L’œuvre monastique
du père Emmanuel
par l’abbé Bruno Schæffer, oblat régulier
Introduction
Le père Emmanuel et saint Benoît
Le père Emmanuel et saint Benoît étaient faits pour se rencontrer.
Au principe de leur vie, la même exigence reçue de Notre-Seigneur : « Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Saint Benoît fuyant Rome ne pense à aucune fondation, mais au salut de son âme. Le père Emmanuel, découvrant la minuscule paroisse de Mesnil-Saint-Loup, où il restera toute sa vie, conçoit une idée simple : édifier sur la grâce une paroisse de saints pour le ciel. Saint Benoît et le père Emmanuel n’ont qu’un but : nous orienter vers notre fin dernière surnaturelle : la vision de Dieu. Ce parfait bonheur est surnaturel et seule la grâce peut nous y élever. Toute leur vie, saint Benoît et le père Emmanuel ont travaillé à arracher les âmes aux ténèbres de l’erreur pour les transfigurer dans la lumière de la vérité.
La mission du père Emmanuel lui est donnée par la sainte Vierge, c’est la grâce de la Sainte-Espérance. Il en dira la force : « Tous ceux qui ont voulu profi ter de la grâce à tous offerte dans le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance y ont trouvé des biens très précieux, la lumière de leurs âmes, la joie de leurs cœurs, le guide assuré dans la voie droite et surtout l’espérance de l’éternité bienheureuse [1]. »
Cette grâce est celle de la vie monastique. Pour la Toussaint de l’Ordre, le 13 novembre, le père Emmanuel veut remercier saint Benoît en rendant grâces à Dieu « de ce qu’il a appelé à la vie monastique et sanctifié tous ces doux et paisibles habitants du cloître et de la solitude [2] ». Ces saints moines « avaient notre nature et nos faiblesses », mais, en suivant leurs exemples, nous apprenons « à vivre ici-bas pour Dieu seul ; ayons comme eux le cœur et l’esprit en haut, sortons de ce monde et surtout de nous-mêmes [3] ». Il formait le désir d’appartenir à « la continuation ici-bas de cette famille incomparablement chère à Dieu, dont saint Benoît est le père et dont nous sommes les rejetons [4] ».
Repères chronologiques
De cet itinéraire paroissial et monastique, donnons quelques repères.
Prêtre à 23 ans, l’abbé Ernest André reçoit l’habit monastique en 1864 : il a 38 ans ; il est désormais le père Emmanuel. Il devra attendre 1886, l’année de ses 60 ans, pour faire profession. Après trois tentatives infructueuses auprès de congrégations monastiques, il est reçu dans celle du Mont Olivet. En 1892, à 66 ans, il est nommé Abbé de Notre-Dame de la Sainte-Espérance ; il le reste jusqu’à sa mort en 1903. Mais, en 1880, puis en 1901, le monastère disparaît sous les coups des persécutions anticléricales. De plus, dans son propre diocèse, son œuvre ne fut pas toujours comprise et il eut à subir la malveillance ecclésiastique.
Pour qui les considère de l’extérieur, les deux monastères de Mesnil-Saint-Loup font donc plutôt figure d’échec parmi les réalisations du père Emmanuel. Pourtant, en eux, culmine la charité du père. On peut écrire de lui ce que lui-même relevait dans l’âme de sainte Scholastique : « Ce qui doit nous ravir, c’est qu’elle sait aimer – consacrée à Dieu dès son enfance, elle ne connut jamais d’autre amour que celui du céleste Époux. La grâce de Dieu avait uni son âme avec l’âme de son bien-aimé père et frère, et là encore elle apprit à aimer [5]. »
L’histoire des monastères de Mesnil-Saint-Loup reste à faire. Nous nous proposons simplement ici d’en donner quelques traits pour nous aider à éclairer cette rencontre du père Emmanuel avec saint Benoît et mieux comprendre l’unité de sa vie.
— I —
Paroisse-monastère ou
monastère paroissial ?
Brève histoire du monastère de Notre-Dame
de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup
L’appel de Dieu
Curé de 1849 à 1903 à Mesnil-Saint-Loup, « le père Emmanuel a fait de ce pays une véritable chrétienté, et l’on peut dire que, dans ce village, il réalisa ce que le pape saint Grégoire le Grand voulut faire à Rome : donner de l’Église une image complète comprenant le témoignage de la vie entièrement consacrée à Dieu, efflorescence normale du baptême [6] ». Ce t émoignage de Dom Grammont, formé au Mesnil au contact de Dom Bernard Maréchaux, se termine ainsi : « Le père Emmanuel et ses frères firent revivre sous les yeux des chrétiens du Mesnil les exemples des Pères du désert et l’idéal monastique le plus pur, dans la pauvreté, la pénitence et la prière [7]. »
L’étape monastique de l’itinéraire du père Emmanuel a des racines lointaines : « Notre-Seigneur me fit la grâce, à seize ans, de comprendre la vie monastique [8]. » Adolescent, ses promenades lui font approcher les ruines de l’abbaye de Molesmes [9]. La fréquentation de ces lieux solitaires ancre en lui le désir de la vie monastique : « Il me semblait voir le monastère dans la paix de cette solitude et le moine lui-même dégagé des choses de la terre et recueilli en présence de la majesté de Dieu qu’il adorait et qu’il chantait. »
Sa vision de la vie religieuse est si complète, qu’il aurait pu, ajoute-t-il, distinguer sous l’habit des religieux « ce qui en eux était d’un vrai moine et ce qui n’en était pas [10] ». Plus tard, ayant fait part à Dom Prosper Guéranger de ses projets, il recevra cette réponse : « Je suis étonné que, n’ayant jamais vu un monastère, vous ayez une conception aussi nette et aussi juste de la vie bénédictine [11]. »
Premiers tâtonnements
Le renouveau monastique est encore à ses débuts, le jeune abbé Ernest André ignore probablement les restaurations entreprises à Solesmes ou à La Pierre-Qui-Vire [12]. Son enthousiasme pour la vie religieuse le fait rêver aux capucins ou à la vie de missionnaire. Cependant, écrira-t-il, « tous ces projets tombèrent parce qu’ils étaient de moi, et l’idée de moine survécut parce qu’elle était de Dieu ».
Devenu curé de paroisse, son désir persiste, mais comment le concilier avec Notre-Dame de la Sainte-Espérance, qui l’enracine au Mesnil ?
Il avait d’abord trouvé la réponse dans une affiliation au tiers-ordre du Carmel. Le 21 novembre 1858, il y fait profession sous le nom de frère Elisée des cinq plaies de Jésus. C’est l’occasion de découvrir et de lire avidement les écrits spirituels du Carmel. Avec son ami, l’abbé Babeau, il projette d’établir dans sa paroisse une communauté du tiers-ordre. En 1861, il s’ouvre de son projet à l’évêque, Mgr Ravinet. Celui-ci, en 1863, autorise l’abbé Babeau à venir s’installer avec l’abbé André. Toute sa vie, le père Emmanuel gardera une grande dévotion à l’Ordre du Carmel. Lors d’une conférence à la communauté, le 16 juillet 1895, il recommandera à ses moines l’amour de cet ordre si proche, avec celui de saint Augustin, de la famille de saint Benoît dans leur volonté de continuer la vie des Pères du désert : « La même pensée a présidé à l’établissement des trois Ordres [13]. » Au Carmel, le père Emmanuel trouve l’esprit de recueillement et d’oraison, de présence de Dieu, dont la Règle de saint Benoît montre les avantages. Lisant la règle des carmes pratiquée à son époque, il fait ce bilan : « Je crois que la moitié au moins est pris textuellement dans la Règle de saint Benoît. »
Malgré cette attirance, le père Emmanuel ne peut s’arracher au désir de la vie bénédictine. « Mais, avoue-t-il, je ne croyais pas qu’il fût possible de l’embrasser sans quitter Mesnil-Saint-Loup, c’est pourquoi je tournais mes yeux vers une communauté de tertiaires du Carmel. »
Tout à coup, voici que l’impossibilité de départ se dissipe. L’abbé André a sous les yeux l’exemple de La Pierre-Qui-Vire, fondée par un prêtre, avec l’approbation de son évêque, et rattachée plus tard à une congrégation existante. Mgr Ravinet, acquis à cette perspective, l’approuve en janvier 1864.
L’abbé André ne se cache pas la difficulté de ce double état. Les moines curés ne doivent pas oublier les exigences de leur profession monastique. « Le ministère extérieur ne doit pas les détourner de leur vie de recueillement, de vie intérieure, qui convient au moine [14]. » Devenu le père Emmanuel, il verra le risque de perdre son identité monastique dans les charges du ministère. Avec toute son expérience, il l’avoue : « Le ministère paroissial enchaîne le pauvre moine, le captive. » Être déchargé du ministère serait l’idéal ; « pourtant, je sais qu’il y a des circonstances où c’est une nécessité pour un moine d’accepter l’administration d’une paroisse ».
Pour l’instant, le père Emmanuel est confronté à deux modèles d’observance. L’évêque penche pour celle plus mitigée de Solesmes, « type purement liturgique et scientifique », dit Dom Bernard Maréchaux [15]. L’abbé André, lui, est attiré par la stricte observance de La Pierre-Qui-Vire, « type d’apostolat et de travail manuel [16] ». Il est sensible à l’office divin traduisant la priorité de la vie contemplative, tout en appréciant le dynamisme missionnaire lié à la tradition liturgique. Il a le souci, relève Dom Bernard Maréchaux, de « faire de sa communauté une société de missionnaires de la Sainte-Espérance [17] ».
Essai de rattachement à La Pierre-Qui-Vire
Le père Emmanuel se tourne vers La Pierre-Qui-Vire. Dès 1853, un échange de nouvelles – à propos d’un novice issu de la paroisse du Mesnil – a mis en correspondance le curé avec le prieur de l’abbaye, Dom Bernard Moreau, successeur du père Muard. Consulté, Dom Moreau répond à l’abbé André : « Fondez votre monastère ; quand vous serez quatre ou cinq profès, munis de l’autorisation de votre évêque, vous ferez l’acte d’union avec nous [18]. » Les deux hommes vont correspondre jusqu’en 1873.
Au cours de l’été 1864, les abbés André et Babeau vont se former aux usages bénédictins à La Pierre-Qui-Vire. L’évêque fixe au 30 novembre, fête de saint André, la prise d’habit des deux prêtres. L’abbé André reçoit le nom d’Emmanuel et l’abbé Babeau celui de frère Paul-Eugène. Rentrés au Mesnil, ils organisent la vie bénédictine dans l’espace étroit du presbytère paroissial. La vue de l’abstinence perpétuelle, du lever de nuit et du coucher sur la dure que pratiquent les deux moines, répand sur la paroisse, raconte Dom Bernard Maréchaux, « un sentiment d’édification qui pénétra tous les cœurs ». Le ministère paroissial n’est pas affecté par le nouvel état du curé. Une page de Dom Bernard Maréchaux suffit à nous en convaincre :
Sans doute possible, il était dans son élément vrai, sous le froc bénédictin, lui, l’homme de la liturgie. De saints curés ont pu provoquer dans leurs peuples un mouvement plus prononcé encore de sanctification, nous croyons qu’aucun n’a fait vivre une paroisse d’une vie plus liturgique. Ses instructions, au lieu d’être dispersées sur différents sujets, se ramenaient presque toutes à l’office du jour. Ce qu’il prêchait, pour l’ordinaire, c’était ce que l’on chantait. Et puis, quand, un jour de fête, à sa place du chœur, il entonnait le Deus in adjutorium d’une voix claire et vibrante, c’était comme l’appel du clairon sonnant la marche, il entraînait toutes les voix. On ne se lassait pas de chanter. Les jours de grande fête, les petites Heures, après Matines, étaient enlevées tour à tour. La paroisse devenait un grand monastère. L’allégresse pour le chant, l’entrain des jeux sur la place, étaient aux yeux du père le thermomètre de la vie paroissiale [19].
Si la vie paroissiale et la vie monastique se trouvent en harmonie, le père Emmanuel souffre intérieurement du peu de recrutement de sa communauté. Les missionnaires de la Sainte-Espérance n’apparaissant pas, il fonde son espoir sur des jeunes gens élevés au monastère. Une lettre d’avril 1865 évoque pour un ami l’état de son âme : « Tout ce qui s’est fait ici a été l’œuvre de Dieu et s’est fait à la sueur de notre front. Tout ce qui se fera à l’avenir se fera de même, avec des peines infinies auxquelles nul homme de ce monde ne sera sensible et dont Dieu seul sera le confident [20]. » Il termine par un double aveu : « Je suis souvent accablé, mais jamais sans la Sainte-Espérance [21]. »
Du côté de La Pierre-Qui-Vire, le projet d’union rencontre des difficultés. La Province de Subiaco, dont relève La Pierre-Qui-Vire, ne prévoit pas d’union possible entre la vie bénédictine et le ministère paroissial. En 1867, Dom Moreau précise son point de vue au père Emmanuel : « Nous n’irons pas fonder de nouvelles maisons, si ce n’est dans des lieux où nous aurions à espérer de nombreuses et bonnes vocations. Ce que nous ne rencontrerions pas à Mesnil-Saint-Loup [22]. » Pour Dom Moreau, le père Emmanuel doit choisir entre la vie monastique et son office de curé : « Ou vous voulez absolument devenir de vrais religieux bénédictins ; alors il faudrait abandonner le Mesnil-Saint-Loup. Ou bien vous tiendriez à conserver votre œuvre, et alors comment devenir tout à fait bénédictins [23] ? »
Le 15 octobre 1872, croyant les conditions fixées par Dom Moreau remplies, le père Emmanuel revient à la charge : « Nous sommes quatre profès, d’autres viennent, d’autres viendront encore. » Un petit monastère suffisant pour dix religieux est bâti et « il sera agrandi à mesure que le besoin s’en fera sentir ». Dom Bernard Moreau répond par une invitation à sa bénédiction abbatiale. Il ajoute : « Nous pourrions, le lendemain ou le surlendemain, parler de l’affaire que vous proposez. Je viens d’en parler aux PP (sic) en conseil ; ils prennent en considération sérieuse votre demande. »
Le père Emmanuel profite de cette porte à nouveau ouverte et, au lendemain de la cérémonie de bénédiction de l’Abbé, adresse à la congrégation sa demande officielle d’union. En janvier 1873, l’Abbé de La Pierre-Qui-Vire a reçu l’approbation de l’évêque de Troyes, mais attend toujours la réponse de l’Abbé général. La réponse du 16 février est imprécise, Dom Moreau rassure le père Emmanuel : « Je suis très habitué à ces contrariétés… Ne vous effrayez pas. » Le 23 avril, arrive la réponse favorable. En juin, le père Emmanuel est à La Pierre-Qui-Vire pour deux mois de noviciat. Aux moines restés au Mesnil, il communique ses impressions : « Je me trouve ici dans la paix, entre les mains de Dieu, je prie, je médite, je travaille, je suis heureux d’obéir. Y a-t-il quelque part un monde qui n’aime pas Dieu ? Je n’en sais plus rien [24]. »
Or, contre toute attente, ce noviciat est un échec ; en quelques semaines, le père Emmanuel tombe malade. Dom Léandre, le maître des novices, « fut le premier à le dissuader de prolonger un essai qui visiblement excédait la mesure de ses forces. Seule la difficulté de s’adapter physiquement au genre de vie de La Pierre-Qui-Vire fit reculer le père Emmanuel. Ses religieux, consultés, déclarèrent que, lui se retirant, ils se retiraient aussi et renonçaient à l’union devenue impossible. » Formé à la vie bénédictine par les trappistes d’Aiguebelle, le père Muard en avait rapporté des usages cisterciens qu’il avait combinés avec son extrême ascétisme. Rome ne pourra accepter cette rigueur. Elle n’effrayait pas le père Emmanuel. Mais la Providence est habile à utiliser les causes secondes, et sans doute y eut-il pour le père Emmanuel une difficulté, après l’activité des fonctions paroissiales, à épouser la régularité monotone de la vie proprement monastique.
Tentative d’union avec Solesmes
Il restait Solesmes. Le père Emmanuel avait correspondu avec Dom Guéranger ; il était attendu depuis longtemps sur les bords de la Sarthe. Il s’y rend dès le mois de juillet. L’accueil empressé de l’Abbé et de ses moines est résumé dans cette parole de Dom Guéranger : « Je suis heureux que vous nous donniez un monastère consacré à la sainte Vierge, nous n’en avions pas encore ; Notre-Dame de la Sainte-Espérance sera pour nous une bénédiction [25]. »
On accorde au père Emmanuel de conserver l’abstinence perpétuelle – Dom Guéranger avait cru devoir l’abandonner pour se livrer avec plus de facilité aux travaux intellectuels. Il est également convenu de demander à Rome un indult pour le père Emmanuel et son compagnon leur permettant de faire profession au bout d’un mois de noviciat. En attendant, un moine de Solesmes, Dom Gardereau, vient prêcher au Mesnil ; il rentre émerveillé de la vie paroissiale qu’il y a découvert.
L’accord de la congrégation des Religieux arrive en avril 1874.
Le 2 juin, le père Emmanuel est à Solesmes, mais il y trouve plus de réserve, le ton s’est durci et certaines concessions sont retirées. Malgré tout, le vote capitulaire du 26 juin est favorable au père Emmanuel, dont la profession est fixée au 5 juillet. Au dernier moment, un différend doctrinal, jugé très important par Dom Guéranger, mais qui ne concerne pas directement notre présente étude, fait annuler la cérémonie [26]. Les explications embarrassées de Dom Maréchaux sont obscures, et Dom Oury, dans son tout récent Dom Guéranger, moine au cœur de l’Église [27] n’est pas plus clair.
Dix ans plus tard, en 1885, le père Emmanuel pensera trouver dans la sympathie de Dom Couturier, devenu Abbé, une nouvelle chance. Le refus de 1874 fut maintenu ; le nouvel Abbé lui écrivait : « Les impossibilités d’hier restent les impossibilités d’aujourd’hui [28]. »
Le temps des épreuves
L’arrivée à la tête du diocèse de Troyes d’un nouvel évêque, Mgr Cortet, est, la même année, le signal de nouvelles épreuves. Pour l’évêque, le père Emmanuel devait renoncer à une affiliation bénédictine pour se consacrer aux missions diocésaines. Marqué par ses différents échecs, le père Emmanuel accepte : « Nous renonçons au nom de bénédictin, qui ne nous est pas essentiel, à la forme d’habit propre aux bénédictins [29]. » Il sollicite en échange de « former une société qui s’appellera les Pères Missionnaires de la Sainte-Espérance […] avec des constitutions propres. […] Nous demandons à Monseigneur de nous laisser comme base de l’institut la Règle de saint Benoît et un habit religieux [30]. » C’est l’occasion pour le père Emmanuel de préciser la spécificité de son œuvre : « Les hommes que Dieu m’a donnés sont venus ici, attirés par Notre-Dame de la Sainte-Espérance et par la Règle de saint Benoît : les séparer de ce qui a déterminé leur vocation, ce serait les renvoyer là d’où ils sont venus, et perdre ainsi tout ce que depuis douze ans j’ai pu faire pour Notre-Seigneur et l’Église [31]. »
Ces acceptations et ces réserves du père Emmanuel nous aident à mieux comprendre sa pensée. Selon Dom Bernard Maréchaux, « le père Emmanuel eût voulu associer à la vie monastique l’œuvre des missions ; car l’histoire bénédictine, issue de l’esprit bénédictin, nous révèle les enfants de saint Benoît comme de puissants apôtres [32] ». Un apostolat dans le rayonnement du monastère « en sorte, continue Dom Maréchaux, que le moine n’en fût jamais complètement et pour longtemps détaché, mais qu’il pût y rentrer facilement pour s’y retremper [33] ». Cette vision évangélisatrice, le père Emmanuel l’explique à la communauté : « Nous commencerons par fonder un monastère, y menant une vie pénitente ; puis là, dans ce pays redevenu païen, nous chanterons les louanges de Dieu, nous prierons humblement ; peu à peu les regards se tourneront vers nous ; et alors, mais seulement alors, nous nous mettrons à évangéliser [34]. » C’est là le fond de la pensée du père Emmanuel ; sans doute pensait-il pouvoir l’accorder aux exigences épiscopales. Quand Mgr Cortet parla de transférer en ville la communauté du Mesnil, la réponse du père fut nette : « C’est Mesnil-Saint-Loup ou rien [35] ! »
Le 5 juillet 1876, le prélat fait sa première visite à la paroisse pour y bénir trois nouvelles cloches. Il paraît ému de l’œuvre du père Emmanuel. Cependant, dès le lendemain, il en éloigne le père Paul en le nommant curé de Faux-Villecerf, et le père Bernard est envoyé ailleurs.
Le père Emmanuel travaille aux constitutions des Missionnaires de la Sainte-Espérance, et, après quelques retouches, l’évêque les approuve le 1er novembre 1876. Cela n’empêche pas l’évêque de continuer à démanteler la communauté, rendant impossible le recrutement.
Le 17 mai de l’année 1878 est marqué par une triple cérémonie : consécration de l’église, confirmation des enfants et prise d’habit des six premières religieuses bénédictines.
Dom Bernard Maréchaux décrit « le pas joyeux » du père se rendant chez les sœurs. Il ajoute : « C’était son repos parmi les tracas et les déboires parfois fort cruels qui lui serraient le cœur [36]. » Pour comprendre la pensée du père Emmanuel sur l’existence parallèle des deux monastères, tradition très bénédictine, lisons sa méditation pour la fête de saint Placide : « Saint Benoît renonce au monde, il est visité par sa sœur sainte Scholastique. L’âme du frère appelait l’âme de la sœur, et l’âme de la sœur se fondit en l’âme du frère, afin de suivre la même voie des renoncements au monde et de la fidélité à Notre-Seigneur [37]. » Même unité entre saint Placide et sa sœur sainte Flavie, tous deux martyrs. Source d’exemples précieux où le père Emmanuel fait voir « l’affection fraternelle unir les âmes et les tenir si bien unies et entre elles et avec Dieu, que rien ne peut les séparer. C’est le triomphe de la grâce divine, qui élève et fortifie la nature, et la place, en quelque sorte, au-dessus d’elle-même, dans les hautes régions de la foi et de la fidélité à Dieu [38]. »
En 1879, il se préoccupe de construire aux sœurs une chapelle ; en attendant, elles assistent aux offices paroissiaux.
L’année 1880 est celle des décrets contre les congrégations non autorisées : nouvelle phase d’une persécution anticatholique, véritable moteur de la IIIe République. L’exécution du décret est prévue à Mesnil pour le 30 juin. Le 28, la communauté reçoit une lettre de l’évêque. Les ordres sont clairs : « Je vous invite à quitter le costume religieux que je vous avais autorisé à porter, et à vous revêtir de la soutane [39]. » En même temps le père Maréchaux est nommé curé à l’autre bout du diocèse. Le monde religieux de Troyes murmure : « Monseigneur veut donc dissoudre lui-même la communauté du Mesnil ? » En septembre, les cinq religieux demeurant au Mesnil, où ils portent encore l’habit religieux, sont convoqués à l’évêché. Monseigneur exige qu’ils le quittent, mais il déclare au père Emmanuel : « Vous êtes chez vous, vous pouvez vous habiller comme vous l’entendez, même en chinois, cela ne regarde personne [40]. »
En novembre, la cloche du monastère se tait, l’office public disparaît, seuls deux jeunes religieux entourent leur prieur. Le père Emmanuel peut écrire à un ami (en 1881) : « Nous avons été fondés sur la croix, nous avons vécu sur la croix, si nous grandissons ce sera par la croix ; et sur la croix nous mourrons. Notre part en vaut bien une autre. O bonne croix [41] ! »
Un résumé de la situation transparaît dans les réflexions du père au retour de son pèlerinage à Saint-Benoît-sur-Loire, le 12 juillet 1882 : « Dieu est grand, saint Benoît est grand, mais les hommes sont bien petits [42]. » Au tombeau du saint, il a senti le poids de « ces grandes âmes qui vivaient de lumière et d’amour » ; il a mesuré le vide de son époque : « Autour de saint Benoît, il n’y a que des ruines, ruine des familles monastiques, ruine du christianisme, ruine de l’office liturgique [43]. »
Sombre tableau, que la situation du Mesnil – où la communauté n’existe plus ni en droit ni en fait – n’éclaircit pas. Elle est tout entière réfugiée dans le cœur du père Emmanuel.
Peut-être secoué par l’acharnement gouvernemental contre les religieux, l’évêque semble ouvrir une porte en direction de l’union avec une congrégation existante. Des contacts s’établissent avec la congrégation helvétique par l’intermédiaire de Dom Lamey. Le père Emmanuel s’adresse sept fois à l’évêque, qui, le 28 août 1884, finit par écarter cette tentative considérée comme une émancipation de l’autorité diocésaine. Un recours au nonce reste sans suite.
La congrégation olivétaine
Vers cette époque, le père Emmanuel a connaissance de la congrégation du Mont Olivet [44]. A Paris, un moine de la congrégation publie la Revue bénédictine. Le père lui écrit pour avoir quelques renseignements et l’adresse de l’Abbé général. En mars 1885, Dom Schiaffino répond très favorablement ; l’évêque semble cette fois acquis, les pourparlers peuvent s’engager. Au Mesnil, on étudie les constitutions olivétaines et les conditions fixées par l’Abbé général. Le 26 mars 1886, la demande du père Emmanuel est acceptée et, le 13 mai, avec le père Bernard, il prend le chemin de l’Italie : après un mois de noviciat, ils doivent faire profession. Quelques difficultés suscitées par Mgr Cortet retardent la cérémonie. Mais le 5 août, en la fête de Notre-Dame-des-Neiges, les deux moines, revêtus de l’habit blanc de la congrégation, émettent leurs premiers vœux. Le 12 août, ils sont de retour au Mesnil.
Le père Emmanuel déborde de joie : « Cette congrégation est la congrégation des bénédictins de la sainte Vierge : c’était là seulement que les enfants de la Sainte-Espérance pouvaient trouver le repos, ils l’ont maintenant et personne ne le leur ôtera [45]. »
C’était oublier la surveillance du gouvernement et les craintes de l’évêque. Le port de l’habit blanc et l’office public ne leur sont pas permis.
En 1887, les trois autres religieux se rendent en Italie et, au terme de leur noviciat, font profession.
L’évêque avait fait un geste en rendant à la communauté le père Paul ; pour édifier son noviciat canonique, le père Emmanuel obtient le retour du père Bernard. Mais, arrivé depuis huit jours au Mesnil, Dom Maréchaux reçoit de l’Abbé général son obédience pour Soulac où il doit bientôt remplacer le prieur décédé. Le père Emmanuel est déchiré.
Mgr Cortet érige canoniquement le noviciat en 1889. Durant les années 1890-1891, la chapelle monastique se bâtit lentement ; le père Emmanuel la bénit le 25 avril 1891. L’office suivant l’usage monastique de la congrégation olivétaine est repris, l’habit blanc réapparaît.
En octobre 1891, le jour de la Saint-Bruno, le père Bernard fait profession perpétuelle entre les mains du prieur de Saint-Bertrand-de-Comminges. Rentré au Mesnil, il reçoit celle du père Emmanuel. Le 25 février 1892, le père Emmanuel est nommé Abbé de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. D’Italie on lui envoie anneau et croix pectorale ; paroissiens et amis offrent la crosse et la mitre. Le père Emmanuel attendra la fête de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, en octobre, pour officier pontificalement.
Le monastère des bénédictines, tout en restant soumis à la juridiction épiscopale, est uni à la congrégation du Mont-Olivet ; les sœurs portent l’habit blanc.
Pour mieux faire connaître la congrégation, le père Emmanuel rédige un Petit manuel des oblats olivétains, qui paraît en 1890. Il demande au père Bernard d’écrire une vie de saint Bernard Toloméi. En 1894, l’Abbé général visite le monastère.
Le 1er octobre 1901, l’exécution de la sinistre loi de 1901 entraîne la mise sous scellés et l’inventaire du prieuré. Le père Emmanuel va se retrouver seul avec un religieux.
A nouveau en soutane, il reste comme curé de la paroisse, et vit sur place l’exil de ses religieux. Il faudra sa mort, le 30 mars 1903, pour qu’il soit revêtu à nouveau de cet habit blanc donné par la sainte Vierge, dans lequel il attend la résurrection au pied de l’église de Mesnil-Saint-Loup.
L’histoire du monastère du Mesnil est modeste : « Notre communauté est bien petite, disait le père Emmanuel à ses moines, mais il faut la rendre grande en mérite devant Dieu [46]. »
Il revient sur ce thème en janvier 1894, en rapportant à la charité fraternelle le vrai prix de la communauté, dès sa fondation : « Je ne me rappelle pas que nous ayons jamais rien eu qui ait jeté le froid entre nous. C’est assurément une grande grâce que Dieu nous a faite. Notre communauté est bien petite, une des plus petites qui existent ; mais elle sera grande devant Dieu, si nous poursuivons dans cette union fraternelle… Je traite avec vous comme un père avec ses enfants, je vois avec bonheur que vous venez à moi avec confiance [47]. »
Tout cela le père Emmanuel l’attribue à la paternité de saint Benoît, à la Règle, et au désir d’être de la génération des saints que le patriarche des bénédictins ne cesse d’enfanter.
— II —
L’unité de la vie chrétienne
et de la vie monastique
Le père Emmanuel et la Règle de saint Benoît
Vie chrétienne et vie monastique
La fondation des deux monastères ne peut être séparée de l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Dom Maréchaux insiste : « Ne nous y trompons pas, c’est elle qui fait l’unité de la vie du père Emmanuel. Quelle belle destinée ! une vie tout entière mise au service d’une grâce de Dieu ! La création des deux communautés fut subordonnée à l’idée de la Sainte-Espérance. Et comme la Sainte-Espérance lui apparaissait une restauration des principes de la vie chrétienne, il fonda le Bulletin pour donner aux âmes une instruction solide et spécialement pour leur apprendre ce que c’est que la grâce de Dieu [48]. »
Cette œuvre, selon le père Emmanuel, c’est « ni plus ni moins que l’œuvre du rétablissement du christianisme à Mesnil-Saint-Loup [49] ». La grâce de la Sainte-Espérance n’est pas différente de celle du baptême ; elle consiste à restaurer le christianisme parmi les chrétiens.
Ce programme porte en lui la perspective de la vie monastique, le père Emmanuel voulant donner aux fidèles « l’intelligence, le goût et l’amour des pratiques extérieures de religion qui, par la grâce de Dieu, subsistent encore parmi eux… De là aussi le travail pour réconcilier les esprits avec la langue latine qui se chante à l’église [50]. »
Dans ce sens, écrit Dom Bernard Maréchaux, le curé contribuait à l’œuvre de la grâce, « en instruisant dans la foi, en instruisant fortement, en instruisant infatigablement ».
Une conférence du père Emmanuel à la communauté rassemble les grands traits de cette identité profonde entre la vie chrétienne et la vie monastique. Les différences tiennent aux moyens et non au fond : « La vie monastique n’est pas autre chose que la vie chrétienne munie des moyens qui lui donnent une facilité merveilleuse pour arriver à sa fin. Mais leur fin est absolument la même [51]. » Cette unité de fin vient de la perfection de la charité, dans laquelle les préceptes destinés à tous les chrétiens rejoignent les conseils observés par les moines. Le moine est « soutenu et comme porté par les conseils [52] », il renonce à l’usage légitime du monde pour servir Dieu. Tous les chrétiens, selon saint Paul, sont morts par le baptême, mais, aime à dire le père Emmanuel, « nous autres religieux, nous sommes doublement morts, par le baptême et par la profession religieuse. Vivons comme des morts sans rien désirer en ce monde qui passe, mettant tout notre cœur dans le désir de l’éternelle vie [53]. »
Moines et chrétiens ne sont pas séparés. Cependant le moine, par essence, anime « tous les actes de sa profession du motif qui gouverne la vie chrétienne, à savoir le motif de la foi, le désir de plaire à Dieu [54] ».
La Règle de saint Benoît, un code de vie chrétienne ;
le monastère, un modèle de cité chrétienne
La Règle de saint Benoît est un code de vie chrétienne selon la sainte Écriture. Pour saint Beno ît, estime le père Emmanuel, « le moine était un simple chrétien, dégagé des biens du monde, pour s’attacher uniquement à Dieu, et pratiquer, avec la substance des conseils évangéliques, tous les actes qui lui sont agréables [55]. »
Le moine cherche à plaire à Dieu, selon la devise de l’Ordre de saint Benoît, ut in omnibus glorificetur Deus. Le père Emmanuel est frappé de l’insistance de saint Benoît, trois fois dans le prologue et à nouveau dans le dernier chapitre, à engager le moine dans une course vers Dieu. Ce qui lui fait dire : « On comprend que le but étant ainsi bien déterminé : Dieu, le moyen de l’atteindre bien défini : la course, on comprend que saint Benoît veuille qu’en toutes choses Dieu soit glorifié [56]. » Contrairement aux autres ordres religieux, la vie bénédictine n’a d’autres objectifs que de maintenir le moine « dans la vérité de la vie chrétienne ». La vie monastique ayant pour base la vie chrétienne, « tout chrétien a l’étoffe d’un moine [57] ».
La vie de la foi selon saint Benoît, dans le prologue, demande de « faire maintenant ce qui nous profitera pour l’éternité ». Pour le chrétien comme pour le moine, c’est dans cette tendance soutenue vers la vie éternelle que la vie surnaturelle progresse : « Tout acte de la vie monastique est destiné à une récompense éternelle [58]. » La foi est le point de fusion de la vie chrétienne et de la vie éternelle : « La foi, principe de toute vie chrétienne, est aussi le principe de la vie monastique, laquelle est basée sur la vie chrétienne. »
Dans cette unité de but se réunissent les deux inspirations du père Emmanuel liant l’exercice de sa charge pastorale à sa profession religieuse. La cité chrétienne issue du labeur du père Emmanuel est une paroisse et un monastère. Dom Maréchaux nous en donne l’assurance : « … La pensée profonde du père Emmanuel a été de restaurer sur la terre la Cité de Dieu, c’est-à-dire l’unité du corps mystique, en rattachant tous les membres à la tête qui est le Christ, et tous les membres entre eux par le Christ [59]. » C’est le Christ-Roi et, dans la société, la royauté sociale du Christ.
Le monastère est un modèle, il réunit tous les éléments de la vie chrétienne. C’est une maison « toute soumise au gouvernement de Dieu ; il la régit par sa loi, par ses commandements, par ses conseils, par sa grâce, par son amour ». D’où cette définition : « La maison de Dieu, c’est le séjour de la paix, image du ciel [60]. »
L’oblature réalise l’union entre le moine et le chrétien
On peut rattacher à cette identité si chère au père Emmanuel son souci de l’oblature. Tous, du temps même de saint Benoît, ne pouvant se séparer totalement du monde, « plusieurs voulurent, tout en demeurant dans le monde, avoir quelque part à sa grâce, à sa charité, à ses grands mérites devant Dieu et aux mérites de ses nombreux disciples [61] ». Il y eut des oblatures très diverses au cours de l’histoire bénédictine. Ainsi les oblats séculiers, restant dans le monde, mais essayant de vivre dans leur état selon l’esprit des conseils, « tout en demeurant d’esprit et de cœur unis aux religieux » : ils recherchent les prières de l’Ordre, ils participent à ses mérites. Ils suppléent, c’est la pensée du père Emmanuel, au trop petit nombre de moines : portés par les exemples de ces derniers, ils leur viennent en aide. Aide spirituelle avant tout, car « il faut prier, demander à Dieu des vocations saintes, puissantes, des vocations héroïques, il faut demander à Dieu des monastères où les pères puissent vaquer en paix à la psalmodie, à la méditation, et aussi à l’étude pour Dieu et pour l’Église [62] ». Et dans cette vie, les oblats grandissent dans la perfection de la charité, « ils travaillent à la gloire de Dieu et au salut éternel des âmes, comme c’est le devoir de tout chrétien, de tout chrétien qui dit avec intelligence la prière de Notre-Seigneur, le Pater [63] ! »
Le père, dans le même article, souligne l’immense avantage de l’oblature bénédictine plaçant moines, moniales et oblats sous une Règle unique : « L’oblat n’est jamais seul, il appartient à un ordre religieux, qui jamais ne cessera de l’amener au bien, de l’aider dans ce même bien, devenu plus facile par la société d’âmes qui nous aiment, nous gardent, nous mènent à Dieu, et nous associent à tout ce qu’elles font pour Dieu, pour l’Église et pour les âmes [64]. » Nous avons là un des plus beaux textes sur l’oblature bénédictine. Il nous fait aussi comprendre la profondeur de l’élan du père Emmanuel pour entraîner les âmes vers cette vie où elles « trouveront la lumière, la paix, la joie et enfin Dieu lui-même [65] ».
Le monastère, maison de Dieu et école du service divin
A la question : « Vous savez ce que c’est qu’un moine ? », le père répond à sa communauté : « Un homme séparé du monde [66]. » Les deux mots employés par saint Benoît pour désigner le monastère donnent leur sens à cette séparation : la maison de Dieu et l’école du service divin. Ils ont impressionné le père Emmanuel et pénétré son âme, non sans raison, car le monastère et le ciel ont en commun d’être la maison où Dieu habite. Au ciel, la majesté de Dieu se montre à découvert, au monastère Notre-Seigneur réside corporellement. Intimement présent, il est comme au milieu de ceux dont « l’unique occupation est de le servir et de l’aimer et, en l’aimant, de le chanter [67] ». La vie du moine est animée par la majesté de cette consécration. Le père Emmanuel décrit l’empressement du moine à se rendre au chœur avec « une gravité modeste, et une joie incomparable d’être appelé à s’unir au chœur des anges, pour commencer ici-bas la prière qui s’achèvera, sans se terminer jamais, dans les cieux [68] ».
Le bonheur du moine est dans ce service de Dieu donnant aux actes les plus ordinaires de la vie un prix d’éternité. Lisant le passage de la Règle où saint Benoît prescrit aux moines de traiter avec un respect semblable les ustensiles du monastère et les vases sacrés, le père Emmanuel comprend qu’au monastère tout est à Dieu et consacré à lui. La vertu de religion anime chaque instant de la vie monastique, mais son cœur bat dans l’oraison.
Pour être une maison de Dieu, le monastère, selon le prologue de la Règle commence par être une école du service divin. Les hommes esclaves des autres hommes sont aussi nombreux que les serviteurs véritables de Dieu sont rares. L’expression Dominici schola servitii vient à point pour exprimer, explique le père Emmanuel, « ce que doit être le monastère : un lieu où l’on apprend à servir Dieu. Quand le bon Dieu me donna le projet d’établir ici un monastère, je résolus aussi d’en faire une école. » Toute la tradition bénédictine est pour lui dans le désir de savoir. Il ne cherche pas d’autres raisons aux travaux de « bénédictins » des anciens moines : « Ils voulaient comprendre, ils voulaient savoir, afin de chanter avec intelligence, et de glorifier davantage celui qui est à la fois lumière et amour, vérité et charité [69]. »
Pendant ses propres études, le père Emmanuel avait souffert de la médiocrité de l’enseignement, du temps perdu aux auteurs païens. Au grand séminaire, il eut à apprendre « la théologie modernisée ». Celle reçue par une génération où le modernisme s’est réchauffé ; « c’était une doctrine décharnée sans aucune consistance… Je me suis dit : Si l’Église n’a que cela, nous ne sommes pas riches, mais non, l’Église a autre chose. » La sève de l’antiquité chrétienne, la grande théologie des Pères, des conciles et des papes lui apparaissent alors : « J’aperçus la doctrine de l’Église dans toute sa majesté… A côté de ce mouvement, pâlissaient les élucubrations des modernes. » Cette saveur s’épanouit dans l’œuvre législative de saint Benoît. Il recueille l’héritage ancien, car il n’est pas un novateur ; « il condensa, il abrégea, il précisa ce qui jusqu’ici avait été observé, mais il ne créa rien de nouveau [70] ». La Règle de saint Benoît finit par s’imposer « à cause de sa discrétion, de sa précision, de son excellence incontestable ».
Le père Emmanuel y voyait la garantie contre les systèmes et les opinions : « Nous sommes les disciples de la vérité, les écoliers de Dieu, ne nous laissons pas capter par des systèmes de fabrication humaine [71]. »
Cette certitude le consolait au milieu des difficultés, l’aidant à attendre les vocations avec patience et en paix ; « c’est Dieu qui appelle ».
Les exigences du service de Dieu et son fruit :
la liberté de l’âme
Le long chapitre consacré par saint Benoît aux instruments des bonnes œuvres rassemble les exigences de ce service de Dieu. Servir Dieu, c’est l’adorer par la foi, l’espérance et la charité, selon la formule de saint Augustin donnant son contenu théologal à la vie chrétienne comme à la vie monastique.
Cette adoration dans la foi se réalise lorsque « nous affranchissant de toutes les opinions humaines, par une entière soumission à la parole de Dieu, nous entrons en participation de son éternelle vérité [72] ». L’espérance est atteinte « quand, dans toutes nos actions, nous ne cherchons que Dieu, le regardant comme notre fin dernière, le but unique que nous devons atteindre [73] ». L’âme est détachée de toute ambition et d’elle-même car, « si nous nous proposions des vues terrestres en ce que nous faisons, nous n’aurions pas l’espérance chrétienne ». Dieu est adoré dans la charité « quand nous aimons Dieu de toute notre âme, ce que Dieu veut ; s’il y a partage entre amour de Dieu et créatures : pas de vraie charité [74]. » D’où la rareté de ce service de Dieu débarrassé des idées fausses ou particulières. L’école du service de Dieu ne laisse rien dans l’ombre, « Dieu seul a le droit d’être adoré par nous. Adorons Dieu seul, nous jouirons d’une grande liberté d’esprit et nous aurons beaucoup gagné. »
Cette liberté d’esprit est dans « l’état d’une âme que rien ne gêne dans son élan vers la perfection, dans son essor vers Dieu ». C’est le but de la Règle ; saint Benoît « veut que son disciple ait l’âme bien à l’aise, l’esprit bien en paix [75] ». La sévérité et la rigueur de la Règle comparées au but à atteindre font d’elle « un jeu innocent par lequel l’homme extérieur est réformé, l’homme intérieur mis en liberté [76] ».
Cette facilité au bien a un secret, « c’est qu’on a appris à aimer le roi pour lequel on milite. On agit alors par le principe de l’amour de Jésus-Christ ; amore Christi [77] ». Cette liberté est un des caractères de l’esprit bénédictin, un trésor avec lequel, nous dit le père Emmanuel, « toutes les observances s’accomplissent sans aucune peine [78] ».
Tous les renoncements de la vie religieuse, qui complètent dans la vie pratique les renoncements du baptême, deviennent le principe de nos progrès.
Le père Emmanuel fournit quelques exemples : « L’heure est venue de se lever, renonçons au lit, au sommeil. L’heure d’un exercice nous appelle : renonçons à tout, même à lire un mot, à écrire une lettre, à tarder une seconde. Nous sommes à table : renonçons à l’avance au plaisir sensible du boire et du manger. Il se fait quelque bruit, ici ou là, renonçons à y regarder. Il y a dans une journée mille occasions de pratiquer des petits renoncements ; il est bon de les faire pour mortifier les sens ; mais nous pouvons les faire pour un motif plus élevé, et dès lors, ils deviendront plus faciles et plus agréables. Faisons-les pour Dieu, pour Dieu notre vrai, notre seul bien. Disons-nous à nous-mêmes : Ceci, cela n’est pas Dieu, j’y renonce, j’aime mieux le bon Dieu [79]. »
L’observance régulière est le testament du père Emmanuel, elle traduit la vérité de la séparation d’avec le monde et du service effectif de Dieu.
L’esprit de famille et l’obéissance à l’Abbé
Le moine est avantagé par la vie de communauté, par la clôture du monastère : « Le disciple ne court pas seul », aime à dire le père Emmanuel. « A l’extérieur rien ne trouble le moine fidèle, tout est si bien réglé dans la maison de Dieu ! A l’intérieur rien qui puisse le contrister : il y a près de lui un père qui veille toujours, et un Dieu qui aime sans jamais interrompre l’acte divin par lequel il nous aime [80]. »
C’est la conséquence de l’esprit de famille voulu par saint Benoît. Le père Emmanuel perçoit la puissance de cette autorité paternelle bien affermie, entraînant une obéissance des enfants bien soumise et bien dévouée [81]. Il s’émerveille, lors de la fête de saint Benoît, de ce don divin : « Dieu qui est Père a fait saint Benoît Père », Dieu a favorisé saint Benoît d’« une participation magnifique de son auguste paternité [82] ». Le père Emmanuel en décrit le développement et les fruits : « Cela veut dire qu’il a versé en lui non seulement la grâce, mais une grâce féconde et fécondante, qui, se répandant dans tout le cours des siècles et dans toutes les contrées du monde, a fait surgir d’innombrables générations de religieux et de religieuses, héritiers et héritières du nom et de l’esprit de saint Benoît [83]. »
L’esprit d’école voulu par saint Benoît se retrouve dans les premiers mots du prologue : « Ausculta o fili – Écoute, ô mon fils [84] ». Pour le père Emmanuel, « toute sa Règle est dans ces deux mots : celui à qui il parle est pour lui un fils. Il lui parle comme à un enfant. Donc il est aimé. Quelle joie, quelle consolation pour nous ! En la maison d’un tel Père, nous sommes aimés. Qu’il fait bon là où l’on est aimé. Il n’y a rien là qui ne soit doux et facile, car au-dessus de nous et au-dessus de tout règne l’amour d’un Père plein de tendresse. […] Cet amour nous impose un devoir : Ausculta. Il faut écouter, recevoir humblement l’enseignement, nous en pénétrer, nous y soumettre, nous y laisser conduire et toujours [85]. »
L’amour du père et l’obéissance du fils sont inséparables et à la source de la paix et de la joie bénédictine : « Le père se réjouira de l’obéissance des enfants, les enfants se réjouiront de la tendresse de leur père [86]. »
L’exercice de l’autorité sera de la part de l’Abbé « une imitation du gouvernement de Dieu [87] ». Le père Emmanuel y voit le meilleur des gouvernements, celui où l’autorité « sait le mieux employer la douceur quand la douceur est requise et la rigueur quand la rigueur est requise [88] ». L’abbé « aide les faibles », ce n’est pas un tyran.
Déjà au temps du père Emmanuel la crise majeure est celle de l’autorité. L’analyse du père Emmanuel dans une conférence à la communauté, le 18 novembre 1875, l’expose : « Les esprits sont perdus aujourd’hui parce qu’ils ne reconnaissent aucune autorité. Ne peut-on pas dire qu’ils n’en reconnaissent aucune parce qu’ils méconnaissent l’amour de l’autorité. L’autorité, la puissance qui vient de Dieu est essentiellement aimante, car Dieu est Père [89]. »
Toute puissance découlant de l’autorité de Dieu a cette marque paternelle. Le père Emmanuel le dit fermement : « Il est moralement impossible que l’homme surtout, né orgueilleux et révolté, se soumette à une puissance qui n’est pas paternelle et qu’il ne reconnaît pour telle. Mais s’il reconnaît un père en celui qui lui commande, l’obéissance lui devient douce et facile, l’amour seul peut dompter l’orgueil [90]. »
La nature relationnelle de l’autorité est inspirée par la charité, nulle institution purement humaine ne peut s’en inspirer et permettre aux sujets de trouver leur bien particulier sans la contribution au bien commun.
Le père Emmanuel veut en imprégner sa petite communauté : « Le caractère propre de l’autorité qui vient de Dieu, qui réside dans l’Église ou dans les royautés chrétiennes, c’est qu’elle est aimante. Le caractère de cette autorité qui vient de l’homme, c’est qu’elle n’est pas aimante. »
A propos de la fête de saint Maur, le disciple bien-aimé de saint Benoît, le père Emmanuel parle à nouveau de la charité dans les relations du père et de ses fils au sein de la communauté monastique. « Saint Maur fut aimé, et parce qu’il fut aimé, il entra avec docilité dans l’esprit de saint Benoît, son père bien-aimant ; et reconnaissant tous les trésors d’amour que Dieu avait déposés pour lui dans son bienheureux père, il se soumit avec joie à l’amour dont il était aimé et devint obéissant, obéissant par amour [91]. »
Dans cette forme d’obéissance, le père Emmanuel voit une douceur et une puissance correspondant à sa propre âme. L’obéissance unie à la charité est « très douce, parce que là rien n’est forcé ; le commandement se fait sans hauteur et l’obéissance arrive sans peine. Très puissante, parce que, comme rien n’est impossible à l’amour, tout devient possible et facile à l’obéissance qui s’exerce dans l’amour [92]. »
La prière
L’âme est alors libre de vaquer à la prière : celle-ci « est le fond même de la vie monastique : l’office divin en est l’expression la plus solennelle ; mais il faut y joindre une prière intérieure qui doit sans cesse porter vers Dieu tous les actes de la vie religieuse [93] ».
Cette prière, saint Benoît l’appelle l’Opus Dei, l’œuvre divine, l’œuvre de Dieu ; rien ne doit lui être préféré. Sept fois par jour et une fois la nuit, les moines vont se retrouver au chœur : « C’est l’œuvre capitale des religieux bénédictins, celle qui ne cède à aucune autre, celle à qui toutes les autres doivent céder [94] ».
L’office est le lieu par excellence de la présence de Dieu, accordant notre âme et notre voix selon la volonté de saint Benoît. Le père Emmanuel fait une très belle synthèse de cette priorité du chant de l’office comme source de l’harmonie monastique : « Ainsi la voix, le cœur, l’intelligence, tout ce qui est en nous doit contribuer à la louange de Dieu. La voix chante, le cœur aime, l’esprit goûte, anime, vivifie la psalmodie et la rend digne de Dieu. Il est bon de chanter, il est bon d’aimer : mais chanter et aimer avec intelligence, c’est la perfection ; et la perfection est requise quand il s’agit de l’office divin [95]. »
Les trois colonnes de la vie bénédictine
A la suite de saint Benoît, le père Emmanuel considère trois colonnes dans la vie bénédictine : à côté de l’obéissance, il place le silence et l’humilité.
L’esprit de silence nécessaire à la présence de Dieu et à la vie intérieure est facile. Pour le père Emmanuel, « l’homme qui parle à Dieu, l’homme qui, intérieurement, écoute Dieu lui parler, n’a point de difficulté à garder le silence [96] ». Nous ne perdons rien à nous taire, au contraire nous y gagnons considérablement ; le silence constitue pour le moine « un riche trésor ». C’est la raison d’être de la loi de la Règle édictant le silence : « Les hommes n’ont pas de loi pour leurs paroles, nous en avons une. […] Les petits avantages que procure la conversation ont bien de la peine à compenser les dommages qui en résultent. Mais souvenons-nous que, si nous mettons un frein à notre langue, c’est pour mieux entendre intérieurement la voix de Dieu [97]. »
Le rapport entre la sainteté et le silence est évident au père Emmanuel ; la sainteté de l’état monastique « n’est pas autre chose que le renouvellement intérieur de l’âme par l’horreur du péché et l’amour de Dieu [98] ». Le silence est un premier pas décisif : « Retenir sa langue pour plaire à Dieu, en s’assujettissant de bon cœur à la règle du silence [99]. »
Il reste la troisième colonne, celle de l’humilité ; saint Benoît y attache « un prix inestimable [100] » et, dans ses douze degrés conduisant au ciel, il fait « découler de l’humilité toute la perfection monastique [101] ». L’humilité est au début de la perfection, elle est encore à son terme ; sans l’humilité, l’âme reste étrangère à la vérité. Vouloir la sainteté sans l’humilité, c’est faire cohabiter ensemble Jésus et Satan. Au commencement de tout péché, le père Emmanuel place l’orgueil, et au commencement de toute sainteté, il met l’humilité : « L’humilité et la charité nous achemineront à la sainteté [102]. »
La racine de l’humilité est dans la crainte de Dieu, « elle provient dans l’âme de ce que l’âme sent profondément sa dépendance vis-à-vis de Dieu [103] ». C’est notre réponse respectueuse à la toute-puissante majesté de Dieu.
L’apostolat monastique
La situation particulière du monastère de Mesnil-Saint-Loup dans les différentes traditions bénédictines oblige à dire un mot sur la façon dont le père Emmanuel envisage l’apostolat monastique. « Les autres ordres religieux, écrit-il, doivent aller chercher les âmes ; pour les moines, ce sont les âmes qui doivent venir à nous. » Cette règle s’est déjà vérifiée du temps de saint Benoît, et dans la Règle il marque nettement sa volonté de voir le moine sortir le moins possible des limites de la clôture. Le père Emmanuel l’entend bien ainsi : « Tant que l’obéissance nous tiendra dans le monastère, restons-y avec amour [104]. » Les hôtes ne manquent jamais au monastère, les moines s’efforcent d’être près d’eux les reflets de leur vie d’union à Dieu. C’est aussi le désir du père Emmanuel : « Si Dieu nous envoie des âmes, faisons-leur du bien autant que nous le pouvons. Donnons-nous à elles avec toute la charité dont nous sommes capables. Mais, encore une fois, n’allons pas imiter les Ordres qui ont pour but de prêcher. Notre but est différent. »
*
Il est temps de conclure en laissant une dernière fois la parole au père Emmanuel. Considérant saint Maur comme le père de tous les bénédictins de France, il lui adressait cette prière qui paraît rassembler sa pensée : « Que notre société soit une société de paix, d’amour, d’obéissance ; […] une société que saint Benoît puisse bénir avec ce grand amour qui l’a fait père de la plus grande famille religieuse qui ait jamais été dans l’Église [105]. »
Armes de la congrégation de Mont-Olivet.
[1] — Bulletin de l’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, t. V, p. 34 (mars 1889).
[2] — Père Emmanuel, Méditations pour tous les jours de l’année liturgique, Dion-Valmont (Belgique), Dismas, 1987, p. 401.
[3] — Ibid.
[4] — Ibid.
[5] — Méditations, p. 355.
[6] — Bulletin, février 1962, p. 158.
[7] — Ibid., p. 159.
[8] — Dom Paul Grammont, « Le Père Emmanuel », dans Théologie de la vie monastique, Ligugé, 1961, p. 103-110.
[9] — Fondée en 1075 par saint Robert, futur abbé de Cîteaux en 1098.
[10] — Dom P. Grammont, « Le Père Emmanuel », ibid.
[11] — Dom Bernard Maréchaux, Le Père Emmanuel, Mesnil-Saint-Loup, 3e éd., 1935, p. 149-150.
[12] — Solesmes, ancien monastère bénédictin du XIe siècle, a été racheté par l’abbé Guéranger en 1833. Il y restaure la vie religieuse et est nommé abbé par Grégoire XVI en 1837. La Pierre-Qui-Vire est fondée en 1850 par l’abbé Muard.
[13] — Bulletin, novembre 1971, p. 121.
[14] — Dom Grammont, ibid., p. 105.
[15] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 116.
[16] — Dom Maréchaux, ibid.
[17] — Dom Maréchaux, ibid.
[18] — Chanoine Henri Villetard, Dom Bernard Moreau, successeur du R.P. Muard, Auxerre, 1943.
[19] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 120.
[20] — Dom Maréchaux, ibid., p. 124.
[21] — Dom Maréchaux, ibid.
[22] — H. Villetard, ibid.
[23] — H. Villetard, ibid.
[24] —H. Villetard, ibid.
[25] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 150-151.
[26] — Dom Maréchaux, ibid., p. 155 sq.
[27] — Éd. de Solesmes, 2000. Le compte rendu des Collectanea Cisterciensia, tome 64 (2002-IV), p. 292-293, regrette que Dom Oury n’ait pas pu utiliser les notes de conférences existantes, qui auraient apporté « précisions et compléments ».
[28] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 166.
[29] — Dom Maréchaux, ibid., p. 182.
[30] — Dom Maréchaux, ibid., p 183.
[31] — Dom Maréchaux, ibid., p. 183.
[32] — Dom Maréchaux, ibid., p. 486.
[33] — Dom Maréchaux, ibid., p. 486.
[34] — Dom Maréchaux, ibid., p. 486.
[35] — Dom Maréchaux, ibid., p. 184.
[36] — Dom Maréchaux, ibid., p. 227.
[37] — Méditations, p. 395.
[38] — Méditations, p. 396.
[39] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 234.
[40] — Dom Maréchaux, ibid., p. 235.
[41] — Dom Maréchaux, ibid., p. 245.
[42] — Dom Maréchaux, ibid., p. 246.
[43] — Dom Maréchaux, ibid., p. 246.
[44] — Fondée par Bernard Toloméi (1272-1348), cette congrégation bénédictine avait un caractère érémitique. A partir du XVIe siècle, elle se consacra aux études et à certaines œuvres apostoliques.
[45] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 293.
[46] — Dom Maréchaux, ibid., p. 366.
[47] — Dom Maréchaux, ibid., p. 367.
[48] — Dom Maréchaux, ibid., p. 439.
[49] — Dom Maréchaux, ibid., p. 197.
[50] — Dom Maréchaux, ibid., p. 198.
[51] — Conférence de 1874 sur « La vie chrétienne et la vie monastique », Bulletin, t. XVII, p. 258-260, septembre-octobre 1937.
[52] — Bulletin, ibid.
[53] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 371, conférence du 15 janvier 1895.
[54] — Bulletin, septembre-octobre 1937.
[55] — Bulletin, ibid.
[56] — Père Emmanuel, Les Maximes de saint Benoît, Mesnil-Saint-Loup, 1916, p. 57.
[57] — Bulletin, septembre-octobre 1937.
[58] — Bulletin, ibid.
[59] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 533.
[60] — Les Maximes de saint Benoît, p. 24.
[61] — Bulletin, février 1887, p. 182.
[62] — Bulletin, mars 1887, p. 199.
[63] — Bulletin, ibid.
[64] — Bulletin, mars 1887, p. 192.
[65] — Bulletin, ibid.
[66] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 366.
[67] — Conférence de 1874 : « Le monastère : maison de Dieu », Bulletin, t. XVII, p. 437-438 (juillet-août 1939).
[68] — Les Maximes de saint Benoît, p. 44.
[69] — Les Maximes de saint Benoît, p. 45.
[70] — Bulletin, novembre 1971, p. 120. Conférence du 16 juillet 1895.
[71] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 373.
[72] — Conférence de 1895 sur « Le monastère, l’école du service divin », Bulletin, t. XVII, p. 425-428 (mai-juin 1939).
[73] — Bulletin, ibid.
[74] — Bulletin, ibid.
[75] — Les Maximes de saint Benoît, p. 46.
[76] — Les Maximes de saint Benoît, p. 46.
[77] — Les Maximes de saint Benoît, p. 49.
[78] — Les Maximes de saint Benoît, p. 48.
[79] — Père Emmanuel, De la présence de Dieu, Troyes, Gustave Frémont, 1904, p. 15.
[80] — Les Maximes de saint Benoît, p. 49.
[81] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel, p. 371. Conférence du 5 février 1895.
[82] — Méditations, p. 359.
[83] — Ibid.
[84] — Ibid.
[85] — Méditations, p. 360.
[86] — Ibid.
[87] — Les Maximes de saint Benoît, p. 26.
[88] — Les Maximes de saint Benoît, p. 27.
[89] — Bulletin, avril 1972, p. 181.
[90] — Bulletin, ibid.
[91] — Méditations, p. 352.
[92] — Ibid.
[93] — Les Maximes de saint Benoît, p. 40.
[94] — Les Maximes de saint Benoît, p. 43.
[95] — Les Maximes de saint Benoît, p. 45.
[96] — Les Maximes de saint Benoît, p. 36.
[97] — Dom Maréchaux, Le Père Emmanuel p. 373. Conférence du 12 mars 1895.
[98] — Bulletin, t. XVII, p. 463 (novembre-décembre 1939).
[99] — Bulletin, ibid.
[100] — Les Maximes de saint Benoît, p. 37.
[101] — Les Maximes de saint Benoît, p. 39.
[102] — Bulletin, t. XVII, p. 464 (novembre-décembre 1939).
[103] — Bulletin, t. XVII, p. 472 (janvier-février 1940).
[104] — Cité par Dom Grammont, ibid., p. 105.
[105] — Méditations, p. 353.
Informations
L'auteur
Fondateur du Prieuré ND de la Sainte-Espérance à Couloutre, l'abbé Bruno Schaeffer a fait profession monastique à l'abbaye bénédictine de Bellaigue le 6 août 2013, peu avant d'y décéder, dans la nuit du 8 au 9 août.
Le numéro

p. 306-327
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