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Éditorial

 

Le désir de connaître Dieu

 

L’« intelligence de la foi » contre la gnose

 

 

SAINT THOMAS D’AQUIN remarque que, lorsque nous voyons un effet, surgit en nous un désir naturel d’en connaître la cause. S’appuyant sur ce principe général, il en tire la conclusion qu’il y a en nous un désir naturel de connaître Dieu tel qu’il est en lui-même [1].

Saint Thomas a fait lui-même, dès son enfance, l’expérience de ce désir : tout jeune élève des bénédictins du Mont-Cassin, il interrogeait les vieux moines et leur demandait : « Qu’est-ce que Dieu ? »

Plus tard il écrivit de gros livres, dont sa Somme théologique, pour expliquer, autant que faire se peut, ce qu’est Dieu (théologie, qeologoiva : discours sur Dieu).

Ce désir de connaître Dieu est même, selon saint Thomas, le désir qui doit pri­mer sur tous les autres : en effet, dans cette connaissance de Dieu consiste notre béatitude, c’est-à-dire la fin ultime de la vie humaine [2].

Ce désir de connaître Dieu ne sera parfaitement satisfait qu’au ciel, quand nous verrons la sainte Trinité face à face, si du moins nous parvenons à la vision béatifique.

Pour nous acheminer vers ce but, il n’y a qu’une seule voie : c’est celle de la foi surnaturelle, qui nous donne déjà une certaine connaissance, claire-obscure, de ce but, et nous permet de nous y acheminer, en ayant dès ici-bas un avant-goût de cette béatitude [3].

Toutefois les hommes ont du mal à se soumettre, et surtout à soumettre leur in­telligence, au joug de la foi [4]. Aussi ont-ils souvent cherché d’autres moyens de satisfaire leur désir de connaître Dieu : de là sont nées bien des fausses religions et bien des fausses philosophies.

Vouloir connaître Dieu sans se soumettre à lui, vouloir atteindre une science qui nous rende heureux sans avoir à se convertir, une science béatifiante sans pu­rification du cœur [5], est une tentation permanente pour l’humanité.

Une telle science, ersatz de la foi, surtout quand elle est recherchée au moyen d’un pacte (au moins implicite) avec le démon peut bien être appelée « gnose [6] ».

On voit dès lors que, vis-à-vis de la fin dernière (la connaissance de Dieu), il y a deux pôles d’attraction [7] possibles : une recherche légitime de cette connais­sance par la foi devant aboutir à la vision béatifique, et une recherche illégitime par la gnose.

Plus la foi diminue, et plus la gnose prend du terrain : nous le constatons au­jourd’hui [8]. Pour contrecarrer cette tendance, il n’y a qu’un remède vraiment effi­cace : renforcer la foi et « l’intelligence de la foi ».

C’est ce que s’efforce de faire, modestement, Le Sel de la terre. C’est pourquoi nous vous remercions, chers lecteurs, de votre fidélité, et nous vous encourageons à faire connaître la revue autour de vous.

Dans ce but, à l’occasion de ce numéro 50, nous vous proposons d’offrir à vos amis et connaissances un abonnement à tarif réduit. Tout lecteur du Sel de la terre peut offrir à une personne de sa connaissance (qui n’est pas déjà abonnée) un abonnement à mi-tarif (21,5 E) et trois abonnements avec 30% de réduction (30 E), en utilisant pour cela la feuille volante glissée dans ce numéro.

Et maintenant méditons ce texte enflammé de saint Augustin sur le désir de connaître Dieu :

 

Nous sommes donc appelés, frères, à voir une vision que l’œil n’a pas vue, que l’oreille n’a pas entendue, qui n’est pas montée au cœur de l’homme [9] : une vision qui dé­passe toutes les beautés de la terre, de l’or, de l’argent, des bois et des campagnes, la beauté de la mer et de l’air, la beauté du soleil et de la lune, la beauté des étoiles, la beauté des anges ; une beauté qui surpasse tout car c’est d’elle que toutes choses tiennent leur beauté.

Que serons-nous donc quand nous le verrons ? Quelle promesse nous a été faite ? Nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est [10]. La langue dit ce qu’elle peut : le reste, c’est au cœur de le comprendre […] Puisque vous ne pouvez voir dès maintenant, que vos efforts se résolvent en désir. Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir. Sans doute ce que tu désires, tu ne le vois pas encore ; mais le désir te rend capable, quand viendra ce que tu dois voir, d’être comblé… Telle est notre vie : nous exercer en désirant. Or, un saint désir nous exerce d’autant plus que nous avons déta­ché nos désirs de l’amour du monde. Nous l’avons déjà dit : vide à fond ce qui doit être rempli. Le bien doit remplir ton âme, déverse le mal… Tout ce que nous pouvons dire est au-dessous de la réalité : étendons-nous vers (Dieu), afin que, lorsqu’il viendra, il nous remplisse [11].

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] — I, q. 12, a 1.

[2] — I-II, q. 3, a. 8.

[3] — Il est remarquable que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait commencé son enseignement public par les sept béatitudes (Mt 5, 3-9) : normalement la vie chrétienne, guidée par la foi et enrichie des dons du Saint-Esprit, doit aboutir à nous faire connaître un avant-goût de la joie céleste. — C’est ce que produit la contemplation infuse qui marque, selon saint Jean de la Croix, l’entrée dans la voie illuminative, ou nuit passive des sens. Cette purification est commune au grand nombre de commençants, selon le Docteur mystique, seulement bien peu y persévèrent à cause d’un manque de générosité. Il n’en demeure pas moins que, même si de facto (en fait) peu de chrétiens passent victorieusement par cette étape, elle constitue de jure (en droit) la norme. Et ce qui n’aura pas été accompli ici-bas devra l’être alors, sans mérite hélas !, au purgatoire. — Les saints passent tous par cette connaissance savoureuse de Dieu : voir par exemple la prière de la bienheureuse Elizabeth de la Trinité, Ô mon Dieu Trinité : « (…) Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude (…) ».

[4] — Voir la phrase de saint Paul qui se trouve en page 3 de couverture de chaque nº du Sel de la terre : « Nous faisons toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ » 2 Co 10, 5.

[5] — Voir, à la fin de ce numéro du Sel de la terre, le texte de l’abbé Belmont (« analogie n’est pas identité ») qui développe le même thème, et cite notamment le père R.-Th. Calmel O.P.

[6] — Il s’agit à l’évidence d’une notion analogique, comme le note aussi l’abbé Belmont (ibid.). Mais le sens de l’analogie semble étranger à Paul Sernine qui a complètement déformé la pensée de Dominicus en prétendant résumer le « Petit catéchisme » paru dans Le Sel de la terre 37.

[7] — Nous disons deux « pôles » et non pas deux positions, car il y a ceux qui ne s’intéressent pas à connaître Dieu, et ceux qui le recherchent mal, sans toutefois faire de pacte avec le démon. De telles personnes ne sont pas gnostiques dans le sens où nous l’entendons ici. — Mais ce sont bien deux pôles d’attraction ; car ceux qui cherchent Dieu auront tendance à aboutir soit vers la foi, s’ils se laissent guider par la grâce de Dieu, soit vers la gnose, s’ils se laissent influencer par l’Ennemi de Dieu.

[8] — Voir le « Courrier des lecteurs » de ce numéro.

[9] — 1 Co 2, 9.

[10] — 1 Jn 3, 2.

[11] — Saint Augustin, Commentaire sur la 1ère épître de saint Jean, Tr. IV, n. 6, « Sources Chrétiennes », t. 75.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 50

p. 1-3

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