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+ Fils de la veuve

 

« [...] Le monde entier n’est qu’une grande république, dont chaque nation est une famille, et chaque particulier un enfant. C’est pour faire revivre et ré­pandre ces anciennes maximes prises dans la nature de l’homme, que notre Société fut établie. [...] »

« Nous avons des secrets ; ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet et tan­tôt très éloquent, pour le communiquer à la plus grande distance, et pour recon­naître nos confrères de quelque langue ou quelque pays qu’ils soient. [...] »

Discours de Ramsay, 1737.

 

« Le monde peut donc saisir cette occa­sion [la crise du Golfe] pour réaliser la vieille promesse d’un Nouvel Ordre Mondial où les diverses nations seront ré­unies dans une cause commune pour ac­complir les aspirations universelles de l’humanité »

George Herbert Walker Bush, Discours sur l’état de l’Union, 1991.

 

Comme il existe une méta-physique, qui traite du réel « au delà de la physique », il existe une méta-histoire [1]. Comme la mé­taphysique, la méta-histoire s’intéresse aux causes finales ultimes [2], dans le do­maine de l’être pour la première, dans ce­lui de l’histoire pour la seconde. C’est en recherchant les causes premières que l’une et l’autre s’imposent à la raison, non pas à la raison déductive dans laquelle le monde moderne veut nous enfermer de­puis Descartes, mais à la raison inductive. Le raisonnement inductif est celui qui remonte des conséquences aux causes, c’est la méthode quia des scolastiques, celle-là même qui sert à établir l’existence de Dieu : s’il est des traces de pas dans la neige fraîche, c’est que quelqu’un est passé par là. Même si nul témoin ne l’a vu, c’est une certitude.

Mais il faut constater un fait : la méta­physique comme la méta-histoire sont des sciences contestées. La raison en est simple : l’homme moderne, programmé ad hoc dès le plus jeune âge, est tellement obnubilé [3] par lui-même et son environ­nement matériel, qu’il ne peut imaginer qu’il puisse y avoir quelque chose der­rière. L’athéisme contemporain n’a pas d’autre cause : « Pour commencer à entre­voir Dieu, il faut déjà s’être perdu de vue » disait Mgr Ghika [4].

Jean-Claude Lozac’hmeur, aujourd’hui en retraite après avoir enseigné pendant des années la philologie française à l’Uni­versité de Rennes II, possède – c’est fort rare – à la fois les connaissances cultu­relles (linguistiques, historiques, philoso­phiques, ...) et l’ouverture à la raison spé­culative requises pour le raisonnement méta-historique. Son combat pour la foi l’a amené à utiliser ses dons à l’étude du mystère d’iniquité. Le résultat est remarquable.

Il a publié un premier livre en 1989 in­titulé Fils de la Veuve, essai sur le symbo­lisme maçonnique aux Éditions Sainte-Jeanne d’Arc [5]. Un second a suivi en 1992 en collaboration avec Bernaz de Karer : De la Ré-volution. Le livre dont il est question ici est une réédition de Fils de la Veuve, revue et complétée à la suite de nouvelles recherches.

 

Que trouve-t-on dans ce livre ?

 

Cet ouvrage, écrit dans un style simple, clair et précis, contient, outre quelques généralités sur la franc-maçon­nerie, quatre sortes de développements :

 

— 1. L’exposé de ce que l’auteur a pu reconstituer du rituel maçonnique par re­coupements et comparaisons opérés à partir d’ouvrages de francs-maçons, entre autres Oswald Wirth [6], Paul Naudon [7], Jules Boucher [8], René Guénon [9]. Sont no­tamment décrites ce que seraient les épreuves initiatiques des trois premiers grades (Apprenti, Compagnon et Maître) et quelques indications sont données sur celle des « hauts grades » d’une échelle censée en compter trente-trois.

 

— 2. Les résultats détaillés de longues recherches qui attestent l’existence très ancienne, partout à la surface du globe, au sein des aires culturelles les plus va­riées, de mythes [10] tous plus ou moins semblables et dont les plus célèbres sont ceux d’Hiram, de Prométhée et d’Isis et Osiris. Le modèle moyen de tous ces mythes met en scène quatre personnages :

∑ «le père », ou « dieu bon », ou « dieu civilisateur » ami des hommes,

∑ « la mère » symbolisant la Connaissance. La Connaissance est apportée aux hommes par le père.

∑ « le meurtrier », ou dieu « mauvais », – le Dieu de la Bible pour la tradition judéo-chrétienne –, déten­teur exclusif et jaloux de « la Connaissance ». Il tue le père pour le punir d’avoir apporté celle-ci aux hommes. Néanmoins, la Connaissance subsiste et devient « la veuve ».

∑ « le héros » ou « Fils de la veuve ». Il a pour objectif de venger la mort du père et de redonner la Connaissance aux hommes. Ce héros, qui peut d’ail­leurs être multiple (les fils de la veuve), symbolise l’initié.

 

— 3. Des conclusions, qui sont :

∑ Ces mythes constituaient les doc­trines d’antiques religions dualistes : un dieu bon, œuvrant pour le bonheur des hommes est en butte à un dieu mauvais, attaché à les maintenir dans l’ignorance et la dépendance. Le « dieu civilisateur » n’est autre que Lucifer, prince de ce monde et les di­verses religions du « dieu jaloux », sont des formes dégradées de la reli­gion noachique primitive.

∑ La franc-maçonnerie actuelle est une religion, héritière des précé­dentes, qu’elle a unifiées.

∑ Les objectifs de la franc-maçon­nerie nous sont livrés par le sens convergent des mythes des anciennes religions en question. Ces objectifs peuvent se résumer ainsi : « Restaurer l’unité humaine » détruite par le dieu méchant (punition de Babel [11]). Autrement dit, reprendre l’érection de la tour de Babel, stoppée par Yahweh et réunir à nouveau en un même peuple tous les hommes de la terre. C’est un travail de reconstruction, ses artisans s’appellent donc « maçons ».

 

— 4. Un certain nombre d’annexes ap­portant des précisions. Parmi elles, une étude qui nous semble très fiable du symbolisme du « Great Seal » [Grand sceau] américain et qui figure depuis 1935 sur le billet de un dollar [12].

 

Ce que n’est pas ce livre

 

Ce livre très riche concentre en 285 pages les résultats de nombreuses années de réflexions approfondies effectuées à partir de recherches rigoureuses. Il serait donc illusoire de penser en assimiler le contenu rapidement et sans efforts.

Il ne s’agit pas d’un pamphlet anti-ma­çonnique où l’on pourrait récupérer quelques anecdotes croustillantes sur les frères. Il faut d’ailleurs savoir gré à l’au­teur de n’être jamais tombé dans la vin­dicte et on chercherait en vain la moindre allusion malveillante. Bien que meurtri jusqu’au plus profond de lui-même par un phénomène dont il connaît mieux que quiconque l’ampleur, J-C. Lozac’hmeur est resté dans la charité. Il fallait le dire.

Ce livre ne constitue pas non plus une introduction à la franc-maçonnerie à l’usage des néophytes. Pour en tirer vraiment parti, une bonne connaissance du sujet assortie d’une réflexion déjà avancée nous semble nécessaire. Pour une première approche, nous conseillons, Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie d’Arnaud de Lassus [13], ou encore Le Secret des francs-maçons de Jacques Ploncard d’Assac [14].

Une fois le contenu d’un ouvrage de ce type à peu près assimilé, et avant d’abor­der Fils de la Veuve, nous considérons comme indispensable d’étudier De la Ré-volution de J-C. Lozac’hmeur et Bernaz de Karer. On y trouvera les justifications de nombre de résultats énoncés dans Fils de la Veuve et surtout on s’y exercera au raisonnement méta-historique. Sans une longue méditation sur cet ouvrage exceptionnel, la tentation sera grande de penser que l’auteur s’égare parfois, dans Fils de la Veuve. Il s’agit d’ailleurs d’un petit livre extrêmement bien conçu au plan didactique car il contient juste ce qui est nécessaire de documents, de citations et de faits, pour éclairer puissamment le raisonnement et convaincre le lecteur.

 

Sur la notion de preuve

 

Nous l’avons dit, c’est par induction que la méta-histoire parvient à ses conclusions ; c’est pourquoi il faut aban­donner l’idée de présenter des preuves tangibles directes (si, par extraordinaire, il s’en présente [15], elles serviront à valider les résultats spéculatifs). Mais le monde moderne les reçoit comme seules valables : il ne faut donc pas se laisser piéger en acceptant les catégories que veut nous imposer l’Adversaire.

L’exercice est difficile et l’on est sou­vent tenté de présenter comme établies des assertions qui ne sont que des hypo­thèses. Il faut travailler uniquement à par­tir de ce que l’on sait, et apprendre à re­connaître qu’on ne sait pas tout. On ne saura d’ailleurs jamais tout : le mysterium iniquitatis, le mystère d’iniquité est, et restera... un mystère [16]. On peut néan­moins dégager beaucoup de résultats qui seraient explosifs si le public était à même d’en comprendre la validité : on le voit, les frères, adorateurs de la Connaissance, n’ont pas hésité à castrer mentalement l’humanité par le subjectivisme pour conduire le troupeau en toute quiétude [17].

Il n’est pas interdit d’émettre des hy­pothèses, c’est même indispensable : la méthode scientifique consiste précisé­ment à énoncer des conjectures sur les­quelles on travaille ensuite, les secouant vigoureusement pour en tester la robus­tesse en même temps qu’on cherche à en renforcer les preuves.

Il ne s’agit pas d’arithmétique, et il convient de préciser ce que l’on entend ici par « démontrer ». Démontrer, ce sera présenter un faisceau d’indices conver­gents tellement dense que la conjecture deviendra suffisamment probable pour être reçue pour certaine.

Mais attention : comme la démonstra­tion d’un théorème pointu de mathéma­tique ne peut être reçue que par un ma­thématicien possédant les connaissances de base requises, nos démonstrations re­latives au mystère d’iniquité ne pourront l’être que par des gens possédant déjà une bonne culture en histoire générale, histoire des idées, philosophie réaliste, philosophie politique, et connaissant la doctrine catholique classique telle que l’expose, par exemple, le Catéchisme selon la Somme théologique du père Pègues [18].

S’imaginer convaincre un moderne, même possédant une culture universi­taire (contemporaine, c’est-à-dire construite sur la sophistique kantienne) en une heure de conversation, est une il­lusion. Tout au plus, pourra-t-on, si l’on a affaire à un interlocuteur intellectuelle­ment honnête et possédant un minimum de préoccupations spirituelles, tenter d’exciter sa curiosité à partir de bizarre­ries comme la symbolique du Dollar. S’il se montre réceptif, on pourra lui proposer la suite du cursus, avec pour première étape une tentative de perforation du blindage subjectiviste qui l’enveloppe. Ici, plus encore qu’ailleurs, le secours divin est indispensable.

Il faut bien réaliser que le monde entier, zones islamiques exclues – pour combien de temps ? –, est devenu franc-maçon, avec ou sans tablier. Argumentez sur les méfaits de la mondialisation : vous êtes incompris, car pour un matérialiste, même de bonne foi, pour qui les actes humains n’ont pas de fin et se résument à la jouissance du jour (carpe diem), où est le mal ? La terre n’est-elle pas qu’un grand village ? Ne vaut-il pas mieux s’entraider que de se faire la guerre ? Car, c’est en­tendu, « être contre la mondialisation » ou « contre l’Europe », c’est « préférer la guerre », comme nous l’avons encore entendu à propos du projet éducatif et culturel européen « Comenius », projet maçonnique et gnostique s’il en est [19].

Mgr de Ségur remarquait déjà il y a 150 ans que la Révolution, au sens générique du terme, est un phénomène religieux [20]  Son essence ne peut donc être comprise que par ceux qui ont la foi. Nos contemporains, aveuglés par la dialec­tique intra-révolutionnaire opposant capi­talisme et communisme, ont évidemment quelque mal à comprendre que les Etats-Unis soient, aujourd’hui, le fer de lance de la Révolution universelle.

 

J-C. Lozac’hmeur a t-il réussi dans son entreprise ?

 

Compte-tenu de la qualité de l’auteur, la question a quelque chose d’imperti­nent. Nous la posons néanmoins – dans un esprit de charité – car il est indispen­sable que nos productions contiennent le moins d’erreurs possible, si nous voulons être crédibles. Il ne faut jamais perdre de vue que l’une des méthodes favorites de l’Adversaire est de pousser à l’erreur pour discréditer ses détracteurs. Il est donc crucial de ne pas tomber dans le piège. Citons-en deux exemples minimes.

Le premier, rapporté par D. Setzepfandt, concerne les prétendus 666 panneaux de la pyramide du Louvre :

 

[...] Il faut juste savoir que le nombre symbolique, lancé à grand fracas par les initiés et repris en chœur par les médias, de 666 panneaux de verre composant la pyramide du Louvre, est totalement faux ! Il est destiné, en raison de son caractère hautement symbolique et de sa grande charge émotionnelle dans la tradition chrétienne, à avertir les adeptes que l’édifice est dédié aux 36 Décans, les maîtres terribles du destin, « générateurs » du nombre « divin » ou triangulaire 666, nombre éminemment solaire. La pyramide se compose en fait de 673 losanges ou parties de losanges[21].

 

Autre exemple : en juillet 1976, Introïbo publiait une liste de prélats donnés comme étant « initiés », information re­prise le 10 août 1976 par l’hebdomadaire italien Panorama. Il y a tout lieu de penser que ce catalogue était exact. Pour le dis­créditer, des mains invisibles ont mis en circulation, peu de temps après, une se­conde liste, reprenant les noms de la première mais en contenant également d’autres, ceux de personnalités connues pour leur orthodoxie et qui, de toute évi­dence, n’appartenaient pas à la secte [22].

La méfiance doit donc être la règle et il convient de considérer les informations émanant de la franc-maçonnerie non pas en elles-mêmes, mais comme signifiant ce qu’elle souhaite que l’on croie [23]. On com­prend alors la valeur des documents n’é­manant pas des initiés.

Il faut aussi se garder de penser que l’appartenance à l’Ordre est une garantie de sécurité et qu’un frère ne portera ja­mais tort à un autre : certains membres peuvent fort bien être exploités, voire sa­crifiés pour une cause supérieure. Commet cette méprise, qui en dit long sur sa compréhension de la Révolution, l’his­torien Aulard : « [...] Le fait que Louis XVI et ses deux frères étaient francs-maçons donne à réfléchir sur le bien-fondé de cette thèse [que la Révolution soit sortie des Loges] [...] [24] »

La franc-maçonnerie est une machine de guerre née de la malice du démon ; c’est pourquoi son arme principale est la tromperie. On le sous-estime toujours. Elle a installé un système de défenses ex­trêmement efficace à base de leurres, de labyrinthes multiples, parfois sans issue, parfois divergents, parfois convergents, et l’enquêteur est dans la situation du pari­sien naïf que le paysan roublard emmène à la « chasse au dahu ».

C’est bien pourquoi, quitte à perdre des clés de lecture, un auteur comme Augustin Cochin a refusé de s’aventurer dans l’ésotérisme maçonnique et ses pièges, pour ne s’intéresser qu’à ce qui est constatable dans l’ordre social et politique :

 

[...] On n’a cherché jusqu’ici dans la vie de ces sociétés que le mélodrame des sociétés secrètes ‑ rites, mystères, déguise­ments et complots : c’était se perdre dans un dédale d’anecdotes obscures, aux dé­pens de la véritable histoire, qui est fort claire. L’intérêt du phénomène en ques­tion n’est pas en effet dans le bric‑à‑brac maçonnique, mais bien dans le fait d’ins­tituer au sein de la nation un petit État gouverné selon ses lois propres, qui n’ont pu jusqu’à ce jour s’appliquer ailleurs [25].

 

Mais, ce faisant, s’il a apporté beaucoup à la compréhension des causes efficientes de la Révolution, il est resté impuissant devant le mur des causes finales :

 

Mais alors d’où vient qu’on tue ? D’où peut naître, comment soutenir ce fana­tisme par excellence, qui n’a que l’écorce de haine, sans l’amande de dévouement et d’amour, les inquisiteurs sans les mar­tyrs ? C’est ici que l’histoire reste en dé­faut, et se résigne à constater sans com­prendre. Elle voit bien les faits, reconnaît même leur liaison logique aux principes, et que cette humanité devait tuer, cette liberté, contraindre. Elle n’aperçoit pas l’origine, la nature des sentiments qui peuvent asservir un cœur d’homme, un peuple entier, à cette terrible logique. Expliquer 93 par le « patriotisme » jaco­bin, c’est encore expliquer un mystère par une énigme [26].

 

Celà étant, peut-on dire que J-C. Lozac’hmeur se soit fait duper à un degré ou à un autre ? A priori, le risque existait puisqu’il a fait un puissant usage de textes émanant des initiés. Mais, si des in­exactitudes de détail ne sont peut-être pas totalement à exclure et s’il convient d’ap­porter des réserves sur l’usage du mot « religion », il a réalisé de si nombreux re­coupements sur les auteurs et les pé­riodes, que nous pensons que, quant au sens général de l’ouvrage, la réponse est non. En effet, il ne retient jamais des dé­clarations maçonniques que les lignes de forces, les directions globales, lesquelles ne sont guère soumises à brouillage.

Concernant le travail de haute érudition sur les mythes, le novice peut-il juger le maître ? Nous faisons toute confiance à J-C Lozac’hmeur, et son étude – dix années de recherches universitaires avec la collaboration d’étudiants – impose le respect. Précisons qu’il n’est question dans le livre – c’est son objet propre – que d’un seul aspect de l’ésotérisme maçonnique, celui des « fils de la veuve », alors qu’il en comporte d’autres [27].

Pour ce qui est des conclusions, la ré­ponse n’est pas du tout évidente et il se­rait nécessaire de procéder à une véritable évaluation scientifique – nécessairement collégiale et avec la participation de l’au­teur. Contentons-nous ici de donner quelques impressions personnelles. Nous distinguerons entre la conclusion géné­rale et certaines conclusions particulières.

La conclusion générale est celle-ci :

 

En mimant la mort et la résurrection de leur Père, les maçons modernes ma­nifestent leur volonté de s’opposer au Dieu de l’ancien et du nouveau Testaments. Replacés dans leur contexte ésotérique, les aspects de l’ac­tion maçonnique en apparence dispa­rates s’intègrent très logiquement dans une perspective prométhéenne. Ainsi s’expliquent la lutte de la franc-maço­nnerie contre le Christianisme et ses ef­forts en vue de restaurer l’unité de la race humaine et le collectivisme de l’Age d’Or.

 

Cela nous semble parfaitement établi.

Encore, faut-il préciser que la preuve en est apportée autant par l’analyse histo­rico-politique dont quelques éléments sont livrés dans De la Ré-volution que par l’étude des mythes du présent livre. Celle-ci, si elle n’était parfaitement insé­rée dans un tissu déjà dense de preuves, n’aurait, selon nous en tout cas, pu suffire à emporter la persuasion. Autrement dit, cette étude des mythes nous apparaîtra comme une pièce-maîtresse au sein de l’édifice intellectuel élaboré par J.C. Lozac’hmeur pour comprendre les causes finales de la Révolution.

Il nous semble en revanche – ce n’est qu’une opinion – que certaines conclu­sions particulières sur l’ancienneté et l’universalité de la transmission par ini­tiation, et qui n’obèrent pas la validité du résultat général, restent du domaine de la probabilité ou de l’hypothèse et, compte-tenu de l’importance du sujet, devraient encore faire l’objet de réflexions menées contradictoirement. Par exemple, la continuité dans le temps et l’espace de la transmission initiatique ne nous semble véritablement prouvée que depuis la Renaissance. Avant, il nous paraîtrait plu­tôt, au vu des documents fournis par l’au­teur – mais il en a peut-être d’autres –, que l’on ne puisse être certain que de l’existence de segments de transmissions. Leur connexion est certes probable, mais peut-on dire plus ? Ne conviendrait-il pas aussi de préciser la cohérence entre l’af­firmation que « depuis le Déluge et Babel, ils [les initiés] se transmettent le secret des origines » (p. 149), et l’aveu que le débat entre « la polygenèse » et « le diffu­sionnisme » des mythes n’est pas tran­ché [28], même si – logiquement – J-C. Lozac’hmeur « pencherait plutôt pour le second [29] » ?

Mais ce genre de flottement est parfai­tement normal, comme le reconnaissait lucidement Mgr Jouin (1844-1932) :

 

[...] Catholiques, nous ne renonçons certainement pas à nous placer, suivant l’opportunité, au point de vue expressé­ment théologique ; mais notre dessein n’est pas et ne peut pas être de faire sur­tout œuvre dogmatique : ce qui reste pro­prement le rôle des Facultés catholiques et des publications spéciales, sans parler du magistère authentique de l’Église.

Nous n’écartons même, au nom d’une théorie préconçue, aucune opinion sé­rieuse et sérieusement appuyée, quant à l’origine, à l’interprétation et à l’histoire des symboles et des secrets occultistes. Au risque de certaines contradictions de sur­face, il est nécessaire qu’une assez large li­berté soit laissée sur ce terrain aux cher­cheurs désintéressés, dans l’intérêt même d’une enquête vraiment féconde, sur un terrain encore mal déblayé, ouvert à toutes les contestations [30].

 

Il convient maintenant d’aborder un point de vocabulaire : la franc-maçonne­rie est-elle bien « une religion » ? Cette question, en apparence assez bénigne, nous paraît néanmoins importante. Nous pouvons d’ailleurs incidemment observer une fois de plus la variabilité du discours des frères. Qu’on en juge :

Pour certains, c’en est une :

 

— Il y a une religion universelle qui renferme toutes les religions particulières du globe : c’est cette religion que nous professons ; c’est cette religion universelle que le gouvernement professe quand il proclame la liberté des cultes. (Bulletin du Grand-Orient, juillet 1856, p. 172 [31].)

 

— Il faut oser penser, oser croire, oser affirmer que ce qui nous unit, en Maçonnerie, est bien une religion inté­grale, totale, universelle, et que celle-ci est et doit être au-dessus de toute quelconque religion. (Bulletin de la Grande Loge de France, du 1er avril 1933 [32].)

 

Pour d’autres, c’est plutôt non :

 

En effet, si la franc-maçonnerie n’est pas aujourd’hui une religion, au sens courant du mot, elle provient cependant d’une antique religion ayant son Dieu, son culte, ses dogmes, ses cérémonies, etc., rivale non seulement du christianisme mais aussi du judaïsme et peut-être du paganisme officiel de la Grèce et de Rome [33].

 

Nous pourrions en citer bien d’autres. La confrontation de ces déclarations toutes plus ou moins contradictoires montre surtout que les frères veulent que l’on reçoive leurs agissements comme étant ceux, élevés, d’une religion. Ils pensent le justifier en arguant d’un « culte », de « rites », toutes choses que l’on retrouve dans les manifestations extérieures des véri­tables religions et qui sont donc propres à créer l’illusion.

Il est incontestable que l’on peut parler de « religion » si on prend le mot au sens étendu tel que le donne par exemple en troisième position le Petit Robert : « système de croyances et de pratiques, impliquant des relations avec un principe supérieur, et propre à un groupe social. ». Mais il s’agit là d’une définition métapho­rique dont l’usage ne présenterait pas d’inconvénient, s’il n’était pas associé à ce­lui du même mot dans son sens propre, qui est celui perçu communément.

Expliquons-nous. La religion, c’est ce qui relie à Dieu, au seul et unique vrai Dieu créateur. L’islam est une religion fausse dont les adeptes ont une vision er­ronée de Dieu, mais il ne fait aucun doute qu’ils ne confondent pas Allah avec une idole, un faux dieu sans consistance onto­logique. Toute religion, même déviante, comporte une certaine forme de piété et de respect que nous n’avons guère obser­vée concrètement chez les initiés.

Chez les « frères de base », il apparaî­trait plutôt que c’est d’intérêt grossier et d’orgueil flatté qu’il s’agit. Si l’on aime à répéter quelques maximes soufflées sur les bienfaits de « l’ouverture » ou le ridi­cule du « souverainisme », si l’on se plaît à réciter la prière du pharisien sur l’inté­grisme (« c’est affreux ! »), c’est beaucoup plus pour se valoriser inconsciemment – en s’auto-congratulant de n’être pas comme cela –, qu’en application de « principes supérieurs » auxquels on ad­hèrerait réellement. Il est d’ailleurs clair que pour l’immense majorité d’entre eux, le parcours initiatique s’arrête là et qu’au­cune des finalités réelles de la franc-ma­çonnerie ne leur est jamais communiquée.

A un grade moyen, on observe chez les frères [34] un grand zèle dans la transforma­tion dialectique violente du monde, une aversion pour l’être et tout ce qui est stable, paisible et harmonieux : c’est la source même de l’esprit révolutionnaire. On peut ici parler de fanatisme.

Aux hauts grades, on retrouve les ca­ractéristiques précédentes, plus ou moins masquées par un niveau plus élevé de maîtrise de soi et de cynisme.

Que les initiés présentent leur besogne comme une religion, ce qu’elle ne saurait être, ne doit pas nous étonner : nous le savons, Satan, leur maître, est non seule­ment menteur et homicide depuis le dé­but, mais aussi un contrefacteur ; son royaume est une contrefaçon du Royaume des cieux. D’où le qualificatif de « singe de Dieu » qu’on lui attribue parfois. Ne soyons pas dupes et ne leur faisons pas cet honneur. D’ailleurs, nous craignons qu’une illusion à ce sujet puisse créer des divisions au sein même de la communauté chrétienne.

 

De la perception du livre

 

Il faut prendre garde à la façon dont le livre pourra être reçu. Faire observer que certains groupes humains regardent le vrai Dieu à travers le prisme d’un sys­tème religieux dualiste totalement erroné – et J-C. Lozac’hmeur ne dit rien d’autre – est une chose ; mais il ne faudrait pas que ce constat donne l’impression d’adhèrer au même système, de façon opposée et en quelque sorte de manière symétrique. Il y a là un piège sophistique dans lequel les catholiques peu rompus à la rhétorique ne devront pas se laisser pousser. Ils sa­vent bien qu’il n’y a qu’un seul Dieu, Créateur de toutes choses, et que le mal qu’ils dénoncent dans la franc-maçonne­rie n’est pas la manifestation d’un dieu concurrent (et, qui plus est, qui aurait vaincu le précédent) ; mais l’ennemi est habile à dissimuler des pièges dans le vo­cabulaire lui-même. Parler de religion, sans plus de précision, pour désigner et la franc-maçonnerie et le catholicisme, est, selon nous, déjà y tomber un peu.

 

Une question légitime

 

Dans le même ordre d’idées, nous croyons nécessaire d’examiner la perti­nence d’une objection que l’on peut légi­timement formuler à l’encontre de qui projette une lumière crue sur l’effrayante étendue de la réalité maçonnique [35]. A trop montrer l’ampleur du mal, ne donne-t-on pas à penser que le démon l’emporte sur Dieu ? On peut répondre en se référant simplement à l’enseignement catholique ordinaire, que l’Église du Christ connaîtra les tribulations les plus extrêmes, « l’adversaire qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte, [allant] jusqu’à s’asseoir dans le sanc­tuaire de Dieu, et à se présenter comme s’il était Dieu. » (2-Th 11, 3-4), et que ce n’est qu’in fine qu’elle triomphera. Or, tout ob­servateur moyennement attentif est à même de constater le nombre inouï de lo­gos (d’entreprises et d’organismes publics ou para-publics) qui contiennent un sym­bole maçonnique, le plus souvent le clas­sique triangle, mais aussi parfois les co­lonnes du temple ou la branche d’acacia. Et si la franc-maçonnerie fait un usage si puissant du symbolisme [36], ce n’est pas uniquement pour parler à ses adeptes comme le dit Ramsay, mais aussi pour narguer secrètement les profanes qui ne se doutent de rien [37], perturber ceux qui comprennent un peu (nous !) et jouir de l’étendue toujours croissante de sa toile. Nous savons, pour avoir recueilli le témoignage de récalcitrants courageux, que dans certaines régions, il est prati­quement impossible au moindre artisan qui veut simplement travailler pour vivre de ne pas être affilié, ce qui réalise on ne peut mieux la prophétie de l’Apocalypse : « Elle fit qu’à tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, on mit une marque sur la main droite et sur le front, et que nul ne pût acheter ou vendre, s’il n’avait la marque du nom de la bête ou le nombre de son nom. » (Ap 13, 11-18)

Que, pour l’heure, le démon l’emporte, est donc une réalité aveuglante.

Bien loin de décourager les croyants, nous pensons, tout à rebours, que la prise de conscience de l’ampleur du phéno­mène et, pourrait-on dire, son adéquation avec les Écritures ne peut que conforter leur foi et leur détermination. Elle peut opérer chez eux une sorte de purification en leur faisant porter le fer prioritaire­ment dans le domaine spirituel, en les convainquant d’avance que la bataille est trop inégale et impossible à engager sur le plan temporel : on ne combat pas le diable avec les armes du diable, sauf à perdre toujours. C’est ce qu’a montré l’échec de toutes les tentatives de « contre-révolutions » au sens historique du mot. Voici ce qu’en disent très juste­ment J-C. Lozac’hmeur et B. de Karer :

 

[...] Que faire, nous dira t-on ? A quoi bon cette analyse, si toute vie politique est d’avance vouée à l’échec ? Si le monde même du « politique » est l’objet d’une gigantesque manipulation ? Nous espé­rons que le lecteur nous saura gré de cette révélation de desseins trop longtemps ca­chés, qu’il saura devenir à son tour l’ob­servateur sans illusions du spectacle donné aux profanes. Et qu’il renverra, comme nous, dos à dos les pseudo-adversaires du combat pour le pouvoir. Le laboratoire du monde, qui a livré la présente inter­prétation, dira sous peu si l’hypothèse était fondée [38].

 

La dénonciation des véritables desseins de la franc-maçonnerie est plus nécessaire que jamais, mais ne pourra être fruc­tueuse que si nous ne remplaçons pas le mea culpa par le tua culpa, qui, au fond, nous ferait passer à notre insu dans le camp de la Révolution. Telle est bien la double portée du psaume 42 :

« ab homine iniquo et doloso erue me »

Il serait quelque peu pharisien de de­mander au Bon Dieu d’écarter de nous l’homme inique et trompeur qui nous as­saille de l’extérieur, sans lui demander aussi d’éloigner celui qui est en nous [39]

 

Mises en garde

 

Ce livre peut-il être mis entre toutes les mains ? Il faut être conscient que sa lec­ture pourrait fort bien laisser à penser au sceptique que le christianisme n’est qu’un avatar des nombreux mythes qui y sont décrits et écarter ainsi de la religion [40]. Certes, l’agnostique honnête qui souhaite enquêter sérieusement sur le sujet pourra mesurer l’écart abyssal qui les sépare, en lisant par exemple L’Homme éternel de Chesterton [41], mais le fera t-il ? Autre écueil possible : à vouloir regarder le mal de trop près – comme Icare le soleil –, un certain effet de fascination obsessionnelle n’est pas non plus totalement à exclure chez les curieux au sens peccamineux du terme, avec le risque de les voir tomber dans la zone d’attraction maçonnique.

A vrai dire, nous avons la faiblesse de penser que même celui qui ne se sent pas concerné par ce genre de risque ne trou­vera qu’avantage à soigner sa vie spiri­tuelle lors des périodes durant lesquelles il s’adonne à ce genre d’étude...

 

Une visite guidée pour incrédules

 

Trop de gens, même catholiques, ignorent la véritable nature du « Grand-Œuvre » maçonnique [42], laquelle est mas­quée par le tapage médiatique incessant sur l’affairisme du même nom et qui n’est que l’accident cachant la substance [43].

Dans un livre impossible à oublier pour qui l’a lu [44], l’historien Jean de Viguerie affirme que la notion de patrie au sens de « terre de ses pères » est morte et bien morte, même si le mot a été conservé avec l’affectation tacite d’un sens tout autre : celui de « patrie des Droits de l’homme », « patrie révolutionnaire » ou « patrie du genre humain ». Il en résulte que, parallè­lement, les guerres postérieures à la Révolution française, qui affichent tou­jours pour objectif la « défense de la pa­trie », sont ipso facto devenues des guerres révolutionnaires, des guerres visant à éliminer les ennemis de « l’unité du genre humain » que sont les religions dogma­tiques et les États souverains. Mais l’homo nostra ætate, subjectiviste et matérialiste, trouvera à n’en pas douter – nous en avons fait l’expérience – que l’exposé, abstrait, de Jean de Viguerie, ne relève que de l’opinion : « c’est son point de vue ». C’est alors que les travaux de J.C. Lozac’hmeur pourraient venir à la res­cousse. Toutes les communes possèdent leur monument aux morts de la guerre de 1914-1918 et il est aisé de les faire visiter. Le plus souvent, il s’agit d’un obélisque plus ou moins tronqué figurant une tour de Babel, mais parfois, même dans de pe­tits bourgs, ils comportent une statuaire qui, symbolise l’une ou l’autre des va­riantes du mythe décrit par J-C. Lozac’hmeur. On y voit « le père » mort, couché à terre ou dans son cercueil, « la veuve », éplorée à ses pieds et la « Connaissance » qui a survécu, ailée et triomphante, entourée des « fils » qui se dressent, menaçants. Mieux, les véritables objectifs de cette guerre figurent parfois sur le monument, gravés dans la pierre ou le bronze, sans avoir jamais, à notre connaissance, suscité la moindre réaction. « ... morts pour la France et la paix du monde ». Cette guerre – treize millions de morts selon Malet-Isaac – s’inscrivait bel et bien dans le Grand-Œuvre, car la « paix perpétuelle  » de Kant, qui n’est autre que la paix par la décérébration universelle, commence par la guerre. C’est ainsi.

Mais le guide s’entendra probablement rétorquer par son allocutaire, que le mort ne symbolise rien d’autre que les victimes d’un conflit provoqué par les princes, éternels fauteurs de guerre, que la jeune femme ailée n’est autre qu’une allégorie de la victoire et les enfants, les pupilles de la nation... Quoi de plus naturel ?

Et l’on retombe ici sur les difficultés majeures auxquelles est confrontée toute tentative d’investigation sur la franc-ma­çonnerie : le brouillage des pistes, la mul­tiplicité des interprétations possibles et l’équivoque permanente dans les signes et symboles qu’elle appose – de plus en plus d’ailleurs – dans l’espace public. Parmi ces interprétations, il en est tou­jours une qui satisfait, en le flattant, le bon sens de l’homme de la rue [45], car, étant à sa portée, il l’a comprise.

Henri Verlhac

 

Jean-Claude Lozac’hmeur, Fils de la veuve, Recherches sur l’ésotérisme maçon­nique, Éditions de Chiré (86190 Chiré-en-Montreuil), 2002, 288 p.


[1] — Voir J-C. Lozac’hmeur & Bernaz de Karer, De la Ré-volution, Villeguenon, 1992, p. 168. (Éditions Ste-Jeanne d’Arc, Les Guillots, 18260 Villeguenon).

[2] — Rappelons que selon Aristote (« Seconds analy­tiques », II, 11), il existe quatre sortes de causes : ma­térielle, formelle, finale et efficiente (Causæ autem quatuor sunt : una quæ explicat quid res sit ; altera, quam, si quædam sint, necesse est esse ; tertia quæ quid primum movit ; quarta id, cujus gratia.) L’histoire évé­nementielle s’intéresse aux causes matérielle, formelle et efficiente. Elle refuse généralement de prendre en compte la notion de cause finale, ou, lorsqu’elle s’y aventure, elle le fait de façon très limitée, ce qui la prive de toute compréhension réelle.

[3] — Étymologiquement : « qui a la vue bouchée par un nuage ».

[4] — Mgr Ghika, Pensées pour la suite des jours, Paris, 1952, p. 109.

[5] — Voir Le Sel de la Terre n°2.

[6] — « La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes », Paris, Dervy Livres, rééd. 1986, 3 tomes.

[7] — « La franc-maçonnerie », Paris, P.U.F.(« Que sais-je ? »), 9e édition, 1984.

[8] — « La symbolique maçonnique », réédition Dervy Livres, Paris, 1985.

[9] — « Aperçus sur l’initiation », Éditions Traditionnelles, Paris 1953 ; réédité en 1985.

[10] — Un mythe, nous précise J-C Lozac’hmeur, en accord sur ce point avec l’initié René Guénon qu’il cite, n’est pas une légende sans fondement, mais une sorte de parabole, récit symbolique qui véhicule une doctrine sous le voile d’une légende, que seuls peu­vent décrypter les « initiés ».

[11] — Le chapitre 11 de la Genèse rapporte comment Dieu mit fin, en dispersant les hommes et en brouil­lant les langues, à la première tentative de domination universelle obtenue – déjà ! – grâce à la technologie (briques et non pierres, bitume et non mortier) et à la fusion des cultures.

[12] — Gageons que d’aucuns sauront en tirer un ar­gumentaire concret, en lui adjoignant une bonne photocopie couleur dudit billet !

[13] — Contacter l’A.F.S., 31 rue Rennequin 75017 Paris. Cette étude ne dénonce pas suffisamment la complaisance envers la franc-ma­çonnerie dont fait montre la hiérarchie post-conci­liaire, notamment sur le plan disciplinaire. Mais , par le fait même qu’il affiche sa soumission à la hiérarchie – plus formelle que réelle d’ailleurs –, cet excellent livre peut pénétrer dans certains milieux dont l’accès reste barré aux publications émanant de l’orbite « lefebvriste ».

[14] — Éditions de Chiré (86190 Chiré-en-Montreuil).

[15] — De rares fois dans l’histoire, à des époques où il se trouvait encore des autorités civiles ou ecclésias­tiques hostiles à la franc-maçonnerie, il est advenu que des documents secrets émanant des Loges soient divulgués. Ces pièces revêtent une grande va­leur aux yeux des historiens, et les publications qui en ont résulté présentent des garanties de fiabilité supé­rieures aux autres. Citons notamment : les célèbres Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’abbé Barruel (Londres, 1797), qui utilisa les pièces récupérées par l’Electeur de Bavière après le foudroiement accidentel d’un prêtre apostat adepte du Dr. Weishaupt, fondateur des « Illuminés de Bavière ». Ou encore L’Église romaine en face de la Révolution publié en 1859 par Crétineau-Joly, à la demande du pape Pie IX, sur la base de documents saisis aux Carbonari, notamment en provenance d’une loge nommée la « Haute Vente ». Plus près de nous, Jacques Ploncard d’Assac, auteur de l’ou­vrage Le Secret des francs-maçons, a pu travailler sur les archives trouvées dans les Loges durant l’occupation, époque durant laquelle la franc-maçonnerie était hors la loi. Encore convient-il de préciser que, dans ce der­nier cas, les prises furent de peu d’intérêt, les pièces les plus compromettantes ayant été mises à l’abri en temps utile. De plus, en dépit de son banissement of­ficiel, la franc-maçonnerie comptait encore des membres dans différents services de l’État sous le ré­gime du Maréchal Pétain.

[16] — « Mystère » ne signifie pas qu’il n’y a rien à comprendre, mais au contraire que la réalité dépasse les limites de notre intelligence. En l’occurrence, le mystère d’iniquité est en quelque sorte l’envers du mystère de la Rédemption et ne peut vraiment se comprendre qu’à sa lumière. Sans jamais oublier, donc, que le Christ est, de toute manière, vainqueur.

[17] — « La nation est un grand troupeau qui ne songe qu’à paître, et, qu’avec de bon chiens, les bergers mè­nent à leur gré. » (Mai 1789, haut-initié Chamfort dialoguant avec Marmontel ; cité par J-C. Lozac’hmeur et B. de Karer, De la Ré-volution, p. 26)

[18] — Père Pègues O.P., Catéchisme selon la Somme théologique. Le texte en est paru dans Le Sel de la terre, numéros 6 à 33. Il est également disponible aux Éditions Saint Rémy. A défaut, contacter contra.impetum.fluminis@wanadoo.fr pour en rece­voir gratuitement une version numérisée.

[19] — Il faut dire que les initiés réussissent toujours, par le contrôle de l’histoire (« Qui contrôle le passé, contrôle le présent, qui contrôle le présent, contrôle le futur » dixit Big Brother), à faire endosser la respon­sabilité de leurs guerres à ceux qu’ils veulent détruire. Précisons que certains établissements d’enseignement dits catholiques participent à cette opération émi­nemment antichrétienne.

[20] — Mgr de Ségur, La Révolution expliquée aux jeunes gens, Paris, Éd. du Trident, 1989, p. 13.

[21] — Dominique Setzepfandt, Guide du Paris éso­térique, Paris, Faits et Documents, (BP 254-09, 75424 Paris Cedex 09), 1998, p. 22.

[22] — Pour une enquête sur ces listes de prélats francs-maçons diffusées en 1976 et 1978, voir la brochure de Carlo Alberto Agnoli, La Maçonnerie à la conquête de l’Église, publications du Courrier de Rome (B.P. 156 – 78001 Versailles), 2001 (2e éd. complétée).

[23] — Par exemple, d’après certains auteurs anti-ma­çonniques, les grades 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 15, 16, et 19 à 29 n’existeraient pas et ne seraient que des leurres destinés à nourrir les phantasmes des profanes et à brouiller les pistes. Qu’en est-il réellement ?

[24] — Cité par François Furet (qui ne le contredit pas) dans Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, 1983 (nouvelle édition revue et corrigée), p. 215.

[25] — Augustin Cochin, Les Sociétés de pensée et la démocratie moderne, Paris, Copernic, 1978, p. 215-216. Ce texte ayant plus de 50 ans est libre de droits ; pour en recevoir gratuitement une copie numérisée, écrire à contra.impetum.fluminis@wanadoo.fr. Mais la vision d’Augustin Cochin, trop exclusivement mé­caniciste, limite sa compréhension du système.

[26] — Augustin Cochin, ibid.

[27] — On en retrouve les traces dans les deux livres de Dominique Setzepfandt signalés plus haut.

[28] — La réponse à cette question est tout à fait fon­damentale et on peut même dire qu’elle subordonne une bonne partie de l’argumentation de J-C. Lozac’hmeur. Il est clair qu’il a opté implicitement pour le diffusionnisme, même s’il affirme seulement que cette hypothèse n’a que « sa préférence ».

[29] — Voir p. 12-13.

[30] — Cité par la revue Lecture et Tradition (86190 Chiré -en-Montreuil), n° 293/294, p. 30.

[31] — Cité par Mgr Delassus, La Conjuration anti-chrétienne, Lille, DDB, 1910, t. I, p. 214.

[32] — Cité par Jean Ousset, Pour qu’Il règne, Bouère, Dominique Martin Morin, 1986, p. 139.

[33]Revue Maçonnique, nov.-déc. 1897, p. 227. Cité par J-C. Lozac’hmeur de la Ré-volution, p. 9.

[34] — Nous en avons, hélas, quelque expérience.

[35] — Il semblerait d’ailleurs que les mots de « franc-maçon » ou de « franc-maçonnerie » deviennent de plus en plus difficiles à prononcer, y compris au sein de la Tradition, et qu’on leur en substitue d’autres, à base de « gnose », qui, même si leurs sens sont corré­lés, n’en sont pas pour autant des synonymes. Est-ce l’effet de la peur ? C’est bien possible. Mais c’est re­grettable, car il en résulte une confusion qui vient s’ajouter à toutes celles entretenues par l’Adversaire.

[36] — On pourra aussi, à ce sujet, consulter l’extraor­dinaire Paris maçonnique de Dominique Setzepfandt, édité par Faits & Documents (BP 25409, 75424 Paris Cedex 09). Les inconditionnels de la preuve tangible (i.e. « que l’on peut toucher ») et autres railleurs de la « thèse du complot » pourront parcourir Paris livre en mains et se convaincre de l’an­cienneté de l’emprise maçonnique.

[37] — Combien de propriétaires de Citroën savent que le double chevron qu’ils ont sous les yeux lorsqu’ils conduisent est un symbole maçonnique ? (Sans parler du triangle de leur mutuelle qu’ils peuvent contem­pler sur le pare-brise quelques décimètres plus loin !)

[38]De la Ré-volution, p. 12.

[39] — « A la messe, je réalise tout à coup le sens du premier verset du psaume introductif Judica me. Il ne s’agit pas des autres… C’est de moi-même qu’il s’agit de se dégager. C’est moi qui suis la gens non sancta… plein de mensonges et de subterfuges. A la place de cet homme malpropre et superficiel, Seigneur, dégage l’homme vrai et droit. » Paul Claudel, Journal, fé­vrier 1936. Cité dans le livre Introibo ad altare Dei, La messe commentée, Abbaye de Fontgombault (36220), 1994, p. 16.

[40] — D’autant qu’un chapitre entier (ch. V) est consacré aux « Comparaisons avec les données de la Bible ». S’il est mal compris ou lu dans un esprit d’hostilité sceptique, il aura plutôt tendance à faire ressortir ce faux-parallélisme, les analogies entre « les deux traditions » y étant qualifiées d’ « incontestables », même si les différences – ou plu­tôt les symétries – sont clairement soulignées. Pour un athée, les deux « traditions » relèveront également du délire imaginatif des hommes.

[41] — G. K. Chesterton, L’Homme éternel, Bouère, Dominique Martin Morin, 1999.

[42] — Comme ils ignorent le plus souvent aussi que les frères sont derrière les sociétés de bienfaisance, à de très rares exceptions près : il nous a été donné, il y a peu, de voir des fidèles de la Tradition participer acti­vement au Téléthon.

[43] — La grande presse et la grande édition étant sous contrôle, il convient de ne pas perdre de vue que les livres, même apparemment critiques, sur la franc-ma­çonnerie sont publiés avec son accord, voire – dialec­tique oblige - à sa demande. Les causes peuvent être diverses : banalisation, guerre des loges, publicité, démonstration de force, …

[44]Les Deux patries, Bouère, DMM, 1998. [Recension dans Le Sel de la terre 30, p. 212-223.]

[45] — La seconde « guerre du Golfe » qui s’achève au moment où nous écrivons ces lignes, n’avait-elle pas tout bonnement pour objectif de « faire main-basse » sur le pétrole irakien ?!

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 45

p. 229-241

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