+ La Démoncratie
« Ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses, et votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » Mt 6, 33.
« – […] Toute idéologie, de droite ou de gauche, qui implique le viol d’une réalité, est luciférienne dans son essence.
– Qu’entendez-vous par « lucifé-rienne » ?
– La révolte de Lucifer n’est pas la révolte du mal contre le bien, mais la révolte du bien contre l’être. » Vladimir Volkoff [1].
Avertissement
La Démoncratie [2]. L’auteur de ce livre, M. François-Marie Algoud est un catholique honorablement connu, qui affiche sa communion pleine et entière avec la hiérarchie post-conciliaire, notamment avec le pape. Par la force des choses, le Sel de la terre, qui « se situe dans la ligne du combat pour la Tradition dans l’Église entrepris par Mgr Marcel Lefebvre » ne peut élaborer les mêmes analyses ni parvenir aux mêmes conclusions que lui. Chaque parti rejetant le consensus mou, nous dirons les choses telles que nous les voyons, tâchant dans la mesure de nos moyens de concilier la vérité et la charité : « veritatem facientes in caritate » [3] disait saint Paul.
Le catholicisme de l’auteur se veut des plus traditionnels, mais il jette cependant le manteau de Noé sur la révolution conciliaire, le distendant à craquer, dans le but – pense-t-il – de défendre l’Église. Il le jette également sur les manquements de la France, ou plutôt sur ceux des princes qui ont présidé à ses destinées au cours des siècles et dont le glaive s’est parfois égaré dans le service de causes étrangères à l’ordre chrétien. C’est que, ancien militant de l’Action Française, ses conceptions politiques sont celles de Charles Maurras, à qui il continue de vouer un attachement indéfectible, et sur les principes duquel il ordonne son agir.
M. François-Marie Algoud mène de longue date un combat courageux contre la dépravation des mœurs. A le lire, on ressent physiquement sa souffrance devant les atrocités de toutes sortes perpétrées notamment depuis la Révolution française et qu’il attribue, le plus souvent avec raison, à l’action du démon.
S’il écrit sur ce sujet, ce n’est évidemment pas seulement pour compiler des faits sur les manifestations démoniaques au cours des âges, mais en vue d’une certaine fin : nous proposer un « antidote » destiné à réduire ces maux qui nous affligent.
La fin propre de cette recension consistera alors en une tentative d’évaluation de la pertinence globale du discours de l’auteur – explicite et implicite – conduisant à l’antidote et de cet antidote lui-même.
En effet, le but recherché est louable. Mais il ne faudrait pas que d’éventuels défauts ou carences d’analyses confirment un lecteur enflammé par la description de tant d’abominations dans une conception erronée de la Providence qui pourrait être la sienne, voire l’y conduisent si ce n’est pas le cas, et l’amènent à s’engager dans un activisme stérile.
Nous tenterons donc d’apprécier le livre à la lumière du précepte scolastique : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu, qui signifie que le bien n’existe que si la chose est entièrement bonne, le mal dès qu’il y a un seul défaut.
Que contient l’ouvrage ?
• Des généralités.
Le livre débute très logiquement par des rappels sur la théologie du démon, aussi appelé le diable, le Malin, le Prince de ce monde, Satan, etc. Pour ce faire, l’auteur se réfère aux Évangiles, dans le but d’interpeller les modernes, convaincus qu’ils sont, en fils des Lumières ayant bien reçu les leçons de leur curé de paroisse [4], que tous ces termes ne sont que des prosopopées, de simples mots servant à désigner le mal. Il fait également appel assez ostensiblement au nouveau Catéchisme de l’Église catholique de 1992 et au Catéchisme pour adultes des évêques de France de 1991 dans ce qu’ils comportent de plus traditionnel, notamment pour rappeler que le diable n’est qu’une créature, que, partant, sa puissance n’est pas infinie et qu’il n’est pas invincible. C’est pourquoi il est hautement hérétique de le diviniser (gnose manichéenne).
Jean-Paul II est appelé à l’aide pour expliquer que lorsque Jésus se fait exorciste, ce n’est pas « par les démons qu’il expulse les démons » (Mc 3, 22-30 ou Lc 11, 15-26). L’auteur a même réussi à exhumer cinq courts passages des différents documents conciliaires (Gaudium et spes, Ad gentes) où il est fait mention du diable pour montrer que « contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, le concile Vatican II n’a pas considéré cet enseignement sur Satan et son action dans le monde comme dépassé. »
Mais lorsqu’il s’agit de rentrer dans les détails, on préfère faire un saut cent cinquante ans en arrière et citer le père Eugène de Mazenod.
La partie introductive du livre s’achève avec un sous-chapitre tentant de distinguer différentes sortes de satanismes, dont :
— Le culte satanique proprement dit, qui est pratiqué sous la forme de différents rites par ceux qui croient véritablement au Satan de la Bible mais se rangent volontairement de son côté. Ils évoquent son nom explicitement [5].
— La possession satanique personnelle ou collective. Cette dernière s’incarnant sous la forme d’institutions, d’idéologies et de régimes politiques particulièrement aptes à accueillir les déchaînements de leur maître. F.-M. Algoud précise, citant Mgr Cristiani [6], que certaines marques de Satan sont particulièrement visibles dans les médias, dans l’incitation générale à la perversion des mœurs, dans la dégradation de l’art moderne.
Nous savons qu’on ne peut imputer à l’action directe du démon tous les péchés [7] puisqu’il faut aussi compter avec le caractère déchu de la nature humaine. Sauf lecture trop rapide de notre part, il ne semble pas que cette causalité spécifique du mal – au fond, ce livre consiste surtout en une liste de maux – ait été envisagée. Voilà qui rappelle curieusement ce qui est dit de Luther à la cote 1529 : « [...] Luther attribue au démon une part beaucoup plus importante qu’on lui attribuait avant lui [...]. » Cet oubli est-il le fruit de la théologie pratiquée depuis quarante ans dans les diocèses et qui reprend l’erreur rousseauiste de l’homme naturellement bon, niant ou oubliant le péché originel ? Alors oui, si l’on ajoute le salut universel qui est prêché de fait et insinué par le culte nouveau, de la messe aux funérailles, vraiment, les voies de la chute sont préparées, la planche savonnée.
• Les annales du satanisme et de ce que l’auteur appelle – analogiquement – les « contre-églises ».
C’est l’essentiel du livre. M. Algoud reprend la présentation, très pratique pour le chercheur, qu’il avait adoptée dans un autre ouvrage, Histoire de la perversion de l’intelligence et des mœurs du XVIème siècle à nos jours [8]. Chaque date retenue est celle d’un événement à classer soit dans la catégorie du satanisme, soit dans celle de la lutte contre celui-ci. Le catalogue débute en l’an 197 avec une mise en garde de Tertullien et s’achève en août 2002 avec – une fois n’est pas coutume – une égratignure aux dominicains du temps qui publient, via leur maison d’édition le Cerf, une anthologie d’études de l’ex-abbé Alfred Loisy, formellement condamné par le Saint-Office en 1908 pour cause de modernisme.
Voici quelques extraits de la longue liste dressée par F-M. Algoud :
1896 : « Le but de l’école laïque n’est pas d’apprendre à lire, à écrire, à compter, c’est de faire des libre-penseurs. L’école laïque n’aura porté ses fruits que si l’enfant est détaché du dogme, s’il a renié la foi de ses pères. L’école laïque est le moule où l’on jette un fils de chrétien et d’où s’échappe un renégat [9]. »
1920 : Dans Women and the New Race, Margaret Sanger [10] écrit : « L’acte le plus charitable qu’une famille nombreuse puisse faire en faveur de l’un de ses membres en bas âge, c’est de le tuer. »
1922 : Mussolini prend le pouvoir entouré de quatre hommes, tous maçons : Balbo, Bianchi, de Bono, et de Vecchi, le grand maître de la maçonnerie du palais Gustiziani. Plus tard, Mussolini, fut décoré par Raoul Palerini, grand maître de la maçonnerie de Piazza di Gesú, avec l’écharpe de 33° ad honorem.
1933 (12 septembre) : Léon Daudet écrit dans l’Action Française du 12 septembre 1933 :
La croix gammée est bien mieux qu’une hérésie, elle est une « croisade » contre la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, contre la morale chrétienne, appelée par Nietzsche morale des esclaves, et une brutale négation du dogme des Évangiles, l’Islam dit-on couramment. Mais l’Islam n’était pas animé de cette fureur contre la personne sacrée du Sauveur du monde, fureur d’ailleurs propre aux Germains cent pour cent et qui animait Gœthe à la simple vue du crucifix. Que sont à côté de cela les hérésies et les schismes de l’histoire ? De l’eau de rose.
1943 : Le général de Gaulle arrive en mai à Alger. Plus tard, il lèvera les lois d’interdiction de la franc-maçonnerie prises par le gouvernement du maréchal Pétain.
1972 : Le rapport de l’UNESCO est intitulé Apprendre à être (Paris, 1972) ; mais être est pris comme synonyme de devenir ou de se développer. On y lit que le but de la pédagogie et de la politique est de faire en sorte que « l’esprit ne s’arrête point à des persuasions définitives », mais qu’au contraire, il devienne « extrêmement prompt à changer ». On affirme par conséquent « la nécessité d’éduquer la pensée de telle manière qu’elle soit habituée à envisager une multiplicité de solutions », divergentes et non convergentes, et d’empêcher que l’esprit ne reste ferme en quelque persuasion définitive (OR, 10 janvier 1973). La loi de la pensée ne serait pas la vérité, c’est-à-dire la stabilité, mais l’opinion, c’est-à-dire une fluctuation continuelle !
En guise de commentaire, François-Marie Algoud cite Romano Amerio :
L’UNESCO ne voit pas que quelqu’un, évidemment, gouvernera le mouvement d’opinion en dirigeant l’opinion, et qu’ainsi, la voie s’ouvre pour le Léviathan (Jb 40, 20-25) [11].
• Un antidote
Pour l’auteur de La Démoncratie, rien n’est perdu [12], la France est toujours bien vivante, son tissu social est resté sain ; certes, elle a tremblé sur ses bases et tremble encore, mais il nous suffira, comme dans la parabole du fils prodigue de nous ranger à nouveau sous la garde de nos pasteurs légitimes et de rappeler un roi pour que la France de toujours brille à nouveau de l’éclat de sa sainteté et de sa civilisation.
Des lacunes
• Mais où est donc passée la seconde bête de l’Apocalypse ?
Le chapitre XIII du livre de l’Apocalypse nous enseigne que Satan, alias le Dragon, alias le Léviathan, suscite deux « bêtes » pour réaliser son plan de perdition exposé au chapitre XII [13].
La première bête figure l’ennemi extérieur de l’Église, la franc-maçonnerie laïque, qui détient maintenant toutes les commandes du pouvoir, politique, économique, etc. :
Puis je vis monter de la terre une bête qui avait sept têtes et dix cornes, [...] le dragon lui donna sa puissance, son trône et une grande autorité. [...] et toute la terre, saisie d’admiration, suivit la bête, et l’on adora le dragon parce qu’il avait donné l’autorité à la bête, et l’on adora la bête en disant : « Qui est semblable à la bête et qui peut combattre avec elle ? » Et il lui fut donné une bouche proférant des paroles arrogantes et blasphématoires, [...] Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre ; et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation. [...]
La seconde bête figure l’ennemi intérieur, la franc-maçonnerie ecclésiastique, avec ou sans tablier [14] :
Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme le dragon. Elle exerçait toute la puissance de la première bête en sa présence, et elle amenait la terre et ses habitants à adorer la première bête [...]. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, de façon à la faire parler et à faire tuer tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête. [...]
On reconnaîtra ici l’évêque apostat dont la mitre symbolise les cornes de l’Agneau, pour rappeler qu’il représente Notre-Seigneur, mais qui, en lieu et place des vertus chrétiennes de foi, d’espérance et de charité, prêche leurs contrefaçons maçonniques que sont la tolérance, le messianisme terrestre et la solidarité. Pour ne parler que de cette dernière, mesure-t-on combien elle constitue un concept diabolique [15] ? Elle a la couleur et le parfum de l’amour, mais en fait c’est une mécanique sociale ingénieuse qui permet précisément de s’en passer : « Je paye pour qu’une collectivité ait soin d’untel aujourd’hui, non pas tout simplement parce que je l’aime et que, compatissant à sa souffrance, j’essaye de la soulager, mais parce que demain, c’est moi peut-être qui serai en détresse et je serai bien aise alors que l’on s’occupe de moi ». Ce n’est rien d’autre que de l’intérêt bien compris [16]. Mais ce n’est pas tout : affirmer sa solidarité avec un homosexuel atteint du sida, signifie beaucoup plus que marquer sa compassion pour le malheureux touché par cette maladie – ce que la charité chrétienne, bien sûr, exige. Cela signifie aussi, mais ce n’est pas dit, accepter son homosexualité comme naturelle et se déclarer solidaire, in solido, formant un seul corps avec lui dans son « combat » pour la reconnaissance de ses « droits » [17].
L’homme a nié Dieu pour ne pas avoir à lui obéir. Le niant, il a été contraint de s’animaliser. Les collectivités modernes ont remplacé les sociétés organiques. La sociologie étudie leur fonctionnement comme les entomologistes étudient les mœurs des abeilles ou des fourmis. Elle en tire des lois statistiques qui permettent de « gérer » le parc humain déshumanisé selon d’exclusifs critères d’intérêt et de bien-être, seuls paramètres de l’homme-animal. La solidarité est un instrument de gestion collective de l’intérêt et du bien-être. C’est l’obligation de payer son écot à cette assurance qui est prêchée tous les dimanches aux néo-chrétiens. Pourtant, en nous proposant la charité, le bon Dieu nous offre beaucoup mieux que de le singer : participer à sa propre nature [18].
A propos de cette seconde bête agissant en « faux prophète », nul ne peut dire Ego, nesciebam, je ne savais pas. En effet, Notre-Seigneur lui-même nous avait prévenus : « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais sont au dedans des loups rapaces. C’est à leur fruit que vous les reconnaîtrez ». (Mt 6, 15.)
Saint Paul a repris la mise en garde :
Que personne ne vous égare d’aucune manière ; car auparavant viendra l’apostasie, et se manifestera l’homme de péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte, jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu, et à se présenter comme s’il était Dieu (2 Th 11, 3-4).
Devant le péril imminent, le premier concile du Vatican avait été on ne peut plus clair :
Car le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. (Constitution Pastor æternus, c. 4.)
Et saint Pie X, dans son encyclique Pascendi [19], n’avait non seulement pas craint de dire publiquement que des prêtres agissaient en faux prophètes, mais avait en plus donné toutes précisions utiles pour que les brebis pussent les reconnaître :
[...] Ah ! s’il n’était question que d’eux, Nous pourrions peut-être dissimuler ; mais c’est la religion catholique, sa sécurité qui sont en jeu. Trêve donc au silence, qui désormais serait un crime ! Il est temps de lever le masque à ces hommes-là et de les montrer à l’Église universelle tels qu’ils sont [...].
On pouvait donc s’attendre à ce qu’un livre traitant spécifiquement des manifestations démoniaques, décrive aussi les faits et gestes de cette seconde bête, encore plus dangereuse que la première car nul ne s’attend à ce que son père, à qui il demande du pain, lui donne une pierre. Qu’en est-il ?
Feuilletons rapidement l’ouvrage, et arrivons-en aux années soixante. 1960, 1961, 1962 ... suspense. Enfin, en caractères gras et au milieu de la page :
Ouvrirons-nous les yeux ?
Ah ! Quand même ! ... Mais non ! ... Nous étions déjà arrivés à 1963, et, du Concile, pas un mot ! Au moins, la nouvelle messe sera-t-elle signalée : ...1968, 1969, 1970, ... Rien !
Pour combler le vide, des volumes entiers – qui ont d’ailleurs été écrits – seraient nécessaires, et il est évidemment hors de question de pallier cette lacune dans cette recension. Donnons simplement, dans l’esprit du livre, quelques exemples de ce que l’on aurait été en droit de trouver [20], mais qui ne s’y trouve précisément pas :
1962 : Le 11 octobre 1962, s’ouvrait ...
1964 : Le 25 septembre 1964 parution dans le journal français « Le Juvénal » d’une interview accordée par le baron Yves Marsaudon [21], ministre du Conseil Suprême de France de la maçonnerie de rite écossais. Extraits :
Question : Vous avez bien connu le pape Jean ?
Marsaudon : J’étais très lié à Mgr Roncalli, nonce apostolique à Paris. Il m’a reçu plusieurs fois à la nonciature et à diverses occasions, il est venu à mon domicile de Bellevue, en Seine-et-Oise. Quand j’ai été nommé ministre de l’Ordre de Malte, j’ai manifesté au nonce mes perplexités à cause de mon appartenance à la maçonnerie. Mgr Roncalli m’a encouragé formellement à rester dans la maçonnerie.
Question : L ’avez-vous revu après son élévation à la tiare ?
Marsaudon : Oui, il m’a reçu à Castelgandolfo en ma qualité de ministre émérite de l’Ordre de Malte, et m’a donné sa bénédiction en me renouvelant son encouragement pour une œuvre de rapprochement entre les Églises, comme aussi entre l’Église et la maçonnerie de tradition [22].
1965 : Le 8 décembre 1965 s’achevait ...
1969 : Le 3 avril 1969, le pape Paul VI signait la constitution apostolique Missale romanum, qui « promulguait le missel romain restauré sur l’ordre du deuxième concile œcuménique du Vatican ». La nouvelle messe était née...
1984 : Jean-Paul II reçoit une délégation des loges du B’nai B’rith le 22 mars 1984. Discours de bienvenue :
Je suis heureux de vous accueillir au Vatican. Vous êtes un groupe de dirigeants nationaux et internationaux de l’association juive bien connue dont le siège est aux États-Unis, mais dont l’activité s’étend dans de nombreux pays, y compris Rome, et c’est justement la Ligue du B’nai B’rith contre la diffamation... Le verset d’ouverture du psaume 113 tombe à propos : « Comme il est doux d’habiter tous ensemble comme des frères » [23].
1986 : Le 27 octobre, première réunion œcuménique d’Assise.
1994 : Déclarations du grand maître de la maçonnerie italienne Virgilio Gaito, sur ce que furent les rapports de Jean XXIII avec la maçonnerie :
On dit que Jean XXIII a été initié à la maçonnerie quand il était nonce à Paris. Je rapporte ce qui m’a été dit. Du reste, dans ses messages, j’ai saisi de nombreux aspects qui sont vraiment maçonniques (Italia settimanale du 26 janvier 1994.)
Il semble, du reste, que le pape Jean a été initié à Paris et a participé aux travaux des Loges à Istambul. Quand ensuite, j’ai écouté les hiérarchies ecclésiastiques parler dans les homélies de l’homme comme centre de l’univers j’ai été ému jusqu’aux larmes. (30 giorni de février 1994) [24]
1999 : Le 14 mai, le pape Jean-Paul II embrasse le Coran [25].
2002 : Après deux mille ans de christianisme, un pape, Jean-Paul II, proclame un nouveau décalogue, le Décalogue pour la paix cosigné par douze responsables religieux, en particulier juifs, musulmans et bouddhistes. Il a été lu le 24 janvier à Assise, par dix représentants de différentes religions, lors de la journée de prière pour la paix (la paix au sens de Kant, et non de Notre-Seigneur Jésus-Christ). Dans ce « Décalogue », qui transpire la religion de l’Homme, le nom « Dieu » est utilisé une seule fois, et encore est-ce pour condamner « tout recours à la violence et à la guerre au nom de Dieu ou de la religion. » On en trouvera le texte dans le numéro 45 de DICI [26].
Exemples d’autres manques :
1303 : Le 7 septembre, Guillaume de Nogaret, envoyé par Philippe le Bel, petit-fils de saint Louis, s’empare du pape Boniface VIII et le moleste. Le pape décède peu de temps après. Son successeur, le français Clément V, inaugure la série des papes d’Avignon.
[...] La signification de l’épisode ne fait guère de doute ; c’est un monde qui vient de mourir ; une nouvelle conception du pouvoir temporel se dessine ; elle sera adoptée par les jeunes monarchies européennes. Au souverain seul appartient le gouvernement de son royaume ; il ne se soumet à personne en ce qui concerne son pouvoir temporel, l’Église n’ayant droit de regard qu’en ce qui concerne l’âme et la vie spirituelle. [...] Au-delà de l’horizon immédiat point déjà le refus de reconnaître les incidences de la vie morale sur la politique, la restriction de la morale au seul domaine privé, fléau de l’époque moderne et contemporaine [27].
1543 : Les Français alliés aux musulmans pillent la ville de Nice, alliée de la catholique Espagne.
1545 : Le 13 décembre, ouverture du concile de Trente.
1563 : Clôture du concile de Trente.
1648 : Traité de Westphalie. Le clivage de la Chrétienté est scellé pour longtemps au plus grand bénéfice des protestants. Adoption du principe cujus regio, ejus religio qui stipule que chaque prince fixe la religion de ses possessions.
[...] L’histoire très complexe [de la guerre de trente ans] devient très simple quand on la réduit à ses lignes essentielles : trois fois, l’Internationale protestante, soutenue indirectement par Richelieu lorsqu’il parvint au pouvoir, organisa l’assaut du monde catholique allemand ; trois fois successivement ces assauts furent repoussés ; la Réforme ne triompha en définitive qu’avec l’appui militaire de la France [...] [28].
1682 : Les évêques français, soutenant Louis XIV, votent la « Déclaration des quatre articles » : Indépendance du roi dans le domaine temporel, supériorité du Concile sur le pape, respect dû par le pape aux libertés de l’Église gallicane, affirmation selon laquelle les définitions pontificales en matière de foi ont besoin du consentement de toutes les Églises avant de devenir irréformables.
Une vérité sélective est-elle vérité ?
La liberté morale authentique consiste, dans une situation donnée, à être capable de déterminer le plus grand bien, puis à être en mesure de l’accomplir.
Or, si dire le vrai est en soi un bien, c’est un bien relatif, qui doit donc être mesuré par les conséquences de cet acte. La conservation d’un bien plus grand peut nous faire préférer le silence.
En l’occurrence, faut-il taire les tribulations de l’Église ? Faut-il faire « comme si » ? Telle est la question qui se pose aujourd’hui à beaucoup de catholiques « conservateurs »
On peut d’abord constater que, même si la fin sincèrement recherchée par ce silence peut être bonne en soi, le moyen ne l’est pas, puisqu’il implique l’hypocrisie et la simulation (faire croire que l’on obéit, alors que ce n’est pas le cas). Les fruits en sont l’assujettissement aux maîtres affichés, la mauvaise foi et l’agressivité face à la contestation, effective ou possible.
A la suite du Concile, différents comportements ont été observés chez les fidèles. Une fraction d’entre eux a bien vu la crise, mais a considéré qu’il était simultanément possible et nécessaire :
— de garder la vraie foi,
— d’afficher une communion totale avec la hiérarchie et le pape,
— de nier toute variation de la foi et des sacrements dans les termes de la religion conciliaire.
L’auteur de La Démoncratie est de ceux-là. Qu’il nous soit permis, en toute charité, d’avancer une hypothèse pour expliquer cette position. Il est indéniable que ce comportement part d’un bon sentiment : on défend ceux que l’on aime, et l’amour de M. Algoud pour l’Église transpire à chacune de ses lignes. Mais intervient ici une seconde donnée : M. Algoud est un disciple de Maurras. Et nous pensons que, inconsciemment, c’est souvent d’abord chez ce dernier, et non dans l’enseignement constant de la sainte Église, qu’il va puiser ses règles de discernement.
Or sans nier son indéniable apport à la réflexion contre-révolutionnaire – notamment à la réfutation naturelle du libéralisme – il ne faut pas oublier que Maurras ne vivait pas et ne pensait pas en chrétien, et qu’il ne s’est converti que peu de temps avant sa mort. La plus grande partie de son œuvre n’est pas chrétienne, même s’il éprouvait respect et admiration pour l’Église visible. Si le christianisme peut puiser avec profit dans son abondante production, c’est sous réserve d’inventaire, et en respectant la hiérarchie des essences, ce que ne font pas toujours ses adeptes.
En condamnant l’A.F., Pie XI avait voulu éviter que les fidèles fussent maurrassiens avant d’être chrétiens. Quand on connaît le charisme et le talent hors du commun de Charles Maurras, il est clair que le risque n’était pas infondé [29]. On peut redouter que M. Algoud se soit heurté à cet écueil.
C’est la faute au diable
L’Église, nous le savons, sera en butte aux menées du serpent infernal jusqu’à la fin des temps. Mais le premier combat que le chrétien doit mener est contre le mal qui est en lui [30]. A moins d’être aveugle, il est impossible de ne pas voir celui qui atteint les autres, mais s’imaginer qu’on peut combattre et réduire ce dernier de manière purement extérieure, comme on emporte une place forte, est une illusion. Le Confiteor ne dit pas tua culpa, mais bien mea culpa.
M. Algoud ne l’ignore évidemment pas et sa sainteté personnelle n’est pas en cause, mais – peut-être est-ce là encore l’influence de Maurras – le livre donne l’impression que le diable ne gît que chez les autres.
L’incompréhension radicale entre un libéral – « de gauche » comme « de droite » – et un catholique, et qui rend impossible tout échange réel entre eux, tient au fait que, pour le libéral, le christianisme est une idéologie parmi d’autres. Et une idéologie, ça s’impose ou ça se combat de l’extérieur [31].
Grave erreur, peut-être la plus pro-fonde de toutes, cette assimilation abusive est d’abord une illusion sur la causalité.
Le libéral croit – à tort – qu’il peut tout obtenir ou presque de ses petites mains : c’est seulement une question de temps ou de moyens à mettre en œuvre. Autrement dit, il ne conçoit qu’un seul type de causalité : la causalité telle qu’elle est entendue dans les sciences physiques : « [...] la causalité signifie pour le physicien une régularité dans l’enchaînement des phénomènes sensibles (il dira qu’un phénomène A est cause d’un phénomène B si A est toujours accompagné ou suivi de B) [32]. »
Le catholique ne nie bien sûr pas ce type de causalité, mais en restreint le domaine de compétence à l’ordre des phénomènes. Il sait – vérité de foi – que « Dieu est l’auteur de tout bien quel qu’il soit, et [que] le péché n’arrive pas sans une permission divine pour un bien supérieur, autrement la Providence divine, contrairement à ce que dit la Révélation, ne serait pas universelle ou ne s’étendrait pas à tout ce qui arrive en tel homme et en tel autre [33] ». C’est le dogme même de la Providence.
On ne peut dire à la fois omnis potestas a Deo, tout pouvoir vient de Dieu, et dire que ce pouvoir a été – par exception, en quelque sorte – volé par l’homme dans nos démocraties totalitaires, comme le feu par Prométhée !
Nous ne voudrions pas être provocants, mais on se demande quand même parfois, si l’auteur de La Démoncratie, pour ennemi déclaré du libéralisme qu’il se veuille, n’est pas tenté de raisonner ainsi lorsqu’il analyse les causes des horreurs que nous connaissons et en propose le remède.
Il est cruel, mais utile, de rappeler que les nations européennes, et la France au premier rang, après avoir connu l’état de chrétienté avec un maximum de perfection au XIIIe siècle, l’ont progressivement perdu, comme sous l’effet d’une lente corrosion. Dans le cas de notre pays, l’effet en est nettement visible dès le petit-fils de saint Louis. Or le manquement d’un prince – de l’Église ou de la nation – est infiniment plus lourd de conséquences que celui du manant, tant il est vrai que, selon le proverbe présumé chinois, le poisson pourrit par la tête.
On oublie trop que les principes maçonniques de liberté, d’égalité et de fraternité (horizontale) sont des corruptions des principes chrétiens de même nom. Comment cela peut-il arriver ? C’est extrêmement simple : par la proclamation dans l’ordre naturel de desseins relatifs à l’ordre surnaturel. Prenez les Béatitudes et faites-en un programme politique : vous avez le communisme !
Jacques Maritain a fort bien analysé ce phénomène de corruption dans le chapitre sur Jean-Jacques Rousseau de son maître-livre Trois réformateurs [34]. De même Augustin Cochin, qui avait les idées fort claires en véritable philosophie, bien qu’il ne se réclamât point de cette discipline, avait parfaitement perçu l’effet de cette commutation du surnaturel au naturel [35].
La progression du naturalisme dans les mœurs et les idées des chrétiens est, en un sens, bien plus redoutable que toutes les armées de l’enfer.
La lecture de l’ancien Testament montre que les tribulations d’Israël étaient clairement interprétées comme des manifestations du châtiment divin suite aux infidélités collectives et individuelles de ses fils. Il est facile de constater que, même dans nos milieux, ce type de lecture des malheurs qui nous frappent n’a plus guère cours aujourd’hui. Nous sommes loin du sublime psaume 50e (Miserere) que David composa sous l’effet de la douleur du repentir après avoir commis le meurtre et l’adultère [36] :
Car j’ai conscience de mes iniquités,
et mon péché est sans cesse devant moi.
C’est toi, toi seul que j’ai offensé,
j’ai fait ce qui est mal à tes yeux,
Ainsi tu es juste dans ton arrêt,
et irréprochable dans ton jugement.
Au Moyen Age encore, les papes n’hésitaient pas à donner les vraies causes de nos malheurs politiques. Évoquant ceux qui accablaient le Royaume latin de Jérusalem, Célestin III écrivait :
Il est vrai que, de nos jours, la méchanceté de nos contemporains en est arrivée à un point tel que nous ne comprenons plus, ni les avertissements de l’Écriture sainte, ni les châtiments infligés à notre faiblesse. Aussi le Seigneur a-t-il voulu appesantir sa main sur nous et il a livré aux païens la terre où il est né (ce que nous ne pouvons dire sans que notre cœur en soit tout saisi d’amertume). Ainsi, quand nous l’avons appris, avons-nous gémi avec le prophète : « Ô Dieu, les nations sont entrées dans votre héritage » [Ps 78, 1] [37].
De fait, on cherchera en vain ce genre d’aveu dans La Démoncratie pour expliquer tant soit peu la Révolution – française ou universelle –, qui, pourtant doit bien être considérée comme une punition, puisqu’il est de fait que Dieu l’a permise, comme il permet tout ce qui se passe aujourd’hui comme hier. Cette punition relève d’ailleurs en grande partie de la justice immanente, qui est une forme native de la justice divine qui fait que nous subissons les conséquences de nos actes.
L’antidote
C’est la Providence qui, en vue d’aider les hommes à atteindre leur vraie fin, avait donné la victoire à Clovis sur les Alamans, entraînant sa conversion puis celle de ses hommes, inaugurant ainsi 1300 ans de Monarchie chrétienne en France. C’était là un plan divin, non pas humain. Par contre, ce qui fut bien humain, ce fut la corruption et la ruine progressive de ce bien.
C’est pourquoi tout projet ayant pour but de remédier aux maux présents et qui méconnaîtrait l’économie de la Providence, est voué à l’échec. Mais la tentation est grande de chercher à manipuler directement – il n’y a pas d’autre mot – les causes secondes, instruments des causes premières, qui sont entre les mains de Dieu seul.
Le problème du « que faire ? » face à ce déferlement d’horreurs ressortit au débat fameux sur la primauté du spirituel ou celle du politique. Et il fallait s’attendre à ce que l’on nous resservît les thèses de Maurras sur la question. On le fait, en effet, et sans la moindre correction [38].
Rappelons-en brièvement les termes. En substance, Maurras dit à l’Église : « Laissez-nous d’abord instaurer un régime politique stable qui assure un fond de paix, de sécurité et de prospérité. Ensuite, vous pourrez vous déployer ». Et il illustre cette pensée par un aphorisme célèbre : Quand Syracuse est prise, Archimède est égorgé et tant pis pour le théorème. Devançant les objections, il précise – et M. Algoud confirme – : « [...] Quand nous disons Politique d’abord, nous disons : la politique la première, la politique dans l’ordre du temps, nullement dans l’ordre de la dignité . [...] ».
Jacques Maritain commentait :
[...] Mais Maurras, en raison même de son procédé empirique, ne parle pas de la hiérarchie des essences ni de la subordination des fins, il ne se propose pas de descendre des principes aux conséquences, il veut remonter des effets aux causes. [...] Précisons, pour éviter toute équivoque : 1° que l’ordre d’exécution, pour être bon lui-même, présuppose la rectitude des fins poursuivies dans l’ordre d’intention, présuppose donc que le bien politique est poursuivi dans sa subordination essentielle à Dieu et au Christ [39].
Puis, citant le cardinal Journet [40] :
[Sans cela, et] si l’on organise la cité ou la civilisation en faisant abstraction de Dieu et du Christ, à qui elles doivent retourner, le « Politique d’abord » et le « Civilisation d’abord » deviendront par la force des choses, un « Politique tout court » et un « Civilisation tout court ».
Naturellement, on peut toujours jeter un coup d’œil par la lucarne des causes secondes possibles par lesquelles la Providence pourrait agir si elle le décidait. Autrement dit, analyser la situation politique du moment, comme on scrute le ciel pour tenter de prévoir le temps à venir. Encore faut-il que l’analyse soit réaliste.
De fait, elle est plutôt surréaliste puisque l’on ignore superbement l’état d’avancement de la Révolution [41] et son objectif ultime. Déjà, il y a un siècle, elle était fausse : Maurras n’avait pas vu que le nationalisme – le nationalisme païen des temps modernes – était au service de la dite Révolution et servait précisément à détruire les nations. Que dire aujourd’hui ! Encore, à l’époque, le tissu social était-il sain dans l’ensemble, ce qui pouvait laisser entrevoir une possibilité de sursaut national ; mais aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. Que reste-t-il de la souveraineté de la France ? Comme T. de la Cour Chauveau l’observait finement dans le numéro 30 du Sel de la terre (« Le pouvoir de l’euro », p. 111), l’adoption de l’euro n’a pas tant constitué un acte d’abandon de souveraineté, qu’elle a été la marque d’un abandon déjà accompli, et sans lequel elle n’aurait pas été possible.
Mais il serait faux de dire que M. Algoud se cantonne à l’ordre naturel, puisqu’il nous propose également, comme antidote, la prière, et tout spécialement à Notre-Dame [42]. Il a bien raison, puisqu’on ne voit pas, humainement, ce qui pourrait empêcher le processus de mondialisation d’aller à son terme : seul Dieu pourrait y mettre fin, « d’un souffle de sa bouche ». Mais elles semblent restées jusqu’ici sans effet. Pourquoi donc ?
La question – tout à fait fondamentale – de l’efficacité de la prière est liée à sa nature même, qui est souvent confondue dérisoirement avec une tentative d’inflexion de la volonté – immuable ! – de Dieu.
[...] La prière ne peut donc nous obtenir que les biens qui sont dans la ligne de notre fin dernière, dans la ligne de la vie éternelle. En dehors de là, elle ne peut rien, elle est trop haute pour nous obtenir tel succès temporel sans rapport avec notre salut. [...] Les biens qui nous acheminent vers le ciel sont de deux sortes : les spirituels, qui nous y conduisent directement, et les temporels, qui peuvent être indirectement utiles au salut, dans la mesure où ils se subordonnent aux premiers. [...] « Cherchez le Royaume des cieux, et tout le reste vous sera donné par surcroît». [...] [43]
La vérité est que nous comptons tous beaucoup trop sur nos propres forces et que nous n’avons pas assez confiance en la divine Providence, ce qui caractérise exactement le manque de foi qui rend nos prières irrecevables [44]. Notre-Seigneur enseigne qu’il y a des démons qui ne se chassent que par le jeûne et la prière. Toutes les apparitions mariales réclament la réparation et la pénitence. Mais, dans l’antidote fourni par l’auteur, il n’en est guère question [45].
[...] Qui enseigne cela aujourd’hui ? Même dans les mouvements, partis, associations, revues, radios, bulletins et autres œuvres qui prétendent lutter contre le désordre actuel ? On préfère les marches derrière les banderoles où les noms de Dieu et de son Christ sont absents, les ventes de livres avec dédicaces d’auteurs, les pétitions, ... La vraie conversion exige aujourd’hui une énergique purgation des intelligences. Tant d’idées fausses, tant de mensonges ont été répandus, spécialement depuis deux siècles, qu’un long travail de reconquête des esprits est à entreprendre, même parmi les traditionalistes. S’instruire de la pure doctrine chrétienne et en instruire les siens est urgent. Il faut une ferme volonté pour aller à contre-courant de toute la mentalité actuelle et proclamer l’existence du péché originel, la nécessité absolue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, même en politique et en économie.[...] [46]
Triple conclusion
1. — Ce livre est une mine impressionnante d’informations qui seront d’une grande utilité aux chercheurs, aux rédacteurs, ... MAIS…
2.— Ce livre offense le principe de non-contradiction sur de nombreux points qui découlent généralement du refus d’accepter la réalité de l’apostasie conciliaire.
En voici un exemple caricatural. M. Algoud affirme, à la page 47 :
Toute déification de l’homme cache Satan dans ses plis.
Tout culte de l’homme et des Droits de l’homme sans Dieu, mène au satanisme, inexorablement.
Seule la reconnaissance de Dieu fait homme, du Dieu-Amour, conduit au respect d’autrui et donc à l’amour du prochain.
Dieu fait homme est source de vie.
L’homme fait Dieu conduit à la mort.
Les faits sont là, aveuglants dans leur tragique vérité, sauf pour ceux que l’orgueil empêche de comprendre, de saisir que l’humilité est la source de la sagesse présente et éternelle.
Ceci est parfaitement exact.
Mais dans le même temps, on nous demande de suivre les enseignements des trois derniers pontifes, dont Paul VI, qui, dans un discours célèbre prononcé le 7 décembre 1965 pour la clôture de Vatican II, déclara :
Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme.
3. — La lecture de ce livre présente-t-elle des risques doctrinaux ?
Le lecteur risque-t-il de se voir inculquer des idées fausses sur la Providence ? Nous l’avons compris, la réponse est oui. Simple question théologique pour spécialistes sans conséquence pratique ? Voire ! Car il s’ensuivra un activisme au mieux stérile, au pire débouchant sur un décrochage du catholicisme. Ce décrochage pourrait alors se produire par deux voies convergentes : la religion conciliaire, ou la maçonnerie régulière.
Refusant, par souci d’honorabilité et d’efficacité, de s’opposer franchement au néo-modernisme, (quand on est sérieux, on ne « ferraille » pas avec le Vatican), on croira bon de se réclamer de la Rome conciliaire, estimant qu’il suffit de fréquenter les bonnes paroisses ou les bonnes abbayes pour se préserver des déviations. Terrible illusion. On finira par changer de religion, lentement, insensiblement, mais sûrement, car, une fois arrimé à la hiérarchie conciliaire, il faudra, à peine de se dédire, en suivre les rails. En veut-on un exemple, tiré du livre-même ? Qu’il suffise de méditer la petite catéchèse sur la solidarité qui nous est proposée [47] :
La solidarité n’est pas un sentiment de compassion vague et superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun [comprenons : « l’intérêt général »] ; c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun, parce que tous, nous sommes vraiment responsables de tous. (Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, nº 38.)
Autrement dit, « sauvons la planète » de nos propres mains, et participons à la reconstruction de la tour de Babel interrompue jadis par Yahweh. C’est la Révolution même. Le bon docteur Kouchner ne désavouerait pas.
Deux traditions adverses se croisent, s’emmêlent, le long de notre histoire ; l’une est sainte, l’autre vaine ; l’une a vraiment fait la France, l’autre, en travaillant à l’élever selon des vues charnelles, a préparé les forces qui devaient tendre à la défaire [...] [48].
Loin d’en effectuer une salutaire discrimination, le livre contribue, selon nous, à les brouiller. Or les eaux saumâtres où se mêlent ces traditions constituent un lieu de pêche idéal pour la maçonnerie régulière.
Qu’on nous comprenne bien. La fin ultime recherchée par François-Marie Algoud n’est pas en cause : c’est bien le triomphe du Christ-Roi. Il en donne de nombreuses preuves, ne serait-ce que par ses multiples critiques de la doctrine évolienne et sa mise à l’Index de Guénon (page 15). Mais objectivement, le lecteur est conduit à tout autre chose, parce que l’auteur utilise un outil de discernement erroné, non chrétien, marqué par un certain naturalisme « de droite » [49]. Il a trop puisé à la doctrine maurrassienne, non en ce qu’elle a de bon et qui concerne l’ordre pratique, mais précisément en ce qu’elle a d’inacceptable pour un chrétien : le « politique d’abord », qui renverse la hiérarchie des essences. C’est cette erreur qui, selon nous, l’entraîne dans la contradiction flagrante, la sujétion fatale au Concile, avec pour résultat, l’exact inverse de ce qu’il recherche.
Henri Verlhac
François-Marie Algoud, La Démoncratie, Éditions de Chiré (86190 Chiré-en-Montreuil), 456 pages 15 x 24.
[1] — Vladimir Volkoff, Le Montage, Julliard, l’Age d’Homme, 1982, p. 256. Sans préjuger de l’orthodoxie doctrinale de Vladimir Volkoff, nous n’hésitons pas à citer cet auteur de talent pour la profondeur de sa perception du phénomène révolutionnaire. Même s’il s’est surtout attaché à en décrire la praxis et si les développements philosophiques sont rares sous sa plume, il nous montre ici en un jet de pierre que la nature métaphysique de la Révolution ne lui a pas échappé.
[2] — Visiblement conçu pour évoquer la démocratie, le terme démoncratie est cependant malheureux. Le néologisme tiré du grec et signifiant « gouvernement du démon » est démonocratie et non démoncratie. La règle de formation est la suivante : lorsque le premier élément, qui marque ici le sujet de l’action, a pour origine un nom de la 3e déclinaison grecque, on ajoute un o au thème francisé (démon) avant de lui accoler, pour indiquer l’action elle-même, le deuxième élément, lui aussi francisé (cratie). D’où, démon-o-cratie.
[3] — Ep 4, 15.
[4] — Pour ne citer qu’un seul exemple, le jeune paroissien en charge il y a quelques années de la visite de l’église de Saint-Nectaire dont la riche iconographie met très souvent le diable en scène, précisait aux nombreux touristes qui se pressaient autour de lui que cette omniprésence du démon s’expliquait par l’ignorance et la superstition de l’homme (en était-ce un ?) du Moyen Age. Lorsque nous l’avons interpellé à ce sujet pour lui faire observer que ce qu’il disait n’était pas conforme à la doctrine catholique – qu’on accepte ou non, ce n’est pas la question – il a été extrêmement surpris et nous a renvoyé vers son curé qui lui avait enseigné cela.
[5] — On sait que l’Écriture désigne aussi Satan par « Bélial », mais ce mot étant peu connu du public, cela permet de l’utiliser plus facilement dans la société civile. Il n’est donc pas surprenant qu’un éditeur s’appelle ainsi (si l’on a accès à l’internet, on pourra consulter son site à l’adresse www.belial.fr pour se faire une idée). Ce qui l’est davantage, c’est qu’un éminent astronome comme Rolland Lehoucq figure parmi les auteurs édités par Bélial. Ce qui l’est encore plus, c’est que cet auteur vient donner des conférences sur la science-fiction auxquelles sont invités à grand renfort de publicité les lycéens de l’enseignement public dans le cadre de l’association paragouvernementale « Récréasciences », ayant pour objet le prosélytisme scientiste (consulter par exemple http://www.bardessciences.net).
[6] — In Présence de Satan dans le monde moderne, Librairie Jacques, 1959, 1985.
[7] — I-II q 80, a 4.
[8] — Éditions de Chiré, 1996.
[9] — Déclaration de l’inspecteur d’Académie Dequaire Brobel, grand maître de la franc-maçonnerie, au convent de 1896. De la Ré-volution. Jean-Claude Lozac’hmeur, Bernaz de Karer. Éditions Sainte Jeanne d’Arc, 1992, p. 139. (Note de F.-M. Algoud.)
[10] — Margaret Sanger a fondé en Grande-Bretagne en 1930 la NBCA ou National Birth Control Association. Dès 1930, après que le parti nazi eut remporté un grand succès aux élections en Allemagne, le conseiller de Hitler en matière raciale a été invité aux États-Unis par Margaret Sanger. (Informations puisées dans le livre de F.-M. Algoud.)
[11] — Romano Amerio, Iota Unum, NEL, 1987, p. 307. (Note de F.-M. Algoud.) — Ce commentaire ne nous paraît pas adéquat. D’une part, c’est faire preuve de bien de naïveté que de penser que « l’UNESCO ne voit pas que quelqu’un gouvernera le mouvement d’opinion ». D’autre part il ne met pas en lumière la portée philosophique, qui nous paraît fondamentale, de ce texte. Il s’agit d’inculquer dès le plus jeune âge, l’idéologie du mouvement, qui est à la base de la lutte contre l’être, essence même de la révolte luciférienne comme le rappelle l’épigraphe empruntée à Vladimir Volkoff. On comprendra sans peine que pour un esprit formé à cette école, un Dieu immuable n’a aucune signification. Le caractère nécrosant de la réforme liturgique de 1969, et plus généralement de toutes les réformes issues de Vatican II est en grande partie dû à cette idéologie du changement permanent qui y a été introduite, institutionnellement pourrait-on dire, et également de manière subliminale comme en témoigne le vocabulaire moderniste (usage des mots « en marche », « cheminement », « en recherche » ...).
[12] — En application du postulat de Maurras qu’il cite : « le désespoir en politique est une sottise absolue » (p. 365).
[13] — Pour une exégèse du ch. XII de l’Apocalypse, voir Le Sel de la terre 11.
[14] — Qu’un prélat soit effectivement affilié à une loge n’a guère qu’un intérêt anecdotique dès lors que son action est, de fait, maçonnique.
[15] — « Corruptio optimi pessima, la pire des corruptions est celle qui s’attaque à ce qu’il y a de meilleur en nous, la plus haute des vertus surnaturelles, qui est l’âme de toutes les autres [la charité] » Réginald Garrigou-Lagrange O.P., « Les exigences divines de la fin dernière en matière politique », La Vie spirituelle, t. XV, nº 90 (mars 1927), p. 748.
[16] — Le futur saint Pie X, alors cardinal Sarto, patriarche de Venise, l’avait bien vu : « Oh ! Que l’on se tromperait, si l’on croyait avoir accompli son devoir en prélevant, par une loi quelconque d’administration, sur les fonds de l’État ou sur les revenus des provinces et des communes, une somme d’argent à partager entre les pauvres pour fournir à leurs nécessités […]. La substitution de l’aumône officielle à la charité privée est la destruction complète du christianisme et un attentat terrible contre le principe de la propriété. Le christianisme n’existe pas sans la charité, et la distinction fondamentale entre la charité et la justice est que celle-ci se peut exiger, même avec recours aux lois et à la force, selon les circonstances, tandis que celle-là ne peut être imposée que par le tribunal de Dieu et de la conscience. Quand un secours est donné par une loi, l’aumône n’est plus libre, elle ne procède plus d’un mouvement du cœur, elle perd son mérite devant Dieu […] » (Lettre du cardinal Sarto au Congrès des catholiques voués à l’étude des science sociales, Padoue, août 1896).
[17] — On le sait, la vérité peut être au service de l’erreur. C’est le cas lorsque certaines personnes agissent sous l’empire de la charité authentique, mais sous l’étiquette de la solidarité. Elles accréditent la confusion et contribuent ainsi à nourrir un grand mal par un petit bien. C’est pourquoi les catholiques ne doivent pas collaborer aux sociétés de bienfaisance laïcistes. Voir la Lettre sur le Sillon de saint Pie X.
[18] — « Qu’est-ce donc que la charité ? — La charité est une vertu qui nous élève à la vie d’intimité avec Dieu en vue de lui-même selon qu’il est son propre bonheur et qu’il a daigné vouloir nous le communiquer (II-II, q. 23, a. 1). Que suppose en nous cette vie d’intimité avec Dieu à laquelle nous élève la vertu de charité ?— Cette vie d’intimité avec Dieu suppose en nous deux choses : d’abord, une participation de la nature divine, qui divinise notre nature et nous élève, au-dessus de tout ordre naturel, soit humain, soit angélique, jusqu’à l’ordre qui est propre à Dieu, faisant de nous des dieux et nous donnant d’être de sa famille ; ensuite, des principes d’action, proportionnés à cet être divin, qui nous mettent à même d’agir, en véritables enfants de Dieu, comme Dieu agit lui-même, le connaissant comme il se connaît, l’aimant comme il s’aime, et pouvant jouir de lui comme il en jouit lui-même (q. 23, a. 2). » (Thomas Pègue O.P., Catéchisme selon la Somme théologique, Le Sel de la terre 15, p. 77. Pour en recevoir gratuitement une version numérisée, contacter contra.impetum.fluminis@wanadoo.fr).
[19] — On en trouvera le texte complet en français, ainsi que tous les textes du magistère qui ne figurent pas sur le site du Vatican à l’URL http://membres.lycos.fr/lesbonstextes/.
[20] — Si funestes fussent-elles, nous ne faisons pas figurer ici – au titre de l’action directe du démon – des erreurs de discernement comme le « Ralliement » de 1892 ou la condamnation de l’Action française en 1926. Sur le « Ralliement », on lira l’analyse très équitable de Jacques Ploncard d’Assac dans son remarquable ouvrage malheureusement épuisé L’Église occupée, Chiré, 1983, p. 115-131.
[21] — Le baron Marsaudon est l’auteur de L’Œcuménisme vu par un franc-maçon de tradition, Paris, Vitiano, 1964. Sur les rapports de Jean XXIII avec la franc-maçonnerie, voir Le Sel de la terre 34, p. 233-237.
[22] — Cité par Carlo Alberto Agnoli, La maçonnerie à la conquête de l’Église, Versailles, publications du « Courrier de Rome », 2001, p. 43. Disponible chez DPF, 86190 Chiré-en-Montreuil.
[23] — Carlo Alberto Agnoli, ibid., p. 47, qui cite la Documentation Catholique nº 1874, p. 509.
[24] — Carlo Alberto Agnoli, ibid., p. 44.
[25] — Voir Le Sel de la terre 31, p. 186.
[26] — Adresse postale : DICI-presse, L’Étoile-du-matin, 57230 Éguelshardt. Sur internet : http://www.dici.org/actualite_read.php?id=204.
[27] — Dom Guy-Marie Oury, Histoire de l’Église, Solesmes, 1978, p. 171-172.
[28] — Amiral Paul Auphan, Le Drame de la désunion européenne, Paris, 1954, p. 184-199, cité par Le Sel de la terre 17, p. 256-262. D’une manière générale, le lecteur de La Démoncratie ferait bien de compléter son information par la lecture des numéros 17 et 19 du Sel de la terre sur « les reniements de la France ».
[29] — Notre propos n’est pas ici d’approuver la condamnation de l’Action française telle qu’elle fut portée par Pie XI, et que nous considérons comme une erreur prudentielle majeure. Les modernistes et les ennemis de l’Église l’ont immédiatement exploitée dans un sens contraire à celui que voulait le pape. Reconnaître la maladresse de Pie XI n’empêche cependant pas de constater aussi les déficiences de Maurras. Saint Pie X avait parfaitement résumé la question en le qualifiant de « damnabilis sed non damnandus » (condamnable, mais qu’il ne faut pas condamner). Bien que Jacques Maritain soit progressivement sorti de l’orthodoxie à partir des années 30 pour tomber dans le modernisme (il est le père de la funeste « liberté religieuse » de Vatican II), certaines des analyses qu’il développe à ce sujet dans Primauté du spirituel (Paris, Plon, 1927), nous semblent dignes d’intérêt.
[30] — Ajoutons qu’il n’est pas sans moyens de défense : le démon ne peut pas grand chose contre une âme en état de grâce et qui prend toutes mesures prudentielles pour s’y maintenir. « Satan peut aboyer, disait saint Augustin, mais il ne peut pas mordre » (cité par dom Vonier, La Victoire du Christ, Paris, DDB, 1935, p. 84).
[31] — En niant le réel pour imposer la fiction.
[32] — Jean Daujat, Physique moderne et philosophie traditionnelle, Paris, Téqui, 1983, p. 34. Il poursuit : « Pour le métaphysicien [la causalité signifie] une dépendance dans l’être (il dira que A est cause de B si l’être de B dépend de l’être de A) ».
[33] — R.P. Garrigou-Lagrange O.P., « Pour l’intelligence du dogme de la Providence », Angelicum, vol. XXIX (1952), fasc. 3, p. 243.
[34] — Plon, 1925. Cet ouvrage est libre de droits. Pour en recevoir gratuitement une version numérisée, contacter contra.impetum.fluminis@wanadoo.fr .
[35] — Augustin Cochin, Les sociétés de pensée et la démocratie moderne, Plon 1936, passim. Ce texte est libre de droits. Pour en recevoir gratuitement une version numérisée, voir note supra.
[36] — On pourra lire le commentaire qu’en fait saint Thomas d’Aquin dans son Commentaire sur les psaumes, Paris, Cerf, 1996, p. 641.
[37] — Célestin III, bulle Cum ad propulsandam, 25 juillet 1195. Cité par Le Sel de la terre 29, p. 21.
[38] — F.-M. Algoud, ibid., p. 420.
[39] — Primauté du spirituel, Paris, Plon, p. 202-205.
[40] — Précisons pour qui l’ignore, que le cardinal Journet, pourtant auteur de travaux remarquables, est tombé, tout comme Maritain, dans un certain nombre d’erreurs, notamment le faux œcuménisme, et qu’il a participé à la promotion de la « liberté religieuse » conciliaire.
[41] — Il est d’ailleurs significatif de remarquer que le « programme » politique de la toute nouvelle « Alliance Royale » conduite par l’ex-légitimiste Y.-M. Adeline est surtout de nature économico-sociale, visant à améliorer encore le rendement d’une machine à produire et distribuer des biens sensibles, déjà fort performante. C’est évidemment le seul domaine susceptible de faire tendre l’oreille à l’homme du jour, lequel considère, même milliardaire, qu’il n’a pas la part de gâteau qui devrait lui revenir. Il est clair que, philosophiquement, il mène le même combat que son employé encarté à la CGT.
[42] — Passim, notamment p. 435.
[43] — Réginald Garrigou-Lagrange O.P, « L’efficacité de la prière », Revue des Jeunes, 1923, t. III, p. 12, d’après II-II, q. 83, a. 5 et 6.
[44] — « Voici que la main de Yahweh n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais vos iniquités ont mis une séparation entre vous et votre Dieu ; vos péchés lui ont fait cacher sa face, pour qu’il ne vous entende pas » (Is 59, 1-2).
[45] — Exception faite pour la construction du Sacré-Cœur de Montmartre en réparation de la guerre de 1870 et de la Commune de Paris, p. 429. Encore ceci est-il du passé, et n’est donc pas à imputer à l’antidote.
[46] — In Le Sel de la terre 19, p. 384.
[47] — p. 418.
[48] — J. Maritain, Primauté du spirituel, Paris, Plon, 1927, p. 114.
[49] — Face au naturalisme « de gauche » – que dénonce justement M. Algoud –, il y a en effet un naturalisme « de droite » auquel il nous livre involontairement. Ce ne sont pas les extrêmes qui se rejoignent comme on dit parfois, ce sont deux aspects opposés d’une même hérésie toujours renaissante. « [...] Pour réagir, comme il convient, contre ce démocratisme, et contre ceux qui en profitent au grand détriment de leur patrie, suffit-il d’un vigoureux coup de barre en sens inverse, dans l’ordre humain ? Suffit-il de rappeler la hiérarchie naturelle des valeurs établies autrefois par les corporations dans le monde ouvrier, ceux d’une aristocratie de l’intelligence, et d’une aristocratie terrienne, les avantages de la monarchie qui apporte l’unité, l’esprit de suite dans la politique intérieure et extérieure d’un grand pays, pour le préserver contre les ennemis du dedans et du dehors ? Si cette réaction se fait seulement et surtout dans l’ordre humain, et pas assez dans l’ordre surnaturel de la foi et de l’amour de Dieu, elle court le risque de tomber dans l’extrême opposé à celui qu’elle combat. [...] Pour réagir contre la notion naturaliste de la charité, qui est comme l’âme de la démocratie-religion, il faut se préserver de l’autre extrême, qui serait une forme contraire du naturalisme. On doit s’élever au-dessus de ces deux extrêmes vers le point culminant où se trouvent unies les vertus théologales et morales, la foi vive, l’espérance inébranlable, l’amour surnaturel de Dieu et du prochain, des ennemis eux-mêmes, la divine charité connexe avec la vraie justice. [...] » (Réginald Garrigou-Lagrange, « Les exigences divines de la fin dernière en matière politique », La Vie spirituelle, t. XV, p. 749-750). On pourra encore lire à ce sujet dans Le Sel de la terre 41, p. 248-251 le texte du père Grasset intitulé « le vrai catholique et la politique ».

