Textes du père Emmanuel
« Notre-Dame est venue
planter son nom et
poser son œuvre »
Le père Emmanuel a résumé en cette page l’histoire mystique, si l’on peut dire, c’est-à-dire l’histoire vraie de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup. Cette histoire est celle du combat de la grâce contre le froid et bas naturalisme qui avait envahi les esprits et les cœurs, des égarements inimaginables de pauvres âmes baptisées qui trouvèrent bon d’être rebelles à la lumière, des fureurs de la nature contrecarrée par cette œuvre entièrement surnaturelle. Oui, combien il est difficile pour une âme longtemps habituée à suivre son penchant naturel de comprendre le mot du Sauveur : Sans moi vous ne pouvez rien faire !… Pour y parvenir, elle a besoin d’être humiliée. Il y a dans ces lignes de très profondes leçons. (Bulletin, tome I, page 549-551, janvier 1880.)
Le Sel de la terre.
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Le 8 décembre dernier [1879], notre Saint-Père le pape [Léon XIII], dans une audience qu’il accorda à un pèlerinage italien, prononça un magnifique discours dont nous aimons à citer le passage suivant :
L’erreur qui fait le plus délirer les esprits superbes de notre temps, c’est ce froid et bas naturalisme qui a maintenant envahi tous les degrés de la vie publique et privée, en substituant la raison humaine à la raison divine, la nature à la grâce, et en méconnaissant le Rédempteur. Or, la Vierge, par son Immaculée Conception, rappelle opportunément au peuple fidèle que, par la chute du premier père, la pauvre humanité tout entière a servi, faible et infirme, pendant beaucoup de siècles, comme de jouet à l’erreur et aux passions ; que par Jésus-Christ seul est venue en abondance la grâce, la vérité, le salut, la vie ; que sans lui il n’y a pour l’homme ni dignité, ni grandeur, ni bien véritable, et finalement que quiconque tente de se soustraire à l’influence bienfaisante du Rédempteur reste dans les ténèbres, tombe dans la fange et va au-devant d’une ruine assurée.
Nous trouvons dans ces paroles du Saint-Père le tableau le plus fidèle de la situation, non seulement du monde en général, mais en particulier de ce tout petit coin de terre sur lequel Notre-Dame de la Sainte-Espérance est venue planter son nom, et avec son nom cette source de grâce que Dieu sait.
L’œuvre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance à Mesnil-Saint-Loup, nous l’avons dit, c’était simplement le rétablissement du christianisme, et cela parmi des hommes baptisés. Ici, comme ailleurs, tout, à peu près, était envahi par ce froid et bas naturalisme qui ne permet pas à l’homme d’élever ses pensées au-dessus de ce qu’il sent. Ici, comme ailleurs, la raison humaine, et quelle raison ! l’emportait sur la raison divine, c’est-à-dire sur la foi. La grâce, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ était une sublime inconnue. Les âmes en étaient à la doctrine de Pélage, et encore que ces erreurs ne fussent pas à l’état avoué qui aurait constitué l’hérésie formelle, toujours est-il que les esprits en étaient dupes et victimes. Toutes les vertus chrétiennes étaient méconnues, et remplacées par cette vertu également facile et universelle que le monde appelle l’honnêteté. Notre-Dame de la Sainte-Espérance arriva, et dès le premier moment, toutes les âmes comprirent qu’un grand changement allait devenir indispensable. Les pratiques extérieures du culte allaient être convaincues d’insuffisance ; les motifs intérieurs des actions allaient avoir à subir des modifications essentielles ; l’amour de Dieu allait cesser de consister en une formule ; l’esprit du Seigneur allait souffler sur des ossements desséchés, et faire surgir un peuple nouveau.
Quelques âmes de bonne volonté se rallièrent immédiatement au mouvement venu d’en haut, et sur lequel elles ne comptaient guère : mais, il faut le dire, le grand nombre ne fut pas avec vous, Notre-Dame de la Sainte-Espérance !
Il faudrait écrire tout un livre, un grand livre, pour raconter tout ce qu’éprouvèrent, tout ce que dirent, tout ce que firent en ce temps-là les pauvres âmes qui trouvèrent bon d’être rebelles à la lumière. Jamais on ne voudrait croire tout ce dont furent capables des hommes baptisés, des femmes ci-devant dévotes, qui venaient à la messe tous les dimanches, et qui, tous les jours, disaient à Dieu dans leurs prières : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Au souvenir de tous ces égarements inimaginables, de ces fureurs vraiment infernales, on retrouve dans son esprit le mot du prophète Isaïe : Conterriti sunt peccatores, possedit tremor hypocritas : Les pécheurs se sont pris à trembler, les hypocrites furent saisis de frayeur (Is 33, 14).
Le seul mot d’obéissance excita un jour une tempête formidable. Dieu sait quelle puissance exerça dans ce genre le mot d’humilité.
Ah ! quand des âmes baptisées ont pendant longtemps fait les actes extérieurs de la religion par un mouvement tout naturel – ce qui est extrêmement facile – combien il est difficile de les amener à faire ces mêmes actes par un mouvement surnaturel, avec et par la grâce de Dieu !
Quand le sacrement de pénitence est devenu simplement le sacrement de la confession : combien il est difficile de le faire redevenir sacrement de pénitence, selon l’institution de Notre-Seigneur Jésus-Christ !
Quand la communion ne consiste plus que dans la réception à jour fixe des espèces sacramentelles : combien il est difficile de faire entrer dans les âmes la foi sans laquelle le sacrement divin est absolument sans vertu et sans efficace !
Quand, en vrai pélagien, on va à Dieu par sa seule volonté dont on est satisfait complètement, se persuadant qu’elle est bonne et très bonne, qu’elle veut le bien et qu’elle le fait, et tout cela sans s’humilier en rien pour demander et attirer en soi la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ : combien il est difficile pour une âme de comprendre le mot du Sauveur : Sans moi vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5) !
L’orgueil est au fond de toute âme qui n’a pas été réformée par la grâce de Notre-Seigneur. L’orgueil y est, et il y a poussé des racines on ne peut plus profondes. Pour être sauvé, l’homme a besoin d’être humilié. Or, l’humiliation répugne à la nature.
Nous pourrions ajouter beaucoup à cette peinture de la situation au milieu de laquelle Notre-Dame de la Sainte-Espérance vint planter sa tente, poser son œuvre et travailler au rétablissement du christianisme parmi nous.
L’œuvre est immense, humainement impossible, et possible seulement à la main de celui qui a dit : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).
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L'auteur
Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 81-83
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