+ Le congrès de Rimini
Du vendredi 29 octobre au dimanche 31 octobre s’est tenu en Italie, à Rimini (sur la côte Adriatique), le douzième Congrès des Études Catholiques organisé par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en collaboration avec la revue La Tradizione Cattolica. Le thème de cette année était : « L’Union européenne, l’O.N.U. et Vatican II : une synergie contre la famille et la liberté ».
C’est monsieur l’abbé Alain-Marc Nély, supérieur du district d’Italie de la Fraternité Saint-Pie X, qui ouvre le congrès, le vendredi soir, et accueille les participants. Il présente le premier conférencier, le professeur Matteo D’Amico, jeune père de famille qui enseigne l’histoire de la philosophie dans un lycée à Ancône. Son exposé a pour titre : « Vers le monde nouveau : le long assaut contre la conception chrétienne de la famille ».
Un long assaut
contre la famille chrétienne
Le célèbre livre d’Aldous Huxley (1894-1963) : Brave New World (1932), sert de point de départ. Il décrit un monde où les hommes seront produits en laboratoire selon les besoins de la société et d’après le jugement des hommes de première classe qui dirigeront les autres. Les « dirigés » seront gardés dans une soumission parfaite grâce à un système social qui exclut absolument la famille mais prodigue à haute dose les plaisirs et les drogues, de l’enfance au tombeau (où l’on rentrera aussi, bien sûr, au moment prévu par ces mêmes chefs).
M. D’Amico n’en reste cependant pas là, et rappelle un fait qui permet de comprendre la vraie portée de ce livre : son auteur était, en réalité, un grand initié, membre d’un cercle de mondialistes francs-maçons (auquel appartenait également le nazi Rudolph Hess). Loin d’être une pure fiction, son roman livre, au contraire, un plan d’action concrète qui est en train de se réaliser sous nos yeux. Huxley lui-même travaillait à sa réalisation : il fut mêlé à des expériences de conditionnement érotique à l’âge précoce menées par les services secrets américains. Il était aussi à l’avant-garde de l’expérimentation des drogues hallucinogènes dans les années 1960, et il est mort d’une overdose de L.S.D.
M. D’Amico retrace ensuite l’évolution historique des mœurs familiales. Il remonte jusqu’à l’époque païenne, où ne manque aucun des maux que nous connaissons aujourd’hui : avortement, infanticide, contraception, concubinage, divorce… On connaît la corruption de la fin de l’empire romain, et sa terrible crise démographique. Dans un contraste frappant, la splendeur spirituelle de la famille chrétienne était un facteur majeur de conversion des païens, attirés par la beauté de cet exemple. Ces conversions, jointes à la fécondité des mariages chrétiens, ont fait monter la proportion des membres de l’Église de moins d’1 % de la population à la fin du premier siècle jusqu’à plus de la moitié en 306.
Après un bref aperçu de la doctrine de l’Église sur le mariage, M. D’Amico expose l’assaut mené contre cette doctrine, dès le début du christianisme, par les mouvements gnostiques, qui fleurissaient dans certains milieux juifs, et qui tentèrent de pénétrer l’Église naissante. Le dualisme qui faisait la base de ces systèmes gnostiques entraînait nécessairement un conflit acharné entre lui et le véritable christianisme, tout particulièrement dans le domaine de la moralité de la famille.
La haine de la matière
Pour les gnostiques, en effet, la matière est en soi mauvaise ; en conséquence, l’acte conjugal est aussi mauvais en soi, non seulement parce qu’il est corporel, mais surtout parce qu’il est cause de la génération des hommes, c’est-à-dire de l’emprisonnement d’une âme – qu’ils conçoivent comme déjà existante – dans un corps matériel. C’est pourquoi, chez les gnostiques, l’union de l’homme et la femme était considérée de deux façons : soit comme une chose à éviter absolument (école ascétique, dont la virginité, disait saint Jean Chrysostome, était bien pire que la fornication), soit comme une chose complètement indifférente, que l’on pouvait faire comme on voulait, à la seule condition d’éviter la fécondité (école sensualiste, dont certains membres allaient jusqu’à dire que le seul moyen d’échapper à la servitude du démon qui avait inspiré l’ancien Testament était de commettre tous les péchés possibles parmi ceux qui sont proscrits par la Loi).
M. D’Amico montre ensuite le développement de ces idées gnostiques opposées à la doctrine de l’Église dans le protestantisme. Luther accepte le divorce et nie le sacramentalité du mariage ; certaines des sectes qui ont poussé ses idées jusqu’à leurs ultimes conséquences logiques sont arrivées à la conclusion qu’il fallait s’abandonner à la sensualité pour être sauvé. De même, la Révolution moderne s’est toujours fait accompagner des doctrines antifamiliales d’une sensualité inféconde.
Un des principes fondamentaux de la subversion, est qu’il faut absolument séparer les enfants de leur famille pour en faire de bons citoyens, car un fils qui a un père ne peut pas être manipulé. Mais le Brave New World d’Aldous Huxley n’est ici que la reprise de la République de Platon.
L’effondrement démographique
Le rêve du démon, en fait, est tout simplement de détruire le monde. D’où son enseignement : c’est de la matière, donc c’est mal, donc il est bon de le détruire. La destruction est bien la fin ultime de la révolution, qui est essentiellement diabolico-gnostique. M. D’Amico conclut en montrant que tel est tout à fait le programme que le nouvel ordre mondial est en train de mettre en pratique : divorce, contraception, avortement, travail des femmes, éducation sexuelle dans les écoles, et maintenant “mariage” homosexuel, tout est dirigé contre la famille chrétienne. Il termine en donnant des statistiques atterrantes sur la population européenne où le nombre de naissances par femme est moitié moindre de ce qu’il était il y a seulement 30 ans (écroulement démographique sans précédent dans l’histoire du monde). Quant à l’Église, les chiffres sont encore pire. Un seul exemple donne une idée de l’état de l’Italie : dans le diocèse de Milan (le diocèse qui comporte le plus grand nombre de catholiques dans le monde), la moitié des unions conjugales se font actuellement en dehors de l’Église.
Révolution médicale
et révolution biologique
Samedi matin, la première conférence reprend le thème de l’assaut contre la famille : le docteur Luca Poli, généraliste, nous peint un tableau effrayant mais réaliste de la situation actuelle du monde médical. Il cite un texte officiel reçu tout récemment à son cabinet, qui explique tranquillement comment la révolution médicale menée depuis les années 1960 dans les domaines du mariage, de la naissance, de la mort, etc. a amené une complète réorganisation de la vie sociale, mais qu’il reste encore une étape finale à accomplir : la révolution biologique qui devra assurer le contrôle de la fécondation. De même que la contraception artificielle a amené une nouvelle conception de la sexualité, de même la fécondation artificielle va nous mener à de nouvelles conceptions de la famille. Brave New World ? Mais nous y sommes ! Et après la conférence d’hier soir, nous voyons bien que ce n’est pas par hasard, ce n’est pas une coïncidence, c’est voulu.
Le docteur Poli insiste sur l’importance de la notion de la loi naturelle, qui fut exprimée fidèlement pendant des siècles par le fameux serment d’Hippocrate, maintenant considéré comme dépassé et déchu. On l’a remplacé par de nouvelles définitions et de nouvelles notions qui font glisser l’humanité dans la direction voulue. Il retrace brièvement l’histoire de ce glissement depuis 1946, date où l’Organisation mondiale de la santé à donné une nouvelle définition de la santé ; celle-ci n’était plus simplement l’absence de maladie, mais « un état de bien-être social complet » composé de tout un ensemble de conditions utopiques auxquelles désormais chaque être humain est censé avoir des droits imprescriptibles. Ce qui a permis ensuite – au nom du devoir sacré de permettre à tous et chacun d’atteindre ces conditions – de limiter de façon drastique la population, par tous les moyens qu’on connaît : contraception, mutilation, avortement, euthanasie, etc. En 1980, on a éliminé l’homosexualité de la section des pathologies dans le manuel médical officiel d’Italie. Désormais l’homosexualité est considérée comme « normale », sauf si l’homosexuel en souffre (auquel cas, il est diagnostiqué comme « ego-distonique »). En 1994, c’est la pédophilie qui est ôtée…
La nouvelle Europe
D’autres conférences se succèdent tout au long de la journée de samedi. Le professeur Antonio Diano dénonce la révolution liturgique dans le domaine très important de l’architecture des églises, à partir d’un document officiel de la conférence épiscopale d’Italie en 1996 qui met l’assemblée des fidèles au centre de la célébration de la messe, au lieu du sacrifice du Christ. Le docteur Maurizio Blondet, journaliste célèbre qui collabore à l’Avenire – journal officieux de l’épiscopat italien – nous entretient de l’augmentation étonnante de la puissance politique des États-Unis depuis l’attentat du 11 septembre 2001, attentat qu’il présente comme manipulé par le gouvernement américain afin de trouver un « casus belli » contre ceux qu’il voulait attaquer, selon une tactique bien rodée là-bas depuis le dix-neuvième siècle déjà [1]. Le professeur Massimo de Leonardis parle de la nouvelle Europe. Il montre que, contrairement à ce que voudrait nous faire croire l’Église conciliaire, les racines de cette Europe ne sont pas à chercher dans le christianisme, mais bien au contraire dans la révolution antichrétienne.
Soumettre les intelligences
au Christ-Roi
Le professeur Paulo Taufer reprend et approfondit le sujet de l’expansion de l’empire américain, capable désormais, grâce à ses nouvelles bases en Afghanistan, d’attaquer la Chine et de s’acheminer vers son but stratégique ultime : l’encerclement de la Russie. Enfin, le docteur Carlo-Alberto Agnoli conclut les conférences par un exposé vraiment magistral sur l’antique conjuration de la Rose-Croix. Il débute par une allusion brève mais transparente à une querelle que l’on aurait pourtant pu croire uniquement franco-française : « A l’attention de monsieur Sernine, au sujet du “complotisme”, je voudrais signaler que les hommes se divisent en deux catégories : les “complotistes” et les “imbéciles”… »
Le congrès s’achève dimanche matin au prieuré de la Fraternité Saint-Pie X à Rimini par la messe solennelle du Christ-Roi. Monsieur l’abbé Nély souligne dans son sermon l’importance de soumettre nos intelligences au Christ-Roi, à l’encontre de toutes les erreurs étudiées pendant le congrès. Le Christ, le Verbe de Dieu, est la Vérité, et par conséquent, il est le seul salut de nos intelligences et de notre société.
« A lui soit la gloire et la puissance dans tous les siècles des siècles ! Amen ! » [2]
fr. A.
[1] — Voir à ce sujet les notules sur Pearl Harbor dans Le Sel de la terre 1, p. 121-122 et 40, p. 259-260, ainsi que sur le USS Maine en 1898 et le Lusitania en 1917 dans Le Sel de la terre 39, p. 263.
[2] — Les actes des onze congrès précédents (texte uniquement en italien) sont disponibles au prieuré de Rimini : Priorato Madonna di Loreto, Via Mavoncello, 25 – 47828 Spadarolo (RN) - Italie.

