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L’ÉGLISE ET LA SYNAGOGUE :

 

Message de Mgr Doré

aux B’nai B’rith

 

 

 

L’application du « plan Benamozegh » décrit par Michel Laurigan dans les « Études » du présent numéro est déjà bien avancée.

Pour Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg, ceux des juifs qui ont refusé Notre-Seigneur Jésus-Christ ne peuvent être considérés ni comme « infidèles », ni comme « aveugles », ni comme étrangers au véritable sens de la Bible ; ils n’ont pas besoin d’être convertis.

En revanche, jusqu’à Vatican II, les chrétiens, eux, étaient « infidèles », « aveuglés » et en contradiction avec la Bible ; ils ont aujourd’hui un urgent besoin de conversion.

Nous reproduisons ci-dessous le message adressé par l’archevêque de Strasbourg à la loge juive « René Hirschler » (de l’ordre des B’nai B’rith), à l’occasion d’une exposition sur « Le juif et le judaïsme dans l’art médiéval en Alsace ». Ce message a été publié dans le bulletin diocésain L’Église en Alsace (juillet-août 2003, p. 1-3). Qu’on ne le prenne pas pour un excès isolé : c’est bien la théologie aujourd’hui dominante dans l’Église conciliaire que Mgr Doré (ancien doyen de la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris) y expose. Son propos n’a, en fait, rien de plus extrémiste que celui de la Rome conciliaire. Il a seulement le mérite d’être plus clair.

Mgr Doré ose prétendre que l’enseignement traditionnel de l’Église sur Israël (l’enseignement des Pères de l’Église, des docteurs, des papes et de tous les saints) « contredisait la Bible elle-même ». M. l’abbé Abraham lui répond, textes à l’appui, dans une lettre ouverte que nous publions à la suite [1].

Le Sel de la terre.

 

 

Message de Mgr Doré

 

CHAQUE FOIS que nous regardons tant d’images gravées, peintes ou sculptées, que les chrétiens du Moyen Age ont voulu donner des Juifs, de ceux du passé comme de ceux qui leur étaient contemporains, nous, chrétiens, sommes assaillis de sen­timents divers.

L’étonnement d’abord : Comment les disciples de Jésus ont-ils pu être aveu­glés [2] au point de ne plus voir dans les Juifs les frères de sang de celui qu’ils confessent non seulement comme Fils du Très-Haut, mais également comme fils d’Israël, profondément ancré dans la religion de ses pères ?

La honte ensuite : Comment des croyants qui ont entendu cet enseignement ultime : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », en sont-ils ve­nus à se montrer aussi infidèles [3] à ce commandement de l’amour du prochain, lorsque ce prochain était un Juif ?

L’indignation enfin : Non ! nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous ne nous recon­naissons pas dans cette façon de voir nos frères Juifs, elle nous scandalise, elle nous blesse ; et nous ne voulons plus regarder ces images, témoins d’une époque révolue et qui n’est plus nôtre.

 

2. — Mais alors nous viennent à l’esprit les paroles si fortes que n’eut de cesse de proclamer le pape Jean-Paul II durant notre grand jubilé de l’an 2000, nous appelant à la « purification de la mémoire », nous invitant à « panser les blessures du passé afin que plus jamais elles ne s’ouvrent » (discours d’arrivée à Tel Aviv). Pour pouvoir être pansées, des blessures doivent être regardées avec attention, quel que soit le rejet qu’elles peuvent appeler. C’est pourquoi une exposition comme celle-ci ne peut être que salutaire. Elle nous aide à regarder courageuse­ment notre passé et à reconnaître ces erreurs dont nous ne sommes pourtant pas personnellement responsables. Un nombre important de ces représentations tra­duisent le message qui fut pendant des siècles celui de chrétiens face au peuple Juif et au judaïsme, et que le grand historien Jules Isaac a magistralement résumé par l’expression « enseignement du mépris » :

Peuple infidèle, qui n’a pas reconnu la visite de son Messie, sourd à ses pa­roles, aveugle à ses signes, devenu incapable de lire sa propre Écriture sainte et les promesses de salut qu’elle contient, le peuple juif se trouve rejeté par Dieu, maudit, pour avoir failli à sa mission. C’est bien ce qu’illustrent toutes ces images négatives montrant les Juifs soit humiliés à cause de leur aveuglement, soit – comme dans le Moyen Age finissant – défigurés par les multiples tares que ré­véla leur impardonnable péché de déicide. Quoi qu’il en soit de cette représenta­tion, que le Juif soit encore digne dans son malheur (comme le montre la magni­fique Synagogue de la cathédrale de Strasbourg), ou qu’il soit caricaturé, le mes­sage théologique reste le même : c’est maintenant au peuple chrétien qu’est pas­sée l’élection ; et l’Église, « verus Israël », peut triompher, elle qui confesse la vé­rité du salut apporté par le Christ.

 

3. — Au concile Vatican II, l’Église catholique a enfin révisé cet enseignement et compris combien il contredisait la Bible elle-même [4], et d’abord la parole de saint Paul affirmant que « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » [5]. Le décret conciliaire Nostra ætate (1965), point de départ du « nouveau regard » porté par l’Église catholique sur les Juifs, rappelait le « patrimoine spirituel » qui l’unit au peuple de la descendance d’Abraham, et condamnait l’accusation de déicide (§ 4). L’épiscopat français, en particulier sous l’impulsion de Mgr Elchinger, évêque de Strasbourg, publiait en 1973 un document sur les relations judéo-chrétiennes d’une force encore inégalée, tandis que Jean-Paul II rappelait à maintes occasions la pérennité de la première Alliance [6], « qui ne fut jamais ré­voquée » par Dieu (Mayence, 1980, etc.).

Aujourd’hui, c’est à la réconciliation et au dialogue fraternel que nous voulons œuvrer avec nos frères aînés. Mais nous devons avoir l’humilité de reconnaître que l’enseignement du mépris et la « théologie de la substitution » faisant de l’Église le nouvel et unique Israël de Dieu imprègnent encore bien des esprits. Seul un long travail d’éducation parviendra à en extirper tout germe d’antiju­daïsme. Seule une continuelle purification de la mémoire, les rendant conscients des tentations qui les habitent, ouvrira les chrétiens à la vigilance et à la respon­sabilité. A eux aussi est adressée cette parole par laquelle Dieu interpella Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère [7] ? »

L’Église appelle aujourd’hui les chrétiens à s’engager sur ce chemin de conversion, les invitant à construire avec leurs frères juifs un avenir où, en­semble, ils pourront être « une bénédiction les uns pour les autres » (Jean-Paul II, 1983).

 

 

Lettre ouverte de M. l’abbé Stephen Abraham

à Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg

 

Monseigneur,

Vous avez voulu publier votre message à la loge maçonnique juive B’nai B’rith [8] « René Hirschler » à l’occasion de l’exposition « Le juif et le judaïsme dans l’art médiéval en Alsace » dans le dernier bulletin diocésain L’Église en Alsace (juillet/août 2003). En effet, ce message est tout autant un appel aux catholiques pour une « participation active à la réflexion souhaitée et souhaitable » qu’une expression de bienveillance à l’égard de « nos frères aînés » avec lesquels il fau­drait (selon vous) œuvrer « à la réconciliation » et « au dialogue fraternel ».

Vous nous prêtez des sentiments d’étonnement, de honte et d’indignation à la vue de « ces représentations [artistiques] qui traduisent le message qui fut pendant des siècles celui des chrétiens face au peuple juif et au judaïsme » :

 

Peuple infidèle, qui n’a pas reconnu la visite de son Messie, aveugle à ses signes, devenu incapable de lire sa propre Écriture sainte et les promesses du salut qu’elle contient, le peuple juif se trouve rejeté par Dieu, maudit, pour avoir failli à sa mis­sion […]. Que le Juif soit encore digne dans son malheur (comme le montre la ma­gnifique synagogue de la cathédrale de Strasbourg) ou qu’il soit caricaturé, le mes­sage théologique reste le même : c’est maintenant au peuple chrétien qu’est passée l’élection ; et l’Église, “verus Israël” (le véritable Israël), peut triompher, elle qui confesse la vérité du salut apporté par le Christ.

 

« Enseignement du mépris ! » : mentionnant son auteur, vous avez fidèlement transcrit cette expression de Jules Isaac, historien juif ; enseignement qui « contredisait la Bible elle-même » et qui a été enfin révisé au concile Vatican II, « point de départ du nouveau regard porté par l’Église catholique sur les Juifs ».

Mais, Monseigneur, comment faites-vous pour porter un nouveau regard ? Vous ressemblez à la statue allégorique de la Synagogue au portail de la cathé­drale qui a les yeux bandés pour ne pas voir ! Les saintes Écritures pendent inuti­lement à votre main ; votre crosse est brisée en quatre morceaux et, loin d’être un soutien pour votre troupeau, elle tient à peine debout ! Car est-ce en connais­sance de cause que vous vous associez aux calomnies de Jules Isaac qui en­seigne, lui avec un vrai mépris, que l’Église catholique est, depuis son origine, le précurseur des camps de concentration ?

 

On doit le reconnaître avec tristesse, presque tous les Pères de l’Église ont parti­cipé de leur pierre à cette entreprise de lapidation morale (non sans suites maté­rielles). (Jules Isaac, Genèse de l’antisémitisme, 1956, éd. Calmann-Lévy, page 61.)

 

Cet enseignement qui s’est poursuivi pendant des siècles a créé une tradition vi­vace, infiniment nocive, tradition meurtrière dont j’ai dit et je répète qu’elle mène à Auschwitz. (Jules Isaac, Jésus et Israël, Fasquelle, page 365.)

 

Cette attitude de l’Église serait pire encore que le nazisme qui « n’a été qu’une étape, une brève étape précédant l’extermination massive : [le système chrétien] au contraire impliquait la survie, mais une survie honteuse, dans le mépris et la déchéance ; il était donc fait pour durer, et pour nuire, supplicier lentement des millions de victimes innocentes » (Genèse de l’antisémitisme, page 172).

Est-ce que vous niez l’authenticité des Évangiles comme ce même auteur dans Jésus et Israël, pour justifier votre thèse ?

Et, cependant, vous devez le savoir, l’Église a toujours condamné l’antisémitisme :

 

L’Église catholique a toujours eu l’habitude de prier pour le peuple juif […] le Siège apostolique a protégé ce peuple contre d’injustes vexations, et de même qu’il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, de même il condamne la haine contre ce peuple choisi par Dieu autrefois, cette haine que l’on désigne d’ordinaire sous le vocable d’antisémitisme. (Saint-Office, 25 mars 1928.)

 

Ce que vous présentez comme « enseignement du mépris », c’est ce que saint Paul appelle un mystère de Dieu pour notre instruction :

 

Je ne veux pas mes frères, que vous ignoriez ce mystère (afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux), qu’une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement (Rm 11, 25).

 

C’est Dieu lui-même qui nous révèle ce mystère pour que nous connaissions « sa bonté et sa sévérité : sa sévérité envers ceux qui sont tombés, et sa bonté envers toi, si toutefois tu demeures ferme dans cette bonté ; autrement tu seras aussi retranché » (Rm 11, 20-22).

La persévérance du troupeau qui vous est confié et le salut des juifs dépen­dent de votre connaissance de la vocation sublime et de la déchéance pitoyable du peuple qui a été choisi par Dieu pour accueillir le Messie et, finalement, dé­possédé de la vigne du Maître (Mt 21, 33-46), à cause de son infidélité.

 

 

C’est par la belle image de l’olivier que saint Paul résume ce mystère (Rm 17, 11-24). Les racines de l’olivier franc sont la Loi et les Prophètes de l’an­cien Testament, qui annoncent et préparent la venue du Sauveur du monde et qui ont été confiées au seul peuple hébreu. La vie d’Israël était sa foi en la pro­messe, et l’attente de Jésus-Christ qui devait venir. Le Fils de Dieu étant venu sur la terre, il est en personne tout ce que l’ancien Testament a pu dire, préfigurer ou commander : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu les abolir mais les accomplir » (Mt 5, 17). Il est celui qui est (le nom que Dieu s’est donné et a révélé à Moïse), la réalité lumineuse qui chasse les ombres et les figures. Il parle de ce qu’il a vu lui-même auprès de son Père. Il ne dépend que de sa volonté de conduire les lois à leur perfection et il suffit qu’il agisse pour donner à l’alliance sa forme définitive.

L’ancien Testament n’existe plus en dehors de Jésus-Christ mais se retrouve comme transfiguré dans le nouveau Testament. Les leçons de l’Histoire sainte, la sagesse des proverbes, l’obéissance à la loi de Dieu, le chant des psaumes de louange, les règles concernant les cérémonies et le sacrifice : tout cela n’a sa place que dans l’Église fondée par Jésus-Christ sur saint Pierre et les apôtres qui ont comme mission d’aller enseigner toutes les nations. Toute la Loi est merveil­leusement rénovée pour s’appliquer à l’univers entier et non à une seule nation, comme l’ancien Testament l’annonçait :

 

Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, grand est mon nom parmi les na­tions ; et en tout lieu l’on sacrifie, et une oblation pure est offerte à mon nom (Ml 2, 11).

 

Il s’agit de la sainte messe (de votre ordination, bien sûr [9], et non pas celle, judaïsée, que vous célébrez actuellement), qui remplace les sacrifices sanglants du Temple.

On ne peut plus revenir en arrière ni passer à côté : Jésus est la pierre d’angle ou la pierre d’achoppement. Le judaïsme sans Jésus-Christ est un non-sens ou plutôt une nouvelle religion où les divagations des rabbins (dans le Talmud – sans parler des blasphèmes contre Jésus-Christ et des imprécations haineuses contre les chrétiens qui s’y trouvent) sont amoncelées pour cacher le vide d’une religion de ruines abandonnées, sans Temple, sans sacrifice et sans sacerdoce ! Il n’est pas étonnant que beaucoup abandonnent la pratique rituelle du judaïsme pour n’en retenir que l’antichristianisme.

 

Qu’elle sache donc très certainement, toute la maison d’Israël, que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié […]. Faites pénitence et que cha­cun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ en rémission de vos péchés, et vous recevrez le don de l’Esprit-Saint. Car la promesse vous regarde vous, vos enfants, et tous ceux que le Seigneur appellera parmi eux […]. Sauvez-vous du milieu de cette génération perverse ! (saint Pierre, Ac 2, 36-40.)

 

Refuser cette lumière et cette rénovation de l’Alliance, pourtant annoncée dans les Écritures, c’est refuser toute la raison d’être d’Israël. C’est refuser la vie éternelle. C’est se couper du véritable Israël. Cela conduit à vouloir mettre à mort le Fils de Dieu, à persécuter l’Église de Dieu et s’attirer le châtiment de Dieu. C’est Jésus-Christ, ce sont les Apôtres qui nous le disent :

 

— Si vous êtes fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Mais loin de là, vous cherchez à me faire mourir […] vous faites les œuvres de votre père […] le diable (Jn 8, 39-44).

— Scrutez les Écritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi ; mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie (Jn 5, 39-40).

— Celui qui vous accuse, c’est Moïse. Car si vous croyiez à Moïse, vous croiriez sans doute à moi aussi, parce que c’est de moi qu’il a écrit (Jn 5, 39-40).

— Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus que vous avez, vous, livré et renié devant Pilate, quand il jugeait lui-même de le renvoyer. Car c’est vous qui avez renié le Saint et le Juste, et qui avez demandé qu’on vous remît un meurtrier ; vous avez même tué l’auteur de la vie que Dieu a ressuscité d’entre les morts (saint Pierre, Ac 3, 13-15).

— Les Églises de Dieu qui sont en Judée […] ont souffert des juifs qui ont tué même le Seigneur Jésus et les prophètes : qui nous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu et qui sont ennemis de tous les hommes, nous empêchant de parler aux nations pour qu’elles soient sauvées, afin de combler toujours la mesure de leurs pé­chés ; car la colère de Dieu est venue sur eux jusqu’à la fin (1 Th 2, 14-16).

 

Et le doux saint Jean écrit à l’Église de Smyrne :

 

Tu es calomnié par ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, mais qui sont de la synagogue de Satan (Ap 2, 9).

 

Mystère de la grâce et de la miséricorde de Dieu ! Les branches naturelles de l’olivier qui ont résisté à la lumière sont élaguées et à leur place est entée, pauvre olivier sauvage, la multitude des nations des Gentils.

 

C’était à vous (les Juifs) qu’il fallait d’abord annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voilà que nous nous tournons vers les Gentils (saint Paul, Ac 13, 46).

 

Est-ce que Dieu a rejeté son peuple ? demande saint Paul.

 

— Non, sans doute ; car je suis Israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin… en ce temps… un reste a été sauvé selon l’élection de la grâce […] les autres ont été aveuglés.

 

Et l’accroissement de ce reste fait l’objet d’une prière continuelle chez saint Paul :

 

Assurément, mes frères, le désir de mon cœur et mes supplications à Dieu ont pour objet leur salut. Car je leur rends ce témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon la science ; parce que ignorant la justice de Dieu, et cherchant à éta­blir la leur, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu (Rm 11, 13-14).

 

Mais il ne se fait guère d’illusion :

 

Tant que je serai apôtre des Gentils j’honorerai mon ministère, m’efforçant d’exciter l’émulation de ceux de mon sang et d’en sauver quelques-uns (Rm 11, 13-14).

 

En tout temps il y a eu des conversions. Alphonse Ratisbonne, juif athée et anti-catholique, attiré par une force mystérieuse, priait le 20 janvier 1842 à Rome dans l’église Saint-André-delle-Fratte devant l’autel de la Vierge miraculeuse :

 

Au moment de ce fait un voile qui me couvrait tomba de mes yeux. Non pas un seul, mais tous les voiles qui m’enveloppaient disparurent l’un après l’autre et rapi­dement, comme la neige, la boue et la glace sous l’action du soleil cuisant. Je sortais d’une tombe, d’un abîme de ténèbres et j’étais vivant !

 

Ainsi jusqu’à ce jour, lorsqu’ils lisent Moïse, ils ont un voile posé sur le cœur. Mais lorsque Israël sera converti au Seigneur, le voile sera enlevé (2 Co 3, 15-16).

 

Car le mystère ne s’arrête pas là :

 

Il est vrai que selon l’Évangile ils [les juifs] sont ennemis à cause de vous ; mais selon l’élection ils sont très chers à cause de leurs pères, parce que les dons et la voca­tion de Dieu sont sans repentance (Rm 11, 28-29).

 

C’est-à-dire : malgré leur péché d’infidélité, malgré le mal qu’ils font à vous et à la propagation de l’Évangile, le lien qui les rattache à leurs pères et à la racine de l’olivier inclinera Dieu à leur faire miséricorde un jour ; « s’ils ne demeurent point dans l’incrédulité, ils seront entés de nouveau » (Rm 11, 23). Une conver­sion importante des juifs est annoncée pour la fin des temps « quand la plénitude des Gentils sera entrée et qu’ainsi tout Israël sera sauvé » (Rm 11, 25-26). Au moment même où les nations commencent à se vautrer dans la grande apostasie et que l’Antéchrist les aura séduites, la miséricorde de Dieu trouvera de nouveau des âmes dignes de son secours.

 

 

Monseigneur, vous voudriez nous faire oublier tout cela, le plan de Dieu ?

C’est qu’un autre plan vous agite. Il s’agit de « s’engager sur le chemin de la conversion » – nous, les chrétiens, et non pas les juifs ! Et quelle conversion ! Il faut d’abord une « purification de la mémoire » qui nécessitera « un long travail d’éducation » pour « extirper tout germe d’anti-judaïsme ». Ensuite il est nécessaire de nous rendre « conscients des tentations qui nous habitent », et « d’ouvrir les chrétiens à la vigilance et à la responsabilité ». Quel travail ! S’agit-il d’une conversion ou d’une voie initiatique ? En poursuivant quelle cabale comptez-vous arriver avec vos « frères aînés [10] » à construire cet avenir œcuménique et fraternel dont vous ignorez vous-même les contours ; sera-ce dans le refus ou dans l’oubli de Jésus-Christ ? En tout cas vos efforts seront remarqués et peut-être récompensés.

Quant à nous, vous le savez bien, nous voulons rester fidèles à l’enseigne­ment de l’Église contenu dans l’Écriture sainte et la Tradition. Nous ne voulons pas « désapprendre », au nom d’un faux œcuménisme, les vérités de la foi, de peur d’être nous-même détachés de l’olivier à cause de notre infidélité. A la vue de tant de branches brisées nous nous confions à la miséricorde de Dieu et, oui, nous prions pour les fils d’Abraham, avec les paroles de Pie XI :

 

Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre pré­féré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de rédemp­tion, le sang qu’autrefois ils appelaient sur leurs têtes. (Pie XI, Consécration du genre humain au Sacré-Cœur du Christ-Roi, 11 décembre 1925).


[1] — Cette lettre ouverte est originellement parue dans le numéro d’août-septembre 2003 du Bulletin du prieuré Marie-Reine (195 rue de Bâle – 68100 Mulhouse).

[2] — C’est nous qui soulignons. (NDLR.)

[3] — C’est nous qui soulignons. (NDLR.)

[4] — C’est nous qui soulignons. (NDLR.)

[5] — Tel est le seul passage que Mgr Doré est capable de citer pour tenter de mettre l’enseignement traditionnel de l’Église en contradiction avec la Bible. Il se garde bien d’en donner la référence précise (Rm 11, 29). Craint-il que la lecture du contexte ne permette aux lecteurs de s’apercevoir qu’il le prend totalement à contre-sens ? Saint Paul vient en effet d’écrire, trois versets plus haut : « une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement jusqu’à ce que la masse des Gentils soit entrée ». L’Église conciliaire est décidément passée maîtresse dans l’art de trafiquer les saintes Écritures. (NDLR.)

[6] — La nouvelle théologie ne parle plus jamais de l’« ancienne Alliance » : à cette expression traditionnelle, elle a substitué l’expression : « première Alliance ». Le changement n’est pas innocent : il s’agit précisément de faire croire que l’alliance du Sinaï n’a pas été remplacée par celle du Golgotha. (NDLR.)

[7] — Caïn, le fils aîné, en qui les Pères de l’Église ont toujours vu une image de la Synagogue, devient pour Mgr Doré, la figure du peuple chrétien persécutant le peuple juif. Tout l’effort théologique de l’archevêque de Strasbourg semble consister à inverser radicalement l’enseignement traditionnel. (NDLR.)

[8] — « B’nai B’rith : Association fraternelle juive fondée aux États-Unis en 1843. B’nai B’rith signifie en langue hébraïque les fils de l’Alliance. Le but de cette association est de maintenir la tradition et la culture juives et de lutter contre l’antisémitisme. […] Les membres s’appellent “Frères”, ils reçoivent une initiation et se réunissent en loges […] » (Dictionnaire Universel de la maçonnerie, Evry, Presses Universitaires de France, 1987).

[9] — Né en 1936, Joseph Doré a été ordonné prêtre en 1961, donc selon le rit traditionnel. (NDLR.)

[10] — Les frères aînés ont plutôt mauvaise presse dans les saintes Écritures par rapport aux enfants de la Promesse : Caïn tua Abel son petit frère par jalousie, parce que son sacrifice n’était pas agréé de Dieu. Ismaël (que saint Paul dit représenter la Jérusalem actuelle – Ga 4, 22-31) persécuta son frère et dut être chassé (« de même encore aujourd’hui » ajoute saint Paul). Esaü voua une haine mortelle à son frère Jacob après avoir échangé son droit d’aînesse contre un plat de lentilles et avoir perdu la bénédiction paternelle. Voilà en tout cas qui ajoute un sens intéressant à l’expression « nos frères aînés » si souvent utilisée de nos jours dans le cadre de l’œcuménisme avec les juifs !

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 46

p. 180-187

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