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Notre-Dame du Pilier

et l’homme à la jambe coupée

 

 

 

par l’abbé Philippe Nahan

 

 

 

Le miracle accompli par Notre-Dame du Pilier, à Calanda, le 29 mars 1640, n’est pas seulement un des événements historiques les plus solide­ment attestés qui puissent être. Il est aussi comme une image anticipée de cette grande vérité de foi, objet du onzième article du Credo : la résurrec­tion de la chair.

Nous remercions M. l’abbé Philippe Nahan de nous avoir autorisé à reproduire cette étude, bien que ses positions sur l’actuelle crise dans l’Église diffèrent sensiblement des nôtres. Un tiré à part de ce travail est disponible auprès de l’association Théotime, dont il s’occupe, ainsi que diverses brochures spirituelles [1].

Le Sel de la terre.

 

 

 

 

Notre-Dame du Pilier

 

PEU DE GENS en dehors de l’Espagne savent que la tradition recon­naît à Saragosse le privilège d’être le plus ancien lieu de culte d’Eu­rope dédié à la Vierge Marie. Il existe de nombreux sanctuaires ma­rials qui ont vu le jour à la suite d’apparition de la Mère de Dieu. Mais aucun n’a l’antiquité, ni la particularité de celui de Saragosse.

La tradition nous rapporte que le 2 janvier 40, la Vierge serait, non pas ap­parue, mais venue à Saragosse « en chair mortelle » pour réconforter l’apôtre saint Jacques et les premiers chrétiens Ibères. A cette date, elle n’était pas en­core montée au Ciel et elle demeurait toujours à Jérusalem auprès de l’apôtre saint Jean. Dix ans s’étaient écoulés depuis l’Ascension de Jésus-Christ, et l’apôtre saint Jacques avait, semble-t-il, bien du mal à implanter la nouvelle foi en terre ibérique. A cette date du 2 janvier 40, l’apôtre réunit les quelques baptisés – huit rapporte la tradition – au bord de l’Èbre. Découragé par l’in­succès de sa prédication, il comptait leur annoncer son prochain retour en Palestine. Or, voilà que, soudainement, la nuit s’illumina et une multitude d’anges leur apparurent. Ils chantaient et transportaient la Vierge Marie sur une colonne. Arrivés près de saint Jacques et de ses huit compagnons, les anges fixèrent la colonne dans le sol. La Vierge Marie s’adressa alors à l’apôtre en ces termes que la tradition a transmis :

 

C’est ici, mon fils, le lieu marqué d’un signe et destiné à m’honorer. Ici, grâce à toi et en mémoire de moi, mon église doit être bâtie. Veille sur cette co­lonne sur laquelle je me trouve, car, sois-en certain, c’est mon Fils, ton Maître, qui l’a envoyée du Ciel en la faisant porter par les anges... En ce lieu, par mes prières et mon intercession, la force du Très-Haut accomplira des prodiges et des merveilles admirables pour ceux qui m’invoqueront dans la nécessité où ils se­ront...

 

Ce pilier, symbole de la force et de la ténacité de la foi et signe d’un lieu de grâce, est une simple colonne cylindrique de jaspe, haute de 177 cm et d’un diamètre de 24 cm, précieusement revêtue d’argent et de bronze. Sur la colonne trône une statue d’une Vierge à l’Enfant en bois noir, vraisemblable­ment datant du XIVe ou XVe siècle, l’originale ayant disparu. Il est d’autre part intéressant de noter que ce pilier n’a jamais été déplacé malgré les vicissitudes de l’histoire et les successives reconstructions du sanctuaire et qu’il est toujours resté à l’emplacement où les anges l’ont planté. Cette tradition de la Vierge du Pilier a été l’objet de nombreuses controverses entre tenants et adversaires de son authenticité, ce qui n’a nullement diminué la ferveur populaire à son en­droit. D’où cette remarque d’un spécialiste : « Dans l’histoire chrétienne, peu de traditions ont suscité autant de polémiques entre érudits et autant de conviction et de chaleur dans la croyance des fidèles ».

 

 

Miguel Juan Pellicer

 

Miguel fut baptisé le 25 mars 1617 en la fête de l’Annonciation. Sans doute était-il né le même jour. L’enfant est confirmé le 2 juin de l’année suivante par l’archevêque de Saragosse. Il était le deuxième enfant d’une famille de huit frères et sœurs, fils et filles de Miguel Pellicer Maya et de María Blasco. C’étaient de modestes agriculteurs, que leurs concitoyens définirent comme « de bons chrétiens, craignant Dieu, dévots à sa très sainte Mère, menant une vie vertueuse et digne d’éloges de travailleurs pauvres, simples et bons ».

L’instruction du jeune Miguel se réduisit au catéchisme que lui enseigna le prêtre de la paroisse, don Juan Julis – sous forme exclusivement orale, car, pour autant qu’on sache, il demeura toute sa vie analphabète. Cette formation religieuse enracina en lui une foi catholique simple et élémentaire, mais solide comme le granit, qui se fonda sur les sacrements de la confession et de la communion, et sur une ardente et filiale dévotion à la Vierge Marie. Celle-ci, sous l’appellation de Notre-Dame du Pilier (del Pilar), était honorée dans une chapelle de son village.

Les voisins du jeune Miguel Pellicer parlent de lui comme d’un « bon chré­tien, fils obéissant, aimant le travail aux champs, simple, sans malice aucune et dévot fervent de la Vierge de Saragosse ».

 

Départ de la maison paternelle

 

Vers l’âge de dix-neuf ou vingt ans – c’est-à-dire à la fin de 1636 ou au dé­but de 1637 –, Miguel quitte sur sa propre initiative la maison de ses parents qui sont pauvres et chargés d’enfants. Il ne veut plus leur être un poids. Il s’installe aux environs de Castellón de la Plana, sur des terres fertiles en bor­dure de la Méditerranée, qui appartenaient jadis au royaume de Valence. On manque terriblement de main-d’œuvre dans la région. Aussi Miguel trouve fa­cilement du travail et il est embauché comme ouvrier agricole par son oncle maternel, Jaime Blasco.

Un jour de la fin du mois de juillet 1637, alors qu’il conduit vers la ferme deux mulets traînant une sorte de charrette agricole à deux roues chargée de blé, il tombe du dos d’un des mulets, victime d’un brusque accès de somno­lence. Il n’est pas rare chez les paysans de ces régions chaudes de l’Espagne qu’au moment des travaux d’été, des nuits de sommeil trop brèves jointes à la fatigue et à la forte chaleur, provoquent de tels assoupissements. Lorsqu’il est à terre, une des roues de la lourde charrette passe sur sa jambe droite, sous son genou, lui fracturant le tibia dans sa partie centrale.

Pour qu’il puisse recevoir des soins, l’oncle Jaime le transporte d’abord à Castellón, et sitôt après à Valence, à une soixantaine de kilomètres de là. Miguel est alors accueilli à l’hôpital royal où il ne reste que cinq jours, au cours desquels « lui sont appliqués divers remèdes qui sont restés sans effets ».

Sa terre natale lui manque dans son malheur, et il souhaite se placer sous la protection de celle qui, pour lui, est la Mère céleste à laquelle il voue une confiance absolue : la Vierge du Pilier. Aussi obtient-il un sauf-conduit pour se rendre à Saragosse dont l’hôpital royal et général de Notre-Dame de Grâce est réputé.

Le voyage extrêmement pénible pour un blessé, dure plus de cinquante jours ! Il faut parcourir trois cents kilomètres en pleine canicule et franchir avec beaucoup d’efforts la chaîne des monts ibériques. Malgré les difficultés et la souffrance extrêmes, l’entreprise presque surhumaine est rendue possible non seulement par la constitution robuste du jeune homme, alliée à la pro­verbiale obstination aragonaise, mais aussi grâce à la charité chrétienne dont une des réalisations est la présence d’un réseau d’asiles et d’hôpitaux destinés aux pèlerins et aux infirmes qui s’étend sur toute l’Espagne. De plus, le « passeport de malade » émis par l’Hôpital royal de Valence impose aux charre­tiers et aux muletiers rencontrés en chemin, comme un important devoir reli­gieux, d’aider le pauvre invalide dans son transport, et à tout baptisé de lui prêter l’assistance qu’il peut demander.

 

L’amputation

 

Miguel arrive enfin à Saragosse dans les premiers jours d’octobre de cette année 1637. Pour se déplacer, il s’appuie sur des béquilles. Il a suivi la Route royale qui passe par Teruel, en évitant soigneusement Calanda et ses environs, car il aurait eu honte de se montrer à ses proches dans cet état, alors qu’il était parti seulement quelques mois plus tôt, plein d’espoir et avec la crânerie naïve de la jeunesse.

Malgré son épuisement et une forte fièvre, à peine est-il arrivé dans la capi­tale de l’Aragon qu’il se traîne jusqu’au sanctuaire de Notre-Dame del Pilar, où il se confesse et communie. Admis au royal hôpital de Grâce, on l’installe d’abord dans une salle réservée aux malades atteints de fièvre élevée, avant de le transférer vers le service de chirurgie. Les médecins qui l’examinent établis­sent que, étant donné l’état d’avancement de la gangrène – au point que la jambe paraissait « noire » –, le seul moyen de sauver la vie du malade est l’am­putation.

Vers la mi-octobre, le professeur Juan de Estanga et le maître chirurgien Millaruelo se chargent de l’amputation, coupant la jambe droite « quatre doigts au-dessous du genou » et procédant ensuite à la cautérisation. Pour atténuer autant que possible les souffrances atroces de l’opération pratiquée à la scie et au scalpel, puis au fer rouge, on ne peut administrer au patient que la boisson alcoolisée et narcotique en usage à l’époque : il faudra attendre plus de deux siècles pour l’apparition des premiers anesthésiques efficaces (éther et chloro­forme). Avant et pendant l’opération, « dans son tourment, le jeune homme in­voquait sans cesse et avec beaucoup de ferveur la Vierge du Pilier ».

Les deux chirurgiens sont assistés par un étudiant en chirurgie, Juan Lorenzo García, qui s’occupe de recueillir la jambe coupée et va la déposer dans la chapelle où sont rassemblés les corps des patients décédés. Puis un peu plus tard, aidé d’un condisciple, il ira enterrer la jambe dans une partie du cimetière de l’hôpital réservée à cet usage, « dans un trou profond d’environ vingt et un centimètres ». Le respect chrétien pour le corps de chair destiné à la résurrection imposait, en ces temps de foi, que même les restes anato­miques fussent traités avec piété, en sorte qu’il eût été honteux de s’en débar­rasser comme de banals déchets...

Après quelques mois de séjour à l’hôpital, et avant même que sa plaie ne se cicatrise entièrement et qu’il puisse utiliser une prothèse en bois, Miguel, se traînant sur ses coudes, – « rampant comme il pouvait » – se rend au sanctuaire du Pilier, à environ un kilomètre. Il veut remercier la Vierge « de lui avoir sauvé la vie, afin qu’il pût continuer de la servir et lui manifester sa dévotion ». Puis il prie intensément pour « pouvoir vivre de son travail », malgré sa terrible mutilation.

 

Mendiant

 

Après avoir passé l’automne et l’hiver à l’hôpital, il est enfin autorisé à le quitter au printemps 1638. Au moment de son départ, l’administration lui fournit une jambe de bois et une béquille. Pour survivre, Miguel n’a pas d’autre choix que de se faire mendiant. Un permis en règle lui est délivré qui lui en confère officiellement le statut et l’autorise à demander l’aumône dans la chapelle de Notre-Dame de l’Espérance aux nombreux fidèles qui ont alors l’habitude d’aller « saluer la Vierge » au moins une fois par jour. La mutilation du jeune homme est d’autant plus évidente que, selon l’usage de l’époque, Miguel laisse sa plaie visible. Tous les matins, avant de prendre sa place de mendiant, il assiste dévotement à la messe dans la « sainte chapelle » où la pe­tite statue en bois de la Vierge à l’Enfant se dresse sur sa colonne de pierre, « el Pilar ». Quotidiennement aussi, lorsque les servants de messe éteignent pour les nettoyer les quatre-vingts lampes qui brûlent dans la chapelle, il leur demande un peu d’huile pour enduire son moignon de jambe – ce qui lui vaudra d’être admonesté par le professeur Juan de Estanga, le chirurgien qui l’a amputé et qui le reçoit périodiquement et gratuitement pour l’examiner et contrôler son état de santé. L’assistance prodiguée à Miguel au cours de sa longue hospitalisation (et longtemps après encore), est ce qu’un patient pou­vait espérer de mieux à cette époque, tant au point de vue scientifique qu’hu­main. Non seulement c’est une assistance absolument gratuite, mais elle est aussi attentive, affectueuse, et illustre la plus authentique charité chrétienne. Aux plus riches des patients, le système de santé (généreusement financé non par des impôts extorqués à la population mais par des dons librement consentis) n’aurait pu offrir davantage... Au demeurant, le professeur Estanga avertit le jeune homme, qu’il a lui-même opéré, que l’humidité provoquée par l’onction quotidienne avec l’huile des lampes peut faire obstacle à la cicatrisa­tion complète. Tout au moins selon les connaissances humaines, ajoute le mé­decin, et « sans prendre en compte la foi dans le pouvoir d’intercession de la Mère de Dieu ». De fait, le jeune amputé, pour qui la confiance en « sa » Vierge du Pilier l’emporte sur son souci des règles sanitaires, continue à utiliser régu­lièrement l’huile des lampes allumées devant l’effigie vénérée.

Si la mendicité lui permet de réunir quelques sous, Miguel trouve refuge pour la nuit dans une auberge proche du sanctuaire et tenue par un nommé Juan de Mazas... S’il n’a pas assez d’argent, il dort sur un banc sous les arcades de la cour de l’hôpital, où il est maintenant comme chez lui : tout le monde l’a pris en amitié et l’aide autant que possible.

 

Retour à la maison paternelle

 

Après avoir mené cette vie pendant deux ans environ, Miguel décide au printemps 1640 de retourner à Calanda, chez ses parents, qu’il n’a pas revus depuis au moins trois ans. Il est encouragé dans cette décision par quelques habitants du bourg qui l’ont reconnu à la porte du sanctuaire. Parmi eux, deux prêtres : don Jusepe Herrero, jeune vicaire de vingt-six ans de la paroisse où Miguel a été baptisé, et don Jaime Villanueva, bénéficiaire de cette même église. Le jeune homme confie à don Jusepe l’inquiétude qui l’a jusqu’ici dis­suadé de reprendre le chemin de Calanda : « Comment puis-je retourner au­près de mes parents, alors que je suis parti contre leur volonté et en pleine santé et que je me retrouve maintenant avec une jambe en moins ? » Le prêtre le rassure et lui affirme que l’affection des siens lui est toujours acquise. Il lui promet cependant qu’à son retour à Calanda, il ira trouver son père et sa mère pour leur parler en faveur de leur fils infortuné.

Ayant finalement surmonté la crainte qui le retenait, Miguel profite de la rencontre au sanctuaire avec d’autres concitoyens pour commencer son voyage vers sa petite ville natale dans la première semaine de mars 1640. Il franchit la première étape jusqu’à Fuentes de Ebro (environ 27 kilomètres) sur la charrette d’un voyageur de rencontre, en compagnie des deux jeunes gens de Calanda, Francisco Félez et Lamberto Pascual, qui sont en parfaite santé et qui lui abandonnent donc la charrette pour faire le trajet à pied. Le jour sui­vant, faute de pouvoir compter de nouveau sur la serviabilité du charretier (qui ne va pas plus loin), il atteint Quinto de Ebro, à 16 kilomètres – à pied cette fois, « petit à petit et en souffrant beaucoup ». La pression de la jambe de bois sur le moignon est en effet très douloureuse au point qu’il est forcé d’avancer en s’appuyant presque uniquement sur ses béquilles. A Quinto, il reste seul, ses deux compagnons qui jusqu’ici l’ont aidé comme ils pouvaient, sont attendus au pays et ne peuvent continuer de marcher à un rythme aussi lent.

Miguel s’en remet à la compassion des voyageurs qui empruntent cette route avec une charrette ou un mulet, et c’est ainsi qu’il parvient à atteindre Samper. Là, il fait halte dans l’auberge d’un nommé Domingo Martín. Miguel profite de la présence d’un paysan de la région, Rafael Borraz, qui accepte d’aller trouver ses parents pour qu’ils lui viennent en aide. Ceux-ci lui envoient un petit âne, conduit par leur jeune garçon de ferme, Bartolomé Ximerra, qui n’a que seize ans. Même dans les maisons pauvres, on trouvait de ces très jeunes serviteurs, issus de familles trop nombreuses et qui ne recevaient en échange de leur travail que de quoi se nourrir, et, s’ils ne rentraient pas chez leurs parents pour la nuit, le droit de dormir dans un coin. Finalement, après plus de trois ans d’absence et au terme d’une éprouvante semaine pour ac­complir les 118 kilomètres qui le séparaient du terme de son voyage, Miguel Pellicer (qui aura prochainement vingt-trois ans) franchit le seuil de la maison familiale, où, malgré ses craintes, il est accueilli très affectueusement. C’était « un jour de la deuxième semaine de Carême », c’est-à-dire entre le 4 et 11 mars 1640.

 

Toujours la mendicité

 

Ayant immédiatement constaté son incapacité à fournir une aide efficace dans les travaux agricoles, Miguel, dont le souci constant est de ne pas être à charge aux siens, décide de recommencer à demander l’aumône. Pour un in­valide sans ressources, mendier, dans la société de ce temps, n’était pas un déshonneur mais, en cas de nécessité un devoir. Et pour les autres, il était tout naturel d’exercer la charité, qui à leurs yeux n’était que justice, en partageant un peu de leur pain – même s’ils n’en avaient guère – avec ceux qui ne pou­vaient gagner le leur. C’étaient même les mendiants qui étaient considérés comme les vrais bienfaiteurs, car ils permettaient à leurs prochains de prati­quer cette assistance aux pauvres dont l’Évangile fait une des conditions du salut.

Miguel s’en va donc mendier dans les villages des environs. Le jeune homme est muni d’une autorisation régulière, de l’acte de baptême obligatoire et d’un rapport sur les motifs de son invalidité. Cette « relation » lui a été four­nie par sa commune d’origine, qui garantit l’honnêteté de celui à qui elle est délivrée... Nombreux seront donc ceux qui verront le jeune mutilé dans les villages voisins de Calanda, monté sur le seul petit âne de la maison et sa jambe coupée en évidence, comme à Saragosse, pour stimuler la charité des habitants. Ce faisant, il reçoit des dons en nature, du pain surtout, particuliè­rement précieux en cette fin de mois de mars où la prochaine moisson est en­core lointaine et où les réserves de farine commencent à s’épuiser.

 

 

Le prodige

 

Le 29 mars 1640 était le jeudi de la semaine de la Passion qui précède la Semaine sainte. On était donc à neuf jours du dimanche de Pâques... Cette an­née 1640 était particulière du point de vue religieux : cela faisait exactement seize siècles que la Vierge était « venue en chair mortelle » sur les bords de l’Ebre. Or, en ce 29 mars 1640, Miguel, au lieu de partir comme d’habitude pour demander l’aumône, s’efforce d’aider les siens non en tendant la main mais en employant ses bras. Il va, sur le dos de l’âne de la famille, travailler dans un champ appartenant à son père, non loin du village, et remplit à neuf reprises de fumier les hottes que transporte l’animal. Il est probable que s’il n’est pas parti mendier, c’est parce qu’on avait besoin de l’âne pour ce travail. Chacune des neuf fois, l’âne est conduit jusqu’à la cour de la maison par une des sœurs cadettes de Miguel, Jusepa ou Valeria. Le père et Bartolomé, le petit garçon de ferme, déchargent l’animal et le renvoient au champ où le jeune in­valide attend, se tenant péniblement en équilibre sur sa jambe de bois avec l’aide de sa béquille.

Vers le soir, fatigué par ses efforts, et son moignon le faisant souffrir plus que d’habitude, Miguel (qui a eu vingt-trois ans il y a trois jours) rentre chez lui. Une surprise l’y attend, qui ne doit guère lui faire plaisir, épuisé et endo­lori comme il est : par ordre du gouvernement, les Pellicer doivent accueillir pour la nuit un soldat de la cavalerie royale. Deux compagnies de chevaux lé­gers sont en effet en marche vers la frontière française : la guerre de Trente Ans fait rage, et la France a attaqué l’Espagne... Ce soldat confié à l’hospitalité des Pellicer repartira sur son cheval au petit matin, après la nuit du prodige, et arrivera avec le reste de sa compagnie à Caspe, une petite ville sur l’Ebre. Là, il demandera à un frère capucin de le confesser, ce qu’il n’avait pas fait depuis dix ans.

La présence de l’hôte imprévu oblige Miguel à lui céder son lit, et la mère, María, a préparé pour son fils invalide une couche de fortune au pied du lit conjugal : un matelas de crin posé sur une pièce de cuir pour le protéger de l’humidité du sol, et un drap. On a prêté la couverture de Miguel au militaire, et il n’y a rien d’autre dans la maison pour lui tenir chaud, que le manteau de son père, trop petit toutefois pour recouvrir entièrement son corps. Vers dix heures, après le frugal dîner, Miguel souhaite bonne nuit à ses parents, au sol­dat, au petit domestique et à deux voisins, Miguel Barrachina et sa femme, Ursula Means, venus comme de coutume passer la veillée avec leurs amis Pellicer. Tous deux seront les premières personnes étrangères à la famille (avec le chevau-léger, certainement réveillé tout de suite) à constater, avec stupeur, ce qui est arrivé.

Au cours de la veillée, le jeune homme s’est plaint, plus qu’à l’accoutumée, de douleurs dans sa jambe coupée, avivées par les efforts qu’il a fournis dans la journée. Il garde découverte sa blessure cicatrisée, que tous les présents voient et peuvent toucher. Miguel laisse sur une chaise de la cuisine sa jambe de bois, ainsi que les attaches en laine qu’il utilise pour la fixer à ce qui lui reste de sa jambe. Il pose au même endroit sa béquille. S’appuyant au mur pour se tenir debout, il se dirige en sautillant sur son pied gauche vers la chambre de ses parents, contiguë à la cuisine. Peu après, les époux Barrachina, Miguel et Ursula, prennent congé et s’en retournent chez eux, dans la maison voisine.

Entre dix heures et demie et onze heures, la mère de Miguel entre dans la chambre, tenant à la main une lampe à huile. Elle remarque aussitôt « un par­fum, une odeur suave » qui lui était inconnue, comme « un parfum venu du paradis, entièrement différent de tous ceux de la terre » et qui subsistera de nombreux jours, imprégnant non seulement la chambre, mais aussi tous les objets qui s’y trouvaient. Étonnée par ces effluves odoriférants, elle lève sa lampe et s’approche de la couche improvisée pour voir comment son fils est installé. Elle constate qu’il dort profondément. Mais elle remarque aussi, tout en croyant se tromper en raison du faible éclairage que produit son lumignon, que du manteau utilisé comme couverture, dépasse non pas un seul pied, mais deux : « l’un sur l’autre, croisés ».

María s’approche doucement, voit qu’elle ne s’est nullement trompée et pense alors qu’un malentendu s’est produit et que la place réservée à son fils est occupée par le soldat. Elle appelle donc son mari, resté dans la cuisine, pour qu’il vienne éclaircir la situation. Le père de Miguel arrive en hâte, sou­lève le manteau, et les deux époux découvrent l’impensable : le dormeur est bien leur fils. Écartant complètement le manteau, non sans effroi, ils ont la confirmation que ces deux pieds « croisés » sont bien ceux de leur jeune Miguel. Et ils voient que chacun de ces deux pieds est bien réuni à une jambe, comme le jour où, voilà plus de trois ans, ils ont vu leur second fils partir chercher fortune, plein de vigueur et d’espérance, sur la route de Castellón de la Plana.

« Émerveillés et stupéfaits devant une merveille aussi inouïe », les parents secouent leur fils, criant pour le réveiller. A ces cris, le jeune garçon de ferme accourt de la cuisine, où il s’apprêtait à se coucher dans son coin habituel. C’est avec beaucoup de difficulté que le père et la mère parviennent à faire sortir le dormeur d’un sommeil qui semble extrêmement profond, tel celui d’un coma léger. Pour le réveiller, il faudra « plus de temps que pour réciter deux Credo ». Lorsque après beaucoup d’efforts, Miguel ouvre les yeux et prend conscience de ce qui l’entoure, la première chose qu’ils parviennent à lui dire est de « regarder, car il a de nouveau deux jambes ». Le jeune homme en est « émerveillé », et sa réaction immédiate est de demander à son père de « lui donner la main » en signe de pardon pour les offenses qu’il a pu lui faire. Lorsqu’on lui demande, avec émoi, s’il a « quelque idée de la manière dont c’est arrivé », le jeune homme répond qu’il n’en sait rien. Il déclare cependant que lorsqu’on l’a réveillé, « il était en train de rêver qu’il se trouvait dans la sainte chapelle de Notre-Dame du Pilier et qu’il oignait sa jambe coupée avec l’huile d’une lampe, comme il avait coutume de le faire lorsqu’il était dans ce sanctuaire ». Il ajoute que ce soir même, avant de se coucher, il s’est recom­mandé à elle avec beaucoup de ferveur comme il a pour règle de le faire. Et il tient pour certain que c’est « Notre-Dame du Pilier qui lui a rapporté et remis en place sa jambe coupée ».

Une fois revenu de sa première émotion, le jeune homme commence à « mouvoir et palper sa jambe, car il lui semble que cela ne peut être vrai ». Mais lui-même et ses parents, à la lumière de la lampe à huile, examinent le membre et y découvrent aussitôt des marques qui ne prêtent à aucune confu­sion. Car ce sont des marques qui se trouvaient jadis sur la jambe amputée... La plus importante, la plus visible, est la cicatrice laissée par la roue de la charrette qui avait fracturé le tibia lors de l’accident survenu à Castellón de la Plana. Il y a aussi une autre cicatrice, plus petite, provoquée par l’excision, quand Miguel était encore petit, d’un gros kyste « sur la partie inférieure et in­terne de la jambe ». Et puis, deux griffures profondes causées par une plante épineuse. Enfin, les traces d’une morsure de chien sur le mollet. Outre les pa­rents et le miraculé, d’autres témoins se rappelleront ces traces visibles sur la jambe droite de leur jeune concitoyen avant qu’elle lui soit coupée : en effet, le costume habituellement porté par les paysans aragonais laissait voir le mol­let nu, le pantalon ne descendant qu’un peu en dessous du genou.

Miguel et ses parents ont donc aussitôt la certitude que « la Vierge du Pilier a obtenu de Dieu Notre-Seigneur que la jambe qui avait été enterrée plus de deux ans auparavant lui soit rendue ». Effectivement, des recherches vont être effectuées dans le cimetière de l’hôpital de Saragosse. Mais de la jambe enter­rée dans la partie réservée aux membres amputés, on ne trouvera aucune trace. Il n’y aura qu’un trou vide dans la terre. Il n’y a donc pas eu de création, mais une stupéfiante réparation, non une repousse, mais un rattachement. Il faudra pourtant attendre trois jours pour que la chaleur naturelle pénètre pro­gressivement la jambe et le pied droits. Les doigts d’abord « recourbés » se redresseront, la peau reprendra sa coloration normale, perdant les marbrures violacées qui la sillonnent. Peu à peu, le pied retrouvera entièrement sa sou­plesse et toute trace de couleur anormale disparaîtra. Que la guérison totale ne fut pas complète d’un coup ne diminue en rien la grandeur du prodige. Comme le remarquera l’archevêque de Saragosse, il faut établir une distinction entre ce dont la nature est capable et ce qui lui est impossible. C’est la restitu­tion seule d’une jambe à une personne qui en a été privée pendant plusieurs années, qui constitue proprement le caractère prodigieux de l’événement.

 

Les premiers témoins

 

Alerté par les cris des époux Pellicer et prévenu par le jeune garçon de ferme, voilà qu’accourt le voisin Miguel Barrachina, le compagnon de veillée, qui tout à l’heure avait vu Miguel avec sa jambe unique. A peine a-t-il compris ce qui vient de se produire que, de la rue, il appelle son épouse Ursula, déjà couchée, pour qu’elle accoure à son tour. Les clameurs de son mari sont tel­lement inintelligibles et ses mots déformés par l’émotion qu’elle se méprend sur ce qu’il dit. Près de la couche de Miguel, Ursula trouve toutes les per­sonnes présentes comme hors d’elles-mêmes, chantant à tue-tête des hymnes de louange et des actions de grâces à la Vierge du Pilier et à Jésus-Christ. Très vite arrivent d’autres personnes, dont la grand-mère maternelle du miraculé.

Quand l’aube du 30 mars commence à poindre – le vendredi de la semaine de la Passion –, l’incroyable nouvelle s’est répandue dans tout le bourg et don Jusepe se rend chez les Pellicer, « suivi de nombreuses personnes ». Parmi elles, les notables de Calanda. Il y a le maire, Miguel Escobedo, et son adjoint, Martín Galindo. Et encore le notaire royal, Lázaro Macario Gómez. Le maire déclarera plus tard que, ne parvenant pas à comprendre comment une chose aussi stupéfiante avait pu se produire, il avait « tâté la jambe et chatouillé la plante du pied ». Il y a aussi le juge de paix qui devait assurer le maintien de l’ordre public, Martín Corellano. Celui-ci rédigera le premier rapport des évé­nements à l’intention des autorités de Saragosse, le lendemain même des faits. Ce document leur a été apporté par la famille Pellicer elle-même quand, quelques semaines plus tard, elle s’est rendue en pèlerinage d’action de grâces au sanctuaire du Pilier. Dans la capitale aragonaise, l’affaire fut tenue pour si extraordinaire qu’on jugea nécessaire d’en informer aussitôt les autorités su­prêmes du royaume. C’est ainsi que ce premier document de l’obscur fonc­tionnaire de Calanda fut expédié à Madrid par courrier et aboutit jusqu’au roi Philippe IV.

Dans la foule qui se rassemble chez les Pellicer, il y a également les deux médecins de Calanda. Une sorte de procession se forme pour accompagner le jeune homme jusqu’à l’église paroissiale, où le reste des habitants l’attend. Tous, disent les documents, « furent abasourdis en le voyant de nouveau avec sa jambe droite, alors qu’ils l’avaient vu avec une seule jambe jusqu’à la veille au soir ». A l’église, le vicaire, après avoir confessé le miraculé, célébra une messe d’action de grâces, au cours de laquelle Miguel communia.

 

Un acte notarié du prodige

 

Le ler avril, troisième jour après le miracle, est, en cette année 1640, le di­manche des Rameaux. Profitant du jour férié, nombreux sont ceux qui, de toute la région, prennent la direction de Calanda : stupéfaits par la nouvelle du prodige, ils désirent s’assurer que tout cela est bien vrai. Parmi ces étrangers au petit bourg, il y a un groupe de trois hommes qui, à dos d’âne ou de mulet, arrivent de Mazaleón, une localité à l’est de Calanda, distante d’une cinquan­taine de kilomètres. Ce sont le curé du lieu, don Marco Seguer, docteur en théologie, un de ses vicaires, don Pedro Vicente, et le notaire royal de la commune, maître Miguel Andréu.

C’est à cette petite expédition inattendue que nous devons ce document extraordinaire : un acte juridique officiel certifiant l’authenticité des faits, en sorte que le miracle est garanti par un document établi par un notaire habilité par l’État selon toutes les règles du droit et confirmé par dix témoins oculaires, choisis parmi les plus dignes de foi et les mieux informées des très nom­breuses personnes disponibles. De surcroît, cet acte d’authentification est dressé seulement un peu plus de soixante-dix heures après l’événement, et sur le lieu même où celui-ci s’est déroulé. Malgré les vicissitudes de l’histoire ara­gonaise, l’original du document existe toujours. Depuis 1972, il est exposé dans une vitrine dans le bureau même du maire de Saragosse. L’historien Leandro Ama Naval fait observer qu’« avec un tel document, nous sommes proches de cette garantie idéale réclamée par les rationalistes et les incrédules de tout temps comme une condition préalable pour pouvoir prendre en considération ces phénomènes qui vont au delà des lois scientifiques et que les croyants définissent comme des miracles ». Le mystère, en somme, se voit confirmé par le sceau de maître Andréu, qui se présente lui-même en cet acte comme il se présente dans les nombreux autres actes signés de sa main qui sont arrivés jusqu’à nous.

 

 

Le procès canonique

 

Ce fut la municipalité de Saragosse qui demanda que s’ouvrît un procès pour que toute la lumière fût faite sur l’événement. Le premier signataire de cette demande d’expertise sur ce qui s’est véritablement passé dans le petit bourg du Bas-Aragon, est le maire de Saragosse, Lupercio Diaz de Contamina. Après avoir reçu l’accord de l’archevêque, les autorités civiles nomment trois personnes à qui il incombera de les représenter au sein du jury. Le 5 juin, les trois représentants de la commune de Saragosse se présentent devant le vicaire général du diocèse, Mgr Juan Perat, et le procès canonique est officiellement ouvert. Pour une plus grande transparence, il sera public et non à huis clos. Les minutes, avec tous les interrogatoires, les objections, les déductions et les contre-déductions, seront intégralement et immédiatement publiées et mises à la disposition de tous ceux qui voudront les consulter, d’autant plus facilement qu’on choisira de les laisser en castillan, la langue du peuple. Seule la sen­tence solennelle de l’archevêque sera rédigée en latin – mais elle sera, elle aussi, traduite aussitôt. Les règles établies lors de la vingt-cinquième session du concile de Trente et clairement énoncées dans le décret sur la vénération des saints et de leurs reliques et sur la reconnaissance des « nouveaux miracles », sont suivies avec la plus grande rigueur.

L’organisation formelle du procès est confiée au vicaire général, Mgr Perat, mais c’est l’archevêque de Saragosse en personne, Mgr Pedro Apaolaza Ramírez, qui se constitue juge et président du tribunal, assistant de bout en bout au long défilé des témoins et à leur minutieux interrogatoire. L’archevêque est un pasteur de grande expérience (il a soixante-quatorze ans), savant, auteur d’ouvrages de théologie appréciés. Il remplit sa charge épisco­pale avec zèle et sévérité dans l’application des décrets conciliaires, au point de s’attirer certains ressentiments. Conformément aux règles du concile de Trente, un collège de neuf théologiens et canonistes (parmi lesquels un laïc, professeur à l’université) siège au côté de l’archevêque. Tous signeront avec lui la sentence définitive.

Une confirmation supplémentaire de la rigueur juridique et théologique de ce procès vient de ce qu’il se déroule sous l’œil attentif et méfiant de l’Inquisi­tion, qui, toutefois, n’intervient pas directement. A l’apogée de son organisa­tion et de sa puissance en Aragon, l’Inquisition veille avec autorité au strict respect de l’orthodoxie catholique, intervenant de manière inexorable dans tous les cas où elle croit repérer des nouveautés dangereuses ou des traces de superstition. A l’opposé de ce que voudrait nous faire accroire la « légende noire » de l’Espagne, le tribunal de l’Inquisition jouissait d’un appui total et convaincu de la part de toutes les classes sociales, à commencer par le peuple. Le fait que le tribunal de l’Inquisition n’ait pas exigé de mener lui-même l’en­quête sur l’éclatant « prodige » est en soi une garantie de l’objectivité et de la régularité du travail juridique opéré par le tribunal constitué.

Ce tribunal ne se contentera pas en effet, dans la recherche de preuves pour établir la vérité sur l’objet du procès, de l’audition de vingt-quatre té­moins oculaires. Après eux, au cours de cinq audiences, ce sont neuf autres témoins dits « d’accréditation » qui défilent devant les juges. Ceux-là sont appe­lés à se porter garants des témoins précédents, à confirmer sous serment leur crédibilité. Au total, les minutes du procès mentionnent 102 noms, illustres ou obscurs : juges, notaires, procureurs, huissiers, témoins oculaires ou « d’accréditation », médecins, infirmiers, ecclésiastiques, aubergistes, paysans, charretiers... Un juriste moderne et laïque, après une analyse de la procédure et du déroulement de ce procès, a pu parler d’un « excès de garanties » et d’une « prudence dans la vérification presque vétilleuse... ».

 

Sentence

 

La décision de l’archevêque déclarant l’événement de Calanda authenti­quement miraculeux fut prononcée le 27 avril 1641, soit après onze mois de travaux et quatorze sessions publiques et plénières, et moins de treize mois après les faits. Dans un latin solennel, l’Archevêque concluait dans ces termes la sentence qui scellait l’issue du long et complexe procès :

 

C’est pourquoi, ayant considéré les arguments susdits et beaucoup d’autres, avec le conseil des illustres docteurs en théologie sacrée et en Droit pontifical nommés ci-après, nous affirmons, prononçons et déclarons qu’à Miguel Juan Pellicer, natif de Calanda, qui a été l’objet de ce procès, a été rendue miraculeu­sement sa jambe droite, qui lui avait précédemment été amputée ; qu’il ne s’est point agi d’un fait de nature, mais d’une œuvre admirable et miraculeuse ; et qu’on doit juger et estimer qu’il s’agit d’un miracle, toutes les conditions requises par le Droit étant réunies pour que, dans le cas ici examiné, l’on puisse parler d’un authentique prodige. Aussi l’inscrivons-nous au nombre des miracles, et nous l’approuvons, déclarons et autorisons comme tel.

 

 

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[1] — Association Théotime, 2 rue de l’Abbaye, B.P. 8, 61200 Argentan. Nous recommandons spécialement : La sainte Messe, trésor méconnu, par saint Léonard de Port-Maurice ( 2, 5 €) ; — La Ferveur de l’esprit, par saint Pierre d’Alcantara (petit traité sur l’oraison ; 2, 5 €) ; — Présence à Dieu, par le frère Laurent de la Résurrection (pour vivre en présence de Dieu, 2, 5 €). La brochure sur Notre-Dame du Pilier est proposée à 1, 5 € (+ port).

Informations

L'auteur

L'abbé Philippe Nahan est aumônier militaire.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 49

p. 160-173

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