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Textes du père Emmanuel

 

Le grégorien et le latin

 

 

— I —

 

Le chant grégorien

 

Voici quelques pensées du père Emmanuel sur le chant grégorien, glanées dans le Bulletin. (Le premier texte est tiré du « Petit traité de l’Office divin », tome I, pages 47-48 [mai 1877] ; le deuxième est de février 1895, tome VII, page 29.)

Le Sel de la terre.

 

*

 

Le Chant, dit saint Hilaire, est nécessaire au chrétien. Nécessaire, cela veut dire qu’un chrétien qui ne chante pas manque de quelque chose, ou manque à quelque chose. Il manque de quelque chose s’il n’a pas le goût du chant, s’il ne sent pas le besoin de chanter, si rien ne se remue dans son âme qui ait besoin d’être chanté. Il manque à quelque chose, si pouvant rendre à Dieu la gloire de chanter sa grandeur, sa bonté, il ne rend point à son Créateur cet hommage si justement dû.

Un petit mot à ceux qui chantent. Il est écrit dans un psaume : Beatus populus qui scit jubilationem. Cela veut dire : Bienheureux le peuple qui sait faire de la musique au bon Dieu.

Donc, chrétiens qui chantez, et vous surtout, chantres d’office de la sainte Église, chantez de manière à être heureux en chantant.

Il faut vous dire que vous pouvez chanter trois choses : ou les notes du chant, ou les mots qui accompagnent les notes, ou les choses signifiées par les mots.

Chanter les notes, c’est faire passer exactement votre voix par tous les tons et intervalles indiqués par les notes, et cela en exprimant les mots placés sous les notes. Ceci ne rend pas bienheureux.

Chanter les mots, c’est les prononcer de manière à ce que la note serve au mot, et non plus le mot à la note. Ceci est une manière de chanter qui n’est pas commune, toutefois ce n’est pas encore ce qui rend bienheureux.

Chanter les choses, c’est avoir l’esprit et le cœur remplis des sentiments de la foi, de l’adoration, de la reconnaissance ; c’est aimer par-dessus tout Notre-Seigneur ; et puis d’un cœur rempli d’amour, chanter les mystères de Dieu, les grandeurs de Notre-Seigneur, les œuvres du Saint-Esprit ; chanter ainsi, c’est la bonne manière ; c’est celle qui rend bienheureux.

Saint Ambroise faisait chanter ainsi ses fidèles, et saint Augustin, quoique non encore baptisé, ne pouvait entendre ces chants sans verser des larmes. Beatus populus qui scit jubilationem. Bienheureux le peuple qui sait la musique du bon Dieu !

 

*

 

Le Saint‑Esprit est l’auteur de notre prière, aussi sa beauté est-elle surhumaine. Et pourtant à cette beauté incomparable, l’Église a su joindre une beauté nou­velle, nous voulons dire le chant qui l’accompagne. Ce sont des accents de dou­leur profonde, et en même temps de confiance pleine de tendresse.

Ce serait une chose stupéfiante que nous ayons des chants d’une telle beauté, et que nous y soyons indifférents et insensibles. N’avoir plus le sentiment du beau, c’est un des effets du péché. Sortons du péché, et par la grâce de Dieu, rentrons dans l’intelligence du vrai, du bien et du beau.

 

 

— II —

 

Le latin liturgique

 

Il ne suffit pas de comprendre les mots de la liturgie, ce sont les réalités qu’elle exprime qu’il faut pénétrer. Et, pour cela, paradoxalement, la traduc­tion en français peut être davantage un obstacle qu’une aide.

Ce n’est pas par immobilisme, par élitisme, par sentimentalisme ou par esthétisme que le père Emmanuel tenait au maintien de la langue latine dans la liturgie, mais pour des « raisons graves » tenant à l’intérêt de la foi et de la piété, et qu’il exposait ainsi dans son Bulletin, en avril 1877 (tome I, pages 29-30). Point n’est besoin de souligner l’actualité de cette défense du latin liturgique. On retiendra la leçon : « On peut amener les simples fidèles à chanter en latin, et à comprendre assez pour y trouver un très grand inté­rêt. » Le père Emmanuel, comme on l’a vu, l’a prouvé.

Le Sel de la terre.

 

*

 

N

ulle part au monde, la langue liturgique une fois fixée, n’a été changée ; il y a là un fait qui certainement a des raisons graves.

Nous donnerons de ce fait les raisons principales.

La première, c’est l’intérêt de la foi. La prière solennelle de l’Église dans les offices divins est, après les oracles de la sainte Écriture et les décisions des conciles, la plus haute expression de la foi. Or, il importe grandement que les formules exprimant la foi demeurent fixées dans un langage immuable. L’immutabilité de l’expression garantit l’immutabilité de la croyance. Le proverbe Traductor, traditor, Traduire, c’est trahir, n’est pas applicable là où il n’y a pas de traduction. Ce qu’ont dit les anciens, nous le répétons, et dans leur propre langue ; nous sommes par là assurés d’être unis de sentiment avec eux, car nous ne voulons répéter leurs paroles qu’en épousant leurs pensées. On comprend dès lors comment la stabilité de la langue liturgique concourt au maintien de la foi, et l’on s’explique sans peine pourquoi tous les novateurs dans la foi ont tenté d’in­nover dans la forme et souvent dans la langue de la prière liturgique.

A l’intérêt de la foi se joint l’intérêt de la piété. Quelle consolation n’est-ce pas pour nous de redire à notre tour les antiennes, les oraisons, les psaumes qu’ont dits avant nous tant de générations chrétiennes, tant de saints et de saintes. En répétant les paroles mêmes qu’ils animaient de tant d’amour, ne goûtons-nous pas quelque chose de la grâce qui les faisait prier, de l’onction qui pénétrait leur psalmodie ; et, en chantant avec eux, ne sommes-nous pas puissamment excités à entrer dans leurs sentiments de foi, d’espérance et d’amour ?

Ah ! de grâce, mon Dieu, gardez-nous à jamais de si précieux trésors !

 

*

 

Si la prière liturgique eût dû être traduite dans toutes les langues, qui jamais aurait pu suffire à garantir la parfaite exactitude de tant de traductions ? Nous al­lons plus loin et nous disons qu’eût-on voulu traduire l’office en langue vulgaire, on y eût trouvé non seulement des difficultés, mais de véritables impossibilités.

Car d’abord il eût fallu multiplier les traductions selon la multiplicité des langues ; ensuite chez un même peuple, il eût fallu adapter la traduction aux différents dialectes : enfin, comme les langues vivantes sont nécessairement changeantes, il eût fallu, tous les deux ou trois siècles, faire une version nouvelle.

Ce n’est pas tout. Toute langue a nécessairement trois degrés. Il y a le langage élevé que comprennent les gens bien instruits ; le langage moyen que comprend un peu tout le monde, et le bas langage usité chez les gens sans instruction.

A quel niveau se placera-t-on pour traduire l’office divin ? Le bas langage se­rait à la fois indigne et insupportable ; le langage moyen a l’immense inconvé­nient de ne pas posséder tous les mots nécessaires. Resterait donc le langage élevé ; mais ceux qui sont à même de le comprendre sont précisément ceux qui n’ont pas besoin de traduction.

Qu’arrive-t-il, aujourd’hui que les fidèles ont des traductions de l’office divin ? Ils n’y entendent, la plupart du temps, rien du tout. Le français est pour eux aussi inintelligible que le latin. Là où peut-être ils comprendraient les mots, ils ne sa­vent pas les choses. Ils ne suivent pas le latin, guère le français, et sont peut-être à plaindre d’avoir des traductions.

 

*

 

Que faire donc ? L’office divin étant chez nous écrit en latin, c’est dans le latin et du latin même qu’il faut chercher l’intelligence. Quiconque sait lire le latin peut et doit chercher à comprendre. Qui cherche trouve, et plus on cherche, plus on trouve.

Nous parlons au nom de l’expérience faite dans un village, sur un peuple peu lettré, comme on le pense bien. Et nous disons que l’on peut amener les simples fidèles à chanter en latin, et à comprendre assez pour y trouver un très grand intérêt.

 

 

 

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Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 44

p. 252-255

Les thèmes
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Liturgie et Sacrements : Doctrine, Messe Traditionnelle et Vie Sacrée

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