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Textes du père Emmanuel

 

Les deux derniers sermons

du père Emmanuel

 

 

« Le R. P. Emmanuel, dit Dom Maréchaux, était un prédicateur d’une rare puissance. Il eût pu mettre de l’art dans ses sermons ; il n’y mit jamais que les ardeurs de sa foi et de son zèle. Parfois, sans les chercher, il trouvait les grandes et sublimes envolées. Quels magnifiques et rudes coups d’épée il a portés en chaire au péché, à la mondanité ! C’était un chevalier qui frappait d’estoc et de taille pour libérer les âmes captives, ces chères âmes, ces belles âmes, qu’il a tant aimées. Nous avons entendu à certains moments sa parole rouler comme un tonnerre ; jamais nous n’avons mieux compris l’expression des saintes Lettres, onus verbi Domini. En d’autres heures, cette parole, qui brisait les cèdres, se faisait tendre et caressante ; elle montait du fond des en­trailles avec des larmes, elle en faisait couler des ruisseaux. D’ordinaire, elle était sobre, merveilleusement claire ; elle visait à instruire ; la conclusion mo­rale était tirée en quelques traits brefs et incisifs [1]. »

Nous donnons ici les deux derniers sermons du père Emmanuel, pro­noncés : le premier, le 2 septembre 1901, lendemain de la Saint‑Loup, fête patronale ; le second, le 14 septembre 1902, fête de l’Exaltation de la Sainte‑Croix. C’est une simple auditrice qui les a reproduits ; ils ont certai­nement toute leur saveur, et la valeur d’un testament, livrant les deux grands amours du père Emmanuel : la vérité surnaturelle, connue ici-bas par la foi, et la croix.

Le Sel de la terre.

 

 

Avant-dernier sermon :

le pays de la vérité

 

Mes frères, il y a bien longtemps que je ne vous ai adressé la parole. Depuis, j’ai pensé à bien des choses, et je vais vous dire quelques-unes des pensées que j’ai eues.

Je me suis vu un moment près de mourir (l’hiver précédent) ; j’ai dû faire ma préparation à paraître devant Dieu ; je l’ai faite le mieux que j’ai pu ; et quand elle a été faite, je me suis trouvé comme dans un pays nouveau ; et, dans ce pays nouveau, je pensais à celui d’où je sortais, à l’ancien pays. L’ancien pays, c’est le pays des craintes, des doutes, de l’incertitude, de l’ignorance ; j’en étais sorti, et je me trouvais dans l’autre pays, où il n’y a plus rien de tout cela ; et on s’y trouve bien, c’est la paix, parce qu’on est dans la vérité. Je me trouvais en face de la vé­rité ; j’étais comme doit être un chrétien, et surtout un prêtre.

Dans l’ancien pays, il y a de l’ignorance, et l’ignorance fait beaucoup souffrir parfois ; le temps de la vie présente est un temps d’épreuve, il y a de la souf­france.

Eh ! bien, donc, ce que je voulais vous dire, c’est que l’Église nous fait dire tous les jours, en commençant complies : Gardez la foi, soyez fermes dans la foi, n’écoutez pas ce qui se dit dans le monde contre la foi. Là où il y a de l’igno­rance, souvent on parle beaucoup. Affermissez-vous dans la foi, instruisez-vous des vérités de la foi. Il ne faut pas douter, il ne faut pas demeurer dans l’incertitude.

S’il y avait quelque chose à ajouter, ce serait pour vous rappeler quelques-unes des vérités de la foi, qu’il faut bien garder. Tout d’abord il faut garder la foi au mystère de la très Sainte Trinité, le Père, le Fils, le Saint‑Esprit ; puis en Notre‑Seigneur Jésus‑Christ, Homme‑Dieu ; puis au Saint‑Sacrement, à l’Église, au jugement, à l’éternité : éternité bienheureuse si nous gardons bien la foi, éternité malheureuse si on meurt dans le péché.

Depuis longtemps déjà j’avais besoin de vous dire ces choses ; maintenant je vous les ai dites.

Prions bien, gardez bien la foi : si vous la gardez bien, vous m’aiderez à aller au paradis ; et quand j’y serai, je vous aiderai à y aller.

Prions donc bien, afin que nous y arrivions tous. Ainsi soit-il.

 

 

Dernier sermon :

l’esprit de la croix

 

Mes frères, il y a longtemps que vous ne m’avez vu ici ; je n’y viens pas souvent.

Je vais vous parler d’une chose dont je n’ai jamais parlé, ni ici ni ailleurs. Et cette chose-là, je vous la souhaite à tous ; je sais bien que mon souhait n’arrivera pas (pour tous [2]). Je vais vous parler de l’esprit de la croix.

Quand le bon Dieu crée un corps humain, il lui donne une âme, c’est un esprit humain ; quand le bon Dieu donne à une âme la grâce du baptême, elle a l’esprit chrétien [3].

L’esprit de la croix est une grâce de Dieu. Il y en a de bien des sortes, des grâces de Dieu. Il y a la grâce qui fait les apôtres, et ainsi de suite. Qu’est-ce que l’esprit de la croix ?

L’esprit de la croix, c’est une participation de l’esprit même de Notre‑Seigneur portant sa croix, attaché à la croix, mourant sur la croix. Notre‑Seigneur aimait sa croix, la désirait. Qu’est-ce qu’il pensait, en portant sa croix, en mourant sur la croix ? Il y a là de grands mystères : quand on a l’esprit de la croix, on entre dans l’intelligence de ces mystères. Il y a peu de chrétiens qui aient l’esprit de la croix ; c’est très rare. Quand on a l’esprit de la croix, on voit les choses tout au­trement que le commun des hommes.

L’esprit de la croix apprend la patience ; il apprend à aimer la souffrance, à faire des sacrifices.

Quand on a l’esprit de la croix, on patiente, on aime la souffrance, on fait gé­néreusement les sacrifices que le bon Dieu demande de nous. On veut la volonté de Dieu, et on l’aime ; on trouve bon ce qu’elle demande de nous.

Les saints se plaignaient souvent à Dieu qu’il ne leur donnait pas assez à souffrir ; ils désiraient souffrir, pourquoi ? Parce qu’ils trouvaient que dans la souffrance ils ressemblaient davantage à Notre‑Seigneur. Dans la vie de sainte Élisabeth de Hongrie, il est dit qu’après qu’on l’eut dépouillée de tous ses biens, on la chassa encore de sa maison : quand elle vit qu’elle n’avait plus rien, elle alla chez les Frères Mineurs faire chanter le Te Deum pour remercier Dieu de ce qu’il lui avait tout ôté. Elle avait l’esprit de la croix.

L’Imitation dit quelque chose de ce que fait l’esprit de la croix : Aime mieux avoir moins que plus, aime mieux être en dessous qu’en dessus. Aimer à être mé­prisé, compté pour rien, c’est là l’esprit de la croix ; c’est très rare.

Vous ne l’avez pas beaucoup, l’esprit de la croix. Je peux bien vous le dire, il y a longtemps que je vous connais, depuis que je suis avec vous. Vous l’avez moins que vous l’avez eu autrefois.

Aussitôt que vous avez quelque chose à souffrir, vite, vous dites : Mon Dieu, délivrez-moi de ça, délivrez-moi de ça ; vous faites des neuvaines pour être déli­vrés. Il faut aimer un peu plus à souffrir, et ne pas demander si vite d’être déli­vrés. Si vous aviez l’esprit de la croix, nous verrions bien des choses que nous ne voyons pas ; et il y en a que nous voyons, que nous ne verrions peut-être pas.

Il faut avoir un peu plus l’esprit de la croix ; il faut le demander. Tâchons d’aimer la croix, d’aimer la volonté de Dieu.

Je vous ai peut-être fatigués en vous parlant ainsi, mais je ne vous fatiguerai plus.

 

 

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[1] — Dom Maréchaux présentant ces deux derniers sermons du père Emmanuel dans le Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance de mars 1903 (t. IX, p. 440-442).

[2] — Le sens général réclame cette petite addition (note de Dom Maréchaux).

[3] — L’esprit de la croix, c’est la fine fleur de cet esprit chrétien (note de Dom Maréchaux).

Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 44

p. 342-344

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