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Textes du père Emmanuel

 

La Sainte-Espérance,

signe de contradiction

 

 

— I —

 

« L’indifférence

n’est pas possible »

 

Si le nom béni de la Sainte-Espérance fut une immense grâce pour Mesnil-Saint-Loup et les âmes qui le reçurent, il fut aussi une pierre d’achoppement pour ceux qui en refusèrent la lumière. Il y eut des résis­tances fortes et tenaces, à Mesnil, à Troyes et au-delà. On était pour ou contre : il n’y avait pas d’indifférents. Le père Emmanuel explique qu’il ne faut pas s’en étonner dans l’éditorial du Bulletin de mars 1889 intitulé : « Notre-Dame de la Sainte-Espérance et l’heure présente » (tome V, pages 33-34).

Le Sel de la terre.

 

*

 

         […]

 

C’est là l’histoire de Notre-Seigneur dans l’humanité : et c’est là aussi l’histoire de cette grâce de Dieu qui se nomme Notre-Dame de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup.

Dès que son nom y fut prononcé en 1852, il devint un signe de contradic­tion : il n’y avait pas d’indifférents. Les uns le redisaient avec un amour plein de délices, les autres ne voulant pas même le prononcer, et plusieurs, ne le pouvant même pas, le défiguraient, le remplaçaient par un autre, ou employaient une pé­riphrase absolument ridicule pour désigner cette grâce dont ils ne voulaient pas [1]. Il nous souvient d’une certaine formule grotesque d’opposition qui, tra­duite en français, serait celle-ci : « Nous ne vouIons pas être menés par les dé­vots. » Et cela voulait dire : « Nous ne voulons pas de cette grâce de Dieu qui nous mènerait à confesse, et nous ôterait nos péchés. »

Depuis cette année 1852, les choses n’ont point changé à Mesnil-Saint-Loup ; il y a eu des alternatives de bien et de mal, selon les crises générales de la so­ciété en France, mais jamais Notre-Dame de la Sainte-Espérance n’a cessé d’oc­cuper les esprits. Elle s’impose, et il faut compter avec elle. On la reçoit ou on la repousse : on se joint à elle ou on la combat : l’indifférence n’est pas possible.

Et comme, à l’heure présente, la société en France est loin d’être menée par les dévots, il s’ensuit que la contradiction a le verbe haut, et se croit sûre d’une victoire qui cependant est bien loin d’être remportée.

Dans cette situation, nous prions tous les hommes qui veulent réfléchir de vouloir bien considérer trois choses :

La première, c’est qu’un fait qui s’impose à tous les esprits, comme s’impose ici Notre-Dame de la Sainte-Espérance depuis plus de trente-sept ans [2], ne peut raisonnablement pas être tenu pour rien par tout homme qui y réfléchit. Et si l’on considère tout ce qu’a fait ici Notre-Dame de la Sainte-Espérance dans les âmes, dans les bons, dans les autres, et jusque dans les pierres qu’elle a amenées ici et disposées symétriquement pour lui construire une église, qui, humainement par­lant, était une chose absolument impossible : si l’on considère tous les événe­ments dont nous avons été témoin, il faudra bien y reconnaître quelque chose de surhumain, et dire comme ces anciens sages de l’Égypte : Le doigt de Dieu est ici, Digitus Dei est hic.

La seconde chose à considérer, c’est ce qui est arrivé à tous ceux qui ont combattu Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Ici, il nous est impossible de dé­crire les faits ; mais ils sont là, et nous pouvons affirmer que, de tous ceux qui ont combattu Notre-Dame de la Sainte-Espérance, il n’y en a pas un qui ait pu s’en applaudir, et que plusieurs ont vu fondre sur eux des châtiments trop évidents [3].

Enfin, la troisième chose à considérer, c’est que tous ceux qui ont voulu profi­ter de la grâce à tous offerte dans le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, y ont trouvé des biens très précieux, la lumière de leurs âmes, la joie de leurs cœurs, le guide assuré dans la voie droite, et surtout l’espérance de l’éternité bienheureuse [4]. Chrétiens de Mesnil-Saint-Loup, veuillez, s’il vous plaît, y réfléchir.

 

 

*

 

— II —

 

Contradictions et persécutions

 

Au début du tome X de la collection du Bulletin (janvier 1904), Dom Maréchaux annonce qu’il possède un précieux manuscrit du père Emmanuel sur les origines et la propagation de la Prière perpétuelle à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. C’est de ces notes manuscrites que le père avait tiré sa bro­chure intitulée Notre-Dame de la Sainte-Espérance et la Prière perpétuelle, mais « l’invincible horreur qu’il éprouvait à se mettre lui-même en scène » et « la difficulté d’avoir à parler de personnes encore vivantes » l’avaient empêché alors de tout dire. C’est pourquoi, après la mort du père, Dom Maréchaux publia ce manuscrit qui contenait trois parties : 1) une « Petite histoire de Notre-Dame de la Sainte-Espérance » ; 2) un « Journal intime de Notre-Dame de la Sainte-Espérance », qui reprend la précédente partie comme en sous-œuvre et la complète par de très nombreux détails intimes relatifs aux luttes qui marquèrent l’établissement de la Prière perpétuelle ; 3) des « Mémoires intimes de Notre-Dame de la Sainte-Espérance », qui forment la chronique du développement postérieur de la Prière perpétuelle jusqu’en 1860, date à laquelle, la propagation étant devenue trop rapide, le père n’eut plus le temps de tout consigner et se contenta de noter les événements les plus notables.

Les éléments qui suivent sont presque tous tirés du « Journal intime » ou des « Mémoires intimes ».

Le Sel de la terre.

 

*

 

• Assaut contre la Prière perpétuelle

(Bulletin, tome XI, page 124, septembre 1907.)

 

Du même jour [14 novembre 1855], un nouvel assaut contre la prière : « Convertissez-nous ». Mon confesseur, d’après l’avis de plusieurs prêtres qu’il crut bon de ne pas nommer, revint à la charge pour m’amener à faire un acte d’humi­lité, de renoncement à mon propre sens, de soumission à Mgr l’évêque [5], d’orthodoxie même en faisant cesser la prière « Convertissez-nous », et en la rem­plaçant par une autre où l’on donnerait moins à la sainte Vierge.

Il me représenta que Dieu avait cru faire assez pour Marie en la faisant mère de Dieu, qu’il ne lui avait pas donné le pouvoir de faire des conversions, mais seulement d’intercéder pour les pécheurs ; qu’il était dangereux d’aller au pape sans passer par son évêque, que pour lui il demandait à Dieu d’être préservé de cela, et qu’il le demandait par l’intercession de la sainte Vierge… Que je préten­dais bien garder ma prière comme elle est, attendu que je la disais approuvée par le pape ; mais que le pape ne l’avait point examinée ; qu’il n’était pas infaillible ; qu’il faudrait pour cela un concile général, car si le pape était infaillible, les conciles généraux seraient inutiles…

Il revint encore sur le chapitre de mon entêtement, me remontra que tous les hérétiques s’étaient perdus par leur obstination dans leur sens ; que Tertullien et Lamennais…, etc., etc.

Je ne sais trop ce que je répondis, mais la seule vraie réponse était celle-ci :

Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous.

 

*

 

• Violente tempête

(Bulletin, tome XI, page 297, août 1908.)

 

28 avril 1856. — A l’époque où nous sommes arrivés, il se souleva une vio­lente tempête contre l’invocation Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertis­sez-nous. On prétendit que prier ainsi, c’était ôter à Dieu un pouvoir qui lui ap­partient à lui tout seul. « Si les choses étaient ainsi, disait-on, nous serions obligés de retourner les prières et de dire à Dieu, dans les complies, par exemple, en place de Deus, converte nos — O Dieu, convertissez-nous : Seigneur, demandez à votre Mère qu’elle nous convertisse. » C’est pour répondre à cette accusation qu’a été composé le petit traité du pouvoir de la très sainte Vierge [6]. […]

Les ennemis de la Prière perpétuelle ont dit encore de notre invocation qu’elle n’était ni orthodoxe ni théologique. C’est pour répondre à ces différentes accusa­tions portées contre la Prière perpétuelle que fut rédigé le nouvel écrit qui suit [7].

 

*

 

• Fureur à Troyes

(Bulletin, tome XI, page 311-312, septembre 1908.)

 

1er mai 1856. — Anniversaire de la fondation de la Prière perpétuelle. J’apprends que l’opposition à notre œuvre fait fureur à Troyes ; on nous accuse d’être des hérétiques, de blasphémer. Des billets d’association sont brûlés ; on dit que la sainte Vierge n’a pas le pouvoir de nous convertir, etc., etc. J’apprends en­core que les Dames de la Conférence de Saint-Urbain, de Troyes, sont dans l’usage de réciter la Prière perpétuelle à la fin de leurs séances. On insiste auprès d’elles pour les faire renoncer à cet usage. J’apprends encore que deux ecclésias­tiques s’étant rencontrés dans un pays voisin, une discussion s’engagea entre ces deux messieurs au sujet de la Prière perpétuelle. […] Plusieurs personnes pensent que l’opposition qui se fait à l’œuvre de la Sainte-Espérance aura pour résultat de la recommander.

 

*

 

• Le bien et le mal

Lettre du 18 mai 1856 à M. Désiré Maréchaux (Bulletin, tome XII, page 519, septembre 1912.)

 

Que je vous dise maintenant les affaires de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Elles sont de deux sortes (comme tout sur la terre) : il y a le bien, il y a le mal.

Chapitre 1er. Le Bien. — Les associés arrivent toujours ; cette semaine nous a donné 16 séries : j’en aime surtout 4, qu’une dame de Paris est allée recruter dans le département de l’Oise. Nous avons aujourd’hui 6 743 associés inscrits [8] ; mais ce chiffre ne sera plus vrai quand il sera sous vos yeux. Trente-huit diocèses nous ont donné des associés. Le dernier venu est Grenoble. Un prêtre de la Prière perpétuelle est parti missionnaire en Océanie. Trouvez-vous bien qu’à nos anti­podes on invoque Notre-Dame de la Sainte-Espérance ?

J’ai appris quelques conversions à droite, à gauche : nos associés disent tout net qu’ils doivent cela à Notre-Dame de la Sainte-Espérance ; et, comme je l’en crois très capable, je laisse dire. […]

Chapitre 2. Le Mal. — La contradiction continue à Troyes [9]. Il est écrit dans un psaume : Quoniam vidi iniquitatem et contradictionem in civitate. Seulement il est bon de remarquer que nos contradicteurs ont fait une reculade magnifique. Ainsi, nous ne sommes plus des hérétiques, et l’on est assez bon pour nous faire entendre qu’il y a moyen de tout concilier. Bien obligé.

Vous dirai-je aussi que vous n’êtes pas seul à m’indiquer les modifications à faire au Billet (d’association) [10]. Un prêtre, un curé en titre, trouve que les mots pécheur, pénitent, sont à retoucher, attendu que cela pourrait déshonorer. Ainsi sauvons l’honneur, et laissons perdre le pécheur.

Si je retranchais de la Prière perpétuelle tout ce qu’on voudrait voir ôter, il faudrait retrancher tout. Je suis sûr alors que bien des gens rendraient grâce à Dieu de ma conversion.

Je recommande tout à vos prières, ce n’est pas peu dire. […]

Demandez pour moi la grâce de la foi, c’est toujours de ce côté-là que je suis le plus faible.

Vive Jésus ! Je suis à jamais, en son T. S. Cœur,

Votre tout pauvre ami, E. André.

 

*

 

• Précieuse recommandation de l’abbé Desgenettes

(Bulletin, tome XI, page 393, février 1909.)

 

20 octobre. — Lettre de M. le curé de Sainte-Maure au retour d’un voyage de Paris : « … J’ai dit tous les jours la messe à Notre-Dame des Victoires et j’ai eu na­turellement occasion de parler à M. Desgenettes. Je lui ai conté nos affaires et nos tribulations. Il m’a écouté avec un intérêt et une joie très marquée, et voici ce qu’il m’a répondu : “Mon ami, soyez bien tranquille, toutes ces tempêtes ne se sont soulevées contre l’œuvre que parce qu’elle est bien plantée sur le roc de saint Pierre ; c’est un jeune arbre qui deviendra grand et fort, parce que ses ra­cines ont pénétré dans le rocher pour y puiser la sève catholique à sa source. L’orage dont vous vous plaignez passera, Dieu ne l’a permis que pour prouver une fois de plus que les puissances qui s’attaquent à l’Église ne sont que faiblesse et inanité.”

« Et sur ce que je dis à M. le curé que notre plus grande inquiétude venait de ce que notre évêque était opposé à la Prière perpétuelle, il m’a répondu : “Priez ; les hommes ne font ni ne défont l’œuvre de Dieu, ils ne sont que de pauvres ins­truments bien aveugles qui font souvent ce qu’ils croient défaire.”

« Il ajouta qu’il savait qu’il y avait eu autrefois bien du jansénisme dans notre pays. — Oui, lui dis-je, mais il n’y en a plus. — “Mon cher enfant, reprit-il, quand on a arraché un arbre, il reste en terre des petites racines qui végètent et sortent quelquefois à la surface du sol pour pousser les feuilles et peut-être les fruits que l’arbre arraché avait portés. Je vous le répète, il faut prier et je veux que l’archi­confrérie [de Notre-Dame des Victoires] le fasse avec vous. Tous les dimanches je recommanderai l’œuvre de la Prière perpétuelle sous cette rubrique : Une bonne œuvre.” »

 

 

— III —

 

L’insulteur ou

« la conversion terrible »

 

Cette histoire est racontée par le père Emmanuel dans le Bulletin, tome I, pages 103-104 (septembre 1877).

Le Sel de la terre.

 

*

 

L

a fête de Notre-Dame de la Sainte-Espérance en 1859 fut suivie d’une conversion qui s’est opérée dans des circonstances telles que nous pourrions l’appeler la conversion terrible.

Les pèlerins venus de Troyes s’en retournaient, édifiés et joyeux. Dans un des pays qu’ils eurent à traverser [Estissac], quatre hommes attablés à boire en un ca­baret sortirent pour avoir le plaisir de voir les pèlerins, de les insulter eux, et celle qui était le mobile de leur pèlerinage.

L’un de ces insulteurs, plus hardi que les autres, fut doucement repris par une sœur de Charité, qui lui dit qu’il ferait mieux de s’en aller chez lui que de faire ce qu’il faisait là.

Les quatre rentrèrent au cabaret, se mirent à table, mais la joie n’était plus avec eux. Le plus brave des quatre fut immédiatement pris de douleurs inexpli­cables, qui lui firent dire d’abord : Je ne suis pas bien ! puis Si je vous disais ce que je souffre, vous ne me croiriez pas ! On l’emmena chez lui, il se mit au lit. Ses souffrances ne se calmaient point.

Au bout de quelques jours, on appela le médecin. Il ne connut rien à la ma­ladie ; ou plutôt il déclara qu’il ne trouvait point de maladie. Tous ses soins fu­rent inutiles. Le mal allait toujours grandissant. Le pauvre patient reconnut tout haut, et confessa devant tous ses amis, qu’il était puni pour avoir insulté la Sainte-Espérance. Il l’avait du reste reconnu dès le commencement. Comme il était entouré de gens peu religieux, on lui répondait qu’il était fou. Mais non, s’écriait-il, je ne suis pas fou ! Allez-moi chercher le curé du Mesnil, je lui dirai tout ; qu’il m’apporte une médaille, et que la Sainte-Espérance me guérisse ! Dans d’autres moments, il s’écriait : Si vous saviez ce que je souffre ! J’ai sept serpents dans le corps, et le Diable est avec eux ! On lui répondait toujours qu’il était fou. On faisait même mine de le tenir par les bras dans son lit, et comme on ne vou­lait point aller chercher un prêtre, il demanda comme une grâce qu’on le laissât au moins se mettre à genoux sur son lit pour demander pardon. On le lui permit, et, à plusieurs reprises, il s’écria : Sainte-Espérance, pardonnez-moi ! Je n’y re­commencerai jamais !

Ses souffrances durèrent neuf jours : terrible neuvaine ! après quoi sans avoir pu voir un prêtre, il expira.

Le bruit d’un pareil événement se répandit vite dans le pays et les alentours, l’impression en fut très profonde ; c’était le sujet de toutes les conversations, et les moins religieux disaient tout haut qu’il ne faut pas se moquer.

 

 

— IV —

 

Une fleur de la Sainte-Espérance :

Célérine Bonjour

 

Si la Sainte-Espérance eut ses détracteurs, elle eut surtout ses fidèles, en qui elle produisit des fruits merveilleux. Les fruits de la Sainte-Espérance, ce sont des âmes vraiment converties à Dieu, et elles ne manquèrent pas à Mesnil, dit Dom Maréchaux [11].

Lisons de grands extraits de l’histoire d’une de ces âmes d’élite, Célérine Bonjour, racontée par le père Emmanuel dans le Bulletin (tome II, 6e année [1880], pages 395-399 et 411-415).

Le Sel de la terre.

 

Son enfance

 

C

élérine fut baptisée le jour même de sa naissance [12] : la grâce de Dieu avait hâte d’entrer en cette âme bénie où elle devait régner seule et pour toujours.

Célérine, ne devant pas faire de bruit en ce monde, commença dès le com­mencement à être en paix : toute petite enfant, elle ne pleurait pas, et ne fit ja­mais de peine à sa mère.

Devenue plus grande, elle était d’une obéissance qui ne laissait rien à désirer, et d’une égalité de caractère telle que personne jamais ne la vit fâchée.

Elle savait si bien son catéchisme, et était si sage, que M. le Curé voulait lui faire faire sa première communion alors qu’elle était très jeune encore : elle fut retardée d’après le désir de ses parents.

Mais le jour vint où elle trouva Jésus. C’était en la fête de l’Ascension, et le roi des cieux se construisit au cœur de Célérine un ciel nouveau où il régna dans la paix. Factus est in pace locus ejus (Ps 75, 3).

Célérine prit facilement et promptement goût à l’eucharistie. Elle communiait d’abord à toutes les fêtes, puis bientôt tous les dimanches. Jésus était son centre, sa vie, son tout. Elle avait trouvé chez son père un volume que l’on croyait peut-être égaré, mais que la main de Dieu avait placé là pour l’édification de Célérine. Elle y trouva une page qu’elle aimait par-dessus toutes les autres, et dont elle fit le miroir de sa vie. C’était un passage traduit d’un ancien auteur latin, où elle lisait :

« Si je veille, Jésus sera toujours devant mes yeux. Si je repose, je n’aurai point d’autres idées dans mon sommeil que de Jésus. Si je marche, je serai dans la compagnie de Jésus. Si je suis assise, Jésus sera à mes côtés. Si j’étudie, Jésus sera mon maître. Si j’écris, Jésus conduira ma main et ma plume. Jésus écrira Jésus. Si je prie, Jésus formera et animera mes prières. Si je suis fatiguée, Jésus sera mon soulagement et mon repos. Si j’ai faim, Jésus me donnera à manger. Si j’ai soif, Jésus me donnera à boire. Si je suis malade, Jésus sera mon médecin. Si je meurs, je mourrai dans le sein de Jésus, qui est ma vie. Jésus me fermera les yeux : Jésus sera mon tombeau, et son nom fera mon épitaphe. »

On ne saurait dire combien de fois Célérine lut et relut ce passage : elle en était très profondément pénétrée, et à la vue de tous, elle était très sensée et très réfléchie. Elle parlait peu, mais elle disait bien. Un jour, un marchand vint à la maison, et offrit ses marchandises : c’était un dimanche. On le remercia en disant qu’on n’achetait pas le dimanche. Il reprit qu’il n’y avait point de mal à cela, et que s’il y en avait, ce serait lui qui le porterait. La petite Célérine écoutait, et à son moment elle eut son mot. Vous, dit-elle, vous aimez donc bien porter cela ? L’homme baissa la tête, fit demi-tour, et disparut.

 

Le zèle du bien

 

Dès son jeune âge, Célérine avait à cœur les intérêts de Dieu. Les intérêts de Dieu, c’était là un de ses chers mots, une des lumières qui guidaient sa conduite. Elle avait à cœur les intérêts de Dieu, et elle y travaillait. Voici qui le prouve. Elle voyait avec une certaine peine que, le dimanche soir, les jeunes filles s’amusaient à jouer, par petits groupes, en différentes places du pays : elle voyait là pour elles un danger : seule, elle conçut le plan de réunir ces petits groupes, et de les amener tout près de Jésus, sur la place qui est en avant de l’église. Elle y vint d’abord avec les petites filles de son âge : C’était, disait-on, comme une petite fête. La petite fête attira tout à elle ; les grandes filles se réunirent aux petites ; les garçons suivirent un si bel exemple ; les femmes vinrent se grouper autour des filles, les hommes autour des garçons.

 

Sa paix

 

Célérine grandissait, et à mesure qu’elle avançait en âge, on voyait grandir en elle l’abondance des dons de Dieu. Le caractère particulier de sa grâce, ce fut la paix, une paix intime, profonde, et que jamais rien ne troubla. Elle ne connut ja­mais le combat de la nature et de la grâce : en elle la nature ne semblait faite que pour la grâce ; et malgré cela, disons plutôt, à cause de cela, elle avait les yeux les plus clairvoyants pour discerner ce qui était de la nature, ce qui était de la grâce.

La paix qu’elle avait reçue de Dieu la mettait au-dessus de la région des orages : c’était dans son âme une sérénité continuelle : sérénité plus joyeuse au début de la vie, plus héroïque quand vinrent les heures de l’épreuve ; alors sa paix plongea davantage en Dieu, à mesure que la douleur la refoulait de ce monde et la poussait vers l’éternité.

Mais avant de pleurer, il lui fallut chanter.

 

Son chant

 

Dieu lui avait donné une voix admirable. M. le Curé la plaça parmi les chan­teuses du chapelet : sa voix effaçait toutes les autres, et elle donnait au chant un accent très touchant : elle chantait comme un ange.

Après plus de vingt-cinq ans, on se souvient encore aujourd’hui du ton qu’elle donnait à ces mots d’un cantique : « Pour une âme innocente et pure / Jour heu­reux… »

L’âme innocente et pure, tout le monde la connaissait.

On se souvient également de ce qui arriva le jour où pour la première fois elle chanta le cantique : « Dieu le veut ! Que tout péché finisse : Dieu le veut ! Que tout se convertisse ! »

Stupéfiés, les hommes se retournaient pour voir d’où venait un pareil ordre de se convertir, et Célérine n’en chantait que mieux : Dieu le veut !

Elle goûtait le chant de l’Église, et sans en connaître les principes, elle en res­sentait des effets merveilleux. Par ces chants auxquels souvent elle était seule à faire attention, elle était merveilleusement portée à la prière, à la contemplation.

Parmi tous les chants de l’Église, elle goûtait surtout l’Hæc dies et les autres chants de Pâques : son âme était à la hauteur de ces mélodies plus célestes que terrestres. Elle était aux anges quand elle entendait le Kyrie, le Gloria, le Sanctus et l’Agnus du temps pascal. Le Gloria avait toutefois ses préférences (4e ton.).

 

Son mariage

 

Quand elle eut vingt ans, on pensa à la marier. C’était la chose du monde à laquelle elle songeait le moins. Son attrait intérieur n’était pas là ; une lumière surnaturelle lui avait fait connaître et apprécier la meilleure part : l’amour de la sainte virginité était en elle un amour incomparable ; et pourtant, on lui parlait de la marier : elle voyait cela dans un certain petit lointain qui la laissait encore res­pirer, et elle trouvait une grande consolation en pensant que, d’ici là, elle pour­rait bien mourir. Mourir vierge, c’eût été pour elle le plus grand bonheur.

D’ailleurs, le seul mot de vierge disait à son âme de grandes choses, et la ra­vissait. Un jour elle avait entendu prêcher que Notre‑Seigneur est né d’un Père vierge : elle le savait, mais ce qui la comblait de joie, c’était qu’on l’avait dit.

Faisant donc le sacrifice de tout ce qu’elle avait de plus cher après Dieu, Célérine consentit à se marier. Elle reçut son mari comme de la main de Dieu, et elle l’aimait pour Dieu. L’amour qu’elle lui voua ne se démentit jamais ; jamais elle ne lui parlait qu’en lui disant : Mon ami !

C’était l’usage, au village, que les mariées portassent une chaîne d’or : elle n’en voulut point porter, et son exemple fut si puissant que l’usage en disparut. Elle voulut aussi, avec son mari, faire la communion à la messe de son mariage : elle le fit à l’édification de tous, et elle créa un précédent qui fut suivi depuis dans tous les mariages des enfants de Dieu.

 

Son amour pour ses parents

 

Célérine aimait ses parents d’un amour tendre, vraiment filial, et par-dessus tout, chrétien. Elle avait une sollicitude extrême pour le salut de son père. Ancien soldat, il avait su sa théorie mieux que ses devoirs de chrétien, mais Célérine veil­lait. Un jour donc, elle lui apporta une médaille : il la reçut avec plaisir ; c’était sa Célérine qui la lui donnait. Elle s’en réjouit, et elle ajouta : Mais quand est-ce donc, papa, que vous la porterez ? — Tout de suite, si j’avais un cordon. Le cor­don était prêt, la médaille fut passée au cou de son père, et Célérine eut la consolation de le voir revenir à Dieu avant de mourir.

Sa mère était pour elle sa mère : Mater, fons amoris. Célérine ne lui fit jamais de la peine, si ce n’est une fois, le jour de sa propre mort. Célérine prévoyait cela, et longtemps à l’avance, elle souffrait de la peine qu’elle allait causer à sa mère en mourant avant elle.

Célérine avait également une grande tendresse d’amour pour son beau-père et sa belle-mère. Jamais on ne l’entendit prononcer à leur sujet le moindre petit mot de plainte : les habiles prétendent que c’est là une grande vertu. Son beau-père ne remplissait pas ses devoirs de chrétien : souvent elle venait auprès de lui, l’embrassait affectueusement, et ajoutait : Oh ! mon bon papa Vincent, quand est-ce donc que vous vous convertirez ? Le papa Vincent céda à un tel prédicateur, et se convertit, voulant du même coup plaire à Dieu et à une si bonne fille.

 

Ses enfants

 

En recevant la couronne de mariée, Célérine comprit qu’elle allait perdre une autre couronne, celle à laquelle elle tenait le plus. Cette perte fut pour elle une douleur dont elle ne se consola jamais : combien de fois, en soupirant, elle se di­sait : Je ne mourrai pas vierge ! Et ses yeux se remplissaient de larmes. Dans sa douleur, elle n’apercevait qu’une lueur de consolation ; elle pensait que ses filles pourraient recevoir de Dieu la grâce qui ne lui avait pas été donnée [13]. Elle le leur souhaitait bien vivement, comme elle souhaitait que son Alphonse… N’est-ce point là ce qu’on appelle les rêves d’un ange ?

Célérine eut cinq enfants ; et, comme leur mère, tous, ils furent baptisés le jour même de leur naissance : riche bénédiction de Dieu !

La première de ses enfants était née le Vendredi saint. L’amour qu’elle avait pour sainte Cécile la lui fit nommer Cécile, et à cause du jour de sa naissance et de son baptême, elle l’appelait sa petite Cécile des cinq plaies.

La petite Cécile des cinq plaies fut enlevée à sa mère au bout de quatre mois. Célérine la tenait morte sur ses genoux, et, considérant la sainte Vierge au pied de la croix, elle disait de sa douce voix pleine de larmes : J’ai aussi ma petite douleur !

Elle aimait ses enfants, mais selon Dieu et pour Dieu. Jamais elle ne laissa en­trer dans le cœur de ses filles l’amour de la parure. Les rubans pour elle étaient proscrits : A quoi bon ? disait-elle.

Autant elle aimait bien, autant elle corrigeait bien, mais toujours en paix. Ma fille, qu’est-ce que dira Jésus, si tu n’obéis pas ? Et au nom de Jésus elle gagnait tout. Quand une faute lui paraissait plus considérable, elle faisait mettre à genoux son enfant, lui faisait demander pardon, et dire l’acte de contrition. Quelquefois elle le disait elle-même avec son enfant.

A une de ses filles, jeune encore, elle disait : Moi, je n’ai point de camarade ; si tu veux, nous serons camarades nous deux. Et une intimité nouvelle s’établis­sait entre elle et sa fille. Fidèle à l’alliance contractée, elle avait soin de commu­niquer à sa camarade tout ce qu’elle pouvait dire à une enfant de ses joies et de ses peines.

 

Ses goûts

 

« Moi, disait-elle, je n’aime pas ce qui paraît. » Aussi s’étudiait-elle à ne paraître en rien. Ses habits, comme ceux de ses filles, ne devaient pas être d’une couleur voyante. Un jour elle avait des sabots neufs, et ils avaient un certain petit éclat de neuf qui ne lui allait pas : elle prit un balai, et leur administra une légère correc­tion. Il ne fallait pas que rien pût être remarqué en elle, pas même ses sabots.

Elle se mortifiait en tout, mais toujours de manière à ce qu’on ne s’aperçût de rien : à table, elle mangeait tout ce dont les autres ne voulaient pas ; c’était telle­ment de règle qu’on mettait à sa place tous les restes, c’était son droit.

Elle avait un soin extrême de la propreté, et à cause de cela elle aimait le linge blanc. On pliait un jour du linge qui venait d’être blanchi : que cela sent bon ! disait-elle, cela sent bon comme une âme pure.

Un dimanche soir, elle regrettait de n’avoir pas un bonnet blanc à mettre. Comme je suis mise ! disait-elle. Mais cela ne fait rien, fit une de ses filles. Elle reprit : C’est à cause de la bénédiction du Saint‑Sacrement.

Dans les derniers temps de sa vie, elle voulut mettre tout en ordre dans la maison : elle raccommodait tout, et disait avec une certaine peine : Je n’aurai pas le temps de faire tout, j’aurais dû m’y prendre plus tôt.

Dans ses derniers jours, elle recommanda tout ce qu’il y aurait à faire pour l’ensevelir, et plusieurs fois elle dit : Que tout soit bien blanc ! Vous me mettrez un mouchoir blanc sur la poitrine, vous le placerez bien ! […]

 

Qui le croira ?

 

Célérine avait, par-ci par-là, avisé quelques mots du Cantique des cantiques. L’Époux, l’épouse : Mon bien-aimé est à moi, et moi je suis à lui. Ces mots-là fu­rent pour elles ce que sont les premières paillettes d’or à qui cherche une mine du métal précieux.

Elle s’attacha à ces quelques mots comme à un fil conducteur, et elle trouva le trésor dont son âme avait besoin.

Quelques gouttelettes tombées d’en haut, tout en rafraîchissant sa soif, lui avaient donné une soif plus grande : les gouttes ne lui suffisaient plus, il lui fallait la source.

Elle chercha donc, elle trouva, elle goûta, elle savoura ce Cantique, que l’on croirait chanté par un séraphin à l’oreille d’un ange.

Son âme aimait d’un tel amour, que cet aliment lui était nécessaire. Elle le sa­vait par cœur, et se l’étant partagé en sept sections, elle le repassait chaque se­maine, le méditait, le chantait depuis le premier mot jusqu’au dernier.

Dans les dernières années de sa vie, c’était là, avec l’eucharistie, son aliment, son soutien, son tout.

Pourtant, Dieu lui donna encore le pain des larmes, comme dit l’Écriture : et encore, elle ne pouvait le goûter à son aise. Je n’ai pas même une place pour pleurer, disait-elle. Sa fille lui disait : Mais, maman, vous ne chantez plus ? — Elle répondait : Quand je veux chanter, je pleure.

 

Sa fin

 

Célérine avait eu une santé toujours bonne, toujours égale jusqu’à l’âge de trente-cinq ans. Arrivée à cet âge, elle avait connu la douleur, cette douleur qui brise d’autant mieux qu’elle est plus intérieure. Gémissant devant Dieu sur une âme qu’elle aimait, elle offrit à Dieu sa vie pour le salut de cette âme. Elle tomba malade : la poitrine fut atteinte de l’inexorable mal dont elle devait languir pen­dant quatre ans : Dieu voulait goûter à l’aise la bonne odeur de ce sacrifice. Il fut long et complet : elle dut sacrifier tout, et ne conserva que la paix, sa chère paix, comme dit l’amie. Son âme ne recevait plus rien que d’en haut : la terre était de­venue pour elle comme un désert : tout lui paraissait flétri dans ce monde ; son âme cherchait un monde meilleur, et Dieu le lui montrait avec complaisance.

Un dimanche où était venu à Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance un pèleri­nage de Droup‑Saint‑Basle et de Vallant (10 août 1873), elle était à la messe : à son retour elle dit à ses enfants que c’était la dernière fois.

Le dimanche qui précéda sa mort, jour où l’on fêtait saint Loup, patron de la paroisse, elle disait : Que saint Loup et la sainte Vierge m’ont donc fait du bien ! Ce bien-là, comme tant d’autres, est demeuré le secret de Dieu.

Elle souffrait beaucoup, surtout de la soif. Elle appelait sa fille et lui deman­dait à boire. Sa fille lui en apportait : Attendons un peu, disait-elle, pour souffrir avec Notre‑Seigneur.

Un ami était venu la voir, elle manifesta quelques légères craintes à cause de la mort qui approchait. L’ami lui dit : Oh ! vous n’avez peut-être pas peur ? Elle reprit doucement : Je n’ai toujours cherché que Jésus, je ne peux trouver que lui.

Elle reçut les derniers sacrements avec des dispositions qui se résument en un seul mot : la paix. Dans cette même paix, elle recommande à ses enfants de s’aimer toujours ; dans cette même paix, elle appela les âmes avec qui elle disait : Vive Jésus ! et leur fit ses adieux et ses recommandations.

Un peu avant son agonie, elle dit : Il faut que je prenne toutes mes armes. Elle prit donc toutes ses armes, sa foi, son espérance, son amour, sa paix, sa devise : Vive Jésus ! et après deux heures d’une agonie très douloureuse, elle rendit son âme à Dieu, le 11 septembre 1873.

Célérine disait la Prière perpétuelle à 3 heures.

 

*

 

Saint Augustin, parlant de sa sainte mère, qu’il avait vu mourir sous ses yeux, dit : « Elle ne mourait ni malheureusement, ni tout entière : nous savions cela, et par toute la conduite de sa vie, et par sa foi qui était très sincère et par d’autres bonnes raisons. » (Conf., lib. IX, c. XII.)

Nous pouvons dire absolument la même chose de Célérine : sa foi, sa vie, et d’autres bonnes raisons nous persuadent qu’elle est avec Dieu.

Nous pourrions appuyer cette simple affirmation, nous nous contenterons du témoignage d’une enfant. Julienne, la petite nièce, mourut un peu plus de six mois après sa tante. Quand elle fut près de rendre le dernier soupir, on lui dit que bientôt elle verrait sainte Agnès, sainte Cécile… Elle ajouta : Et ma tante Célérine. Ce fut son dernier mot, elle mourut presque aussitôt.

Aimons Dieu !

 

 

 

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[1] — Dans le « Journal intime de Notre-Dame de la Sainte-Espérance » (journal tenu par le père Emmanuel et que Dom Maréchaux publia intégralement dans le Bulletin, après la mort du père, à partir de janvier 1904), on trouve cette lettre de M. Maréchaux (le père de Dom Bernard) au père Emmanuel, datée du 2 octobre 1855 : « J’ai souvent remarqué que plusieurs ne pouvaient pas dire la Prière perpétuelle, ni même prononcer le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance ; que d’autres, après avoir prononcé ce nom, ne pouvaient pas y ajouter le Convertissez-nous, et que souvent ils le changeaient en Priez pour nous. Ce matin je viens de constater la même chose… » (NDLR.)

[2] — Ce texte est écrit en 1889. (NDLR.)

[3] — Lire, ci-après, l’histoire de l’insulteur. (NDLR.)

[4] — Lire, ci-dessous, la biographie succincte de Célérine Bonjour. (NDLR.)

[5] — Mgr Cœur, évêque de Troyes, était assez opposé à la Prière perpétuelle. A sa mort, en 1860, on se mit à dire à Troyes, à Mesnil et ailleurs : « Peut-être maintenant on pourra faire une église à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. » C’est ce qui arriva. Voir Bulletin, t. XI, p. 492 (août 1909). (NDLR.)

[6] — Composé par le père et publié dans les numéros précédents. (NDLR.)

[7] — Suivent deux pages montrant, en s’appuyant sur les prières liturgiques, que Marie reçoit de Dieu un pouvoir délégué de convertir et qu’en s’adressant à elle, la prière ne confond pas la créature et le Créateur. « Si l’on croit qu’il y a quelque danger, il faut résolument faire à l’Église son procès. Elle est aussi coupable d’adresser à Marie la prière qu’elle fait à Dieu. » Et le père accumule les exemples. Le père dut aussi se défendre au point de vue canonique et montrer qu’il avait toujours tenu la chancellerie diocésaine au courant des privilèges accordés par Rome et était toujours passé par les voies hiérarchiques. (NDLR.)

[8] — C’est-à-dire après trois ans d’existence, puisque les premiers inscrits l’ont été le 1er mai 1853. En 1877, quand commença le Bulletin, il y aura plus de 100 000 associés. Il nous est agréable de noter que, parmi les premiers associés, se trouvèrent plusieurs frères et novices dominicains du couvent de Flavigny. A la date du 5 septembre 1855, le père Emmanuel note : « Le frère Hugues Gagey, convers dominicain à Flavigny, me répond que leur supérieur l’a autorisé lui et ses frères à entrer dans notre association. Monsieur le curé, ajoute-t-il, je ne puis vous exprimer mon bonheur à l’occasion de la Prière perpétuelle. Toutes les fois que je la récite, quoique je ne sois pas encore inscrit, j’éprouve des consolations qu’il ne m’est pas possible de vous dépeindre. Je vous dirai aussi que nous avons commencé aujourd’hui une neuvaine pour demander à la très sainte Vierge qu’elle nous fasse la grâce de nous bien convertir… » (Bulletin, t. XI, p. 84.) (NDLR.)

[9] — Au sujet de l’invocation « Convertissez-nous », que plusieurs taxaient d’hérésie, Dieu ayant seul pouvoir de convertir. Sans doute : mais le pouvoir se délègue, il peut être instrumental. (Note de Dom Maréchaux.)

[10] — M. Maréchaux avait suggéré au père Emmanuel quelques modifications judicieuses à apporter à la rédaction du Billet qui était remis au nouvel associé. Le père y fit droit dans l’édition suivante. (NDLR.)

[11]Le Père Emmanuel, Mesnil-Saint-Loup, 1935, p. 138-139.

[12] — Sainte Célérine, martyre à Carthage, est inscrite au Martyrologe romain, le 3 février.

[13] — Dans le numéro du Bulletin de mars 1883 (t. III, p. 4), on lit cette brève note du père Emmanuel : « Il y a quelque temps, en donnant une notice sur Célérine Bonjour, nous disions avec quel amour elle souhaitait de voir ses filles se consacrer à Notre‑Seigneur.

« Elle l’a désiré ici-bas, elle l’a désiré de même dans la vie éternelle où nous la croyons entrée : et ce qu’elle a souhaité, nous l’avons vu s’accomplir sous nos yeux. Sicut audivimus, sic vidimus (Ps 47).

« Le 25 février dernier, l’église de Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance a vu s’accomplir la profession d’une sœur bénédictine : c’était la fille aînée de Célérine Bonjour. Le souvenir de la mère, la consécration de la fille, tout contribua à nous faire goûter la bonne odeur de Jésus‑Christ (2 Co 2, 15). Avec le saint habit, la sœur avait reçu le nom de sœur Colombe. Après sainte Scholastique, un pareil nom oblige. »

Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 44

84-989

Les thèmes
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Histoire de l'Église et de la chrétienté

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