Jubilé sacerdotal
du père Muñoz
Le révérend père Pedro de la Inmaculada Muñoz Iranzo a fêté, le 1er juin dernier, ses cinquante ans de sacerdoce au monastère de l’Oasis, près de Barcelone. A cette occasion, nous publions une brève note sur sa vie et son œuvre, ainsi que la traduction du sermon prononcé en espagnol ce jour-là par M. l’abbé Juan-Carlos Ceriani, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
Le Sel de la terre.
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PEDRO MUÑOZ IRANZO est né le 20 novembre 1927 à Yecla (Murcie, Espagne) et fut baptisé le 27 du même mois, fête de la Médaille miraculeuse.
Étant encore enfant, durant la guerre d’Espagne, il fut providentiellement préservé de la déportation en Russie. Sa mère était infirmière et avait fait du bien à une institutrice de l’école où allait Pedro. Cette institutrice l’avertit un jour de ne pas emmener Pedro le lendemain. Tous les enfants de sa classe furent emmenés ce jour-là « en excursion » sur un bateau qui prit la direction de la Russie soviétique. Le soir, les parents apprirent la nouvelle en venant chercher leurs enfants à l’école [1].
Le jeune Pedro entra au séminaire après la guerre civile. Il eut l’occasion, au cours de ses études, de visiter les fameuses « tchéquies », prisons où les rouges torturaient avec un raffinement diabolique les catholiques pour les faire apostasier.
Le 31 mai 1952, il fut ordonné prêtre des mains de l’archevêque de Barcelone, Mgr Modrego, au cours de la plus grande ordination sacerdotale de tous les temps : 819 diacres, en grande partie espagnols, furent ordonnés prêtres par 21 évêques sur 21 autels répartis dans un grand stade, à l’occasion du 35e Congrès eucharistique, en présence du Général Franco. Hélas ! de tous ces prêtres, seul le père Muñoz resta fidèle à la messe de son ordination.
La même année, il fut nommé vicaire de la paroisse Saint-Félix l’Africain, à Barcelone, poste qu’il conserva jusqu’en 1998, date à laquelle l’évêque le releva de sa charge, sans lui en confier une autre.
C’est dans cette paroisse qu’il commença à réunir des jeunes gens et des jeunes filles pour former une « Oasis ». Ce mouvement était inspiré de l’Oasis fondée à Milan (Italie) par le père Lombardi. Les membres faisaient le vœu de chasteté jusqu’au moment de choisir un état de vie.
En 1960, on sentait venir la crise de l’Église. La baisse des vocations engagea le père Muñoz à orienter son œuvre, désormais nommée l’« Oasis de Jésus-Prêtre », vers l’aide aux vocations sacerdotales.
Le 4 octobre 1960, eut lieu la première réunion, où furent fixées les activités : visite d’écoles pour susciter d’éventuelles vocations sacerdotales, collecte de fonds pour aider les séminaristes pauvres, etc.
En 1963, il fut à l’origine d’un mouvement pour faire changer la date de la « fête des Mères » qui avait été fixée au 8 décembre, ce qui avait pour conséquence d’éclipser la fête de l’Immaculée Conception, fête nationale de l’Espagne. Le père Muñoz, aidé seulement de quelques jeunes, dont quelques unes des premières oasistes, réussit grâce à une aide providentielle de la très sainte Vierge Marie, et put faire changer le décret royal [2].
Encouragées par le père Muñoz, les premières oasistes comprirent de mieux en mieux l’idéal sacerdotal, et quatre d’entre elles décidèrent de consacrer leur vie à cette mission. En 1965, Mgr Modrego approuva les constitutions de l’Oasis comme pieuse union.
En 1966, les premières oasistes commencèrent la vie commune et peu à peu la sainte Vierge orienta ce groupe pour devenir une communauté religieuse contemplative, dont les membres s’offrent pour la sanctification des prêtres et des âmes consacrées, dans l’esprit de saint François de Sales.
Le père Muñoz voyait avec désagrément les changements introduits dans l’Église, spécialement les changements liturgiques. Quand il entendit parler de Mgr Lefebvre et en lisant ses ouvrages, il comprit la nécessité de résister à la vague moderniste et de conserver la Tradition, même si cela devait lui valoir des difficultés avec ses supérieurs.
Ce fut le cas, en particulier, lors d’un pélerinage à Rome, où il eut l’audace de célébrer la messe traditionnelle dans la basilique Saint-Pierre. La messe fut interrompue par les gardes, et le célébrant soumis à un interrogatoire minutieux.
En conséquence de cet incident, les pères Chartreux, sur indication du cardinal archevêque de Barcelone, retirèrent la permission qu’ils avaient donnée de construire l’Oasis sur un de leur terrain. Le père Muñoz, désormais traité de « rebelle » à cause de sa fidélité à la vraie messe, dut abandonner les constructions commencées, et chercher un autre lieu.
Mais cette fidélité lui valut aussi de nombreuses grâces.
Tout d’abord celle d’une étroite amitié avec Mgr Lefebvre, dès le début des années 1970. Celui-ci comprit que l’œuvre entreprise par le père Muñoz était une des œuvres les plus nécessaires à notre époque. Il aimait visiter l’Oasis, et c’est là qu’il écrivit en partie son Itinéraire spirituel.
Puis la sainte Vierge trouva pour les sœurs un monastère approprié pour mener la vie contemplative et y attira de nombreuses vocations du monde entier.
En 1986, Mgr Lefebvre approuva les constitutions de l’Oasis de Jésus-Prêtre, et encouragea le père Muñoz à édifier une église digne et spacieuse, lui offrant le premier don. De plus, il organisa un voyage dans toute la France pour faire connaître l’Oasis, et chercha un lieu favorable pour une fondation.
Mais Mgr Lefebvre ne put réaliser ce projet qu’après son départ pour le ciel : en effet, c’est seulement en 2000 que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a cédé au père Muñoz le prieuré de Vérac, une des premières maisons de la Fraternité.
Le père Muñoz eut aussi la consolation de voir son œuvre bénie spirituellement, par l’acceptation que le ciel fit du sacrifice de sœur Maria-Sherry qui offrit sa vie pour les prêtres et les âmes consacrées en 1997, et mourut saintement l’année suivante (voir la recension de sa vie dans Le Sel de la terre 41).
Le père Muñoz inculque à ses filles un grand respect pour tous les prêtres et les âmes consacrées, et ceux-ci sont reçus à l’Oasis comme dans leur propre maison.
Il publie un petit bulletin trimestriel, en langue espagnole, qui défend vaillamment et plaisamment la vérité catholique : Oasis de Jesús Sacerdote. Voici l’adresse où se le procurer, qui est aussi l’adresse du monastère : Oasis de Jesús Sacerdote, Lista de correos, 08310 Argentona (Barcelona), Espagne. Tel/Fax : 93 791 92 35.
Et voici l’adresse de la fondation en France : Oasis de Jésus-Prêtre, « Château Pommier », route de Vérac à Galgon, 33240 Vérac.
Sermon du jubilé
Pour notre plus grande joie à tous, est arrivé ce jour où nous pouvons célébrer et fêter les cinquante ans de sacerdoce de notre cher père Muñoz.
Quel est l’objet de notre fête ? Le sacerdoce catholique. Cette fête doit être un cantique de louanges et d’actions de grâces à Jésus, suprême et éternel Prêtre, et au sacerdoce institué par lui.
Mais nous ne pouvons manquer de mentionner que l’objet formel de notre célébration est matérialisée, concrétisée en la personne de notre cher père, dont le caractère de fondateur d’une œuvre sacerdotale exalte encore plus notre motif de louange et de reconnaissance.
A la demande expresse du père Muñoz, le contenu de mes propos aura pour thème principal le sacerdoce.
Mais comme ses filles et cette auguste assemblée ne me pardonneraient pas d’omettre ne serait-ce qu’une petite référence à sa propre personne, je ferai, ici et là, une relation entre le sacerdoce et le prêtre qui célèbre son cinquantième anniversaire.
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En commençant notre exposé, comment ne pas évoquer cette phrase de l’évangéliste : « Je suis venu au monde pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance », ce sont les paroles de Notre‑Seigneur Jésus qui nous donna la participation à la vie même de Dieu, la grâce divine, dont il est l’auteur et la source.
Sans doute Notre‑Seigneur, aurait-il pu nous faire le don de la grâce de la vie, sans recourir à des intermédiaires ou des instruments ; mais dans son infinie sagesse et bonté, il voulut déposer les trésors divins dans les mains de quelques hommes pour que ceux-ci les distribuent aux autres hommes.
Ainsi, comme dans l’ordre naturel, nous recevons le don de la vie de nos pères, de la même manière, dans l’ordre surnaturel, Dieu nous communique la vie divine à travers des intermédiaires auxquels nous donnons justement le nom de pères spirituels.
Ceci est l’origine de la paternité spirituelle, c’est la source de laquelle jaillit le sacerdoce catholique.
Oui ! le sacerdoce catholique est une paternité et, comme telle, c’est un mystère d’amour, de fécondité et de sacrifice.
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En premier lieu, cette paternité divine est un mystère d’amour.
Toute paternité noble, illustre, digne, vient de l’amour.
La paternité qui n’a pas son origine dans les profondeurs de l’amour ne mérite pas ce nom, car elle est pur fruit de la chair et du sang : elle n’est pas noble, mais plébéienne.
Comment se rattache la paternité spirituelle, mystère d’amour, au sacerdoce catholique ?
Par un amour infini, le Père a engendré le Verbe de toute éternité. Par un amour inouï et incompréhensible, Jésus nous a donné la vie en souffrant dans un excès d’amour : « Je leur ai fait connaître votre nom et je continuerai à le faire connaître, pour que l’amour avec lequel vous m’avez aimé soit en eux et moi en eux » (Jn 17, 26).
Jésus laissait sur terre ses plus précieux trésors : l’Église, l’Évangile, la croix, la sainte eucharistie, et il avait besoin de la fidélité d’un amour unique pour garder ce patrimoine ; pour cela, du plus profond de son cœur, il tira le mystère du sacerdoce, gardien de son héritage et, en même temps, complément de tous ses trésors.
De la sorte, dans les splendeurs d’une matinée radieuse au bord du lac de Tibériade, Jésus révéla le mystère de la paternité spirituelle : avant de déposer dans les mains de saint Pierre le trésor des âmes, avant de lui confier la plénitude de la paternité spirituelle, il posa par trois fois la douce et tendre question : « M’aimes-tu ? » (Jn 21, 15-17).
Le divin Maître savait que le fait de l’aimer équivalait à aimer les âmes et que cet amour, qu’il exigeait du cœur de l’apôtre, se manifesterait en zèle et en amour paternel.
Jésus pose la même question à chaque prêtre, parce que tout bon prêtre porte en son cœur un amour de père ; amour pur, fécond ; amour désintéressé. Amour qui s’enclave dans la croix. Amour qui donne la vie de la grâce.
Dans ce mutuel amour de Jésus et de ses prêtres réside l’intimité et le secret du sacerdoce catholique. Le sacerdoce est un mystère d’amour, d’amour unique, singulier, qui renferme l’enchantement de tous les sentiments de la terre, reflet de l’amour éternel du Père et de l’amour virginal de Marie.
Mais l’amour qui brûle le cœur de tout bon prêtre n’est pas le même que celui qui fait battre le cœur du prêtre fondateur. Le fondateur doit aimer plus que les simples prêtres… il doit aimer d’une façon sublime… être consacré totalement et en permanence à l’œuvre que Jésus lui a confiée. Cet amour particulier du cœur du Fondateur embrasse toute son activité, toute sa vie, toute son abnégation.
L’amour sacerdotal de notre cher père Muñoz pour le sacerdoce et pour chaque prêtre, est un amour singulier, particulier ; c’est un amour qui l’a amené à fonder précisément une congrégation dédiée exclusivement à la sanctification des prêtres.
Et que dire, alors, de l’amour pour son Oasis et pour ses membres ?
Beaucoup de prêtres, beaucoup de cœurs sacerdotaux, aiment et aimeront les religieuses de l’Oasis de Jésus‑Prêtre ; mais il y en a un qui les aime singulièrement ; qui a pour elles, particulièrement, un cœur de père : c’est le fondateur.
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Le sacerdoce catholique est donc un mystère d’amour. En second lieu, c’est un mystère de fécondité : « Père l’heure est venue, glorifiez votre Fils, pour que votre Fils vous glorifie, puisque vous lui avez donné autorité sur toute chair, afin qu’à tous ceux que vous lui avez donnés, il donne la vie éternelle » (Jn 17, 26).
Tout amour vrai est fécond ; la fécondité est la fonction propre de l’amour authentique. De cette manière, le sacerdoce est divinement fécond ; son ministère consiste à donner la vie divine aux âmes.
Cette vie de la grâce, cette vie divine, le prêtre la communique par le baptême ; la vivifie avec le sacrement de pénitence ; la fait croître et se développer grâce à la sainte eucharistie ; la rend féconde quand il bénit l’union matrimoniale de ses enfants ; la procure par l’ultime ornement en oignant les corps moribonds, les préparant au face à face éternel.
Oui ! parce que le prêtre aime Jésus, il a le don céleste de donner la vie aux âmes ; et, par un échange divin, ces âmes sont la récompense terrestre, la couronne éternelle de l’amour sacerdotal : « Je ne prie pas seulement pour ceux-ci, mais aussi pour ceux-là, qui, par l’intermédiaire de
