top of page

Jean Madiran, les élections et Mgr Delassus

 

DANS UN « PETIT DIALOGUE POLITIQUE » paru dans Présent du 25 août 2004, Jean Madiran met ces propos dans la bouche d’un des interlocuteurs, à propos de l’action politique du Front National :

 

— Quelle action, riposte Hubert, non mais quelle action en dehors de l’obsession électorale ? […] En somme, d’un bout de l’année à l’autre, d’un scrutin à l’autre, il y a une permanente mobilisation électorale, dès le lendemain d’une élection on ne s’oc­cupe que d’entrer déjà dans la campagne pour la suivante, et d’y faire entrer tout le monde.

 

Chez l’interlocuteur d’en face, l’argumentation est simple :

 

Mais que voulez-vous donc ! La campagne électorale est bien la seule action poli­tique qui compte, la seule qui ait un résultat visible et tangible. Si vous n’en voulez pas, ne dites pas que vous faites de la politique : vous y renoncez. Ou bien alors, où iriez-vous ? et avec qui ?

 

Mais un autre participant au débat fait justement remarquer :

 

Toute une série de problèmes politiques qui sont véritablement des problèmes de fond, des problèmes vitaux, comme la laïcité républicaine, l’avortement, le pacs et le mariage homosexuel semblent avoir été traités comme secondaires par un FN incer­tain, ambigu, peut-être divisé.

 

Jean Madiran revient sur le sujet une dizaine de jours plus tard, dans son édito­rial du 2 septembre. Il cite le père Calmel exhortant à se regrouper et s’organiser en petits fortins ; il rappelle le « cours des cadres » et la « formation des mille » de Jean Ousset. Et il avoue :

 

Cela n’aurait jamais dû cesser de nous être familier, évident, prioritaire. […] L’enthousiasme avec lequel, en 1988, nous pensions monter à l’assaut du pouvoir en portant Jean-Marie Le Pen à la présidence de la République, avait estompé chez beau­coup d’entre nous ces vérités naturelles, ces vérités permanentes et humbles […].

 

Ces vérités naturelles, effectivement, mais aussi, et en même temps, d’autres vérités plus hautes, et d’importance cruciale, telle la nécessité du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Du combat purement électoral mené à l’époque, Madiran note encore :

 

C’était déjà une impasse en 1988, mais on ne put apercevoir que plus tard, avec l’échec et le recul, en quoi consistait l’erreur. Il ne suffirait pas de changer de président de la République. Le mal est plus profond, tandis que le possible et le prioritaire sont plus modestes.

 

Il est difficile et louable de savoir reconnaître publiquement ses erreurs, et il pourrait paraître cruel d’en profiter pour appuyer lourdement sur les responsabili­tés d’Itinéraires et de Présent dans l’engouement électoraliste des années 1980. On nous permettra néanmoins de citer, sur ce sujet, un texte qui mérite réflexion (nous l’avions déjà fourni à nos lecteurs il y a quelques années). Il est de Mgr Delassus et manifeste bien la parfaite actualité que gardent, dans le combat actuel, les grands écrivains antilibéraux :

 

[Beaucoup] ont mis leur espoir de salut dans la lutte électorale, c’est-à-dire dans la souveraineté du peuple en exercice. Que de temps, que d’argent, que d’activité a fait dépenser cette illusion ! La dixième partie de tout cela, employée depuis vingt ans à ré­former les idées, eût sauvé le pays depuis dix ans. L’effort déployé pour faire élire des candidats met toujours l’idée au second plan, s’il ne l’étouffe entièrement, et prépare ainsi pour l’avenir des défaites de plus en plus écrasantes. Ce qu’il faudrait, ce serait d’ar­racher les hommes influents à l’action électorale pour les lancer dans la propagande de la vérité.

Là est la difficulté. Il est aisé de grouper et d’intéresser les masses conservatrices à une action concrète et simple comme le vote. Il faut dépenser beaucoup de talent, de courage et de persévérance pour arriver à faire comprendre à ces mêmes masses qu’elles sont dans l’erreur, et pour leur montrer et leur faire admettre les principes de l’ordre social, en délivrant leur esprit des principes démocratiques [1].

 

*

 

Non respicias a quo audias, sed quidquid boni dicatur, memoriæ recommenda (Ne regarde pas à celui qui parle, mais tout ce que tu entends de bon, confie-le à ta mémoire [2]). Sur le même sujet, citons donc cette observation de bon sens de Pierre Sidos, interrogé dans le premier numéro de la revue L’Héritage :

 

Un des éléments déplorables du Front National, c’est qu’il convertit au démocra­tisme et à l’électoralisme des gens qui n’auraient jamais pensé y toucher [3].

 

 


[1] — Mgr Henri Delassus, cité dans Le Sel de la terre 36, p. 250-251.

[2] — Douzième des conseils de saint Thomas d’Aquin pour acquérir le trésor de la science.

[3] — Dans L’Héritage (ASMA, B.P. 80308, 75723 Paris Cedex 15 ; www.lheritage.net), nº 1, p. 12. — Cette revue, qui veut présenter l’héritage contre-révolutionnaire à la jeunesse, contient plusieurs pages intéressantes (notamment sur la franc-maçonnerie, sur la patrie, sur Lénine, etc.). Celles sur le « rock identitaire français » (« R.I.F. ») appellent en revanche des réserves. De bonnes paroles plaquées sur une musique de sauvages ne suffisent pas à faire de celle-ci un instrument adéquat de civilisation et d’évangélisation (même si, per accidens, ces paroles peuvent faire quelque bien). De surcroît, même quant aux paroles, les chansons de « R.I.F. » sont loin d’être toutes recommandables. (Sur la musique rock en général, voir l’article de M. l’abbé Philippe Toulza dans Le Sel de la terre 50, p. 60-103.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 51

p. 214-216

Les thèmes
trouver des articles connexes

Informations et Chroniques : L'Actualité à la Lumière de la Tradition

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page