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et commentaires

 

 

Gnose et complot (suite)

 

 

 

Nous avons reçu ces derniers mois un courrier très abondant. Nos lec­teurs ont visiblement été émus par l’actuelle tentative d’intrusion, dans la Tradition catholique, d’idées de la Nouvelle Droite concernant la gnose et le « complot ».

Les lettres et documents reçus représenteraient facilement le volume d’un numéro entier du Sel de la terre. Il n’est donc pas possible de les publier. Mais nous remercions sincèrement tous ceux qui nous ont témoi­gné leur soutien, et, par-delà notre revue, qui ont manifesté leur attache­ment au combat pour la vérité catholique. Plusieurs ont fait preuve d’une connaissance admirable de la question et d’un jugement très sûr : nous les en félicitons.

Aux quelques (rares) lecteurs demandant s’il est vraiment nécessaire de consacrer tant d’efforts à une telle « mauvaise querelle », nous répondrons simplement en évoquant l’exemple de notre père saint Dominique. Celui-ci lutta contre la gnose des cathares, nous devons lutter contre celle de la Nouvelle Droite païenne ; et donc (conséquence nécessaire) contre ceux qui la favorisent imprudemment. Ce qui n’empêche pas – à la suite de saint Dominique, encore – de prêcher la vérité catholique en tous domaines, sans nous limiter à ce combat.

Par ailleurs, nos lecteurs nous permettront un conseil. Plusieurs d’entre eux ont découvert la « question de la gnose » à l’occasion de la polémique actuelle. Qu’ils ne s’imaginent pas pouvoir se faire une idée complète  sur le sujet en lisant ce qui se publie à droite et à gauche (même dans Le Sel de la terre !) ou en parcourant les œuvres d’Étienne Couvert et de ses contradicteurs. Ce n’est pas dans le feu du combat qu’on peut se former sérieusement. Il faut pour cela un certain recul, le temps de lire, de réfléchir, de prier aussi, car il s’agit d’un combat extrêmement difficile, le combat contre le mystère d’iniquité. Pour ceux qui veulent vraiment se former en ce domaine, les textes que nous donnons ne doivent être qu’un « hors-d’œuvre » avant un travail plus approfondi. Nous les invitons, par exemple, à la session d’étude sur ces sujets qui aura lieu du 27 au 29 août à proximité du couvent.

Quant à ceux que ces questions n’attirent pas – ce qui est parfaitement compréhensible, car tous n’ont pas besoin d’une formation approfondie sur ce thème – nos travaux serviront au moins à les inciter à la prudence, car l’erreur, en ces matières, se cache subtilement : « Larvatus prodeo [1]. »

 

 

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Les condamnations de la gnose historique

 

LA MAUVAISE QUERELLE lancée par Paul Sernine au sujet de la gnose est entièrement fondée sur une falsification. Nous l’avons déjà signalé, et montré comment, privées de cette base, toutes les démonstrations de son ouvrage s’écroulent [2].

Mais, dans cet ouvrage, un faux peut en cacher un autre. Plusieurs des contrevérités qu’il énonce gardent leur nocivité particulière même si l’ensemble dans lequel elles s’inséraient a été démystifié.

En voici un nouvel exemple.

Il se rapporte à ce que Paul Sernine appelle l’argument du « silence du Magistère ».

Selon lui, seule la gnose « historique » (celle des premiers siècles) a été condamnée par le Magistère. Donc, conclut-il, seule cette gnose « historique » existe, car on ne peut concevoir que le Magistère ait négligé pendant des siècles de condamner une erreur dangereuse pour la foi.

Paul Sernine écrit :

 

Les condamnations de la gnose historique par le Magistère sont claires et fa­ciles à trouver, bien que se concentrant principalement, bien sûr, dans les pre­miers siècles, lorsque sévissait cette gnose historique. [La Paille et le sycomore, p. 62.]

 

Toutefois l’auteur est bien embarrassé pour donner ces condamnations. Il mentionne un concile à Braga (561), un texte de Léon XIII (1880), un texte de la Commission biblique (1913) et un texte de Pie XII (1955).

Ainsi, d’après Sernine lui-même, le premier texte qui aurait condamné ce qu’il nomme la « gnose historiquement déterminée, celle des IIIe et IVe siècles de notre ère, la gnose des Basilide, des Valentin et des Marcion » (p. 19), date­rait de deux siècles après la fin de l’hérésie. On se pose immédiatement la question : que faisaient donc les papes du IIIe et du IVe siècle ? Rien : un « silence assourdissant ».

D’ailleurs, même cette condamnation portée par le concile de Braga n’est pas un texte pontifical… Donc, d’après Paul Sernine, les papes se seraient tus pendant quinze siècles… Un silence obstiné. Que faut-il conclure ? L’argument du « silence des papes » nécessiterait-il donc, pour être probant, un silence d’une durée supérieure à quinze siècles ? En ce cas, peut-être les papes condamneront-ils la gnose actuelle dans dix ou quinze siècles. Soyons patients !

 

Les quatre textes

 

Mais considérons de plus près les textes de ces condamnations.

 

— Le concile de Braga déclare :

 

Si quis extra Sanctam Trinitatem alia nescio quæ divinitatis nomina introducit, dicens quod in ipsa divinitate sit trinitas trinitatis, sicut Gnostici et Priscillianus dixerunt, anathema sit. Si quelqu’un introduit en dehors de la Sainte Trinité on ne sait quels autres noms de la divinité, en disant qu’il y a dans la divinité elle-même une trinité de trinité, comme l’ont dit les gnostiques et Priscillien, qu’il soit anathème. » [DS 452.]

 

— Léon XIII enseigne :

 

L’Église a toujours, avec la même énergie, repoussé et réprimé les efforts de ceux qui s’attaquèrent au mariage chrétien, tels que les gnostiques, les manichéens, les montanistes, dans les premiers temps du christianisme, et de nos jours, les mormons, les saint-simoniens, les phalanstériens, les communistes. [Arcanum di­vinæ, 10 février 1880.]

 

— La Commission biblique tranche une question qui lui a été soumise au sujet de la date de rédaction des épîtres pastorales de saint Paul :

 

Est-ce que les difficultés qu’on a coutume de porter de beaucoup de ma­nières, […] du fait des erreurs, principalement des gnostiques, qui sont décrits déjà en ce temps comme des serpents, […] infirment d’une manière quelconque l’opi­nion qui tient pour sûre et certaine l’authenticité des épîtres pastorales ? — Réponse : négative. [Dz 2174.]

 

— Pie XII proclame :

 

Aussi [l’Église] a-t-elle rejeté tous les mouvements trop naturalistes, conta­minés en quelque façon par l’esprit de licence morale, mais aussi les tendances gnostiques, faussement spiritualistes et puritaines. L’histoire du droit canon, jusqu’au Code actuellement en vigueur, en fournit bon nombre de preuves signi­ficatives. [Discours du 7 septembre 1955.]

 

Ce quatrième texte, comme le note Le Sel de la terre 48, ne fait pas réfé­rence à la « gnose historiquement déterminée, celle des IIIe et IVe siècles de notre ère ». La gnose historique a constitué une franche hérésie et non pas des « tendances ». De plus, si l’Église a dû jusqu’à aujourd’hui (le « Code actuelle­ment en vigueur ») lutter contre des « tendances gnostiques », c’est bien qu’il s’agit d’erreurs actuelles.

Autrement dit, les « condamnations de la gnose historique par le Magistère » que Paul Sernine mentionne comme « claires et faciles à trouver » se réduisent à trois textes : un concile particulier postérieur de deux siècles, un texte pon­tifical postérieur de quinze siècles, et une déclaration de la Commission bi­blique. Et tout ce qui est condamné de cette gnose historique, c’est d’imaginer une trinité dans la Sainte Trinité, de s’attaquer au mariage chrétien, et d’être qualifiés de « serpents » par saint Paul.

Finalement, en fait de condamnations « claires et faciles à trouver », on trouve dans le Magistère beaucoup plus de condamnations de la gnose contemporaine (voir Le Sel de la terre 48) que de condamnations de la « gnose historique ». Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, Paul Sernine « bluffe ».

 

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Remarquons au passage que Paul Sernine nous parle de la « gnose histori­quement déterminée, celle des IIIe et IVe siècles de notre ère, la gnose des Basilide, des Valentin et des Marcion » (p. 19 et 81, erreur répétée dans Pacte de novembre 2003).

Or Basilide et Valentin sont des auteurs de la première partie du IIe siècle, et Marcion était déjà réfuté par saint Justin (IIe siècle). Le texte de a Commission biblique que nous venons de transcrire parle même de gnostiques contemporains de saint Paul (mais Paul Sernine a-t-il lu le texte auquel il prétend se référer ?)

Voilà qui fait preuve d’une singulière ignorance de la question, chez un auteur pourtant présenté comme spécialiste.

 

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Dernier point. On peut se demander si l’argument du « silence du Magistère » invoqué par Paul Sernine ne vient pas de la recension du premier livre d’Étienne Couvert faite par Yves Daoudal dans Itinéraires 292 (avril 1985).

Celui-ci écrivait (p. 136) :

 

Si la gnose est le réservoir de toutes les erreurs, il paraît étrange que l’Église ne l’ait jamais condamnée. Or cela est un fait.

L’explication est simple : c’est que la véritable gnose est le véritable christia­nisme, et que les sectes qu’évoque Étienne Couvert relèvent de la fausse gnose, du gnosticisme.

 

Il faut reconnaître que les condamnations de la gnose (surtout si l’on s’en tient aux quelques textes signalés par Paul Sernine) sont si peu nombreuses, si peu explicites, que le raisonnement par le « silence du Magistère », s’il était va­lable, pourrait conduire logiquement à la conclusion tirée par Daoudal : il faut distinguer une fausse gnose et une vraie gnose (le vrai christianisme) ; ce qui est précisément la position de Borella et des modernes ésotéristes chrétiens.

 

 

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La parole aux « anticomplotistes »

 

Aux dires mêmes de ses promoteurs, la mauvaise querelle lancée au sujet de la gnose a pour cible principale les « complotistes » ou « conjurationnistes ».

Quels sont donc les malheureux désignés par ces noms barbares (auxquels il faudra, par symétrie, opposer les termes encore moins avenants d’« anticomplotistes » ou « anticonjurationnistes ») ?

S’agit-il seulement de déséquilibrés voyant des complots partout et affir­mant que toute l’histoire est le résultat d’un vaste complot ? Telle est la caricature que les « anticomplotistes » font de leurs adversaires [3]. Mais à y bien regarder, leurs attaques visent beaucoup plus loin. Ils ne s’agit pas seulement de critiquer des excès ou des généralisations abusives, mais bien de contester l’existence d’une conjuration contre le Christ et son Église telle que la dénonce, par exemple, le livre fondamental sur la question : La Conjuration antichrétienne, de Mgr Henri Delassus [4].

Nous avons donc en présence, sur un sujet qui n’est pas sans importance, deux positions contradictoires.

Selon la première, que l’on peut appeler « la thèse du complot », il existe, au moins depuis la Révolution française, un effort concerté de certains hommes, notamment au sein de la franc-maçonnerie et d’autre sociétés se­crètes, pour lutter contre l’Église catholique.

Les « anticomplotistes », quant à eux, nient l’existence d’un tel complot.

Nous avons déjà dit qu’il serait faux de prétendre que les « conjurationnistes » (au sens que nous venons de définir) voient des complots partout, ou croient que toute l’histoire est le résultat d’un vaste complot. Il se­rait tout aussi inexact de penser que les « anticomplotistes » ne voient aucun complot nulle part. Ils concèdent que « les complots ne sont pas toujours my­thiques et que les conspirations ne sont pas toujours de pures inventions. […] Il ne s’agit pas de nier l’existence des sociétés secrètes, des lobbies, des orga­nisations transnationales et des groupes d’influence d’hier ou d’au­jourd’hui [5]. » Ce qu’ils ne reconnaissent pas, c’est l’existence d’un complot spécifiquement antichrétien, mené par des forces occultes, depuis plusieurs siècles.

Ayant ainsi précisé la nature du débat, laissons maintenant la parole aux « anticomplotistes »

Voici d’abord la recension de l’ouvrage La Paille et le sycomore parue dans le numéro de printemps 2004  de la revue Éléments (revue de la Nouvelle Droite) :

 

Ancien animateur des Cahiers Barruel et catholique intégriste de tendance conspirationniste, sinon monomaniaque, Étienne Couvert souffre du complexe du petit inventeur. Certains croient avoir inventé le mouvement perpétuel ; lui, il a découvert la « gnose universelle [6] ». Certains voient partout des Juifs, des franc-maçons ou des petits hommes verts ; lui débusque des « gnostiques » dans les re­coins les plus inattendus de l’histoire. Pythagore, Platon, Descartes, Spinoza, Ronsard, Dante, Mahomet, Chateaubriand, Bismarck, Hegel, Freud, sans oublier la Nouvelle Droite et les ratons-laveurs : tous des « gnostiques » ! Catholique tra­ditionaliste lui aussi, mais d’une tendance plus raisonnable, Paul Sernine (anagramme… d’Arsène Lupin !) n’a pas de mal à démontrer que ce délire repose sur une « énormité psychologique ». Il le fait avec une réjouissante alacrité, assise sur une documentation impeccable. L’ouvrage refermé, on se demande quand même si pareilles élucubrations méritaient qu’on leur consacre autant de place. Il en va d’Étienne Couvert comme de Philippe Ploncard (dit d’Assac) : on perd son temps à argumenter avec des zozos au QI à deux chiffres (avec une virgule pro­bable au milieu). — A.B.

 

On admirera l’élégance du style, la délicatesse des sentiments et la profon­deur des arguments.

Retenons surtout les expressions « conspirationniste » et « monomaniaque », car nous allons les retrouver.

Il est temps, en effet, de remonter à ce qui semble être une source de la « mauvaise querelle » actuelle : le numéro de 1992 de la revue Politica Hermetica.

 

Politica Hermetica

 

Dans le nº 324 (février 2004) de Lecture et tradition, Christian Lagrave, pré­sente ainsi Politica Hermetica :

 

L’association Politica Hermetica, fondée en 1985, organise des colloques an­nuels thématiques portant sur l’histoire de l’ésotérisme – en particulier ses rela­tions avec la politique [7] – et en publie les actes (aux éditions L’Âge d’Homme). Elle regroupe des universitaires de haut niveau [souvent liés à la section des sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études [8]], des théoriciens de l’ésotéro-occultisme, des chercheurs spécialisés dans son étude et des personnalités de la Nouvelle Droite.

On trouve, entre autres, dans le comité de rédaction : Émile Poulat (ancien directeur de recherches au CNRS et spécialiste incontesté de l’histoire religieuse contemporaine), Jean-Pierre Laurant (enseignant à l’E.P.H.E. [9], spécialiste de l’ésotérisme et de René Guénon, auxquels il a consacré plusieurs ouvrages) et, dans le comité scientifique, Jean Baubérot (protestant et socialiste, directeur d’études à I’E.P.H.E., et franc-maçon du G.O.D.F.), Jean Borella (guénonien qu’il est inutile de présenter), Pierre Chevallier (historien de la franc-maçonnerie française et franc-maçon), Antoine Faivre (professeur à I’E.P.H.E., spécialiste de l’ésotérisme auquel il a consacré plusieurs ouvrages, et franc-maçon), Pierre-André Taguieff (chercheur au CNRS, spécialiste de la Nouvelle Droite et membre du B’naï B’rith), Michel Maffesoli (professeur de sociologie à la Sorbonne, directeur du Centre d’études de l’actuel et du quotidien, rédacteur en chef de la revue Société, et franc-maçon), Michel Michel (guénonien d’Action Française), etc.

Comme on le voit, tout ce monde est, d’une part plus ou moins influencé par les idées de Julius Évola ou de René Guénon et d’autre part souvent lié à la franc-maçonnerie [10].

 

Le numéro 6 de Politica Hermetica (1992) publie en fait les actes d’un col­loque international sur le thème du « Complot » tenu à La Sorbonne les 23 et 24 novembre 1991, dans le cadre de l’École Pratique des Hautes Études, sous la présidence d’Émile Poulat.

Parmi les nombreuses interventions qui touchent à notre sujet, signalons celle d’Émile Poulat, celle de Jean-Claude Drouin et celle d’Alain de Benoist, sur laquelle nous nous attarderons davantage.

 

Émile Poulat face aux « complotistes »

 

Émile Poulat [11], qui dirigeait le colloque, avait la tâche ardue de « donner le “la” » à cet ensemble assez hétéroclite d’intervenants « anticomplotistes ».

Son intervention, fort confuse, utilise davantage la suggestion que l’argu­mentation mais tend nettement à disqualifier les thèses « complotistes ». Point n’est besoin de les discuter ni de les réfuter, tant il va de soi qu’on ne saurait les prendre au sérieux. Leur analyse ne ressort pas à l’étude des « faits », mais à celle de « la représentation de ces faits, c’est-à-dire de l’imaginaire socio-reli­gieux des catholiques et de ses effets publics. » Sans jamais hausser le ton, sans se départir du ton irénique, légèrement ironique, qui convient à sa répu­tation de sage, Poulat jalonne gentiment son propos des mots et expressions qui serviront à marquer au fer rouge ces « intellectuellement incorrects » que sont les « complotistes » : ils sont « dans le domaine de l’irréfutable [en italique dans le texte] », ils ne perdent jamais leur « manichéisme », etc.

De fait, on retrouvera ces expressions jusque dans la mauvaise querelle actuelle.

On note que, dans la discussion qui suit cette intervention, le nom d’Étienne Couvert est évoqué dans les questions posées à Émile Poulat. Or deux ans plus tard paraissait, diffusée sous le manteau, la première étude des­tinée à ridiculiser Couvert dans les milieux catholiques de Tradition. Simple coïncidence ? C’est possible. Mais, étant donné l’influence d’Émile Poulat dans les milieux intellectuels – jusque dans la Tradition –, cela n’a vraiment rien de certain.

 

Jean-Claude Drouin contre Crétineau-Joly

 

Jean-Claude Drouin, de l’Université de Bordeaux, analyse sur une quin­zaine de pages « la thèse du complot chez Crétineau-Joly ». Il confirme que la thèse du complot est née en milieu catholique au moment de la Révolution française (abbés Lefranc, Barruel, Fiard, etc.). Après une rapide diversion sur des auteurs complotistes non-catholiques (qui dénoncent le « complot des jé­suites »), il dresse une liste assez complète des grands auteurs catholiques du XIXe siècle, Mgr Fava, Mgr de Ségur, le cardinal de Bonald, Mgr Freppel, Mgr Deschamps, Mgr Meurin, Claudio Jannet, Copin-Albancelli, etc.

Toutefois, l’objet de son étude est le livre de Crétineau-Joly, L’Église Romaine face à la Révolution [12], paru chez Plon en 1859 [13]. J.-Cl. Drouin es­time que Rome a favorisé la publication de ce livre, et signale que la troisième édition (1861) s’ouvre sur un bref d’éloges de Pie IX.

Pour tenter de discréditer l’ouvrage de Crétineau-Joly, J.-Cl. Drouin re­marque que « parmi les responsables du complot, on trouve pêle-mêle les noms » de personnes et de groupements aussi disparates que Necker, Malesherbes, l’abbé Grégoire, plus tard Thiers, le communisme, le protestan­tisme, les diplomaties anglaises et françaises, etc. « Si bien qu’au mépris d’une réalité complexe et plurielle, celui qui dénonce le complot fait preuve d’une très grande simplification en assimilant souvent des mouvements d’idées tota­lement différents sinon opposés. […] Il est certainement très discutable d’assi­miler le jansénisme et le philosophisme, la franc-maçonnerie et le carbona­risme. » 

C’est une ébauche de l’argument dit de « l’impossibilité intellectuelle [14] » : les conjurationnistes commettraient l’erreur de « ranger dans le même sac » des éléments fort différents. « Le complot est protéiforme et omniprésent, […] il est par définition universel et total [15] », se moque J.-Cl. Drouin.

Mais l’« argument » principal de J.-Cl. Drouin, qu’il réserve pour la fin, consiste à dénoncer le caractère manichéen de la démarche de Crétineau-Joly, caractère qui se trouve « au cœur de toutes les dénonciations du complot antichrétien » :

 

Le complot, celui des forces du Mal et des Ténèbres ne peut rien contre l’Église de Dieu. L’auteur, catholique romain, croit fermement en la déroute de la Révolution et en la victoire de l’Église. Ce schéma manichéen dont nous n’avons pas à discuter ici, est certainement au cœur de toutes les dénonciations du com­plot antichrétien au XIXe siècle, depuis l’abbé Barruel jusqu’à l’abbé Jouin.

 

Inutile de chercher à s’appuyer sur les documents présentés par Crétineau-Joly, notamment les Instructions de la Haute-Vente, dont « il a eu peut-être connaissance par la police pontificale » : « Il est difficile de se prononcer sur leur authenticité », affirme J.-Cl. Drouin. Bref, éliminons les faits, quand ils sont gênants.

 

L’argumentation d’Alain de Benoist

 

Toutefois, l’article le plus intéressant de ce nº 6 de Politica Hermetica est celui d’Alain de Benoist, « Psychologie du conspirationnisme [16] ». Christian Lagrave a d’ailleurs relevé plusieurs parallèles entre « l’argumentation » d’Alain de Benoist et les arguments employés de nos jours par certains anticomplo­tistes catholiques [17].

Pour compléter l’information de nos lecteurs, voici quelques extraits de ce texte. Certains pourront y reconnaître tel ou tel « argument » qu’ils auront lu ici ou entendu là. Nous en signalerons quelques-uns en note, sans prétendre être exhaustif. Sauf mention contraire, toutes les notes sont, ici, de notre rédaction.

 

Paradoxalement, il y a dans cette conception une certaine inspiration ratio­naliste, bien qu’elle émane d’auteurs fréquemment antirationalistes. Elle postule une histoire rationnelle, caractérisée par des événements qu’il serait possible de rapporter à des causes uniques et à des actes volontaires déterminés.

 

Alain de Benoist, apostat de la foi catholique, ne comprend pas qu’on puisse unir la foi (qu’il appelle « antirationalisme ») avec la raison, et que l’on prétende chercher dans l’histoire des leçons données par la Providence (ce qu’il dénigre par l’épithète « histoire rationnelle »). Pour un catholique, comme pour tout homme bien né, l’histoire est « maîtresse de vie », et il convient de l’interroger avec l’intelligence, de chercher les causes des phénomènes, et non pas de se cantonner à une pure phénoménologie historique, selon la « méthode » de l’université athée.

 

Les conspirationnistes, malgré leur traditionalisme déclaré, n’en font pas moins preuve d’une mentalité typiquement moderne [18] : à l’instar des grandes idéologies, ils pensent que la réalité historique est intégralement déchiffrable et excluent ce dont la raison ne veut pas entendre parler : l’aléa, l’accident, l’excep­tion, le hasard [19].

 

Alain de Benoist continue de ne pas comprendre l’union de la foi (« leur traditionalisme déclaré ») avec la raison. Vouloir expliquer l’histoire, chercher des raisons aux événements, c’est faire preuve d’idéologie et, par là, d’une « mentalité moderne ». C’est que la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist se pré­tend antimoderne et cherche à rallier tous ceux qui réagissent contre la mo­dernité, même certains catholiques traditionalistes qui se bouchent les yeux sur son paganisme violemment antichrétien.

 

Le complot se définit donc, non seulement par son ubiquité, mais par sa transhistoricité [20]. A la limite, il existe en tous temps comme en tous lieux : l’his­toire manipulée par les conspirateurs n’est que la réalisation d’un projet élaboré en dehors d’elle [21].

 

La permanence d’une conjuration sur plusieurs générations est effective­ment incompréhensible pour celui qui ne croit pas à l’intervention démo­niaque dans l’histoire humaine. Pourtant le caractère « transhistorique » d’une action contre l’Église est un fait que les observateurs honnêtes ne peuvent nier. Dans sa préface, déjà citée, à l’ouvrage de Crétineau-Joly, L’Église ro­maine face à la Révolution, Mgr Lefebvre constatait ainsi en 1976 : « L’infiltration de l’Église est l’objet d’un plan systématique et de longue ha­leine, fixé il y a cent cinquante-sept ans [22]. »

 

On pourrait dire que le discours conspirationniste est éminemment « platonicien ». Il met en scène la « caverne » où se trouvent enfermés les naïfs et braque le projecteur sur l’« arrière-monde » où s’activent les « chefs d’orchestre invisibles ». Ce dualisme est indispensable à la théorie. Il y a deux mondes  : un monde immédiatement visible, le monde de la vie quotidienne, à la fois banal et compliqué, et il y a le monde de la coulisse, celui qui dirige le premier monde en « tirant les ficelles ». […]

 

Au lieu de réfuter, Alain de Benoist caricature. Aucun catholique n’a jamais écrit, dit, ni pensé que, comme dans le mythe de la caverne, le vrai monde se­rait celui des comploteurs (le démon et ses affiliés), plus réel que le monde visible. C’est en fait tout le contraire : plus on est proche de Satan, et plus on vit dans l’illusion – quels que soient les plans ténébreux que l’on peut s’em­ployer à mettre en œuvre. Dans l’élaboration de ces plans, Satan ne trompe d’ailleurs personne davantage que lui-même, puisque, en définitive, « tout sert au bien de ceux qui aiment Dieu [23] ». Tandis que le plus humble des chré­tiens, plongé, loin des affaires publiques, dans le « monde de la vie quoti­dienne », celui de son devoir d’état, vit, lui, dans le réel.

 

Cette question permet de s’interroger sur l’effet de miroir que l’on constate en étudiant la diffusion des théories conspirationnistes. Effet assez ambigu, assez trouble, où la fascination semble nourrir une certaine tendance au mimétisme [24]. […] Il n’est donc pas étonnant que les anti-comploteurs se soient eux-mêmes fré­quemment vu accuser de complot.

 

Mais qui succombe à l’« effet de miroir » ? Les anticomplotistes, ou bien Alain de Benoist lui-même, lorsqu’il dénonce l’existence dans l’Église « de so­ciétés secrètes catholiques intégristes comme la célèbre Sapinière (Sodalitium Pianum) de Mgr Benigni » ? Pour faire bonne mesure, le fondateur du G.R.E.C.E. ajoute : « Peut-être faut-il également signaler que l’abbé Barruel ap­partenait lui-même à cette Société de Jésus qui fut si souvent présentée, elle aussi, comme le moteur d’une “conspiration” internationale. »

Le père Barruel est d’ailleurs sommairement exécuté dans une petite note en bas de l’article :

 

On connaît le mot de Rivarol sur Barruel : « La nature en avait fait un sot. La vanité devait en faire un monstre ».

 

Mais poursuivons la lecture d’Alain de Benoist :

 

L’homme se croit maître de lui-même, titulaire d’un libre-arbitre et sujet de sa propre existence, alors qu’il est à son insu l’objet d’une détermination dont il ignore la nature et la force. […] [La détermination] résulte d’une « superstructure » pathologique, d’un parasitage qui vient se plaquer sur le tissu social. La détermination résulte en fait d’une aliénation, qui rend l’homme étranger à lui-même et disqualifie la « liberté » dont il se croit le propriétaire.

 

Là encore, le reproche est aussi faux qu’injuste. Les auteurs catholiques trai­tant de ces questions ont toujours souligné que le démon n’agit qu’avec la permission de Dieu. S’il peut ourdir des complots, cela se retournera toujours contre lui [25]. Il n’est pas maître de l’histoire. Un seul enfant en état de grâce est, par cette grâce, plus fort que tout l’enfer réuni.

 

On a parfois qualifié les théories conspirationnistes de « paranoïaques ». Sans nous aventurer plus avant dans le domaine de la psychiatrie, rappelons que la pa­ranoïa se caractérise, entre autres, par l’organisation logique de bouffées ou de discours délirants [26]. Elle est avant tout un délire d’interprétation, souvent accom­pagné de réactions typiques de méfiance, de susceptibilité excessive et d’agressivité.

 

On voit que les « arguments » d’Alain de Benoist ont une certaine parenté avec ceux des communistes, qu’il prétend pourtant combattre : si vous n’êtes pas d’accord avec moi, c’est que vous êtes dérangé mentalement.

 

Il faut également remarquer que la conspiration est elle-même présentée constamment comme une Contre-Église. A l’instar de l’Église catholique, elle possède une organisation hiérarchisée, pyramidale  : au sommet, les « supérieurs inconnus », les « maçons de haut grade », les « sages de Sion », etc. occupent inva­riablement le rôle dévolu dans le catholicisme au pape et au collège des cardinaux [27].

 

Là encore, la moquerie remplace le raisonnement.

La notion de Contre-Église est acceptée par des personnes qui n’en font pas cette description loufoque. Mgr Lefebvre, par exemple, qui, après avoir cité la lettre d’un des conjurés de la Haute Vente italienne (Nubius) envisa­geant de gagner un pape à la cause maçonnique, commente :

 

« Calcul surhumain », dit Nubius, il veut dire calcul diabolique ! Car c’est calculer la subversion de l’Église par son chef lui-même, ce que Mgr Delassus (Le problème de l’heure présente, DDB, 1904, t. I. p. 195) appelle l’attentat suprême, parce qu’on ne peut imaginer rien de plus subversif pour l’Église qu’un pape ga­gné aux idées libérales, qu’un pape utilisant le pouvoir des clefs de saint Pierre au service de la Contre-Église [28] !

 

L’anticomplotisme de la Nouvelle Droite

est lié à son antichristianisme

 

L’anticomplotisme de la Nouvelle Droite est lié à son anti-christianisme. Soulignons brièvement ce point, à l’aide de quelques citations du même article d’Alain de Benoist.

 

On ne peut qu’être frappé du caractère fondamentalement « chrétien » d’un certain nombre de thèmes récurrents des théories du complot. Que certains idéologèmes [29] du conspirationnisme renvoient à une thématique chrétienne n’est d’ailleurs pas pour étonner quand on sait qu’à l’origine nombre de ces théories sont apparues en milieu catholique, essentiellement pour combattre l’influence de la franc-maçonnerie. […] Le « chef d’orchestre clandestin » devient alors une sorte de contrefaçon, de miroir négatif de la Providence. […] Enfin, l’usage « freudien » que fait le conspirationnisme du soupçon systématique, la façon dont il interprète toute preuve négative, tout démenti, comme une confirmation sup­plémentaire – la dénégation comme « redoublement » de l’aveu –, pourrait bien trouver son origine dans cette idée typiquement chrétienne que la ruse suprême du Diable est de faire croire qu’il n’existe pas.

 

De fait, nous remarquons qu’Alain de Benoist ne croit pas à l’existence du diable ou du moins à son influence sur l’histoire humaine…

Il n’est pas faux de dire que le « complotisme » a été défendu par de nom­breux auteurs catholiques qui avaient une vue surnaturelle de l’histoire, y voyant le combat entre deux Cités.

Mais autant nous voyons dans cette origine chrétienne du « complotisme » un motif de le regarder favorablement, autant Alain de Benoist y voit une rai­son de le suspecter.

 

L’anti-christianisme d’Alain de Benoist

 

Ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas Alain de Benoist se demande­ront peut-être si nous n’exagérons pas son paganisme et son anti-christianisme.

Nous les invitons à lire ou relire les pages 23 et 24 du Le Sel de la terre 41. Ils y trouveront, à propos de l’article d’Alain de Benoist intitulé « Jésus et ses frères [30] », plusieurs déclarations du fondateur du G.R.E.C.E [31] ; il pourront ainsi apprécier à sa juste mesure l’attitude complaisante de certains catholiques à son égard.

Car, depuis lors, rien n’a changé. Voici un petit florilège de textes d’Alain de Benoist uniquement pris parmi ceux qui se trouvent, au moment où nous écrivons ces lignes (fin mai 2004), sur le site internet « Les Amis d’Alain de Benoist [32] ». Et nous pourrions facilement remplir un numéro entier du Sel de la terre avec des citations semblables.

 

— La vraie Rome est païenne

 

Article intitulé « Rome », écrit par Alain de Benoist le 21 avril 2002 :

 

Pour faire de Rome la capitale de la religion nouvelle, les chrétiens durent faire intervenir le mythe d’un apôtre Pierre qui y serait venu, sous Néron, afin de subir le martyre. Ce n’est qu’invention pure  : en réalité, Pierre disparaît définiti­vement après avoir été libéré de la prison d’Hérode, ainsi que le rapportent les Actes des apôtres (12, 17). Devenu « romain », le christianisme put cependant se proclamer ainsi l’héritier des siècles qui l’avaient précédé. On le sait, la succession n’alla pas sans heurts. Le conflit, qu’on a maintes fois décrit, fut au contraire long et acharné. Il s’acheva, comme toujours, sur une forme de syncrétisme. Dans les dernières années du VIe siècle, Grégoire le Grand ordonna que les fana, les temples païens, fussent transformés en églises chrétiennes. Les colonnades encore debout purent continuer à témoigner - mais leur destination avait changé. Rapportant, dans Le défi, le voyage qu’il fit à Rome pour disperser les cendres de Montherlant, Gabriel Matzneff écrit  : « A la Curie, au temple d’Antonin et Faustine, au temple de Romulus, nous sommes exaspérés par les croix qui y sont plantées, insolemment. On souhaiterait chez les sectateurs du dieu victorieux plus de discrétion. La grossièreté avec quoi nous avons transformé les sanctuaires païens en églises chrétiennes nous interdit de gémir sur la métamorphose de nos églises d’Afrique du Nord en mosquées mahométanes. Nous récoltons là ce que nous avons semé ailleurs. Après un exil de mille cinq cent ans, les dieux se vengent. » […]

Avant d’aller dans quelque taverne populaire […] manger d’excellents spa­ghetti […], pénétrez avec piété dans l’admirable Panthéon. Oubliez les bondieu­series qui couvrent les parties inférieures et regardez la coupole ajourée, couron­nant une extraordinaire rotonde à caissons, qui figure en son centre. L’ouverture circulaire qui s’y découpe est comme une fenêtre ouverte sur le cosmos, dessinant à son aplomb un omphalos [33] sacré. […] Perfection architecturale, perfection des formes. Éveil au divin. On ressent ici une émotion qui ne se compare à nulle autre.

 

— L’intolérance du christianisme

 

« Intolérance et religion », texte d’Alain de Benoist paru dans La Nouvelle Revue d’histoire :

 

[…] Ce qui frappe lorsque l’on étudie les plus anciennes religions de l’Eu­rope – les religions païennes –, c’est précisément qu’elles ignorent toute forme d’intolérance proprement religieuse. Ce sont des religions polythéistes, auxquelles adhèrent des peuples qui n’imaginent pas un instant devoir reprocher aux autres peuples de sacrifier à d’autres divinités. Ces religions sont étrangères au fanatisme. Elles ignorent la persécution religieuse, la croisade contre les « infidèles » ou les « mécréants », la guerre au nom de Dieu [34]. Orthopraxies plus qu’orthodoxies, elles ignorent également les notions de dogme, de schisme ou d’hérésie. […] Se voulant héritiers des Apôtres, les missionnaires s’emploieront [à évangéliser], au risque d’acculturer tous les peuples du monde à un modèle de civilisation parti­culier. La théologie prend en même temps une forme dogmatique. Contrairement au commentaire talmudique, le dogme se veut univoque, fournis­sant ainsi de nouveaux motifs d’exclusion. Parallèlement aux « croisades » exté­rieures (en Terre sainte) ou intérieures (contre les Albigeois), la dénonciation des schismes et des hérésies justifiera de nouveaux massacres. La guerre « juste » est avant tout une guerre justifiée moralement. Livrée au nom du Bien, elle trans­forme l’adversaire en figure du Mal, c’est-à-dire en ennemi absolu [35].

 

— « J’appelle christianisme l’unique grande malédiction »

 

Entretien d’Alain de Benoist avec Danièle Masson publié dans un recueil collectif, Dieu est-il mort en Occident ?, (Guy Trédaniel, 1998, p. 73-136) :

 

Danièle Masson : « Cet anti-Marx ne serait-il pas un Nietzsche actuel ? » Vous reconnaissez-vous dans cette présentation qui fut faite de vous, lors d’une radioscopie de Jacques Chancel ?

A de B : Évidemment non – même si le propos, flatteur, n’était qu’interroga­tif. D’abord parce qu’il serait ridicule de ma part de prétendre me mettre sur le même plan que l’auteur du Zarathoustra [36] : pour reprendre une expression que vous devez connaître, je ne serais même pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ! […]

Danièle Masson : Naguère vous avez ouvert votre livre Comment peut-on être païen ? par l’imprécation de Nietzsche : « J’appelle le christianisme l’unique grande malédiction [37] », et vous l’avez achevé par l’exhortation à fonder un « néo-paganisme ». Est-ce toujours votre pensée ?

A de B : […] Je crois que le christianisme a fait son temps (dans tous les sens du terme). Je crois que le paganisme n’est ni d’hier, ni d’aujourd’hui ni de de­main, mais de toujours. Je crois que son oblitération passagère par la pensée chré­tienne a représenté un drame historique et méta-historique, dont nous n’avons cessé de subir des conséquences toujours plus graves [38]. C’est en ce sens que je peux effectivement souscrire à la formule de Nietzsche, sans oublier toutefois que ce n’est qu’une formule (dont la prise au pied de la lettre impliquerait d’ailleurs de savoir qui « maudit »).

[…] Je voudrais insister d’abord sur le fait que ma critique du christianisme n’a rien à voir avec la critique positiviste ou rationaliste. Bien des épisodes du ré­cit évangélique me paraissent invraisemblables, mais ce n’est pas leur invraisem­blance qui me choque fondamentalement. (Libre aux chrétiens de croire qu’une femme, fût-elle mère du Sauveur, peut rester vierge in partu, c’est-à-dire en ac­couchant.) Pour quelqu’un qui, comme moi, est attaché à la vérité du mythe, cette invraisemblance ne provient d’ailleurs que de la volonté de l’Église de don­ner à de tels épisodes un cadre historique. […]

En contrepoint de mon rejet global de la pensée chrétienne, je n’ai pas de mal, pour ma part, à cerner quelques objets d’admiration isolés. J’aime comme vous les cathédrales, même si je pense qu’elles furent construites dans le christia­nisme, et non à cause de lui. (Il n’y a eu de cathédrales que là où, auparavant, on bâtissait des temples.) J’aime François d’Assise plus que les jésuites, les ordres mendiants plus que la pourpre cardinalice, la doctrine sociale de l’Église, malgré ses timidités, et tout ce grand courant de pensée d’où proviennent Léon Bloy, Péguy, Bernanos ou Mounier. […] Je n’ai pas de peine, enfin, à retrouver des li­néaments de la pensée païenne, déformés, transformés, chez certains théologiens ou mystiques que l’Église a rejetés dans l’hérésie ou qu’elle a plus ou moins tenus à l’écart, de Scot Érigène et Pélage à Maître Eckart, Nicolas de Cuse, Valentin Weigel, Jakob Böhme, Angelus Silesius, Caspar von Schwenckfeld et tant d’autres. […]

Il me semble que, pour comparer paganisme et christianisme, il faut bien les connaître l’un et l’autre. Élevé dans une religion catholique qui ne m’a pas laissé que de mauvais souvenirs, mais au « paysage » mental et spirituel de laquelle je me suis rapidement senti de plus en plus étranger, je me suis formé à la lecture des mythes grecs et de la théologie des Vieux-Romains, à celle des hymnes du Rig-Véda et de l’épopée homérique, de la Théogonie d’Hésiode, de l’Avesta, de l’Edda poétique, de la Völuspä, de la Lokasenna et de la Gylfaginning, du Mabinogi, de l’Oidhe Chloinne Tuireann, du Tàin Bo Cuailnge, etc. Permettez-moi de vous dire qu’en comparaison de ces milliers de mythes, de schèmes narra­tifs, de formulaires traditionnels, d’enseignements spirituels et moraux, le message évangélique m’est apparu d’une assez consternante pauvreté. Je sais bien que la foi transfigure tout : la montagne d’études exégétiques à laquelle ce message a donné naissance en témoigne. (Friedrich Georg Jünger disait aussi : « L’ingéniosité croît là où le sens décroît ».) Il reste qu’à la sombre histoire du sacrifice d’Abraham, je préfère celle des parties de dés qui opposent Shakuni et Yudhishthira dans le Mahabharata ou celle du serpent Nidhhogr rongeant les racines d’Yggdrasill, de même qu’aux paraboles évangéliques je préfère le récit du démembrement d’Ymir, celui des deux batailles de Mag Tured ou celui de la promotion des Nâsatya védiques liée à la décapitation de Vishnu, qui trouve son parallèle en Scandinavie dans la décapitation de Mimir et la fabrication de Kvasir. Il ne s’agit pas là seulement de beauté du récit. Il s’agit bien plutôt de dégager de ce récit une leçon qui fasse sens dans la vie quotidienne [39]. […]

Je suppose que cette idée de tradition ne vous est pas étrangère, même si nous ne nous rattachons pas à la même [40] ! […] Pour dire les choses autrement, la question que je me pose (et que je vous pose) est celle-ci : au-delà des variations toujours renouvelées du génie inventif des hommes, qu’est-ce que le christianisme a apporté que le monde ignorait avant lui ? Qu’a-t-il apporté de plus et de meil­leur, comme nouveauté radicale, de nature, que la pensée présocratique et la théologie védique, la philosophie et la tragédie grecques, la théologie romaine et l’épopée celtique, la civilisation du Bel Age du Bronze nordique et l’univers des sagas scandinaves, auraient ignoré ? Que dit-il fondamentalement de plus et de meilleur qu’Aristote ou Platon, Cicéron ou Sénèque, Pindare, Virgile, Démosthène ou Tacite ? Vous me répondrez sans doute : la possibilité, donnée à l’homme pour la première fois, de faire son salut. […] Mais cette réponse est pour moi dépourvue de sens [41]. […] C’est pourquoi ma réponse à cette même question serait plutôt : ce que le christianisme comporte de bon existait avant lui, tandis que ce qu’il apporte de nouveau n’est pas bon.

[…] A l’origine, les Hébreux ne pratiquaient sans doute pas le monothéisme, mais la monolâtrie, ainsi que le donne à penser le pluriel divin Élohim, employé par la Genèse dans l’une de ses deux plus anciennes sources (« Élohim déclare : Voilà que l’homme est devenu comme l’un d’entre nous », Gn 3, 22). Rancunier et jaloux, leur Dieu interdisait qu’on rende un culte à ses concurrents : « Il se venge, Yahvé, de ses adversaires, il garde rancune à ses ennemis » (Na 1, 2). (Une interprétation du Midrach dit que l’expression « autres dieux » signifie que les idoles « rendent autres » ceux qui leur rendent un culte.) Le même Dieu, par la suite, justifiera par la nécessité de lutter contre l’« idolâtrie » une série sans fin d’exterminations et de massacres. […] Imagine-t-on un dieu païen prescrivant de telles choses ? Évidemment non : indifférent au nombre des dieux, le paganisme garantit la liberté religieuse, car il ne voit pas d’atteinte à la vérité dans la religion des autres.

Vous me direz alors que le christianisme est précisément venu abolir l’« ancienne Loi », en lui substituant un « message d’amour ». Mais que penser du fanatisme de l’Apocalypse, écrit typiquement judéo-chrétien faussement attribué à Jean, que les Actes d’ailleurs décrivent comme un illettré (4, 13) ? Que penser de la triste leçon de la parabole des mines, où Jésus évoque la rigueur du Juge en­vers ceux qui l’auront repoussé : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence » (Lc 19, 27) ? La vérité est que l’Église n’a cessé, aussi longtemps qu’elle en eut le pouvoir, de combattre par tous les moyens ceux qui ne pensaient pas comme elle. […] En fait, avec le monothéisme commence l’ère des guerres de religions, mo­dèle de toutes les guerres modernes –, celles où l’ennemi n’est pas une simple fi­gure de l’altérité, un adversaire du moment qui peut devenir l’allié du lendemain, mais un représentant du Mal, un ennemi du genre humain. On connaît la for­mule de Cyprien de Carthage, canonisé par l’Église : « Hors de l’Église, point de salut ! » On sait surtout quelles conséquences on en tira. Ces conséquences découlent toutes d’un mot terrible : « Qui n’est pas pour moi est contre moi. » Il y a du terrorisme dans toute alternative. Avec la démonisation du paganisme commence l’exclusion radicale de l’Autre : les procès de sorcellerie préfigurent les procès de Moscou, et les techniques pour y provoquer l’« aveu » sont exactement les mêmes.

 

Voilà qui est sans doute suffisant. Jamais nous n’aurons publié autant de blasphèmes dans Le Sel de la terre ! Que Dieu nous le pardonne, et nos lec­teurs aussi.

Certains d’entre eux auront sans doute à cœur, arrivés ici, de prendre le temps de dire quelques Ave Maria pour l’âme de ce malheureux apostat. Ils répondront ainsi de façon adéquate à celui qui ne veut voir dans notre religion qu’une école d’intolérance, sans s’apercevoir qu’en elle (et c’est ce qui la différencie de toutes les idéologies religieuses ou séculières qui en sont la caricature), cette intolérance est, d’abord, celle de la charité.

On demeure stupéfait de voir que le journal Présent, qui se prétend catho­lique, donne dans son numéro du 5 mai 2004, une page entière d’entretien avec Alain de Benoist. La seule (légère) réserve est la suivante : « Son discours parfois discutable nous met sur le chemin de la connaissance et de la ré­flexion [42]. »

 

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La pensée de Mgr Lefebvre sur « le complot »

 

Que pensait Mgr Lefebvre de la thèse du complot ? Outre la préface au livre de Crétineau-Joly que nous avons signalé, citons à titre d’exemple quelques passages de son livre Ils l’ont découronné [43] :

 

[La troisième partie de l’ouvrage est intitulée  : le complot libéral de Satan contre l’Église et la Papauté. Voici le début du chapitre XXI, qui a pour titre « Le complot de la Haute Vente des Carbonari » :]

Nous voici arrivés, dans notre bref aperçu historique du libéralisme catho­lique, à la veille du concile Vatican II. Mais avant d’analyser la victoire remportée au Concile par le libéralisme, je voudrais revenir en arrière pour vous montrer en quoi la pénétration du libéralisme dans toute la hiérarchie et jusqu’à la Papauté elle-même, impensable il y a deux siècles, fut néanmoins pensée, prédite et organi­sée dès le début du siècle dernier par la franc-maçonnerie. Il suffira de produire les documents qui prouvent l’existence de ce complot contre l’Église, de cet « attentat suprême » contre la papauté.

Les papiers secrets de la Haute Vente des Carbonari tombés entre les mains du pape Grégoire XVI, embrassent une période qui va de 1820 à 1846. Ils ont été publiés sur la demande du pape Pie IX, par Crétineau-Joly dans son ouvrage l’Église romaine et la Révolution [44]. Et par le bref d’approbation du 25 février 1861 qu’il adressa à l’auteur, Pie IX a consacré l’authenticité de ces documents, mais il ne permit pas qu’on divulguât les noms véritables des membres de la Haute Vente impliqués dans cette correspondance. Ces lettres sont absolument effa­rantes et si les papes ont demandé qu’on les publiât, c’est pour que les fidèles sachent la conjuration ourdie contre l’Église par les sociétés secrètes, qu’ils en con­naissent le plan et soient prémunis contre son éventuelle réalisation. Je n’en dis pas plus maintenant, mais c’est en tremblant qu’on lit ces lignes ; je n’invente rien, je ne fais que lire, sans faire mystère qu’elles s’accomplissent aujourd’hui ! Sans cacher que leurs projets les plus hardis sont même dépassés par la réalité ac­tuelle ! Lisons donc ! […]

Que ce plan est d’inspiration diabolique et de réalisation diabolique ! Mais ce ne sont pas seulement les ennemis de l’Église qui l’ont révélé, ce sont aussi les papes qui l’ont très explicitement dévoilé et prédit, c’est ce que nous verrons dans un entretien suivant.

 

[Chapitre XXII  : Les papes dévoilent le complot de la secte : ]

Le complot de la secte libérale contre l’Église consistait, je vous l’ai montré dans le précédent entretien, à monter à l’assaut de l’Église en utilisant sa hiérar­chie, en la pervertissant jusqu’au plus haut degré. Mais les papes, avec la clair­voyance de leur charge et les lumières dont Dieu avait pu les doter, virent et dé­noncèrent clairement ce programme.

Léon XIII (1878-1903) a vu par avance cette subversio capitis, cette subver­sion du chef, et il l’a décrite noir sur blanc, dans toute sa crudité […] [Mgr Lefebvre cite des textes de Léon XIII et saint Pie X.]

 

[Chapitre XXIII  : La subversion de l’Église opérée par un concile : ]

Les détails de l’entreprise de subversion de l’Église et de la Papauté projetée par la secte maçonnique ont été vus il y a plus d’un siècle par un grand illuminé, le chanoine Roca. Mgr Rudolf Graber dans son livre Athanase cite les œuvres de ce Roca (1830-1893), prêtre en 1858, chanoine honoraire en 1869. […] La "révolu­tion en tiare et en chape" ne fut pas une improvisation.

 

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Mentionnons enfin, pour ceux qui veulent approfondir la question, le cata­logue spécial édité par la DPF (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, tél. : 05 49 51 83 04, fax : 05 49 51 63 50) sous le titre « Réponse à ceux qui nous taxent de “complotisme” ou de “conspirationnisme” ».

Parmi la liste assez complète d’ouvrages proposés sur ce thème, nous re­commandons spécialement le livre de Louis Daménie, La Révolution. Phénomène divin, mécanisme social ou complot diabolique ? (Dominique Martin Morin, 1988), qui expose en détail la « thèse du complot » et compare les différentes explications de Barruel, Augustin Cochin, etc.

 

 

Annonces

 

Session d’études

 

Deux journées d’études sur la Contre-Église (gnose, cabale, ésotérisme, franc-maçonnerie) auront lieu cet été, du vendredi 27 août à midi au dimanche 29 après-midi, à proximité du couvent de la Haye-aux-Bonshommes, à Avrillé.

Cette année, ces journées seront placées sous le patronage de Jean Vaquié (1911-1992) qui a tant travaillé ce sujet, dans un esprit profondément chrétien.

Plusieurs exposés sont prévus, ainsi que des réunions d’échange et un choix de livres à consulter ou acheter. Le couvent pourra loger les personnes qui en feront la demande. Le nombre de logements disponibles étant toutefois limité, il est recommandé de se manifester assez tôt.

Pour tout renseignement, écrire au couvent.

 

 

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Les écrits du père de Chivré

 

L’Association du R.P. de Chivré a pour ambition de mettre à la portée de ses adhérents les écrits du père de Chivré O.P., grâce à la publication, à raison de deux ou trois fois par an, de fascicules portant sur un même thème [45].

Pour tout renseignement, contacter :

Guy de Chivré 5, rue Bobierre de Vallière 92340 Bourg-la Reine.

 

 

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[1] — « J’avance masqué. » C’était, dit-on, la devise de Descartes.

[2] — Voir Le Sel de la terre 48, p. 220-225.

[3] — « Les théories qui voient des complots partout, en imaginant qu’une main cachée dirige toute l’histoire du monde, pèchent par leur absence totale de sérieux. […] Certains (oh ! Il s’agit d’une minorité) se complaisent dans la dénonciation tous azimuts du Complot universel .» — Cette citation, comme toutes celles que nous donnons ainsi en note entre guillemets et sans référence, reproduit littéralement une sentence écrite ou prononcée publiquement au cours de la « mauvaise querelle » actuelle. Nous en taisons volontairement l’auteur pour bien montrer que nous n’entendons pas ici attaquer des personnes, mais seulement débattre des idées. Dans ces citations, les mises en italique sont de notre fait, sauf mention contraire.

[4] — Mgr Henri Delassus : La Conjuration antichrétienne – Le Temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Église catholique (réédité par Scivias–Létourneau, CP 51001, 316 EST Rue Saint-Joseph, Québec G1K8Z7 Canada, 719 p., disponible aux bureaux du Sel de la terre). — Sur cet ouvrage de Mgr Delassus, sur les points forts de son argumentation et sur les critiques qui lui furent faites, voir Le Sel de la terre 28, p. 55-94.

[5] — Alain de Benoist, « Psychologie du conspirationnisme », in Politica Hermetica nº 6, Le Complot, Paris, L’âge d’homme, 1992, p. 27. — Certains « anticonjurationnistes » vont jusqu’à admettre : « On doit reconnaître le rôle de la franc-maçonnerie comme "machiniste" de la Révolution française (selon le mot que Camille Desmoulins s’applique à lui-même), mais ce n’est pas pour autant que l’on envisagera l’Histoire simplement comme le lent déploiement d’un complot d’initiés... »

[6] — Le recenseur fait erreur. Cette expression (comme celle encore plus répandue de « gnose éternelle ») n’est pas propre à Étienne Couvert. Elle est employée par de nombreux écrivains qu’on peut supposer honnêtes, comme par exemple dans le titre d’une recension parue dans Fideliter de mai-juin 2004 (p. 63). (Note du Sel de la terre).

[7] — Voir dans le nº 1, 1987, de Politica Hermetica (intitulé « Métaphysique et Politique – René Guénon, Julius Évola » la déclaration de principe intitulée « Notre projet » et rédigée par Victor Nguyen, maurrassien et franc-maçon.

[8] — La première chaire universitaire consacrée à l’étude de l’ésotérisme, et intitulée « Histoire de l’ésotérisme chrétien », fut créée en 1965 à l’École Pratique des Hautes Études. Elle fut occupée jusqu’à 1979 par François Secret, puis devint « Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l’Europe moderne et contemporaine » sous la direction d’Antoine Faivre.

[9] — École Pratique des Hautes Études.

[10] — Christian Lagrave, « La thèse du complot face à la critique », dans Lecture et tradition 304 de février 2004, p. 31-32 (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil).

[11] — Membre de l’École Pratique des Hautes Études et du CNRS, Émile Poulat, connu par ses études des courants modernistes et antimodernistes, libéraux et antilibéraux, reviendra sur ce sujet en 1994, en éditant avec Jean-Pierre Laurant, une étude intitulée L’antimaçonnisme catholique (Paris, Berg International), qui reproduit en le critiquant l’ouvrage de Mgr de Ségur sur les francs-maçons. Il y consacre un chapitre à ce qu’il appelle « l’antimaçonnite aiguë ».

[12] — Réédité en 1976 par Cercle de la Renaissance française, Paris, 1976, avec une préface de Mgr Lefebvre, qui écrit notamment : « L’infiltration de l’Église est l’objet d’un plan systématique et de longue haleine, fixé il y a cent cinquante-sept ans. » Le texte complet de cette préface a été republié dans Le Sel de la terre 21. Les deux tomes de l’ouvrage de Crétineau-Joly sont disponibles aux bureaux du Sel de la terre pour la somme de 24 E.

[13] — Sur cet ouvrage, voir Le Sel de la terre 28, p. 65-70.

[14] — Voir La Paille et le sycomore, p. 109 et sq.

[15] — « C’est une hérésie polymorphe et, en même temps, elle est toujours la même. »

[16] — Il est aussi disponible sur le site « Les amis d’Alain de Benoist ».

[17] — Voir Christian Lagrave, « La thèse du complot face à la critique », dans Lecture et tradition 304 de février 2004 (B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil), p. 33-34.

[18] — « Une telle attitude intellectuelle paye un lourd tribut à la modernité libérale. »

[19] — Alain de Benoist cite ici Xavier Rihoit.

[20] — « La “gnose” transhistorique est à proprement parler le concept nouveau proposé par les Cahiers Barruel et Monsieur Couvert. »

[21] — « Il ne s’agit pas d’un système explicatif de l’histoire, il ne s’agit pas d’une thèse d’histoire, si vous voulez, ce complot est un objet qu’on pourrait appeler théologique, je préférerais personnellement l’appeler mythologique, pseudo-théologique. »

[22] — Préface de Mgr Lefebvre au livre de Crétineau-Joly, L’Église Romaine face à la Révolution, Paris, Cercle de la Renaissance française, 1976.

[23]Diligentibus Deum, omnia cooperantur in bonum. Rm 8, 28.

[24] — « Je crois vraiment que le conspirationnisme est une gnose, et je l’ai appelé depuis longtemps la gnose des antignostiques. C’est le syndrome de Stockholm : […] le critique fasciné par son objet d’étude. »

[25] — Voir par exemple Lecture et Tradition 324 de février 2004, qui explique la pensée de Jean Vaquié à ce sujet (p. 21 et sq.).

[26] — Rappelons-nous le texte de la revue Éléments, cité plus haut : « Ancien animateur des Cahiers Barruel et catholique intégriste de tendance conspirationniste, sinon monomaniaque, Étienne Couvert souffre du complexe du petit inventeur. […] Catholique traditionaliste lui aussi, mais d’une tendance plus raisonnable, Paul Sernine (anagramme… d’Arsène Lupin !) n’a pas de mal à démontrer que ce délire repose sur une “énormité psychologique”. »

[27] — « Le moulin à vent du complot universel fomenté par la Contre-Église séduit des Don Quichotte traditionalistes zélés. […] Le « complot gnostique », fomenté par la « Contre-Église », elle-même revêtue des attributs symétriques à ceux de l’Église de Jésus-Christ : Une, Maléfique, Universelle, et Apostolique ; Invisible et Hiérarchique, traversant les siècles… »

[28] — Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné. Du libéralisme à l’apostasie. La tragédie conciliaire, Sainte-Foy lès Lyon, Fideliter, 1987, p. 148.

[29] — Idéologème : concept-clé d’une œuvre littéraire ou d’un système de pensée.

[30] — Cet article est toujours disponible à ce jour sur le site « Les amis l’Alain de Benoist ».

[31] — Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne, fondé en 1968.

[32]alaindebenoist.com. Voir aussi le site du G.R.E.C.E. : grece-fr.net. et celui de « The Alain De Benoist Collection » : alphalink.com.au/~radnat/debenoist/index.html.

[33] — Omphalos :  « nombril » en Grec. Alain de Benoist voit sans doute dans cette ouverture une voie d’accès vers « le sacré ».  (Beaucoup de traditions païennes font partir l’origine du monde d’un nombril.)

[34] — Bien avant Alain de Benoist, des auteurs catholiques tels qu’Ernest Hello, Chesterton ou le cardinal Pie ont fait ce constat. Ils ont montré que cette intolérance est précisément une preuve décisive en faveur du christianisme. Si les païens n’ont pas de martyrs, si rien n’est plus ridicule, à leurs yeux, que de mourir pour une histoire de dieux, c’est qu’ils ne croient pas, au fond, à la vérité de leur religion. Voir, sur ce sujet, le texte du cardinal Pie sur l’intolérance doctrinale, dans Le Sel de la terre 21, p. 147-151.

[35] — Remarquons cette assimilation faite par Alain de Benoist entre le christianisme et le manichéisme. On comprend mieux le reproche qu’il fait à la théorie du complot d’être manichéenne, reproche qu’on voit repris dans la querelle actuelle.

[36] — La présentation du mouvement G.R.E.C.E., sur son site internet, contient un portrait, celui de Nietzsche, accompagné d’une citation tirée de Par-delà le bien et le mal.

[37] — Citons plus complètement : « Je condamne le christianisme, j’élève contre l’Église chrétienne l’accusation la plus terrible qu’accusateur ait jamais prononcée. Elle est pour moi la pire des corruptions concevables. […] La corruption de l’Église chrétienne n’a rien épargné, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de toute vérité un mensonge, de toute sincérité une bassesse d’âme. […] J’appelle le christianisme l’unique grande malédiction. »

[38] — Remarquons ce triple « je crois », véritablement blasphématoire de la part d’un chrétien qui a prononcé, par la bouche de ses parrain et marraine, un autre triple « je crois » à son baptême.

[39] — C’est le triste aveu de son apostasie que fait ici Alain de Benoist. Comment n’aperçoit-il pas la sainteté multiforme, les merveilleux fruits de perfection et de charité produits depuis vingt siècles par la « consternante pauvreté » du message évangélique (et, en regard, la stérilité des « milliers de mythes » du paganisme) ? Mystère de l’aveuglement.

[40] — C’est lui qui le dit : avis aux traditionalistes distraits.

[41] — Dans l’ordre purement naturel, le christianisme n’a rien apporté de substantiellement nouveau, puisqu’il est essentiellement surnaturel. En s’enfermant dans le naturalisme, Alain de Benoist se condamne nécessairement à ignorer la « nouveauté radicale » apportée par le Christ. Et cependant, même dans l’ordre naturel, le christianisme a tout rénové, tout embelli, tout mené à sa perfection. Là encore, cet aveuglement chez un homme qui a tous les moyens du savoir à sa portée est confondant.

[42] — Critiquée, avec raison, par un lecteur, Caroline Parmentier se justifie dans Présent du 28 mai : « La règle (ou la coutume) de courtoisie est de ne pas systématiquement critiquer, en même temps et au fur et à mesure, les réponses qui nous sont faites. » La réponse est simple : si vous ne voulez pas critiquer Alain de Benoist, ne le publiez pas. Mais si vous donnez une page entière d’entretien favorable, sans aucune critique (ni dans les numéros suivants), alors vous êtes coupable. — Christophe Geffroy dans La Nef 149 de mai 2004 est plus sévère que Présent, quoique trop faible encore : « Il est difficile de suivre l’auteur sur des points fondamentaux qui sont au cœur de la question [des droits de l’homme, objet du dernier livre d’Alain de Benoist]. » — Emmanuel Ratier, dans sa revue Faits et Documents, ne tarit pas d’éloges sur Alain de Benoist : « Sa remarquable, exceptionnelle et unique Bibliographie générale de droites françaises […]. Un hommage très justifié à l’égard de l’un des principaux penseurs de notre temps qui ne sera reconnu à sa juste valeur, malheureusement, que dans quelques décennies. » (Faits et Documents du 15 au 31 mars 2004.)

[43] — Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné. Du libéralisme à l’apostasie. La tragédie conciliaire, Sainte-Foy lès Lyon, Fideliter, 1987, p. 145 et sq.

[44] — Deux vol., éd. originale, 1859, reprint Cercle de la renaissance française, Paris, 1976 ; Mgr Delassus a de nouveau produit ces documents dans son ouvrage La Conjuration antichrétienne, DDB, 1910, t. III, p. 1035-1092.

[45] — Sur le père Bernard-Marie de Chivré O.P. (1902-1984), on peut se reporter à l’hommage qui lui a été rendu à l’occasion du dixième anniversaire de son rappel à Dieu dans Le Sel de la terre 9, p. 194-207.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 49

p. 196-217

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