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Saint Pie X, pape marial

 

Contribution au centenaire

de l’encyclique Ad Diem illum

 

 

 

par M. l’abbé Guy Castelain, FSSPX

 

 

 

Introduction

 

 

SAINT PIE X est bien connu pour sa lutte contre le modernisme. Il l’est aussi pour les réformes bénéfiques qu’il a menées à bien durant son pontificat en matière philosophique, théologique, liturgique et cano­nique. Mais il est peu ou mal connu dans sa dimension mariale. Mettre en lu­mière sa dévotion mariale en général, et l’aspect montfortain de cette dévotion en particulier, sera l’objet de la démonstration qui va suivre [1]. Cette étude sera étayée, d’une part, par un fait historique significatif [2], et, d’autre part, par une analyse de quelques documents pontificaux importants pour le sujet.

La première partie de cette étude mettra en lumière la vraie dévotion mariale de saint Pie X en général.

La deuxième partie développera, en particulier, la parfaite dévotion mariale de saint Pie X.

La troisième partie exposera les conséquences de la dévotion mariale de saint Pie X dans sa charge de souverain pontife.

 

 

— I —

 

La vraie dévotion mariale de saint Pie X

en général

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort organise son Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge ainsi :

 

Il est […] très important de connaître, premièrement, les fausses dévotions à la très sainte Vierge pour les éviter, et la véritable pour l’embrasser ; secondement, parmi tant de pratiques différentes de la vraie dévotion à la sainte Vierge, quelle est la plus parfaite, la plus agréable à la sainte Vierge, la plus glorieuse à Dieu et la plus sanctifiante pour nous, afin de nous y attacher [3].

 

Il s’agit, dans cette première partie, de mettre en relief, chez saint Pie X, ce que saint Louis-Marie de Montfort appelle la vraie dévotion.

 

 

Le discours programme de saint Pie X (1903)

 

Le premier grand document d’un pape est toujours important. C’est l’ency­clique E supremi apostolatus qui constitue le discours programme du pontificat de saint Pie X.

 

La devise de saint Pie X

 

Voici la déclaration du nouveau pape :

 

Nous déclarons que notre but unique dans l’exercice du suprême pontificat est de tout restaurer dans le Christ (Ep 1, 10) afin que le Christ soit tout et en tout (Col 3, 14) […] C’est pourquoi, si l’on nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ [4].

 

Avec cette devise, saint Pie X se place dans la lignée de la Tradition, et de la tradition montfortaine :

 

Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, doit être la fin dernière de toutes nos autres dévotions ; autrement elles seraient fausses et trompeuses. Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de toutes choses. Nous ne travaillons, comme dit l’Apôtre, que pour rendre tout homme parfait en Jésus-Christ [5].

 

Le très saint rosaire

 

La lettre encyclique E supremi apostolatus est datée du 4 octobre 1903, fête de saint François d’Assise. Mais saint Pie X a voulu placer son pontificat sous la protection de Notre-Dame du Rosaire. Le pape précise, en terminant son docu­ment, que ce jour est celui de la solennité du Rosaire :

 

Recourons aussi à l’intercession très puissante de la divine Mère. Et pour l’ob­tenir plus largement, prenant occasion de ce jour où nous vous adressons cette lettre, et qui a été institué pour solenniser le saint rosaire, nous confirmons toutes les ordonnances par lesquelles notre prédécesseur a consacré le mois d’octobre à l’auguste Vierge et prescrit dans toutes les églises la récitation publique du rosaire [6].

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort met en lumière la place privilégiée que tient la dévotion au saint rosaire pour établir le règne de Jésus-Christ :

 

Pour moi, je ne trouve rien de plus puissant, pour attirer le règne de Dieu, la Sagesse éternelle, au-dedans de nous, que de joindre l’oraison vocale et la mentale, en récitant le saint rosaire et en méditant les quinze mystères qu’il renferme [7].

 

Cette affirmation du père de Montfort n’est que l’application du principe et fondement de son Traité :

 

C’est par la très sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner dans le monde. […] Le salut du monde ayant commencé par l’Ave Maria, le salut de chacun en particulier [est] attaché à cette prière [8].

 

L’apôtre marial désigne lui-même son ouvrage comme étant une préparation au règne de Jésus-Christ [9]. Ceci donne un relief particulier à la lettre E supremi apostolatus de saint Pie X : la Vierge Immaculée et son rosaire doivent être im­pliqués dans son programme pontifical, Tout restaurer dans le Christ. L’affirmation suivante de l’apôtre du rosaire vaut aussi pour saint Pie X :

 

Si donc nous établissons la solide dévotion de la très sainte Vierge, ce n’est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ, ce n’est que pour donner un moyen aisé et assuré pour trouver Jésus-Christ [10].

 

 

Le cinquantenaire du dogme

de l’immaculée conception (1904)

 

Saint Pie X aura la joie de célébrer deux cinquantenaires : en 1904, celui de la proclamation du dogme de l’immaculée conception [11] ; et en 1908 celui des apparitions de Lourdes.

Examinons d’abord les actes du saint pape à l’occasion du premier cinquan­tenaire. Avant d’aborder deux documents importants, il faut faire simple men­tion de la lettre apostolique Quæ catholico nomini [12] du 7 décembre 1903, dans laquelle il demande l’instauration de supplications et accorde des indulgences.

 

La prière à l’Immaculée Conception (1903)

 

A l’occasion de la préparation au cinquantenaire de la proclamation du dogme de l’immaculée conception, saint Pie X a résumé toute sa dévotion en­vers l’immaculée Mère de Dieu dans la Prière à l’Immaculée Conception qu’il a composée en son honneur. Il faut souligner que le texte publiant cette prière est un des premiers documents de son pontificat [13]. Voici cette prière :

 

Vierge très sainte qui avez plu au Seigneur et êtes devenue sa Mère, Vierge immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi et dans votre amour […]. Regardez avec bienveillance les malheureux qui implorent votre puissante protection.

Le serpent infernal, contre lequel fut jetée la première malédiction, continue hélas ! à combattre et à tenter les pauvres fils d’Ève. Ah ! vous, ô notre Mère bénie, notre Reine et notre Avocate, vous qui avez écrasé la tête de l’ennemi dès le premier instant de votre conception, accueillez nos prières, et nous vous en conjurons, unis à vous en un seul cœur, présentez-les devant le trône de Dieu, afin que nous ne nous laissions jamais prendre aux embûches qui nous sont tendues, mais que nous arrivions tous au port du salut, et qu’au milieu de tant de périls, l’Église et la so­ciété chrétienne chantent encore une fois l’hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix. Ainsi soit-il !

 

Il faut montrer, maintenant, ce que les principaux thèmes de cette prière ont en commun avec l’enseignement marial de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Deux thèmes montfortains majeurs sont assumés par saint Pie X : la triple Couronne de la sainte Vierge et le Protévangile.

 

Première partie de la prière :

La triple couronne de la sainte Vierge

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, bien qu’ayant approfondi sa dévo­tion mariale à Saint-Sulpice, l’avait d’abord reçue des Jésuites, au collège Saint-Thomas-Becket à Rennes [14]. Il a souvent puisé sa doctrine mariale chez les Jésuites [15]. Le plus bel exemple est celui de la Triple Couronne de la sainte Vierge :

 

Si je parlais à des esprits forts de ce temps, je prouverais tout ce que je dis sim­plement, plus au long, par la sainte Écriture, les saints Pères, dont je rapporterais les passages latins, et par plusieurs solides raisons qu’on pourra voir au long dé­duites par le R.P. Poiré en sa Triple Couronne de la sainte Vierge [16].

 

Il traduisait cette dévotion dans un acte de piété : la récitation de la Petite Couronne de la sainte Vierge [17] dont l’usage s’est perdu de nos jours. Cette pra­tique, qui transpose en prière un passage de l’Apocalypse (Ap 12, 1-18), est une formule assez couramment utilisée au XVIIe siècle, où elle connaît plusieurs versions. Plusieurs s’inspirent du sermon de saint Bernard In signum magnum ou De duodecim stellis. Celle de Montfort, pourtant, se rattache, dans sa struc­ture matérielle et spirituelle, à l’ouvrage de Poiré, La Triple couronne [18]. Ce livre a tellement marqué M. Grignion qu’il l’a résumé au cœur même de sa Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle incarnée, par les mains de Marie [19].

Quelles sont ces trois couronnes ?

 

— 1. La couronne d’excellence

 

Voici sa mention dans la consécration du père de Montfort :

 

Je vous salue donc, ô Marie immaculée, tabernacle vivant de la divinité, où la Sagesse éternelle cachée veut être adorée des anges et des hommes.

 

Saint Pie X y fait aussi allusion :

 

Vierge très sainte qui avez plu au Seigneur et êtes devenue sa mère, Vierge immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi et dans votre amour […]

 

— 2. La couronne de puissance

 

Dans la consécration du père Grignion :

 

Je vous salue, ô reine du ciel et de la terre, à l’empire de qui tout est soumis, tout ce qui est au-dessous de Dieu.

 

De même, saint Pie X dans sa prière :

 

Regardez [ceux] qui implorent votre puissante protection.

 

— 3. La couronne de miséricorde

 

Dans la consécration de Louis-Marie :

 

Je vous salue, ô refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde n’a manqué à personne.

 

Saint Pie X y fait appel également :

 

Regardez avec bienveillance les malheureux… [qui implorent votre puissante protection].

 

Dans le deuxième paragraphe de sa prière, saint Pie X, avant de traduire en acte de piété le Protévangile, résume ce triptyque de la triple couronne : Ah ! Vous, ô notre Mère bénie, notre reine et notre avocate…, c’est-à-dire, successi­vement : les couronnes d’excellence, de puissance et de miséricorde.

 

Deuxième partie de la prière : Le Protévangile

 

La prière de saint Pie X se réfère ensuite clairement au passage de la Genèse que l’on appelle le Protévangile, (c’est à dire « première annonce ») et qui contient la promesse du Rédempteur, après la chute de nos premiers parents, Adam et Ève (Gn 3, 15) :

 

Le serpent infernal, contre lequel fut jetée la première malédiction, continue hélas ! à combattre et à tenter les pauvres fils d’Ève.

 

C’est ainsi que saint Pie X a traduit, dans un acte de piété, le commentaire traditionnel du Protévangile rapporté fidèlement par saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

 

C’est principalement de ces dernières et cruelles persécutions du diable, qui augmenteront tous les jours jusqu’au règne de l’Antéchrist, qu’on doit entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée dans le paradis terrestre contre le serpent […] : Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, et ta race et la sienne ; elle-même t’écrasera la tête, et tu mettras des embûches à son talon [20].

Jamais Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et augmentera même jusqu’à la fin : c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable, entre les enfants et serviteurs de la sainte Vierge, et les enfants et les suppôts de Lucifer [21].

 

 

Le grand combat entre la Vierge (avec ses enfants)

et le démon (avec ses suppôts)

 

Relisons, dans la prière de saint Pie X, le passage concerné :

 

Le serpent infernal, contre lequel fut jetée la première malédiction, continue hélas ! à combattre et à tenter les pauvres fils d’Ève.

 

Voici le commentaire traditionnel sous la plume du père Grignion :

 

Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des inimitiés, non seulement entre Marie et le démon, mais entre la race de la sainte Vierge et la race du démon ; c’est-à-dire que Dieu a mis des inimitiés, des antipathies et des haines secrètes entre les vrais enfants et serviteurs de la sainte Vierge et les enfants et esclaves du diable ; ils ne s’aiment point mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les autres. Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car c’est la même chose), ont toujours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus que jamais ceux et celles qui appartiennent à la très sainte Vierge […]. Mais le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des embûches à son talon, c’est-à-dire à ses humbles esclaves et à ses pauvres en­fants qu’elle suscitera pour lui faire la guerre […] si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ [22].

 

Saint Pie X, dès le début de son pontificat, a eu l’intuition de ce grand combat :

 

Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à sa ruine ? Cette maladie, vénérables frères, vous la connaissez, c’est, à l’égard de Dieu, l’abandon et l’apostasie […]. Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (2 Th 2, 3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous [23].

 

En effet, saint Pie X se lancera dans un grand combat contre le modernisme : « Nous le définissons le rendez-vous de toutes les hérésies [24] » dit saint Pie X. Quoi de plus évident pour ce dévot de Marie Immaculée, que le devoir, dans un tel combat, de se confier en celle qui est l’exterminatrice de toutes les hérésies ?

 

Le recours à Marie Reine des cœurs

 

Voici le passage concerné par le titre de Marie Reine des cœurs dans la prière de saint Pie X :

 

Accueillez nos prières, et, nous vous en conjurons, unis à vous en un seul cœur, présentez-les devant le trône de Dieu […]

 

Voici la doctrine du père Grignion assumée implicitement par saint Pie X :

 

Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête. Or, comme le royaume de Jésus-Christ consiste principa­lement dans le cœur ou l’intérieur de l’homme, selon cette parole : le royaume de Dieu est au-dedans de nous (Lc 17, 21), de même le royaume de la très sainte Vierge est principalement dans l’intérieur de l’homme […] et nous pouvons l’appeler avec les saints la Reine des cœurs [25].

 

Il faudra montrer dans la suite de cette étude le rôle qu’a joué saint Pie X dans le développement de la confrérie Marie Reine des cœurs. Cette prière est comme l’annonce de ce rôle qui sera déterminant.

 

La victoire finale

 

Voici le souhait formulé par saint Pie X dans sa prière :

 

[…] Afin que nous ne nous laissions prendre aux embûches qui nous sont ten­dues, mais que nous arrivions tous au port du salut, et qu’au milieu de tant de périls, l’Église et la société chrétienne chantent encore une fois l’hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix.

 

Dans son commentaire, le père de Montfort annonce cette victoire :

 

[…] Le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des embûches à son talon, c’est-à-dire à ses humbles esclaves et à ses pauvres enfants qu’elle suscitera pour lui faire la guerre […] [ils seront] si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ [26].

 

 

Conclusion

 

Avec cette belle prière, saint Pie X prend place dans la grande tradition des Deux cités de saint Augustin [27] , des Deux étendards de saint Ignace [28] , et des Deux partis de saint Louis-Marie Grignion de Montfort [29] . Et si l’encyclique E supremi apostolatus constitue le discours-programme christologique du pontifi­cat de saint Pie X, on peut dire à bon droit que cette prière en constitue le dis­cours-programme marial : elle donne le ton marial de tout son pontificat. Ces belles paroles de l’apôtre de l’Ouest de la France conviennent à merveille à saint Pie X :

 

Avec Marie il est aisé : je mets ma confiance en elle, quoique le monde et l’en­fer en gronde […]. C’est par Marie que je cherche et que je trouverai Jésus, que j’écraserai la tête du serpent et vaincrai tous les ennemis et moi-même, pour la plus grande gloire de Dieu [30].

 

 

Le magistère marial de saint Pie X :

la lettre encyclique Ad diem illum (1904)

 

La lettre Ad diem illum [31] de saint Pie X est le grand document marial de son pontificat. Avant de présenter l’inspiration montfortaine de cette encyclique, qu’il soit bien établi que le saint pape, comme saint Louis-Marie Grignion de Montfort, puise dans la grande Tradition mariale catholique, et que, loin d’être une filiation spirituelle et doctrinale d’un saint à un autre, il s’agit plutôt de la fi­liation de deux saints vis-à-vis de la Tradition.

Ce que le père Le Crom, montfortain et biographe du père de Montfort, af­firme de son saint patron, peut être appliqué aussi à saint Pie X :

 

Saint Louis-Marie de Montfort était l’enfant de l’Église catholique : c’est la doctrine traditionnelle qu’il s’efforce de communiquer aux âmes, sans aucune altéra­tion [32].

 

Il faut préciser que saint Pie X ne mentionne pas explicitement, dans son encyclique mariale, le nom de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, mais qu’il s’est réellement inspiré de son Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge [33]. Georges Rigault affirme, dans son livre sur le missionnaire marial [34].

 

Quand le pape Pie X composa en 1904 l’encyclique pour le jubilé de l’imma­culée conception, il relut le livre du grand théologien de la Vierge [35], et on a pu dire qu’il s’en imprégna au point d’avoir conféré aux pensées et aux paroles de Montfort la souveraine autorité de son magistère.

 

Preuve historique

de l’inspiration montfortaine de l’encyclique

 

Voici le récit historique confirmant cette assertion de M. Rigault :

 

Admis en audience privée le 27 décembre dernier [1908], le R.P. Gebhard, procureur général de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, a fait hommage à Sa Sainteté d’un exemplaire de la nouvelle traduction italienne du Traité de la Vraie Dévotion […] Plein de confiance, le père procureur présente alors un exemplaire italien de la Vraie Dévotion, relié en soie blanche […] :

– Le révérendissime père Lepidi [36] en a entretenu Votre Sainteté qui, m’a-t-il dit, connaît depuis longtemps le traité du bienheureux de Montfort.

 E vero – c’est vrai, dit le pape ; et, s’il vous a tout dit, il a dû vous apprendre que j’ai tenu à le relire avant de composer mon encyclique sur la sainte Vierge [37].

 

A l’occasion de cette audience, le procureur général des montfortains a adressé au pape Pie X une supplique en ces termes [38] :

 

Très Saint Père, moi, Hubert-Marie Gebhard, procureur général de la Compagnie de Marie […] aux pieds de votre Sainteté, lui présente très humble­ment la première version italienne intégrale, fidèlement traduite d’après le texte original d’un petit ouvrage peu volumineux il est vrai, mais qu’on peut dire de la plus haute importance. Il s’agit de l’opuscule intitulé : Traité de la Vraie Dévotion à la très sainte Vierge, ayant pour auteur le bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort […] en quelque sorte une Somme Mariale dont la solidité théologique et la suavité mystique firent l’admiration de toux ceux qui en ont une fois goûté […] le susdit suppliant ose demander très instamment, que Votre Sainteté ne dédaigne pas de recommander la lecture du traité en question et de bénir ceux qui se dépensent pour sa plus grande explication et diffusion.

Rome, le 27 décembre 1908.

 

Saint Pie X répondit à la supplique, par écrit, durant l’audience même :

 

Avant même que le père ait le temps de dire un mot, Pie X, achevant de la lire, a déjà posé la supplique sur son bureau et saisi sa plume. Lentement, de sa main si ferme, il écrit : Accédant à vos prières, nous recommandons fortement le Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge si admirablement composé par le bienheureux de Montfort et nous accordons avec amour à ses lecteurs la bénédiction apostolique [39].

 

L’affirmation de M. Georges Rigault est donc bien fondée historiquement. Et il n’est pas étonnant que saint Pie X et saint Louis-Marie Grignion de Montfort se rejoignent dans le magistère romain de Tradition. En effet, le père de Montfort, missionnaire apostolique, a toujours été le défenseur de la romanité :

 

Les ecclésiastiques […] trouvent gênant ce prêtre hardi […] qui se fait le champion des doctrines romaines [40].

 

Analyse du document pontifical marial de saint Pie X

 

Appuyé sur cette preuve historique, il est permis d’entreprendre une analyse de l’encyclique mariale de saint Pie X, et de faire ressortir les points principaux qui montrent que le pape a puisé les grands thèmes de son document dans le Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

— Les motifs qui rendent la dévotion à la sainte Vierge recommandable

 

Saint Pie X précise en quoi la dévotion à la sainte Vierge est très recomman­dable [41] :

 

Qui ne tient pour établi qu’il n’est ni route plus sûre ni plus facile que Marie par où les hommes puissent arriver jusqu’à Jésus-Christ, et obtenir, moyennant Jésus-Christ, cette parfaite adoption des fils, qui fait saint et sans tache sous le regard de Dieu [42] ?

Non, personne au monde comme elle n’a connu à fond Jésus ; personne n’est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus. Il suit de là, et nous l’avons déjà insinué, que personne ne la vaut, non plus, pour unir les hommes à Jésus […]. Comme nous parvenons par Marie à la connaissance de Jésus-Christ, par elle aussi, il nous est plus facile d’acquérir la vie dont il est le principe et la source [43].

 

Le saint Pape ne fait que reprendre l’enseignement du père de Montfort en le résumant :

 

Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l’union avec Notre-Seigneur, où consiste la perfection du chrétien [44].

 

— La Vierge Marie, inséparable de son Fils, conduit à Jésus

 

Saint Pie X rappelle l'union de Jésus et Marie et explique qu'il appartient à Marie de conduire à Jésus en raison de l'union particulière qu'elle a avec son Fils :

 

Partout où est prophétisée la grâce qui doit nous advenir, partout aussi, ou peu s'en faut, le Sauveur des hommes y apparaît en compagnie de sa sainte Mère [45].

Qu'il appartienne à la Vierge, surtout à elle, de conduire à la connaissance de Jésus, c'est de quoi l'on ne peut douter, si l'on considère, entre autres choses, que, seule au monde, elle a eu avec lui, dans une communauté de toit et dans une familia­rité intime de trente années, ces relations étroites qui sont de mise entre une mère et son fils […] Non, personne au monde comme elle, n'a connu à fond Jésus […], personne n'est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus [46].

 

C'est aussi la doctrine du père de Montfort :

 

Vous êtes, Seigneur, toujours avec Marie, et Marie est toujours avec vous et ne peut être sans vous […] Elle [vous] est si intimement unie, qu'on séparerait plutôt la lumière du soleil, la chaleur du feu [47]

La plus forte inclination de Marie est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils, et la plus forte inclination du fils est qu'on vienne à lui par sa sainte Mère [48]

Cette Sagesse infinie […] n'a pas trouvé de moyen plus parfait et plus court… que de se soumettre en toutes choses à la très sainte Vierge […] pendant trente ans […] qu'on glorifie hautement Dieu en se soumettant à Marie à l'exemple de Jésus [49] !

 

— La maternité spirituelle de la très sainte Vierge

 

Saint Pie X expose la doctrine de la maternité spirituelle de la Vierge Marie à partir de la doctrine du corps mystique de saint Paul :

 

Marie n'est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère […]. En tant que Dieu-Homme, il a un corps comme les autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, un corps spirituel, ou, comme on dit, mystique, qui n'est autre que la société des chrétiens liés à lui par la foi. Nombreux comme nous sommes, nous faisons un seul corps en Jésus-Christ (Rm 12, 5). Or la Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin que, recevant d'elle, la nature humaine, il devint homme ; mais afin qu'il devint encore, moyennant cette nature reçue d'elle, le Sauveur des hommes […]. Aussi, dans le chaste sein de la Vierge, où Jésus a pris une chair mortelle, là même il s'est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en lui ; et l'on peut dire que, tenant Jésus dans son sein, Marie y portait encore tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie. Nous tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme parle l'Apôtre, les membres de son corps issus de sa chair et de ses os (Ep 5, 30), nous devons nous dire originaires du sein de la Vierge, d'où nous sortîmes un jour à l'instar d'un corps attaché à sa tête. C'est pour cela que nous sommes appelés, en un sens spirituel, à la vérité, et en un sens mystique, les fils de Marie, et qu'elle est, de son côté, notre Mère à tous. Mère selon l'esprit, Mère véri­table néanmoins des membres de Jésus-Christ, que nous sommes nous-mêmes (saint Augustin). Si donc la bienheureuse Vierge est tout à la fois Mère de Dieu et des hommes, qui peut douter qu'elle ne s'emploie de toutes ses forces, au­près de son Fils, tête du corps de l'Église (Col 1, 18), afin qu'il répande sur nous, qui sommes ses membres, les dons de sa grâce, celui notamment de le connaître et de vivre par lui (1 Jn 4, 9) [50].

 

Saint Pie X reprend exactement la doctrine de saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

 

Comme dans la génération naturelle et corporelle il y a un père et une mère, de même dans la génération surnaturelle et spirituelle il y a un père qui est Dieu et une mère qui est Marie [51].

Une même mère ne met pas au monde la tête ou le chef sans les membres, ni les membres, sans la tête ; autrement ce serait un monstre de nature ; de même, dans l'ordre de la grâce, le chef et les membres naissent d'une même mère ; et si un membre du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire un prédestiné, naissait d'une autre mère que Marie qui a produit le chef, ce ne serait pas un prédestiné, ni un membre de Jésus-Christ, mais un monstre dans l'ordre de la grâce [52].

Saint Augustin […] dit que tous les prédestinés […] sont cachés en ce monde dans le sein de la très sainte Vierge […] jusqu'à ce qu'elle ne les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l'Église appelle la mort des justes [53].

 

— La corédemption de la Vierge Marie

 

Voici l'enseignement de saint Pie X :

 

Aussi, entre Marie et Jésus, perpétuelle société de vie et de souffrance, qui fait qu'on peut leur appliquer à titre égal cette parole du Prophète : Ma vie s'est consumée dans la douleur et mes années dans les gémissements (Ps 30, 11) […] La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c'est que Marie mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l'hu­manité déchue, et partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang [54].

 

Même enseignement chez le père de Montfort :

 

Dieu le Fils à communiqué à sa Mère tout ce qu'il a acquis par sa vie et sa mort, ses mérites infinis et ses vertus admirables, et il l'a faite la trésorière de tout ce que son Père lui a donné en héritage […] [elle est] la dispensatrice de ses grâces […] la réparatrice du genre humain [55].

 

— La médiation universelle de la Vierge Marie

 

Le fait de la médiation. Saint Pie X reprend la doctrine des pères de l'Église sur la médiation de la Vierge :

 

Mais Marie, comme le remarque justement saint Bernard, est l'aqueduc ; ou, si l'on veut, cette partie médiane qui a pour propre de rattacher le corps à la tête et de transmettre au corps les influences et efficacités de la tête ; Nous voulons dire le cou. Oui, dit saint Bernardin de Sienne, elle est le cou de notre chef, moyennant lequel celui-ci communique à son corps mystique tous les dons spirituels. Il s'en faut donc grandement, on le voit, que Nous attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, vertu qui est de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l'emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ et qu'elle a été associée par Jésus-Christ à l'œuvre de la Rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces [56].

Qui ne reconnaîtra que c'est à juste titre que Nous avons affirmé que […] dis­pensatrice, comme de droit maternel, des trésors de ses mérites, elle est… d'un secours très certain et très efficace pour arriver à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ [57] ?

 

C'est la même doctrine [58] que celle de « l'illustre prédicateur et le remar­quable Docteur de cette Médiation [59] » :

 

Dieu le Père a fait un assemblage de toutes les eaux qu'il a nommé la mer ; il a fait un assemblage de toutes ses grâces qu'il a appelé Marie [60] […].

Dieu le Fils a communiqué à sa Mère tout ce qu'il a acquis par sa vie et sa mort, ses mérites infinis […] c'est par elle qu'il applique ses mérites à ses membres, qu'il communique ses vertus et distribue ses grâces ; c'est son canal mystérieux, c'est son aqueduc, par où il fait passer doucement et abondamment ses miséricordes [61]

Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle épouse, ses dons inef­fables, et il l'a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu'il possède [62] […]

 

Nature de la médiation. Le saint pape précise la nature de la médiation de la Vierge :

 

Certes, l'on ne peut dire que la dispensation de ces trésors ne soit un droit propre et particulier de Jésus-Christ, car ils sont le fruit exclusif de sa mort, et lui-même est, de par sa nature, le médiateur de Dieu et des hommes. Toutefois, en raison de cette société de douleurs et d'angoisses, déjà mentionnée, entre la Mère et le Fils, a été donné à cette auguste Vierge d'être auprès du Fils unique la très puissante médiatrice et avocate du monde entier (Pie IX)[…] [63].

 

Montfort précise également :

 

Notre-Seigneur est notre avocat et notre Médiateur de Rédemption auprès de Dieu le Père [64] […] Mais n'avons-nous pas besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même ? […] disons donc hardiment, avec saint Bernard, que nous avons besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même, et que la divine Marie est celle qui est la plus capable de remplir cet office charitable [65].

Pour aller à Jésus, il faut aller à Marie, c'est notre médiatrice d’intercession ; pour aller au Père éternel, il faut aller à Jésus, c'est notre Médiateur de Rédemption [66].

 

— Le discernement des fausses dévotions d'avec la vraie dévotion

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort signale qu'il y a plus que jamais de fausses dévotions à la sainte Vierge [67]…, et qu'il est très important de connaître […] les fausses dévotions à la très sainte Vierge pour les éviter, et la véritable pour l'embrasser [68].

 

Fausses dévotions. Saint Pie X signale une première fausse dévotion :

 

Infortunés, qui négligent Marie sous prétexte d'honneur à rendre à Jésus-Christ !

Comme si l'on pouvait trouver l'enfant autrement qu'avec sa mère [69] !

 

Ce sont ceux que le père de Montfort appelle les dévots scrupuleux :

 

Les dévots scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le Fils en ho­norant la Mère, d'abaisser l'un en élevant l'autre [70].

 

Saint Pie X dénonce encore une autre fausse dévotion :

 

Que chacun se persuade donc bien de cette vérité, que, si sa piété à l'égard de la bienheureuse Vierge ne le retient pas de pécher ou ne lui inspire pas la volonté d'amender une vie coupable, c'est là une piété fallacieuse et mensongère, dépourvue qu'elle est de son effet propre et de son fruit naturel [71].

 

De même le père Grignion dénonce les dévots présomptueux :

 

[Les] dévots présomptueux [sont des pécheurs] qui, sous prétexte de leur fausse dévotion à la sainte Vierge, croupissent dans leurs péchés […] Leur dévotion n'est qu'une illusion du diable… une présomption pernicieuse […] Rien n'est si damnable dans le christianisme, que cette présomption diabolique [72]

 

Vraie dévotion. Saint Pie X passe aux marques de la vraie dévotion qui doit être intérieure :

 

Le culte de la Mère de Dieu doit jaillir du cœur ; les actes du corps n'ont ici uti­lité ni valeur s'ils sont isolés des actes de l'âme. Or, ceux-ci ne peuvent se rapporter qu'à un seul objet, qui est que nous observions pleinement ce que le divin Fils de Marie commande. Car, si l'amour véritable est celui-là seul qui a la vertu d'unir les volontés, il est de toute nécessité que nous ayons cette même volonté avec Marie de servir Jésus Notre-Seigneur. La recommandation que fit cette Vierge très prudente aux serviteurs des Noces de Cana, elle  nous l'adresse à nous-mêmes : Faites tout ce qu'il vous dira (Jn 2, 5). Or, voici la parole de Jésus-Christ : Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements (Mt 19,17) [73].

 

Le père de Montfort, qui donne cinq notes de la vraie dévotion mariale [74], précise de même :

 

La vraie dévotion à la sainte Vierge est intérieure, c'est-à-dire qu'elle part de l'es­prit et du cœur [75] […]

 

Saint Pie X précise que la vraie dévotion doit être sainte :

 

Si donc Dieu a en telle horreur le péché d'avoir voulu affranchir la future Mère de son Fils non seulement de ces taches qui se contractent volontairement, mais, par une faveur spéciale et en prévision des mérites de Jésus-Christ, de cette autre encore dont une sorte de funeste héritage nous transmet à nous tous, les en­fants d'Adam, la triste marque, qui peut douter que ce ne soit un devoir pour qui­conque prétend gagner par ses hommages le cœur de Marie, de corriger ce qu'il peut y avoir en lui d'habitudes vicieuses et dépravées, et de dompter les passions qui l'incitent au mal ?

Quiconque veut, en outre – et qui ne doit le vouloir ? – que sa dévotion envers la Vierge soit digne d'elle et parfaite, doit aller plus loin, et tendre, par tous les ef­forts, à l'imitation de ses exemples. C'est une loi divine, en effet, que ceux-là seuls obtiennent l'éternelle béatitude qui se trouvent avoir reproduit en eux, par une fidèle imitation, la forme de la patience et de la sainteté de Jésus-Christ [76].

 

De même, le père Grignion :

 

[…] La vraie dévotion à la sainte Vierge est sainte, c'est-à-dire qu'elle porte une âme à éviter le péché et à imiter les vertus de la très sainte Vierge [77].

 

— Le rôle maternel de Marie

 

Saint Pie X précise ainsi le rôle maternel de Marie :

 

Mais telle est généralement notre infirmité, que la sublimité de cet exemplaire aisément nous décourage. Aussi ce fut, de la part de Dieu, une attention toute pro­videntielle, que de nous en proposer un autre aussi rapproché de Jésus-Christ qu'il est permis à l'humaine nature, et néanmoins merveilleusement accommodé à notre faiblesse. C'est la Mère de Dieu, et nul autre [78].

 

Voici ce que dit saint Louis de Montfort sur ce thème :

 

Si nous craignons d'aller directement à Jésus-Christ Dieu […], implorons hardiment l'aide et l'intercession de Marie notre Mère […]. Il n'y a en elle rien d'austère ni rebutant, rien de trop sublime et de trop brillant […] Elle est belle et douce comme la lune, qui reçoit sa lumière du soleil et la tempère pour la rendre conforme à notre petite portée [79].

[…] Il faut, dans ses actions, regarder Marie comme un modèle accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a formé dans une pure créature, pour imiter selon notre petite portée [80].

 

Conclusion

 

Saint Pie X, en tant que souverain pontife, a donc été un grand promoteur de La Vraie Dévotion à la sainte Vierge selon l’esprit de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Un théologien vient confirmer cette analyse :

 

Pie X surtout a mis, dans un relief saisissant, la doctrine de la médiation uni­verselle de Marie et de sa maternité spirituelle dans sa belle encyclique Ad diem il­lum, qui n’est en substance qu’une transposition du livre de La Vraie dévotion du bienheureux de Montfort : le saint pontife était d’ailleurs un admirateur fervent du célèbre petit traité […]. Aussi bien, trouve-t-on, dans cette encyclique mariale, non seulement les pensées les plus familières du grand serviteur de Marie, mais souvent même ses expressions [81]

 

Il est donc vraiment permis de dire, du Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge, avec M. Rigault, que saint Pie X « s’en imprégna au point d’avoir conféré aux pensées et aux paroles de Montfort la souveraine autorité de son magistère ».

 

 

Le cinquantenaire des apparitions de Lourdes (1908)

 

Saint Pie X a, quatre ans plus tard, la joie de célébrer un deuxième cinquan­tenaire. Quatre ans après la proclamation du dogme de l’immaculée conception par le pape Pie IX, la Vierge Immaculée a daigné apparaître à Lourdes, à Bernadette Soubirous, pour se faire l’écho du vicaire de son divin Fils. Quatre ans donc après le cinquantenaire de la proclamation du dogme, le saint pape al­lait devoir nécessairement célébrer le cinquantenaire des apparitions de l’imma­culée Mère de Dieu à Lourdes.

 

Les prémisses : la grotte de Lourdes du Vatican

 

Il faut rappeler que dès le début de son pontificat, saint Pie X avait voulu embellir la grotte de Lourdes du Vatican. La lettre La première fois du 21 janvier 1904 à l’évêque de Tarbes en témoigne :

 

La première fois que Nous avons visité les jardins du Vatican, nous avons été surpris de devoir constater que devant la sainte image de la Vierge de Lourdes, il n’y avait pas une lampe ou autre signe de culte. Nous en avons parlé à Mgr Radini-Tedeschi lors de son retour à Rome en lui exprimant notre désir que la grotte fût embellie et pourvue de tout le nécessaire pour pouvoir y célébrer la sainte messe [82].

 

La préparation des fêtes du Cinquantenaire 

des apparitions de Lourdes

 

Dans la lettre Solemnia sacra, du 24 décembre 1907, saint Pie X précise qu’il convient

 

sans aucun doute que, pour en célébrer la mémoire, Notre piété prêche hau­tement d’exemple à la piété des fidèles, et que Nous soyons, auprès de l’auguste Mère de Dieu, l’interprète, dirions-nous, de la reconnaissance publique.

 

C’est pourquoi il nomme l’archevêque de Bordeaux légat pour

 

les solennités saintes qui, pour le mois de février prochain, se préparent à Lourdes, à l’occasion du Cinquantenaire du jour où l’immaculée Mère de Dieu s’est, en des apparitions merveilleuses, manifestée auprès de cette ville [83].

 

La fête liturgique de l’apparition de Lourdes

 

Du point de vue liturgique, saint Pie X, dès le début de son pontificat, ac­complira un acte important en faveur de l’immaculée Mère de Dieu. A l’occa­sion du cinquantenaire des apparitions de Lourdes, il va étendre à l’Église catholique du monde entier [84] la fête de l’Apparition de la bienheureuse Vierge Marie immaculée à Lourdes :

 

Sa Sainteté accueillant ces supplications avec la plus grande bienveillance […] touchée aussi des innombrables pèlerinages qui se rendent à ce sanctuaire, actes de foi splendides répétés sans interruption par des foules immenses de fidèles ; mue surtout par sa dévotion constante envers la Mère immaculée de Dieu, et dans l’espoir que le développement du culte envers la Mère Immaculée attirera sur l’Église du Christ, en ces temps difficiles, les secours multipliés de cette puissante protectrice, a ordonné que la fête de l’Apparition de la bienheureuse Vierge immaculée […] soit cé­lébrée chaque année, le 11 février, à partir de l’an prochain, cinquantenaire des apparitions de la Vierge Mère de Dieu sur les bords du Gave [85]. »

 

Les apparitions de Lourdes en 1858 sont, actuellement, les seules apparitions privées bénéficiant d’une fête célébrée dans le calendrier liturgique universel de l’Église catholique : que ce soit aux Amériques, en Europe, en Afrique, en Asie ou dans les contrées les plus reculées de l’Océanie, tous les ans, le 11 février, grâce à saint Pie X, tous les catholiques de la terre entière célèbrent l’Apparition de la Bienheureuse Vierge immaculée en France, sur les bords du Gave, à Lourdes.

 

Conclusion

 

Dévot de Marie immaculée en raison de la foi catholique apostolique et ro­maine, saint Pie X ne pouvait qu’être dévot à Notre-Dame de Lourdes. Après avoir célébré le premier jubilé de 1904, qui était un jubilé dogmatique, il ne pouvait, en 1908, que célébrer le jubilé mystique de la Vierge Marie apparue à Lourdes.

 

 

— II — 

 

La parfaite dévotion mariale de saint Pie X en particulier

 

Saint Louis de Montfort précise ensuite dans le paragraphe qui articule tout son traité :

 

Secondement, [il est très important de connaître] parmi tant de pratiques dif­férentes de la vraie dévotion à la sainte Vierge, quelle est la plus parfaite, la plus agréable à la sainte Vierge, la plus glorieuse à Dieu et la plus sanctifiante pour nous, afin de nous y attacher [86]

 

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a conduit la parfaite dévotion ma­riale [87] – ou saint esclavage [88] – à un sommet insurpassable. L’acte initial de cette dévotion est une Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse in­carnée, par les mains de Marie [89],

 

dans laquelle tout est donné ou consacré, jusqu’au droit de disposer de ses biens intérieurs, et les satisfactions qu’on gagne par ses bonnes œuvres de jour en jour : ce qu’on ne fait dans aucune religion [90].

 

Voici l’essentiel de cette consécration :

 

Je vous choisis aujourd’hui, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité [91].

 

Il s’agit, dans cette seconde partie, de mettre en relief, chez saint Pie X, ce que saint Louis-Marie Grignion de Montfort appelle la parfaite dévotion à la sainte Vierge, c’est-à-dire le saint esclavage.

 

 

Saint Pie X a fait la consécration mariale montfortaine du saint esclavage

 

Un troisième cinquantenaire va mettre en lumière le saint esclavage de saint Pie X : le cinquantenaire de son ordination sacerdotale (1908).

Saint Pie X, qui s’était constitué l’esclave de Jésus en Marie par la consécra­tion mariale montfortaine, a accepté d’être inscrit dans le registre de la confrérie des prêtres de Marie Reine des cœurs [92] :

 

Depuis 1907 existait également […] une association de prêtres de Marie Reine des cœurs, section sacerdotale de l’archiconfrérie [93]. Cette association avait des sta­tuts à part, qui en définissent le double but :

1°) sanctifier leur vie sacerdotale par la pratique de la parfaite dévotion à Marie telle que l’enseigne le bienheureux de Montfort ;

2°) faire de cette dévotion leur grand moyen d’apostolat pour établir par Marie le règne de Jésus-Christ aussi bien dans les individus que dans la famille et la so­ciété [94].

 

C’est au cours de l’audience privée du 27 décembre 1908 que le pape ac­cepta de s’inscrire :

 

Le père Hubert-Marie Gebhard, procureur général des Montfortains présente à cette occasion le Manuel des prêtres de Marie :

— Très Saint Père, ce sont les statuts d’une association de prêtres dont son Éminence le Cardinal Vannutelli est le protecteur. Son Éminence a obtenu déjà, de votre Sainteté, une bénédiction et de précieuses faveurs pour les prêtres qui en font partie et qui s’appliquent à répandre la vraie dévotion à la très sainte Vierge. Mais, en souvenir de ses noces d’or sacerdotales [95], Votre Sainteté daignerait-elle donner aussi son nom à notre association ?

— Eh ! oui, très volontiers je m’inscris au nombre des prêtres de Marie ré­pondit le pape, avec un bon sourire, le sourire heureux d’un père mis à même d’ac­corder à ses fils une faveur qu’il sait devoir leur causer une grande joie [96].

 

Le nom du pape figure dans une liste de personnages célèbres : saint Théophane Vénard, saint Maximilien-Marie Kolbe, Léon XIII, les cardinaux Mercier et Lépicier [97], l’abbé Édouard Poppe, le saint frère Mutien-Marie, le père Jacquier [98], etc [99]. Mais saint Pie X est l’homme le plus illustre de l’Église – souverain pontife et saint canonisé – ayant fait cette consécration du père de Montfort.

 

 

Saint Pie X vivifie

les confréries Marie Reine des cœurs

par concession d’indulgences

 

Un autre fait est significatif. Sous le pontificat de saint Pie X, cette dévotion mariale du père de Montfort a été enrichie d’indulgences [100]. Cette mesure, pour­tant discrète, va vivifier toutes les confréries.

 

Pour ceux qui font leur consécration

 

1°) Indulgence plénière [101] les jours […] de Noël, de la Purification, de Notre-Dame des Sept douleurs (les deux fêtes), de la Visitation, de l’Assomption ; et à l’article de la mort (Pie X, concession le 18 décembre 1913).

 

Pour ceux qui renouvellent leur consécration

 

2°) Aux fêtes de l’Immaculée Conception (8 décembre) et du bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort (28 avril), une indulgence plénière applicable aux défunts a été accordée par Sa Sainteté le pape Pie X (concession le 24 décembre 1907), aux conditions ordinaires à tous ceux qui font ou renou­vellent leur consécration selon la formule du bienheureux de Montfort.

 

Pour ceux qui vivent de leur consécration

dans leurs actions quotidiennes

 

3°) Une indulgence de 300 jours toutes les fois qu’ils renouvellent leur consécration par ces mots :

 

Je suis tout à vous, et tout ce que j’ai, je vous l’offre, ô mon aimable Jésus, par Marie votre très sainte Mère.

 

Une indulgence de 100 jours chaque fois qu’ils font quelque bonne œuvre en union avec la très sainte Vierge, dans l’esprit de l’Archiconfrérie (Pie X, conces­sion le 18 décembre 1913).

Il faut vraiment dire que, par ces discrètes concessions d’indulgences, saint Pie X a insufflé et stimulé une nouvelle vie mariale dans les confréries Marie Reine des cœurs. Car « l’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur [102] », c’est-à-dire à vivre sous l’influence de la sainte Vierge :

 

Voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint-Esprit appelle à une haute perfection. C’est, en quatre mots, de faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus [103]… Il faut se livrer à l’esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière qu’elle voudra… Il faut, de temps en temps, pendant son action et après l’action renouveler le même acte d’of­frande et d’union ; et plus on le fera, et plus tôt on se sanctifiera, et plus tôt on ar­rivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie, puisque l’esprit de Marie est l’Esprit de Jésus [104].

 

 

Saint Pie X organise

les confréries Marie Reine des cœurs

 

C’est le père de Montfort qui, le premier, avait émis l’idée d’une confrérie Marie Reine des cœurs [105]. Sous le pontificat de saint Pie X, un événement va marquer l’histoire [106] des confréries Marie Reine des cœurs qui regroupaient les personnes ayant fait la consécration mariale montfortaine :

 

En 1913, par décret de [saint] Pie X (28 avril), la confrérie de Rome avait été élevée au titre d’archiconfrérie, à laquelle devaient désormais être rattachées toutes les confréries existantes ou à venir [107].

 

Grâce à saint Pie X, les confréries Marie Reine des cœurs vont être organisées et animées par une vie mariale intense dans l’esprit du père de Montfort, avec, parmi ses membres, le Père commun de tous les fils de Marie : quelle œuvre plus belle et plus complète pouvait faire saint Pie X en faveur du saint es­clavage ?

 

 

Conclusion

 

Si saint Pie X fut le promoteur de la vraie dévotion mariale, selon l'esprit du père de Montfort, en général, pour toute l'Église, il faut conclure qu'il fut éga­lement le promoteur de la parfaite dévotion mariale – qu'on appelle saint escla­vage – enseignée par saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

 

— III —

 

Les conséquences

de la dévotion mariale de saint Pie X

 

Il reste à mettre en lumière les conséquences de la dévotion mariale de saint Pie X dans sa charge de souverain pontife. Pour cela, il faut d'abord montrer comment la dévotion mariale a conduit saint Pie X à la sainteté, c'est-à-dire à l'union parfaite au Christ, Sagesse éternelle incarnée ; et, ensuite, montrer que les effets merveilleux de la Sagesse éternelle dans l'âme de saint Pie X ont re­jailli sur toute l'Église.

 

 

La vraie dévotion à la sainte Vierge est

le plus grand moyen d'acquérir la sainteté

 

La sainteté consistant dans une union intime avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sagesse éternelle incarnée, il faut simplement rappeler avec toute la Tradition catholique, reprise par le père Grignion, que c'est la Vierge Marie qui forme Jésus-Christ, son Fils, dans les âmes :

Je dis que les saints sont moulés en Marie […] Saint Augustin appelle la sainte Vierge Forma Dei : le moule de Dieu… Celui qui est jeté dans ce moule divin est bientôt formé et moulé en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en lui : à peu de frais et en peu de temps, il deviendra dieu [108], puisqu’il est jeté dans le même moule qui a formé un Dieu [109].

 

Le procès de canonisation de saint Pie X prouve qu’il est arrivé à la sainteté. Mais aurait-il pu arriver à ce terme sans une grande dévotion à la sainte Vierge ? Voici la réponse du Docteur et Apôtre de la Médiation universelle de la Vierge Marie :

 

Je ne crois pas qu’une personne puisse acquérir une union intime avec Notre-Seigneur et une parfaite fidélité au Saint-Esprit, sans une très grande union avec la très sainte Vierge et une grande dépendance de son secours [110].

 

Dans l’acquisition de la sainteté, la dévotion mariale a donc une place toute particulière [111]. Le traité de L’Amour de la Sagesse éternelle de saint Louis-Marie Grignion de Montfort présente la dévotion mariale comme étant un des quatre moyens [112] d’acquérir cette Sagesse éternelle, c’est-à-dire l’union à Jésus-Christ :

 

Voici enfin le plus grand des moyens et le plus merveilleux de tous les secrets pour acquérir et conserver la divine Sagesse, savoir : une tendre et véritable dévo­tion à la sainte Vierge.

 

C’est bien ce moyen dont le dernier pape canonisé au XXe siècle a fait usage tout au long de sa carrière de géant : l’étude ci-dessus l’a démontré largement.

 

 

La sainteté de saint Pie X a rayonné

sur toute l’Église catholique

 

La dévotion mariale de saint Pie X a vraiment attiré Jésus-Christ, la Sagesse éternelle dans son âme : la canonisation de saint Pie X en a fait la preuve offi­cielle [113]. Dans le traité de l’Amour de la Sagesse éternelle, saint Louis-Marie de Montfort énumère les effets merveilleux que produit la vraie dévotion à la sainte Vierge dans les âmes :

 

Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne tous les dons du Saint-Esprit et toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir, les vertus théologales : une foi vive, une espérance ferme, une charité ardente ; les vertus cardinales : une tempérance réglée, une prudence consommée, une justice parfaite et une force invincible ; les vertus morales : une religion parfaite, une humilité pro­fonde, une douceur charmante, une obéissance aveugle, un détachement universel, une mortification continuelle, une oraison sublime, etc. [114].

 

C’est en tant que pape que saint Pie X a été canonisé : il n’est pas possible de distinguer une sainteté privée et une sainteté publique. La sainteté person­nelle de Pie X a donc nécessairement eu un rayonnement ecclésial. Pour le dé­montrer, il est intéressant de rattacher les plus importants documents du pape aux différentes vertus. Un classement, même sommaire, jettera une lumière sur la sagesse de l’œuvre du pape Pie X. Deux sections pour cette analyse : les ver­tus théologales et les autres vertus.

Les vertus théologales

 

Voici l’enseignement du père Grignion sur le rôle de la Sagesse attirée dans l’âme par la dévotion mariale :

 

Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne… toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir, les vertus théologales : une foi vive, une espérance ferme, une charité ardente [115] […]

 

Il faut donc rattacher à ces trois pôles des vertus théologales les documents les plus importants de saint Pie X.

 

La vertu théologale de foi

 

Grâce à la Sagesse éternelle attirée dans son âme par la Vierge Marie, saint Pie X a été un grand confesseur de la foi catholique, soit en la proclamant et la faisant proclamer, soit en la défendant :

 

La Sagesse éternelle communique son esprit tout de lumière à l’âme qui la possède [116] […] Elle communique à l’homme la grande science des saints [117] […] C’est dans cette source infinie de lumières que les plus grands docteurs de l’Église, entre autres saint Thomas d’Aquin, comme il l’avoue lui-même, ont puisé ces admirables connaissances qui les ont rendus recommandables [118].

 

Cette lumière qui a si bien éclairé saint Pie X, c’est bien une foi profonde et lumineuse qui rejaillit dans ses grands documents.

 

— Les documents

 

Dès le début de son pontificat, en bon médecin des âmes, saint Pie X a commencé par diagnostiquer le mal de l’ignorance et prescrire le remède de l’instruction dans l’encyclique E Supremi apostolatus [119]. C’est la réalisation de ce que promet le père de Montfort à ceux qui obtiennent la Sagesse éternelle par Marie :

 

La Sagesse éternelle communique son esprit de lumière à l’âme qui la possède […] C’est cet esprit subtil et pénétrant qui fait qu’un homme […] juge de toutes choses avec un grand discernement et une grande pénétration [120].

 

Pour favoriser la proclamation de la foi, il a publié le motu proprio Doctoris angelici [121] pour la bonne formation du clergé, et l’encyclique Acerbo nimis [122] pour l’instruction du peuple chrétien. Ces documents constituent la partie posi­tive de l’action de saint Pie X en faveur de la foi catholique.

Pour défendre la foi, il fait une recension, ou encore l’inventaire et le cata­logue des erreurs modernes dans le décret Lamentabili sane exitu [123] ; il en a systématisé la doctrine dans l’encyclique Pascendi Dominici gregis [124] contre les erreurs modernistes ; il a pris des mesures pour protéger la foi catholique et sanctionner les contrevenants dans le motu proprio Sacrorum antistitum [125].

Ce classement, qui n’est pas exhaustif, fait ressortir à merveille la sagesse de la thérapie magistérielle de saint Pie X.

 

— Rôle de la dévotion mariale dans l’accroissement de la vertu de foi

 

Ce travail de saint Pie X en faveur de la foi est une conséquence de sa dévo­tion mariale, suivant l’enseignement de Louis-Marie. Dans le chapitre relatif aux effets merveilleux que la dévotion mariale produit dans les âmes, il enseigne que :

 

La sainte Vierge vous donnera part à sa foi, qui a été plus grande sur la terre que la foi de tous les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints […] Plus donc vous gagnerez la bienveillance de cette auguste princesse et Vierge fidèle, plus vous aurez de pure foi dans toute votre conduite [126].

 

Par sa dévotion mariale, saint Pie X a protégé la foi catholique du ver ron­geur moderniste : la clairvoyance du pape saint Pie X, dans cette question, n’est-elle pas une grâce mariale :

 

Réjouissez-vous, Vierge Marie, à vous seule vous avez écrasé toutes les hérésies dans le monde entier [127].

 

La vertu théologale d’espérance

 

—  Les documents

 

La prière. Saint Pie X a su aussi susciter un grand accroissement de la vertu d’espérance. A cette vertu, se rattachent la prière, privée et liturgique, et la ré­ception de la grâce par les sacrements [128] dans l’Église.

Saint Pie X a favorisé la prière de l’Église. D’abord la prière mariale privée : l’exemple de la lettre Se e nostro dovere pour la diffusion de la Prière à l’Imma­culée [129] l’a démontré. Il a fait de même pour la prière publique et liturgique, en général, par le Motu proprio Tra le sollecitudini [130] sur la musique sacrée, pour la promotion du chant grégorien et de la polyphonie. Également pour la prière liturgique, en particulier, avec l’extension de la fête de l’Apparition de la bien­heureuse Vierge Marie Immaculée à Lourdes à toute l’Église par le décret Immaculatæ [131].

 

La grâce. Toute notre espérance résidant en Notre-Seigneur Jésus-Christ, saint Pie X devait nécessairement, par sa sagesse, nous rapprocher de Notre-Seigneur vraiment, réellement et substantiellement présent dans la sainte eucha­ristie qui contient non seulement la grâce, mais aussi l’auteur de la grâce. Il l’a fait par deux documents importants. Par le décret Quam singulari [132], il a permis aux âmes de s’approcher dès le plus jeune âge de la sainte communion. Par le décret Sacra Tridentina synodus [133], il a permis à toutes les âmes de bonne vo­lonté la communion fréquente et même quotidienne.

 

— Rôle de la dévotion mariale dans l’accroissement de l’espérance

 

La prière. Il faut faire remarquer ici que la dévotion mariale du saint pape a aussi contribué à l’accroissement de la vertu d’espérance, conformément à l’en­seignement de la Tradition repris par saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

 

Je dis avec saint Bernard : elle est celle en qui j’ai mis ma plus grande confiance, elle est toute la raison de mon espérance. Faites-vous expliquer ces pa­roles. Je ne les aurais osé avancer de moi-même [134].

 

La grâce. Une fois encore, il faut affirmer que ce rapprochement des âmes vis-à-vis de Jésus-Hostie est le fruit de la dévotion mariale de saint Pie X, conformément à l’enseignement traditionnel du père Grignion :

 

Si donc nous établissons la solide dévotion de la très sainte Vierge, ce n’est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ [135].

 

Il faut souligner, à ce propos, que le Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge du père de Montfort se termine par la manière de pratiquer cette dévo­tion dans la sainte communion [136].

 

La vertu théologale de charité

 

Saint Pie X a aussi publié des documents propres à stimuler la charité, et donc l’amour de Dieu, qui consiste principalement, comme il a été dit, dans l’observation de la Loi [137]. Cet ordre de la charité est instauré et conservé, dans l’Église, par deux choses : par la hiérarchie et par les lois ecclésiastiques.

 

—  Les documents

 

La hiérarchie. Saint Pie X va s’adresser à toute la hiérarchie ecclésiastique. Pour le pape, c’est-à-dire pour lui-même, saint Pie X s’est fixé un programme dans l’encyclique E supremi apostolatus déjà citée.

Pour son gouvernement, saint Pie X a réorganisé la Curie romaine par la Constitution apostolique Sapienti consilio [138], et par le nouveau Règlement des dicastères pontificaux [139]. Il a également adressé à l’épiscopat l’encyclique Iucunda sane [140] sur la charge de ceux qui gouvernent l’Église. Pour le progrès du sacerdoce, il a publié l’exhortation Haerent animo [141]. Ce document a été élaboré à l’occasion de son jubilé sacerdotal, troisième jubilé important pour notre sujet [142].

 

La loi ecclésiastique. Jusqu’à saint Pie X, les lois ecclésiastiques étaient épar­pillées dans différents recueils de lois et décrets ecclésiastiques. C’est ce saint pape qui, dans sa sagesse, va les réunir et les organiser dans ce qui sera le premier code de Droit canonique, lequel ne sera publié que sous le pontificat de Benoît XV, en 1917. Deux documents importants sur ce sujet ont été publiés par le pape Pie X : Le Motu proprio Arduum sane munus [143], et la lettre Pergratum mihi [144].

 

— Rôle de la dévotion mariale dans l’accroissement de la charité

 

Saint Louis-Marie de Montfort signale encore, parmi les effets merveilleux de la dévotion mariale, la grâce du pur amour, qui est, normalement, le fruit de l’observation parfaite de la loi de charité :

 

Cette Mère de la belle dilection ôtera de votre cœur tout scrupule et toute crainte servile déréglée : elle l’ouvrira et l’élargira pour courir dans les commande­ments de son Fils avec la sainte liberté des enfants de Dieu, pour y introduire le pur amour dont elle a le trésor ; en sorte que vous ne vous conduirez plus […] par crainte à l’égard de Dieu charité, mais par le pur amour [145].

 

Au commencement, la Sagesse a tout fait avec ordre [146] rappelle le père de Montfort. La vraie dévotion à la sainte Vierge étant le grand moyen d’attirer la Sagesse éternelle dans une âme, il n’est pas étonnant que saint Pie X, pape ma­rial, ait si bien rayonné cet ordre de la Sagesse dans toute sa conduite de l’Église : il a mis de l’ordre dans les lois ecclésiastiques, et a veillé à ce que cet ordre soit gardé par la hiérarchie ecclésiastique. Saint Pie X a été un grand or­ganisateur.

 

Les vertus cardinales et morales

 

Il faut principalement souligner la vertu de prudence de saint Pie X : d’une part, parce qu’elle est la vertu propre du sacerdoce qu’il a reçu en plénitude ; d’autre part, parce qu’elle est la vertu propre du chef, ce qu’il a été au degré souverain : il n’y a pas de degré hiérarchique plus élevé sur terre que la fonc­tion de vicaire de Jésus-Christ. Il faut aussi dire un mot des autres vertus de saint Pie X en général, vertus cardinales et morales.

 

La vertu cardinale de prudence

 

La vertu de prudence de saint Pie X va éclater spécialement en deux cir­constances : premièrement, dans sa conduite de l’Église dans ses rapports avec les États, spécialement dans l’affaire de la Loi de séparation en France ; deuxiè­mement, vis-à-vis du Sillon. Dans ces deux questions, la régnative [147], vertu de prudence du chef, sera toute surnaturelle chez saint Pie X.

 

— Les documents

 

Le libéralisme absolu. C’est dans l’affaire de la séparation de l’Église et de l’État que saint Pie X va le mieux manifester sa prudence toute surnaturelle. Le document majeur sur ce sujet est l’encyclique Vehementer nos [148], dans laquelle le pape défendra la constitution divine de l’Église et sa primauté de pouvoir face à l’État. Ce n’est pas l’unique document, mais c’est le principal.

Le catholicisme libéral. Saint Pie X a eu à s’occuper également du Sillon de Marc Sangnier. Une erreur peut-être plus subtile : sans prétendre faire rupture avec l’Église, il souhaitait réconcilier l’Église et la démocratie [149]. Saint Pie X, par sa prudence toute surnaturelle, saura une nouvelle fois démasquer l’erreur avec la lettre Notre charge apostolique [150] sur le Sillon.

 

— Rôle de la dévotion mariale dans l’accroissement de la vertu de prudence

 

Toujours selon le même principe montfortain, à savoir que la dévotion ma­riale est le grand moyen d’attirer la Sagesse éternelle dans une âme :

 

Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne tous les dons du Saint-Esprit et toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir, les vertus théologales […] les vertus cardinales : […] une prudence consommée, […] etc.  [151].

 

La clairvoyance du pape saint Pie X vis-à-vis de la Loi de séparation et du Sillon n’est-elle pas aussi une grâce mariale ? Le père de Montfort affirme que :

 

L’humble Marie aura toujours la victoire sur cet orgueilleux [c’est-à-dire le démon, père du modernisme], et si grande qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil ; elle découvrira toujours sa malice de serpent ; elle éventera ses mines infernales, elle dissipera ses conseils diaboliques, et garantira jusqu’à la fin des temps ses fidèles serviteurs de sa patte cruelle [152].

 

 

Les autres vertus

 

Pour mettre en lumière la pratique de toutes les vertus de saint Pie X, il est nécessaire de consulter les biographies écrites en son honneur [153], et de relever, classer et ordonner ses actions suivant la nomenclature classique des vertus ré­parties en vertus théologales, cardinales et morales. C’est un approfondissement qui requiert une autre étude complète plus détaillée.

 

— Réponse à une objection

 

Des objections ont été faites contre la conduite de saint Pie X dans sa lutte contre le modernisme. Il faut, à ce sujet, signaler un rapport d’enquête [154], fait lors du procès de canonisation, qui met en lumière l’héroïcité des vertus dans la conduite du pape saint Pie X dans ce problème à la fois particulier et important de son pontificat.

 

— Rôle de la dévotion mariale dans l’accroissement de toutes les vertus

 

Il faut rappeler, selon saint Louis-Marie de Montfort, la suite des effets qu’opère la Sagesse éternelle lorsque la dévotion mariale l’a attirée dans une âme :

 

Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne […] toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir […] les vertus cardinales : une tempérance réglée, une prudence consommée, une justice parfaite et une force invincible ; les vertus morales : une religion parfaite, une humilité profonde, une douceur charmante, une obéissance aveugle, un détachement universel, une morti­fication continuelle, une oraison sublime, etc. [155].

 

L’héroïcité des vertus de Pie X est le fruit de sa dévotion mariale : le vicaire du Christ est vraiment parvenu par l’intercession de la sainte Vierge, « à la pléni­tude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux [156] ».

 

 

Conclusion générale

 

Cette étude a démontré que saint Pie X fut un grand pape marial. Dans les documents officiels de sa charge de souverain pasteur de toute l’Église, il a été le promoteur de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge [157]. Il a été aussi, personnel­lement, le promoteur du saint esclavage [158] : au témoignage des Montfortains [159], saint Pie X a eu un rôle déterminant dans l’histoire de la propagation du saint esclavage :

 

Il n’est plus, le temps où il fallait, à grands renforts d’érudition, défendre une pratique qui déplaisait parce qu’elle était méconnue. Aujourd’hui, elle se montre au monde revêtue d’une suprême approbation, et elle peut continuer sa trouée la tête haute et fière. Le pape a parlé si clair que tout catholique comprendra [160].

 

De plus, ce travail prouve également que sa sainteté pontificale [161] fut le fruit de sa dévotion mariale comme le prévoit saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

 

Plus [le Saint-Esprit] trouve Marie, sa chère et indissoluble Épouse, dans une âme, et plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en Jésus-Christ [162].

 

Enfin, cet exposé sur la sainteté mariale de Pie X montre combien est vraie cette affirmation de saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

 

Le Très-Haut avec sa sainte Mère doivent se former de grands saints […]. Ces grandes âmes […] seront singulièrement dévotes à la très sainte Vierge… La for­mation et l’éducation des grands saints qui seront sur la fin du monde lui est ré­servée [163].

 

Que cette modeste contribution au centenaire de l’encyclique Ad diem illum (1904-2004) renouvelle notre dévotion envers la très sainte Vierge, saint Pie X et saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

 

Annexe

 

La confrérie  Marie Reine des cœurs 

dans la Tradition

 

Le 16 mars 2004, S.Exc. Mgr Fellay a donné son placet à M. l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, pour la confrérie Marie Reine des cœurs de la Tradition, « espérant qu’elle portera beau­coup de fruit. »

La confrérie Marie Reine des cœurs propose aux âmes d’approfondir le se­cret de Marie, c’est-à-dire d’aider les fidèles à se sanctifier dans « un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l’union avec Notre-Seigneur, où consiste la perfection du chrétien (VD 152).

La confrérie Marie Reine des cœurs s’adresse aux personnes qui ont fait la consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie, de saint Louis-Marie de Montfort.

La seule obligation consiste, d’une part à renouveler quotidiennement la consécration, ne serait-ce que par ces mots : « Je suis tout à vous, et tout ce que j’ai, je vous l’offre, ô mon aimable Jésus, par Marie votre très sainte Mère », d’autre part à s’efforcer de tout faire en union avec Marie, faisant tout par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie fin de pouvoir plus parfaitement vivre et agir par, avec, en et pour Jésus.

Une messe de saint Pie V est célébrée pour tous les membres, le premier samedi de chaque mois, par l’aumônier de la confrérie.

La confrérie Marie Reine des cœurs donne la possibilité de gagner des indul­gences. Elle propose un bulletin pour progresser dans la dévotion mariale.

Pour tout renseignement, ou pour s’inscrire, veuillez adresser votre demande (accompagnée d’une enveloppe timbrée à votre adresse) à :

 

Confrérie Marie Reine des cœurs

50, rue de la Gare

59170 Croix (France).

 

 

 


 


[1] — Certaines citations de saint Louis-Marie Grignion de Montfort ne serviront qu’à mettre en lumière l’enseignement de saint Pie X.

[2] — Une audience privée du 27 décembre 1908, entre saint Pie X et le procureur général des Montfortains.

[3] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge [VDM] nº 91, Œuvres complètes [OC], Paris, Seuil, 1966, p. 546.

[4] — Encyclique E supremi apostolatus du 4 octobre 1903, Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, t. I [DP1], (1903-1908), Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1993, p. 33 à 41. Citation : p. 34.

[5]VDM nº 61, OC, p. 523.

[6] — Encyclique E supremi apostalatus du 4 octobre 1903, DP1, p. 31 à 41. Citation : p. 41.

[7]L’Amour de la Sagesse éternelle [ASE], nº 193, OC, p. 198-199.

[8] — Première citation : VDM nº 1, OC, p. 487 ; deuxième citation : VDM nº 249, OC, p. 655.

[9]VDM, nº 227, OC, p. 641.

[10]VDM, nº 62, OC, p. 524.

[11] — Bulle Ineffabilis Deus, du 8 décembre 1854 (DS 2803-2804 ; FC 397).

[12]DP1, p. 56-57.

[13] — Lettre du 8 septembre 1903, Se è Nostro dovere ; c’est le deuxième document des Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, DP1, p. 30-31.

[14] — Louis Le Crom, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Étampes, Clovis, 2003. Chap. II, Le Collège de Rennes, IV. Dévotion à la sainte Vierge, p. 56 à 59. Le père Le Crom, s.m.m. († 1958), dernier directeur spirituel de madame Lefebvre (voir Le Sel de la terre 46, p. 83-84), est le meilleur biographe du saint. Il a écrit cette biographie définitive du grand apôtre marial avant la canonisation par Pie XII (20 juillet 1947).

[15] — Le Crom, ibid., chap. XXIII, L’Écrivain spirituel, II, p. 610 à 614.

[16]VDM nº 26, OC, p. 500. Les Œuvres Complètes précisent en note : « François Poiré (1584-1637), de la Compagnie de Jésus […] Son ouvrage le plus important est La Triple Couronne de la bienheureuse Vierge Mère de Dieu issue de ses principales grandeurs d’excellence, de pouvoir et de bonté… paru pour la première fois à Paris en 1630. Montfort a connu l’édition de 1639, légèrement fautive, qui se trouvait à la bibliothèque de Saint-Sulpice ; il en a fait un résumé dans son Cahier de notes. »

[17]VDM, nº 234-235, OC, p. 644-645 ; Le Secret de Marie [SM], nº 64, OC, p. 470.

[18] — Toutes ces informations sont tirées de la présentation des Prières du matin et du soir, dans OC, p. 835-836.

[19]ASE, nº 224, OC, p. 215.

[20]VDM, nº 51, OC, p. 517.

[21]VDM, nº 52, OC, p. 517.

[22]VDM, nº 54, OC, p. 518-519.

[23] — Lettre encyclique E supremi apostolatus du 4 octobre 1903, DP1, p. 33 à 41. Citation : p. 34 et 35.

[24] — Lettre encyclique sur le modernisme, Pascendi Dominici gregis, 8 septembre 1907, DP1, p. 432 à 468. Citation p. 456.

[25]VDM, nº 38, OC, p. 508.

[26]VDM, nº 54, OC, p. 519.

[27] — Saint Augustin, De civitate Dei, L. XIV, ch. 28.

[28] — Saint Ignace, in Exercices spirituels, nº 136 à 147, Paris, éd. de l’Orante, 1959, p. 71-75.

[29] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Lettre circulaire aux Amis de la Croix, nº 7 à 12, OC, p. 225 à 228.

[30]Lettre aux habitants de Montbernage, [LM], nº 6, in fine, OC, p. 812.

[31]DP1 p. 94 sq.

[32] — Le Crom, ibid., p. 610-611.

[33] — Il faut noter que, du point de vue littéraire, les styles de saint Pie X et de saint Louis-Marie Grignion de Montfort sont diamétralement opposés : pour le premier un style très littéraire et délié ; pour le second, un style lapidaire, laconique et plus concis.

[34] — Georges Rigault, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, p. 195, éd. Les Traditions Françaises, Tourcoing, 1947. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une définition extraordinaire. Il s’agit du magistère ordinaire personnel du pape.

[35] — Le Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie.

[36] — Le père Albert Lepidi, O.P. (1838-1925) fut Maître du Sacré Palais durant tout le pontificat de saint Pie X. (NDLR.)

[37] — Revue montfortaine, Le Règne de Jésus par Marie, du 15 janvier 1909, vol. VIII, nº 1, p. 3 à 7.

[38] — Revue montfortaine, Le Règne de Jésus par Marie, du 15 mars 1909, vol. VIII, nº 3, p. 69 à 71.

[39] — Revue montfortaine, Le Règne de Jésus par Marie, du 15 janvier 1909, vol. VIII, nº 1, p. 6.

[40] — Le Crom, ibid., p. 513. Sur la romanité de saint Louis-Marie, voir aussi Le Sel de la terre 46, p. 79-80.

[41]VDM, nº 135 à 182, OC, p. 571 à 607.

[42]DP1, p. 95.

[43]DP1, p. 96.

[44]VDM, nº 152 à 158. Citation : nº 152, OC, p. 582.

[45]DP1, p. 96.

[46] — Id, Ibid.

[47]VDM nº 63, OC, p. 525.

[48]VDM, nº 75, OC, p. 534-535.

[49]VDM, nº 139, OC, p. 573-574.

[50]DP1, p. 96-97.

[51]VDM, nº 30, OC, p. 502.

[52]VDM, nº 32, OC, p. 504.

[53]VDM, nº 33, OC, p. 505.

[54]DP1, p. 97.

[55] — Début de citation : VDM, nº 24, OC, p. 499 ; fin de la citation : VDM, nº 28, OC, p. 502.

[56]DP1, p. 98.

[57]DP1, p. 98.

[58]VDM, nº 23 à 28, OC, p. 498 à 502.

[59] — C'est le titre donné par le cardinal Mercier au bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort dans une prière qu'il a rédigée pour obtenir la proclamation dogmatique de la médiation universelle de Marie et la canonisation de son grand apôtre. Imprimatur du 12 juin 1925. Origine : pères montfortains (Compagnie de Marie), Couvent de Marie-Médiatrice, boulevard de Diest, 127, Louvain, Belgique.

[60]VDM, nº 23, OC, p. 498.

[61]VDM, nº 24, OC, p. 499.

[62]VDM, nº 25, OC, p. 499.

[63]DP1, p. 97-98.

[64]VDM, nº 84, OC, p. 541.

[65]VDM, nº 85, OC, p. 542.

[66]VDM, nº 85, OC, p. 542.

[67]VDM, nº 90, OC, p. 545.

[68]VDM, nº 91 à 104, OC, p. 546 à 553. Citation : nº 91, OC, p. 546.

[69]DP1, p. 98.

[70]VDM, nº 94, OC, p. 548.

[71]DP1, p. 99.

[72]VDM, nº 97 à 100, OC, p. 549 à 552. Citations : VDM, nº 104, OC, p. 553 ; nº 97, OC, p. 550 ; nº 98, OC, p. 551.

[73]DP1, p. 99.

[74]VDM, nº 105 à 114, OC, p. 553 à 558.

[75]VDM, nº 106, OC, p. 554.

[76]DP1, p. 99-100.

[77]VDM, nº 108, OC, p. 554-555.

[78]DP1, p. 100.

[79] — Pour ce thème : VDM, nº 83 à 86. Citations : VDM, nº 85, OC, p. 542.

[80]VDM, nº 260, OC, p. 661-662.

[81] — R.P. Mura, Le Corps mystique du Christ, Paris, 1937. II, p. 132. Cité par la postulation générale montfortaine dans la préface de la reproduction photographique du manuscrit du Traité de la Vraie dévotion à la sainte Vierge (Rome, 22 avril 1942),  p. 26 et 27.

[82]DP1, p. 88.

[83]DP1, p. 500.

[84] — Décret Immaculatæ  Mariæ Virginis du 13 novembre 1907. DP1, t. I, p. 770-771.

[85]Ibid.

[86]VDM, nº 91, OC, p. 546.

[87]ASE, nº 219, OC, p. 211-212. Voir le développement de ce thème en VDM, nº 68 à 77, OC, p. 530 à 536.

[88]VDM, nº 244, OC, p. 651.

[89]ASE, nº 223 à 227, OC, p. 214 à 216.

[90]VDM, nº 121 à 124, OC, p. 563 à 566. Citation : nº 123, OC, p. 565. Par religion, il faut entendre ordre religieux.

[91]ASE, nº 225, OC, p. 215-216.

[92] — « Encouragée dès son origine par le pape [saint] Pie X, qui se fait inscrire sur les registres, elle se développe principalement en France, grâce […] à la Revue des prêtres de Marie Reine des cœurs, mais également en Italie, en Angleterre, en Espagne, en Colombie, au Mexique, au Vietnam… » Article Associations, dans Dictionnaire de spiritualité montfortaine (DSM), Novalis, 1994, t. II, 2 in fine, p. 93, 1e et 2e colonne.

[93] — Il semble y avoir, ici, dans la rédaction de l’article, une erreur de chronologie : la confrérie romaine ne sera élevée au rang d’archiconfrérie qu’en 1913. En 1907, l’archiconfrérie n’existait donc pas encore, tandis que la section sacerdotale des Prêtres de Marie Reine des cœurs venait d’être créée. C’est dans le registre de cette branche sacerdotale que s’est inscrit saint Pie X.

[94]DSM, article Associations, II, in fine, p. 93, 1e et 2e colonne.

[95] — Joseph Sarto, futur Pie X, avait été ordonné prêtre le 18 septembre 1858. Yves Chiron, Saint Pie X, réformateur de l’Église, Publications du Courrier de Rome, Versailles, 1999, p. 35.

[96] — Revue montfortaine Le Règne de Jésus par Marie, du 15 janvier 1909, vol. VIII, nº 1, et du 15 mars 1909, vol. VIII, nº 3.

[97] — Le cardinal Alexis Lépicier, de l’Ordre des Servites (1863-1936) est l’auteur de commentaires sur la Somme théologique de saint Thomas. (NDLR.)

[98] — Sur le père Gabriel Jacquier (1906-1942), grand apôtre marial, voir Le Sel de la terre 8, p. 182-189, et nº 42, p. 151-160. (NDLR.)

[99] — Plaquette présentant sommairement saint Louis-Marie Grignion de Montfort et ses familles religieuses. Sans date. Origine : Compagnie de Marie, rue Jean-Paul II, F-85290 Saint-Laurent-sur-Sèvre.

[100] — Résumé tiré du Traité de la Vraie Dévotion à la sainte Vierge, Librairie Mariale, Calvaire Montfort, Ponchâteau, 1934, p. 32*. Ces concessions ont été modifiées par la suite, sous Pie XII, et après Vatican II. (Sur la destruction des indulgences à la suite du concile Vatican II, voir Le Sel de la terre 48, p. 79-118. NDLR.)

[101] — Il faut rappeler que c’est Léon XIII qui avait accordé l’indulgence plénière pour les jours de l’admission dans la Confrérie Marie Reine des cœurs et pour la fête de l’Annonciation qui est la fête principale (VDM, nº 243, OC, p. 650) de cette dévotion mariale.

[102]VDM, nº 226 et 119, OC, p. 639-640 et 562.

[103]VDM, nº 257, OC, p. 659-660.

[104]VDM, nº 259, OC, p. 661.

[105]VDM, nº 227, OC, p. 661 : « cette dévotion […] n’est point érigée en confrérie, quoiqu’il le fût à souhaiter. » En 1899, la première confrérie Marie Reine des Cœurs était érigée à Ottawa par Mgr Duhamel ; en 1913, saint Pie X érigeait en archiconfrérie celle de Rome ; le 16 juillet 1955, le Saint-Siège déclarait Propriæ (selon le canon 686, §3 du code de Droit canonique) les deux associations distinctes pour les fidèles et les prêtres ; le 5 juillet 1956, il en approuvait les nouveaux statuts (OC, p. 641, note 2). Une nouvelle réforme a suivi Vatican II.

[106]DSM, article Associations, II, 2, in fine, p. 93, 1e col.

[107]DSM, article Associations, II, 2, in fine, p. 93, 1e col.

[108] — Pour saint Louis-Marie Grignion de Montfort, « devenir dieu » en Jésus-Christ, c’est arriver, par l’intercession de la sainte Vierge, « à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les cieux » : c’est la finale de la Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, par les mains de Marie (ASE, nº 227, OC, p. 216).

[109]VDM, nº 219, OC, p. 636.

[110]VDM, nº 43 OC, p. 511.

[111]VDM, nº 39, OC, p. 508.

[112] — Pour l’ensemble des quatre conditions : ASE, nº 181 à 227, OC, p. 190 à 216 ; pour la citation : ASE, nº 203, OC, p. 204.

[113] — Décret d’héroïcité des vertus le 3 septembre 1950 ; canonisation le 29 mai 1954. Y. Chiron, ibid., p. 345-346.

[114]ASE, nº 99, OC, p. 145-146.

[115] — Id., ibid.

[116]ASE, nº 92, OC, p. 141.

[117]ASE, nº 93, OC, p. 141.

[118]ASE, nº 94, OC, p. 142.

[119] — Encyclique E supremi apostolatus (4 octobre 1903), DP1, p. 33 à 41.

[120]ASE, nº 92, OC, p. 141.

[121] — Motu proprio Doctoris angelici sur l’étude de la doctrine de saint Thomas d’Aquin (29 juin 1914), Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, t. II, [DP2], (1909-1914), p. 578 à 581.

[122] — Encyclique Acerbo nimis sur l’enseignement de la doctrine catholique (15 avril 1905), DP1, p. 281 à 289.

[123] — Décret Lamentabili sane exitu, condamnation de 65 propositions modernistes (3 juillet 1907), DP1, p. 779 à 783.

[124] — Encyclique Pascendi dominici gregis sur les doctrines modernistes (8 septembre 1907), DP1, p. 432 à 468.

[125] — Motu proprio Sacrorum antistitum, lois pour repousser le péril du modernisme (1er septembre 1910), DP2, p. 267 à 284.

[126]VDM, nº 214, OC, p. 630.

[127] — Bréviaire romain, Commun des fêtes de la sainte Vierge, 7e antienne des Matines, au troisième nocturne.

[128] — Précisons que notre espérance s’appuie sur la toute-puissance divine, et qu’elle espère le bonheur éternel et la grâce pour y parvenir. La grâce nous étant accordée dans la prière et la réception des sacrements, on peut rattacher la liturgie – les actes sacramentels sont des actes liturgiques – à la vertu d’espérance, après avoir rattaché le magistère à la vertu de foi, et la loi à la vertu de charité : « Si vous m’aimez gardez mes commandements », dit Notre-Seigneur Jésus-Christ (Jn 14, 15 et 21). De même, en 1 Jn, 5, 3 : « L’amour de Dieu consiste en ce que nous gardions ses commandements. » Traduction de L.-Cl. Fillion d’après la Vulgate.

[129] — Lettre Se e nostro dovere (8 septembre 1903), pour la préparation du 50anniversiaire de la définition du dogme de l’immaculée conception, DP1, p. 30-31.

[130] — Motu proprio Tra le sollecitudini sur la musique sacrée (22 novembre 1903) DP1, p. 49 à 55.

[131] — Décret Immaculatæ Mariæ Virginis étendant à l’Église catholique du monde entier la fête de l’apparition de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée à Lourdes (13 novembre 1907). DP1, p. 770-771.

[132] — Décret Quam singulari sur l’âge d’admission à la première communion (8 août 1910), DP2, p. 651 à 656.

[133] — Décret Sacra tridentina synodus sur la réception quotidienne de la sainte eucharistie (20 décembre 1905), DP1, p. 673 à 676.

[134]LM, nº 6, OC, p. 812. Voir aussi VDM, nº 269, OC, p. 668-669.

[135]VDM, nº 62, OC, p. 524.

[136]VDM, nº 266 à 273, OC, p. 666 à 671.

[137] — Jn 15, 15 et 21 ; 1 Jn 5, 2.

[138] — Constitution apostolique Sapienti consilio concernant la Curie romaine (29 juin 1908), DP1, p. 525 à 559.

[139]Réglement des dicastères pontificaux (29 septembre 1908), DP1, p. 591 à 614.

[140] — Encyclique Jucunda sane à tout l’épiscopat en communion avec le Siège apostolique (12 mars 1904), DP1, p. 124 à 146.

[141] — Exhortation Hærent animo au clergé catholique pour le 50e anniversaire de son sacerdoce (4 août 1908), DP1, p. 561 à 576.

[142] — Rappel : c’est à l’occasion de ce troisième cinquantenaire que saint Pie X a donné son nom à la confrérie Marie Reine des cœurs.

[143] — Motu proprio Arduum sane munus sur la réunion des lois ecclésiastiques en un seul code (19 mars 1904), DP1, p. 152-154.

[144] — Lettre Pergratum mihi, sur la codification du Droit canonique (25 mars 1904), DP1, p. 159-160.

[145]VDM, nº 215, OC, p. 631.

[146]ASE, nº 32 à 34, OC, p. 109 et sq.

[147] — Voir saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II toute la q. 47, spécialement a. 10 et 11, et toute la q. 50, spécialement a. 1.

[148] — Encyclique Vehementer nos, sur la séparation de l’Église et de l’État (11 février 1906), DP1, p. 333 à 342.

[149] — Yves Chiron, ibid. p. 294.

[150] — Lettre sur le Sillon, Notre charge apostolique (25 août 1910), DP2, p. 252 à 266.

[151]ASE, nº 99, OC, p. 145-146.

[152]VDM, nº 54, p. 518-519.

[153] — Voir par exemple Yves Chiron, Saint Pie X, Réformateur de l’Église, avec toutes ses sources, ibid. ; Ilicio Felici, Saint Pie X, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1991.

[154] — Sacrée congrégation des rites, « Disquisito », Conduite de saint Pie X dans la lutte contre le modernisme, enquête des procès de béatification et canonisation, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1996 [traduction de l’édition vaticane originale (en latin), 1950].

[155]ASE, nº 99, OC, p. 145-146.

[156] Finale de la consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle par les mains de Marie (ASE, nº 227, OC, p. 216).

[157] — Assertion démontrée dans la première partie.

[158] — Assertion démontrée dans la deuxième partie.

[159] — Les pères de la Compagnie de Marie fondée par saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

[160] — Texte de présentation de la réponse de Pie X à la Supplique du 27 décembre 1908. Contient une reproduction de l’autographe de Pie X. Revue montfortaine Le Règne de Jésus par Marie, du 15 mars 1909, vol. III, nº 3, p. 69. Pour mémoire : « On a pu dire [que Pie X a] conféré aux pensées et aux paroles de Montfort la souveraine autorité de son magistère » affirme M. Rigault. Voir ibid.

[161] — Assertion démontrée dans la troisième partie.

[162]VDM, nº 20, OC, p. 497.

[163]VDM, nº 47 et 48, OC, p. 512-513 ; nº 35, OC, p. 506.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Guy Castelain est un spécialiste de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 49

p. 101-137

Les thèmes
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