catéchisme des vérités opportunes…)

[4] — Proposition (condamnée) 77 : « En notre temps, il ne convient plus que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État, à l’exclusion de tous les autres cultes » (DS 2977) ; proposition (condamnée) 79 : « Il est en effet faux que la liberté civile de tous les cultes, de même que le plein pouvoir laissé à tous de manifester publiquement et au grand jour leurs opinions et leurs pensées, conduise plus facilement à corrompre les mœurs et les esprits, et à propager la peste de l’indifférentisme » (DS 2979). (NDLR.)

[5] — Proposition (condamnée) 48 : « Les catholiques peuvent approuver une méthode de formation des jeunes en dehors de la foi catholique et du pouvoir de l’Église, qui considère uniquement, ou en premier lieu, la connaissance des choses de la nature et les fins de la vie sociale terrestre. » (NDLR.)

[6] — Proposition (condamnée) 54 : « Les rois et les princes ne sont pas seulement exempts de la juridiction de l’Église, mais pour trancher les questions de juridiction, ils sont supérieurs à l’Église. » (NDLR.)

[7] — Texte français dans Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1952, t. XIV, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1955, p. 337 sq. La première partie de la constitution traite de ce que l’Église a fait dans le passé spécialement pour les émigrés catholiques, la deuxième partie donne « les règles pour l’assistance spirituelle des émigrants » (voir spécialement le chap. IV : « De la charge des âmes à exercer par les Ordinaires des lieux par rapport aux étrangers », p. 395 sq.). (NDLR.)

[8] — Décret du Saint-Office contre le communisme du 1er juillet 1949 (DS 3865) :

« Questions : 1. Est-il permis d’adhérer au parti communiste ou de le favoriser en quelque manière ? 2. Est-il permis de publier, de répandre ou de lire des livres, revues, journaux ou tracts qui soutiennent la doctrine ou l’action des communistes, ou d’y écrire ? 3. Des fidèles chrétiens qui sciemment et librement ont posé des actes dont il est question en 1 et 2 peuvent-ils être admis aux sacrements ? 4. Des fidèles chrétiens qui professent la doctrine matérialiste et antichrétienne des communistes, et surtout ceux qui la défendent ou la propagent, encourent-ils par le fait même, comme apostats de la foi catholique, l’excommunication spécialement réservée au Siège apostolique ?

« Réponse (confirmée par le souverain pontife le 30 juin 1949) : Pour 1. Non : le communisme est en effet matérialiste et antichrétien ; bien que les chefs communistes déclarent parfois en paroles qu’ils n’attaquent pas la religion, ils montrent en fait, soit par la doctrine, soit par les actes, qu’ils sont hostiles à Dieu, à la vraie religion et à l’Église du Christ. Pour 2. Non : ils sont en effet prohibés de plein droit (voir CIC [1917], can. 1399). Pour 3. Non, conformément aux principes ordinaires concernant le refus des sacrements à ceux qui n’ont pas la disposition requise. Pour 4. Oui. » (NDLR.)

[9] — Par exemple : « Certes le capital a longtemps réussi à s’arroger des avantages excessifs. Il réclamait pour lui la totalité du produit et du bénéfice, laissant à peine à la classe des travailleurs de quoi refaire ses forces et se perpétuer. Une loi économique inéluctable, assurait-on, voulait que tout le capital s’accumulât entre les mains des riches ; la même loi condamnait les ouvriers à traîner la plus précaire des existences dans un perpétuel dénuement… » (Actes de S.S. Pie XI, t. VII [1931], Bonne Presse, p. 120) ; « […] L’atténuation du paupérisme qui, au temps de Léon XIII, s’étalait encore dans toute son horreur… » (ibid., p. 123). (NDLR.)

[10] — Radiomessage de Noël 1944 : « Dans un peuple digne de ce nom, toutes les inégalités, qui dérivent non du libre caprice, mais de la nature même des choses, inégalités de culture, de richesses, de position sociale, sans préjudice, bien entendu, de la justice et de la charité mutuelle, ne sont nullement un obstacle à l’existence et à la prédominance d’un authentique esprit de communauté et de fraternité. Bien au contraire, loin de nuire aucunement à l’égalité civile, elles lui confèrent son sens légitime, à savoir que chacun a le droit, en face de l’État, de vivre honorablement sa propre vie personnelle, au poste et dans les conditions où l’ont placé les desseins et les dispositions de la Providence. » (Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1944, t. VI, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1963, p. 246.) (NDLR.)

[11] — Radiomessage au Katholikentag de Vienne, 14 septembre 1952 : « […] L’Église évoque aujourd’hui la première période des luttes sociales contemporaines. Au centre dominait la question ouvrière : la misère du prolétariat, et le devoir d’élever cette classe d’hommes, livrée sans défense aux aléas de la conjoncture économique, jusqu’à la dignité des autres classes de la cité dotées de droits précis. Ce problème peut être considéré aujourd’hui comme résolu, au moins dans ses parties essentielles, et le monde catholique a contribué à cette solution d’une façon loyale et efficace. […] Si les signes des temps ne trompent pas, d’autres problèmes dominent dans la deuxième époque des luttes sociales, où nous semblons être entrés. Nous nommerons deux de ces problèmes : le dépassement de la lutte des classes et la défense de la personne et de la famille. La lutte des classes doit être dépassée par l’instauration d’un ordre organique unissant patrons et ouvriers. La lutte des classes ne saurait jamais être un objectif de la doctrine sociale catholique. L’Église se doit toujours à toutes les classes de la société. » (Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1952, t. XIV, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1955, p. 469.) (NDLR.)

[12] — Traduction française dans Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1950, t. XII, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1952, p. 76.

[13] — « Commençons par relever la profonde erreur de ceux qui déclarent essentiellement injuste le contrat de louage de travail et prétendent qu’il faut lui substituer un contrat de société, ce disant, ils font, en effet, gravement injure à Notre Prédécesseur [Léon XIII], car l’encyclique Rerum novarum non seulement admet la légitimité du salariat, mais s’attache longuement à le régler selon les normes de la justice. » (Quadragesimo anno, Actes de S.S. Pie XI, t. VII [1931], Bonne Presse, p. 126). (NDLR.)

[14]Quadragesimo anno, Actes de S.S. Pie XI, t. VII [1931], Bonne Presse, p. 122.

[15] — Radiomessage au Katholikentag, 14 septembre 1952 : « C’est ainsi que s’explique l’insistance de la doctrine sociale catholique, notamment sur le droit de propriété privée. C’est la raison profonde pour laquelle les papes des encycliques sociales et Nous-même avons refusé de déduire, soit directement, soit indirectement, de la nature du contrat de travail, le droit de copropriété de l’ouvrier au capital, et, partant, son droit de cogestion. […] » (Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1952, t. XIV, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1955, p. 469.) Voir aussi DS 3733 (Quadragesimo anno.) (NDLR.)

[16] — Allocution aux membres de l’Union internationale des associations patronales catholiques, 7 mai 1949 : « On ne serait pas non plus dans le vrai en voulant affirmer que toute entreprise particulière est par sa nature une Société, de manière que les rapports entre participants y soient déterminés par les règles de la justice distributive, en sorte que tous indistinctement – propriétaires ou non des moyens de production – auraient droit à leur part de la propriété ou tout au moins des bénéfices de 1’entreprise. Une telle conception part de l’hypothèse que toute entreprise rentre par nature dans la sphère du droit public. […] Le propriétaire des moyens de production, quel qu’il soit – propriétaire particulier, association d’ouvriers, ou fondation – doit, toujours dans les limites du droit public de l’économie rester maître de ses décisions économiques. Il va de soi que son revenu est plus élevé que celui de ses collaborateurs. […] » (Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1949, t. XI, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1951, p. 161-162.) (NDLR.)

[17] — « Ce qui à notre époque frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes qui d’ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu’ils administrent à leur gré. Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer. » (Quadragesimo anno, Actes de S.S. Pie XI, t. VII [1931], Bonne Presse, p. 146-147). (NDLR.)

[18] — « Vous n’ignorez pas, vénérables frères et très chers fils, avec quelle énergie Notre Prédécesseur [Léon XIII], d’heureuse mémoire, s’est fait le défenseur de la propriété privée contre les erreurs socialistes de son temps et comment il a montré que son abolition, loin de servir les intérêts de la classe ouvrière, ne pourrait que les compromettre gravement. » (Quadragesimo anno, ibid., p. 112-113.) (NDLR.)

[19] — « La tradition universelle, non moins que les enseignements de Notre Prédécesseur [Léon XIII], font de l’occupation d’un bien sans maître et du travail qui transforme une matière (occupatione rei nullius et industria seu specificatione) les titres originaires de la propriété. De fait, contrairement à certaines opinions, il n’y a aucune injustice à occuper un bien vacant qui n’appartient à personne. D’un autre côté, le travail que l’homme exécute en son propre nom et par lequel il confère à un objet une forme nouvelle ou un accroissement de valeur est le seul qui lui donne un droit sur le produit. » (Quadragesimo anno, ibid., p. 118 ; DS 3730.) (NDLR.)

[20] — Discours au Ier Congrès catholique international rural, 2 juillet 1951. Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1951, t. XIII, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1954, p. 288. (NDLR.)

[21] — Voir aussi DS 3729 (Quadragesimo anno) : « Les riches sont tenus par un très grave précepte de pratiquer l’aumône, la bienfaisance et la magnificence, comme l’enseignent les saintes Écritures et les saints Pères de l’Église. »

[22] — Voir la dernière partie de l’encyclique (Actes de S.S. Pie XI, ibid., p. 160 sq.).

[23] — « […] Voici donc l’organisation la meilleure pour le gouvernement d’une cité ou d’un royaume : à la tête est placé, en raison de sa vertu, un chef unique ayant autorité sur tous ; puis viennent un certain nombre de chefs subalternes, qualifiés par leur vertu ; et cependant la multitude n’est pas étrangère au pouvoir ainsi défini, tous ayant la possibilité d’être élus et tous étant d’autre part électeurs. Tel est le régime parfait, heureusement mélangé de monarchie par la prééminence d’un seul, d’aristocratie par la multiplicité de chefs vertueusement qualifiés, de démocratie enfin ou de pouvoir populaire du fait que de simples citoyens peuvent être choisis comme chefs, et que le choix des chefs appartient au peuple. Et tel fut le régime institué par la loi divine. En effet, Moïse et ses successeurs gouvernaient le peuple en qualité de chefs uniques et universels, ce qui est une caractéristique de la royauté. Mais les soixante-douze anciens étaient élus en raison de leur mérite (Dt 1, 15) : “Je pris dans vos tribus des hommes sages et considérés, et je les établis comme chefs” ; voilà l’élément d’aristocratie. Quant à la démocratie, elle s’affirmait en ce que les chefs étaient pris dans l’ensemble du peuple, (Ex 18, 21) : “Choisis parmi tout le peuple des hommes capables etc.” ; et que le peuple aussi les désignait (Dt 1, 13) : “Présentez, pris parmi vous, des hommes sages”. L’excellence des dispositions légales est donc incontestable en ce qui touche à l’organisation des pouvoirs. » (Somme théologique, tome 2, Paris, Cerf, 1984, p. 702.)

[24] — « Ainsi [pour le Sillon] la démocratie seule inaugurera le règne de la parfaite justice ! N’est-ce pas une injure faite aux autres formes de gouvernement, qu’on ravale, de la sorte, au rang de gouvernements de pis-aller impuissants ? Au reste, le Sillon se heurte encore sur ce point à l’enseignement de Léon XIII. Il aurait pu lire dans l’encyclique déjà citée du Principat politique [Diuturnum illud] que “la justice sauvegardée, il n’est pas interdit aux peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou aux institutions et coutumes qu’ils ont reçues de leurs ancêtres” ; et 1’encyclique fait allusion à la triple forme de gouvernement bien connue. Elle suppose donc que la justice est compatible avec chacune d’elles. » (Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, t. II, 1909-1914, publications du Courrier de Rome, 1993, p. 257.)

[25]Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1944, t. VI, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1963, p. 246.

[26]Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1951, t. XIII, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1954, p. 119.

[27] — Nous n’avons pas trouvé ce texte dans le radiomessage de Noël 1948, qui dit seulement : « La doctrine catholique sur l’État et la société civile s’est toujours fondée sur le principe que selon la volonté divine les peuples forment ensemble une communauté ayant un but et des devoirs communs » Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1948, t. X, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1950, p. 450. (NDLR.)

[28]Documents pontificaux de S.S. Pie XII, année 1947, t. IX, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1961, p. 375.

[29] — « On ne saurait, toutefois, exclure totalement du culte catholique la musique et le chant modernes, […] pourvu qu’ils n’aient rien de profane et d’inconvenant… Nous vous exhortons encore, vénérables frères, à prendre soin de promouvoir le chant religieux populaire et sa parfaite exécution » (ibid., p. 417-418). La même encyclique cependant, demande qu’on conserve et cultive le chant grégorien « que l’Église prescrit absolument en certaines parties de la liturgie [cf. saint Pie X, lettre apost. Tra le sollecitudini] ». (NDLR.)

[30]Ibid., p. 374.

[31] — Lettre de la S. C. des Séminaires à l’épiscopat du Brésil (7 mars 1950) ; Documents pontifi­caux de S.S. Pie XII, année 1950, t. XII, Saint-Maurice, éd. de l’Œuvre de Saint-Augustin, 1952, p. 74.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 42

p. 16-38

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Études Théologiques : Doctrine Catholique et Sagesse de Saint Thomas d'Aquin

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