+ L’Imitation de Jésus‑Christ
L’origine de ce texte est incertaine. Selon les sources, il aurait été écrit au XVe siècle par Thomas a Kempis (1380-1471), moine au Mont Sainte‑Agnès à Zwolle (Hollande) ; ou peut-être deux siècles plus tôt par Jean Gersen, moine bénédictin à l’abbaye Saint‑Étienne en Vercelli (Italie). Mais il devint rapidement l’un des textes de spiritualité chrétienne les plus célèbres de l’Occident. Écrit primitivement en latin, il fit l’objet de plusieurs traductions françaises, dont celles de Michel de Marillac (XVIe siècle), de Pierre Corneille (XVIIe siècle) et de l’abbé Félicité de Lamennais (XIXe siècle), cette dernière étant de nos jours la plus répandue et la plus célèbre. C’est probablement celle qui a été utilisée pour le présent enregistrement, encore que l’éditeur ne fournisse aucune précision sur ce sujet, non plus qu’aucune bibliographie, qui aurait cependant été bien utile à l’auditeur désireux d’approfondir dans le texte intégral cette première approche de l’œuvre.
Rappelons encore que L’Imitation de Jésus‑Christ est construite en quatre livres, eux-mêmes divisés en brefs chapitres :
— Livre premier : Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure (25 chapitres).
— Livre deuxième : Instruction pour avancer dans la vie intérieure (12 chapitres).
— Livre troisième : De la vie intérieure (59 chapitres).
— Livre quatrième : Du sacrement de l’Eucharistie (18 chapitres).
Sur le plan de la forme, les deux premiers livres sont essentiellement formés de sentences alors que les deux derniers sont un dialogue entre le disciple et le Bien Aimé (c’est-à-dire Notre‑Seigneur Jésus‑Christ). Cette forme n’est pas sans évoquer deux des livres dits « poétiques » de l’ancien Testament, Les Proverbes (sentences), et Le Cantique des Cantiques (Dialogue). Cette progression formelle illustre surtout parfaitement la progression spirituelle de l’âme, partie de la vie purgative (à laquelle se réfèrent les deux premiers Livres) pour atteindre, si elle persévère, la vie unitive (quatrième Livre). L’ensemble constitue un admirable traité de sagesse et de spiritualité chrétiennes qui fit et fait encore l’admiration de nombreux fidèles et leur est un précieux secours dans la voie du combat spirituel, tant par sa sûreté de doctrine que par sa simplicité d’abord. Il était donc tentant, en ces temps où l’audiovisuel règne sans presque de partage dans la société, de proposer une adaptation sonore de ce grand classique de la littérature catholique.
Tel est l’objet du double CD proposé par les éditions Clovis. « Libre adaptation sonore », sous-titre l’éditeur. C’est peu dire en effet qu’il y a loin de l’œuvre originale à l’anthologie sonore qui nous en est offerte ici, en un peu moins de deux heures, plages musicales comprises. La tâche était certes ardue et l’entreprise n’est pas sans mérite. Sans respecter le plan original de l’œuvre, elle tente d’en conserver l’esprit en un triptyque qui en édulcore malgré tout la densité : « La faiblesse humaine », « Les vertus à pratiquer », « Les voies du salut ». Les extraits sont présentés dans un ordre qui ne respecte pas le déroulement du texte original mais le plan défini par l’adaptateur. L’ensemble du parcours prend la forme dialoguée (le narrateur, le pécheur – et non plus le disciple –, Dieu), sans doute par souci de variété dramatique, mais en perdant l’admirable progression formelle soulignée plus haut.
Sur le plan de la réalisation, la voix du pécheur et celle du narrateur ne sont pas assez différenciées, au contraire de celle de Dieu, bien timbrée. Dans le même souci de rompre une possible monotonie de la narration, l’éditeur fait suivre le dialogue de chaque chapitre par un extrait musical. Hélas, le choix n’est pas toujours heureux : choral protestant de Bach introduisant la première partie, œuvres purement profanes (sonates d’Alessandro Scarlatti, concerts de Dauvergne) ou hideuses improvisations à l’orgue qui viennent malheureusement conclure les première et troisième parties.
Dans sa prière d’insérer, l’éditeur indique : « Notre libre interprétation ne prétend cependant pas remplacer le texte de référence qui a traversé les siècles ». Cette modestie vaudra qu’on excuse les quelques faiblesses de son entreprise, pour n’en retenir que le propos premier : « Nous aider à découvrir les richesses de cette œuvre intemporelle. »
J. Daire
L’Imitation de Jésus‑Christ, 1 coffret de 2 CD, libre adaptation sonore (Étampes, Clovis, 2002).
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Pour découvrir le texte original :
— L’Imitation de Jésus‑Christ, traduction française de Lamennais, présentation par le R.P. Chenu, Éd. du Cerf, collection « Foi Vivante », 1989, 288 pages (édition maniable au format de poche. On pourra passer sur la présentation du P. Chenu).
Pour les lecteurs qui disposent des commodités de l’Internet :
— Le texte intégral (adapté en vers) dans la traduction de Pierre Corneille, édition de 1862, est disponible gratuitement sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France à l’adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=88032&T=
— Le texte intégral dans la traduction de Lamennais (édition de 1824) est disponible gratuitement à l’adresse suivante : http:www.saint-esprit.net/ijc/index.htlm Le site dispose d’un moteur de recherche interne permettant de retrouver des occurences dans le texte.
Pour approfondir la réflexion sur le texte, ses origines et son succès :
— McNeil Brian, De l’Imitation de Jésus‑Christ, Postface de G. Épiney‑Burgard, traduit de l’anglais par Éliane Utudjian Saint‑André, Paris, Cerf, 2002, 146 pages.

