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+ La Revue thomiste contre Mgr Tissier de Mallerais

 

Après s’être efforcé de justifier l’œcu­ménisme conciliaire [1], la Revue thomiste s’en prend aux catholiques fidèles à la Tradition. Son directeur, le père Serge-Thomas Bonino, saisit l’occasion du livre de Mgr Tissier de Mallerais [2] pour abor­der brièvement ce qu’il appelle la « question Lefebvre » [3]. Le prestige de la Revue pourrait a priori laisser espérer un travail d’une certaine qualité. Sans aller jusqu’à justifier la résistance du coura­geux archevêque, un théologien un peu sérieux devrait au moins, pense-t-on, échapper aux poncifs et aux sophismes habituellement servis contre lui dans les milieux conciliaires. Hélas ! Il n’en est rien.

 

Invective et évangile

 

Grand cliché récurrent dans l’Église conciliaire : le refus de la polémique. Chez elle, l’irénisme est de rigueur. A l’égard des ennemis de l’Église, tout au moins, car, contre les catholiques fidèles, l’anti-polémique devient elle-même une arme. Souvent utilisé par les journalistes libéraux, ce gourdin surprend, malgré tout, aux mains d’un théologien aussi dis­tingué que le père Bonino. D’autant plus qu’il en use avec une telle conviction qu’il en vient à ne même plus se soucier de l’identité de ses victimes. Non content de reprocher à Mgr Tissier de Mallerais des jugements « franchement offensants pour les personnes », il poursuit :

 

On reconnaît là avec tristesse ce goût de l’invective caractéristique d’un catho­licisme pas encore très évangélisé : « Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards » (p. 517), lâchait chari­tablement Mgr Lefebvre [4].

 

Le père Bonino se rend-il compte qu’il vient d’exécuter comme « pas encore très évangélisés », les évangélistes eux-mêmes, et jusqu’à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont les invectives remplissent tout un chapitre de saint Matthieu ?

On savait que la nouvelle religion avait censuré le livre des psaumes, ôtant du nouveau bréviaire tous les passages im­précatoires [5]. Il y a douze ans, la Revue thomiste jugeait d’ailleurs « regrettable » cette modification [6]. Mais on n’arrête pas le progrès conciliaire. Aujourd’hui, c’est directement l’Évangile que veut réformer le directeur de cette même Revue. C’est bien ce que disait, il y a près de cinquante ans, l’abbé Berto :

 

Si la charité est ce que vous dites, il faut déchirer des pages entières de l’Évan­gile, depuis la paille et la poutre des hy­pocrites […] pour finir par serpentes, genimina viperarum. […] Vous vous scandalisez de rencontrer de l’invective dans une publication catholique. C’est tout simplement que l’invective est catho­lique, à preuve l’Évangile, à preuve non seulement les onze volumes de saint Jérôme dans Migne mais cent autres tomes de la Patrologie. […] Elle n’est donc pas d’elle-même et dans tous les cas contraire à la charité. La charité trans­cende et l’invective et la douceur des pa­roles, elle impère l’une ou l’autre suivant les circonstances [7].

 

Au demeurant, la sentence de Mgr Lefebvre sur les « prêtres bâtards » était parfaitement expliquée par son contexte :

 

Ce mariage entre l’Église et la Révolution […] est un mariage adultère. Et de cette union adultère ne peuvent venir que des bâtards. Le nouveau rite de la messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards, les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards : ils ne savent plus qu’ils sont faits pour monter à l’autel pour offrir le sacri­fice de Notre-Seigneur Jésus-Christ [8].

 

Au lieu de discuter le jugement porté par Mgr Lefebvre sur les réformes conci­liaires, le père Bonino s’empare de l’i­mage qui l’illustre – image d’ailleurs tout à fait biblique (le père Bonino a décidé­ment dû censurer bien des passages, dans sa Bible !) – et s’en sert pour ironiser sur la « charité » de l’archevêque. Au lieu de discuter la doctrine, il attaque la per­sonne. Là encore, on pense à l’abbé Berto :

 

Est-il donc bien charitable de supposer si vite que je manque de charité [9] ?

 

Oui, père Bonino, est-il bien charitable de traiter ainsi la mémoire d’un arche­vêque dont tous ceux qui l’ont approché ont souligné la délicatesse ?

Par ailleurs, lorsqu’on dénonce « avec tristesse » le « goût de l’invective » que l’on croit discerner chez autrui, convient-il d’user soi-même d’expressions du genre : « Mgr Lefebvre est l’expression chimiquement pure de cette culture [contre-révolutionnaire], mais il en est aussi la caricature » ; « repli sectaire » ; « schisme lefebvriste » ; « témoin fossilisé d’une certaine théologie romaine » ? Vraiment, le père Bonino aimerait-il se voir traiter de « caricature », « sectaire », « schismatique », « fossile », etc. ? Pourquoi se permet-il ce qu’il dénoncerait comme « caractéristique d’un catholi­cisme pas encore très évangélisé » s’il le trouvait sous notre plume ?

 

« Simplisme »

 

A Mgr Tissier, le père Bonino reproche également d’« intervenir dans le récit des événements par de constants jugements de valeur », ajoutant que « certains sont affligeants de simplisme ». Il donne en exemple le passage sur la « théologie woj­tilienne », page 346 de l’ouvrage.

Or, dans cette page, Mgr Tissier écrit simplement que, dans la théologie wojti­lienne, « la rédemption du péché et la né­cessité du baptême seront omises, tout comme le besoin de l’appartenance à l’Église pour le salut ». On reconnaît ici les conclusions des travaux du professeur Dörmann sur « l’étrange théologie de Jean-Paul II » [10]. Travaux qu’aucun lec­teur, assurément, n’avait jamais eu l’idée, jusqu’ici, de qualifier de « simplistes » (c’est au contraire une certaine complica­tion, accentuée par une lourdeur toute germanique, que certains critiques ont cru devoir y regretter). Visiblement, le père Bonino ne connaît pas ces études. Il avait sous la main le moyen de remédier à son ignorance : il aurait pu, avant de parler de « simplisme », consulter la bi­bliographie de l’ouvrage critiqué, pour y chercher, sur la théologie de Jean-Paul II, un éventuel travail qui puisse expliquer le jugement de Mgr Tissier ; il aurait trouvé, page 681, la mention de Johannes Dörmann. Mais sans doute était-il trop pressé de dénoncer une bibliographie « quelque peu orientée et sélective », pour prendre le temps de chercher à s’y instruire.

En tout cas, l’œuvre du professeur Dörmann demeure, à ce jour, sans réfuta­tion. Elle fournit une explication éton­namment cohérente des silences persis­tants et des affirmations surprenantes du pape Jean-Paul II. Même si certains hési­tent à la suivre dans ses conclusions ul­times (en estimant, par exemple, que la portée des propos papaux est moins claire dans l’esprit du pape lui-même que dans celui du professeur Dörmann, et que ce dernier analyse avec trop de logique une pensée qui ne se soucie peut-être pas tant de cohérence), elle manifeste en tout cas de façon impressionnante le problème que pose objectivement l’enseignement du pape. Vouloir s’en débarrasser par la seule accusation de « simplisme » serait un peu trop… simple !

 

Mais suivons maintenant notre père recenseur dans les quatre grandes re­marques qu’il juge utile de faire sur le livre de Mgr Tissier de Mallerais. Elles concernent successivement : la personna­lité de Mgr Lefebvre, sa vision politique, sa formation théologique, et enfin sa cri­tique du magistère conciliaire.

 

Sociopsychologie

 

En guise de première remarque, le père Bonino sert le portrait suivant :

 

La dissidence lefebvriste relève avant tout de la sociopsychologie : Marcel Lefebvre illustre en effet un type psycholo­gique tout à fait caractérisé. Celui d’un homme qui, quelles que soient ses indé­niables qualités humaines et chrétiennes, manque cruellement de cette intelligence profonde qui n’est autre que le sens de la complexité des choses. On le décrit obs­tiné, entêté (p. 72) – tête de mule disait son évêque en Afrique (p. 136) –, inca­pable de saisir le point de vue de l’adver­saire (voir un étonnant témoignage cité p. 369), convaincu d’avoir raison envers et contre tous. Cramponné à quelques idées simples et justes en soi (mais qui deviennent fausses lorsqu’elles ne sont pas équilibrées par d’autres idées aussi impor­tantes), « sa foi défie les amateurs de nuances théologiques » (p. 577). J’ignorais que le sens de la nuance fut [sic] une trahison de la vérité !

 

Avant l’ensemble du tableau, appré­cions l’exactitude des détails. Si l’on se reporte à l’« étonnant témoignage » censé manifester que Mgr Lefebvre était « incapable » de saisir le point de vue ad­verse, on n’y lit pas le mot « incapable », mais ceci : « il était tellement convaincu qu’il voyait difficilement le point de vue des autres ». Notre chantre du « sens de la nuance » ne voit-il vraiment aucune différence entre les deux expressions ?

Quant aux nuances, précisément : la phrase sur laquelle ironise le père Bonino (« sa foi défie les amateurs de nuances théologiques ») n’est pas, originellement, de Mgr Tissier, mais d’un ancien cama­rade de séminaire de Mgr Lefebvre, le père Tinguy. Mgr Tissier explique seule­ment en quel sens elle est juste : face à quelqu’un qui nie un principe de la foi, le fondateur d’Écône ne perd pas son temps à s’informer des nuances de sa pensée, mais revient tout de suite au principe, la vérité de foi. Ce n’est pas là manque du sens de la nuance, mais sain réalisme. L’ironie du père Bonino tombe donc à plat : il n’a tout simplement pas compris la phrase qu’il critique.

Autre témoignage d’un camarade de séminaire de Marcel Lefebvre (confirmé par l’ensemble du livre) : « il était d’une intelligence profonde » (p. 71). Pour le père Bonino, cela donne : Mgr Lefebvre « manque cruellement de cette intelligence profonde qui n’est autre que le sens de la complexité des choses ».

Nous ne voudrions pas être méchant, ni retourner systématiquement contre le père Bonino tous les reproches qu’il adresse à Mgr Lefebvre ou à Mgr Tissier, mais nous ne voyons pas, après un tel morceau, comment éviter de s’interroger sur son « intelligence profonde » des textes qu’il lit, et sa capacité à « saisir le point de vue de l’adversaire ». Bien sûr, rien ne le force à être d’accord avec Mgr Tissier de Mallerais, ni à accepter les témoignages qu’il présente. Mais avant de les critiquer, il faudrait au moins les exposer honnêtement. Et, déjà, les com­prendre. Or le père Bonino fait tout autre chose : il expose comme si cela ressortait du livre recensé exactement le contraire de ce que celui-ci manifeste.

Que Mgr Lefebvre ait eu une certaine tendance naturelle à l’entêtement est une chose. C’est « le revers de la médaille » des caractères forts. Mais de cette ten­dance (qui ressort effectivement des té­moignages du livre), le père Bonino veut conclure à un « manque d’intelligence profonde ». Cela n’a rien à voir. Les anges, par exemple, sont des êtres prodi­gieusement « obstinés », incapables de revenir sur une décision prise, mais ce ca­ractère est précisément lié à la puissance de leur intelligence. Or, comme le note au passage Mgr Tissier, au milieu d’une très fine analyse psychologique, l’obstination de Marcel Lefebvre était celle d’un « esprit supérieur » (p. 71). Si le père Bonino refuse de le croire sur parole, qu’il s’interroge sur le grand sens pratique que tous s’accordent à reconnaître au fonda­teur d’Écône. N’est-ce pas le garant mani­feste de son « sens de la complexité des choses » [11] ?

Sur la personnalité de Marcel Lefebvre, le recenseur est passé à côté de l’essen­tiel : l’étonnant contraste (« vivant para­doxe », p. 203), qui éclate pourtant presque en chaque chapitre : « L’homme au calme souriant, à l’infinie gentillesse, au profond respect des personnes ainsi que des options et des initiatives d’autrui, le même homme était capable […] de se montrer intraitable lorsque les principes étaient en cause [12]. ». Tous les témoins de sa vie aussi bien au séminaire (p. 71-72) qu’à Mortain (p. 166), à Dakar (p. 203-205), ou plus tard (p. 609-613) le confir­ment [13]. Mgr Tissier note honnêtement les « petites failles » qui affectent la person­nalité de son héros (p. 609), mais souligne surtout cette union intime des vertus qui apparaissent pourtant a priori les plus op­posées. En lui, comme dit le psalmiste, « se sont rencontrées la miséricorde et la vérité, se sont embrassées la justice et la paix » (Ps 84, 11). Et, même si l’évêque-biographe n’en dit rien, on pense irrésis­tiblement aux explications des théolo­giens sur le sujet :

 

La connexion des vertus, spécialement des vertus disparates et apparemment contraires, constitue un excellent critère pour juger du degré héroïque des vraies vertus, et donc de la sainteté d’une per­sonne [14].

 

Le vénérable Louis de Grenade disait de son côté :

 

Il faut savoir qu’entre tous les devoirs du chrétien, le plus difficile est d’unir entre elles certaines vertus qui semblent se combattre par leur nature même. Ainsi il faut joindre la simplicité à la prudence, la miséricorde à la justice, l’amabilité à la gravité, la grandeur d’âme à l’humi­lité, la sévérité à la douceur, la discrétion au zèle de la gloire divine et enfin l’espé­rance à la crainte.

Or on ne peut réunir ces vertus de ma­nière à ce que l’une ne nuise pas à l’autre sans un bienfait tout particulier de la grâce de Dieu. Seul le Créateur, souve­rain de toutes choses, qui a formé les êtres inférieurs de qualités contraires peut conserver entières dans le même homme ces vertus différentes, de sorte que ce même homme soit tout à la fois prudent comme le serpent, simple comme la co­lombe, juste et miséricordieux, grave et aimable (se faisant craindre même lors­qu’il rit et aimer quand il est irrité, comme dit saint Grégoire), également soutenu par la crainte et l’espérance […] [15].

 

C’est ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ était ainsi une énigme pour ses contemporains : comment un homme qui disparaît dès que les foules veulent le porter en triomphe, qui lave les pieds de ses disciples, peut-il en même temps pro­noncer des paroles du genre « Je suis la lumière du monde » ? Comment peut-il unir une telle humilité et une telle di­gnité ? Une telle simplicité de vie et de propos, et une telle habileté à déjouer les pièges de ses ennemis ? Un zèle de l’hon­neur de Dieu aussi dévorant, chassant les marchands du temple, et une miséricorde aussi débordante envers les pécheurs ? Une telle mansuétude jusqu’avec ses bourreaux, et une telle sévérité avec les pharisiens ? Et tous les saints ont suivi la même voie. Le premier historien de saint François Xavier notait : « Dès qu’il s’agis­sait du salut des âmes, rien n’était puis­sant en lui comme l’union de la gravité et de l’amabilité. Ces vertus, contraires en apparence, s’unissaient si étroitement que l’une ne faisait aucunement tort à l’autre ; il était à la fois et très grave et très bon [16]. » On a dit de même de saint Louis-Marie de Montfort : « Dieu sait comme il était hardi ! Mais il l’était comme les saints savent l’être, très prudemment hardi, très hardiment prudent [17]. » Et de saint Pie X : « L’humilité et la simplicité de Pie X étaient d’une telle nature qu’elles n’abaissaient pas la dignité du pape, mais au contraire elles l’exaltaient [18]. » On pourrait multiplier les exemples. Or l’ou­vrage de Mgr Tissier manifeste à l’évi­dence que Mgr Lefebvre produisait une impression du même genre. On peut ex­pliquer cette impression comme on veut (nous ne voulons pas ici préjuger des dé­cisions de la sainte Église), mais le fait objectif est là, et c’est lui que le père Bonino devrait expliquer. Or il l’ignore superbement. Laissant de côté tout ce qui ne va pas dans son sens, et profitant de l’honnêteté de Mgr Tissier, qui ne cache pas les appréciations des ennemis de Mgr Lefebvre, il en isole quelques-unes, en déforme d’autres, et affirme sans scru­pule le contraire de ce que manifeste l’en­semble des témoignages.

Que l’invincible attachement de Mgr Lefebvre aux principes catholiques anté­conciliaires ait pu être aidé par ses traits naturels de caractère (son « type psycho­logique »), c’est certain. Que ceux-ci puis­sent suffire à l’expliquer, c’est tout autre chose. Une telle résistance à Rome, à une telle échelle, et au prix d’une crucifiante épreuve de force de plus de vingt ans, exige, comme cause suffisante, soit un or­gueil colossal, soit une inconscience fri­sant la folie, soit, au contraire, un amour héroïque de la vérité. Dans tous les cas, il faut une disposition qui se soit rendue maîtresse absolue de la personnalité et qui domine donc l’ensemble du compor­tement. Or on retombe toujours sur le même paradoxe : Mgr Lefebvre, absolu­ment inébranlable sur les principes (mais les principes ne sont-ils pas faits pour être inébranlablement tenus ?), manifestait par ailleurs pondération, modestie, dou­ceur, réserve, prudence, simplicité, ama­bilité, discrétion, attention aux autres, et, surtout, un remarquable bon sens.

 

Politique

 

La deuxième remarque du père Bonino porte sur la politique. Elle manifeste, elle aussi, une étonnante incompréhension de l’ouvrage recensé.

Le Bulletin Charles Maurras a noté avec juste raison :

 

[L’ouvrage de Mgr Tissier] montre de façon convaincante que ni à ce moment, ni plus tard, Marcel Lefebvre ne fut maurrassien ou proche de l’A.F. ; contrairement à ce qu’ont avancé certains journalistes et certains auteurs. L’antilibéralisme de Mgr Lefebvre puisait à d’autres sources : le magistère de l’Église [19].

 

On pourrait ajouter que, pour Mgr Lefebvre, les questions purement politiciennes furent toujours secondaires : il eut ses opinions, et Mgr Tissier les pré­sente honnêtement, mais on voit surtout que ce ne fut jamais le cœur de sa vie. Là encore, le père Bonino, montant en épingle deux ou trois pages, passe com­plètement à côté de ce que dit réellement le livre. Après son approche « sociopsychologique », il tient à affirmer :

 

L’affaire Lefebvre relèverait aussi, bien sûr, d’une approche politique, d’autant que Mgr Lefebvre conçoit de façon stricte et univoque l’application politique des principes généraux de la doctrine sociale de l’Église.

 

On sent dans le « bien sûr » toute la force des préjugés que le père Bonino prend pour des évidences. Et de nous as­surer gravement que Mgr Lefebvre est « l’expression chimiquement pure » de cette « culture catholique française » qui « n’a jamais accepté le Ralliement, ni fait le deuil de l’Action française, qui s’est en­suite enthousiasmée pour le maréchal Pétain (p. 160-161), pour les héros de l’Algérie française (p. 286) … ».

Erreur d’analyse. Les convictions mo­trices de Mgr Lefebvre ne sont pas l’ex­pression d’une culture catholique fran­çaise, d’une tradition partisane qu’il aurait reçue de sa famille ou de son milieu, mais de l’enseignement constant de l’Église. De par son milieu, il le raconte lui-même, il était porté au libéralisme, et ce fut l’en­seignement romain qui le ramena dans le droit chemin :

 

J’écoutais […]. Et je me suis aperçu que j’avais beaucoup d’idées fausses […]. J’étais heureux d’apprendre la vérité, heureux d’apprendre que j’étais dans l’erreur, qu’il fallait que je change ma conception de certaines choses, et cela surtout en étudiant les encycliques des papes (Mgr Tissier, p. 46).

 

On note au passage que celui que le père Bonino décrit comme un « convaincu d’avoir raison envers et contre tous » se montre ici d’une parfaite docilité ; et que l’« incapable de saisir le point de vue de l’adversaire » a nécessai­rement « saisi » le point de vue des libé­raux ou des partisans de la séparation de l’Église et de l’État puisqu’il a, un temps, partagé leur opinion. Mais justement : Marcel Lefebvre a eu la grâce d’en voir l’erreur fondamentale. Il a adhéré ferme­ment à la vérité catholique immuable, et ne reviendra plus en arrière. Comme le polonais Maximilien Kolbe, quelques an­nées auparavant [20], comme l’irlandais Denis Fahey [21], comme le brésilien Antonio de Castro Mayer [22], c’est à Rome qu’il a compris la lutte inexpiable qui op­pose l’Église et le monde moderne, et c’est dans l’enseignement des papes, non dans une culture particulière, qu’il a puisé l’orientation définitive de toute sa vie. L’Action française et Maurras (qu’il n’a jamais lu) ne sont pour rien là-dedans.

 

Sagesse ou sectarisme ?

 

Après son explication sociopsycholo­gique et son explication politique, le père Bonino en arrive aux aspects religieux. Il a quand même saisi l’importance de l’en­seignement reçu à Rome :

 

Les études au séminaire français de Rome et à la Grégorienne (1923-1930) marquent de façon indélébile la menta­lité du jeune séminariste. Désormais il identifiera, pour le meilleur et pour le pire, le catholicisme à la formation qu’il a reçue (Revue thomiste, p. 690).

 

C’est le thème de sa troisième re­marque : Mgr Lefebvre est « le témoin fossilisé d’une certaine théologie romaine qui a cru un temps s’identifier simpliciter à la théologie catholique » (p. 691).

Mais là encore, il prend à contre-pied l’ouvrage qu’il recense : alors que Mgr Tissier dit et répète que Marcel Lefebvre goûte la doctrine de saint Thomas comme une sagesse (p. 71-72), le père Bonino écrit :

 

Le thomisme de Mgr Lefebvre, loin d’être une sagesse qui lui permet d’aborder avec bienveillance et discerne­ment les questions du temps présent, est avant tout l’armature intellectuelle d’un système clos.

 

Qu’entend donc le père Bonino par « système clos » ? Comment un homme qui a voulu, à la suite de saint Pie X, « tout récapituler dans le Christ », et qui s’est fait missionnaire pour cela, peut-il être accusé d’une quelconque fuite des « questions du temps présent » (de « repli sur soi » ou même de « repli sectaire », comme le dit ailleurs le père Bonino) ? Comment, d’autre part, peut-on opposer « armature intellectuelle » et « discernement » ? La première n’est-elle pas nécessaire au second ?

En fait, ce n’est pas seulement à Marcel Lefebvre que le père Bonino en a, mais bien à la théologie romaine dont il est le « témoin fossilisé » : celle-ci, critique le recenseur, « voit en saint Thomas le rem­part de l’orthodoxie ». Il a reproché plus haut à Mgr Tissier de livrer « un récit mi­litant qui s’en tient souvent au plan stric­tement surnaturel d’un affrontement ma­nichéen, et partant inexpiable, entre les forces du bien et celles du mal, entre le Règne social de Jésus-Christ et l’“esprit libéral” et ses suppôts [23] ». On se souvient de son opposition, prétendue évangé­lique, à toute forme d’invective. De son insistance sur la nécessité de « saisir le point de vue de l’adversaire ». Et l’on comprend que ce qui gêne le directeur de la Revue thomiste, c’est, en fait, le combat contre l’erreur. Le « système clos », le « repli sectaire » qu’il dénonce sont tout simplement la prétention qu’avait l’Église préconciliaire de posséder la vérité par elle-même, de n’avoir donc rien à rece­voir, en ce domaine, du monde ou des fausses religions, et d’être même en état de lutte contre eux. Quand il parle d’« aborder avec bienveillance et discerne­ment les questions du temps présent », le mot bienveillance sert à limiter les effets du discernement : « discerner » tout ce qu’il y a de vrai dans « le point de vue de l’ad­versaire », afin de pouvoir l’approuver bruyamment, oui, bien sûr. Mais dénon­cer, condamner et attaquer (sinon à main armée, du moins à intelligence armée) ce qu’il y a de faux : ah non alors !

Pourtant, face à Mgr Tissier, le père Bonino s’est souvenu tout à l’heure que des idées « justes en soi » « deviennent fausses lorsqu’elles ne sont pas équili­brées par d’autres idées aussi impor­tantes ». C’est qu’il s’agissait de contrer un « intégriste » (pas de « bienveillance » pour les ennemis de la « bienveillance », le refrain est connu). Puisque, cependant, le père Bonino reconnaît ici ce principe, ne le lâchons pas, et demandons-lui : que se passera-t-il si, face à une fausse idéolo­gie, on se contente, après en avoir dis­cerné les « parcelles de vérité », de louer et applaudir ces vérités partielles, sans expliquer qu’elles sont faussées par l’en­semble du système et que selon l’expres­sion du père Garrigou-Lagrange [24], elles sont ainsi mises au service de l’erreur qui les retient en esclavage (erreur qu’il faut d’autant plus vigoureusement combattre qu’elle est rendue plus séduisante et plus dangereuse par davantage d’éléments « vrais ») ? Ce « discernement » unilatéral ne favorisera-t-il pas évidemment le faux ? Or n’est-ce pas précisément ce qu’a fait Vatican II à propos des « religions non-chrétiennes », dans Nostra ætate [25], et, en général, face aux erreurs du monde moderne ? N’est-ce pas encore ce qu’a fait le décret Dominus Jesus, du 6 août 2000, à propos des hérétiques et schisma­tiques [26] ? Et n’est-ce pas ce que fait la Revue thomiste pour essayer de justifier l’œcuménisme conciliaire [27] ?

Le père Bonino estime que le « repli » sur la vérité révélée par Dieu (« système clos ») et la lutte contre l’erreur (« armature intellectuelle ») font déchoir de la sagesse. Le propre de celle-ci serait au contraire de s’ouvrir aux sollicitations du « temps présent » et, surtout, d’ac­cueillir avec un sourire bienveillant toutes les opinions, sans jamais invectiver ni hausser le ton, mais discernant en cha­cune d’elles « les semences du Verbe », comme dirait Jean-Paul II [28].

Le problème est que saint Thomas dé­crit tout autrement la sagesse, au début de sa Somme contre les Gentils. Commentant un verset du livre des Proverbes (« Ma gorge méditera la vérité ; mes lèvres maudiront l’impie » [Pr 8, 7]), il affirme :

 

Rechercher l’un des contraires et re­pousser l’autre sont l’œuvre d’un seul : ainsi la médecine, qui produit la santé, chasse la maladie. Par conséquent, si le propre du sage est de méditer la vérité, surtout celle qui porte sur le premier principe, et de l’exposer aux autres, c’est aussi de combattre l’erreur contraire.

C’est donc en toute exactitude, de la bouche même de la Sagesse, qu’est exposée la double tâche du sage dans les paroles que nous avons mises en exergue : dire la vérité divine, qui est la vérité par anto­nomase [29], après l’avoir méditée, c’est ce qu’elle exprime lorsqu’elle dit : « Ma gorge méditera la vérité » ; et combattre l’erreur contraire à la vérité, c’est ce qu’elle exprime lorsqu’elle dit : « et mes lèvres maudiront l’impie », ce qui désigne l’erreur contraire à la vérité divine, contraire à la religion, appelée aussi piété, d’où vient que cette erreur qui lui est contraire reçoit le nom d’impiété [30].

 

Bien sûr, les évangélistes ayant man­qué d’esprit évangélique, le père Bonino doit estimer, de même, que saint Thomas a manqué d’esprit thomiste. Il n’em­pêche : si le thomisme de Mgr Lefebvre n’est pas celui de la Revue thomiste, il est au moins celui de saint Thomas. On s’en contentera.

 

« Intenable »

 

Mais le père Bonino a gardé le meilleur pour la fin. Il nous livre dans sa qua­trième remarque, les deux raisons pour lesquelles notre actuelle résistance au magistère conciliaire constitue une posi­tion « intenable » :

 

Position intenable. D’une part, parce que le sujet qui juge le magistère au nom de la Tradition est, en définitive, une conscience individuelle qui ne manque pas d’une confiance quelque peu témé­raire en elle-même pour affirmer qu’elle a l’évidence d’une discontinuité grave dans l’enseignement du magistère. D’autre part, parce que cette évidence, à supposer qu’elle soit possible, conduirait inélucta­blement au sédévacantisme, qui est la pente normale d’un lefebvrisme consé­quent (cf. p. 564), puisqu’un magistère qui trompe les fidèles en matière grave ne saurait être authentique. (Revue tho­miste, p. 692.)

 

C’est aborder le problème à l’envers. La première question n’est pas si l’on peut avoir conscience d’une « discontinuité » entre le magistère actuel et la Tradition, mais si cette discontinuité est, en soi, possible.

Or si la distinction entre magistère in­faillible et magistère non-infaillible a un sens, il est évident que cette possibilité existe. N’étant pas infaillible, le magistère non-infaillible peut (de façon aussi rare qu’on le veut, mais enfin peut en soi) s’opposer à la Tradition. Y appartenant, les nouveautés conciliaires le peuvent donc aussi.

La discontinuité étant possible, on ne voit pas, si elle se réalise, au nom de quoi on pourrait interdire à une conscience individuelle éclairée par la foi (et, a for­tiori, à un évêque membre de l’Église en­seignante) de la constater et d’en avoir l’évidence. On ne voit pas non plus en quoi cette évidence devrait conduire « inéluctablement au sédévacantisme », ni d’ailleurs précisément ce qu’entend le père Bonino quand il affirme : « un ma­gistère qui trompe les fidèles en matière grave, ne saurait être authentique ». S’il veut dire que l’enseignement faux ne sau­rait engager l’Église, c’est une évidence. Mais vouloir que le responsable de cet enseignement faux perde immédiatement son autorité est d’un étrange rigorisme. Le père Bonino n’a-t-il jamais entendu parler de la question du pape hérétique, disputée depuis des siècles parmi les théologiens [31] ? Que pense-t-il par ailleurs des épiscopats qui, au moment de l’ency­clique Humanæ vitæ, ont renvoyé les fi­dèles à leur conscience ? Ne les ont-ils pas trompés en matière grave ? Ont-ils donc, pour cela, perdu leur autorité épisco­pale ?

Le père Bonino ressort aussi la vieille fable selon laquelle « pour le lefebvrisme, la Tradition s’identifie en fait aux docu­ments magistériels du passé (récent) », comme si notre opposition à l’œcumé­nisme et à la liberté religieuse conciliaires ne s’appuyait pas tout autant sur l’exemple de saint Martin ou l’enseigne­ment de saint Augustin que sur les textes de Pie IX et Léon XIII. Le seul avantage des textes pontificaux récents, c’est que, contemporains des erreurs modernes, ils les dénoncent et les réfutent de façon beaucoup plus précise. C’est d’ailleurs pourquoi les conciliaires, père Bonino compris, les apprécient si peu. A l’en­tendre, tout le tort de Mgr Lefebvre a été d’« identifier le catholicisme à la forma­tion qu’il a reçue », c’est-à-dire à l’ensei­gnement des papes antéconciliaires. Et ici, on ne suit plus très bien. Pourquoi lui re­procher, en ce cas, sa résistance à l’ensei­gnement conciliaire ? En quoi celui-ci s’identifierait-il davantage au catholi­cisme que le magistère antérieur ? La seule réponse logique serait que l’on peut critiquer le magistère passé (par exemple celui qui présentait le thomisme comme le rempart de l’orthodoxie, comme l’ont fait Léon XIII, saint Pie X, Pie XII), mais non le magistère vivant (qui réclamerait, lui, une obéissance aveugle). C’est préci­sément l’erreur que Mgr Tissier dénonce dans son ouvrage  : « Se profile l’erreur de la tradition vivante évolutive et celle d’un magistère absolu qui veut être sa propre règle : le magistère de la Rome nouvelle » (p. 521). Vatican I enseignait clairement le contraire :

 

Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidè­lement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. (DS 3070.)

 

Par ailleurs, s’il n’y a pas « discontinuité » entre l’enseignement préconciliaire et le magistère conciliaire, on comprend mal comment un attache­ment « fossilisé » au premier peut être la cause de la résistance au second ; et comment le père Bonino peut se per­mettre de critiquer le premier sans craindre d’atteindre, du même coup, le second. Mais on se souvient que la nou­velle Revue thomiste a déjà mérité le nou­veau nom de Revue sophiste [32].

Nous devons néanmoins, pour finir, quelques remerciements au père Bonino. La perspective de recenser un livre aussi riche que celui de Mgr Tissier de Mallerais nous effrayait quelque peu, au départ. Ses injustes critiques ont au moins fourni un cadre à notre recension. Oserons-nous conclure que le diable porte pierre ?

Louis Medler

 

Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Étampes, Clovis, 2002, 720 pages, 14,8 x 23,8.

 

 


[1] — Voir la recension « La Revue thomiste au secours de la nouvelle religion », dans Le Sel de la terre 43, p. 247-252, ainsi que la « Remarque philosophique sur l’œcuménisme radical de la Revue thomiste » dans Le Sel de la terre 45, p. 225-227.

[2] — Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, Étampes, Clovis, 2002.

[3] — Revue thomiste (Impasse Lacordaire – 31078 Toulouse), t. 102 (2002), p. 689-692.

[4] — P. Bonino, Revue thomiste, p. 691.

[5] — Paul VI annonçait, dans la constitution apostolique Laudis canticum du 1er novembre 1970 : « Dans cette nouvelle répartition du psautier, quelques psaumes et versets particulièrement durs ont été omis, eu égard aux difficultés qu’ils pourraient présenter, surtout dans la récitation en langue du peuple » (DC 1590 [1971] , col. 663). Ont ainsi été entièrement éliminés les psaumes 57, 82 et 108, tandis que des versets ont été supprimés dans les psaumes 5, 20, 27, 30, 34, 39, 53, 54, 55, 58, 62, 68, 78, 109, 136, 138, 139, 140 et 142. Sur ces imprécations et leur suppression, voir Le Sel de la terre 5, p. 23-24.

[6] — Revue thomiste, janvier-mars 1991, p. 68 note 1 et p. 94. L’article signale au passage que « le Prayer Book de l’église anglicane a fourni un modèle pour ces omissions ».

[7] — Abbé Victor-Alain Berto, « Polémique et charité », Pensée catholique 45-46 (4e trimestre 1956), p. 76-80. Tout le texte mériterait d’être cité. De substantiels extraits en ont été reproduits dans Le Sel de la terre 45, p. 14.

[8] — Mgr Lefebvre, sermon de la « messe de Lille », 29 août 1976.

[9] — Abbé Victor-Alain Berto, ibid., p. 80.

[10] — Les trois premiers tomes de l’ouvrage de Dörmann ont été recensés dans les numéros 5, 16 et 33 du Sel de la terre.

[11] — Il est amusant de constater que des sédévacantistes comme l’abbé Vincent Zins portent sur Mgr Lefebvre un jugement absolument opposé à celui du père Bonino. Ils lui reprochent de manquer de principes fermes et de changer fréquemment d’opinion et d’attitude en face de la Rome conciliaire, au lieu de suivre de façon immuable, depuis le début de sa résistance, une ligne entièrement tracée d’avance. En fait, les deux jugements ont leur part de vérité : Mgr Lefebvre était inflexible sur la foi et sur les principes, et c’est – logiquement – ce qui frappe un esprit libéral. En revanche, il fut extrêmement prudent dans les jugements de fait, face à la réalité très complexe de la crise conciliaire. Sur beaucoup de questions posées par cette crise, on peut le voir hésiter longtemps entre des appréciations divergentes, et balancer de l’une à l’autre pendant des années avant de prendre une décision définitive. C’est sa prudence et (n’en déplaise au père Bonino) son sens du réel qui se manifestent ici, déconcertant les sédévacantistes. L’ouvrage de Mgr Tissier montre très bien ce lent mûrissement, notamment sur la question de la nouvelle messe (on remarque, au passage, la part qu’a prise le père Calmel dans ce mûrissement : voir pages 490 et 508, et aussi, sur un autre point, page 566).

[12] — Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, p. 205.

[13] — On pourrait d’ailleurs ajouter sans peine beaucoup de témoignages à ceux que cite Mgr Tissier. Ayant approché le vénérable évêque, j’ai pu moi-même expérimenter sa bonté, et des personnes l’ayant côtoyé m’ont rapporté des détails surprenants sur sa délicatesse dans la vie de tous les jours. Certains sont revenus à la foi ou à la pratique religieuse par le seul fait de l’avoir rencontré un jour « par hasard ». Un de ses chauffeurs m’a rapporté l’anecdote suivante : le 26 janvier 1987, il le conduisait en voiture, lorsqu’il l’entendit soudain lui dire : « Récitons un De profundis ». Surpris, il eut le réflexe, tout en obtempérant, de regarder l’heure. Le soir, à l’étape, ils apprenaient la mort d’une des sœurs de Mgr Lefebvre. Elle était décédée exactement à l’heure du De profundis.

[14] — Innocenzo Colosio O.P., résumant une conférence du père Garrigou-Lagrange, dans Le Sel de la terre 42, p. 43. On se reportera à ce passage pour une explication plus détaillée. (Le père Garrigou-Lagrange développe la même idée dans son article sur « La sainteté de l’Église » dans le recueil Apologétique de Bloud et Gay, Paris, 1948, p. 623-652.)

[15] — Louis de Grenade O.P., premier sermon pour la fête de la Purification de Notre-Dame (Œuvres complètes, Vivès, 1863, t. VI, p. 558).

[16] — Tusellini (premier historien de saint François Xavier), VI, 11. Cité par A. Brou S.J., Saint François Xavier, Paris, Beauchesne, 1912, t. 1, p. 164.

[17] — Abbé Berto (à propos des cantiques de saint Louis-Marie), La Pensée catholique 42, p. 19. Relatant la messe de Lille (1976) dans Paris-Match, Robert Serrou écrit de Mgr Lefebvre : « Il est à la fois timide et hardi, modeste et plein d’assurance ». (Cité par Mgr Tissier, ibid., p. 619).

[18] — Ilicio Felici, Saint Pie X, Versailles, éditions du Courrier de Rome, 1991, p. 145.

[19] — Recension de l’ouvrage de Mgr Tissier de Mallerais, dans le Bulletin Charles Maurras (16, rue du Berry – 36250 Niherne), nº 17, p. 37.

[20] — Un camarade d’études du jeune frère Maximilien Kolbe au Collège romain, vers 1916, a témoigné : « Que par la suite le père Maximilien ait orienté son activité et son œuvre vers la dévotion à l’Immaculée et vers la propagation de la Milice de l’Immaculée pour la conversion de tous les ennemis de l’Église et en particulier des francs-maçons, s’explique par le fait suivant : parmi les recteurs de notre Collège international de Rome, il y eut le père maître Stéphane Ignudi qui en eut la charge deux fois, nous formant, nous les élèves, à un esprit éminemment romain, de grand attachement au pape et à un esprit de lutte contre le mal, particulièrement la franc-maçonnerie. » (Cité par A. Ricciardi O.F.M., Maximilien Kolbe, prêtre et martyr [traduit de l’italien], Paris, Mediaspaul, 1987, p. 43). Du père Stéphane Ignudi, l’auteur de l’ouvrage précise : « Génois de naissance mais romain par l’esprit et la mentalité, il ne semble pas exagéré d’affirmer qu’il a exercé une influence incalculable sur l’âme du frère Maximilien. Dans son amour sans réserve pour le pape, dans sa défense inflexible des droits moraux et matériels de l’Église, dans son orientation vers le combat antimaçonnique du père Ignudi, il faut découvrir les germes féconds qui se développeront merveilleusement dans l’âme du père Kolbe. » (Ricciardi, ibid., p. 42-43).

[21] — Grand spécialiste anglophone de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la doctrine du corps mystique, le père Denis Fahey C.S.Sp. (1883-1954) fut élève à Santa Chiara de 1908 à 1912. Voir Mgr Tissier de Mallerais, ibid., p. 47-48.

[22] — Entré en 1922 au grand séminaire de São Paulo, Antonio de Castro Mayer fut envoyé finir ses études ecclésiastiques à l’université grégorienne de Rome, d’où il sortit docteur en théologie. Il fut ordonné prêtre le 30 octobre 1927. Rendant public, le 30 juin 1988, son union avec Mgr Lefebvre, il put déclarer : « Nous deux, nous avons bu à la même source qui est celle de la sainte Église catholique apostolique et romaine. » (Voir Le Sel de la terre 37, p. 5 et 47.)

[23]Revue thomiste, p. 690-691. Le terme « manichéen » doit-il ici être interprété comme une « invective », comme un manque de « nuance théologique », ou bien comme l’expression exacte de la pensée du père Bonino ? Nous ne saurions dire.

[24] — Réginald Garrigou-Lagrange O.P., Le Sauveur et son amour pour nous, Paris, Cerf, 1933, p. 442. Voir aussi De Revelatione, Rome, Ferrari, 1925 (3e éd.), p. 615-616, et De Virtutibus theologicis, Turin, Berutti, 1948, p. 255.

[25] — Voir Le Sel de la terre 44, p. 380-388.

[26] — Voir l’éditorial du Sel de la terre 35 : « Dominus Jesus et les éléments d’Église », p. 1-6.

[27] — Voir la « Remarque philosophique sur l’œcuménisme radical de la Revue thomiste » dans Le Sel de la terre 45, p. 225-227.

[28] — Sur la falsification par Vatican II et Jean-Paul II de l’expression « les semences du Verbe », voir Le Sel de la terre 38, p. 1-4.

[29] — Emploi d’un nom commun à la place d’un nom propre : Dieu est la vérité par antonomase, c’est-à-dire la Vérité même. (NDLR.)

[30] — Voir le commentaire de ce passage de saint Thomas dans Le Sel de la terre 32, p. 1-4.

[31] — Voir le « Petit catéchisme sur le sédévacantisme » dans Le Sel de la terre 36, p. 112-113. En fait, contrairement à ce que prétend le père Bonino, les sédévacantistes sont bien plus proches de l’Église conciliaire que de Mgr Lefebvre, à cause du principe faux qu’ils ont en commun avec elle : l’exagération de l’infaillibilité pontificale. La simple observation concrète le confirme : les échanges entre le camp conciliaire et le camp sédévacantiste se font souvent de façon directe, sans passer par la position supposée intermédiaire (mais, en réalité, supérieure) de Mgr Lefebvre. La vérité est un sommet entre deux erreurs opposées. L’ascension étant difficile (surtout dans l’ordre intellectuel, car elle suppose une vraie purgation des faux principes), on préfère contourner ce sommet et tomber dans l’erreur opposée. Voir à ce sujet les « Considérations sur l’infaillibilité » de Mgr Williamson, dans Le Sel de la terre 23, p. 20-22.

[32] — Voir Le Sel de la terre 43, p. 251-252.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 46

p. 211-221

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