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L’extrême-onction

 

Étude sur les sacrements (VI)

 

 

 

par Dom Bernard Maréchaux O.S.B.

 

 

 

Les cinq premières parties de cette étude se trouvent dans nos numé­ros 29 (page 128 : les sacrements en général), 31 (page 95 : le baptême), 35 (page 124 : la confirmation), 38 (page 122 : l’eucharistie) et 41 (page 148 : la pénitence).

Ces pages sur le sacrement de l’extrême-onction sont extraites du Bulletin Notre-Dame de la Sainte-Espérance, numéros de novembre 1881 à mars 1882.

Le Sel de la terre.

 

 

 

Nature de ce sacrement.

La maladie et le péché

 

Le concile de Trente appelle le sacrement de l’extrême-onction, un sacrement qui met le dernier sceau, non seulement à la péni­tence, mais à toute la vie chrétienne qui doit être une perpétuelle pénitence : « Non modo pœnitentiæ, sed et totius christianæ vitæ, quæ pœnitentia esse debet, consummativum sacramentum. »

La nature de nos études demande donc qu’après avoir parlé du sacrement de pénitence, nous disions quelque chose de l’extrême-onction.

Ce sacrement est vraiment mystérieux et peu compris. On ne peut le consi­dérer attentivement, sans être amené à des réflexions, nous allions dire des dé­couvertes on ne peut plus saisissantes.

Il a pour effet de faire disparaître de l’âme les restes et jusqu’aux traces du péché, afin qu’elle prenne confiance et courage pour paraître aux yeux de Dieu. Voilà son but. Mais, pour être apte à le recevoir, il ne suffit pas d’être sur le point de mourir, comme serait un condamné à mort : il faut être positivement malade, et gravement malade.

Ce sacrement demande à être appliqué sur un état de maladie. Il est donné sous forme de remède corporel ; conséquemment il n’aurait pas de sens, il serait déplacé sur une personne bien portante. Celui qui ne peut avaler les saintes es­pèces est mis dans l’impuissance de communier ; de même une personne en pleine santé est placée, par le fait même, en dehors de l’action sacramentelle de l’extrême-onction.

Mais là n’est pas la plus grande merveille. L’onction de l’huile a quelque chose de médicinal, comme l’eau du baptême a la propriété de laver. Des deux côtés il y a un signe : ici l’âme est purifiée, là elle est guérie. Seulement, tandis que l’eau du baptême coulant sur le corps n’y produit aucun effet miraculeux, les onctions de l’huile sainte ont la vertu de ramener à la santé le corps qui les re­çoit. En d’autres termes, si l’extrême-onction est ordonnée principalement à gué­rir l’âme, elle l’est aussi secondairement à guérir le corps. Ce dernier effet ne se produit pas toujours ; mais enfin il est renfermé dans l’action complète de ce sa­crement. Il a donc cela de particulier, qu’il saisit l’homme tout entier, corps et âme.

Ici se dresse une question très intéressante : d’où vient que l’extrême-onc­tion, remède de l’âme, produise par contrecoup la guérison du corps ?

 

*

 

Pour entendre quelque chose à ce mystère, il faut comprendre les relations qui existent entre l’état de péché et l’état de maladie.

C’est le péché qui, ayant introduit la mort dans le monde, y a introduit les maladies qui en sont le préambule. Le désordre qu’il a produit dans l’âme en bri­sant l’équilibre de ses puissances et leur harmonie dans la poursuite du bien su­prême, a eu pour contre-coup une rupture de cet équilibre des fonctions orga­niques duquel résulte la santé. L’homme est devenu tout entier infirme, dans son âme et dans son corps ; il a été tout entier détérioré, totus commutatus in dete­rius, dit le concile de Trente.

Il y a donc entre le péché et la maladie le rapport de cause à effet.

Ce rapport se manifeste par des analogies nombreuses, que l’illustre Joseph de Maistre a tracées d’une main sûre. Il y a, dit-il, une sorte de langueur générale qui prédispose à toute espèce de maladies, comme la concupiscence nous pré­dispose à toute espèce de péchés. Il y a des maladies innomées, comme par exemple les malaises, les fièvres, comme il y a des vices génériques, par exemple l’intempérance, l’injustice. Il y a enfin des maladies caractérisées, comme il y a des vices nettement spécifiés. Les médecins en un mot groupent les maladies d’après certains types, tout comme les moralistes ramènent à la triple concupis­cence décrite par saint Jean, toutes les affections déréglées de l’âme.

Le même auteur observe, après le protestant Bacon, qu’un grand nombre de saints (moines surtout et solitaires), ont été favorisés d’une longue vie ; car en eux l’apaisement des passions, la répression des vices, neutralisaient les in­fluences morbides. Par contre, c’est un axiome de sens commun, que l’intem­pérance, l’incontinence, et même d’autres vices moins grossiers, produisent dans l’organisme d’effrayants ravages.

En établissant ces analogies, nous ne voulons pas dire que toute maladie est la suite immédiate d’un péché, ou que tout péché fait éclore infailliblement une maladie. L’homme le plus vertueux peut devenir accidentellement malade. Nous disons seulement qu’à l’origine première de la maladie, il y a le péché ; et nous croyons pouvoir ajouter qu’à l’origine première de telle maladie caractérisée, il y a un péché. « Les maladies, une fois établies, dit Joseph de Maistre, se propa­gent, se croisent, s’amalgament par une affinité funeste, en sorte que nous pou­vons porter aujourd’hui la peine physique d’un excès commis il y a plus d’un siècle. » Mais comment s’établissent-elles, sinon par un désordre moral qui a son retentissement dans l’organisme ? Aucune maladie ne saurait avoir une cause purement matérielle.

En résumé, on peut affirmer hardiment que les maladies multiples, dont le genre humain est affligé, sont à la fois la punition et la manifestation sensible des péchés qui ravagent les âmes.

Cette vérité bien établie, on comprend aisément qu’un sacrement, établi pour effacer dans les âmes les dernières traces du péché, aille par voie de consé­quence jusqu’à faire disparaître les maladies corporelles. Il supprime la cause : quoi d’étonnant qu’il renferme une vertu capable de supprimer l’effet ! Il les sup­prime donc, toutes les fois que l’intérêt spirituel du malade le demande ainsi.

 

*

 

La doctrine que nous exposons n’est pas problématique, elle est très fondée et très certaine. Elle est l’expression de toute la sagesse antique, et nous la re­cueillons des lèvres mêmes de Notre-Seigneur.

Les anciens envisageaient les malades avec un respect mêlé de terreur ; être malade, c’était avoir reçu la visite de Dieu. La main du Seigneur m’a touché, s’écrie Job. Il était frappé de Dieu, dit Isaïe en parlant de Notre-Seigneur, qu’il représente comme un lépreux.

Par suite, si, comme nous le faisons, les anciens recouraient à des remèdes dans leurs maladies, ils les employaient religieusement, ce que nous ne faisons pas toujours. Écoutons à ce sujet l’auteur inspiré de l’Ecclésiastique, dont le pré­cieux livre est le miroir des traditions de l’antiquité : il traite à fond la question qui nous occupe dans un chapitre spécial (XXXVIII) :

Il commence par exalter la profession de médecin, comme une espèce de sacerdoce. « Honorez, dit-il, le médecin, parce qu’il vous est nécessaire ; car c’est le Très-Haut qui l’a créé. La profession vient de Dieu ; il est comblé de présents par le roi. La science du médecin l’élèvera en honneur ; et il sera loué dans l’assemblée des grands. »

Il attribue à Dieu lui-même l’origine des connaissances qui constituent la science médicale. « C’est le Très-Haut qui fait produire à la terre tout ce qui gué­rit, et l’homme sage n’en aura pas d’éloignement. Un peu de bois n’a-t-il pas adouci l’eau amère ? Dieu a fait connaître aux hommes la vertu des plantes ; le Très-Haut leur en a donné la science, afin qu’ils l’honorassent dans ses mer­veilles. Il s’en sert pour apaiser leurs douleurs. Des mains industrieuses en tirent des compositions agréables, des huiles qui rendent la santé ; elles diversifient leurs compositions en mille manières. La paix de Dieu se répand ainsi par toute la terre. »

Voici maintenant comment l’homme doit se conduire en ses maladies ; s’il veut guérir, qu’il purifie soigneusement son âme du péché ! « Mon fils, ne vous laissez pas aller à l’abattement dans votre maladie ; mais priez le Seigneur, et lui-même vous guérira. Détournez-vous du péché, veillez sur vos actions, et purifiez votre cœur de toutes ses fautes. Offrez à Dieu l’encens de bonne odeur, et un gâ­teau de fleur de farine comme mémorial ; rendez agréable votre oblation ; puis appelez le médecin, car c’est le Très-Haut qui l’a créé. Et qu’il ne vous quitte point, parce que son art vous est nécessaire. Il viendra un temps, où vous tombe­rez aux mains des médecins. »

Les médecins eux-mêmes, s’ils veulent guérir leur malade, doivent se mettre en relation avec Dieu par la prière. « Ils prieront eux-mêmes le Seigneur, dit l’auteur inspiré, afin qu’il les conduise, en égard à leur bonne vie, au soulage­ment et à la santé qu’ils veulent vous procurer. »

Que de lumières en cette admirable page ! Elle se termine par un apho­risme qui est l’énoncé même de notre thèse : « L’homme qui pèche aux yeux de celui qui l’a créé, tombera dans les mains des médecins. »

L’Évangile n’établit pas moins clairement la relation qui existe entre la ma­ladie et le péché. Rappelons-nous l’évangile du paralytique : Notre-Seigneur commence par lui remettre ses péchés ; puis, établissant une sorte de parallèle entre la guérison du corps et celle de l’âme, il demande s’il est plus difficile d’opérer l’une que l’autre ; et enfin il redresse le paralytique, et le renvoie empor­tant son grabat. La rémission des péchés précède la guérison corporelle ; et celle-ci en est la contre-épreuve (Mt 9). La guérison du malade languissant autour de la piscine, racontée par saint Jean (Jn 5, 1-16), est plus remarquable encore. Notre‑Seigneur, après l’avoir guéri, lui adresse cet avertissement : Voici que tu es guéri ; ne pèche plus désormais, de crainte qu’il ne t’arrive quelque chose de pire.

On le voit avec évidence, le péché entraîne après lui la maladie, suivant certaines lois mystérieuses. Il faut qu’il disparaisse, pour que Dieu procure la guérison du malade.

Le sacrement de l’extrême-onction, destiné au soulagement simultané de l’âme et du corps des malades, est fondé sur cette vérité. Il est pour ainsi dire la mise en œuvre sacramentelle des instructions de l’Ecclésiastique, et des ensei­gnements de l’Évangile.

 

 

L’onction de l’huile sainte

 

1º Les onctions dans l’Antiquité

 

Les anciens, et spécialement les Orientaux, avaient le culte du mystère. Au rebours de nos modernes déchristianisés qui rapportent tout à la matière, ils rap­portaient tout à l’esprit : et ils avaient ainsi la clef de la vraie science. Le monde visible était pour eux un ensemble de symboles qui les aidait à pénétrer dans les secrets du monde invisible.

Nous avons montré quel était dans l’antiquité le caractère religieux du mé­decin. C’est Dieu qui lui fait connaître les remèdes à employer ; Dieu qui guérit par ses mains.

Quels étaient ces remèdes ? L’Ecclésiastique nous les fait connaître : ce sont des onctions qui rendent la santé, unctiones sanitatis, des baumes calmants et adoucissants, pigmenta suavitatis. Les anciens prenaient le suc des plantes médi­cinales, ils le mêlaient à l’huile et au baume : c’était là le trésor de leur science curative.

Les remèdes étaient donc principalement appliqués sous forme d’onction. Maintenant, si nous considérons que la médecine était souvent unie au sacerdoce dont elle formait une dépendance, nous sommes portés à croire que ces onctions médicinales étaient fréquemment accompagnées de formules déprécatoires. L’Ecclésiastique dit du médecin : « Il priera Dieu pour qu’il dirige son art et sa main à la guérison du malade. » Ainsi, tandis que le médecin traitait son malade, il priait.

Le comte de Maistre, dans son beau traité des Sacrifices, dit qu’il est ques­tion, dans les auteurs profanes, de paroles puissantes destinées à charmer les douleurs. Pour nous, nous sommes convaincus que les sortilèges, qui consistent en certaines onctions et ligatures, accompagnées le plus souvent de formules ca­balistiques, sont des contrefaçons diaboliques de coutumes saintes et vénérables, remontant à la plus haute antiquité.

 

2º Les onctions miraculeuses

 

L’Évangile nous offre sur la question qui nous occupe un texte extrême­ment remarquable. Il est dit que les apôtres, envoyés par Notre-Seigneur, prê­chaient la pénitence, chassaient beaucoup de démons, et que, par des onctions d’huile faites sur de nombreux malades, ils les guérissaient. (Mc 6, 13).

Il ne s’agit pas ici du sacrement de l’extrême-onction. Ce sacrement ne peut être administré que par des prêtres, or les apôtres ne l’étaient pas encore ; il ne peut être administré qu’à des chrétiens, or rien ne prouve que les malades dont il s’agit fussent baptisés. Il s’agit simplement d’une vertu miraculeuse attachée par Notre-Seigneur aux actions faites par ses apôtres sur les malades. Notre-Seigneur avait trouvé la coutume d’oindre les malades ; il la conserve ; et en attendant qu’il la transforme en sacrement, il la rehausse par d’éclatants prodiges. Dans ces prodiges couvait le dessein du sacrement futur, dit le concile de Trente, Sacramentum insinuatum fuit.

Cette vertu miraculeuse, attachée à l’onction de l’huile, en dehors même du sacrement, est demeurée dans l’Église. On ne peut suffire à énumérer tous les saints, qui, à l’exemple des apôtres, ont guéri les malades, en les oignant d’une huile qu’ils bénissaient.

« Combien d’hommes d’un rang élevé, dit Tertullien, pour ne pas parler des autres, ont été délivrés des démons ou guéris par le ministère des chrétiens ! L’empereur Septime Sévère, père d’Antonin Caracalla, se souvint de leurs bons offices ; il fit chercher le chrétien Proculus, surnommé Torpacion, qui autrefois l’avait guéri par une onction d’huile, et le garda dans son palais ; Antonin Caracalla, qui fut nourri d’un lait chrétien, le connaissait parfaitement » (Ad Scapulam). Ainsi, voilà un empereur païen qui est guéri par une onction que lui fait un chrétien : reconnaissant de ce bienfait, il ménagea d’abord les chré­tiens, et ce n’est que plus tard qu’il les persécuta.

« Telle était donc, dit à ce sujet un commentateur, la coutume des chrétiens, de guérir les malades avec de l’huile ; saint Jérôme mentionne cette coutume dans la vie de saint Hilarion : quand il raconte que les Grecs de la campagne, s’ils étaient blessés par des serpents ou autres animaux venimeux, guérissaient leurs plaies avec de l’huile que le saint avait bénite. Rufin rapporte la même chose des disciples de saint Antoine, Sulpice Sévère de saint Martin. Les faits de ce genre sont innombrables. »

Parmi ces faits innombrables, nous pouvons rappeler ce qui est rapporté de saint Anschaire, qu’il guérissait tous les malades qui accouraient à lui par l’huile bénite et la prière. Notre saint Frobert employait le même remède avec un égal succès : dans sa petite cellule placée à l’entrée de l’église cathédrale de Troyes, il voyait affluer à lui de nombreux malades, et il les guérissait tous par une onction d’huile bénite accompagnée du signe de la croix.

Le plus souvent l’huile miraculeuse était prise d’une lampe qui brûlait de­vant une image sainte. Le bréviaire mentionne les guérisons qu’opérait saint Didace, religieux franciscain, avec l’huile de la madone de l’Ara Cœli. De nos jours M. Dupont, surnommé le « saint homme de Tours », a guéri d’innombrables infirmes avec l’huile de la lampe qui brûlait devant la Sainte-Face [1] ; il ne faisait que continuer jusqu’à nous une tradition apostolique.

 

3º Institution du sacrement de l’extrême-onction

 

Il est temps d’en venir à l’institution du sacrement de l’extrême-onction. Ici ce n’est plus simplement une vertu miraculeuse qui est attachée à l’onction de l’huile ; c’est la grâce elle-même, la grâce qui guérit les âmes avant de guérir les corps, qui dissipe les infirmités spirituelles en soulageant les douleurs corporelles.

Nous regardons comme très probable que Notre-Seigneur institua le sacre­ment de l’extrême-onction dans les quarante jours après sa résurrection, période sacrée durant laquelle, dit saint Léon, furent révélés de grands mystères, et insti­tués de grands sacrements. L’Évangile rapporte qu’il institua alors le sacrement de la pénitence ; il est naturel de penser que le sacrement de l’extrême‑onction, qui en est le complément, fut établi du même coup.

L’apôtre saint Jacques nous montre ce sacrement administré dans l’Église ; il invite les fidèles à en user : « Si quelqu’un d’entre vous est malade, écrit-il, qu’il fasse venir les prêtres de l’Église, et qu’ils prient sur lui, en lui faisant une onction d’huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi procurera le salut du malade, et le Seigneur le soulagera, et s’il est chargé de péchés, ils lui seront remis » (Jc 5, 14-16). A cette description caractéristique, il est facile de reconnaître un sacre­ment. Les deux éléments qui le constituent sont mis en relief : à savoir l’élément matériel, qui est l’onction de l’huile ; et l’élément spirituel, qui est la prière des prêtres. Tout cela se trouve réuni et appliqué au nom du Seigneur : ce qui in­dique l’institution divine provenant de Notre-Seigneur. Enfin les ministres du sa­crement sont désignés, ce sont les prêtres de l’Église. Le sujet est indiqué, c’est le chrétien malade. L’effet n’est pas un simple soulagement corporel, c’est en géné­ral le salut spirituel et temporel de l’infirme, c’est en particulier la rémission de ses péchés. Tous ces traits, disons-nous, désignent, jusqu’à l’évidence, l’action surnaturelle.

Par l’onction de l’huile simple, tout chrétien pouvait guérir tout homme, fi­dèle et infidèle, de toute espèce d’infirmités ; l’effet miraculeux se bornait au corps. Dans le sacrement, l’effet s’étend au corps et à l’âme : mais il est réservé aux prêtres de le produire, comme aux chrétiens de le recevoir. Souhaitons à tous les chrétiens de connaître le don que Notre-Seigneur leur a fait, en leur donnant l’extrême-onction, laquelle, dit un Père des premiers siècles, exprime sous un même symbole la miséricorde divine, le remède aux maladies et l’illumi­nation des cœurs.

 

 


Cérémonies de l’extrême-onction

 

L’apôtre saint Jacques décrit les cérémonies de l’extrême-onction, telles qu’elles se pratiquaient dans les temps apostoliques. Nous en dirons quelques mots ; et pour procéder avec ordre, nous examinerons successivement les deux éléments dont l’union constitue le sacrement, à savoir l’onction et la prière du prêtre ; puis nous donnerons une vue d’ensemble sur les rites qui l’accompa­gnent.

 

L’onction, élément matériel du sacrement

 

C’est un principe posé par saint Thomas, que, là où intervient dans un sa­crement un élément matériel comme l’eau ou l’huile, il se produit quelque effet de grâce extraordinaire. Ce principe se vérifie dans le sacrement que nous étu­dions.

L’extrême-onction est donnée pour perfectionner l’œuvre de la pénitence, comme la confirmation perfectionne l’œuvre du baptême. Des deux côtés, l’huile sert d’instrument à l’action divine. Dans la confirmation, cette huile est mêlée à du baume ; car elle est destinée à produire des effets plus variés. Dans l’extrême‑onction, c’est de l’huile simple : son action est moins étendue, mais non moins pénétrante.

L’emploi de l’huile indique une intervention spéciale du Saint-Esprit. Or le Saint-Esprit est appelé le doigt de Dieu, parce que ses opérations sont très sub­tiles. Aussi les deux sacrements, conférés par le moyen de l’huile bénite, opèrent-ils des effets d’une perfection et d’une délicatesse particulières.

Le rôle de l’huile est très nettement marqué dans la loi de Moïse. Lisez les rites de la purification d’un lépreux (Lv 14), vous verrez que, commencée avec du sang, elle s’achève avec de l’huile. Le prêtre teignait d’abord, avec le sang de la victime immolée pour le délit, l’extrémité de l’oreille droite du lépreux, puis le pouce de la main droite et celui du pied droit. Ensuite il prenait l’huile de l’offrande, il en oignait successivement les mêmes parties du corps, et même, en faisait une effusion sur la tête du lépreux guéri. Le sang marquait l’effacement de la souillure de la lèpre ; et l’huile indiquait la restitution de la chair flétrie, dans sa souplesse et sa beauté premières.

Nous trouvons là une bien belle image de nos sacrements. La lèpre est la figure du péché ; le sang de Notre-Seigneur, qui coule dans le sacrement de péni­tence, en efface la souillure ; et la vertu du Saint-Esprit, qui agit par l’huile de l’extrême-onction, rend à l’âme un lustre tel, qu’il ne paraît plus que la lèpre spi­rituelle y ait jamais passé.

Il n’est pas jusqu’aux parties ointes par le prêtre hébreu qui ne reviennent bien à notre extrême-onction : ce sont l’extrémité de l’oreille droite, le pouce de la main droite et celui du pied droit, puis généralement toute la tête. Or nous multiplions les onctions sur la tête, aux organes des différents sens et notamment aux extrémités des oreilles ; nous oignons ensuite les mains et les pieds, etc. L’analogie est frappante. Elle s’explique facilement, si nous considérons que les mêmes idées mystiques guident la main du prêtre catholique et ont guidé celle du lévite. Les onctions faites aux organes des sens et aux extrémités du corps indiquent une guérison qui ne laisse rien à désirer. Dans ce même ordre d’idées, les prêtres lavent à la messe l’extrémité de leurs doigts ; et Notre-Seigneur lava les pieds à ses apôtres. « Celui qui est déjà purifié, leur dit-il, n’a besoin que d’avoir les pieds lavés » (Jn 13, 10). De même, celui qui est déjà guéri n’a besoin que d’être délivré d’une certaine langueur qui paralyse les fonctions des sens et le mouvement des membres : et c’est là l’effet de l’extrême-onction.

 

La prière, élément spirituel du sacrement

 

Les Grecs nomment l’huile de l’extrême-onction d’un nom très expressif ; ils disent l’huile imprégnée de prière (Euchelaion).

Ils appellent ainsi l’huile sainte, non seulement parce qu’il est nécessaire qu’elle ait été bénite pour servir aux usages sacramentels ; mais encore parce que les onctions qu’on en fait sont accompagnées d’une prière, prononcée par le prêtre, qui les pénètre et les rend efficaces. Cette prière est l’élément spirituel du sacrement.

Nous disons : une prière. En effet, dans ce sacrement, le prêtre ne se sert pas d’une formule indicative, qui emporte une production directe de l’effet sa­cramental, comme est la formule Je te baptise. Il emploie une formule dépréca­toire ; il émet une prière qui confie pour ainsi dire à la miséricorde divine le soin de produire l’effet attendu : Que par cette onction, dit-il, et sa compatissante misé­ricorde, le Seigneur te pardonne tout ce que tu as commis par la vue, l’ouïe, l’odo­rat, etc. C’est là ce que saint Jacques nomme la prière de la foi, oratio fidei. Ce sont là les paroles mystérieuses qui ont la vertu de charmer les douleurs de l’âme et du corps.

Saint Thomas cherche les raisons de cette particularité. Il dit que les autres sacrements ont des effets absolus et bien délimités, tandis que plusieurs des effets de celui-ci sont conditionnels, comme par exemple la guérison du corps. Il y a donc quelque chose qui est soumis au bon plaisir de Dieu. L’effet principal lui-même, qui est un allégement général de l’âme par suite de l’abolition des vestiges du péché, est indéterminé dans son étendue. Ainsi tout est remis à la main de Dieu, pour qu’il agisse dans l’abondance de sa miséricorde. « D’ailleurs, dit en­core saint Thomas, le malade sur le point de mourir cesse d’être sous la juridic­tion de l’Église, pour passer dans la main de Dieu ; et c’est pourquoi on le confie à Dieu par voie de prière. » Douce et sainte pensée ! L’Église, mère des âmes, les remet, par une humble et puissante supplication, dans le sein du Père des miséri­cordes, du Dieu de toute consolation !

 

Cérémonies qui accompagnent le sacrement

 

L’onction de l’huile bénite, unie à la prière du prêtre, constitue proprement le sacrement. Il ne paraît pas d’ailleurs que Notre-Seigneur ait déterminé les par­ties du corps qu’il fallait oindre, ni la formule qu’il fallait prononcer. Car il y avait autrefois sur ce double point une grande variété de coutumes ; et il y a encore aujourd’hui une notable divergence entre l’Église grecque et l’Église latine, diver­gence qui ne touche en rien à l’intégrité du sacrement.

S’il y a diversité entre les Orientaux et nous, concernant la distribution des onctions sur le corps du malade, et la formule sacramentelle elle-même, elle ap­paraît plus grande encore dans les cérémonies qui accompagnent l’administration du sacrement ; car ce sacrement a toujours été comme enchâssé dans un en­semble de prières d’une beauté suppliante. (Nos lecteurs ont pu voir comment l’extrême-onction s’administre chez nous). Chez les Grecs, la solennité est bien plus imposante. On réunit autant que possible sept prêtres : on apporte une lampe à sept branches, puis chaque prêtre allume tour à tour une des branches de la lampe, et fait une onction au malade avec l’huile qui y est contenue ; en­suite les prêtres se font à eux-mêmes une onction par dévotion. Cette magnifique cérémonie est rehaussée de chants et de prières d’une pompe tout à fait orien­tale.

Disons qu’autrefois, dans nos contrées même, on cherchait à réunir plu­sieurs prêtres pour l’extrême-onction. C’était la mise à exécution de prescriptions de saint Jacques : appelez les prêtres de l’Église. Il arrivait aussi qu’on renouvelait l’extrême-onction jusqu’à sept jours de suite, comme pour faire violence au Seigneur.

Il n’était pas rare non plus qu’on allât recevoir ce sacrement à l’église : ce qui montre bien qu’on n’attendait pas à l’extrémité pour le réclamer. La commu­nion en viatique était généralement donnée au malade après l’extrême-onction.

Lorsqu’ils étaient munis des consolations qu’apporte l’huile sainte, nos an­cêtres n’oubliaient pas la recommandation de saint Augustin, que nul homme, même ayant bonne conscience, ne doit sortir de cette vie sans pénitence. Ils vou­laient donc mourir dans l’appareil des pénitents. Ils faisaient étendre par terre un cilice, on y jetait de la cendre en forme de croix, puis on y déposait le mourant pour qu’il y rendît le dernier soupir. Cette coutume, en usage chez les moines, était adoptée par les séculiers eux-mêmes. L’histoire raconte, parmi d’autres exemples de cette pénitence héroïque, que Henri III, roi d’Angleterre, se fit tirer de son lit par une corde, traîner sur un cilice couvert de cendres, et mourut là, la tête appuyée sur une pierre et les pieds soutenus par une autre pierre. C’est ainsi que les monarques tenaient à se présenter devant le grand Juge des vivants et des morts.

 

 

Les effets de l’extrême-onction

 

L’apôtre saint Jacques nous fait connaître en ces termes les effets de l’extrême-onction. « La prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soula­gera ; et, s’il a des péchés, ils lui seront remis. »

Le concile de Trente donne de ces paroles l’admirable commentaire qui suit : « La réalité intérieure de ce sacrement, c’est la grâce du Saint-Esprit, dont l’onction, d’un côté, efface les péchés, s’il y en a quelques-uns, et les restes du péché, de l’autre allège et fortifie le malade, en excitant en lui une grande confiance en la miséricorde divine. Soulagé par cette confiance, le malade sup­porte plus doucement les incommodités et les fatigues de la maladie ; il résiste plus facilement aux tentations du démon, qui cherche à le mordre au talon ; il recouvre même la santé du corps, s’il est expédient pour le salut de son âme. »

Ce commentaire si autorisé nous découvre quatre effets de l’extrême-onc­tion, deux absolus et deux conditionnels. Les deux effets absolus sont : l’allége­ment de l’âme, et l’enlèvement des restes du péché. Les deux effets conditionnels sont l’effacement du péché lui-même, et la guérison du corps.

 

1º Allégement de l’âme

 

De même que la peau se dessèche et se contracte par l’effet de la maladie, l’âme du mourant est comme desséchée et resserrée par les angoisses de la mort. La raison affaiblie n’a plus la force de repousser les appréhensions sinistres, les fantômes lugubres. La crainte du redoutable passage, l’imminence du jugement, consternent l’âme. Le diable lui souffle la défiance, et même le désespoir.

C’est dans cette lutte, dans cette agonie, que Dieu répand en elle la grâce de l’extrême-onction. Aussitôt, comme l’huile, versée sur les chairs, les adoucit, ouvrant et dilatant les pores de la peau, une onction céleste pénètre l’âme du malade, l’ouvre à la confiance, la dilate dans l’espérance des miséricordes di­vines. Elle respire librement. Les fantômes, suscités par le démon qui la guette à sa sortie du monde, s’évanouissent sous une influence de lumière et de paix. Le pauvre malade est rempli d’un sentiment de suave dévotion, qui lui fait dire à Dieu Notre‑Seigneur : Père, je remets mon esprit entre vos mains.

Voilà, si nous saisissons bien la pensée du saint Concile, l’effet le plus di­rect et le plus absolu de l’extrême-onction, celui qui est le plus clairement en rapport avec le signe extérieur qui sert d’instrument à la grâce : c’est l’allégement de l’âme par une infusion de confiance filiale, par une impression de sérénité céleste : « Ô Seigneur, disent les Grecs en leur liturgie, réjouissez ce malade par l’onction de l’huile et par la confiance en votre miséricorde ; chassez les an­goisses de son âme, ô vous qui êtes miséricordieux et compatissant. »

 

2º Enlèvement des restes du péché

 

Il y a quelque chose de bien mystérieux dans cet effet de l’extrême-onction. Le péché est, nous le supposons, complètement effacé ; et il en reste des vestiges dans l’âme immatérielle ; et il faut qu’un sacrement spécial vienne les faire dispa­raître.

Quelle est la nature de ces restes malheureux ? Saint Thomas va nous ré­pondre. C’est une faiblesse et inhabileté de l’âme (inaptitudo), qui proviennent du péché soit originel, soit actuel. Il ne s’agit donc pas ici des passions ou concupiscences qu’on peut appeler justement les restes du péché. Il s’agit spécia­lement d’une certaine langueur, qui est la suite de nos maladies spirituelles, et qui paralyse plus ou moins les puissances de notre âme, soit pour résister au diable, soit pour produire les actes d’une parfaite confiance en Dieu. Cette lan­gueur est dissipée par la vertu des onctions saintes.

Ce n’est pas sans une raison profonde, que ces onctions sont principale­ment appliquées aux organes des cinq sens. Si le diable conserve un certain em­pire sur l’âme qu’il a autrefois dominée par le péché, c’est sur la partie inférieure qu’il l’exerce, et sur les facultés sensitives : car la partie supérieure, où la grâce réside comme en son siège propre, lui échappe. Les onctions, appliquées aux cinq sens, le chassent pour ainsi dire de ses derniers retranchements, et ferment les entrées de l’âme à ses suggestions perfides : quant aux paroles sacramen­telles, elles sont formulées de manière à porter dans l’âme du malade la confiance en la bonté divine.

Ces considérations nous sont inspirées par les prières de l’Église, tant ac­tuelles qu’anciennes. Que demande-t-elle à Dieu par la vertu des onctions saintes ? Que l’esprit immonde ne se cache ni dans les membres du malade, ni dans les jointures de son corps, ni dans la moëlle de ses os, qu’il n’y reste rien de ses traits empoisonnés, mais que la vertu du Christ Très-Haut et du Saint-Esprit habite seule dans le corps du mourant : « Ô Seigneur, disent les Grecs, marquez de l’allégresse du signe de votre miséricorde les sens de vos serviteurs, et par là fermez absolument tout accès de toute entrée aux puissances adverses ; votre signe, ô Sauveur, est un glaive contre les démons, et par le ministère de vos prêtres, il devient même un feu qui consume les méchantes affections de l’âme. »

Les onctions purgent donc les sens et les facultés inférieures de l’âme des dernières impressions du péché ; et de la sorte, elles la soustraient complètement à l’empire de Satan.

 

3º Effacement du péché

 

Il peut arriver que l’âme du malade soit entièrement délivrée de la coulpe du péché, quand par exemple le sacrement de la pénitence a précédé immédia­tement le sacrement de l’extrême-onction. Alors ce dernier sacrement opère sim­plement le double effet retracé plus haut. Si au contraire il y a eu quelque inter­valle entre la réception des deux sacrements, l’extrême-onction efface les péchés commis dans cet intervalle, et fait de la sorte, outre son office propre, l’office de la pénitence. C’est ainsi que l’huile, dont l’office propre est d’adoucir la peau et les chairs, contribue en plus à la guérison des blessures, s’il s’en rencontre dans le corps qu’elle baigne de ses onctions salutaires.

L’effacement de la coulpe du péché est donc un effet de l’extrême-onction, effet conditionnel, et non pas absolu. Il ne faut pas s’étonner d’ailleurs si ce sa­crement a la puissance de le produire, car étant un perfectionnement de la péni­tence, il en possède éminemment la vertu. En général, toute infusion de grâce sanctifiante purifie plus ou moins l’âme de ses péchés véniels, comme le feu dé­truit la rouille. Mais ici il s’agit de l’effacement des péchés mortels eux-mêmes, comme saint Thomas le constate, pourvu que le malade apporte à la réception du sacrement les dispositions suffisantes.

En résumé, nous voyons clairement que l’extrême-onction est le dernier ef­fort de la miséricorde divine pour le salut des âmes. Dans cet effort suprême, Dieu déploie la puissance de sa grâce. Trouve-t-elle l’obstacle du péché, elle est assez forte pour le détruire, et alors pénètrent à flots, dans l’âme réconciliée, la lumière, la paix, l’esprit de confiance et l’abandon.

 

4º La guérison du corps

 

Cet effet est, lui aussi, conditionnel.

Sainte Thérèse émet quelque part une pensée très consolante : à savoir que Dieu prend à lui les âmes, alors qu’il les voit le mieux préparées. Car il est tout miséricorde.

Ce que Dieu veut avant tout, c’est le salut des âmes ; tous ses conseils sont ramenés à cette fin, qui lui procure sa propre gloire. Si donc il prévoit, dans son infinie sagesse, que l’âme d’un malade, actuellement en état de grâce, retombera dans le péché, son infinie bonté le presse de la prendre sans délai ; par suite il ne permet pas que l’extrême-onction opère la guérison du malade. Si au contraire il prévoit que l’âme, instruite par la maladie, usera bien de la vie et grandira en mérites, il est porté à laisser agir la vertu de l’extrême-onction pour le soulage­ment corporel du malade, qui revient à la santé.

Nous sommes pleinement convaincus que, si nos chrétiens avaient la foi, en un mot étaient chrétiens, nous verrions souvent de ces guérisons inespérées. Car l’extrême-onction a la vertu de les produire, tout comme l’eau a la propriété de laver.

Bossuet, dans une oraison funèbre, parle éloquemment de la force opéra­trice de la prière du juste, et surtout de cette prière apostolique, qui, par une es­pèce de charme divin, suspend les douleurs les plus violentes, et fait oublier la mort : je l’ai vu souvent, ajoute-t-il, à qui les écoute avec foi. Nous n’avons pas eu le bonheur de Bossuet : car nos chrétiens n’ont plus de foi. Toutefois nous connaissons une pauvre femme du peuple, que l’extrême-onction guérit instanta­nément, étant déjà aux portes de la mort.

Hâtons-nous de dire que ce sacrement n’agit pas ordinairement par voie de miracle proprement dit. Son mode d’action corporelle consiste à fortifier puis­samment la nature, pour qu’elle puisse triompher de la maladie. C’est pourquoi il ne faut pas attendre que le malade soit réduit à l’extrémité. Compris de cette ma­nière, il procure des guérisons, là où la nature laissée à elle-même aurait suc­combé.

En tout cas, s’il n’est pas dans les desseins de Dieu qu’il ramène le malade à la santé, il lui apporte force, consolation, lumière. Et alors vous entendrez le chrétien s’écrier, comme naguère un saint prélat : « Non je ne savais pas combien ce sacrement était doux ! » Il l’est en effet à un très haut degré, car il rend douce la mort elle-même.

 

 



[1] — Sur ces miracles, qui valurent au vénérable Léon Papin-Dupont (1797-1876) d’être appelé par le pape Pie IX « le plus grand thaumaturge du XIXe siècle », voir Le Sel de la terre 23, p. 113-114. (NDLR.)

Informations

L'auteur

Dom Bernard Maréchaux (1849-1927) fut l'adjoint, puis le successeur du père Emmanuel André en son abbaye bénédictine de Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 43

p. 152-165

Les thèmes
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