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Du « mythe de la substitution » à la religion noachide

 

 

 

par Michel Laurigan

 

 

 

La crise qui secoue actuellement l’Église de Dieu s’inscrit nécessairement, vue de haut, dans le combat multiséculaire entre l’Église et la Synagogue de Satan (Ap 2, 9).

A cet égard, le XIXe siècle fut témoin de l’élaboration d’un nouveau plan d’assaut contre la citadelle catholique, plan révélé en 1884 par Élie Benamozegh.

Ce rabbin kabbaliste de Livourne, l’un des maîtres de la pensée juive contemporaine, proposa alors – non pas d’effacer le catholicisme de la surface de la terre – mais de le « métamorphoser » selon les critères de la loi noa­chide [1].

Vatican II a-t-il été la tentative de mise en application de ce plan ?

C’est la question que Michel Laurigan aborde dans cet article.

Le lecteur en percevra toute l’actualité en consultant, dans les documents du présent numéro du Sel de la terre, le message adressé aux B’nai B’rith par Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg.

Le Sel de la terre.

 

 


« Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa posté­rité » (Gn 3, 15).

 

A L’OCCASION de la remise du prix Nostra ætate [2] le 20 octobre 1998 à la synagogue Sutton Place (New York) que lui ont décerné, conjoin­tement, Samuel Pisar et le Centre pour la Compréhension entre juifs et chrétiens de l’université du Sacré-Cœur de Fairfield (USA), le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, fit une déclaration [3] au titre prometteur : Chrétiens et juifs demain ? Cette déclaration, d’une importance qui n’échappa à personne en son temps, mérite encore aujourd’hui notre attention. Devant les sommités du monde judaïque, le cardinal présenta une fresque historique des re­lations entre juifs et chrétiens et fit une analyse approfondie de l’œuvre du salut de l’humanité. On pouvait espérer un rappel des données de la théologie catho­lique sur l’histoire du salut. Il n’en fut rien. Ce fut même la présentation d’une nouvelle théologie de l’histoire. Quelques citations du cardinal permettront de saisir la gravité des propos et introduiront cette étude.

 

Au moment d’aborder le troisième millénaire de l’ère chrétienne, une nouvelle époque de l’histoire de l’humanité a commencé. Une page de l’histoire de l’huma­nité est en train de se tourner. Dans les relations entre les chrétiens et les juifs, les chrétiens ont enfin ouvert leurs yeux et leurs oreilles à la douleur et à la blessure juives. Ils veulent porter le fardeau sans le rejeter sur d’autres et ils n’ont pas cherché à s’innocenter [4].

 

De quelle faute les chrétiens doivent-ils porter le fardeau ? Le cardinal se charge d’y répondre en un chapitre intitulé : « L’élection et la jalousie », chapitre qui serait à citer en son entier tant l’histoire du salut est dévoyée. L’élection est celle du peuple juif infidèle, élection jamais révoquée, avec la « mise en réserve de l’élu ». La jalousie est celle des chrétiens :

 

Une jalousie telle, à l’égard d’Israël, qu’elle a très vite pris la forme d’une re­vendication d’héritage. Éliminer l’autre si proche et pourtant si différent ! Les païens devenus chrétiens eurent accès à l’Écriture sainte et aux fêtes juives. Mais un mou­vement de jalousie humaine, tout humaine, les mena à rejeter à la marge, ou à l’ex­térieur, les juifs (entendez leur judaïsme [5], leurs pratiques, leurs rites, leurs croyances).

 

En effet, dit le cardinal, « le nombre et la puissance des païens convertis bou­leversèrent, renversèrent l’ordre de la dispensation du salut. Ce mouvement tendit à vider de son contenu concret, charnel historique, l’existence juive et conçut la vie de l’Église sous la figure d’un accomplissement final de l’espérance et de la vie juive [6]. Ainsi se développa la théorie de la substitution [7] ».

Le cardinal Lustiger poursuit en tentant de prouver que les juifs ont été ainsi dépossédés par les chrétiens de leur rôle du peuple élu, de peuple sacerdotal qui apporte le salut aux hommes :

 

Constantin ayant garanti aux chrétiens une tolérance qui équivalait à la recon­naissance du christianisme dans la vie de l’État, voire d’en faire la religion de l’Em­pire, les juifs furent brusquement mis à l’écart. C’était une manière simpliste et gros­sière de refuser le temps de la rédemption [8] et son travail d’enfantement .

La mythologie [9] de la substitution du peuple chrétien au peuple juif se nourris­sait donc d’une secrète et inassouvissable jalousie et rendait légitime une captation de l’héritage d’Israël dont on pourrait multiplier les exemples. Je n’en cite qu’un : la revendication des rois de France d’être descendants de David ; ce qui amena leurs conseillers à faire célébrer leurs sacres suivant le cérémonial prévu pour les rois d’Israël, telle que la Bible nous le rapporte, comme déjà l’avait fait Byzance [10].

 

Au terme de sa fresque historique et de sa singulière théologie de l’histoire, le cardinal rassure ses auditeurs. Les temps ont changé : le temps du mépris s’achève pour laisser place à celui de l’estime [11]. L’héritage sera bientôt rendu à son légitime propriétaire, le peuple juif, véritable Israël, redevenu le peuple sa­cerdotal [12] qui apportera l’authentique salut aux nations, la paix aux Gentils et… l’unité dont le monde a besoin. Sa conclusion s’achève sur cette espérance :

 

Cette prise de conscience s’est condensée, pour l’Église catholique, dans la dé­claration Nostra ætate du concile Vatican II. Et depuis trente ans, elle a donné lieu à de nombreuses prises de position, particulièrement sous l’impulsion du pape Jean-Paul II. Mais cette compréhension neuve doit encore remodeler en profondeur les préjugés, les idées de tant de peuples qui appartiennent à l’espace chrétien, mais dont le cœur n’est pas encore purifié par l’esprit du Messie. L’expérience historique nous le montre : il faut une longue « patience » et un grand effort d’éducation pour « posséder son âme » (Lc 21, 8). Cependant, la direction prise est irréversible.

 

Résumons : captation d’héritage par les chrétiens, jaloux, qui ont supplanté les juifs dans leur rôle de peuple de Dieu et d’instrument de salut du monde. Reconnaissance et confession de cette faute au XXe siècle après une prise de conscience qui eut lieu au concile Vatican II. L’héritage doit nécessairement reve­nir aux juifs dépossédés. Il faudra réparer la faute commise et donner du temps au temps pour changer l’esprit des chrétiens. La marche de l’histoire est irréversible.

Plus récemment – en 2002 –, le cardinal Lustiger est intervenu devant le congrès juif européen [13], devant le congrès juif mondial [14] et devant le comité juif américain [15] pour exposer « sa réflexion sur l’élection et la vocation d’Israël et ses rapports avec les nations ». Son judéo-christianisme syncrétique [16] semble plaire aux élites du judaïsme sans que personne, dans le monde catholique, ne s’émeuve vraiment de l’hétérodoxie de la pensée.

Comment un cardinal a-t-il pu réécrire à la fin du XXe siècle l’histoire du salut au point de nier toute l’œuvre rédemptrice du Christ-Jésus, continuée par son Église ? Comment s’est opérée la subversion spirituelle au XXe siècle ? Est-ce au concile Vatican II comme le laisse accroire le cardinal Lustiger ? Si l’Église n’est plus le verus Israël que devient-elle dans cette nouvelle théologie de l’Histoire ? C’est à ces questions délicates que cette étude tente de répondre.

 

 

« Retrouver l’héritage » :

les tentatives dans l’histoire

 

Choisi par Dieu, à l’origine, pour une mission magnifique, – donner le Sauveur aux hommes – le peuple juif fut pendant les deux millénaires qui précé­dèrent Jésus-Christ, l’espoir et l’honneur de l’humanité. Il gardait l’héritage des promesses divines, rendait témoignage au vrai Dieu au sein de l’idolâtrie païenne, conservait ici-bas la foi, la vérité, le culte pur et substantiel du Père qui est aux cieux, et l’attente préventive du Sauveur du monde. Jusqu’à Notre-Seigneur Jésus-Christ, les juifs ont été, en toute vérité « le peuple de Dieu » ; en naissant de la race d’Abraham, le Christ-Jésus l’a couronnée et consacrée de sa propre sainteté.

Mais le Calvaire a séparé en deux le peuple élu : d’une part, les disciples, les apôtres, les premiers chrétiens qui ont reconnu en Jésus crucifié le Messie venant accomplir la Loi et les Prophètes et qui ont adhéré pleinement à son message, à son esprit et à son corps mystique : l’Église. De l’autre, ceux sur la tête desquels, selon leur vœu, est retombé le sang du Juste [17], les vouant à une malédiction qui durera autant que leur rébellion.

« Entre l’ancien temps et les temps nouveaux, le déicide a creusé un abîme que la miséricorde divine comblera un jour, quand la justice aura fait son œuvre » écrit Mgr Delassus [18].

Depuis deux millénaires, ceux qui ont répudié la loi de Moïse pour celle du Talmud se sont employés à faire échouer l’œuvre rédemptrice. Ils ont été de toutes les révoltes de l’esprit humain contre Dieu, contre son Christ – qu’ils n’ont pas voulu reconnaître –, et contre son Église considérée comme « l’usurpatrice ». Tout en se protégeant contre eux et tout en rappelant l’horreur du déicide, l’Église n’a jamais cessé de les poursuivre de sa charité pour les ramener au bercail, à la source de la grâce, au Calvaire où coula le sang rédempteur. Cette charité poussa même l’Église à les protéger, rejetés qu’ils ont souvent été des populations chrétiennes. Les vrais convertis [19] ont maintes fois confirmé la charité de l’Église à leur égard.

Pourtant les ouvriers d’iniquité furent peu touchés par cette mansuétude des pontifes romains. A chaque siècle, les assauts contre l’Église et contre la cité ca­tholique redoublèrent. Josué Jéhouda, auteur d’un ouvrage intitulé L’Antisémitisme, miroir du monde [20] décrit ceux des périodes moderne et contemporaine :

 

Trois tentatives du monde judaïque ont visé à épurer la conscience chrétienne des miasmes de la haine, trois brèches opérées dans la forteresse vétuste de l’obscu­rantisme chrétien, trois étapes dans l’œuvre de destruction du catholicisme dogmatique.

 

Ces trois étapes sont : la Renaissance, la Réforme, la Révolution :

 

La Renaissance, la Réforme et la Révolution constituent trois tentatives pour rectifier la pensée chrétienne en l’amenant au diapason du développement progressif de la raison et de la science [21].

 

L’auteur précise : « Nonobstant ces trois tentatives pour purifier le dogme chré­tien de son antisémitisme la théologie chrétienne n’a pas encore aboli son mépris à son égard. » C’est pourquoi « au cours du XIXe siècle, deux nouvelles tentatives d’assainir la mentalité du monde chrétien ont été opérées, l’une par Marx et l’autre par Nietzche ».

Le penseur juif déplore l’insuccès partiel de ces deux nouvelles tentatives. La forteresse du catholicisme tient bon. Il faut attendre l’après Seconde Guerre mon­diale pour que soit lancé l’assaut le plus subtil et le plus destructeur contre l’Église catholique romaine : faire changer la théologie catholique par les hommes d’Église eux-mêmes. « Une révolution en tiare et en chape » initiée au XIXe siècle par les Carbonari, poursuivie par les modernistes au XXe siècle et qui triomphe au concile Vatican II.

 

 

Vatican II : la porte ouverte…

 

Dès après la Seconde Guerre mondiale, les organisations juives ont cherché à interpeller le monde chrétien sur la nécessité de réviser l’enseignement de l’Église sur le judaïsme.

En 1946, la conférence d’Oxford, sous les auspices des organisations juives américaines et britanniques, réunit les catholiques et les protestants pour débattre des problèmes rencontrés après la guerre : une simple prise de contact. Une se­conde conférence internationale organisée à Seelisberg, en Suisse, s’intéressa au problème particulier de l’antisémitisme. Dans une large mesure, c’était un ras­semblement d’experts [22]. Parmi la soixantaine de participants, l’abbé Journet [23]. Jacques Maritain, quant à lui, n’eut pas la possibilité de participer à la confé­rence ; il envoya un chaud message d’encouragement [24]. Ce fut Jules Isaac qui devint le personnage « clef » de cette rencontre. La conférence s’acheva par une charte nommée : Les dix points de Seelisberg. De ces dix points, on retiendra :

5. Éviter de rabaisser le judaïsme biblique ou post-biblique dans le but d’exal­ter le christianisme.

6. Éviter d’user du mot « juif » au sens exclusif de « ennemis de Jésus », ou de la locution « ennemis de Jésus » pour désigner le peuple juif tout entier.

7. Éviter de présenter la passion de telle manière que l’odieux de la mise à mort de Jésus retombe sur tous les juifs, ou sur les juifs seuls.

9. Éviter d’accréditer l’opinion impie que le peuple juif est réprouvé, maudit, réservé pour une destinée de souffrances.

« Les archives de Jules Isaac [25] portent témoignage des activités débordantes de notre auteur. » Ainsi s’exprime André Kaspi qui vient de consacrer une bio­graphie à la personnalité de Jules Isaac. Il y confirme nombre de faits connus et en révèle quelques autres. Une des contributions les plus importantes de Jules Isaac fut la rédaction du livre Jésus et Israël, qui cherchait à prouver que le peuple juif ne fut ni déicide, ni maudit ; que le christianisme fut responsable par son anti-judaïsme théologique de l’antisémitisme ambiant. Cet ouvrage exposait ensuite vingt et un points, véritable « charte » d’une nouvelle théologie des rap­ports judéo-chrétiens.

En 1948, Isaac fonde l’Amitié judéo-chrétienne dont le but est nettement affi­ché : le « redressement de l’enseignement chrétien ». De nombreux libéraux chez les catholiques participent à ces réunions très orientées. « Partout sont distribués les dix points de Seelisberg et les vingt et un points de Jésus et Israël [26] » écrit Kaspi. Dans le même temps, on convainc Isaac de rencontrer le chef de l’Église catholique. Pie XII le reçoit brièvement le 16 octobre 1949 à Castel Gandolfo. Jules Isaac expose au souverain pontife les dix points de Seelisberg. Le résultat de la rencontre est assez peu satisfaisant pour l’auteur des manuels d’histoire.

En octobre 1959, Cletta Mayer et Daniel Mayer – fondateurs du CEPA (Centre d’Etudes des Problèmes Actuels) en lien très étroits avec l’Anti Defamation League, (association créée en 1913 par la loge maçonnique du B’nai B’rith) – « rencontrent Jules Isaac à Paris, à l’hôtel Terminus et lui parlent d’une éven­tuelle démarche auprès de Jean XXIII. Jules Isaac approuve [27] ».

L’idée de convoquer un concile avait été lancée par Jean XXIII quelques mois plus tôt [28]. Une commission préparatoire se mit à l’œuvre à laquelle participèrent nombre de théologiens et d’hommes éminents. Mais un contre-concile se prépa­rait dans l’ombre qui devait supplanter le vrai à l’heure venue. Ralph Wiltgen l’a suffisamment prouvé dans Le Rhin se jette dans le Tibre, le concile inconnu [29].

A la mi-juin 1960, Isaac s’adressa – sur conseil de Mgr Julien – au cardinal Augustin Bea, jésuite allemand. « Auprès de lui, je trouvais un puissant soutien. » Il est vrai que de mauvaises langues soupçonnaient le cardinal Bea d’être « resté juif en son cœur [30] ». Le soutien fut encore plus puissant que ce que pouvait es­compter Isaac. Il obtint sans difficultés majeures l’audience de Jean XXIII le 13 juin 1960. A cette occasion, Isaac remit au pape un mémoire intitulé : De la nécessité d’une réforme de l’enseignement chrétien à l’égard d’Israël. « Je deman­dais si je pouvais remporter quelques étincelles d’espoir », se rappelait Isaac. Jean XXIII lui répliqua qu’il avait droit à plus que de l’espoir, mais « qu’il n’était pas monarque absolu ». Après le départ d’Isaac, Jean XXIII fit clairement comprendre aux administrateurs de la Curie vaticane qu’une ferme condamnation de « l’antisémitisme » catholique était attendue du Concile qu’il venait de convo­quer. Dès lors, il y eut un assez grand nombre d’échanges entre les bureaux du Concile au Vatican et les organisations de l’American Jewish Comittee et de l’Anti-Defamation-League comme des B’nai B’rith. Ces associations juives surent se faire entendre haut et fort à Rome [31].

En effet, si Isaac travaillait d’arrache-pied, il n’était pas seul. Le rabbin Abraham J. Heschel du séminaire théologique juif de New York qui avait entendu parler de Bea pour la première fois trente ans auparavant à Berlin [32], chercha à rencontrer le cardinal à Rome. A cette occasion, les deux hommes s’entretinrent de deux dossiers préparés par l’American Jewish Comittee, un sur L’image des juifs dans les enseignements catholiques ; un autre de vingt-trois pages sur Les éléments antijuifs dans la liturgie catholique.

 

Heschel déclara qu’il espérait que le Concile purgerait les enseignements catho­liques de toute suggestion que les juifs étaient une race maudite. Et ce faisant, ajouta Heschel, le Concile ne devrait en aucune manière exhorter les juifs à devenir chrétiens [33].

 

A la même époque, le Dr Goldmann, chef de la conférence Mondiale des Organisations juives, fit part, lui aussi, à Jean XXIII de ses aspirations. De même, les B’nai B’rith firent pression pour que les catholiques réforment la liturgie et suppriment de leurs services religieux toute parole qui pût sembler être défavo­rable aux juifs et qui rappelle le « déicide ».

 

De doctes têtes mitrées, proches de la Curie, avertirent que les évêques, lors du Concile, feraient bien de ne pas toucher à cette question, fût-ce avec des crosses longues de trois mètres. Restait Jean XXIII. Qui dit, lui, qu’ils devaient le faire [34].

 

A Rome on s’affaira donc à la rédaction d’un texte sur le judaïsme auquel tra­vaillent le père Baum, de même que Mgr John Osterreicher [35], membres de l’état-major de Bea. La déclaration qui contenait une réfutation claire de l’accusation de déicide devait être présentée à la première session du Concile qui allait s’ouvrir le 11 octobre 1962. Une telle rédaction plut au congrès juif mondial qui fit part de sa satisfaction et décida d’envoyer le docteur Chaïm Y. Wardi, israélien, comme observateur officieux au Concile.

 

Le Vatican fut immédiatement assiégé de protestations des pays arabes, indigné par le traitement préférentiel accordé aux juifs. En conséquence, en juin 1962, la Secrétairerie d’État, en accord avec le cardinal Bea, fit retirer de l’ordre du jour la discussion du projet de déclaration De Judœis préparé par le secrétariat pour l’Unité des chrétiens [36].

 

Assez proche de la Curie pour avoir les adresses privées de 2 200 cardinaux et évêques résidents temporaires à Rome, une agence envoya, dans le même temps, un livre de 900 pages à chacun d’entre eux, livre intitulé Il Complotti contra la Chiesa signé d’un pseudonyme, Maurice Pinay. La thèse du livre – appuyée de nombreux faits et de multiples citations – était que, de tout temps, les juifs ont cherché à infiltrer l’Église pour subvertir son enseignement et qu’ils sont sur le point d’y réussir. Une telle documentation devait prévenir les Pères conciliaires d’une manœuvre subversive au sein du Concile. La prudence était de rigueur.

Le retrait du projet de déclaration sur les juifs à la première session du Concile fut un véritable échec pour Bea qui ne se laissa pourtant pas abattre. Il rencontra dans le plus grand secret [37] le 31 mars 1963 à l’hôtel Plana à New York les auto­rités de L’American Jewish Comittee qui firent pression pour que les évêques ré­unis changent la théologie de l’Église sur l’histoire du salut. « Globalement, dit-il, les juifs sont accusés d’être coupables de déicide, et sur eux pèserait, suppose-t-on, une malédiction. » Il réfuta ces deux accusations et rassura les rabbins. Ceux-ci présents dans la salle voulurent savoir si la déclaration dirait explicitement que le déicide, la malédiction et le rejet du peuple juif par Dieu étaient des erreurs de l’enseignement chrétien. Bea répondit de façon évasive, et tout ce beau monde se sépara en buvant un verre de sherry !

Peu de temps après fut jouée la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire qui ca­lomniait Pie XII sur son attitude pendant la guerre. Le moyen de pression était assez peu élégant, mais il pouvait influencer l’assemblée conciliaire…

Au cours de la deuxième session du Concile, à l’automne 1963, la déclaration sur les juifs parvint aux évêques. Elle formait désormais le quatrième chapitre d’une déclaration sur l’œcuménisme ce qui lui permettait, semble-t-il, de passer plus inaperçue. La distribution du projet aux Pères conciliaires fut considérée par M. Schuster, directeur pour l’Europe du Comité juif américain comme l’un « des plus grands moments de l’Histoire ». Le texte fut longuement discuté [38] puis étrangement retiré du vote en fin de session. Les tenants de l’orthodoxie catho­lique venaient de distribuer plusieurs ouvrages sur Les Juifs à la lumière de l’Écri­ture et de la Tradition [39] qui devaient alerter les Pères conciliaires des ruses de l’ennemi. Il semble qu’une nouvelle fois, ces mises en garde furent entendues. « Il s’est passé quelque chose dans les coulisses » commenta la Conférence nationale catholique d’aide sociale.

Sans entrer dans le détail d’une longue histoire, disons que deux autres pro­jets vont être proposés et longuement discutés lors de la troisième et lors de la quatrième session. Pendant les années 1964 et 1965, les interventions juives au­près de Paul VI vont se multiplier. Les personnages les plus influents auprès du pape seront Joseph Lichten de la Ligue anti-diffamation du B’nai B’rith, Zachariah Schuster et Leonard Sperry du Comité juif américain, le cardinal américain Spellman, Arthur J. Goldberg, juge à la Cour suprême, et le rabbin Heschel.

Roddy révèle :

 

A Rome, (avant la troisième session) six membres du Comité juif américain furent reçus en audience par le pape. Ce dernier affirma à ses visiteurs qu’il approu­vait tout ce que le cardinal Spellman avait dit sur la non-culpabilité des juifs.

 

Quelques lignes plus loin, il souligne encore :

 

Accompagné de Schuster, Heschel rencontra Paul VI et parla énergiquement du déicide [40] et de la culpabilité et demanda au pontife de faire pression pour qu’il y ait une déclaration interdisant aux catholiques tout prosélytisme vis-à-vis des juifs [41].

 

Le 20 novembe 1964, lors de la troisième session, les évêques et cardinaux rassemblés votèrent à une forte majorité le schéma provisoire traitant de l’attitude de l’Église envers le judaïsme [42]. Léon de Poncins s’empressa de rédiger un opuscule intitulé Le Problème juif face au Concile, qui fut distribué à tous les Pères avant la quatrième et dernière session. C’était l’ultime avertissement. Dans son introduction, l’auteur constate « de la part des Pères conciliaires une mécon­naissance profonde de ce que constitue l’essence du judaïsme [43] ». La brochure fit du bien, permettant au « front du refus [44] » d’aiguiser ses arguments. Ce front parvint à repousser quelques phrases de la première version telles que :

 

Bien qu’une grande partie du peuple élu reste provisoirement loin du Christ, ce serait une injustice de l’appeler peuple maudit… ou peuple déicide.

 

Il leur fut substitué celles qui figurent dans la version finale de Nostra ætate finalement adoptée le 28 octobre 1965 par 2221 voix, contre seulement 88, lors de la quatrième session :

 

Les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de l’Écriture.

 

Après ces années terribles d’une guerre doctrinale sans précédent, après ces luttes d’influence parmi la Curie et parmi les Pères conciliaires, après la diffusion de nombreux libelles pour défendre la théologie du salut enseignée par l’Église pendant deux millénaires, un texte de compromis vit le jour. Dans l’ensemble, les juifs furent déçus par le contenu du document. Ils espéraient davantage. Mais une porte venait de s’ouvrir…, difficile à refermer. En effet, pour la première fois avec Nostra ætate, les évêques de l’Église catholique donnaient une présentation positive et hardie des juifs infidèles. André Chouraqui le relève avec pertinence :

 

Tout à coup, l’Église frappée d’une amnésie à peu près totale pendant près de deux millénaires, se souvient du lien spirituel qui l’unit à la descendance d’Abraham, Israël, ainsi réintégré dans la situation privilégiée d’aîné, dans la famille du peuple de Dieu. Cette reconnaissance théologique de base était grosse d’un contenu que les siècles n’épuiseront pas. (…) Il fallut donc vingt siècles pour que l’Église prenne une conscience renouvelée de ses racines judaïques. (…) Par surcroît, l’Église rejette ca­tégoriquement toute forme de prosélytisme à leur égard. Elle proscrit ce qu’elle avait jadis admis [45]

 

Jean Halpérin, du Bureau du Congrès juif mondial à Genève, confirme les propos de Chouraqui, lors d’un colloque à Fribourg :

 

Il faut souligner que la déclaration Nostra ætate de 1965 a véritablement ouvert la voie à un dialogue tout à fait nouveau et inauguré un nouveau regard [46] de l’Église catholique sur les juifs et le judaïsme en manifestant sa disponibilité à substituer l’enseignement du respect à celui du mépris [47].

 

Menahem Macina [48] corrobore ce jugement :

 

Il ne faut pas oublier le progrès immense que représente la déclaration Nostra ætate par rapport à la situation antérieure. Une seule observation permettra d’appré­cier le chemin parcouru. On sait peut-être que, lorsqu’ils promulguent des docu­ments destinés à toute la chrétienté, les papes et les conciles ont coutume de recher­cher et de citer les textes de leurs prédécesseurs, qui vont dans le sens de ce qu’ils se proposent d’enseigner dans leurs nouveaux documents, ceci afin d’illustrer la conti­nuité de la doctrine et de la tradition ecclésiales. Or, contrairement au passage consacré par le Concile à la religion musulmane, dans la déclaration sur les juifs on ne trouve aucune référence à quelque précédent positif que ce soit chez les Pères, chez les écrivains ecclésiastiques ou chez les papes [49].

 

Bien des témoignages pourraient être cités confirmant cette analyse. Terminons par celui de Paul Giniewski dans son livre fondamental L’Anti-ju­daïsme chrétien, la mutation :

 

Le schéma sur les juifs que l’on pouvait considérer comme une fin s’avéra au contraire et très vite comme le commencement d’un nouveau stade dans l’évolution heureuse des relations judéo-chrétiennes [50].

 

La porte était ouverte [51]… Les hommes d’Église reconnaissaient que les juifs n’étaient plus « un peuple maudit ». Plus maudit, ni réprouvé ? « Désormais, écrit encore Chouraqui, l’Église reconnaît la permanence du judaïsme dans le plan de Dieu, et le caractère irréversible des principes définis par Nostra ætate, refusant toute restriction et toute ambiguïté dans le dialogue avec les juifs. » La semence venait d’être mise en terre, il lui suffisait de croître…

 

Il fallait dès lors avancer sur le chemin de la reconnaissance mutuelle des juifs et des chrétiens. Mais il était impossible de passer par profits et pertes deux millénaires ensanglantés [52].

 

La purification de l’espace chrétien [53] pouvait commencer…

 

 

De la purification de « l’espace chrétien »

à l’introduction de la religion noachide

 

 

1) « Purifer l’espace chrétien »

 

 

Les chrétiens ont d’abord dit : « Israël, c’est nous aussi ». Puis, ils ont dit : « Nous sommes le vrai Israël, nous aussi ». Ensuite : « Le vrai Israël, ce n’est que nous ».

F. Lovsky [54].

 

Les débats subséquents à la « prise de conscience » du concile Vatican II ont préparé peu à peu le monde chrétien à une nouvelle théologie des rapports Église/Judaïsme [55]. Changer les mentalités par un « grand effort d’éducation » des peuples de « l’espace chrétien », tel fut l’objet des directives du Vatican [56] et de celles des épiscopats depuis près de quarante ans. Cet effort tend à :

1) rappeler la pérennité de la première Alliance,

2) enseigner l’estime du peuple juif (infidèle), « peuple sacerdotal »,

3) renoncer à la conversion des juifs,

4) s’exercer constamment au dialogue et à la coopération avec le judaïsme,

5) préparer les voies de la religion noachide.

De hauts responsables du Vatican ont incité les épiscopats à publier des dé­clarations dont le contenu théologique s’oppose visiblement au magistère de l’Église.

 

a) La nouvelle « théologie de l’Alliance » par l’épiscopat

 

Deux exemples pourront illustrer notre propos : le texte du Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme (Pâques 1973) et les Réflexions sur l’Alliance et la Mission de l’épiscopat américain (13 août 2002). Au jugement des juifs, ce sont deux déclarations dont le contenu déborde largement les affirma­tions du Concile. Les propos hétérodoxes n’échapperont à personne.

 

Le judaïsme doit être regardé par les chrétiens comme une réalité non seule­ment sociale et historique, mais surtout religieuse ; non pas comme la relique d’un passé vénérable et révolu mais comme une réalité vivante à travers le temps. Les signes principaux de cette vitalité du peuple juif sont : le témoignage de sa fidélité collective au Dieu unique, sa ferveur à scruter les Écritures pour découvrir, à la lu­mière de la Révélation, le sens de la vie humaine, sa recherche d’identité au milieu des autres hommes, son effort constant de rassemblement en une communauté ré­unifiée. Ces signes nous posent, à nous chrétiens, une question qui touche le cœur de notre foi : quelle est la mission propre du peuple juif dans le plan de Dieu ?

Une élection qui continue : la première Alliance n’est pas caduque. Contrairement à ce qu’une exégèse très ancienne mais contestable a soutenu, on ne saurait déduire du nouveau Testament que le peuple juif a été dépouillé de son élec­tion. L’ensemble de l’Écriture nous incite au contraire à reconnaître dans le souci de fidélité du peuple juif à la Loi et à l’Alliance le signe de la fidélité de Dieu à son peuple. La première Alliance, en effet, n’a pas été rendue caduque par la nouvelle. Le peuple juif a conscience d’avoir reçu, à travers sa vocation particulière, une mission univer­selle à l’égard des nations [57].

 

Quelle est cette mission ? Nous l’étudierons dans un prochain paragraphe. La seconde déclaration est celle, plus récente, des évêques américains. Elle est pro­prement saisissante :

 

Les réflexions catholiques romaines décrivent le respect croissant pour la tradi­tion juive qui s’est développé depuis le concile Vatican II. Un approfondissement de l’appréciation catholique de l’alliance éternelle entre Dieu et le peuple juif, de même qu’une reconnaissance de la mission donnée par Dieu aux juifs de témoigner de l’amour fidèle de Dieu, conduisent à la conclusion que des campagnes qui visent à convertir des juifs au christianisme ne sont plus théologiquement acceptables dans l’Église catholique [58].

 

 

b) « Changer la théologie » des théologiens

 

Les témoignages de théologiens sur la pérennité de la première Alliance abondent et une kyrielle de citations pourrait être produite. En voici quelques-unes :

 

Peut-être faut-il aller au fond des choses : envisager sous de nouvelles perspec­tives l’idée du détrônement de la religion-mère par la religion-fille. L’idée de la re­lève de l’ancienne Alliance par la nouvelle est à l’origine de la bifurcation judéo-chré­tienne et de ses conséquences. Dans l’une de ses grandes études théologiques, signifi­cativement intitulée : L’Alliance jamais abolie, le professeur Norbert Lohfink, jé­suite, professeur en recherche biblique à l’Université papale de Rome, affirme pé­remptoirement : « Le concept chrétien populaire d’Alliance nouvelle favorise l’antijudaïsme [59]. »

Nous croyons que le Christ a instauré une nouvelle Alliance. A-t-il rendu l’an­cienne caduque par là même ? Nous l’avons pensé pendant longtemps. Il y a proba­blement des chrétiens qui le pensent encore aujourd’hui [60].

 

Alain Marchandour lors d’un colloque intitulé « Procès de Jésus, procès des juifs ? » n’hésite pas à écrire :

 

Longtemps, Israël n’a été perçu par les chrétiens que comme une sorte d’or­gane-témoin d’une réalité engloutie pour l’essentiel par le christianisme, devenu le nouvel Israël. Un tel langage n’est pas tenable : Israël existe avec son histoire, ses institutions, ses textes. Le judaïsme ne s’est pas éteint avec l’avènement du christia­nisme (…). Il reste le peuple de l’Alliance [61].

 

Charles Perrot, professeur à l’Institut catholique de Paris, exprime une pensée similaire :

 

Si l’Église se substitue à Israël, si donc elle le remplace, n’est-ce pas dire aussi qu’elle l’élimine, par absorption ou plus encore. Or un tel langage est dangereux. Est-il même encore admissible de nos jours [62] ?

 

c) Faire « réviser l’histoire chrétienne » par les élites

 

L’Église doit « réviser » autant sa théologie que son histoire. A cet effet, le Vatican multiplie les réunions d’experts. Ainsi se tiennent, à Rome ou en d’autres villes européennes, différents colloques sur l’histoire de l’Église en regard de son attitude envers le judaïsme. Récemment l’un d’entre eux s’est tenu à Rome (30 octobre-1er novembre 1997) sur les racines de l’anti-judaïsme chrétien. Des historiens venus du monde entier ont écouté les experts des relations judéo-chrétiennes. Claude-François Jullian rapporte l’objet des débats dans Le Nouvel Observateur :

 

Tous les experts ont réaffirmé les origines juives du christianisme et qualifié d’a­berration la théologie de la substitution : c’est-à-dire l’Alliance nouvelle dans le Christ annulant l’ancienne Alliance. En ouvrant le symposium, le cardinal Etchegaray (président du comité d’organisation du Jubilé) expliquait de sa voix rocailleuse, sor­tie des gorges pyrénéennes : « Il s’agit d’examiner les rapports trop souvent inversés entre judaïsme et christianisme. » Discours repris par l’animateur de la rencontre le domi­nicain suisse Georges Cottier, théologien privé du pape (et président du comité théologico-historique du Jubilé) qui rappelait : « Notre réflexion porte sur le plan di­vin du salut et sur la place qu’y tient le peuple juif, peuple de l’Élection, de l’Alliance et des promesses.

L’aberration de la théologie de la substitution est un point essentiel, admis de­puis Vatican II, mais difficile à faire passer à la base » disait un participant [63].

 

Et le journaliste de l’hebdomadaire de s’interroger : « Pourquoi Rome doit-elle ainsi réunir des experts des cinq continents pour vérifier ce qui semble être au­jourd’hui une vérité de foi ? »

Un autre colloque s’est tenu à l’Université de Fribourg du 16 au 20 mars 1998, avec pour thème : Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme. Les actes ont été pu­bliés aux éditions Saint-Augustin en l’an 2000. Toutes les interventions sont du plus grand intérêt.

Plus récemment encore, des Rencontres européennes entre juifs et catholiques ont été organisées par le Congrès juif européen, les 28 et 29 janvier 2002 à Paris, sur le thème : Après Vatican II et Nostra ætate : l’approfondissement des relations entre juifs et catholiques en Europe sous le pontificat de Jean-Paul II. Plusieurs personnalités européennes engagées dans le dialogue entre juifs et catholiques ont été honorées.

Une soirée organisée dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris réunissait le lundi 28 janvier quelque 700 personnes tant juives que catholiques. A la table des orateurs figuraient Maître Henri Hajdenberg, président de ces rencontres, le pro­fesseur Jean Halperin, du comité de liaison entre juifs et catholiques, le cardinal Lustiger, le grand rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt, le grand rabbin René Samuel Sirat, le docteur Michel Friedman, vice-président du Congrès juif euro­péen, le cardinal Walter Kasper, président de la commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme. Dans leurs discours, tous les orateurs ont souligné combien étaient importants les pas franchis depuis Nostra ætate

 

Beaucoup de choses ont été dites sur les relations actuelles entre juifs et catho­liques durant cette soirée : un esprit nouveau a soufflé, prenant réellement acte des gestes, des paroles des catholiques et surtout de ceux de Jean-Paul II. “Nouvelle page, nouvelle étape”, c’est le sentiment qui allait d’ailleurs se confirmer au cours de la journée du lendemain. Après les exposés des différents orateurs, la projection du film Le Pape Jean-Paul II en Terre sainte a établi un impressionnant climat de silence dans la vaste salle. Au cours de la journée du lendemain, 29 janvier, pour un public plus restreint, en présence de plusieurs cardinaux, évêques et de personnalités juives, de quelques délégations de personnes venues d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, d’Italie, de Suisse, mais aussi de Pologne, on a traité, dans un même climat de posi­tivité, de vérité aussi, de : L’évolution des relations judéo-catholiques : De la théorie de la substitution au respect mutuel, de La nécessaire transmission de la mémoire de la Shoa, dans le contexte d’aujourd’hui.

Au cours de l’après-midi, divers orateurs ont exposé Les défis de l’assimilation et de la sécularisation, et L’évolution des relations judéo-catholiques avec l’État d’Israël et Jérusalem. Une déclaration commune des juifs et des catholiques a conclu la journée [64].

 

On pourrait multiplier la relation de ces différentes réunions, congrès, col­loques, journées, etc. qui fleurissent chaque année.

 

d) Changer le contenu de la prédication et de la catéchèse

 

Les notes romaines du 24 juin 1985 sont à lire et à méditer à la lumière de ce qui a été dit précédemment : Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique [65].

 

e) Changer les esprits par des gestes spectaculaires

 

Le geste de Jean-Paul II à la synagogue de Rome le 13 avril 1986 en est une il­lustration. Cette visite est tout un symbole : « L’Église du Christ à travers Jean-Paul II fait le déplacement à la synagogue et découvre son lien avec le judaïsme en scrutant son propre mystère. » Jean-Paul II dira à cette occasion :

 

La religion juive ne nous est pas “extrinsèque”, mais, en un certain sens, elle est “intrinsèque” à notre religion. Nous avons donc, à son égard, des rappports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés [66].

 

f) Les chrétiens doivent respecter le droit des juifs

à la terre d’Israël, centre physique de l’Alliance

 

L’événement le plus important pour les juifs depuis l’holocauste a été le réta­blissement d’un État juif dans la Terre promise. En tant que membres d’une religion basée sur la Bible, les chrétiens doivent apprécier que la terre d’Israël ait été promise – et donnée – aux juifs comme le centre physique de l’Alliance entre eux et Dieu [67].

 

Les chrétiens n’ont pas d’autre choix que de se réjouir de la présence des juifs en Terre sainte…

 

Paul Giniewski analyse l’enseignement des quarante dernières années selon la pensée juive [68]. Il distingue trois étapes :

 

— la « vidouy », c’est-à-dire la reconnaissance sincère du manquement et des fautes ;

— la « techouva », qui signifie la conversion à la conduite contraire ;

— enfin le plus important, le « tikkun », c’est-à-dire la réparation.

 

Où sommes-nous arrivés ? s’interroge l’écrivain juif. « A la techouva » répond-il, sans l’ombre d’un doute. Celle-ci ne sera achevée que

 

lorsque l’enseignement de l’estime sera formulé en textes didactiques et que leur propagation aura suscité de nombreuses vocations d’élèves et d’enseignants de la nouveauté. L’objectif est ambitieux : faire écouter et accepter un enseignement di­sant le contraire de ce qui fut enseigné […]. Ainsi auront été décrucifiés les juifs.

 

Enfin, l’Église devra réparer. D’aucuns décrivent déjà ce que sera le « tikkun »…

Les Juifs pourront alors reprendre leur rôle auprès des nations, rôle explicité dans de nombreux ouvrages et intelligemment résumé dans une brochure de vulgarisation signée Patrick Petit-Ohayon, La Mission d’Israël, un peuple de prêtres [69].

 

2) La repentance de l’an 2000, ou la vidouy

 

Le 12 mars 2000 à Saint-Pierre de Rome, Jean-Paul II, au nom de l’Église ca­tholique, lit un « mea culpa [70] » pour les fautes des chrétiens au cours de l’his­toire. Ce geste ne se comprend que s’il est re-situé dans le contexte de la prise de conscience de l’Église persécutrice, « par l’Inquisition [71] » (système de violence, de contrainte), du peuple de l’Alliance, naguère dépossédé et persécuté. Les chrétiens viennent d’accomplir leur « vidouy ».

Et pour que tout soit suffisamment clair pour les uns comme pour les autres, c’est-à-dire pour les chrétiens comme pour les juifs, le texte de repentance fut glissé par Jean-Paul II, lui-même, dans un interstice du Mur des Lamentations [72], vestige du Temple de la première Alliance. Mur qui n’attend que sa reconstruc­tion dans la capitale religieuse de l’Alliance recouvrée : Jérusalem qui détrône Rome, l’usurpatrice [73].

 

3) Vers la religion noachide …

 

Si l’Église n’est plus le verus Israël, que devient-elle dans cette nouvelle théo­logie du salut ?

Il n’entre pas dans cette étude, déjà longue, de présenter tous les aspects de la religion noachide. Cette religion introduite à Vatican II doit supplanter le catholi­cisme [74]. Un colloque pourrait lui être consacré tellement le sujet est vaste. Donnons quelques repères historiques et relevons plusieurs aspects de ce nou­veau « catholicisme ».

Après la Révolution française qui émancipa les juifs et qui leur permit d’entrer dans les sociétés civiles, les rabbins et les penseurs du judaïsme s’interrogèrent sur la solution religieuse du monde qu’ils allaient enfanter. Le retour en terre d’Is­raël était proche… Il fallait aussi résoudre le problème religieux qui ne manque­rait pas de se poser. L’enjeu des débats théologiques chez les rabbins du XIXe siècle peut se résumer ainsi : « Quand nous aurons retrouvé notre rôle de peuple qui apporte le salut aux nations, quelle sera la religion des chrétiens qui se sont prétendus le nouvel Israël ? »

Elie Benamozegh, rabbin de Livourne, le Platon du judaïsme italien, « l’un des maîtres de la pensée juive contemporaine [75] », proposa une solution qu’il publia en 1884 dans son maître-livre Israël et l’Humanité [76]. Le sous-titre, évocateur, est : Étude sur le problème de la religion universelle et sa solution. La solution Benamozegh, à laquelle vont se ranger peu à peu les tenants du judaïsme, peut se synthétiser comme suit :

L’Église catholique doit réformer son enseignement sur trois points :

— changer son regard sur le peuple juif qu’elle doit réhabiliter comme étant le peuple aîné, peuple sacerdotal « qui a su conserver dans sa pureté originelle la religion primitive ». Ce peuple n’est ni déicide, ni rejeté de Dieu. Aucune malé­diction ne pèse sur lui. Il est amené au contraire à proposer le bonheur et l’unité de l’humanité. « Reconnaître, écrit Gérard Haddad [77] citant Benamozegh, sa fonc­tion que Paul [78] a cru pouvoir rayer. »

— « Renoncer à la divinité de Jésus, ce Fils de l’homme comme lui-même se désignait. » Simple rabbi, Jésus était juif et l’est resté. Prêcher Jésus-Christ mais un Jésus-Christ, humain venu apporter une morale pour le bonheur de tous les hommes.

— Accepter une réinterprétation – et non une suppression – du mystère de la Trinité.

A ces trois conditions, « l’Église catholique est l’Église du vrai catholicisme », vrai catholicisme que Benamozegh nomme le noachisme, religion pour tous les peuples qui appartiennent « à l’espace chrétien » comme dit Lustiger. Ce noa­chisme [79] possède une morale que l’Église a mission de faire connaître aux peuples de la terre. La déclaration judéo-épiscopale américaine du 13 août 2002 y fait explicitement référence :

 

Le judaïsme considère que tous les peuples sont obligés d’observer une loi uni­verselle. Cette loi, appelée les Sept Commandements de Noé, s’applique à tous les êtres humains. Ces lois sont : (1) l’établissement de cours de justice de sorte que la loi gouverne la société ; et la prohibition : (2) du blasphème, (3) de l’idolâtrie, (4) de l’inceste, (5) de l’effusion de sang, (6) du vol et (7) de manger la chair d’un animal vivant.

 

La fin nouvelle de l’Église sera l’évangélisation des peuples à cet humanita­risme noachide en même temps que leur unification [80]. Le primat romain sera re­défini pour faciliter l’unité des chrétiens. Le noachisme sera « la religion de la mo­rale naturelle » ! Car en aucune façon, le non-juif ne doit chercher à se convertir au judaïsme ou mosaïsme talmudique, religion réservée à l’Élu. La solution Benamozegh, longtemps passée sous silence, est maintenant reprise par les sommités du monde juif. Le grand rabbin René Samuel Sirat, par exemple, fit al­lusion au statut des non-juifs lors des obsèques d’un jeune Français de 24 ans, victime d’un attentat commis à la cafétéria de l’Université hébraïque de Jérusalem, le 31 juillet 2002 :

 

David, mon cher David, tu avais choisi de te rapprocher spirituellement et cul­turellement de notre communauté juive et de revendiquer auprès du judaïsme le beau titre de guer toshav, étranger et citoyen, à la fois, que la Bible a mis en valeur et que le rabbin Élie Benamozegh, au siècle dernier, a magnifiquement explicité dans son livre Israël et l’Humanité. Il s’agit d’un choix libre de se rapprocher de la tradi­tion d’Israël, d’observer les sept lois – dites lois noachides – de morale naturelle révé­lées jadis à Noé, père de tous les vivants (…). Car, faut-il le rappeler, il n’est pas nécessaire de se convertir au judaïsme pour avoir droit au salut éternel [81].

 

 

 

Conclusion

 

La nouvelle religion issue de Vatican II doit être comprise à la lumière de cette lutte, toujours ancienne et toujours nouvelle, entre Jésus (Marie) et Satan, l’Église et la Synagogue. Au XXe siècle, Satan semble avoir trouvé son cheval de Troie (Vatican II) et des Achéens férus de théologie subversive.

 

Au cœur de ce mouvement de conversion, explicitement enseigné par des théologiens chrétiens comme Bouyer, Congar et de Lubac [82], se cache la redécou­verte de la foi. C’est ce travail de conversion que l’Église catholique et que beaucoup de chrétiens veulent aujourd’hui accomplir.

 

Ainsi conclut le cardinal Lustiger lors de son intervention à la synagogue de New York [83].

 

Non, monsieur le cardinal. Catholiques romains, notre foi est en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, né par l’opération du Saint-Esprit et du sein très pur de la Vierge Marie ; notre foi est en Jésus-Christ, Sauveur des hommes, crucifié sous Ponce Pilate et ressuscité d’entre les morts, venu accomplir la Loi et les Prophètes en fondant l’Église catholique, apostolique et romaine, l’éternelle et nouvelle Alliance. Elle n’est pas celle que vous prêchez. Avec l’aide de Dieu, avec l’aide du magistère de l’Église et de sa Tradition bimillénaire, nous ne finirons pas noachides.

Et cette fidélité méritera peut-être aux juifs de profiter des grâces précieuses de la Rédemption – grâces que la Vierge Marie saura répandre en abondance – comme en ont déjà profité les Drach, Libermann, Ratisbonne, Lemann, Zolli et tant d’autres, vrais convertis, vrais fils de l’Église romaine, vrais fils de Marie.

 

Dieu de bonté, Père des miséricordes, nous vous supplions par le Cœur Immaculé de Marie, par l’intercession des patriarches et des saints Apôtres, de jeter un regard de compassion sur les restes d’Israël afin qu’ils aient connaissance de notre unique Sauveur Jésus-Christ et qu’ils aient part aux grâces précieuses de la Rédemption. Seigneur, pardonnez-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’il font.

[Prière indulgenciée par Léon XIII et saint Pie X.]

 


[1] — Loi noachide : loi donnée à Noé après le Déluge. Le plan en question, révélé par Élie Benamozegh dans son ouvrage Israël et l’humanité (1884), sera exposé au cours de l’article. Citons seulement ici ce que Jacob Kaplan, grand rabbin de Paris, déclarait à ce sujet en 1966 : « Selon notre doctrine, la religion juive n’est pas seule à assurer le salut. Sont sauvés tous ceux qui, n’étant pas juifs, croient au Dieu suprême et ont une conduite morale, obéissant ainsi aux lois dites noachides, celles que le Créateur a prescrites à Noé […]. En conséquence, les rabbins enseignent que les justes de toutes les nations ont droit au salut éternel. C’est uniquement pour les Juifs qu’en plus des lois noachides il y a les prescriptions de la Thora, la loi de Moïse, lesquelles ont leur raison d’être dans le projet divin de former un peuple destiné à une action religieuse dans le monde. L’espérance d’Israël, ce n’est donc pas la conversion du genre humain au judaïsme, mais au monothéisme. Quant aux religions bibliques, elles sont, déclarent deux de nos plus grands théologiens, des confessions qui ont pour tâche de préparer avec Israël l’avènement de l’ère messianique annoncée parmi les prophètes. Alors nous souhaitons ardemment travailler en commun à la réalisation de cet idéal essentiellement biblique […]. Par là, nous pourrons hâter l’ère messianique, qui sera celle de l’amour, de la justice, de la paix […] » (Jacob Kaplan, Dialogue avec le père Daniélou S.J. le 10 février 1966 au théâtre des ambassadeurs à Paris, Paris, 1966).

[2] — Ce prix récompense la personnalité qui a le plus efficacement travaillé dans l’année au rapprochement entre chrétiens et juifs.

[3] — Voir l’intégralité de la déclaration dans la Nouvelle revue théologique, t. 120, nº 4, octobre/novembre 1998, p. 529-543. Le cardinal introduit ainsi son propos : « Combien je suis ému d’être accueilli en cette célèbre et vénérable synagogue de New York, déjà centenaire ! » Le cardinal vient de publier une synthèse de sa pensée qui est une sorte de judéo-christianisme syncrétique dans un ouvrage intitulé La Promesse, éd. Parole & Silence, 2002. Claude Vigée apprécie ainsi l’œuvre du cardinal : « Jean-Marie Lustiger montre qu’on ne peut pas – sous peine de détruire le noyau même du christianisme – rejeter l’élection d’Israël. C’est la clé de son livre. Pour écrire ces lignes – de la situation sociale et spirituelle où il se trouve - il fallait un très grand courage. Des chrétiens ne lui pardonneront pas facilement de rappeler que, sans l’élection d’Israël, il n’y a pas d’élection chrétienne possible […]. Vous vous rendez compte, s’il avait écrit la même chose du temps de l’Inquisition… il serait sans doute sur le bûcher ! » France catholique, nº 2857, novembre 2002, p. 10.

[4] — Ibid., p. 532.

[5] — Cette précision ne figure pas dans le texte original.

[6] — Dans son dernier livre, le cardinal Lustiger distingue deux Églises, celle de Jérusalem « Église qui est, dans l’Église catholique, la permanence de la promesse faite à Israël (…) et qui n’a vécu, au plus tard, que jusqu’au VIe siècle, détruite sous la pression de Byzance. C’est là une des pertes majeures de la conscience des chrétiens. La mémoire de la grâce qui avait été faite fut ainsi pratiquement refoulée, je ne dis pas par l’Église en tant qu’épouse du Christ, je dis par les chrétiens » (p. 17) et celle des pagano-chrétiens du VIe siècle à Vatican II : « Le péché auquel ont succombé les pagano-chrétiens, que ce soit les hommes d’Église ou les princes ou les peuples, fut de s’emparer du Christ en le défigurant, puis de faire leur dieu de cette défiguration. (…) Leur méconnaissance d’Israël est le test de leur méconnaissance du Christ qu’ils prétendent servir » (La Promesse, éd. Parole & Silence, 2002, p. 81). Le cardinal Lustiger est-il encore catholique ?

[7] — Ibid., p. 535.

[8] — A lire ces lignes, il semble que le cardinal Lustiger condamne les bienfaits de l’édit de Milan de l’an 313. Bien plus, Constantin aurait ainsi refusé « le temps de la rédemption » par la mise à l’écart des juifs. Curieuse lecture des annales de l’Église !

[9] — Pour le cardinal de Paris, la substitution du peuple chrétien au peuple de l’ancienne Alliance serait un mythe, tout simplement ! « Dans votre livre La Promesse, vous récusez, et j’en suis fort aise, la théologie de la substitution. » Le rabbin Josy Eisenberg à J. M. Lustiger, Le Nouvel Observateur, nº 1988, du 12 au 18 décembre 2002, p. 116.

[10] — Le cardinal renvoie à La Franquerie, Ascendances davidiques des Rois de France, Villegenon, 1984 !

[11] — Lustiger reprend ici l’expression chère à Jules Isaac.

[12] — Voir Patrick Petit-Ohayon, La Mission d’Israël, un peuple de prêtres, Paris, éd. Biblieurope & F.S.J.U., 2002, 83 p.

[13] — Paris, 28, 29 janvier 2002. L’intervention est intitulée : « De Jules Isaac à Jean-Paul II : questions pour l’avenir. » Voir le texte dans La Promesse, p. 185-188 ou dans l’ouvrage Rencontres européennes entre juifs et catholiques organisée par le Congrès juif européen, 28, 29 janvier 2002, École cathédrale, éd. Parole et Silence, 2002.

[14] — Bruxelles, 22 et 23 avril 2002. « Juifs et chrétiens. Que doivent-ils espérer de leur rencontre ? » Intervention publiée dans La Promesse, p. 189-202. Voir le paragraphe qui sent l’hérésie intitulé : « La liberté religieuse, clé de la démocratie. »

[15] — Washington, 8 mai 2002. « Que signifie, dans le choc des cultures, la rencontre des chrétiens et des juifs ? » dans La Promesse, p. 203-218.

[16] — Lustiger croit en Jésus-Christ Messie mais un Messie juif. Relire le très opportun Dieu est-il antisémite, l’infiltration judaïque dans l’Église conciliaire de Hubert Le Caron, éd. Fideliter, 1987. Cet auteur étudie la « tentative de judéisation de l’Église romaine » et les propos du cardinal à France-Soir, le 3 février 1981 : « Je suis juif. Pour moi les deux religions n’en font qu’une et je n’ai pas trahi celle de mes ancêtres », p. 83-115. Tous les juifs n’adhèrent cependant pas à ce judéo-christianisme. Voir l’article intitulé : « Non, monsieur le cardinal » du rabbin Eisenberg Josy, Le Nouvel Observateur, nº 1988, p. 116. Le quasi silence du cardinal sur la Vierge Marie est éloquent. De vrais convertis, les abbés Lemann entre autres, ont magnifiquement prêché Marie, co-rédemptrice.

[17] — Les juifs infidèles sont devenus les instruments de Satan dans sa lutte contre l’Église et contre la Mère de Dieu. Dans l’Évangile selon saint Jean, ch. VIII, v. 24, 41-44, nous lisons : « Jésus dit aux juifs : “Si vous ne croyez pas que je suis le Messie, vous mourrez dans votre péché (…). Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. Mais vous faites les œuvres de votre père”. Les juifs lui dirent : “Nous ne sommes pas des enfants de fornication ; nous avons un seul Père, qui est Dieu”. Jésus leur dit : “Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens”. (…) Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. »

[18] — Mgr Delassus, La Conjuration anti-chrétienne, t. III, p. 116, éd. Desclée de Brouwer, 1910.

[19] — Voir en particulier le petit ouvrage de Théodore Ratisbonne, La Question juive, Paris, éd. Dentu, 1856, 31 p. Disponible en document électronique sur : www.gallica.bnf.fr.

[20] — Josué Jéhouda, L’Antisémitisme, miroir du monde, préface de Jacques Soustelle, Genève, éd. Synthésis, 1958, 283 p. Jéhouda se veut le continuateur du rabbin de Livourne Elie Benamozegh. Ses autres livres sont du plus grand intérêt : La Terre promise, Paris, Rieder, 1925, 122 p. ; Les Cinq étapes du judaïsme émancipé, Genève, éd. Synthesis, 1946, 132 p. (Extrait de la revue juive de Genève, 1936-1937) ; La Vocation d’Israël, Paris, Zeluck, 1947, 240 p. ; Le Monothéisme, doctrine de l’unité, Genève, éd. Synthesis, 1952, 175 p. Institut pour l’étude du monothéisme. Cahiers (I.E.M.), 1er vol., mars 1952 ; Sionisme et messianisme, Genève, Synthesis, 1954, 318 p. Cahiers (I.E.M.), 3e vol., octobre 1954 ; Israël et la Chrétienté. La Leçon de l’histoire… Genève, Synthesis, 1956, 263 p. ; Israël et le monde (synthèse de la pensée juive), Paris, éditeur scientifique, s.d. ; Le Marxisme face au monothéisme et au christianisme, Genève, Synthesis, 1962, 71 p. ; José Jéhouda a aussi préfacé l’ouvrage d’Élie Benamozegh, Morale juive et morale chrétienne, édition revue et corrigée, Baconnière, 1946, 272 p.

[21] — Josué Jéhouda, L’Antisémitisme, miroir du monde, p. 161-162. Cité dans la brochure de Léon de Poncins, « Le Problème juif face au Concile », p. 27. Cette brochure fut distribuée à tous les pères conciliaires en 1965 avant la quatrième session. Voir plus loin les circonstances historiques de cette diffusion.

[22] — La revue Unité des Chrétiens, dans son nº 109 (p. 34) publie la photo de tous les participants.

[23] — Voir : Mes souvenirs de la Conférence de Seelisberg et de l’abbé Journet par le rabbin A. Safran et La Charte de Seelisberg et la participation du cardinal Journet, par Mgr P. Mamie, au Colloque de l’université de Fribourg, 16-20 mars 1998, avec pour thème : « Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme », Saint Maurice, éd. Saint Augustin, 2000, p. 13-35. L’abbé Journet fut invité à la conférence par le R.P. de Menasce O.P., Egyptien, juif converti. Quant à Jacques Maritain, il le fut par le pasteur de Genève Pierre Visseur.

[24] — L’intégralité du texte fut publiée par la revue Nova et Vetera, 1946-1947, p. 312-317. Il était intitulé : « Contre l’antisémitisme ». On peut y lire : « Les chrétiens comprendront aussi qu’il leur faut réviser attentivement et purifier leur propre langage, où une routine pas toujours innocente, en tout cas singulièrement insoucieuse de la rigueur et de l’exactitude, a laissé passer des expressions absurdes comme celle de race déicide, ou une manière plus raciste que chrétienne de raconter l’histoire de la passion qui excite chez les enfants chrétiens la haine de leurs condisciples juifs (…). »

[25] — André Kaspi, Jules Isaac, historien, acteur du rapprochement judéo-chrétien, Paris, Plon, 2002, p. 215.

[26]Ibid., p. 216.

[27]Ibid., p. 232.

[28] — La fameuse inspiration de Jean XXIII à Saint-Paul-hors-les-Murs reste troublante. Il serait intéressant de savoir si Jules Isaac ou les organisations juives ont joué un rôle dans la décision prise par Jean XXIII. On sait qu’en 1923 les cardinaux déconseillèrent à Pie XI une telle convocation. Le cardinal Billot avait même su prédire au souverain pontife : « Ne doit-on pas craindre de voir le concile “manœuvré” par les pires ennemis de l’Église, les modernistes, qui s’apprêtent déjà, comme des indices certains le montrent, à profiter des États Généraux de l’Église pour faire la révolution, un nouveau 1789 ? » Cité par Mgr Tissier de Mallerais dans Marcel Lefebvre, Étampes, Clovis, 2002, p. 289.

[29] — Éd. du Cèdre, Paris, 1982 (4e édition).

[30] — Ce sont les journaux égyptiens qui le publiaient. Voir l’ouvrage que Bea écrivit : L’Église et les juifs, Cerf, 1967, et l’article du cardinal J. Willebrands « La contribution du cardinal Béa au mouvement œcuménique, à la liberté religieuse et à l’instauration de relations nouvelles avec le peuple juif », DC 79 (1982), p. 199-207.

[31] — Voir l’article « Comment les juifs ont changé la pensée catholique » de Joseph Roddy, dans la revue Look, 25 janvier 1966, article traduit et publié dans son intégralité dans Le Sel de la Terre, nº 34, automne 2000, p. 196-215. Ces quelques lignes empruntent beaucoup à cet article.

[32] — Il y aurait à écrire sur les années préparatoires au Concile (hommes, relations, réseaux, projets, publications, plans, amitiés, inimitiés…).

[33] — Léon de Poncins, Le Judaïsme et le Vatican, une tentative de subversion spirituelle, éd. Saint Rémi, 2001, p. 204. La similitude des propos dans la déclaration judéo-épiscopale américaine du 13 août 2002 est sidérante : « Les chrétiens devraient-ils inviter des juifs au baptême ? C’est une question complexe, pas seulement en termes d’auto-définition théologique chrétienne, mais aussi à cause de l’histoire des baptêmes forcés de juifs par les chrétiens. Dans une étude remarquable et toujours très pertinente présentée à la sixième rencontre du Comité de liaison international catholico-juif, à Venise, il y a vingt-cinq ans, le professeur Tommaso Federici examinait les implications missiologiques de Nostra ætate. Sur des bases historiques et théologiques, il argumentait qu’il ne devrait y avoir dans l’Église aucune organisation, de quelque type que ce soit, dédiée à la conversion des juifs. » Réflexions sur l’Alliance et la Mission, Document publié par le Comité épiscopal des Affaires œcuméniques et interreligieuses et le Conseil national des synagogues, disant que la conversion des juifs est un but inacceptable. Washington, 13 août 2002.

[34] — Joseph Roddy, ibid., p. 201.

[35] — Les deux personnages étaient officiellement des convertis du judaïsme.

[36] Histoire du concile Vatican II, sous la direction de G. Alberigo, Paris, Cerf/Peeters, 1997, t. I, p. 440-441.

[37] — Joseph Roddy écrit : « Bea voulait que ni le Saint-Siège, ni la Ligue arabe ne sachent qu’il était là pour recueillir les questions auxquelles les juifs voulaient des réponses », ibid. p. 202.

[38] — « Les chapitres IV et V sur les juifs et sur la liberté religieuse vont soulever les discussions les plus orageuses entre rénovateurs et traditionalistes. L’enjeu n’est ni plus ni moins que la renonciation par l’Église à son monopole de l’unique vérité » Henri Tincq, L’Étoile et la Croix. Jean-Paul II - Israël l’explication, Paris, J.C. Lattès, 1993, p. 30. Les patriarches orientaux seront parmi les plus courageux à défendre la théologie de l’Église. Citons, le cardinal Tappouni, patriarche syrien d’Antioche, Maximos IV, patriarche melchite de Damas, le patriarche copte Etienne Ier Sidarous, le patriarche latin de Jérusalem.

[39] — De même que Les Hébreux et le Concile d’un certain Bernardus. Voir René Laurentin, L’Église et les juifs à Vatican II, Casterman, 1967.

[40] — Un sujet d’étude : Le déicide au Concile. En effet, les débats ont été des plus vifs et des plus passionnants. Ainsi Béa : « S’il est évident que le sanhédrin de Jérusalem représentait le peuple juif, avait-il pleinement compris la divinité du Christ ? Si la réponse est non, alors il n’y a pas eu de déicide formel » ou le cardinal Ruffini, archevêque de Palerme qui prendra la parole pour clamer : « On ne peut pas dire que les juifs sont déicides pour la bonne raison qu’on ne peut tuer Dieu. » Voir Henri Tincq, ibid., p. 36 et R. Braun, « Le peuple juif est-il déicide ? », article publié dans la revue Rencontre chrétiens et juifs, nº 10, supplément, 1975, p. 54 à 71. Le sujet reste d’une brûlante actualité avec la polémique sur le film de Mel Gibson The Passion, dont la sortie est prévue pour Pâques 2004.

[41] — Ces rencontres tenues secrètes officiellement inquiétaient les bons évêques. Roddy confie : « C’était ce genre de réunions au sommet, accomplies sous le manteau, qui amenait les conservateurs à dire que les juifs américains formaient le nouveau pouvoir agissant derrière l’Église », ibid. p. 206.

[42] — Henri Fesquet commente le schéma préparatoire : « Quatre-vingt-dix-neuf Pères ont voté non. Mille six cent cinquante ont voté oui, et deux cent quarante-deux : oui avec réserves. Les évêques d’Orient sont invervenus en corps déclarant leur opposition de principe à toute déclaration sur les juifs par le Concile. Pourtant le scrutin final aura lieu à la fin de la quatrième session en 1965 », Le Monde, 27 novembre 1964.

[43] — Léon de Poncins, Le Problème juif face au Concile, p. 7.

[44] — Mgr Luigi Carli, l’ami fidèle de Mgr Lefebvre au Cœtus internationalis Patrum, fit publier dans sa revue diocésaine en février 1965 que « les juifs à l’époque du Christ et leurs descendants jusqu’à ce jour étaient collectivement coupables de la mort du Christ ».

[45] — André Chouraqui, La Reconnaissance. Le Saint-Siège, les juifs et Israël, Paris, Robert Laffont, 1992, p. 200.

[46] — En italique dans le texte.

[47] — Colloque de l’université de Fribourg, 16-20 mars 1998, avec pour thème : Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme, Saint-Maurice, éd. Saint Augustin, 2000, ibid., p. 129.

[48] — Créateur du site : www.chrétiens-et-juifs.org.

[49] Le Dialogue avec l’Église est-il « bon pour les juifs ? », Bruxelles, septembre 1997.

[50] — Paul Giniewski, L’Anti-judaïsme chrétien : la mutation, Paris, Salvator, 1993, p. 506. La lecture de ce livre s’impose à qui veut appréhender les événements à la lumière de la lutte entre l’Église et la synagogue.

[51] — Le cardinal Lustiger lors de son intervention devant le Congrès juif européen à Paris en 2002 a su remarquablement résumer l’histoire des relations judéo-chrétiennes entre 1945 et 1965 : « Les signataires de Seelisberg ont espéré. Jules Isaac a frappé à la porte. Le concile Vatican II l’a ouverte par la déclaration Nostra ætate. » On peut difficilement mieux synthétiser. La Promesse, ibid., p. 187.

[52] — Cardinal Lustiger, ibid., p. 187.

[53] — L’expression est aussi de Lustiger lors de son intervention à la synagogue de New York. « Cette prise de conscience s’est condensée, pour l’Église catholique, dans la déclaration Nostra ætate du concile Vatican II. Et depuis trente ans, elle a donné lieu à de nombreuses prises de position, particulièrement sous l’impulsion du pape Jean-Paul II. Mais cette compréhension neuve doit encore remodeler en profondeur les préjugés, les idées de tant de peuples qui appartiennent à l’espace chrétien, mais dont le cœur n’est pas encore purifié par l’Esprit du messie », ibid. Quel est donc cet « Esprit du messie » ?

[54] — F. Lovsky, Le Royaume divisé : juifs et chrétiens, éd. Saint Paul, 1987.

[55] — Les revues Istina et Sens ont largement reproduit les débats et les nouvelles données théologiques. Voir entre autres : Essai de programme pour une théologie après Auschwitz, de Franz Mussner, Istina, nº 36, 1991, p. 346-351.

[56] — Voir « Catholiques et Juifs : un nouveau regard. Notes de la Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme », DC 82 (1985), p. 733-738. Voir aussi : Discours de Jean-Paul II aux délégués des conférences épiscopales pour les relations avec le judaïsme, DC 1827 (4 avril 1982), p. 339-340.

[57] — Voir le site du S.I.D.I.C. : Service Information Documentations Juifs et Chrétiens. L’accueil présente le site ainsi : « Qu’est-ce que le S.I.D.I.C. ? Un organisme catholique animé par les sœurs de Notre-Dame de Sion. Son objectif ? Faire passer dans la vie des chrétiens les directives du concile Vatican II concernant les relations de l’Église et du peuple juif. Qui est concerné ? Tout chrétien désireux d’approfondir sa foi jusqu’à ses racines juives, de lutter contre l’antisémitisme, de connaître et de reconnaître son frère juif. » Où se trouve l’esprit catholique des frères Ratisbonne qui voulaient ramener les juifs au Christ rédempteur ?

[58]Réflexions sur l’Alliance et la Mission, Document publié par le Comité épiscopal des Affaires œcuméniques et interreligieuses et le Conseil national des synagogues disant que la conversion des juifs est un but inacceptable, Washington, 13 août 2002.

[59] — Paul Giniewski, L’Anti-judaïsme chrétien . la mutation, Paris, Salvator, 1993, p. 391. Les citations qui suivent sont extraites de ce livre.

[60] — R.P. Jean Dujardin, intervention lors d’une « Rencontre des jeunes », mars 1998, revue Sens, nº 12, p. 533.

[61] — Alain Marchandour, intervention au Colloque, Procès de Jésus, procès des juifs, novembre 1996, Cerf, 1998, p. 11.

[62] — Charles Perrot : « La situation religieuse d’Israël selon Paul », dans Procès de Jésus, procès des juifs, ibid., p. 134-136.

[63] Le Nouvel Observateur, 22-28 février 1998, p. 110.

[64] — Relation de ces journées trouvée sur le site des Sœurs Notre-Dame de Sion. Les deuxièmes rencontres européennes entre juifs et catholiques ont eu lieu à Paris, les 11 et 12 mars 2003.

[65] DC 1985, 733-738.

[66] — Allocution de Jean-Paul II à la synagogue de Rome, dans Juifs et Chrétiens, Paris, Cerf, 1986, p. 54-55. Voir DC 1986, 433-439. Le grave problème réside dans l’estime de juifs infidèles qui n’ont pas reconnu Jésus-Christ comme Messie, ni l’Église catholique comme l’unique arche de salut.

[67]Déclaration de savants juifs américains, septembre 2000. Voir le site www.chrétiens-et-juifs.org. André Paul, bibliste et théologien, semble réprouver le « sionisme » du cardinal Lustiger (La Promesse) : « Au flot saccadé d’exégèses pathétiques où la langue de bois s’épanouit volontiers à la manière d’une gnose judéo-chrétienne succèdent des appels ô combien louables à la “connaissance mutuelle” (p. 189) des juifs et des chrétiens, mais c’est pour affirmer, sans ambages cette fois, que le sionisme politique mis en place en 1948 est une chose “nécessaire” (p. 182), bien plus : un don de Dieu. » L’Express, nº 2683, 5-11 décembre 2002, p. 96. Pour les juifs, leur présence en Terre sainte est évidemment d’ordre théologique. Quant à la reconstruction du Temple, le projet est bien avancé.

[68] — Paul Giniewski, L’Anti-judaïsme chrétien : la mutation, ibid.

[69] — Paris, éd. Biblieurope & F.S.J.U., 2002, 83 p. Si le peuple juif est un peuple de « prêtres », que devient le prêtre catholique, cet autre Christ, dans cette nouvelle théologie ? Ne doit-il pas disparaître ? Ou doit-il changer de nature ? On sait que Satan a toujours eu en abomination le saint sacrifice de la messe et qu’il cherche par tous les moyens à éradiquer le prêtre et le sacrifice de la nouvelle Alliance. L’année 1988 fut donc une défaite pour Satan : Mgr Lefebvre a sauvé l’épiscopat et le sacerdoce par la consécration de vrais évêques catholiques, qui seuls peuvent « faire » de vrais prêtres catholiques. Le sacrifice rédempteur peut se perpétuer et peut continuer à sauver les âmes.

[70] — Voir ce que demande huit ans plus tôt (1992) André Chouraqui dans un chapitre intitulé : « Pour un grand pardon universel » : « Certains chrétiens souhaiteraient que l’Église catholique organise une cérémonie solennelle d’expiation et une demande de pardon pour les crimes, pour les injures, les dommages causés directement ou indirectement aux juifs par des chrétiens », ibid., p. 214. Voir encore : Frère Johanan, Juifs et chrétiens, d’hier à demain, Cerf, 1990, p. 56 : « Le bilan total de l’attitude des chrétiens envers les juifs à travers l’Histoire est malheureusement accablant. Il y a un devoir grave et urgent pour l’Église catholique d’exprimer publiquement et officiellement son profond regret pour tout le mal dont l’enseignement chrétien a été la cause principale. » Chouraqui révèle : « Cette demande de pardon avait été suggérée dès 1945 par des voix autorisées notamment celles de Jacques Maritain, de Paul Claudel et plus récemment du cardinal Etchegaray », ibid. p. 214.

[71] — Voir l’étude de Michel Feretti, L’Église et ses Inquisitions, éd. Saint Rémi, 2001, 77 pages. « Les mythes et légendes noires sur l’Inquisition n’ont plus cours chez les historiens. De Bennassar à Testas, l’Université a produit des travaux sérieux sur le sujet. Mais cette vérité historique est loin d’être connue ou admise par l’univers médiatique et les grands moyens de communication (y compris les manuels scolaires). D’où l’utilité de l’ouvrage signé Michel Feretti qui offre une synthèse claire et bien informée. Michel Feretti, rétablit des vérités méconnues et tord le cou à certains “mythes” » (Yves Chiron, Présent du 29 décembre 2001).

[72] — La photo figure sur la page de couverture de nombreux ouvrages dont celui du cardinal Lustiger. Les auteurs et les éditeurs ont compris tout le symbolisme de ce geste.

[73] — Pour ceux qui voudraient approfondir : Abraham Livni, Le Retour d’Israël et l’Espérance du Monde, éd. du Rocher, collection Hatsour, 1984. Paul Giniewski, Les Complices de Dieu, définition et mission d’Israël, Neuchâtel éd. de la Baconnière, 1963, 22 p.

[74] — « Le monde ne fonctionne bien que quand il est noachide », Gérard Haddad, à l’émission Judaïca, 21 septembre 1996.

[75] — Page 4 d’une étude publiée sur Internet intitulée : Le Noachisme et les sectes occultes. Etudes biblio-coraniques sur www.le-carrefour-de-lislam.com. Sans nom d’auteur. Voir aussi : Les actes du Colloque international tenu en l’an 2000, les 10 et 11 septembre, à Livourne sous le haut patronage du Président de la République italienne pour le centenaire de la mort d’Elie Benamozegh. Colloque présenté par Alessandro Guetta.

[76] — Voir Elie Benamozegh, Israël et l’Humanité, Paris, Albin Michel, 1961. Malheureusement, l’édition est expurgée. Un site récemment créé sur Benamozegh et sur son œuvre http://www.benamosegh.info/Benamozegh.html permet de se procurer gracieusement l’intégrale (714 p.) d’Israël et l’Humanité, réédité en 1914. La préface de Hyacinthe Loyson est lumineuse.

[77] — Gérard Haddad, « Aimé Pallière et la “vraie religion” » dans la revue Histoire, nº 3, novembre 1979.

[78] — Pour beaucoup d’auteurs juifs, saint Paul est le grand traître qui a rejeté les judaïsants pour « inventer » le christianisme, nommé avec mépris le paulinisme. Voir Shmuel Trigano, L’E(XC)LU, entre juifs et chrétiens, Paris Denoël, 2003, ch. 4, parag. 2 : le paulinisme, obstacle au dialogue judéo-chrétien (p. 157).

[79] — Le noachisme ne semble pas réservé à « l’espace chrétien ». Les musulmans scrutent avec intérêt cette mutation de la religion catholique. On peut lire en ligne une étude (de 27 pages) qu’ils ont rédigée, intitulée Le Noachisme et les sectes occultes, ibid.

[80] — « La direction prise par le dialogue judéo-chrétien est irréversible. Elle s’inscrit dans le mouvement de l’humanité qui se rassemble, fût-ce en se déchirant », Lustiger, Nouvelle Revue théologique, ibid. p. 542.

[81] L’Arche, mensuel du judaïsme français, nº 538, décembre 2002, p. 107.

[82] — Hans Küng pourrait figurer dans la liste. Voir son livre très important : Judaïsme, Paris, Seuil, 1995, 952 pages. Theilhard de Chardin aussi. Voir aussi l’ouvrage de l’abbé Julio Meinvielle, De la Cabale au progressisme (traduction française de 1998). (Note de l’auteur de l’article.)

[83] Nouvelle revue théologique, ibid. p. 542.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 46

p. 54-76

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