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Éditorial

 

Trois questions et une réponse

 

 

D’où vient la faiblesse actuelle des âmes ?

 

Réponse de saint Pie X :

 

 

Nous croyons qu’il faut adhérer au jugement de ceux qui attribuent le relâche­ment actuel des âmes et leur faiblesse, avec les maux qui en résultent, principalement à l’ignorance des choses divines [1].

 

Quel est le grand obstacle à l’avancement spirituel ?

 

Réponse du père Emmanuel :

 

La pratique sans la connaissance de Dieu, voilà le grand obstacle à l’avancement des âmes. On les éclaire peu, d’abord parce que l’on a soi-même peu de lumières, et ensuite parce qu’on taxe facilement de vaine curiosité une science que l’on n’apprécie pas. Les âmes sont donc peu éclairées [2]. […]

 

Pourquoi tant de chrétiens damnés ?

 

Réponse du saint curé d’Ars :

 

Mes enfants, qu’est-ce qui nous a fait connaître notre religion ? Ce sont les ins­tructions que nous avons entendues. Qu’est-ce qui nous donne l’horreur du péché… nous fait apercevoir la beauté de la vertu… nous inspire le désir du ciel ? Les instruc­tions. Qu’est-ce qui fait connaître aux pères et aux mères les devoirs qu’ils ont à remplir envers leurs enfants ? Les instructions.

Je crois, mes enfants, qu’une personne qui n’entend pas la parole de Dieu comme il faut, ne se sauvera pas ; elle ne saura pas ce qu’il faut faire pour cela. Mais avec une personne instruite, il y a toujours de la ressource. Elle a beau s’égarer dans toutes sortes de voies mauvaises, on peut toujours espérer qu’elle reviendra au bon Dieu, tôt ou tard, quand ce ne serait qu’à l’heure de la mort. Au lieu qu’une per­sonne qui n’est pas instruite est là comme une personne languissante, comme un ma­lade à l’agonie qui n’a plus connaissance : elle ne connaît ni la grandeur du péché ni la beauté de son âme, ni le prix de la vertu ; elle se traîne de péché en péché comme une guenille qu’on traîne dans la boue.

Mes enfants, je pense souvent que le plus grand nombre des chrétiens qui se damnent, se damnent faute d’instruction […]. On entend mal la religion [3].

 

Saint Pie X affirme de son côté, citant Benoît XIV (1740-1758) :

 

Nous affirmons qu’une grande partie de ceux qui sont condamnés aux supplices éternels doivent cet irréparable malheur à l’ignorance des mystères de la foi qu’on doit nécessairement savoir et croire pour être admis au nombre des élus [4].

 

Des constats convergents

 

Réflexion récente d’un prêtre ami du Sel de la terre :

 

Les catholiques fidèles sombrent peu à peu dans la paresse. La paresse intellec­tuelle. Une gentille paresse, qui passe d’autant plus inaperçue qu’elle peut être ac­compagnée de piété, de générosité et même de zèle pour les œuvres. Mais une pa­resse bien réelle, et mortelle à long terme.

Le succès d’internet a les mêmes causes que celui de l’audiovisuel : il permet de satisfaire à la fois la curiosité et la paresse. On évite l’ennui que procure la totale oisi­veté, on peut même se donner bonne conscience en s’intéressant à des sujets reli­gieux, mais on reste à la surface des choses. On s’informe de tout sans rien étudier. On gave l’imagination, on amuse l’intelligence, tout en échappant à la réflexion mé­thodique, à l’approfondissement des principes, en un mot, à la sagesse.

Dans la crise actuelle, qui est avant tout une crise de la foi, une telle paresse risque d’être mortelle.

 

Nous avions déjà reproduit (mais y a-t-on suffisamment fait attention ?) un constat analogue dans notre numéro 46. Un véritable cri d’alarme lancé par les responsables du centre de librairie par correspondance de Chiré :

 

Depuis 37 ans que nous exerçons nos activités, nous avons remarqué peu à peu une modification de la vente des ouvrages en fonction de leur contenu. Il est exact que les livres de doctrine se vendent de moins en moins et qu’il y a une désaffection du public à leur égard. Pourquoi ? Très certainement parce que nous vivons tous dans une ambiance de facilité et de loisirs : l’audiovisuel est en train de porter des coups très durs au livre. Pratiquement toutes les familles possèdent un écran de télé­vision et un magnétoscope pour regarder des cassettes vidéos. Or il est élémentaire de constater que tout l’argent et le temps investi dans ce domaine l’est au détriment de l’achat de livres et de la lecture. Et lorsque l’on se dit qu’il faut quand même que « nos enfants lisent un peu », on leur propose, soit des bandes dessinées, soit de petits romans faciles d’accès.

Ainsi, les enfants perdent peu à peu l’habitude de l’effort intellectuel et tombent dans la facilité. Et ce phénomène se développe depuis une vingtaine d’années : les enfants de l’époque sont devenus adultes aujourd’hui et il n’est pas étonnant qu’ils renâclent pour lire des livres « sérieux ».

Alors nous lançons ici un cri d’alarme pour demander une réaction vive et radi­cale contre ces penchants faciles. Il est devenu vital sur le plan de la survie intellec­tuelle que les familles prennent conscience de ce phénomène et soient attentives aux lectures de leurs enfants et à l’occupation de leurs loisirs [5].

 

Magnétoscope et lecteur de DVD, console de jeux informatiques et accès à internet sont sans doute, en notre XXIe siècle, les armes les plus puissantes au service de la barbarie montante.

 

La vertu de studiosité

 

La véritable vertu de studiosité s’oppose à la fois à la paresse et à la curiosité. Elle discipline l’activité de l’intelligence pour la rendre forte et efficace. Elle est, comme toute vertu, austère au début, douce si l’on persévère, délectable dans ses fruits.

Le Sel de la terre veut être, pour ses lecteurs, l’occasion d’acquérir et d’exercer cette vertu.

Sous la direction de saint Thomas, que l’Église nous a donné pour maître, ce numéro 49, aidera à réfléchir aux fondements de la morale et à leur application particulière (greffes d’organes, modestie chrétienne). C’est ce continuel va-et-vient entre les principes et leurs conséquences qui « muscle » l’intelligence. Et la vigueur acquise par cet entraînement permet de projeter toujours plus profondé­ment la lumière des principes, pour pénétrer plus intimement dans le réel.

Le Catéchisme de la crise dans l’Église ramène, de même, aux points essentiels de la crise actuelle. Ce peut être un outil précieux pour discuter avec telle ou telle connaissance, ou pour transmettre aux jeunes générations (qui n’en ont pas vu la genèse) les raisons de notre résistance actuelle.

La piété elle-même doit se fonder sur la doctrine. Le centenaire de l’ency­clique Ad diem illum de saint Pie X fournit, à cet égard, une occasion que nous ne pouvons pas laisser passer.

 

*

  

 

En matière religieuse, les effets de la paresse intellectuelle sont désastreux : elle empêche de progresser spirituellement ; elle mène à la tiédeur, la superficia­lité, la mondanité, l’inconstance ; et, en définitive, à l’enfer éternel.

 

Avec l’aide de Dieu, avec vous, chers lecteurs, et malgré la barbarie qui semble toujours monter, nous poursuivrons la lutte contre ce fléau.

Nous vous remercions tous de votre fidèle soutien. Merci à ceux qui ont à cœur de faire connaître la revue autour d’eux [6] – ceux qui savent, avec une obstination sagement mesurée, insister auprès de leurs connaissances, en recom­mandant régulièrement tel ou tel article concret (un article qu’ils ont apprécié, et qu’ils peuvent ainsi, par leur judicieux commentaire, faire apprécier). Merci à ceux qui nous procurent de jeunes abonnés : grands adolescents, étudiants, jeunes foyers ; c’est à ce moment que se prennent – ou non – les bonnes habi­tudes. Merci à tous ceux qui prient à nos intentions (fût-ce par une invocation quotidienne à saint Thomas d’Aquin).

La sainte messe offerte le premier mercredi de chaque mois aux intentions de la revue l’est aussi, vous le savez, pour tous nos bienfaiteurs.

 

 


 

 

 

 

 

 


[1] — Saint Pie X, encyclique Acerbo nimis, 15 avril 1905.

[2] — Père Emmanuel, Lettres à une mère sur la foi, Bouère, DMM, 1993, p. 42.

[3] — Cité par l’abbé A. Monnin, Esprit du Curé d'Ars, Paris, Téqui, 1975, p. 74, 75 et 78.

[4] — Benoît XIV, cité par saint Pie X dans l’encyclique Acerbo nimis, 15 avril 1905.

[5]Lectures françaises (B.P. 1 – 86190 Chiré-en-Montreuil) nº 551, mars 2003, p. 61. Reproduit et commenté dans Le Sel de la terre 46, p. 268-269.

[6] — Voir à ce sujet l’éditorial du numéro 3 du Sel de la terre : « L’apostolat doctrinal ».

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 49

p. 1-4

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