+ Sous la bannière du Sacré‑Cœur, le général de Sonis
Les biographies très complètes du général de Sonis [1] ne manquent pas. On a déjà celles de Mgr Baunard, du père Bessières S.J. et de Francine Dessaigne, à côté de bien d’autres ouvrages sur le héros de Loigny. Cependant, l’œuvre plus moderne de Gérard Bedel intéressera même ceux qui connnaissent déjà Sonis. Après avoir rendu hommage à ses prédécesseurs, l’auteur explique la raison de ce livre dans son avant-propos :
Par rapport aux travaux antérieurs, notre livre cherche à se distinguer par deux aspects.
Commençons par un aspect technique : nous avons voulu distinguer les différents côtés du personnage, non pour les opposer, mais pour les mieux mettre en relief. C’est ainsi qu’au lieu d’interrompre le récit des événements militaires, par exemple, pour parler d’une correspondance spirituelle qui leur est contemporaine, comme le fait trop systématiquement Mgr Baunard et même, dans une mesure déjà moindre, le père Bessières, nous avons consacré un chapitre entier à la vie spirituelle de Sonis. De même qu’un autre chapitre évoque l’époux, le père et l’ami.
Nous avons voulu mettre en relief les qualités militaires de notre héros, et pas seulement sa bravoure. Un des meilleurs officiers de l’armée d’Afrique, il se révéla bon général en 1870. Cet aspect de son personnage n’est habituellement pas assez souligné.
Nous avons enfin décidé d’insister sur la modernité de Sonis : il a vu l’importance de l’Algérie dans la destinée de la France, importance tragiquement remise en avant ces dernières années, et, d’autre part, dans l’affaissement actuel des valeurs, dans l’avachissement contemporain, il peut et doit servir de héros pour la jeunesse française qui a tant besoin de ressort moral.
Présenter un père de famille nombreuse comme modèle nous semble opportun !
M. Bedel atteint pleinement son but.
Et il manifeste dans tout son livre l’esprit d’un historien catholique, montrant en ce XIXe siècle la Révolution à l’œuvre en France, en Algérie, en Italie : le laïcisme républicain générateur de l’expulsion des congrégations en 1880 (Sonis, faisant le sacrifice de sa carrière, refusa d’y collaborer de près ou de loin), l’impossibilité d’évangéliser l’Algérie à cause de la législation maçonnique, la lutte contre la papauté, l’invasion des États du pape, le rôle héroïque des zouaves pontificaux.
C’est cette vue d’ensemble sur la France et l’Église aux prises avec la Révolution qui fait l’intérêt de l’ouvrage. Les autres biographes de Sonis, malgré leurs mérites respectifs, ne l’ont pas aussi bien situé dans le contexte de la lutte entre les deux cités.
Il en va de même pour le silence dont l’histoire officielle entoure Gaston de Sonis tout au long du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. On sait que le ministre de la Guerre (ou de la Défense) a toujours refusé, malgré des demandes répétées, qu’une promotion de Saint-Cyr portât son nom. La France laïque et républicaine ignore la charge héroïque du 2 décembre 1870 ; pas de panneau « monument historique » pour Loigny. Si vous venez dans ce coin de Beauce, rien à l’entour n’attirera votre attention sur ce lieu pourtant… historique.
Mais pourquoi cet exploit n’est-il pas connu du grand public ? Pourquoi les livres d’histoire, qui parlent des charges de Reichshoffen et d’Elsasshausen et qui accordent à la retraite de Bourbaki la gloire de l’Anabase, ignorent-ils les zouaves de Loigny et le général de Sonis ? Quand on est battu comme la France le fut alors par la Prusse et ses alliés, qu’il est pourtant réconfortant d’évoquer l’héroïsme malheureux ! Ah ! si le général de Sonis avait fait accrocher un bonnet phrygien au bout d’une pique, il aurait eu les honneurs du « Malet‑Isaac ». Mais la bannière du Sacré‑Cœur ne passe pas…
Pour découvrir la grandeur d’âme et les vertus héroïques de Sonis, avant de faire plus ample connaissance avec lui en lisant Baunard ou Bessières, voici donc un livre fort bien écrit et enthousiasmant qui montre l’ascension vers la sainteté d’un officier catholique, père de famille nombreuse, un soldat du Christ‑Roi qui fait penser à Garcia Moreno, même s’il n’eut pas la grâce de mourir martyr comme le président de l’Équateur.
« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Dans l’apostasie générale où nous vivons, dans la guerre qui nous est faite, l’exemple du général de Sonis est plus que jamais d’actualité.
Comme l’écrit l’auteur : « Oui, le général de Sonis est un héros pour notre temps, un héros qu’on voudrait voir devenir un saint. Lisons donc encore une fois l’histoire passionnante de sa vie. »
Abbé Philippe François
Bedel Gérard, Sous la bannière du Sacré‑Cœur, le général de Sonis, Miles Christi, Tournon-Saint-Martin, D.E.L., réédition 1999, 17 x 24, 236 p.
[1] — Né à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, le 25 août 1825, mort à Paris le 15 août 1887.
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Philippe François exerce son ministère en France.
Le numéro

p. 253-255
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