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L’occultisme

agent précurseur de l’œcuménisme :

 

de l’abbé Constant à Teilhard de Chardin

 

 

 

par Christian Lagrave

 

 

 

Cette étude s’insère dans une perspective historique qui est celle qu’a exposée Jean Claude Lozac’hmeur dans ses deux ouvrages fondamentaux. Le premier dé­montre que la franc-maçonnerie est la forme moderne prise par une très ancienne religion dualiste qui oppose un dieu prétendument tyrannique (le Dieu de la Bible), à un dieu soi-disant émancipateur et ami des hommes, symbolisé par le serpent [1] ; le second explique comment les adeptes de ce culte exercent, depuis la Renaissance, au travers d’organisations multiformes et plus ou moins secrètes, une action continue et profonde dont le but est l’établissement d’un État totalitaire universel sous la forme d’une théocratie collectiviste [2].

La réussite de leur plan suppose que soient réalisées simultanément, d’une part la dissolution des nations au profit d’un gouvernement mondial, d’autre part la fusion de toutes les religions en une seule sous une autorité spirituelle unique dont le caractère luciférien, d’abord caché sous le voile des symboles, doit se révéler peu à peu pour aboutir au culte public et quasi universel du démon. Ce sera le règne éphémère de l’Antéchrist. Ces deux manœuvres d’unification des nations et des religions sont en cours, elles sont même bien avancées, l’une est le mondialisme, l’autre l’œcuménisme.

Nous allons essayer de montrer que, pour une part importante, le mouvement œcuménique contemporain a été inspiré par les thèses de l’ésotéro-occultisme, vé­hiculées par le « christianisme romantique », qui était lui-même le fruit de l’occultisme du XVIIIe siècle (comme l’a démontré l’ouvrage classique d’Auguste Viatte, Les Sources occultes du Romantisme) ; ce pseudo-christianisme a inspiré l’ésotérisme de la fin du XIXe siècle qui a fortement marqué deux des pères spirituels du concile Vatican II : Marc Sangnier et Teilhard de Chardin.

Nous nous arrêterons particulièrement sur un personnage clef, qui fait en quelque sorte le lien entre le christianisme romantique, où a baigné sa jeunesse, et l’ésotérisme fin de siècle qu’il a largement contribué à susciter : le diacre défroqué Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi.

L’ésotéro-occultisme

 

Les termes « ésotérisme » et « occultisme »

 

Si l’on en croit Jean-Pierre Laurant [3], le substantif « ésotérisme » est apparu en 1828, sous la plume de l’historien de la gnose Jacques Matter (1791-1864) dans son Histoire critique du gnosticisme. Mais l’adjectif « ésotérique » avait été utilisé dès 1742 par un franc-maçon, Louis-François de La Tierce, gentilhomme protestant français, établi en Angleterre puis en Allemagne, et auteur de : Histoire, Obligations et Statuts de la Très Vénérable Confraternité des Francs-Maçons, Francfort, 1742 ; dans cet ouvrage, « il opposait deux sortes de doctrines, l’exotérique dont on pou­vait parler en public et l’ésotérique réservée au secret des loges [4] ». Les francs-ma­çons firent rapidement un grand usage du néologisme :

 

Le fondateur du rite de Memphis, Jacques-Étienne Marconis de Nègre (1795-1868), présenta dans L’Hiérophante, développements complets des mystères maçonniques (1839) l’ensemble de la maçonnerie comme un ésotérisme héritier direct des mystères pythagoriciens. Une conception semblable se laisse voir dans le grand classique de F. T. Bègue-Clavel, Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie – Paris, Pagnerre, 1843, début du chap. I [5].

 

Quant à l’occultisme, si la notion est probablement issue du De occulta philoso­phia, encyclopédie de magie publiée en 1533 en Allemagne par le médecin et kabbaliste Henricus Cornelius Agrippa (1486-1535), le mot semble être apparu vers le début de la monarchie de Juillet, puisqu’il est répertorié en 1842 dans le Dictionnaire des mots nouveaux de Richard de Radonvilliers ; il sera adopté et dif­fusé en 1856 par Alphonse-Louis Constant dans son ouvrage Dogme et rituel de la haute magie, signé du pseudonyme d’Éliphas Lévi.

L’histoire de ces deux termes apparaît donc intimement liée à la gnose, à la franc-maçonnerie et à la magie. Mais quelles réalités recouvrent-ils ?

 

L’ésotérisme

 

L’ésotérisme prétend se fonder sur l’existence d’une « Tradition primordiale » qui aurait été donnée aux hommes dès les origines sous une forme voilée, de manière à n’être accessible qu’à une élite. Lésotérisme propose de donner accès à ces véri­tés cachées par une révélation, une « initiation » qui est comme un « éveil », une se­conde naissance. La connaissance qu’il veut procurer est illuminative et intuitive ; cette illumination gnostique par la connaissance procure une extase qui singe celle des mystiques chrétiens. Comme le dit très bien l’abbé Barbier, l’ésotérisme postule

 

l’existence d’une tradition secrète, la conservation d’un enseignement réservé aux seuls initiés, qui se serait perpétué depuis l’antiquité à travers les âges, que Jésus-Christ lui-même aurait recueilli et communiqué à quelques-uns de ses disciples pour être gardé avec le même soin au sein du christianisme, et qui, défiguré ou trahi par l’Église, aurait été fidèlement recueilli par les sectes occultes dont la chaîne ininterrompue se rattacherait aux origines mêmes du christianisme. Celles-ci se trouveraient donc avoir hérité de la mission de l’Église. Et leur mission est identiquement celle de la franc-maçonnerie. Leur thème commun, c’est une explication du monde permettant d’écarter le dogme de la création et conduisant à la divinisation de l’homme. De là, le panthéisme émanatiste qui se retrouve au fond de presque tous ces systèmes [6] 

 

Et l’abbé Barbier ajoute très justement :

 

Il est presque superflu de faire remarquer que cette absurde et mensongère suppo­sition, si opposée à l’œuvre de la rédemption et à son plan, est en contradiction fla­grante avec toute l’histoire de l’Église, et, premièrement, avec les paroles les plus for­melles de Jésus-Christ disant à ses disciples : « Ce que vous avez recueilli de ma bouche, en particulier, prêchez-le sur les toits »; à Pilate : « J’ai parlé ouvertement au monde et n’ai rien enseigné de secret. Interrogez ceux qui m’ont entendu »; à ses apôtres, avant de remonter au ciel : « Allez, enseignez toutes les nations... » 

 

L’occultisme

 

L’occultisme puise à la même connaissance que l’ésotérisme, mais il entend uti­liser ce savoir – la « science occulte » comme il l’appelle – pour entrer en contact avec des « êtres supérieurs » qui auraient transmis à certains hommes la Tradition primordiale ; il veut posséder des pouvoirs matériels surnaturels qu’il va rechercher en pratiquant les techniques de l’alchimie, de la magie ou de la sorcellerie.

Dans la pratique, il n’y a pas de différence fondamentale entre ces deux atti­tudes qui impliquent les mêmes croyances et qui font appel à un surnaturel dé­moniaque ; les adeptes de l’ésotérisme sont presque toujours, quoi qu’ils en disent, les pratiquants de l’occultisme. En conséquence, et comme l’avait fait l’abbé Barbier, nous nous refusons à différencier le premier du second – d’autant plus que cette distinction est mise en avant aujourd’hui par ceux qui prétendent oppo­ser un « bon » ésotérisme à un mauvais occultisme.

Le principe essentiel de ce mouvement a été très judicieusement défini par un chercheur catholique, Mme Nelly Émont :

 

Tous les enseignements [de l’ésotérisme], qu’ils soient secrets ou non, populaires ou savants, anciens ou récents, dérivent de cette conviction : l’univers est un, composé d’une substance unique qui se déploie depuis un principe éternel et incréé quelquefois appelé Dieu. […] Le monde n’existe en effet que comme terme d’une manifestation divine, d’une incarnation de Dieu ou d’un principe divin dans la matière [7] ».

 

L’une des conséquences principales de cet enseignement est celle-ci : l’univers est en devenir. « Le monde est le résultat d’une action dont l’origine se situe en Dieu. […] La finalité du monde est le retour à l’Un dont il est issu. »

De quoi s’agit-il ?

 

Le retour à l’un dans la tradition [ésotériste] occidentale concorde avec la pleine réalisation de Dieu, ou du principe divin. En se manifestant dans le temps et l’espace, Dieu s’engage dans un processus d’auto-réalisation dont le terme est, en langage théo­sophique, la pleine connaissance de lui-même. Dans cette perspective, le monde a lui aussi besoin d’être renouvelé, racheté. Les théosophes avaient assuré que l’univers tel que nous le connaissons avait été entraîné dans la chute occasionnée par le premier homme. La nécessité de sa rédemption était alors apparue. Celle-ci sera effective lorsque, à la fin des temps, l’univers, ayant retrouvé sa qualité originelle, sera réintégré dans la perfection première [8].

 

Donc l’univers est en devenir et le genre humain est en marche vers l’unité, c’est-à-dire vers sa réintégration en Dieu dont il est une émanation.

On reconnaît là le panthéisme ainsi défini en 1864, par le pape Pie IX dans le Syllabus :

 

Il n’existe aucun être divin, suprême, parfait dans sa sagesse et dans sa providence, distinct de l’universalité des choses, et Dieu n’est autre que la Nature ; il est par consé­quent sujet aux changements ; par là même Dieu se fait dans l’homme et dans le monde, et tout est Dieu et a la substance même de Dieu ; Dieu et le monde sont une seule et même chose, et, par conséquent, aussi l’esprit et la matière, la nécessité et la li­berté, le vrai et le faux, le bien et le mal, le juste et l’injuste.

 

 

La « Tradition primordiale »

 

Il faut revenir sur le principal fondement des enseignements ésotéristes, qui est la notion de Tradition primordiale, car elle constitue une subversion de la concep­tion authentique.

 

Dès l’origine du genre humain, a écrit saint Thomas d’Aquin, toutes les vérités que nous devions connaître par la Révélation étaient contenues en substance dans les dogmes communiqués par le Créateur à l’homme. En effet, toutes les vérités chré­tiennes sont originairement renfermées dans quelques principes premiers, qui furent toujours l’objet de la foi, par exemple qu’il y a un Dieu, que sa Providence s’étend sur nous… Dans la notion de l’existence divine, sont contenues implicitement toutes les vérités éternelles qui doivent faire notre béatitude, et dans la foi à la Providence est renfermée la connaissance des desseins et de l’action de Dieu pour nous conduire à notre fin dernière [9].

 

Et Mgr Le Roy, évêque d’Alinda et supérieur général des Pères du Saint-Esprit, qui citait ce texte [10], concluait, de ses propres observations sur les tribus africaines, observations éclairées par la théologie catholique :

 

Tout se présente à nous comme si l’espèce humaine, irradiant d’un point com­mun […], avait été mise en possession d’un fond de vérités religieuses et morales, avec les éléments d’un culte, le tout prenant racine dans la nature même de l’homme, […] et donnant peu à peu – suivant les mentalités particulières à chaque race [...] – ces formes à surfaces variées mais fondamentalement identiques que nous appelons les re­ligions – religions auxquelles, partout et dès le principe, se seraient attachés les mythes, les superstitions et les magies, qui les vicient et les défigurent, en les détournant de leur objet [11].

 

Il est donc illusoire d’aller chercher, dans ces religions, des vérités qui seraient ignorées de l’authentique Église. L’Église possède seule la plénitude de la Révélation et tout ce que les autres religions possèdent en propre, ce sont « les mythes, les superstitions et les magies » dont nous savons qu’ils émanent de la reli­gion du serpent. Or ce sont justement ces éléments démoniaques dont la recherche va alimenter « au sein du christianisme » ce que Mme Nelly Émont appelle « une tradition spécifique, que l’on peut qualifier de parallèle à la tradition apostolique romaine [12] ».

Mais cette tradition prend soin de se camoufler sous un masque chrétien et de prétendre travailler pour l’apologie du christianisme ; le mouvement a commencé à l’époque de la Renaissance où, sous l’influence des gnoses hermétistes et kabbalis­tiques, certains humanistes ont insinué l’idée que Dieu s’est authentiquement ré­vélé à plusieurs peuples, en dehors des révélations faites à Adam, à Moïse et aux apôtres de Notre-Seigneur.

 

C’est ce qui apparaîtra dans les commentaires que proposent au XVIe siècle cer­tains érudits, à propos du Corpus hermeticum. Le traducteur, Marsile Ficin [1433-1499], est persuadé être devant une authentique révélation et Hermès est, à ses yeux, le premier rédacteur d’une théologie supérieure à celle de Moïse puisqu’elle laisse en­tendre que son auteur déjà identifiait le Verbe et le Fils de Dieu. Pour justifier cette approche, les nombreux auteurs qui se penchent sur cette extraordinaire découverte établissent des ressemblances entre le texte de la Genèse et les traités hermétiques. Hermès devient alors le garant d’une révélation qui ne passe pas uniquement par Israël mais dont le couronnement est cependant le christianisme [13].

 

S’il est possible que certains de ces érudits aient été des chrétiens sincères mais imprudents, les chefs de file, et en particulier Marsile Ficin, étaient indubitablement des gnostiques camouflés, comme le sera plus tard Campanella. Leur travail tendait en fait à anéantir le caractère unique et divin de la religion chrétienne, car, s’il y a plusieurs révélations, hors de celle des saints patriarches, du judaïsme ancien et de l’Église du Christ, il y a aussi, en conséquence, plusieurs religions authentiquement fondées sur la parole de Dieu. Et comme ces religions sont contradictoires, soit au­cune n’est divine, soit Dieu dit n’importe quoi selon les interlocuteurs, et la Vérité n’existe pas. On aboutit ainsi logiquement à l’indifférentisme et à l’incrédulité, et c’est bien là que ce traditionalisme dévoyé va conduire presque tous ses adeptes.

 

Du « traditionalisme » à l’indifférentisme

 

Mme Nelly Émont en a distingué les étapes.

 

Toute une tradition existe là, écrit-elle, dont on trouve trace d’abord dans les écrits de certains théosophes. C’est ainsi que le chevalier de Ramsay voit dans toutes les religions païennes une préfiguration des dogmes chrétiens et que Dom Pernety (1716-1796) considère semblablement les fables de l’Antiquité. […] Joseph de Maistre (1753-1821) estime que les cultes païens sont les débris corrompus de la révélation donnée aux premiers hommes ; Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) croit lui aussi à une tradition-mère originelle dont toutes les traditions sont des résurgences plus ou moins obscurcies. Cette conviction fut aussi celle de Lamennais ; l’auteur cherche les preuves de la croyance en un Dieu unique dans les anciennes traditions. Il trouve également en celles-ci la conception de l’immortalité de l’âme et de la chute première et en conclut qu’il n’y a jamais eu plusieurs religions, mais une seule, révélée au début des temps [14] .

 

Notons que tous les auteurs qui viennent d’être cités sont des francs-maçons, sauf Lamennais qui est un futur apostat. Ce qui montre bien que cette idée de Tradition primordiale, loin d’être un développement orthodoxe de la notion de ré­vélation primitive, en est une perversion qui constitue un puissant moyen de cor­ruption de la foi [15].

Le processus qui permet de passer d’une idée à l’autre a été décrit par Mme Nelly Émont :

 

Dans ces différentes perspectives, il s’agit toujours de montrer que cette révélation donnée à tous les peuples à l’aube de l’histoire du monde, si elle s’est ensuite obscurcie, a été conservée, plus pure dans le judaïsme et a ensuite été restaurée par le Christ et l’Église, porteuse de la seule tradition apostolique […].

Mais la même approche – à savoir que les peuples primitifs semblent tous por­teurs d’une révélation – a servi un discours exactement inverse à celui qui consistait à vouloir glorifier le christianisme. Si révélation primitive il y eut, et si les mythes sont les vestiges obscurcis de celle-ci, rien ne permet de penser qu’elle s’est conservée ici mieux qu’ailleurs. C’est cette optique qui prévaut aujourd’hui et qui entend fonder ses réflexions, non sur les différences pouvant opposer les messages religieux, mais uni­quement sur les ressemblances établies à partir de l’étude des symboles, des rites, ou des cosmogonies. Inaugurée par les penseurs de la Renaissance qui entendaient compa­rer tout avec tout pour la plus grande gloire du christianisme, elle compare également tout avec tout mais pour prouver que le christianisme n’est qu’un discours parmi d’autres. Fabre d’Olivet est incontestablement le théosophe qui, au début du XIXe siècle, marque le mieux ce changement d’orientation. […] L’étude des grands mythes sert ici la conviction qu’il n’est pas de révélation différente des autres et que la Tradition, dont les différentes traditions religieuses sont chacune à leur manière l’ex­pression, est une, malgré les diverses déformations de l’histoire [16].

 

C’est dans cette voie que va s’engager l’occultisme du XIXe siècle et notamment l’un de ses représentants les plus influents : l’abbé Constant dit Éliphas Lévi (1810-1875).

 

 

L’abbé Constant

du christianisme romantique au messianisme humanitaire

(Constant, Esquiros, Wronski)

 

Alphonse-Louis Constant est né le 8 février 1810, à Paris, où son père était cor­donnier. Il fréquente d’abord une école libre de l’île Saint-Louis, puis, en 1825, il entre au petit séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, dirigé alors par l’abbé Frère-Colonna (1786-1858), qui va exercer sur sa destinée une influence aussi décisive que funeste.

C’était, écrira Constant,

 

le prêtre le plus intelligent et le plus sincèrement pieux que j’ai connu : aussi ce fut lui qui me fit le plus de bien et le plus de mal. Il me fit un grand bien en brisant pour moi les courtes lisières de ma première éducation catholique, pour ouvrir devant moi la vaste carrière du progrès et de l’avenir […].

Toute la doctrine de l’abbé Frère se résumait en ceci : l’humanité, tombée du sein de Dieu par une faute originelle [17], retourne vers lui par un progrès qui l’arrache à la matière et la spiritualise par degrés [18] ; un désir repentant commence la conversion de l’homme comme celle du monde ; des croyances mystérieuses où s’enveloppe un amour naissant lui donnent par la foi le premier gage du salut ; enflammé par les désirs que lui font concevoir tant de fruits délicieux encore en germe, il s’élève vers celui qu’il aime sur les ailes de l’espérance, jusqu’à ce que l’amour, entrouvrant le ciel, le prenne dans ses bras, haletant et fatigué, et le fasse reposer à jamais sur son cœur.

L’histoire de la religion se divisait ainsi, pour l’abbé Frère, en quatre grandes époques : l’époque de la pénitence, ou l’âge du déluge et de la malédiction de Caïn ; le temps de la foi, lors de la vocation d’Abraham, le père des croyants ; et ce temps du­rait, en passant par le désert avec Moïse, jusqu’à la venue du Christ, qui, en mourant sur la croix, léguait à son disciple bien-aimé sa Mère et l’espérance ; puis, sous les aus­pices du Saint-Esprit, troisième personne de Dieu non encore complètement révélée, s’entrouvrait dans l’avenir un siècle de bonheur où l’humanité tout entière, assise à l’ombre des pommiers d’un nouvel Éden, doit sentir un souffle d’amour rafraîchir son front sous le battement d’ailes de la colombe mystérieuse, dernier symbole de la Divinité [19].

 

Nous avons là du millénarisme tout pur, vraisemblablement repris de Joachim de Flore.

D’après l’occultiste Paul Chacornac, biographe d’Éliphas Lévi, « ce n’est peut-être pas trop s’avancer en disant que l’abbé Frère orienta A. Constant vers l’étude de la magie [20]. » Un autre biographe de Constant, Alain Mercier, explique que « c’est par lui [Frère-Colonna] que, dès son adolescence, Constant fut initié aux doc­trines poétiques de Fénelon, de Madame Guyon, de Swedenborg [21]. ». Il serait inté­ressant d’en savoir plus sur l’abbé Frère-Colonna ; il est probable que nous sommes en présence d’un mystique hétérodoxe dans la lignée de Molinos et de Mme Guyon, peut-être aussi d’un disciple des illuminés pseudo-chrétiens de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, en particulier des martinistes.

 

Livré à la fausse mystique

 

Quoi qu’il en soit, l’enseignement de l’abbé Frère-Colonna, loin d’édifier le jeune séminariste, en fit un être tourmenté, en proie à une exaltation pseudo-mys­tique malsaine, tenté par le panthéisme et obsédé par l’idée de l’enfer ; il a repro­duit plus tard, en 1841, des poèmes qu’il avait écrits alors :

 

Il me semble parfois que l’éternelle peine / Me ronge d’un amour brûlant comme la haine : / Je voudrais t’immoler à toi-même, et t’offrir / A jamais les tourments que tu me fais souffrir / être heureux d’un enfer qui rugirait ta gloire, / D’un désespoir immense exprimer ta victoire, / être ton ennemi pour t’écraser en moi, / Pour te céder mon trône, être dieu comme toi ... / […] / O Dieu ! n’étant pas toi, je souffre d’être encore... / Donc, si je n’étais pas, pourrais-je encore aimer ? / Mais je veux être en toi, mais je veux m’abîmer, / Me perdre dans ton sein, mon Dieu sans savoir même / Si je t’ai désiré, si je suis, si je t’aime. / Mais toi seul être heureux, seul triomphant, seul moi, / Puisque toi seul est bon, puisque tout bien c’est toi !

C’est ainsi [commente-t-il] que mon âme, abandonnée à elle-même, aspirait, par les seules forces de son amour, à l’unité divine, à cette grande religion de l’avenir qui réunira tous les êtres dans un seul être, toutes les sciences dans une seule idée, tous les cœurs dans un seul amour, à ce panthéisme enfin que des hommes de mauvaise foi veulent nous faire fuir comme une monstrueuse erreur, et qui est cependant le dernier mot de la sublime doctrine du Christ et de ses Apôtres.

J’étais cependant encore un docile et fervent catholique ; je sentais que Dieu est tout amour, et j’admettais le dogme de l’enfer avec une soumission aveugle ; mais alors même que ma raison se soumettait à cette fiction monstrueuse du dualisme mani­chéen [22], mon cœur protestait contre elle par un cri sublime, et j’aurais voulu être Dieu, non pas pour mourir sur la croix et ne sauver que quelques hommes, mais pour me damner afin de remplir tout l’enfer et de l’éteindre en l’étouffant.

Voici l’hymne que je composai un jour sous l’impression de cette pensée :

Je voudrais, ô mon Dieu ! t’aimer sans espérance / Et porter à jamais le poids de ta vengeance, / Pour que tous les pécheurs, moins coupables que moi, / Pussent mieux reconnaître et tes pardons et toi. / […] / Je suis jaloux, ô Christ ! de ton Gethsémani / Et de ta plainte : Eli lamma sabachtani ? / Dans nos jours ténébreux, où le monde qui tremble / Voit pâlir et tomber tous ses astres ensemble, / Je voudrais, enivré des souf­frances d’un Dieu, / […] / Être dieu pour souffrir, mais ne pas le savoir, / Et tordre comme un ver mon sanglant désespoir ; / […] / Te crier : ô mon Dieu ! tu m’as aban­donné !... / Être ainsi, sous le poids de ténèbres profondes, / Pendant l’éternité le ré­dempteur des mondes, / Ou même être assez grand, en m’immolant à toi, / Pour remplir tout l’enfer, et le fermer sur moi !

Après une pareille prière, on doit sentir que le bon Dieu des catholiques était sur­passé et que le dogme de l’enfer ne pouvait plus tenir longtemps contre mon ardent amour de Dieu et de l’humanité [23].

 

En 1830, Constant passe au séminaire d’Issy pour finir ses deux années de phi­losophie. Après Issy, il aboutit au séminaire de Saint-Sulpice pour faire sa théolo­gie. Il y est ordonné sous-diacre et tonsuré. En 1835, alors qu’il a la charge de l’un des catéchismes de jeunes filles de Saint-Sulpice, il tombe amoureux d’une de ses élèves, en qui « il croit voir la sainte Vierge apparue sous une forme charnelle [24]. » Voilà où aboutit l’exaltation provoquée par la pseudo-mystique chrétienne de l’abbé Frère-Colonna !

 

Constant devait recevoir la prêtrise en mai 1836, mais son directeur lui imposant de renoncer auparavant à sa passion, il préféra renoncer au sacerdoce. Sa mère, qui rê­vait de le voir prêtre, se suicida de désespoir. Sans ressources, Constant gagna sa vie en dessinant des portraits pour une publication mensuelle. Il se lia avec des socialistes comme Flora Tristan et Alphonse Esquiros ; il fut même quelque temps l’adepte de Ganeau, dit le Mapah, qui avait fondé une religion, l’évadisme (d’après les noms d’Ève et d’Adam), destinée à reconstituer l’Androgyne primitif. Insatisfait, il tenta de revenir à l’Église et de se cloîtrer en juillet 1839 au couvent des bénédictins de Solesmes ; mais il n’y resta qu’un an, ne parvenant pas à s’entendre avec le supérieur, Dom Guéranger [25].

 

« Tous les hommes seront sauvés »

 

Loin de le faire revenir à la saine doctrine, le séjour à Solesmes est pour lui l’occasion de s’enfoncer encore plus dans la gnose :

 

C’est à Solesmes, écrira-t-il dans L’Assomption de la Femme, que le Spiridion de George Sand me tomba par hasard entre les mains [26]. J’eus aussi le loisir d’y étudier la doctrine des anciens gnostiques, celles des Pères de la primitive Église, les livres de Cassien et autres ascètes, enfin les pieux écrits des mystiques, et spécialement les livres admirables et encore ignorés de la sainte Mme Guyon [27].

La vie et les écrits de cette femme sublime m’ouvrirent la porte de bien des mys­tères que je n’avais pu encore pénétrer ; la doctrine du pur amour et de l’obéissance passive à Dieu me dégoûtèrent complètement de l’enfer et du libre arbitre ; je vis Dieu comme l’être unique dans lequel devait s’absorber toute personnalité humaine, je vis s’évanouir le fantôme du mal, et je m’écriai :

Un crime ne peut être éternel et puni, / Et le mal serait dieu s’il était infini ! / […] / Un enfer hors de toi suppose un autre dieu. / […] / Si l’enfer est en toi, c’est un en­fer d’amour ! »

Je fus étonné de retrouver dans les prédictions de Mme Guyon ce règne futur du Saint-Esprit, cette consommation dans l’unité par l’amour que tous les vrais chrétiens ont attendu dans tous les siècles ; je compris comment le culte de Marie servait de transition entre le règne du Christ et celui de la céleste Colombe. […]

Je respirai alors […] ; je triomphais d’avoir écrasé sous mes pieds cette laide figure de Satan, je sentais mon cœur se dilater dans la pensée que tous les hommes seraient sauvés, et je ne pouvais plus concevoir comment, pendant un seul instant, j’avais pu croire à un Dieu tout-puissant et bon et à une damnation éternelle. […] Je condam­nais mon zèle amer d’autrefois et je ne comprenais plus le fanatisme haineux ; je ne croyais plus à l’enfer [28].

 

A sa sortie de Solesmes, il ne trouva qu’une place de surveillant au collège de Juilly ; révolté, miséreux, il écrivit La Bible de la liberté (1841), apologie du com­munisme qui fut aussitôt saisie et lui valut une condamnation à huit mois de prison « pour attaque à la propriété et à la morale publique et religieuse ». Il récidiva pourtant en publiant deux livres de la même veine Doctrines religieuses et sociales et L’Assomption de la femme en 1841.

 

Engagement révolutionnaire

 

En 1845, il séduit une collégienne de dix-huit ans, Noémie Cadiot, qui s’enfuit de chez ses parents pour le rejoindre ; menacé d’être poursuivi pour détournement de mineure, il l’épouse civilement en juillet 1846 en abandonnant une autre maî­tresse qui attendait pourtant un enfant de lui. Un nouveau pamphlet révolution­naire, La Voix de la famine, lui vaut l’année suivante une condamnation à six mois de prison.

En 1848, il publie Le Testament de la Liberté, qu’il conclut en ces termes :

 

Résumons-nous en peu de mots : nous voulons régénérer et universaliser le senti­ment religieux par la synthèse et l’explication rationnelle des symboles, afin de consti­tuer la vraie Église catholique ou l’association universelle de tous les hommes. […]

Dans La Bible de la Liberté, nous avons salué le génie de la révolution du progrès et de l’avenir. Dans La Fête-Dieu, nous faisons un retour vers les vraies croyances ca­tholiques, et nous invitons l’Église, notre mère, à venir vers nous pour bénir l’émanci­pation et l’association de tous les peuples du monde. Dans La Mère de Dieu, L’Assomption de la Femme, et L’Émancipation de la Femme, nous expliquons notre reli­gion maternelle ; et, dans La dernière Incarnation, nous ramenons le Christ sur la terre et nous saluons le génie de l’Évangile marchant à la tête du progrès [29].

 

Il compte parmi les conspirateurs qui préparent secrètement la révolution de 1848 ; le 16 mars, il fonde le Tribun du peuple, journal socialiste.

 

Il anime aussi le Club de la Montagne avec Esquiros, et cherche à devenir député, soutenu par le Club des femmes, dont Noémie [sa femme] est la secrétaire ; celle-ci, féministe du groupe des Vésuviennes, commençait alors une carrière de journaliste et de sculpteur sous le nom de Claude Vignon. Battu aux élections, Constant […] re­nonce à la politique, et  […] vit en restaurant des meubles anciens et en composant des chansons. La découverte de la philosophie de Wronski l’orienta vers la Kabbale, qui lui parut « une algèbre de la foi », et dont il s’éprit au point d’abandonner son nom, en 1853, pour celui d’Éliphas Lévi […]. Il prit la direction en juin 1853 de la Revue progressive, mais son commanditaire, le vieux marquis de Montferrat, séduisit sa femme, laquelle s’enfuit avec lui [30].

 

Le mari prêchait l’émancipation de la femme, sa femme s’émancipait, c’était dans l’ordre des choses !

 

Ésotérisme et exotérisme

 

Resté seul, Éliphas Lévi partit faire un séjour à Londres de mai à août 1854 ; il s’y lia avec le romancier Bulwer-Lytton, passionné de théurgie, qui l’entraîna à évoquer les esprits en se servant des conjurations de La Clavicule de Salomon […]. A son retour à Paris, il travailla à un grand livre de Kabbale spéculative […] Dogme et rituel de la haute magie [31], l’un des classiques de l’occultisme. Il affirmait là que dans les textes de l’Inde védique, de l’Assyrie et de l’Égypte, ainsi que dans le Talmud […] se trouvaient « les traces d’une doctrine partout la même et partout soigneusement cachée ». Cette doctrine étant avant tout un moyen de gouvernement spirituel [32].

 

Très logiquement, il va devenir franc-maçon et il est initié le 14 mars 1861, dans la loge Rose du parfait Silence, du Grand-Orient [33] ; il démissionnera de la maçon­nerie quelques mois plus tard, après avoir reçu le grade de maître.

Ses mœurs, on s’en doute, n’ont rien de chaste et il s’en justifie comme autre­fois les gnostiques puis les quiétistes :

 

J’aime Dieu, écrira-t-il dans le Livre des Larmes et je sens que tout m’est permis, parce qu’il m’est impossible de vouloir le mal ; quant aux jouissances de la vie, je sau­rais m’en servir comme je sais m’en passer. […] Du reste, mon âme participe si peu aux écarts de l’animal, que je ne suis pas même humilié des faiblesses de la chair. Je ne m’occupe pas plus de ce qui tombe de grossier dans cette sentine de mon être que de la boue que je foule aux pieds. Passer son temps à surveiller tous les mouvements des sens, c’est, comme l’enfant prodigue, se livrer à la garde des pourceaux. A force de les dédaigner, je suis parvenu à ne plus même m’apercevoir qu’ils sont là [34].

 

Il prétend pratiquer le vrai christianisme, qui est ésotérique, bien sûr ; il écrit à un de ses disciples, un officier de marine nommé Montant, qui lui demandait la position des initiés vis-à-vis de la religion :

 

[…] Il y a toujours eu dans le christianisme une Église occulte ou johannite qui, tout en respectant la nécessité de l’Église officielle, conservait du Dogme une interpré­tation tout autre que celle qu’on donne au vulgaire. Les templiers, les rose-croix, les francs-maçons des hauts grades ont tous, avant la Révolution française, appartenu à cette Église dont Martinez de Pasqualis, L. CL. de Saint-Martin, et même Mme de Krudener, ont été les apôtres au siècle dernier.

Le caractère distinctif de cette école, c’est d’éviter la publicité et ne jamais se constituer en secte dissidente. […] Il existe encore maintenant des prêtres fervents qui sont initiés à la doctrine antique, et un évêque, entre autres, vient de mourir, qui m’avait fait demander des communications kabbalistiques. […] Jésus a dit que le le­vain doit être caché au fond du vaisseau qui contient la pâte, afin de travailler jour et nuit en silence jusqu’à ce que la fermentation ait envahi peu à peu toute cette masse qui doit devenir du pain.

Un initié peut donc avec simplicité et sincèrement pratiquer la religion dans la­quelle il est né, car tous les rites représentent diversement un seul et même dogme. Mais il ne doit ouvrir le fond de sa conscience qu’à Dieu et ne doit compte à personne de ses croyances les plus intimes. Le prêtre ne saurait juger de ce que le pape lui-même ne comprend pas [35].

 

Autrement dit : pratiquez le catholicisme, car toutes les religions exotériques se valent, mais interprétez les dogmes comme la gnose et non pas comme l’Église, et surtout ne vous en confessez jamais ; vous pourrez ainsi peu à peu envahir silen­cieusement toute cette masse de chrétiens vulgaires pour en faire de vrais gnos­tiques !

 

Comment pénétrer l’Église

 

L’évêque dont parle Constant dans sa lettre est celui d’Évreux, Mgr Devoucoux (1804-1870), archéologue et historien qui se livrait depuis longtemps à des inter­prétations cabalistiques et maçonniques des symboles de l’iconographie chré­tienne, comme dans son Histoire de l’antique cité d’Autun [36]. D’après Chacornac, plusieurs autres évêques de France étudiaient les ouvrages d’Éliphas Lévi [37].

L’occultisme trouvait donc des sympathies dans l’épiscopat et Éliphas Lévi avait bon espoir qu’un jour viendrait où ses disciples, s’ils étaient suffisamment habiles, réussiraient à changer l’esprit des dogmes en en gardant la lettre ; il l’écrivit en 1861 dans un ouvrage qu’il fit circuler en manuscrit et qui ne fut imprimé qu’en 1932-1933 :

 

Ne changeons pas les dogmes, nous n’en avons ni le droit ni le pouvoir. Gardons-nous seulement du levain des Pharisiens, qui fait le mauvais pain de l’enseignement vulgaire. Et comment croire tout ce que l’Église enseigne, sans tomber dans les erreurs pharisaïques ? C’est en entendant dans un sens spirituel tout ce que matérialise l’erreur de la foule... Il faut épurer notre dogme en revenant à la conception primitive des mys­tères, mais sans rien changer aux termes et aux formules définitivement arrêtées par l’infaillibilité de l’Église... [38].

 

Qui va faire ce travail d’épuration du dogme pour le rendre compatible avec la gnose ? Le pape, répond Éliphas Lévi.

 

Un jour viendra où un pape inspiré du Saint-Esprit déclarera que toutes les ex­communications sont levées, que tous les anathèmes sont rétractés ; que tous les chré­tiens sont unis à l’Église, que les juifs et les musulmans sont bénis et rappelés par elle […] Alors il ne pourra plus exister de protestants [39].

 

A la même époque, il écrivait publiquement dans un autre ouvrage :

 

La Bible, le Coran et l’Évangile sont trois traductions différentes du même livre. Il n’y a qu’une loi, comme il n’y a qu’un Dieu [40].

 

Et plus loin :

 

[Le livre Du Pape, de Joseph de Maistre] démontre clairement la nécessité hu­maine de l’absolutisme spirituel […] La papauté doit périr, ou accomplir fidèlement ce programme [tracé par Maistre]. Elle le fera quand le dogme, retrempé à sa source, s’éclairera des splendeurs de la kabbale [41].

 

Il faudra donc un pape kabbaliste, car le véritable kabbaliste est « au-dessus des systèmes et des passions qui obscurcissent la vérité [...]. Sa prière peut s’unir à celle de tous les hommes pour la diriger, en l’illustrant de science et de raison, et l’ame­ner à l’orthodoxie [42]. »

De quelle orthodoxie s’agit-il ? Celle de l’Antéchrist et de Lucifer, il le dit lui-même : « Quand la papauté aura perdu toute autorité dans le monde », alors vien­dra Hénoch, puis Élie, puis l’Antéchrist, « dont la mission sera de préparer le grand empire temporel du révélateur de l’Évangile [43]. ».

 

Mais, ajoute le père de Lubac, Éliphas Lévi nous ouvre encore une autre perspec­tive, qui rejoint et complète son attente du signe de l’Esprit :

 

« L’ange de la liberté est né avant l’aurore du premier jour, avant le réveil même de l’intelligence, et Dieu l’a appelé l’étoile du matin. – O Lucifer ! Tu t’es détaché vo­lontairement et dédaigneusement du ciel où le soleil te noyait dans sa clarté, pour sil­lonner, de tes propres rayons, les champs incultes de la nuit. […] Lucifer, dont les âges de ténèbres ont fait le génie du mal, sera vraiment l’ange de la lumière, lorsque ayant acquis la liberté au prix de la réprobation, il en fera usage pour se soumettre à l’ordre éternel… [44]. »

 

Joachimisme [commente le père de Lubac] accordé au goût du dix-neuvième siècle, où l’Esprit collabore avec Lucifer pour accomplir les desseins de Dieu dans la li­berté [45].

 

C’est à la même conclusion qu’arrive un chercheur bordelais contemporain, M. Jean-Claude Drouin [46] :

 

Dans la cosmogonie complexe de Constant exprimée en 1846-1848, Lucifer est le Saint-Esprit de la Trinité chrétienne enfin révélée. Aidé par Marie, Lucifer prépare l’Universelle Église : le “Monde nouveau”.

 

Messianisme temporel

 

Nous venons de voir que les idées de l’abbé Constant sont tirées de la tradition occultiste occidentale, elle-même alimentée par la gnose ; mais il s’insère aussi dans un autre courant, étroitement tributaire du premier : celui du messianisme temporel qui prétend que l’humanité va être sauvée, c’est-à-dire accéder à un âge d’or, par l’avènement d’un messie – individuel ou collectif – qui n’est plus le Dieu des Chrétiens. Pour M. Jean-Claude Drouin, la pensée messianique en France à cette époque est représentée par l’abbé Constant, par son ami Alphonse Esquiros [47] (1812-1876) et enfin par le philosophe et mathématicien polonais Joseph Marie Hoëné dit Wronski (1776-1853), qui fut l’un des maîtres de l’abbé Constant.

 

En étudiant les principaux auteurs utopistes en France entre 1820 et 1850, écrit M. Jean-Claude Drouin, nous avons pris conscience que […], au premier abord, les pensées de Wronski, Constant et Esquiros apparaissent comme empreintes de religio­sité et dérivant directement du christianisme ambiant ; mais en les approfondissant, il est évident qu’elles ne sont que les manifestations non équivoques du rationalisme, du positivisme et du laïcisme qui se développent depuis la fin du XVIIIe siècle [48].

[…] Wronski, Constant et Esquiros représentent dans la France romantique et post-romantique la permanence d’un courant messianique qui se rapproche par cer­tains côtés de l’esprit dit de 1848. Ils croient tous les trois en la venue providentielle d’un Sauveur dont l’apparition sur la terre devrait y amener le règne de la paix et de la justice.

Mais quel que soit le sauveur : la Russie et les peuples slaves pour Wronski, le peuple, la liberté, la femme chez Constant, l’humanité chez Pierre Leroux, la France et la révolution chez Esquiros, c’est toujours l’homme qui est divinisé et qui devient le but ultime du messianisme qui perd alors son caractère chrétien. […]. Chez les créateurs de la pseudo-théologie romantico-humanitaire du XIXe siècle, l’annonce de l’avène­ment prochain du Paraclet doit consommer la chute des anciennes puissances (y com­pris l’Église catholique) au profit du nouvel homme-dieu qui prend le plus souvent un caractère collectif : les nations slaves, le peuple français ou le Peuple dans sa totalité.

Ainsi les messianismes de Wronski, de Constant et d’Esquiros ne sont religieux qu’en apparence et en surface. En profondeur, ils n’appartiennent ni au catholicisme ni à l’orthodoxie. Ultra-rationalistes, ce sont les parties intégrantes du grand courant de sécularisation, de rationalisation et de laïcisation qui se développe en Occident de­puis plusieurs siècles.

Le but ultime de ceux qu’on appelle les créateurs du messianisme serait en fait non l’avènement d’un sauveur venu d’en haut comme le Christ annoncé par les pro­phètes mais la véritable divinisation de l’homme dans sa raison individuelle et dans son existence collective, l’homme créateur, instrument, but de lui-même. Dans cette conception, l’humanisme absolu a remplacé le messianisme religieux.

 

Ce but est strictement identique à celui de la franc-maçonnerie.

 

 

De l’occultisme fin de siècle à Vatican II

(Saint-Yves d’Alveydre, le Sillon, Schuré, Teilhard de Chardin)

 

On se tromperait en croyant qu’Éliphas Levi était un occultiste farfelu, sans grande audience, ni postérité intellectuelle. Voici ce qu’en écrit Daniel Ligou dans son Dictionnaire de la franc-maçonnerie [49] :

 

Son œuvre occultiste est énorme et son influence fut grande. Sa revue, La Revue philosophique et religieuse, ne dura que trois ans (1855-1858) mais eut des importants échos. »

 

Et il conclut : « É. Levi est un des plus éminents occultistes du XIXe siècle. »

 

Saint-Yves d’Alveydre

 

Éliphas Levi a influencé un autre occultiste célèbre, Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909), inventeur du concept de synarchie, définie comme un gouvernement général scientifique composé d’un Conseil européen des communes nationales, d’un Conseil européen des États nationaux et d’un Conseil international des Églises nationales. Par Églises nationales, il entendait, a-t-il écrit dans Mission des Souverains, paru en 1882,

 

la totalité des corps enseignants de la nation […] depuis les universités laïques, les académies, les instituts et les écoles spéciales, jusqu’aux institutions de tous les cultes reconnus par la loi civile, la franc-maçonnerie y comprise… […] Cette constitution intérieure des églises nationales, où l’épiscopat investi du pouvoir des Apôtres n’aura qu’à consacrer la somme des intérêts intellectuels et vraiment religieux de chaque na­tion sans les discuter, cette constitution, dis-je, il serait heureux que la papauté pût prendre l’initiative de la conseiller théocratiquement à toutes les nations européennes du Christ [50].

 

Cette réconciliation de la science et de la religion judéo-chrétienne, cette fusion des Églises et des universités, ce rapprochement des corps enseignants religieux et civil qu’il préconisait auraient pour effet d’établir une autorité spirituelle qui guide­rait les pouvoirs politiques. En 1884, il publiait son ouvrage Mission des Juifs, dans lequel il écrivait :

 

Il serait désirable que le congrès [l’assemblée du gouvernement mondial] s’ouvrît solennellement dans une cathédrale et que tous les prêtres des cultes judéo-chrétiens disent ensemble : Notre Père, pendant que toutes les cloches de toutes les églises d’Eu­rope sonneraient à la fois pour appeler tous les peuples à la même bénédiction et à la même glorification. L’Assemblée [l’assistance du Congrès] dirait avec les prêtres : que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme aux cieux. Amen. [51].

 

Éliphas Levi a également diffusé les idées occultistes dans le public cultivé, ce qui a facilité le succès de ce qu’on a appelé l’occultisme fin de siècle avec Papus, Péladan, Stanislas de Guaita, Paul Sédir, Paul Vulliaud, etc. et naturellement toute l’école de la société théosophique. Son œuvre n’est pas l’unique cause de l’in­fluence occultiste qui s’est transmise jusqu’à Vatican II, mais c’est une source qui fut particulièrement influente dans l’alimentation de ce puissant courant ésotérico-maçonnique que l’abbé Barbier dénonçait avec angoisse en 1910, dans son célèbre livre, Les infiltrations maçonniques dans l’Église :

 

La franc-maçonnerie, écrivait-il, a formé l’infernal dessein de corrompre insensi­blement les membres de l’Église, ceux même du clergé et de la hiérarchie, en leur ino­culant sous des formes spécieuses, et en apparence inoffensives, les faux principes avec lesquels elle se promet de bouleverser le monde chrétien [52]

 

Et il constatait que

 

Les dogmes sociaux sur lesquels nombre de catholiques et de prêtres fondent au­jourd’hui la rénovation du christianisme, ont une formule identique à celle que la franc-maçonnerie se proposait de leur faire accepter, et que les procédés dont ils usent pour […] entraîner l’Église à cette transformation, sont identiquement ceux dont la maçonnerie avait arrêté l’emploi [53].

 

Le Sillon

 

Après avoir étudié dans le détail tous les mouvements ésotérico-occultistes pseudo-chrétiens, l’abbé Barbier constatait le succès de leurs idées dans le mou­vement catholico-démocrate du Sillon, qui allait être au même moment condamné par saint Pie X.

 

Il ne paraît pas douteux […] que le caractère simplement idéaliste de la démocra­tie du Sillon ne rapproche ses adeptes du mouvement rosicrucien et martiniste, et n’offre un point de jonction avec lui. On sait que l’idéalisme est devenu la profession de foi extérieure du Sillon. […] C’est dans le sixième congrès national du Sillon, en 1907, que cette métamorphose, dont quelques-uns avaient discerné de longtemps le travail, s’est accomplie au grand jour. En écrivant la Décadence du Sillon, j’en ai résumé les résultats dans une formule que le Sillon n’aimerait pas à reconnaître exacte, mais dont tous les traits, comme je l’ai montré, sont rigoureusement authentiques. Il ne sera pas sans utilité de la reproduire ici :

 

Considérant que l’idéal chrétien des catholiques peut leur être commun avec ceux qui rejettent leur foi ;

Considérant que l’idéal moral et social à faire triompher pour le salut du pays, s’il convient de l’appeler encore idéal religieux en tant qu’on prend ce nom pour synonyme d’idéal démocratique, n’en est pas moins séparable de la foi catholique ;

Considérant qu’un parti fondé sur la communauté d’un idéal ainsi déterminé est appelé à changer les âmes, et que tout autre parti serait néfaste à l’Église ;

Le VIe Congrès national du Sillon demande qu’on dénonce et qu’on brise l’union fondée sur la conformité du culte religieux ;

Propose l’union de tous ceux qui, protestants, libres-penseurs ou catholiques, veulent que l’idéal chrétien et l’idéal démocratique soient un seul et même idéal, et se proposent de réaliser cet idéal dans la société par le règne de la justice et de la fra­ternité ;

Et repousse hors du parti moral et social ainsi constitué pour la régénération du pays et le triomphe de l’Église, les catholiques qui n’ont pas compris comme le Sillon la répercussion de l’idéal démocratique et chrétien dans le domaine politique et social [54].

 

Depuis lors, l’idéalisme est devenu de plus en plus le terme exclusivement adopté pour exprimer les aspirations de cette école, et justifier par son éclectisme la position indépendante où elle entend se maintenir.

Mais, l’idéalisme, c’est également, on l’a vu, l’expression séduisante sous laquelle les conspirations liguées contre la foi et l’Église déguisent leur machination […]. De part et d’autre, l’idéal poursuivi est un idéal démocratique. De part et d’autre, l’idéa­lisme est représenté par une certaine conception de la démocratie.

Le rapprochement est frappant entre les espérances de toutes les sectes théoso­phiques et celles du Sillon. De part et d’autre, on fait briller aux yeux de l’humanité les promesses d’un nouvel âge d’or [55].

D’après toutes ces sectes, en effet, l’histoire de l’humanité comprend une série d’époques à travers lesquelles la matière inanimée s’élève, sous l’action de la « matière astrale » jusqu’à la divinité. La première fut celle du brahmanisme, la seconde celle de la religion des Égyptiens, la troisième est l’époque chrétienne, la quatrième l’époque révolutionnaire, la cinquième sera celle de la République universelle dont la puissance juive provoque actuellement l’éclosion par tous les moyens. Les époques postérieures marqueront dans l’histoire de l’humanité des étapes tellement supérieures à ce que nous pouvons concevoir, qu’elles ne peuvent actuellement se définir.

Voilà le rêve fantastique qui est au fond de toutes ces déclamations sur le progrès et l’avenir de l’humanité. Voilà le mirage auquel se laissent prendre, inconsciemment sans doute, le chef et les adeptes du Sillon. Quand M. Marc Sangnier proclame avec son intarissable faconde que la démocratie est l’aboutissement nécessaire du christia­nisme, qu’elle doit élever l’humanité à une organisation sociale où seront portées au maximum la conscience et la responsabilité de chacun, quand il décrit l’idéal de cette société où l’autorité n’aurait plus au fond de raison d’être, parce que ses lois se trouve­raient dictées d’avance par la conscience universelle ; ses paroles n’auraient qu’une signification déclamatoire et chimérique, si elles ne correspondaient à un état d’esprit existant en lui-même et parmi ceux qui l’écoutent. Or, c’est l’état d’esprit que la franc-maçonnerie cabalistique et théosophique crée et entretient en actionnant des forces disséminées partout. Le Sillon en subit l’influence et la propage à son tour. Ce n’est pas au christianisme qu’elle profite.

La démocratie n’est d’ailleurs, ni pour les uns, ni pour les autres, une forme de gouvernement. Elle est un degré de l’échelle mystérieuse par laquelle l’humanité s’élève à ses destinées. C’est la réalisation d’un progrès égal à celui que représenta jadis le pas­sage du paganisme au catholicisme. La république universelle que ce progrès prépare sera autant supérieure à la chrétienté du Moyen Age que celle-ci le fut au brahma­nisme et au monde païen. Elle sera faite de la fusion de toutes les Églises, de l’abolition de toutes les patries, du nivellement de toutes les classes, de la suppression de la pro­priété privée et de la destruction de la famille. Or, est-il besoin de rappeler les manifes­tations diverses et multiples par lesquelles le Sillon encouragea ces redoutables utopies ? Voilà l’idéal démocratique plus ou moins nettement entrevu, mais salué de loin avec un enthousiasme égal par les gnostiques et les sillonistes, disons mieux, par les démo­crates de toutes les écoles et de toutes les dénominations, sans en exclure une partie notable du clergé [56].

 

On sait que le Sillon, après sa condamnation, feignit de se soumettre et conti­nua sournoisement sa propagande dans les milieux catholiques et en particulier dans le clergé ; on sait également que la condamnation de l’Action Française fut la revanche du Sillon et permit à ses idées d’amplifier considérablement leur au­dience. Il y a là une des sources des doctrines œcuméniques et de la liberté reli­gieuse qui triomphèrent à Vatican II.

 

Le père Teilhard de Chardin (1881-1955)

 

Mais il en existe une autre, au moins aussi importante : celle de Teilhard de Chardin qui fut un des pères spirituels posthumes du Concile.

Comment ces idées ésotérico-occultistes sont-elles parvenues au célèbre jé­suite ? Entre autres, par l’intermédiaire d’Édouard Schuré (1841-1929) ; écrivain, musicologue, critique d’art et féru d’occultisme, Schuré est l’auteur d’un ouvrage in­titulé Les grands Initiés, sous-titré : Esquisse de l’histoire secrète des religions – Rama, Krishna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus, publié en 1889 et maintes fois réédité, ouvrage dans lequel, sous une forme lyrique et pseudo-érudite, il vulgarise les idées de l’ésotéro-occultisme, en particulier celles de Constant, de Saint-Yves d’Alveydre, de Fabre d’Olivet et de Mme Blavatsky.

Nous savons, depuis la publication de ses lettres à sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon [57], écrites en 1916, que Teilhard a beaucoup lu Schuré et qu’il en a beaucoup appris :

 

Lu aussi du Schuré, qui est évidemment très tonique pour l’esprit ; il fait sentir et penser, dans l’ordre des réalités qui nous intéressent l’un et l’autre [58][…]. Joie de trou­ver un esprit extrêmement sympathique au mien, – excitation spirituelle en prenant contact avec une âme passionnée pour le Monde, – satisfaction de constater que les questions qui me préoccupent sont bien celles qui ont animé la vie profonde de l’hu­manité, – plaisir de voir que mes essais de solution conviennent en somme parfaite­ment aux vues des « grands initiés » sans altérer le dogme […]. De la lecture de ces pages […] j’ai conscience, jusqu’ici, d’avoir surtout tiré un accroissement véhément de ma conviction en la nécessité, pour l’Église, de présenter le dogme d’une manière plus réelle, plus universelle, plus « cosmogonique », oserai-je dire [59].

 

Alain Tilloy, qui cite ces lettres, les commente sévèrement :

 

Ainsi influencée, hantée qu’elle était « d’une manière native » par le panthéisme « dont il a le cœur plein [60] », la pensée du P. Teilhard a glissé sur la pente dangereuse du spiritualisme luciférien […]. N’en vint-il pas à écrire à sa cousine : « Ne faut-il pas par amour de Dieu, savoir risquer (si possible) même sa sainteté ou même sa parfaite ortho­doxie [61] ? » Le P. Teilhard a couru ce risque. Il a joué sa sainteté et son orthodoxie, et il a perdu [62].

 

Voici deux citations, caractéristiques de la pensée teilhardienne, qui confirment le jugement d’Alain Tilloy : quelques jours avant sa mort, Teilhard écrivait à son égérie Maryse Choisy, psychanalyste et sœur maçonne du Droit Humain :

 

Je me sens de plus en plus préoccupé (c’est-à-dire passionnément intéressé) par la recherche du Dieu (non seulement chrétien, mais transchrétien) devenu nécessaire pour les exigences croissantes de notre adoration [63].

 

De quel Dieu s’agit-il ? Un autre texte peut nous éclairer :

 

Je pense que le grand fait religieux actuel est l’éveil d’une Religion nouvelle qui fait, petit à petit, adorer le monde et qui est indispensable à l’humanité pour qu’elle continue à travailler [64].

 

On comprendra que, à la veille de l’ouverture du concile Vatican II (11 octobre 1962), le Grand-Maître du Grand-Orient de France, Jacques Mitterrand, ait eu ce cri de triomphe qui va nous servir de conclusion :

 

[…] Un jour, un savant s’est levé de leurs rangs, […] Teilhard de Chardin. Il a commis, sans s’en douter peut-être, le crime de Lucifer qu’à Rome on a tant reproché aux francs-maçons : dans le phénomène de « l’hominisation », et, pour reprendre la formule de Teilhard, dans la « Noosphère », c’est-à-dire dans cette masse de consciences qui entourent le globe, c’est l’homme qui est au premier plan. Quand la conscience atteint son apogée, au point « Oméga », dit Teilhard, alors c’est sûrement l’homme tel que nous le désirons, libre dans sa chair et dans son esprit. Ainsi Teilhard a mis l’homme sur l’autel et, adorant l’homme, il n’a pu adorer Dieu [65].

 

 


Un adorateur d’idole

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] — Jean-Claude Lozac’hmeur, Fils de la veuve – Recherches sur l’ésotérisme maçonnique, nouvelle édition revue et complétée, Chiré, 2002.

[2] — Jean-Claude Lozac’hmeur – Bernaz de Karer, De la Ré-volution – Essai sur la politique maçonnique, Éditions Sainte-Jeanne d’Arc, 1992.

[3] — Jean-Pierre Laurant, Le Regard ésotérique, Bayard, Paris, 2001, pp. 9 et 79. L’auteur, professeur à l’École pratique des Hautes Études, est favorable à l’ésotérisme.

[4] — Jean-Pierre Laurant, Le Regard ésotérique, p. 80.

[5] — Ibid.

[6] — Abbé Emmanuel Barbier, Les Infiltrations maçonniques dans l’Église, Association Saint-Rémy, Mont-Notre-Dame et Société Saint-Augustin, Lille-Paris-Bruxelles-Rome, Desclée, De Brouwer et Cie, 1910, p. 49.

[7] — Nelly Émont, Introduction à l’ésotérisme, Paris, Droguet et Ardant, 1991, p. 9-10. L’auteur est hostile à l’ésotéro-occultisme.

[8] — Introduction à l’ésotérisme, p. 18-19.

[9] — Saint Thomas d’Aquin, II-II, q. 1, a. 7.

[10] — Dans son excellent ouvrage sur La Religion des Primitifs (Paris, Beauchesne, 1911).

[11] — La Religion des Primitifs, p. 484.

[12] — Introduction à l’ésotérisme, p. 7.

[13]Introduction à l’ésotérisme, p. 38.

[14]Introduction à l’ésotérisme, p. 39-40.

[15] — On pourra lire avec profit l’excellente étude de Jean Vaquié « Le Brûlant problème de la Tradition » (Lecture et Tradition, nº 167, janvier 1991) qui fait le point sur ce sujet.

[16] — Introduction à l’ésotérisme, p. 42.

[17] — On reconnaîtra dans cette inversion de la notion de péché originel, faisant de la « chute » un péché du Dieu créateur qui aurait enfermé la substance divine dans la matière, un des principaux thèmes gnostiques. (Voir l’ouvrage très éclairant de M. Étienne Couvert : De la Gnose à l’œcuménisme, Éd. de Chiré, 2001.)

[18] — On notera ici une indiscutable parenté avec les idées que développera plus tard Teilhard de Chardin ; comme chez Teilhard, une prose grandiloquente, sentimentale et parfaitement floue, sert a dissimuler la véritable nature de la marchandise proposée !

[19] — Abbé Constant, L’Assomption de la Femme, ou le livre de l’Amour, Paris, Le Gallois, 1841, cité par Paul Chacornac, Éliphas Levi, Rénovateur de l’occultisme en France (1810-1875), Paris, Librairie générale des Sciences occultes, Chacornac frères, 1926, rééd. 1989, p. 7-8.

[20] — Ibid., p. 7, note 2.

[21] — Alain Mercier, Éliphas Lévi, Paris, Seghers, 1974, p. 29.

[22] — La croyance en l’éternité des peines de l’enfer et de la réprobation des anges rebelles traitée de fiction manichéenne ! L’inversion gnostique atteint là un sommet.

[23] — L’Assomption de la Femme, ou le livre de l’Amour, cité par Chacornac, p. 12-14.

[24] — Chacornac, Éliphas Levi, p. 21.

[25] — Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, Seghers, 1983, p. 96-97. L’auteur est favorable à l’ésotérisme.

[26] — Il s’agit d’un roman ésotérique publié en 1839, chez Félix Bonnaire ; l’action se passe dans un monastère, en Italie, au XVIIIe siècle et met en scène un novice qui se verra initier par un vieux moine à une doctrine gnostique élaborée au siècle précédent par le fondateur du monastère, Spiridion, un Juif converti au protestantisme puis au catholicisme.

[27] — On sait que cette inspiratrice de Fénelon fut, avec le P. Lacombe, religieux barnabite, la principale responsable de l’introduction en France du quiétisme ; cette fausse mystique, due au prêtre espagnol Molinos, enseignait que le « pur amour » fixait définitivement l’âme en Dieu et que, ne pouvant plus pécher, elle devait se désintéresser des actes commis par le corps (nous verrons plus loin que Constant a retenu la leçon). Ces aberrations évoquent celles qu’enseignaient les gnostiques licencieux de l’Antiquité. Notons que Fénelon et Mme Guyon furent les parents spirituels du chevalier de Ramsay, qui fut un théoricien de l’œcuménisme et de la maçonnerie du Rite écossais.

[28] — L’Assomption de la Femme, ou le livre de l’Amour, cité par Chacornac, p. 41-43.

[29] — Cité par Christiane Buisset, Éliphas Lévi : sa vie, son œuvre, ses pensées, Paris, Guy Trédaniel – Éditions de la Maisnie, 1984, p. 86. L’auteur est présidente du Cercle Éliphas Lévi, fondé en 1975 pour continuer l’enseignement du « maître ».

[30] — Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, p. 97.

[31] — Paris, Germer-Baillière, 1856.

[32] — Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, p. 98

[33] — Chacornac, Éliphas Lévi, p. 191.

[34] — Cité par Christiane Buisset, Éliphas Lévi, p. 87.

[35] — Ibid., p. 157-158.

[36] — Autun, Dejussieu, 1846 ; voir Jean-Pierre Laurant : Le Regard ésotérique, p. 83.

[37] — Chacornac, ibid., p. 259.

[38] — Cours de philosophie occulte, t. 2, rédaction 1861, parution 1933, p. 13 et p.75 ; cité par Henri de Lubac S. J., La Postérité spirituelle de Joachim de Flore, tome II : de Saint-Simon à nos jours, Paris, Lethielleux, 1981, p. 325.

[39]Cours de philosophie occulte, t. I, p. 49, cité ibid.

[40]La Clef des grands mystères, Baillière, 1861, p. 52, cité par H. de Lubac, ibid., p. 325, note 3.

[41]Ibid.

[42] — Cité par H. de Lubac, ibid., p. 325.

[43]Clefs majeures et Clavicules de Salomon, rédaction 1868, 1ère impression 1895, 2e éd., Chacornac, 1926, p. 94-95, cité par H. de Lubac, ibid., p. 326.

[44] — La clef des grands mystères, p. 28, cité par H. de Lubac, ibid., p. 326-327.

[45] — H. de Lubac, ibid., p. 327.

[46] — Dans une étude intitulée « Les grands thèmes de la pensée messianique en France de Wronski à Esquiros : christianisme ou laïcisme ? », extrait de Messianisme et Slavophilie, colloque franco-polonais d’octobre 1985, université Jagellon, Cracovie, 1987, p. 55-66.

[47] — Écrivain et homme politique qui finit sénateur des Bouches-du-Rhône ; il était membre de la loge maçonnique de Marseille La Réforme.

[48] — Ibid. Les citations suivantes sont également tirées du travail de M. Drouin.

[49] — Paris, P.U.F., 1987.

[50] — Mission des Souverains, Paris, Nord-Sud, 1848, p. 433-434.

[51] — Cité par Alain Tilloy, Le Père Teilhard de Chardin, Père de l’Église ou pseudo-prophète ? (publié avec une lettre approbative de Mgr Lefebvre), Saint-Cénéré (Mayenne), Éditions Saint-Michel, 1968, p. 75.

[52] — Les Infiltrations maçonniques dans l’Église, p. 1.

[53] — Ibid.

[54] — Il est impossible de ne pas constater la similitude qui existe entre les idées du Sillon de 1910 et celles de la nouvelle Église issue de Vatican II ! (Note de l’auteur de l’article.)

[55] — Les infiltrations maçonniques dans l’Église, p. 244-245.

[56] — Les infiltrations maçonniques dans l’Église, p. 246-248.

[57] — Lettres parues dans Genèse d’une pensée, Lettres (1914-1919), Paris, Grasset, 1962. Nous citons d’après Alain Tilloy, Le Père Teilhard de Chardin, Père de l’Église ou pseudo-prophète ?, p. 90.

[58] — Lettre à Marguerite Teilhard-Chambon ; Genèse d’une pensée, p. 334.

[59] — Ibid., p. 349. On notera la précaution oratoire du P. Teilhard qui insère sa gnose dans le courant occultiste, tout en prétendant ne pas « altérer le dogme » ; il a suivi le conseil d’Éliphas Lévi !

[60] — Lettre à la même, ibid., p. 114.

[61] — Lettre à la même, ibid., p. 163.

[62] — Alain Tilloy, Le Père Teilhard de Chardin, Père de l’Église ou pseudo-prophète ?, p. 90-91.

[63] — Lettre publiée dans Psyché, revue dirigée par Maryse Choisy, nº 99-100, cité par Alain Tilloy, ibid., p. 77.

[64] — Teilhard de Chardin, Journal, p. 220, cité par Romano Amerio, Iota Unum Étude des variations de l’Église catholique au XXe siècle, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1987, p. 67.

[65] — Extrait du discours du Grand-Maître à l’Assemblée Générale du G.O.D.F. tenue à Paris du 3 au 7 septembre 1962, rue Cadet ; cité par Alain Tilloy, ibid., p. 5.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 50

p. 125-146

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