En marge des événements de Campos
Quelques documents éclairants
— I —
« L’adhésion véritable au Concile
dans sa totalité »
Nous reproduisons ci-après l’extrait d’un discours qui n’a rien perdu de son actualité. Il fut prononcé par feu le cardinal Decourtray à l’Assemblée plénière des évêques de France réunis à Lourdes, le 22 octobre 1988, soit quatre mois après les consécrations épiscopales d’Écône. Les italiques sont de la rédaction.
Le Sel de la terre.
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Trop de chrétiens se sont inquiétés quand ils ont appris en mai dernier [1988] que des discussions entre le Saint-Siège et Mgr Lefebvre étaient sur le point d’aboutir. « Un Concile pour rien », ai-je lu dans un hebdomadaire. En réalité, ceux qui, pendant dix ans, ont suivi de près les enseignements et les actes de Jean-Paul II ne pouvaient avoir le moindre doute sur sa volonté personnelle de faire appliquer le Concile « dans sa totalité ».
Si Mgr Lefebvre avait confirmé la signature donnée le 5 mai au protocole d’accord – comme je l’ai souhaité, contrairement à ce que certains ont écrit –, il aurait fait la preuve qu’il était disposé à accueillir tout le concile Vatican II en même temps que l’autorité du pape actuel et des évêques locaux qui lui sont unis. Alors nous aurions pu rendre grâce pour cette extraordinaire réconciliation, comme nous l’avions fait naguère pour les bénédictins de Flavigny-sur-Ozerain !
En réalité, si Mgr Lefebvre n’a pas accepté le protocole qui lui était proposé, c’est précisément parce qu’il a compris soudain sa signification réelle. « Ils voulaient nous tromper », a-t-il dit équivalemment. Cela signifiait : « Ils voulaient nous faire accepter le Concile. » Ceci montre combien on aurait tort de réduire cette douloureuse affaire à une question de latin ou de rituel, voire même de protestation contre certains abus. C’est toute la conception de l’Église universelle et de l’Église particulière, du ministère épiscopal et du ministère de Pierre, qui est ici en cause.
Quant à ceux qui, non sans mérite, ont refusé l’acte schismatique du 30 juin et demandé la réconciliation, il est clair qu’ils doivent, avec notre aide amicale et priante, confiante, patiente, mais exigeante, progresser sur le chemin de l’adhésion véritable au Concile « dans sa totalité ».
De notre côté, nous nous efforcerons de mieux comprendre la souffrance et les appels de tous ces frères appelés « traditionalistes ».
[…]
Dans ce sens, il apparaît déjà clairement que nous aurons à prendre le temps et les moyens d’aviver et de raviver ensemble, c’est-à-dire avec tout le Peuple de Dieu et ses pasteurs, notre connaissance, une connaissance croyante, des enseignements essentiels du Concile et de ceux que nous prodigue Jean-Paul II depuis dix ans. Lorsque, dans la foi, on découvre ou redécouvre la « logique » profonde de ces enseignements, leur accord, leur « harmonie », comme disait saint Irénée, c’est une véritable expérience spirituelle que nous faisons, l’expérience d’un don de l’Esprit-Saint. Car cet accord est du même ordre que celui de Pierre avec les Onze, des Onze avec Pierre. C’est l’accord de la Pentecôte compris comme actuel, vivant, dynamique, tourné vers la totalité du monde et de l’histoire, en même temps qu’enraciné dans l’Événement pascal. S’il en est ainsi, il pourrait se faire que, par la grâce de Dieu, ce mal du schisme se change en bien ! « Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a changé en bien », lit-on déjà dans la Genèse (Gn 50, 20).
Le pape met donc en œuvre depuis dix ans, avec une inlassable persévérance, le concile Vatican II. Mais en même temps – et ce n’est pas contradictoire, bien au contraire ! – il insiste sur la nécessité d’une authentique interprétation des enseignements et des orientations de ce Concile.
J’ai déjà cité un passage de la lettre du 8 avril dernier au cardinal Ratzinger. Il faut lire maintenant la suite. Le Saint-Père rappelle que, pour être authentique et donc fructueuse, la mise en œuvre vivante du Concile doit être commandée par la fidélité à toute la Tradition. Fidélité vivante que contredisent aussi bien les tendances dites progressistes que les tendances dites intégristes : « Si d’une part (le Concile) a libéré une aspiration au renouveau (et cela comprend aussi un élément de « nouveauté »), d’autre part certains abus dans la ligne de cette aspiration, pour autant qu’ils oublient les valeurs essentielles de la doctrine catholique de la foi et de la morale et en d’autres domaines de la vie ecclésiale, par exemple dans le domaine liturgique, peuvent et même doivent susciter des objections justifiées. Cependant si, en raison de ces excès, on refuse tout sain « renouveau » conforme à l’enseignement et à l’esprit du Concile, une telle attitude peut conduire à une autre déviation qui est également contraire au principe de la Tradition vivante de l’Église obéissant à l’Esprit de vérité. »
Et c’est ici que, très logiquement, se trouvent en première ligne d’une part, comme « particulière exigence de (son) service à l’égard de toute la communauté des croyants », le Siège apostolique intervenant en l’occurrence par la Congrégation pour la Doctrine de la foi, d’autre part, les évêques collégialement unis à Pierre : « Par le service doctrinal et pastoral de tout le collège des évêques en union avec le pape, l’Église accomplit les tâches concernant la mise en œuvre de tout ce qui est devenu l’héritage spécifique de Vatican II. Cette sollicitude collégiale trouve son expression, entre autres, dans les réunions du Synode des évêques. »
Comme beaucoup d’entre nous l’ont dit et écrit, c’est donc à une fidélité plus totale au Concile que nous provoque l’acte schismatique du 30 juin. Il ne saurait être question, pas plus pour nous que pour le Saint-Siège, de prendre de la distance par rapport au Concile. C’est l’inverse qui est vrai. Il s’agit de nous en pénétrer davantage, d’entreprendre un nouvel effort pour mieux comprendre, dans la foi en Jésus-Christ, le sens véritable et inépuisable de « ce que l’Esprit de vérité a dit à l’Église » pour « la préparer à entrer dans le troisième millénaire » (lettre au cardinal Ratzinger, 8 avril 1988).
[La Documentation catholique, nº 1973 du 4 décembre 1988 [1].]
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Ce qui est à la fois le cœur et l’enjeu du conflit entre « Rome » et la Tradition est parfaitement exprimé dans ce texte : « Si Mgr Lefebvre n’a pas accepté le protocole qui lui était proposé, c’est précisément parce qu’il a compris soudain sa signification réelle […] : l’adhésion véritable au Concile dans sa totalité. »
Au-delà de la messe, c’est le Concile en effet qui constitue la véritable pierre d’achoppement. Non pas le Concile pris matériellement, dans sa lettre seule, mais la nouveauté qu’il exprime et qui est passée dans la nouvelle liturgie, et aussi dans le nouveau code de Droit canonique et dans tous les actes subséquents du magistère : les nouveaux catéchismes et les nouvelles Bibles, la nouvelle théologie de la rédemption universelle, la collégialité épiscopale et les réformes de la Curie, la nouvelle évangélisation de Jean-Paul II et sa prédication intarissable des Droits de l’homme et de la liberté religieuse, l’Ostpolitik, l’ouverture au monde et la croisade pour les démocraties modernes, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux d’Assise, etc. En un mot, ce à quoi il est demandé aux « traditionalistes » d’adhérer, c’est au Concile pris « dans sa totalité [2] », parce que là est le principe et la norme du nouveau catholicisme.
Le cardinal Decourtray l’avait bien compris, et il le dit dans ce discours avec une clarté et une franchise qui méritent d’être signalées : ce n’est pas « une question de latin ou de rituel, voire de protestation contre certains abus ; c’est toute la conception de l’Église…, du ministère épiscopal et du ministère de Pierre… » qui est concernée, autrement dit la foi catholique elle-même.
Cette situation n’a pas changé depuis 1988 ; Rome ne s’est pas convertie, la référence au Concile s’est même plutôt renforcée. L’explication donnée par l’archevêque de Lyon pour rassurer les chrétiens progressistes inquiets à l’idée que le Vatican avait pu envisager un accord avec les intégristes, vaut plus que jamais : ceux qui suivent de près les enseignements et les actes de Jean-Paul II ne peuvent avoir le moindre doute sur sa volonté personnelle de faire appliquer le Concile dans sa totalité. La remarque est très pertinente et largement confirmée par les faits.
Si donc, suite aux récentes faveurs accordées à l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos, certains progressistes sont désappointés et certains traditionalistes se mettent à rêver, qu’ils prennent la peine d’examiner attentivement les enseignements et les actes de Jean-Paul II : ils verront que la ligne directrice tracée par le nouveau magistère depuis Vatican II ne dévie pas, et que les quelques mesures qui pourraient faire penser à un quelconque retour à la Tradition sont plus diplomatiques que réelles et visent toujours, en dernière analyse, à préserver ou conforter les principaux acquis du Concile.
Sans doute, la situation a évolué depuis vingt ans. Il devient de plus en plus difficile d’ignorer les symptômes de la maladie qui ravage l’Église et les effets dévastateurs provoqués par des réformes trop radicales ou trop précipitées. Mais, aveuglées sur la cause véritable du mal, les autorités ecclésiastiques ne mesurent toujours pas la gravité de la crise et ne font que prescrire des tranquillisants ou des soins palliatifs au moribond ; elles ne remettent pas en cause le Concile lui-même, ni ses orientations, ni les réformes qui en sont issues. Au contraire, le remède qu’elles proposent consiste à retrouver… le Concile « authentique » ! On en appelle du Concile mal appliqué au Concile bien interprété.
C’est dans cette direction qu’œuvre aujourd’hui le cardinal Ratzinger. C’est également cette orientation qu’indiquait déjà le discours du cardinal Decourtray de 1988 : « C’est à une fidélité plus totale au Concile que nous provoque l’acte schismatique du 30 juin. Il ne saurait être question […] de prendre de la distance par rapport au Concile. C’est l’inverse qui est vrai. » Il faut revenir à « une authentique interprétation […] de ce Concile », découvrir sa « logique profonde », raviver « les enseignements essentiels du Concile et ceux que nous prodigue Jean-Paul II », sans dévier ni à droite, ni à gauche.
On ne saurait être plus clair.
D’où la nécessité d’étudier, nous aussi, et de réfuter ce Concile si important.
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— II —
Quand le père Rifan dénonçait le Concile
C’est donc sur l’adhésion ou le refus du « Concile dans sa totalité » que se situe aujourd’hui la vraie ligne de fracture entre catholiques.
Vis-à-vis de ceux qui « progressent sur le chemin de l’adhésion véritable au Concile dans sa totalité », le pape et, de plus ou moins bonne grâce, les évêques sont prêts à faire des concessions, même généreuses – spécialement sur la messe. (« On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 [3]. »)
En revanche, à l’égard de ceux qui refusent cette adhésion à laquelle s’oppose leur conscience catholique et qui dénoncent le Concile et son esprit, on n’accorde rien du tout et la persécution continue.
Jusqu’à ces derniers temps, les prêtres de Campos et tout spécialement le père Rifan se rangeaient parmi ces « réfractaires » et se signalaient par leur fidélité indéfectible à l’héritage de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, n’hésitant pas à critiquer avec vigueur et fermeté le Concile et tout ce qu’il implique.
Voici, par exemple, ce que disait le père Rifan dans l’exposé intitulé « Œcuménisme et missions », au IIIe congrès théologique de la revue Si Si No No, tenu à Albano du 21 au 24 avril 1998. Nous avons ajouté en caractères italiques les passages de l’exposé oral qui ne figurent pas dans le texte écrit publié [4]. Nous intercalons, en marge du texte, quelques déclarations récentes du père Rifan devenu évêque grâce au cardinal Castrillon Hoyos, le 18 août dernier – et certains témoignages ou commentaires parus dans la presse à propos des récents accords et du sacre de Campos. Le contraste est frappant, et consternant !
Le Sel de la terre.
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[Introduction : il faut dénoncer l’erreur.]
J |
e veux féliciter les organisateurs de ce congrès pour le bon choix du thème : l’œcuménisme ; il s’agit en effet du point névralgique de la nouvelle Église conciliaire.
Un des points les plus importants d’une guerre est de savoir où est l’ennemi et quel est son point faible. N’est-ce pas ainsi, comme nous en avertit saint Ignace, que le démon procède avec nous ? Et n’est-ce pas ainsi que nous devons procéder dans la vie spirituelle pour combattre contre notre défaut dominant ?
Disons donc que l’œcuménisme est la passion dominante de la nouvelle Église. L’attaquer, le détruire, c’est pratiquement vaincre ou du moins désarticuler l’autodémolition de l’Église. […]
Nous voulons appartenir à l’Église des saints. Comme le disait si bien sainte Thérèse : « Ne marchons pas hors des sentiers battus, mais plutôt par le chemin que parcoururent tous les saints. » Les martyrs, par exemple, nous ne les concevons pas imprégnés d’esprit œcuménique : ils ne seraient pas martyrs ! L’histoire même le prouve : pourquoi les Romains, si tolérants, qui acceptaient œcuméniquement toutes les religions, tous les dieux, n’acceptèrent-ils pas la religion de Jésus-Christ ? Parce que, dit saint Augustin, les chrétiens n’étaient pas œcuméniques comme eux, ils voulaient Jésus-Christ comme Dieu unique et sa religion comme la seule vraie, en rejetant les autres. D’où leur persécution. Ils n’acceptaient pas l’œcuménisme des Romains, l’œcuménisme du Panthéon : les Romains leur ont suggéré de mettre Jésus-Christ dans le Panthéon ; les chrétiens ne l’ont pas accepté, parce que Jésus-Christ est l’unique Dieu.
Dans le rapport du martyre des saints Côme et Damien [5], on lit qu’ils furent martyrisés non seulement et principalement comme chrétiens, mais pour avoir défendu que la religion chrétienne est nécessaire au salut. Ils n’étaient pas œcuméniques.
(*) Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer criaient… Mgr Rifan dirait-il encore ainsi ? Aux moines du Barroux, lors de sa récente tournée (fin septembre 2002), Mgr Rifan a expliqué qu’il y avait deux périodes dans l’épiscopat de Mgr de Castro Mayer : celle d’avant sa mise en retraite exigée par le Vatican, en 1981, et celle qui a suivi, où il est entré plus ouvertement dans la résistance. Avec l’accord de 2002, Campos se retrouve dans une « situation normale », comme avant 1981. Il faut donc imiter Mgr de Castro Mayer dans la première période – la période normale – de son épiscopat. Ceux qui ont lu attentivement Le Sel de la terre 37, consacré à Mgr de Castro Mayer, et son Catéchisme des vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines, publié par la revue (numéros 37 à 42), sont en mesure de vérifier combien cette division de l’épiscopat de Mgr de Castro Mayer en deux périodes – l’une normale et l’autre anormale – est spécieuse. Mgr Rifan ne va-t-il pas en venir à désavouer la participation de Mgr de Castro Mayer aux sacres de 1988 et à l’accuser de schisme ? Relisons cette réponse de Mgr de Castro Mayer à un journaliste, publiée dans Le Sel de la terre 37, p. 48 : « — Que pouvez-vous nous dire sur votre participation au sacre des quatre évêques l’an dernier à Écône ? — Je répète ce que j’ai déjà déclaré à cette occasion : “Ma présence à cette cérémonie a pour cause un devoir de conscience” : celui de faire une profession de foi catholique, devant toute l’Église ; la conservation du sacerdoce et de la sainte messe ; l’adhésion sincère et profonde à la position de Mgr Lefebvre. Je peux redire aujourd’hui ce que j’ai dit en arrivant à Écône l’an dernier : “Je commettrais un péché mortel si, bien que j’en aie la possibilité, je n’étais pas présent ici.” »
(*) Nous ne sommes pas avec l’hérésie malheureusement régnante dans l’Église… Le ton a bien changé en 2002. Entretien publié dans Présent (19 octobre 2002) : — Mgr Rifan : « […] Le cardinal Castrillon a mis tout son cœur dans ce problème. […] Le pape a montré sa volonté de garder dans la communion tous ces fidèles qui aiment la |
Je voudrais faire ici une pause, au sujet de la situation actuelle.
Je pense qu’il faut que nous parlions au-dehors ; entre nous, c’est très bien, mais il faut crier « au feu » au-dehors. Il faut montrer que nous ne sommes pas complices de l’autodémolition de l’Église. Il faut crier au monde cela. […] On doit crier, comme le faisaient Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer (*) ; ils criaient, ils donnaient des documents [6] ; [on doit pousser] un cri d’alarme !
Les sédévacantistes nous accusent d’être una cum hæreticis. Nous ne sommes pas una cum hæreticis. Nous prions pour Jean-Paul II, pour les évêques de chaque diocèse ; oui, nous prions, parce que nous ne sommes pas sédévacantistes. Mais nous ne sommes pas una cum hæreticis ; il faut que tout le monde sache cela. Nous respectons la juridiction du pape, des évêques ; mais nous ne sommes pas avec l’hérésie malheureusement régnante aujourd’hui dans l’Église (*). Il faut que le monde le sache !
Le cardinal Pie disait qu’à force de beaucoup de prudence, on va mourir de prudence. Certes, la prudence est bonne, mais parfois il faut crier un peu. Je pense que parfois, nous – je n’ai pas dit vous ; oui, nous, je suis inclus – nous sommes trop défensifs. Nous sommes comme les boxeurs : nous jouons trop dans les cordes ; il faut en sortir, il faut partir à l’attaque parfois…
Tradition. Je l’ai rencontré, il m’a compris, et m’a béni trois fois. Que je sache, il est content ; les cardinaux qui nous appuient aussi. Cela ne signifie pas que toutes les questions de l’Église sont déjà résolues. […] « Maintenant, il est plus facile de discuter avec les autres évêques, puisque nous sommes dans l’officialité de l’Église. A Rome, avec ces cent vingt évêques, d’Europe et du monde entier [à peine sacré, Mgr Rifan est allé à Rome, au cours organisé chaque année par la congrégation des évêques pour les nouveaux prélats [7]], j’ai pu expliquer ma situation, tout le monde sait bien, clairement, que je suis évêque pour le rite traditionnel… » — Question : Certains évêques au moins européens marquent cependant une opposition… — Réponse : « Le fait qu’ils acceptent ne signifie pas qu’ils sont tout à fait d’accord. C’est autre chose. Ils acceptent, ils savent, c’est une chose. Qu’ils soient pour en est une autre. Mais il faut travailler avec les seules armes que nous avons, pour faire le bien. Il faut garder les principes, il faut avoir la pratique, et parfois il faut affiner un peu la pratique avec la théorie. Parfois on a une théorie et une pratique différentes. […] Il faut affiner les liens entre la pratique et les principes que nous défendons [8]. […] « Quand nous paraîtrons devant Notre-Seigneur, il ne nous demandera pas ce que Jean-Paul II a fait ou non. Il nous demandera ce que nous avons fait. Là est le problème. »
(*) Il faut dire que ce sont eux les excommuniés, ce sont eux les schismatiques… Mgr Rifan en est-il toujours persuadé ? Compte rendu de la réunion publique de Mgr Rifan à Versailles (30 septembre 2002) : « Dans son exposé, Mgr Rifan a rappelé […] l’histoire de la résistance de Campos. Après les sacres de 1988, a-t-il expliqué, cette résistance a pris la forme d’une désobéissance systématique qui ne pouvait que générer un esprit schismatique. […] « Une autre question faisait état de craintes au sujet des prêtres de Campos qui n’auraient plus la liberté de critiquer le magistère : Mgr Rifan a répondu à juste titre conformément au sensus Ecclesiæ qu’il y a un temps pour tout et qu’il faut agir dans l’Église conformément aux |
Il faut dire que ce sont eux les excommuniés, ce sont eux les schismatiques (*), et non pas nous. Il ne faut pas seulement se défendre, il faut dire : attention ! où est l’erreur de l’Église aujourd’hui, où est le modernisme régnant ?
Je donne un petit exemple : dans le diocèse, nous avons maintenant un nouvel évêque [9], et les journaux ont annoncé une cérémonie œcuménique dans la cathédrale, un mariage œcuménique.
grâces d’état que l’on a reçues ; il n’est pas le pape, a-t-il répété à plusieurs reprises, et son premier devoir est de s’occuper des fidèles de son diocèse. Quant à critiquer tel aspect du magistère qui poserait problème, cela est possible, mais doit se faire dans un esprit de soumission à Rome, sans le répéter sans cesse. « Quant au concile Vatican II, Mgr Rifan a rappelé que les prêtres de Campos l’acceptaient, à condition qu’il soit interprété selon la Tradition de l’Église, mais qu’ils en rejetaient toute interprétation moderniste. “Nous soutenons que le Concile ne peut pas être en contradiction avec la Tradition”, a-t-il dit à Famille chrétienne (19-25 octobre 2002). » (La Nef, nº 132, novembre 2002.)
(*) Attention ! Monseigneur, dans notre cathédrale – parce que c’est à nous, quand même !… — Extrait de l’homélie du cardinal Castrillon Hoyos, au sacre de Mgr Rifan, le 18 août 2002 : « Avec le cher diocèse territorial de Campos, il y a un chemin à parcourir, d’entente fraternelle et de collaboration effective [10], dans le respect mutuel des caractéristiques propres de chaque réalité ecclésiale présente sur le territoire. Mais il y a encore – permettez-moi de le rappeler ici, en ce moment solennel – toute une dimension universelle, propre à l’Église catholique, appelée à embrasser le monde entier et toutes les personnes, rachetées par le Sang du Rédempteur. Cette dimension devra être présente, avec un zèle infatigable, audacieux et courageux, dans ton ministère épiscopal, à travers lequel tu pourras grandement contribuer à ce que “tous soient un” […] cum Petro et sub Petro. « Cette même affection épiscopale te liera à l’évêque diocésain de Campos, conscient du fait que le Seigneur vous appelle à paître son troupeau, partageant le même territoire. Ta charité épiscopale te conduira à établir avec les frères évêques de cette région et de la conférence épiscopale du Brésil des liens de sincère harmonie dans la “sollicitudo omnium Ecclesiarum”, en rendant toujours actuelle, sincèrement, cette expression de saint Augustin qui, toujours, a présidé à nos conversations : “in dubiis libertas, in necessariis unitas, in omnibus caritas”. Votre communion |
J’ai écrit à l’évêque : « Attention ! Monseigneur, dans notre cathédrale (*) – parce que c’est à nous, quand même ! c’est notre cathédrale – on ne peut pas faire un culte œcuménique ; attention ! vous êtes mon évêque, mais je ne veux pas, je ne suis pas d’accord avec ça. » Il m’a répondu : « Oui, oui, oui, je sais, mais je vous réponds qu’il n’y a pas de cérémonie œcuménique, le pasteur protestant a été seulement invité à prononcer quelques mots – ce n’est pas une cérémonie œcuménique, la cérémonie est faite en accord avec le rituel catholique ; je vous remercie de votre lettre, c’est très sincère, oui, oui… » Vous voyez : c’est lui qui est dans les cordes, pas moi !
Il faut leur dire : c’est vous qui devez répondre que vous êtes catholiques, pas nous ; nous, nous sommes catholiques, toujours : c’est à vous de montrer que vous êtes catholiques ! Onus probationis [la charge de la preuve], c’est à vous [de la fournir] !
Il ne faut pas rentrer dans le jeu des progressistes, des ennemis, parce que, parfois, ils nous mettent dans l’ensemble de l’œcuménisme. [C’est-à-dire :] ils nous respectent si nous gardons le respect envers eux. Par exemple, ils tolèrent que nous disions la messe traditionnelle, si nous ne combattons pas la nouvelle messe. Si nous cachons la malice de la nouvelle messe : ça va, nous pourrons dire la messe ancienne.
construira la communion, votre unité dans la foi fortifiera l’unité de l’Église, et votre témoignage de fraternité véritable édifiera le monde. […] » (Présent, samedi 24 août 2002.) — « Nous avons cette Administration apostolique pour le rite traditionnel, reconnue comme telle par le pape, et nous n’avons donc nul besoin de montrer patte blanche à qui que ce soit. Ainsi nos relations avec l’évêque diocésain de Campos relèvent-elles de la pure amitié. » (Présent du 19 octobre 2002.)
(*) Écoutez bien : « Nous sommes plus contre la nouvelle messe que pour la messe traditionnelle. » — De passage au Barroux, fin septembre 2002, Mgr Rifan a expliqué : « Il faut être positif au lieu de critiquer, être plutôt pour que contre (plutôt pour la messe traditionnelle que contre la nouvelle)… » « Il ne faut pas de critique publique contre tout ce qui engage l’autorité du pape : Assise, nouvelle messe… » — Entretien avec Présent (19 octobre 2002) : « La nouvelle messe, si elle ne nie pas le sacrifice, met l’accent sur l’aspect repas, et pas sur l’aspect sacrifice. Il faut toujours rappeler cet aspect de sacrifice. Mais il faut savoir parler ; on ne peut pas utiliser la messe comme un argument pour contester le magistère. Il faut garder la messe traditionnelle comme une expression de notre foi, une belle expression, la plus belle expression de notre foi, de notre adoration, de notre esprit catholique. Garder la messe comme ça. Mais ne pas utiliser la messe traditionnelle comme une arme pour contester l’autorité [11]. » |
Non !
Mgr de Castro Mayer disait bien : si la nouvelle messe pouvait être célébrée, elle devrait être célébrée ; pourquoi devrions-nous garder la messe ancienne si la nouvelle messe peut être célébrée ? Il disait : « Nous sommes plus contre la nouvelle messe que pour la messe traditionnelle [12] » ; écoutez bien : « Nous sommes plus contre la nouvelle messe que pour la messe traditionnelle (*). » Oui, sinon, il n’y aurait pas de raison de garder la messe traditionnelle si la nouvelle messe pouvait être célébrée. Voilà pourquoi nous sommes contre le biritualisme.
J’ai visité l’évêque d’Anapolis. C’est l’évêque le plus conservateur du Brésil. Il m’a dit : « Oui, je vous laisse dire la messe traditionnelle, mais il faut dire parfois la nouvelle messe. » Il voulait nous pousser à l’œcuménisme.
Je pense qu’on doit… [lutter]. Parce que, sinon, nous ne serions jamais martyrs, parce que les martyrs sont comme ça ; ils croient, ils ne sont pas œcuméniques. […]
[La mission de l’Église.]
L’Église exécute les ordres de son divin Fondateur. C’est sa mission. […]
« Allez et enseignez toutes les nations », ou mieux traduit encore : « Allez et faites que tous les peuples deviennent mes disciples. » Ce qui veut dire : « Allez et retirez de l’ignorance et de la barbarie tous les peuples. » Ou, comme le disait si bien Mgr de Castro Mayer : « Allez et retirez de la bonne foi tous les peuples en leur enseignant tout ce que je vous ai enseigné. »
Notre-Seigneur n’a pas commandé d’essayer de comprendre l’erreur ou même la bonne foi de ceux qui sont dans l’erreur, ni de dialoguer avec eux.
Je me rappelle une intervention de Mgr de Castro Mayer au Concile ; il a fait une intervention sur ce point-là, justement, qu’il faut enseigner la vérité. Le cardinal Béa a répondu à Mgr de Castro Mayer : « Non, il faut respecter la bonne foi des autres, parce que, comme ils supposent que nous avons de la bonne foi, nous devons supposer qu’ils sont aussi dans la bonne foi. » Mgr de Castro Mayer m’a dit : « J’avais la réponse dans la bouche ; jamais l’Église ne pouvait signer cela ! » Mais il ne pouvait pas répondre, parce que, pour donner une réponse, il aurait fallu aller à la commission, demander une permission de répondre, etc.
Notre-Seigneur n’a pas essayé de dialoguer. Et encore moins d’apprendre des hommes. Il a commandé à l’Église d’enseigner : allez et convertissez. Allez et faites que tous les peuples deviennent mes disciples.
Tout est question de principes. L’Église vraie est une et unique, comme la vérité, comme le vrai Dieu. Notre-Seigneur n’est pas l’un des chemins, l’une des vérités, l’une des façons de vivre. Non, il est « le chemin, la vérité, la vie ». Tout comme son corps mystique, l’Église, qui est sa continuation.
De ces principes bien clairs de la fondation, de l’unicité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité de l’Église, tout comme de l’objectivité et de l’unicité de la vérité – abondamment développés par les saints Pères et les docteurs de l’Église ainsi que par les papes en d’innombrables encycliques –, fondés sur une saine philosophie et sur l’orthodoxie théologique, découle en parfaite logique la mission de l’Église, dont l’expression pratique sont les missions.
[Théologie et ecclésiologie modernistes. Toutes les absurdités actuelles sont déjà contenues dans le Concile.]
Mon professeur d’histoire de la philosophie, Mgr Antonio de Castro Mayer (j’ai étudié avec lui trois ans l’histoire de la philosophie), nous avertissait de ne pas traiter de façon trop simpliste nos adversaires, les disant fous, ni de censurer leurs idées comme étant absurdes. Nous devrions plutôt étudier avec attention leurs écarts et la logique de leurs erreurs. Il y a une logique dans les hérésies.
De plus, il faut attacher la plus grande importance aux principes. Parfois, de petits écarts au début conduisent à d’énormes erreurs dans les conséquences. Tout comme des angles différents qui, au sommet, sont presque égaux, mais quand on allonge les côtés on constate d’énormes différences.
(*) Que cela nous serve de leçon afin de ne pas nous laisser leurrer… Entretien avec Mgr Rifan, Présent du samedi 19 octobre 2002 : — Question : Pour ce qui est de votre juridiction propre, certains pensent que le successeur pourrait n’être pas toujours pris au sein de votre communauté… — Réponse : « Il faut penser au temps présent… Si le pape nous donne l’Administration apostolique pour la messe traditionnelle, s’il donne l’évêque pour la messe traditionnelle, pourquoi penser qu’il va donner ensuite un évêque qui n’est pas pour la messe traditionnelle ? Je pense que c’est une question de logique. Il ne faut pas trop forcer l’autorité. Il faut avoir un peu confiance, quand même… » |
Que cela nous serve de leçon afin de ne pas nous laisser leurrer (*), parce que la pire fausse monnaie est celle qui ressemble le plus à la vraie : elle est d’autant plus trompeuse qu’elle lui ressemble plus.
Mgr de Castro Mayer nous donnait l’exemple de la chaise : une chaise qui n’a plus que trois pieds est plus pernicieuse que celle qui n’en a point. Celle qui n’a pas de pied est abandonnée, mais celle qui en a trois, par sa ressemblance avec la bonne, est recherchée et fait tomber.
Il en est de même des principes modernistes. Ils sont parfois semblables aux principes catholiques, mais c’est justement pour cela qu’ils sont les plus pernicieux.
Saint Pie X, dans son encyclique Pascendi, nous prévenait déjà contre ces tactiques modernistes, se référant à elles comme aux « plus dangereux ennemis de l’Église (…) séducteurs, feignant d’aimer l’Église ; (…) ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique : amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d’habileté qu’ils abusent facilement les esprits mal avertis (…). Telle page de leurs ouvrages pourrait être signée par un catholique ; tournez la page, vous croyez lire un rationaliste. »
D’ailleurs, les modernistes appliquent à l’Église la tactique enseignée par Lénine dans l’implantation du communisme : garder la carapace et vider la substance. Ils utilisent les mêmes termes que les catholiques : foi, Église, rédemption, Révélation, évangélisation, mission, etc. Mais la signification est autre.
(*) Toutes ces absurdités actuelles qui nous choquent se trouvaient déjà dans les principes du concile Vatican II… La Nef nº 132 (Novembre 2002) page 11 : « Nous soutenons que le Concile ne peut pas être en contradiction avec la Tradition », a dit Mgr Rifan à Famille chrétienne (19-25 octobre 2002). |
Toutes ces absurdités actuelles qui nous choquent se trouvaient déjà dans les principes du concile Vatican II (*). Nous sommes surpris face à certaines affirmations hétérodoxes du pape Jean-Paul II, mais c’est parce que nous n’avions pas lu attentivement le Concile. Tout y était déjà : les principes, bombe à retardement, champ miné pour une explosion ultérieure.
L’un des membres de la Commission doctrinale du Concile, Mgr Duschak, l’a affirmé, ou plutôt confessé le 5 novembre 1962, avant la promulgation du Concile : « Nous l’exprimerons d’une manière diplomatique, mais après le Concile on tirera les conclusions implicites [13]… »
Afin de nous en tenir à notre sujet, nous allons signaler quelques principes faux ou ambigus de la théologie et de l’ecclésiologie modernistes qui ont amené de sérieuses, graves et désastreuses conséquences dans le domaine des missions.
[Ces principes tiennent en] douze points qui sont les piliers de la nouvelle ecclésiologie. Il faut les connaître parce qu’il faut les détruire.
[Les douze points de la nouvelle ecclésiologie conciliaire.]
a) Ambiguïté sur l’unicité de l’Église. — La formule Ecclesia subsistit : dans la constitution conciliaire Lumen gentium (nº 8) figure la formule : « Cette Église (du Christ) subsiste dans l’Église catholique. » Cette expression a été reprise dans le canon 204, § 2, et dans le nouveau Catéchisme de l’Église catholique (nº 816).
[…] Confirmant l’intention œcuménique de cette formule ambiguë, nous avons l’interprétation de Jean-Paul II : « Affirmant clairement que l’unique Église du Christ subsiste dans l’Église catholique (Lumen gentium, nº 8), le concile Vatican II avait exprimé la reconnaissance spécifique des autres églises et communautés ecclésiales respectives (Unitatis redintegratio, nº 3 et 15) et avait indiqué ainsi la “réintégration de l’unité qui doit être promue entre tous les chrétiens” comme l’un des objectifs principaux (cf. ibid. nº 1) [14]. »
b) Fausse notion de l’unité de l’Église. — Léon XIII, dans l’encyclique Satis cognitum, enseigne que l’unité de l’Église n’est pas à réaliser, vu qu’elle existe déjà.
Mais le nouveau Catéchisme, qui transmet les idées de Vatican II, donc ambigu et moderne, s’exprime ainsi : « L’unité subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles. » (nº 820 – Unitatis redintegratio nº 4).
c) Concept latitudinaire et œcuménique de l’Église en tant que peuple de Dieu. — Le concept de l’Église en tant que peuple de Dieu se trouve actuellement dans de nombreux documents officiels : documents du Concile Unitatis redintegratio et Lumen gentium, le nouveau code de Droit canonique (canon 204, § 1), l’encyclique Catechesi tradendæ, l’allocution à l’Église anglicane de Cantorbéry du pape Jean-Paul II, le Droit œcuménique Ad totam Ecclesiam du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, etc.
Ce concept laisse transparaître un sens latitudinaire et un faux œcuménisme, il insinue que le protestantisme n’est autre chose qu’une forme particulière de la même religion chrétienne. Et on enseigne même « une vraie union dans l’Esprit-Saint » avec les sectes hérétiques (Lumen gentium, nº 15).
d) L’union du Christ avec tout homme par l’incarnation. — C’est la thèse préférée de Jean-Paul II, qui l’a tirée du Concile (il l’avait mise là) et l’a soulignée dans le nouveau Catéchisme. Comme l’a bien déclaré Mgr Schönborn, un des principaux auteurs de ce dernier : « C’est un texte-clef du catéchisme qui fait référence à un texte-clef de Vatican II très souvent cité par le pape Jean-Paul II : “Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme”. »
La conséquence logique est que tout homme est ami et fils de Dieu. Ainsi s’exprime avec ambiguïté le nouveau Catéchisme : « La rédemption est définitive, (…) le sacrifice de la nouvelle alliance remet l’homme en communion avec Dieu » (nº 613). « L’existence dans le Christ de la personne divine du Fils dépasse et en même temps embrasse toutes les personnes humaines » (nº 616). La distinction entre rédemption objective et subjective, la nécessité de l’Église et des sacrements, etc., tout s’est écroulé.
e) La rédemption universelle. — C’est une doctrine protestante. Elle est parallèle à la thèse précédente, déjà défendue dans le Concile et souvent répétée par Jean-Paul II.
La phrase du Concile selon laquelle le mystère pascal de la rédemption « ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté » (Gaudium et spes 22, 5) insinue que l’œuvre de la rédemption, objectivement universelle, s’étend subjectivement à tous. Un autre texte de Gaudium et spes (78, 3) est dans la même ligne : « Car le Fils incarné en personne, prince de la paix, a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa croix, rétablissant l’unité de tous en un seul peuple et en un seul corps. »
Alors qu’il n’était encore que cardinal, le pape a défendu dans le même sens sa thèse de la rédemption universelle : « Tous les hommes depuis le commencement jusqu’à la fin du monde ont été rachetés et justifiés par le Christ et par sa croix. » C’est la thèse du salut universel et du christianisme anonyme.
f) Nouvelle conception de la dignité de l’homme. — Le nouveau Catéchisme, dans la ligne du Concile, a une nouvelle conception de la dignité de l’homme. Il nous parle de « l’unité et vraie dignité de tous les hommes ; créés..., rachetés..., tous jouissant donc d’une dignité égale. L’égalité entre les hommes est basée sur leur dignité personnelle et les droits qui en découlent. Toute forme de discrimination dans les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit sociale ou culturelle, ou qu’elle se base sur le sexe, la race, la couleur, la condition sociale, la langue ou la religion doit être surmontée et éliminée, parce que contraire au plan de Dieu. » (nº 1934). (Cf. Gaudium et spes 29, 2.) Attention à la tactique moderniste qui consiste à mélanger des choses vraies avec des fausses pour impressionner et tromper ! Pour savoir comment ce principe est en désaccord avec le concept traditionnel et vrai, il suffit de lire les encycliques Libertas et Immortale Dei du pape Léon XIII.
Et le nouveau Catéchisme cite la déclaration de Puebla : « Cette sagesse est un humanisme chrétien qui affirme radicalement la dignité de tout être en tant que fils de Dieu. » Le baptême, la grâce, l’Église, tout deviendrait secondaire et facultatif ?
g) La liberté religieuse au Concile. — Cette liberté, élevée au rang d’un droit naturel, a été étendue de l’intime des consciences à la vie publique, des individus aux sociétés religieuses, aux religions et même à l’athéisme. Idées opposées à la Tradition et à l’enseignement des papes antérieurs. « Tant il est vrai que les principes faux ou exprimés d’une manière ambiguë ont immanquablement des applications pratiques révélatrices de l’erreur qui a été commise en les adoptant [15]. »
Et le nouveau Catéchisme renforce la même idée de liberté-dignité : « Le droit à l’exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la personne humaine. » (nº 1738).
h) L’homme comme principe et fin de tout. — Humanisme, religion et culte de l’homme : dans la même ligne que le Concile, le nouveau Catéchisme enseigne que « la personne humaine est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales » (nº 1881) et que « la personne humaine représente le but ultime de la société » (nº 1929).
On voit que c’est le contraire du principe et fondement de saint Ignace. Le principe et fondement de la nouvelle Église, c’est l’homme.
i) Toutes les religions sont porteuses du Christ et conduisent au Christ. — Sur les pas du concile Vatican II, le nouveau Catéchisme (moderniste, attention !) enseigne : « Tous les hommes appartiennent à l’unité catholique du peuple de Dieu sous diverses formes ou lui sont ordonnés. » (nº 836). Il faut avoir un « respect sincère pour les diverses religions, qui apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (nº 2104 et 2467). « Beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique, l’esprit du Christ se sert de ces églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut. » (nº 819 ; Lumen gentium nº 8 et 15 ; Unitatis redintegratio nº 3.)
Et la déclaration Nostra ætate du concile Vatican II fait des éloges aux bons côtés de l’hindouisme, de l’islamisme, du bouddhisme, du judaïsme, disant que « l’Église catholique (…) considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre (des autres religions), ces règles et ces doctrines… » (nº 2).
Et Mgr Lefebvre de commenter : « Comment ? je devrais respecter la polygamie et l’immoralité de l’islam ? ou l’idolâtrie hindouiste ? Certes, ces religions peuvent conserver des éléments sains, des restes de la religion naturelle, occasions naturelles pour le salut. Mais aucune de ces valeurs n’appartient en propre à ces religions fausses. Leur propre à elles, c’est l’égarement loin de la vérité, la carence de la foi, l’absence de la grâce, la superstition, l’idolâtrie, même [16]. »
Permettez-moi une digression pour faire ressortir l’erreur philosophique contenue dans cette affirmation de base de l’œcuménisme conciliaire qui consiste à dire que toutes les religions ont leur part de vérité. Comme tout mal, toute erreur est quelque chose de privatif, il est évident qu’elle existe en se greffant sur quelque chose de bon. Mais c’est faux de dire que toute erreur a une part de vérité, parce que ce qui lui est propre, ce n’est pas le bien sur lequel elle s’appuie, mais plutôt la partie mauvaise, la partie négative.
Ainsi, par exemple, si, à l’examen de mathématique, l’élève répond que 2 + 2 = 5, n’importe quel professeur lui donne un zéro. Parce que ce qui est propre au cinq, c’est exactement d’ajouter un au quatre. Et c’est ici qu’est l’erreur. Un professeur partisan de la doctrine conciliaire lui donnerait 6 ou même 9, parce que cette erreur aurait une part de vérité. Et même une très grande part : le quatre. Il ne s’est trompé que de un. Mais ce un ajouté au quatre est ce qui fait que le cinq est cinq, ce qui le corrompt totalement, rendant la réponse tout à fait fausse. On peut dire de même des fausses religions en tant que telles.
j) Le mythe de la recherche et du dialogue. — Le Concile place la recherche en premier lieu, avant l’enseignement. « La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche... » Et il continue ainsi : « La vérité doit être cherchée (…) au moyen (…) d’un échange et d’un dialogue, afin que certains exposent aux autres la vérité qu’ils ont trouvée ou qu’ils pensent avoir trouvée, pour s’aider mutuellement dans la recherche de la vérité. » (Dignitatis humanæ, nº 3).
Et Mgr Lefebvre de commenter :
« Ainsi, au même titre que l’incroyant, le croyant devrait être en recherche ! Saint Paul a pourtant bien épinglé les faux docteurs “qui sont toujours en train d’apprendre, sans jamais parvenir à la connaissance de la vérité” (2 Tim. 3, 7) ! De son côté l’incroyant pourrait apporter au croyant des éléments de vérité qui lui manqueraient ! Le Saint-Office, dans son instruction du 20 décembre 1949 sur l’œcuménisme, écartait pourtant cette erreur et, parlant du retour des chrétiens séparés à l’Église catholique, écrivait : “On évitera pourtant de parler sur ce point d’une manière telle que, en revenant à l’Église, ils s’imaginent apporter à celle-ci un élément essentiel qui lui aurait manqué jusqu’ici” (Instruction De motione œcumenica) [17]. »
k) La nouvelle messe. — La messe traditionnelle, claire profession de foi catholique, individue, donc unique et sans équivoque, garantie de l’identité catholique, a toujours été missionnaire et conquérante pour l’Église catholique. Nous avons le témoignage personnel du grand missionnaire moderne, Mgr Marcel Lefebvre, qui certifie avoir vu en Afrique des villages entiers se convertir à cause de la sainte messe traditionnelle.
C’est bien le contraire qui arrive avec la nouvelle messe, ambiguë, « hérétisante » et œcuménique dès sa conception, son expérimentation et sa mise en œuvre.
Comme l’ont si bien dénoncé les cardinaux Ottaviani et Bacci, « elle s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, comme l’a définie le concile de Trente dans sa XXIIe session. »
Mgr Duschak, membre de la Commission doctrinale du Concile, l’avait déjà confessé le 5 novembre 1962 : « Mon idée sera d’introduire une messe œcuménique… », et comme on lui demandait si cette proposition venait de ses diocésains, il a répondu : « Non, je pense même qu’ils s’y opposeraient, tout comme de nombreux évêques. Mais si on pouvait la mettre en pratique, je crois qu’ils finiraient par l’accepter [18]. »
l) L’inculturation. — C’est l’une des manières de faire perdre la catholicité, c’est-à-dire l’universalité de la vraie Église du Christ. C’est la voie du syncrétisme religieux. Il ne faut pas oublier que le mot culture est lié au culte, donc à la religion. Le Concile avait déjà affirmé qu’« il ne rejette pas ce qui est vrai et saint dans ces fausses religions » et qu’« il considère avec respect ces manières d’agir et de vivre, ces règles et doctrines… » (Nostra ætate, nº 2).
Au Brésil, en 1980, Jean-Paul II a déclaré : « La liturgie est l’un de ces domaines, et certainement pas le seul, où se fait cet échange entre l’Église et les cultures. »
Et la pratique de l’inculturation est alors simplement scandaleuse. Citons seulement l’exemple de la visite de Jean-Paul II au Togo. Lui-même le raconte : « La rencontre de prière au sanctuaire du lac Togo, en particulier, où j’ai prié pour la première fois avec les animistes, a été caractéristique [19]. » Dans un article intitulé « Une prière dans la forêt sacrée », l’Osservatore Romano raconte le déroulement de la cérémonie. Lorsque Jean-Paul II arrive sur place, un sorcier commence par invoquer les esprits : « Puissance de l’eau, je t’invoque ; ancêtres, je vous invoque... » On présente alors au pape un récipient plein d’eau et de farine ; le Vicaire de Christ fait d’abord une légère inclination, puis disperse le mélange dans toutes les directions. Le matin, il avait accompli la même pratique avant la messe. Ce rite païen signifie que celui qui reçoit l’eau, symbole de la prospérité, la partage avec les ancêtres en la jetant sur la terre [20].
Un pape est allé prier dans un lieu consacré au culte des fausses divinités et a accompli des pratiques rituelles païennes dans un bois sacré !
m) L’esprit d’Assise. — La scandaleuse rencontre œcuménique des religions à Assise n’a pas été seulement un fait sporadique, un accident de parcours ou un abus, comme pourraient le penser certains ingénus.
Non, elle faisait et fait encore partie d’un programme. Jean-Paul II appelle esprit d’Assise cet esprit œcuménique qu’il désire implanter dans l’Église. Et dans un discours aux cardinaux et prélats de la curie, il invite à maintenir « vivant l’esprit d’Assise dans l’Église [21] ».
Selon les propres paroles du pape, le culte interreligieux d’Assise « peut être considéré comme une illustration visible, une leçon de chose, une catéchèse intelligible à tous de ce que présuppose et signifie l’engagement œcuménique et l’engagement pour le dialogue interreligieux recommandé et promu par le concile Vatican II [22] ».
C’est pour cela que la rencontre d’Assise (1986) a été copiée et répétée à Kyoto (1987), à Rome (1988), à Varsovie (1989), à Bari (1990), à Malte (1991), à Bruxelles (1992) et dans le monde entier : l’esprit d’Assise pénètre jusque dans les plus humbles villages.
C’est un esprit, ce n’est pas un accident.
Il y a ces évêques plus ou moins conservateurs à qui on parle d’Assise : « Oh ! oui, quand même, c’est épouvantable ! »
Oui, mais c’est le pape, c’est le programme du pape. Ce n’est pas un accident, c’est le programme qui veut cela ! [Alors] si vous êtes contre Assise, vous êtes contre le pape…
C’est bien indiqué : le pape a dit qu’Assise, c’est l’interprétation authentique de Vatican II. Si on veut savoir ce qu’est Vatican II : c’est Assise ! Qui dit cela ? le pape ! Quand même, c’est une interprétation authentique, cela, c’est le pape qui le dit ; c’est le pape qui a donné l’interprétation authentique de Vatican II : Assise !
Il faut aller jusque là (*).
(*) Vatican II : c’est Assise ! Qui dit cela ? le pape ! Il faut aller jusque-là… Manifestement, Mgr Rifan ne va plus jusque-là. Voyez, plus haut, les confidences aux moines du Barroux : « Il ne faut pas de critique publique contre tout ce qui engage l’autorité du pape : Assise, nouvelle messe… » A Versailles (le 30 septembre 2002), Mgr Rifan a publiquement déclaré : « Écoutez, nous n’avons pas fait de négociations avec Rome, parce qu’on ne négocie pas avec Rome. […] On fait une entente, pas une négociation. » Si l’on fait une entente, c’est clair, on ne critique plus ! |
[Fin de la reproduction de l’exposé du père Rifan
au IIIe congrès théologique de Si Si No No.]
*
Entendrons-nous encore Mgr Rifan s’opposer aux erreurs conciliaires avec une telle fermeté et un tel à propos ?
Vu la tournure des événements, c’est peu probable.
Pour le renouvellement du scandale d’Assise, le 24 janvier dernier, six jours après la cérémonie de réception de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney dans « la pleine communion ecclésiale », Campos est resté étonnamment silencieux…
De plus – Mgr Rifan ne s’en est pas vanté publiquement dans sa récente tournée en France –, le Vatican a demandé à l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney d’accepter certains professeurs extérieurs pour assurer les cours de leur séminaire, et d’ajouter au programme des études un cours sur les textes de Vatican II [23].
L’assurance avec laquelle Mgr Rifan déclare péremptoirement rester indépendant paraît dès lors bien hasardée :
« Nous avons un séminaire indépendant, pour former des prêtres pour la messe traditionnelle. En fait nous avons tout. Nous sommes un diocèse normal. Avec séminaire, paroisses personnelles, églises et fidèles, les sacrements, sacramentaux, rituel, le catéchisme, tout [24] ! »
Tout ? vraiment ? mais à quel prix, et pour combien de temps ?
Question : quel crédit accorder à Mgr Rifan, qui proclame en 2002 le contraire de ce que le père Rifan a dit en 1988 et 1998 ?
*
— III —
Ni voleurs, ni schismatiques !
Q |
uand on lit attentivement les raisons données par Mgr Rifan aux récents accords signés avec Rome, on reste étrangement sur sa faim.
Il a beau dire : « […] Nous avons écrit une lettre avec vingt-huit raisons doctrinales pour conclure cet accord ; sur notre site, on trouve quarante-huit réponses sur ces problèmes, quarante-huit réponses à quarante-huit demandes et objections sur cet accord ; ce n’est quand même pas rien [25]… », deux raisons seulement paraissent avoir été déterminantes, et elle ne répondent à aucun mobile doctrinal – elles sont d’ordre juridique et pratique :
1. – « Nous avions un évêque contre la volonté du pape [Mgr Rangel, sacré en 1991], ce qui est une position matériellement schismatique. »
2. – « Le point déterminant…, c’est la garantie de l’évêque et la protection que le Saint-Siège nous a données avec cette Administration apostolique. »
« Nous avons un évêque [autorisé] et l’indépendance. L’acceptation devient plus facile… »
Mgr Rifan développe ainsi ces raisons :
Nous avions un évêque contre la volonté du pape, ce qui est une position matériellement schismatique. C’est un grave problème. On peut certes parler d’état de nécessité [26]…
On a l’impression que les prêtres de Campos se sentaient en faute, que l’illégalité (apparente) de leur situation leur pesait, comme si la résistance des catholiques de Tradition ne leur semblait plus pleinement justifiée, et que la régularisation canonique importait désormais plus pour eux que le combat de la foi.
Ce n’est pas ainsi qu’ils raisonnaient au moment du sacre de Mgr Rangel. L’existence de l’état de nécessité et du droit de nécessité ne faisaient alors pour eux aucun doute, et l’objection canonique ne les troublait pas : « C’est donc une erreur des progressistes de vouloir argumenter contre nous en s’appuyant uniquement sur les canons du Code. Ils oublient, entre autres, les exceptions prévues par le Code, les lois générales, la loi morale et jusqu’aux principes généraux du Droit. Comme si le bon sens des vrais catholiques n’était pas l’expression des droits et devoirs imprescriptibles et essentiels qu’ils ont appris par le catéchisme authentique [27]. »
Mgr Lefebvre, de son côté, a maintes fois expliqué ces choses, dès les premières persécutions et menaces de condamnation de son œuvre, en 1975 :
Toutes les questions juridiques, toutes les oppositions juridiques qui nous sont faites, les peines, etc., tout ce qui appartient à la loi positive n’atteint pas ce qui est de loi divine – la loi divine qui est de croire. « Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » : cela, c’est la première des lois divines. Alors, nous voulons bien nous soumettre à toutes ces lois positives du Droit canon, dans la mesure où elles soutiennent la loi première pour lesquelles elles sont faites. Tout le Droit canon est fait pour soutenir notre foi. Par conséquent, si, parce que nous observons la loi de la foi, nous sommes attaqués par le Droit positif de l’Église – c’est-à-dire par une loi ecclésiastique –, cela ne vaut rien. Parce que cette loi positive va à l’encontre de la loi qui est à sa base, qui est le propre fondement du Droit canon. Alors, ça ne peut pas valoir. C’est pourquoi, même si, demain, je reçois une lettre du pape me disant : « Vous êtes excommunié, vous êtes interdit, vous êtes suspens… », si on me donne toutes les peines du Droit canon, cela ne vaut rien et je continuerai, parce qu’on ne peut pas, par la pression du Droit ecclésiastique, nous faire désobéir à une loi divine. Si c’est pour me faire désobéir à la foi : vous devez vous aligner sur le Concile, vous devez vous aligner sur les réformes du Concile, vous devez vous aligner sur les orientations post-conciliaires… nous savons pertinemment que si nous nous alignons sur tout cela, nous irons doucement mais sûrement [vers l’apostasie], nous serons empoisonnés par le libéralisme, par le modernisme, même par le communisme. Cela, il n’y a rien à faire ! Personne ne peut nous obliger à cela [28].
*
Mgr Rifan continue son explication :
Mais je fais toujours cette comparaison pour expliquer notre position : Saint Thomas d’Aquin dit qu’on peut s’approprier des biens qui ne nous appartiennent pas si on est en état de grave nécessité, nourriture ou autre, sans commettre un vol. Ainsi, dans un supermarché, vous prenez quelque nourriture pour ne pas mourir de faim. La situation perdure. Mais, au bout de quelque temps, le propriétaire vous dit : « Ne volez pas, je vous donne. » Ce serait bête de refuser. Si mon intention est droite, j’accepte.
C’est notre position. Le pape nous a offert la reconnaissance de notre évêque avec la promesse d’un successeur ; il ne nous restait qu’à sortir de la situation irrégulière où nous nous trouvions. Nous acceptons et, en conscience, nous ne pouvions pas refuser cette offre. Même si toutes les autres circonstances ne sont pas parfaites, je le reconnais [29]. Mais il fallait sortir de cette position irrégulière, afin de ne pas tomber dans un schisme formel. Nous ne pouvions pas, en toute conscience catholique, refuser cet accord [30].
On s’étonnera d’abord de ce que Mgr Rifan ne semble préoccupé que par son problème, « le nôtre, pas celui des autres », précise-t-il ; et aussi : « c’est notre position ». Ce n’est pas ainsi que raisonnaient Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer lorsqu’ils décidèrent de lancer, pour le bien commun de l’Église et de la foi catholique, « l’opération survie de la Tradition ». Car la nécessité dont il s’agit ici n’est pas une nécessité privée comme l’est celle d’un indigent particulier.
On pourrait aussi discuter la comparaison utilisée. Car l’Église n’est pas un « supermarché »… C’est justement ce que nous reprochons à l’Église conciliaire : elle n’enseigne plus, elle n’affirme plus la vérité ; mais elle se contente de la proposer comme une marchandise mise à l’étal, au libre choix de chacun et, parallèlement, elle encourage l’indifférentisme religieux par la pratique d’un œcuménisme effréné. De surcroît, ce que les autorités ecclésiastiques demandent aux traditionalistes, précisément, c’est de se laisser insérer dans les rayons du supermarché conciliaire, comme représentants d’une sensibilité particulière, dans le respect et la tolérance des autres sensibilités.
Plus graves sont les expressions : « Le propriétaire vous dit : Ne volez pas, je vous donne », ou : « sortir de la situation irrégulière où nous nous trouvions », « sortir de cette position irrégulière (matériellement schismatique), afin de ne pas tomber dans un schisme formel… ».
Où Mgr Rifan a-t-il entendu que la situation de résistance des traditionalistes était irrégulière ou schismatique (même matériellement), ou qu’elle était un vol ? C’est la thèse des « ralliés », très préoccupés de la légalité de leur situation. Le père Rifan, on l’a vu plus haut, ne parlait pas comme Mgr Rifan !
Dès 1975, Mgr Lefebvre donnait la réponse idoine à ses séminaristes :
Ne dites jamais non plus : « Oh, bah ! si nous sommes dans le schisme, qu’est-ce que ça peut faire… » Ah non, non, non ! Ce sont les autres qui sont dans le schisme. On est dans le schisme quand on se sépare de la Tradition, de l’Église, des successeurs de Pierre. — « Mais vous, vous vous séparez bien du successeur de Pierre ? » — Ce n’est pas vrai ! Regardez la définition du successeur de Pierre : Celui qui transmet les Traditions apostoliques [31]. Nous sommes pleinement avec Pierre, avec cela. Personne n’est plus avec Pierre que nous. Dans aucun séminaire, on ne garde les Traditions apostoliques et la foi catholique comme nous les gardons ici. Mais si le successeur de Pierre vient à dire des nouveautés ? Alors, les autres disent : — « Vous êtes contre le pape, parce que vous n’obéissez pas aux nouveautés que le pape fait. » Mais nous, nous pouvons dire : — « Vous, vous n’êtes pas avec le pape, non seulement avec celui-ci, mais avec tous les autres jusqu’à saint Pierre, parce que vous êtes contre les Traditions et que vous adoptez seulement les nouveautés que le pape fait. » Ce sont ceux-là qui se séparent de l’Église ! En gardant la foi et les Traditions, il est impossible d’être schismatique, impossible… Mais on vous présentera comme tels. On dira : « Vous êtes des schismatiques » parce que vous ne prenez pas la messe nouvelle, parce que vous ne prenez pas les nouveaux sacrements, parce que vous ne prenez pas le nouveau catéchisme [32]…
Le bien de la foi est un dû que les pasteurs de l’Église sont obligés de donner aux fidèles, et il n’y a aucune irrégularité ou désobéissance à le retenir, même à l’encontre des autorités ; il n’y a aucun vol à le prendre, si le pape et les évêques, par une mystérieuse permission divine, ne le donnent plus. Ce qui est irrégulier et anormal, c’est la situation actuelle d’un pape, d’un concile et d’évêques qui ne disent plus la foi et ne confirment plus leurs frères. « Ce sont eux les schismatiques et les hérétiques, les désobéissants, pas nous », comme nous l’avons entendu plus haut de la bouche du père Rifan.
Rappelons les fortes paroles de Dom Guéranger à ce sujet :
Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute, la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels dont tout chrétien, par le fait de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église ; mais il peut arriver que les pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en des circonstances où la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner [33].
Le sacre lui-même de Mgr Rangel « contre la volonté du pape » n’était en rien un acte schismatique. Les prêtres de Campos s’en expliquaient ainsi en 1991 :
Il est clair que nous reconnaissons qu’il appartient au pape d’élire les évêques [34], mais il ne peut pas refuser validement des évêques traditionnels aux fidèles pour le simple motif que ces évêques ne s’alignent pas sur Vatican II et sur les réformes conciliaires. Ce refus est juridiquement nul, parce que la réservation du sacre épiscopal au pontife romain, bien qu’elle ait sa racine dans le droit divin, est une loi ecclésiastique soumise à la loi divine du salut des âmes, loi qui est la finalité même de la hiérarchie [35].
Il s’ensuit que l’excommunication portée dans ces conditions est injuste et que la séparation qui en résulte n’est pas une séparation illégitime de l’unité de l’Église (c’est-à-dire un schisme), mais une séparation légitime de l’unité disciplinaire, « purement extérieure et putative [36] », pour conserver l’unité de foi avec l’Église.
Enfin, l’expression : « Le propriétaire vous dit : Ne volez pas, je vous donne », est particulièrement malheureuse, parce que le pape n’est pas le propriétaire des biens de l’Église, il n’en est que le dépositaire et il ne peut les refuser, sous peine d’abus d’autorité, aux âmes qui y ont droit. Ainsi, il n’y a aucune permission à obtenir pour garder la messe dite de saint Pie V ou le catéchisme traditionnel, ou n’importe lequel des trésors de la Tradition.
Le père Calmel, dans son célèbre texte « De l’Église et du pape », a bien expliqué ces vérités [37] :
Or, si le pape est le vicaire visible de Jésus qui est remonté dans les cieux invisibles, il n’est pas plus que le vicaire : vices gerens, il tient lieu, mais il demeure autre. Ce n’est point du pape que dérive la grâce qui fait vivre le corps mystique. La grâce, pour lui pape aussi bien que pour nous, dérive du seul Seigneur Jésus-Christ. De même pour la lumière de la Révélation. Il détient, à un titre unique, la garde des moyens de la grâce, des sept sacrements aussi bien que la garde de la vérité révélée. Il est assisté à un titre unique pour être gardien et intendant fidèle. Encore faut-il, pour que son autorité reçoive, dans son exercice, une assistance privilégiée, qu’elle ne renonce pas à s’exercer. […]
L’Église n’est pas le corps mystique du pape ; l’Église avec le pape est le corps mystique du Christ. Lorsque la vie intérieure des chrétiens est de plus en plus référée à Jésus-Christ, ils ne tombent pas désespérés, même lorsqu’ils souffrent jusqu’à l’agonie des défaillances d’un pape, que ce soit Honorius Ier ou les papes antagonistes de la fin du Moyen Age ; que ce soit, à l’extrême limite, un pape qui défaille selon les nouvelles possibilités de défaillance offertes par le modernisme. Lorsque Jésus-Christ est le principe et l’âme de la vie intérieure des chrétiens, ils n’éprouvent pas le besoin de se mentir sur les manquements d’un pape pour demeurer assurés de ses prérogatives ; ils savent que ces manquements n’atteindront jamais à un tel degré que Jésus cesserait de gouverner son Église parce qu’il en aurait été efficacement empêché par son vicaire. Tel pape peut bien s’approcher du point limite où il changerait la religion chrétienne par aveuglement ou par esprit de chimère ou par une illusion mortelle sur une hérésie telle que le modernisme. Le pape qui en arriverait là n’enlèverait pas pour autant au Seigneur Jésus sa régence infaillible qui le tient encore en main lui-même, pape égaré, qui l’empêche de jamais engager jusqu’à la perversion de la foi l’autorité qu’il a reçue d’en haut. […]
Ainsi le simple chrétien qui, se référant à la Tradition sur un point majeur, connu de tous, refuserait de suivre un prêtre, un évêque, une collégialité, voire un pape qui ruinerait la Tradition sur ce point, ce simple chrétien qui, dans ce cas précis, refuserait de se laisser faire et d’obéir ne donnerait pas pour autant, comme d’aucuns le prétendent, des signes caractérisés de libre examen ou d’orgueil de l’esprit ; car ce n’est pas orgueil ni preuve d’insoumission soit de discerner la Tradition sur les points majeurs, soit de refuser de la trahir. […]
J’écris ceci parce que c’est vrai et parce que j’espère conforter quelques fidèles qui n’arrivent pas à comprendre cette contradiction manifeste : être avec Rome, ce serait adopter en matière de foi ou de sacrement ce qui détruit la Tradition apostolique et ce en quoi, du reste, nul ne peut préciser jusqu’à quel point le pontife romain actuel a prétendu engager son autorité. (De même que dix ans après Vatican II nul ne sait au juste jusqu’à quel point ce concile « pastoral » fait autorité.) Encore une fois, sur tous les points majeurs, la Tradition apostolique est bien claire. Il n’est pas besoin d’y regarder à la loupe, ni d’être cardinal ou préfet de quelque dicastère romain pour savoir ce qui s’y oppose. Il suffit d’avoir été instruit par le catéchisme et la liturgie, antérieurement à la corruption moderniste.
Trop souvent, quand il s’agit de ne pas se couper de Rome, on a formé les fidèles et les prêtres dans le sens d’une crainte en partie mondaine de sorte qu’ils soient pris de panique, qu’ils vacillent dans leur conscience et n’examinent plus rien, aussitôt que le premier venu les accuse de ne pas être avec Rome. Une formation vraiment chrétienne nous enseigne, au contraire, à nous préoccuper d’être avec Rome non dans l’épouvante et sans discernement, mais dans la lumière et la paix, selon une crainte filiale dans la foi.
[Fin de l’extrait de « De l’Église et du pape » du père Calmel.]
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Reste la question de l’évêque.
Dans l’entretien accordé par Mgr Rifan à Présent (19 octobre 2002), le journaliste pose la question :
— Quelle différence faites-vous avec 1988 et Ecclesia Dei, qu’à l’époque vous n’avez pas acceptée ?
— (Réponse de Mgr Rifan) La grande différence, c’est la concession d’un évêque. Pensez-vous que, en 1988, si le pape avait dit à Mgr Lefebvre : « Je vous donne l’Administration apostolique, j’accepte vos évêques. Et vous gardez la messe comme rite propre », pensez-vous que Mgr Lefebvre aurait refusé ? Il est évident qu’il aurait accepté. C’est ce qui s’est passé pour nous : le pape a reconnu notre évêque, il nous a donné l’Administration apostolique, il a promis à l’association la messe comme rite propre. C’est tout.
Il n’est pas vrai de dire que Mgr Lefebvre n’avait pas obtenu l’évêque en 1988. Le principe était acquis, il figurait même dans le protocole d’accord, et le prélat d’Écône s’est appuyé sur cet accord de principe pour expliquer qu’en réalité, il ne sacrait pas sans « mandat » de Rome. Mais Rome tergiversait sur le nombre d’évêques, sur la date du sacre, surtout sur le profil du ou des élus [38].
Si Mgr Lefebvre s’est finalement rétracté, ce n’est donc pas parce qu’on lui refusait un évêque, mais parce qu’il voyait, à divers indices [39], que « les intentions [de Rome] n’étaient pas bonnes ». La raison essentielle de la renonciation de Mgr Lefebvre était générale et, comme toujours, motivée par la défense de la foi :
Ils restent ce qu’ils sont, ils restent modernistes, ils restent attachés au Concile, comme si le Concile, c’était la Pentecôte. Le cardinal nous a répété je ne sais combien de fois : « Il n’y a qu’une Église, il n’y a qu’une Église, il n’y a qu’une Église… il ne faut pas d’Église parallèle, il n’y a qu’une Église ! » Cette Église, évidemment, c’est l’Église du Concile. Alors, si on lui parle de la Tradition, il rétorque : « Le Concile, c’est la Tradition aujourd’hui. » Voilà, vous devez donc vous rallier à la Tradition de l’Église aujourd’hui, pas à celle qui est passée, car elle est passée… il faut vous rallier à celle d’aujourd’hui.
Ce sont eux qui font une Église parallèle, pas nous !
On sentait très bien cela, dans son esprit : ça mettra quelques années, peut-être, mais il faudra nous ramener à l’esprit du Concile, il faudra que nous acceptions [40].
Cette raison a-t-elle disparue ? « Rome » a-t-elle changé d’intention ? A-t-elle reconnu que le Concile et ses réformes rompent avec la Tradition et conduisent l’Église au protestantisme et à l’apostasie moderniste ?
Sans doute, instruit par l’expérience de 1988, le Vatican est aujourd’hui prêt à faire davantage de concessions : un évêque, un peu plus d’indépendance… Mais, comme le disait Mgr Lefebvre dans sa lettre au pape du 2 juin 1988, il paraît toujours évident que le but de la réconciliation n’est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous. Aussi « le moment d’une collaboration franche et efficace » n’est-il manifestement pas encore arrivé et, plus que jamais, nous restons dans « la nécessité absolue d’avoir des autorités ecclésiastiques – des évêques – qui épousent nos préoccupations et nous aident à nous prémunir contre l’esprit de Vatican II et l’esprit d’Assise ». Continuons donc à « prier pour que la Rome moderne, infestée de modernisme, redevienne la Rome catholique et retrouve sa Tradition bimillénaire. Alors le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse. »
C’est également ce que Mgr de Castro Mayer déclarait le 29 septembre 1989 à un journal brésilien : « Il n’existe pas d’opposition entre nous et la Rome des apôtres, la Rome catholique arrosée par le sang des martyrs. Il suffit que les autorités de l’Église se réconcilient avec la Tradition infaillible de Rome, qu’elles condamnent les déviations du concile Vatican II et les folies de ce mauvais “esprit du Concile”, et la réconciliation sera automatique, ipso facto [41]. »
*
Dans le votum qu’il envoya en août 1959 pour exposer les points qu’il souhaitait voir aborder par le futur Concile, Mgr de Castro Mayer, au sujet de « l’action des évêques », écrivait :
Il ne fait aucun doute que la restauration de la chrétienté dépend surtout de l’action des évêques. C’est pourquoi, lorsque les candidats à l’épiscopat sont présentés, il me semble qu’il faut principalement s’assurer, par l’enquête habituelle, de leur esprit face au socialisme, au laïcisme, au néo-modernisme, etc., et, en général, devant les erreurs et les formules dont s’alimente la conjuration antichrétienne [42] ; c’est-à-dire s’ils sont capables et ont la force de combattre fermement, activement et efficacement contre ces erreurs, leurs formules artificieuses et leurs manières d’être [43].
Inutile de poser la question de savoir si le Vatican s’est préoccupé de cela en examinant la candidature de Mgr Rifan…
Mais est-ce dans cet esprit de lutte contre la conjuration antichrétienne que l’intéressé lui-même aborde son épiscopat ? Ne sommes-nous pas, hélas, fondés à penser qu’en recevant la mitre et la crosse, il a implicitement renoncé à combattre fermement, activement et efficacement contre les erreurs de l’Église conciliaire, leurs formules artificieuses et leurs manières d’être ?
— IV —
« Par leur attitude courageuse et nécessaire,
ils nous ont tous préservés
d’un grand cauchemar… »
Sermon de Mgr Licinio Rangel
aux ordinations sacerdotales à Écône
(29 juin 1992)
« Nous avions un évêque contre la volonté du pape, ce qui est une position matériellement schismatique », déclare aujourd’hui Mgr Rifan.
Le 29 juin 1992, dans son sermon des ordinations sacerdotales, Mgr Rangel se réjouissait au contraire du sacre des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X et de son propre sacre : « Le clergé et les fidèles de Campos sont infiniment reconnaissants au très révérend supérieur de la Fraternité Saint-Pie X d’avoir accepté de traverser l’océan dans un geste digne de leurs aïeux européens au temps héroïque de l’évangélisation des colonies, afin de les tirer de l’état d’orphelins auquel ils avaient été réduits… »
Relisons un extrait de ce sermon qui fut lu en français à Écône… par le père Rifan. Les italiques sont de notre rédaction.
Le Sel de la terre.
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J’ |
étais ici il y a juste quatre ans, lors des sacres historiques de juin 1988. J’ai eu alors le privilège d’être l’un des prêtres qui accompagnèrent Mgr Antonio de Castro Mayer, et plus encore, le grand honneur d’être l’un des assistants au trône de Mgr Lefebvre, au cours de l’inoubliable messe pontificale pendant laquelle ces deux grands évêques ont communiqué la grâce de leur épiscopat aux quatre évêques de la Fraternité.
Par leur attitude courageuse et nécessaire, ils nous ont tous préservés d’un grand cauchemar : la peur qu’ils s’en allassent sans nous laisser de successeurs qui garantissent la continuité de la Tradition catholique. Après que tout fut réalisé, nous eûmes la consolation de pouvoir respirer, soulagés, car la préoccupante menace était passée.
Mais personne n’aurait alors pu imaginer que cette grâce de l’épiscopat catholique viendrait un jour à traverser les mers et arriverait jusqu’à notre lointain Campos au Brésil, pour revenir ici aujourd’hui, et être communiquée par l’ordre du sacerdoce à ces très chers ordinands.
Le clergé et les fidèles de Campos, et d’autres lieux du Brésil, sont infiniment reconnaissants au très révérend supérieur de la Fraternité Saint-Pie X d’avoir accepté de traverser l’océan dans un geste digne de leurs aïeux européens au temps héroïque de l’évangélisation des colonies, afin de les tirer de l’état d’orphelins auquel ils avaient été réduits, à la suite de la mort de leur pasteur très estimé, Mgr de Castro Mayer. Cette grâce remonte à l’esprit missionnaire et apostolique si propre à l’authentique esprit catholique qui animait le grand missionnaire de notre siècle, Mgr Lefebvre, esprit qu’il sut si bien communiquer à ses prêtres et à sa Fraternité, en héritage précieux de son cœur apostolique.
La mission spéciale de la Fraternité à Campos, en juillet de l’année passée, à propos du sacre de l’un de ses prêtres, a ainsi revêtu une signification particulière du fait de s’être réalisée la veille du cinquième centenaire du début de l’évangélisation de notre continent américain par ses aïeux, les missionnaires européens.
Formés par la sainte Église dans cet esprit catholique, ces missionnaires furent alors les instruments bénis de la divine Providence en vue de nous apporter l’inestimable grâce de l’évangélisation catholique. Nous leur en sommes redevables et obligés. Nous ne partageons pas l’attitude de beaucoup de ces bénéficiaires qui maudissent aujourd’hui, sous de faux prétextes, l’œuvre apostolique de leurs missionnaires. Et à présent, à cause de l’apostasie moderne qui, depuis quelques décennies, fait perdre à nos contemporains cette foi catholique qui nous a été transmise au prix de tant de sacrifices, notre continent reçoit une fois encore, sans compromis avec les modernistes incrustés dans l’Église, l’épiscopat catholique grâce aux évêques de la Fraternité, nouveaux missionnaires par la restauration de cette unique foi et Tradition catholique en Amérique aujourd’hui. Encore une fois : merci.
[…]
…Nous menons à nouveau le combat de la résistance catholique, même au point de vue stratégique, nous sommes sur le bon chemin. Et nos évêques, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer, furent bien clairvoyants. C’est aussi une grâce dont nous sommes les heureux bénéficiaires. Et vous, chers ordinands, en correspondant généreusement à la grâce de cette élection, en répondant « oui » à l’appel du Divin Maître pour recevoir le sacerdoce catholique dans la Tradition, vous apportez à la cause catholique, à la cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ une très importante contribution. En célébrant sans cesse la messe de toujours, vous continuerez chez nous les sacrifices de Jésus-Christ au Calvaire, vous continuerez son Église, vous continuerez à rendre vivante et opérante l’œuvre de sa rédemption, jusqu’au jour où toute chose sera restaurée dans le Christ. Que rien ne nous retienne dans la poursuite de ce bien si sublime pour la gloire de Dieu et le salut des âmes : ni les difficultés inhérentes à la mission sacrée, ni celles qui sont si exceptionnelles de nos jours.
Que la très sainte Vierge Marie vous garde tous en ce Cœur Immaculé de Mère et patronne des prêtres, car Jésus-Christ, en nous comblant du don de son sacerdoce, nous a également offert sa propre Mère, Mère qui nous a formés en son sein et nous garde en son cœur. Nous n’avons plus rien à craindre : Noli timere, pusillus grex, ego vici mundum.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
[Fin de l’extrait du sermon de Mgr Rangel à Écône, le 29 juin 1992.]
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— V —
« Désormais il se tint à l’écart
des assemblées d’évêques. »
Sulpice Sévère raconte
un épisode de la vie de saint Martin
La scène se passe à Trèves, où réside l’empereur Maxime, « très honnête homme », dit Sulpice Sévère, mais « perverti alors par les conseils de certains évêques », ceux du parti d’Ithace, qui le poussaient au massacre de sectateurs espagnols de l’hérésiarque Priscillien. Pour des raisons que nous ignorons mais certainement très valables, saint Martin au contraire intercédait pour eux et demandait qu’ils soient épargnés.
Qui était Ithace ? Qui était Priscillien et en quoi consistait son hérésie ? Peu importe le détail de cette histoire embrouillée qui remonte à la fin du IVe siècle. Ce qui nous intéresse ici, c’est le problème de la communion avec les évêques qui se pose à saint Martin, et sa volonté de ne pas « se compromettre dans la communion du parti d’Ithace » approuvé pourtant par un concile, « cette malheureuse communion de Trèves » que, par nécessité, il a dû accepter un instant et qu’il se reprochera ensuite : désormais, il se tint à l’écart de toutes les assemblées d’évêques…
Comment ne pas faire le rapprochement avec ces paroles adressées par le cardinal Castrillon Hoyos à Mgr Rifan, le jour de son sacre : « Ta charité épiscopale te conduira à établir avec les frères évêques de cette région et de la conférence épiscopale du Brésil des liens de sincère harmonie dans la “sollicitudo omnium Ecclesiarum”. […] Votre communion construira la communion [44]… » – Quelle communion ?
Ce passage de Sulpice Sévère est extrait de la traduction de sa Vie de saint Martin parue dans la Lettre de Ligugé nº 172-173, juillet-octobre 1975 (traduction de Jacques Fontaine et de Paul Monceaux, introduction de Mme Luce Piétri). Déniché par Louis Salleron, il fut publié dans la revue Itinéraires nº 204 de juin 1976, pages 87-89. C’est de là que nous le tirons. Les soulignements sont de L. Salleron.
Nous dédions ce texte à Mgr Rifan, qui a suivi en septembre dernier à Rome une session avec cent vingt évêques de la nouvelle religion.
Le Sel de la terre.
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L |
es évêques sentaient bien que ces procédés ne plairaient nullement à Martin. Mais, dans le trouble de leur conscience, ils craignaient surtout que Martin, à son arrivée, ne refusât leur communion ; alors il ne manquerait pas de gens pour suivre son autorité et imiter la fermeté d’un si grand homme. Les évêques s’entendirent donc avec l’empereur : on envoya au devant de Martin des officiers du Maître des Offices, chargés de lui interdire l’accès de la ville, s’il ne déclarait pas qu’il serait en paix avec les évêques réunis à Trèves. — Cette mise en demeure des évêques, Martin l’éluda fort adroitement, en déclarant qu’il viendrait en paix avec le Christ...
(…) Cependant les évêques, dont Martin refusait la communion, s’alarmèrent et coururent ensemble vers l’empereur. Ils se plaignirent d’être condamnés d’avance ; c’en était fait de leur situation à tous, si l’obstination de Theognitus, le seul qui après la sentence les eût condamnés ouvertement, s’armait de l’autorité de Martin…
(…) Les hérétiques, disait l’empereur, avaient été justement condamnés, d’après la procédure des tribunaux publics, non par les intrigues des évêques ; il n’y avait aucune raison pour condamner la communion d’Ithace et des autres de son parti ; si Theognitus s’était séparé de ses collègues, c’était par animosité, non pour un bon motif ; d’ailleurs il était le seul qui eût renoncé provisoirement à la communion générale ; les autres n’avaient en rien changé ; bien mieux, le synode tenu quelques jours auparavant avait déclaré qu’Ithace n’était pas coupable.
Comme Martin n’était guère ému de ces raisons, l’empereur fut transporté de colère et, brusquement, disparut à ses yeux. Bientôt, on fit partir les assassins, chargés de frapper ceux pour qui intercédait Martin.
Dès que Martin apprit cette nouvelle, malgré la nuit venue, il fit irruption au palais. Il promit que si l’on épargnait les Priscillianistes, il communiquerait avec les évêques ; mais il spécifia encore qu’on rappellerait les tribuns déjà envoyés vers les Espagnes pour y dévaster les Églises. Aussitôt, Maxime accorda tout. Le lendemain, avait lieu l’ordination de l’évêque Félix, un homme assurément très saint, vraiment digne d’être fait évêque en de meilleurs temps. Ce jour-là, Martin entra en communion avec les évêques, estimant préférable de céder pour une heure, plutôt que d’abandonner des malheureux au glaive suspendu sur leurs têtes. Mais les évêques s’efforcèrent en vain d’obtenir de lui une signature confirmant la communion : cette signature, on ne put la lui extorquer.
Le lendemain, à la hâte, Martin sortit de Trèves. Sur le chemin du retour, il était triste ; il gémissait d’avoir été, même pour une heure, en communion avec des coupables…
…Depuis ce temps-là, Martin évita avec soin de se compromettre dans la communion du parti d’Ithace. Dans la suite, s’il mettait plus de temps qu’autrefois à guérir certains énergumènes, si la grâce divine semblait moindre en lui, il nous déclarait souvent, avec des larmes, que depuis cette malheureuse communion de Trèves, acceptée par lui un seul instant par nécessité, non en esprit, il sentait en lui une diminution de sa puissance. Il vécut encore seize ans : désormais, il ne se rendit à aucun synode, il se tint à l’écart de toutes les assemblées d’évêques.
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— VI —
Dialogue en automobile
Ce texte est une fiction écrite sur le mode humoristique. Mais il est des cas où la fiction rattrape et même dépasse la réalité.
Il s’agit d’un chapitre d’un petit livre écrit par M. Daniel Raffard de Brienne en 1992, intitulé : Faites l’humour… pas la polémique [45]. Même si nous ne partageons pas toujours les opinions de l’auteur [46], il nous semble qu’il a été particulièrement bien inspiré le jour où il a écrit les quelques pages de ce chapitre, qui ne manquent ni de finesse ni d’actualité.
Le Sel de la terre.
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U |
ne grosse voiture noire roule entre deux rangées de peupliers. Elle est immatriculée au Vatican. A l’arrière, un prélat et son tout nouveau secrétaire, un jeune abbé, conversent.
L’abbé : « C’est donc une vraie messe de saint Pie V que vous allez célébrer chez ces gens-là, Monseigneur ? Je ne comprends pas très bien ; n’avons-nous pas proclamé pendant des années que cette messe était interdite ?
— Et vous ne l’avez pas cru, j’espère, l’abbé. En fait, nous ne pouvions pas l’interdire réellement. Nous aurions même pu mener notre affaire en la conservant. Mais nous avons pensé qu’en imposant plutôt brutalement un nouveau rite nous créerions avec le passé une rupture qui favoriserait nos projets.
— Excusez-moi, Monseigneur, mais je ne saisis toujours pas.
— Vous êtes trop jeune, l’abbé. A cette époque-là, je veux dire il y a quarante ans, c’était la montée du communisme. Le vieux Pie XII, comme ses prédécesseurs, ne trouvait à y opposer que la fermeté de la doctrine. Au fond, il croyait que le roc de l’Église résisterait à la tempête. Nous pensions au contraire, avec Montini et Casaroli, que le communisme submergerait totalement le monde et que, si nous laissions les choses en l’état, l’Église sombrerait ou serait, au mieux, refoulée dans les catacombes. A notre avis, il fallait assouplir l’Église, la rendre adaptable à toutes les circonstances. En quelque sorte, nous voulions couper les amarres avec un passé trop lourd et avec une doctrine trop pesante pour que l’Église puisse surnager, un peu comme un bouchon dans la houle.
— Ah ! je comprends. Comme votre prévision ne s’est pas réalisée, vous entreprenez de renouer avec la Tradition.
— Vous n’y êtes pas du tout. Bien sûr, notre pronostic était faux. Mais nous ne pouvons pas revenir en arrière, car on ne manquerait pas de faire le bilan de notre action et ce bilan serait catastrophique. Nous sommes donc condamnés à la fuite en avant. Et cela s’accorde finalement très bien avec nos nouvelles prévisions. Selon nous, le mondialisme va l’emporter et nous aurons le règne d’une oligarchie financière planétaire sur un univers socialiste. Dans cette perspective, les religions tendront à s’unifier aussi et l’Église, si elle ne fait pas trop la délicate, jouera un rôle fédérateur, comme à Assise et même davantage.
— Mais alors, Monseigneur, pourquoi cette messe ?
— Je vous ai dit que nous avions choisi la rupture liturgique à la fois pour aider et pour masquer l’ensemble de la manœuvre. Et cela a marché à 99 %. Ce qui signifie qu’il y a 1 % d’individus qui, sans toujours comprendre le véritable enjeu, se sont cramponnés à l’ancienne messe. Bien sûr, leur nombre ne peut pas nous gêner. Mais leur position oui, car elle peut donner des repères à qui voudrait juger notre politique ou dresser le bilan dont je vous parlais. Nous avons donc essayé de les éliminer en les isolant, en les matraquant, en les ridiculisant. En vain.
Alors nous avons tenté une opération séduction. Ils voulaient leur messe. Eh bien, on la leur donnerait, au moins pour quelque temps, à condition qu’ils rentrent au bercail et, surtout, qu’ils se taisent. L’affaire aurait abouti en 1988 si nos négociateurs avaient été plus adroits. Au total, nous n’avons récupéré que quelques prêtres et quelques laïcs, juste assez pour en faire des « appelants [47] ».
— Des appelants, Monseigneur ? Il y a donc un rapport avec l’affaire janséniste ?
— Mais non, malheureux ! Pas avec les jansénistes : avec la chasse aux canards. Pour amener les vols de canards à portée de leurs fusils, les chasseurs attachent près de leur affût quelques oiseaux, ce sont les appelants, dont les cris attirent leurs congénères.
— Et ça marche ?
— Avec les canards, oui ; avec les intégristes récalcitrants, pas vraiment. Mais cela nous permet, en revanche, d’appliquer un vieux truc des communistes. Quand les communistes trouvent devant eux un bloc d’opposants, ils ne l’attaquent pas globalement. Ils déterminent dans le bloc une ligne possible de fracture et traitent les opposants d’un côté de la ligne comme des « bons » et les autres comme des « mauvais ». Résultat : les « bons », tout heureux d’être reconnus comme tels, cherchent à se démarquer des « mauvais » et ceux-ci se rebiffent. Bref, la fracture se fait toute seule et, dans le cas des intégristes, il suffit d’injecter des vieux mots, comme schisme ou hérésie, qui n’ont plus de signification pour nous, mais qui en gardent pour eux. Pendant que les « bons » et les « mauvais » se disputent, nous sommes tranquilles.
— Monseigneur, je trouve vos « bons » bien naïfs.
— Ils ne le sont peut-être pas tellement, mais ils s’imaginent qu’ils vont profiter de notre tactique pour réintroduire la Tradition à l’intérieur de l’Église institutionnelle. Alors qu’en fait c’est nous qui les transformerons peu à peu de l’intérieur. Déjà ils ne nous combattent plus. Ils acceptent même de cohabiter dans nos églises et d’assister à nos liturgies rénovées. Le reste suivra.
— Et si leur analyse était bonne, Monseigneur ? Ne prenons-nous pas un certain risque ?
— Mais non, l’abbé. Nous retenons nos petits cadeaux avec un élastique : nos concessions sont toujours limitées et révocables. D’ailleurs les évêques veillent au grain. Ils ne voient pas notre politique d’un très bon œil. Ils ne la comprennent pas bien. Ce n’est pas de leur faute : nous ne les choisissons pas très intelligents. Et puis, sans le savoir, ils créent utilement une autre opposition dialectique où, par rapport à eux, nous jouons le rôle de « bons ».
— Autrement dit, Monseigneur, nous sommes les bons du Vatican qui allons réconforter les bons intégristes.
— Exactement, l’abbé. Et vous verrez qu’ils nous recevront très bien. Ils ont été si maltraités pendant vingt ans qu’ils se sentent flattés et se montrent reconnaissants dès que nous sommes aimables avec eux. Il suffira d’une messe et de quelques bouts de phrases que j’ai préparés pour qu’ils nous croient de leur bord. Ils ne s’inquièteront même pas de ce que je fais ni de ce que je dis le reste du temps.
— Mais Dieu, Monseigneur ? Que faisons-nous de Dieu dans tout cela ?
— Vous, les jeunes, il y a des moments où vous m’inquiétez.
[Fin de l’extrait de : Faites l’humour… pas la polémique.]
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[1] — Texte publié dans Fideliter 68, mars-avril 1989, p. 20-21.
[2] — De nombreux textes officiels pourraient être cités qui confirment cette analyse.
La lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre du 29 juin 1975 condamnait déjà « l’opposition publique et persistante [de Mgr Lefebvre] au concile œcuménique Vatican II, aux réformes postconciliaires et aux orientations qui engagent le pape lui-même » (voir Itinéraires, décembre 1976, p. 64).
De même, plus tard, le communiqué des présidents des Conférences épiscopales de France, d’Allemagne et de Suisse du 16 juin 1988 déclarait : « L’accord recherché dans le dialogue avec le fondateur d’Ecône devait respecter les exigences de la fidélité au concile Vatican II et assumer les requêtes de la Fraternité Saint-Pie X compatibles avec cette fidélité. » (DC, 17 juillet 1988, nº 1966, p. 740.) On notera encore que c’est au nom de la « Tradition vivante » telle qu’elle est définie par Vatican II (Dei Verbum 8) que le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet 1988 a condamné Mgr Lefebvre : « À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition… » C’est pourquoi, poursuit le document, le meilleur remède au « schisme de Mgr Lefebvre » consiste à approfondir et faire connaître Vatican II – telle est la tâche à laquelle doivent s’atteler les évêques, les théologiens et les experts en science ecclésiastique : « L’ampleur et la profondeur des enseignements du concile Vatican II requièrent un effort renouvelé d’approfondissement qui permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition, spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n’ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l’Église. » (DC, 7-21 août 1988, nº 1967, p. 788.)
[3] — Motu proprio Ecclesia Dei adflicta, DC nº 1967, 7-21 août 1988, p. 789.
[4] — Nous ne reproduisons que quelques extraits. Les titres sont de la rédaction et c’est nous qui soulignons. On trouvera le texte complet de cet exposé dans les actes du IIIe congrès théologique de Si Si No No : L’Œcuménisme, Publications du Courrier de Rome, p. 433 à 459. Les cassettes du congrès sont diffusées par Les Amis de St-François de Sales, C.P. 2016, CH–1950 Sion 2.
[5] — D’abord torturés de différentes manières, ils furent ensuite liés et jetés à la mer ; comme ils étaient toujours indemnes, ils furent brûlés sur un bûcher d’où ils sortirent encore sains et saufs. Alors, on les décapita. C’était en 306. (NDLR.)
[6] — Par exemple : le « Manifeste épiscopal » du 21 novembre 1983, où ils dénonçaient la nouvelle ecclésiologie (voir supplément à Fideliter nº 37, février 1984) ; la mise en garde au pape Jean-Paul II du 31 août 1985, à l’approche du Synode extraordinaire de Rome (voir Le Sel de la terre 37, p. 45) ; la déclaration du 2 décembre 1986, suite à la visite du pape à la synagogue de Rome et au congrès des religions à Assise (voir Le Sel de la terre 30, p. 198). (NDLR.)
[7] — Au Barroux, Mgr Rifan a dit (paroles rapportées en substance) : « Je viens de suivre un cours pour les nouveaux évêques ; certaines conférences étaient très mauvaises (Kasper), mais d’autres très bonnes (Ratzinger). »
[8] — Est-ce parce qu’il a « affiné » ces liens que Mgr Rifan a tant changé ? Assurément la pratique doit être accordée aux principes. Si donc la pratique de Mgr Rifan a tellement changé, faut-il en conclure que ses principes ont également changé ? Ou bien estimait-il que sa pratique antérieure n’était pas en accord avec ses principes ? A l’entendre, on est porté à le croire : « Il fallait sortir de cette position irrégulière, afin de ne pas tomber dans un schisme formel. Nous ne pouvions pas, en toute conscience catholique, refuser cet accord. […] Nous sommes contents, parce que les consciences sont plus tranquilles. Après ces deux années de réflexion, nous sommes arrivés à cette décision, pour régler notre situation, devant Dieu. » (Présent du 19 octobre 2002.)
[9] — Ce nouvel évêque est celui-là même avec qui Mgr Rifan partage désormais sa mission épiscopale et avec qui Mgr Rangel a signé une déclaration conjointe, le 14 janvier 2002, quatre jours avant la signature des accords par lesquels a été érigée l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney. Voir Le Sel de la terre 40, p. 158-159.
[10] — Le père Rifan n’a pas attendu pour engager cette collaboration effective : dès janvier 2002, il a commencé à annoncer dans son église, à ses fidèles traditionnels, les heures des offices (modernistes) de la cathédrale… Au Barroux, fin septembre, il a déclaré que les autorités conciliaires ne lui avaient pas demandé de concélébrer dans le nouveau rite, mais seulement d’assister de temps en temps à des offices du diocèse – « ce que nous pouvons faire », a-t-il ajouté.
[11] — C’était déjà ce que le cardinal Seper puis le cardinal Ratzinger demandaient à Mgr Lefebvre !
[12] — Assurément, dans l’ordre de l’intention, nous sommes pour la vérité avant d’être contre l’erreur. Mais la pierre de touche de l’amour de la vérité, c’est la haine de l’erreur. C’est pourquoi, comme le disait fort justement Mgr de Castro Mayer, on ne peut se dire vraiment pour la messe traditionnelle si l’on n’est pas, en pratique, dans l’ordre de l’exécution, alors qu’on est confronté au problème, réellement et même d’abord contre la nouvelle, qui détruit l’ancienne.
Mgr Rifan restera-t-il contre la nouvelle messe de cette manière-là ? On peut en douter, puisqu’il s’acoquine avec les milieux ralliés qui ont abandonné tout militantisme pratique contre la nouvelle messe, qui ne font plus de la défense de la messe traditionnelle une question de foi, et qui, pour beaucoup d’entre eux, sont prêts à concélébrer dans le nouveau rite à l’occasion. Ainsi, au sujet de la messe, après 1988, le Barroux a commencé à accepter que des prêtres de passage célèbrent le novus ordo à l’abbaye : au début, on ne leur donnait pas de servant ; aujourd’hui, quinze ans après, un frère leur sert la messe (le Barroux a même acquis des nouveaux missels pour satisfaire à la demande). A l’occasion, le père abbé prête même sa chapelle abbatiale aux invités de marque, même s’ils célèbrent la nouvelle messe. Par ailleurs, les prêtres de passage peuvent concélébrer entre eux le nouveau rite s’ils le désirent.
[13] — R.P. Ralph Wiltgen, S.V.D, Le Rhin se jette dans le Tibre, p. 237-238 ; Revue De Bazuin nº 48, 16 (23 janvier 1965), p. 4.
[14] — Osservatore Romano, 3 février 1990.
[15] — Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, p. 103.
[16] — Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné, p. 177.
[17] — Ibid., p. 179.
[18] — Ralph Wiltgen, op. cit., p. 37-38.
[19] — La Croix du 23 août 1985.
[20] — Osservatore Romano, édition italienne, 11 août 1985, p. 5.
[21] — Ibid., 4 janvier 1987, p. 1.
[22] — DC 84, 1987, pp. 133-134, Discours du pape aux cardinaux et aux membres de la curie romaine, 22 décembre 1986.
[23] — Mgr Rifan n’a révélé l’existence de cette exigence romaine, intervenue après l’accord, qu’aux moines du Barroux. Cette étude du Concile se fera en collaboration avec le Barroux, a-t-il précisé (donc avec le père Basile – et peut-être aussi avec Chémeré ?), autrement dit avec ceux qui font tous leurs efforts pour justifier les textes du Concile et notamment la liberté religieuse. Si c’est le cas, Rome n’a pas d’inquiétude à se faire : le poisson est bien ferré.
[24] — Entretien à Présent, 19 octobre 2002.
[25] — Ces raisons sont résumées dans le droit de réponse envoyé par Campos en mai 2002 et que nous publions plus loin avec les commentaires du père Thomas d’Aquin du monastère de Santa Cruz.
[26] — Entretien à Présent du 19 octobre 2002. A Versailles, le 30 septembre dernier, Mgr Rifan a dit : « Nous pensions que nous étions en état de grave nécessité… » (Rapporté par Item nº 5, novembre 2002, p. 3). N’en étaient-ils pas certains ? Ce n’est pas ce qu’ils disaient alors.
[27] — « Sacre épiscopal à Campos », Le Sel de la terre 18, p. 193. A Versailles, le 30 septembre 2002, Mgr Rifan a tenu un tout autre langage : « Nous voyons se faire beaucoup de bêtises au nom de la nécessité et du salut des âmes. Il faut faire attention. » (Rapporté par Item nº 5, novembre 2002, p. 4).
[28] — Conférence spirituelle à Écône, 14 septembre 1975.
[29] — L’aveu est intéressant. On aimerait des précisions.
[30] — Entretien à Présent du 19 octobre 2002.
[31] — Quelques instants avant, Mgr Lefebvre rappelait le texte de Pie IX dans Pastor æternus : « Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » (DS 3070).
[32] — Conférence spirituelle à Écône, 14 septembre 1975.
Voir aussi l’article que Jean Madiran avait publié dans le Supplément-Voltigeur d’Itinéraires nº 39 de juin 1976, « Hors de quelle Église ? » : « Mgr Lefebvre “hors de l’Église” ? Hors de celle-là [“l’autre communauté ecclésiale qui s’est installée aux postes de commandement…”], assurément. Mais il n’est pas croyable que ce puisse être hors de l’Église catholique que l’on “se place”, sans pourtant avoir bougé, simplement en demeurant dans la religion catholique telle qu’elle était à la mort de Pie XII, en 1958. Il y a deux Églises sous Paul VI. Ne pas voir qu’elles sont deux, ou ne pas voir qu’elles sont étrangères l’une à l’autre, ou ne pas voir que Paul VI [et Jean-Paul II] jusqu’ici préside à l’une et à l’autre, c’est de l’aveuglement, et dans certains cas peut-être un aveuglement invincible. Mais, l’ayant vu, ne pas le dire serait apporter la complicité de son silence à une anomalie monstrueuse. »
[33] — Dom Guéranger, cité dans la notice de saint Cyrille (9 février), dans les Notices du Sanctoral et du Temporal éditées en 1975 par Dominique Martin Morin. Voir Le Sel de la terre 36, p. 245.
[34] — Canon 853 (ou 1013 du nouveau Code).
[35] — « Sacre épiscopal à Campos », Le Sel de la terre 18, p. 200. Voir aussi Le Courrier de Rome, « Ni schismatiques, ni excommuniés » (octobre 1988), réédité et mis à jour dans la brochure : La Tradition « excommuniée », Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1999.
[36] — Voir DTC, article « schisme », col. 1302. Mgr de Castro Mayer, à qui l’on demandait si l’excommunication le laissait indifférent : « Indifférent, non. Même invalide, elle m’attriste parce qu’elle montre le lamentable état où se trouve la partie humaine de l’Église. Elle montre l’intensité de l’aversion que les membres de la hiérarchie nourrissent envers ce que l’Église a toujours fait. Alors qu’ils demandent pardon aux pires ennemis de l’Église, les luthériens, les anglicans, les juifs, ils éloignent de leur communion les fils les plus fidèles de la sainte Église. » (Voir Le Sel de la terre 37, p. 51.)
[37] — Voir Le Sel de la terre 12 bis, p. 69-82. Tout ce texte est à relire.
[38] — On peut se demander, après tout ce que nous venons de lire, si l’acceptation par Rome de la personne de Mgr Rifan ne vient pas de ce que ce dernier a désormais le profil voulu… Il convient aussi de noter que, pour le Vatican, l’enjeu (et donc le risque) est beaucoup plus limité que dans le cas de la Fraternité Saint-Pie X, dont l’implantation et le champ d’apostolat sont très étendus.
[39] — Les atermoiements romains sur la question de l’évêque figurent évidemment en bonne place parmi ces indices : « Par exemple, au sujet de l’évêque, maintes et maintes fois, ils nous ont répété : “Vous n’avez pas besoin d’évêques, parce qu’une fois que vous êtes reconnus comme société de droit pontifical, vous pouvez demander à n’importe quel évêque du monde de faire les ordinations et de faire les confirmations.” […] C’est parce que nous avons tenu ferme qu’ils ont fini par concéder : “Bon, on pourrait peut-être vous donner un évêque.” […] Nous leur avons demandé les dates. […] “C’est pour quand, alors, l’évêque que vous nous promettez ? Vous voulez nous le donner pour le 30 juin ? […] — Ah ! non, non ! Au 30 juin, ce n’est pas possible, c’est trop proche ; voyez, il faut faire des enquêtes, il faut… — Alors, c’est pour quand ? […] Pour la fin de l’année mariale ? — Ah non ! non, non. Le 15 août, pensez donc, le 15 août, mais il n’y a plus personne à Rome. Ce sont les vacances, […] ce n’est pas possible. — Alors, au 1er novembre ? — Ah, je ne peux pas vous dire, je ne sais pas… — Mais enfin, à Noël ? — Je ne sais pas.” … » (Conférence spirituelle du 9 juin 1988).
[40] — Conférence spirituelle du 9 juin 1988.
[41] — Texte publié dans Le Sel de la terre 37, p. 50.
[42] — Par cette expression, Mgr de Castro Mayer entendait évidemment faire allusion au célèbre livre de Mgr Delassus (La Conjuration antichrétienne : le temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Église catholique, 3 vol., DDB, 1910). Il disait, au sujet de cet ouvrage : « On reconnaît les prêtres qui l’ont lu et ceux qui ne l’ont pas lu. » Mgr Rifan l’a-t-il lu ?
[43] — Voir Le Sel de la terre 37, p. 26.
[44] — Présent du 24 août 2002.
[45] — Faites l’humour… pas la polémique par Daniel Raffard de Brienne, Chiré, 1992, p. 27-30.
[46] — Comment ne pas regretter, par exemple, qu’il ait confié à l’Institut du Christ-Roi que dirige l’abbé Wach l’école et la chapelle d’Armentières.
[47] — Oiseau servant d’appeau. (NDLR.)

