Catéchisme catholique
de la crise dans l’Église (V)
par M. l’abbé Matthias Gaudron
Voici le septième chapitre de ce Catéchisme de la crise dans l’Église (qui en compte dix au total).
Après avoir traité de la crise dans l’Église en général (chapitre 1), de la foi (chapitre 2), du magistère (chapitre 3), de Vatican II (chapitre 4), puis des deux principales erreurs de ce funeste concile : la liberté religieuse (chapitre 5) et l’œcuménisme (chapitre 6 [1]), M. l’abbé Matthias Gaudron aborde ici la question de la nouvelle messe promulguée en 1969 par Paul VI.
Rappelons que cette étude constitue la version française du Katholischer Katechismus zur kirchlichen Krise édité en 1997, en Autriche, par les éditions Rex regum, avec une préface de M. l’abbé Franz Schmidberger. Son auteur, professeur au séminaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à Zaitzkofen, a bien voulu revoir la présente traduction (le texte a été complété et adapté à la situation française).
Le Sel de la terre.
— VII –
La nouvelle messe
n 54. Qu’est-ce que la sainte messe ?
La sainte messe est le renouvellement et la re-présentation du sacrifice de la croix. Par l’intermédiaire du prêtre, le Christ y offre à son Père de manière non sanglante son corps et son sang qu’il avait immolés de façon sanglante sur la croix. La messe est donc un véritable sacrifice par lequel les mérites du sacrifice de la croix nous sont appliqués.
: Où peut-on trouver l’enseignement de l’Église sur la sainte messe ?
– Le concile de Trente enseigne :
Lors de la dernière Cène, « la nuit où il fut livré » (1 Co 11, 23), le Christ voulut laisser à l’Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible (comme cela convient à la nature humaine), par lequel le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir une fois pour toutes sur la croix, serait rendu présent et commémoré jusqu’à la fin du monde et sa vertu salvifique appliquée à la rémission des péchés que nous commettons chaque jour ; pour cela, […] il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin [2].
: Est-il certain que la messe soit véritablement un sacrifice au sens propre ?
— Le concile de Trente est formel :
Celui qui dit qu’à la messe n’est pas offert à Dieu un sacrifice vrai et véritable […], qu’il soit anathème [3].
Le même concile déclare que, par les paroles : « Faites ceci en mémoire de moi », le Christ a donné aux apôtres le sacerdoce et le pouvoir de célébrer ce sacrifice [4].
: Quelle est précisément la relation entre le sacrifice de la messe et celui de la croix ?
— Le sacrifice de la messe a la même victime, le même prêtre et les mêmes intentions que celui de la croix ; c’est le même sacrifice, mais offert d’une manière différente [5].
: Quelle est la victime du sacrifice de la messe ?
— Notre-Seigneur Jésus-Christ est la victime du sacrifice de la messe, comme de celui de la croix ; c’est lui qui est essentiellement offert à la messe, et non le pain et le vin (qui cessent d’exister lors de la consécration).
: Peut-on dire que Notre-Seigneur est présent dans la sainte eucharistie en tant que victime ?
— Oui, c’est en tant que victime que Notre-Seigneur Jésus-Christ est présent dans la sainte eucharistie.
: Comment Notre-Seigneur, dont le corps est désormais glorieux, peut-il être présent en état de victime ?
— Notre-Seigneur est en état de victime dans la sainte eucharistie parce que son corps et son sang y sont sacramentellement séparés, et que cette séparation sacramentelle a pour but de représenter la séparation physique réalisée par la passion.
: Notre-Seigneur n’est-il pourtant pas présent tout entier – avec son corps, son sang, son âme et sa divinité – aussi bien sous les apparences du pain que sous celles du vin ?
— Notre-Seigneur Jésus-Christ étant aujourd’hui vivant (ressuscité et glorieux), la présence de son corps ou de son sang entraîne nécessairement celle de toute sa personne (corps, sang, âme et divinité) ; son corps et son sang ne peuvent plus être physiquement séparés. Et cependant, en soi, de par la seule force des paroles consécratoires, c’est le corps qui est rendu présent sous les apparences du pain, et le sang sous celles du vin ; le corps et le sang du Christ sont donc bien d’une certaine façon séparés par le sacrement (à cause de la double consécration).
: Cette séparation sacramentelle du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ constitue-t-elle une immolation ?
— La séparation sacramentelle du corps et du sang de Notre-Seigneur constitue une immolation en tant qu’elle représente la séparation physique qui a eu lieu durant sa passion, et que, par la volonté de notre Sauveur, elle en applique les fruits.
: Il y a donc bien, à la messe, une immolation ?
— Il y a, à la messe, une immolation, mais sacramentelle. Le concile de Trente affirme qu’à la messe, le Christ « est contenu et immolé de manière non sanglante [6] ».
: Quel est le prêtre du sacrifice de la messe ?
— Le véritable prêtre du sacrifice de la messe est, comme sur la croix, Notre-Seigneur Jésus-Christ. La seule différence est que le Christ s’est lui-même offert sur la croix, tandis qu’il se sert à la messe d’un prêtre humain, qui agit comme instrument du Christ.
: Quelles sont les intentions du sacrifice de la messe ?
— Comme le sacrifice de la croix, le sacrifice de la messe est offert par Notre-Seigneur à quatre grandes intentions : adorer Dieu, le remercier de ses bienfaits, réparer les offenses qui lui ont été faites (en ce sens, le sacrifice est dit propitiatoire ou satisfactoire), et obtenir ses grâces pour les hommes.
: En quoi le sacrifice de la messe est-il offert d’une façon différente de celui de la croix ?
— Sur la croix, le Christ s’est immolé de façon sanglante ; à la messe, il le fait de façon non sanglante.
: Cette doctrine est-elle celle des Pères de l’Église ?
— Saint Augustin enseigne :
Le Christ a été immolé une seule fois en lui-même, et cependant il est immolé chaque jour dans le sacrement [7].
Et saint Ambroise :
De même en effet que partout est offert un seul corps [du Christ] et non plusieurs ; de même aussi un seul sacrifice [8].
n 55. Qui a nié que la messe soit un sacrifice ?
Pendant plus de mille ans, personne n’osa nier que la messe soit un sacrifice. Les catholiques jouirent paisiblement de cette vérité. Ce n’est qu’au XIIe siècle que quelques sectes commencèrent à l’attaquer. Mais ce fut surtout Martin Luther et le protestantisme qui entraînèrent de nombreux chrétiens à rejeter ce dogme.
: Comment Dieu nous a-t-il révélé que la messe est un sacrifice ?
— Le fait que la messe soit un sacrifice ressort clairement de la sainte Écriture. Dans l’ancien Testament, Dieu, par l’intermédiaire du prophète Malachie, annonçait en ces termes un sacrifice à venir :
De l’orient au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu un sacrifice d’agréable odeur est présenté à mon nom ainsi qu’une offrande pure [Ml 1, 11].
: Qu’y a-t-il de remarquable dans cette prophétie de Malachie ?
— Les Juifs n’avaient le droit d’offrir des sacrifices qu’en un seul lieu : le temple de Jérusalem. Or le prophète annonce une offrande pure qui sera célébrée dans tous les lieux du monde. Dès l’origine, les chrétiens y ont reconnu le sacrifice de la messe.
: Y a-t-il, dans l’ancien Testament, d’autres annonces du sacrifice de la messe ?
— Le sacerdoce du Christ est figuré, dans l’ancien Testament, par celui de Melchisédech (saint Paul dit que Jésus-Christ est « prêtre selon l’ordre de Melchisédech [9] »). Or Melchisédech n’est mentionné dans la Bible que pour avoir offert un sacrifice de pain et de vin (Gn 14, 18). C’était une figure du sacrifice de la messe, institué par Notre-Seigneur et accompli sous les espèces du pain et du vin.
: Les Évangiles parlent-ils de la messe comme d’un sacrifice ?
— Lors de l’institution de la messe, le Jeudi saint, le Christ a utilisé des termes se rapportant à un sacrifice : « mon corps livré pour vous [10] » — « mon sang, sang de la nouvelle alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés [11] ».
: Peut-on citer encore d’autres passages de la sainte Écriture ?
— Dans la première épître aux Corinthiens , saint Paul oppose la « table des démons » avec la « table du Seigneur » (1 Co 10, 18-21). Comme l’expression « table des démons » désigne les sacrifices païens offerts aux idoles, l’expression « table du Seigneur » désigne donc le sacrifice chrétien. — De même, l’épître aux Hébreux affirme : « Nous avons un autel dont ceux-là n’ont pas le droit de manger qui restent au service de la tente [le culte juif] » (He 13, 10). Or un autel est fait, par définition, pour offrir un sacrifice.
: Que disent de la messe les premiers Pères de l’Église ?
— Les plus anciens écrits ecclésiastiques parlent de l’eucharistie comme d’un sacrifice. On peut citer, entre beaucoup d’autres, la Didaché (vers l’an 100 après J.-C.), le pape saint Clément († 101), saint Cyprien de Carthage († 258).
: Qu’enseigne la Didaché ?
— La Didaché – un des premiers écrits chrétiens – déclare :
Rassemblez-vous le jour du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur [12].
: Que dit le pape saint Clément ?
— Saint Clément de Rome (pape de 92 à 101) écrit :
Le Seigneur a prescrit que les sacrifices et les actions liturgiques soient accomplis à des temps et des heures précises [13].
: Comment saint Cyprien parle-t-il du sacrifice de la messe ?
– Saint Cyprien de Carthage (+ 258) consacre sa lettre 63 au sacrifice de la messe. Il y affirme que le Christ a offert son corps et son sang en sacrifice au Père (n. 4), qu’il a ordonné de célébrer ce sacrifice en mémoire de lui (n. 14) et que le prêtre agit comme représentant du Christ (n. 9).
: Pouvez-vous citer encore un Père de l’Église, sur le sacrifice de la messe ?
– Saint Grégoire de Naziance (+ 390) exhorte ainsi un prêtre :
Ne cesse pas, homme de Dieu, de prier et d’intercéder pour moi quand tu fais descendre le Verbe par ta parole, quand tu sépares de manière non sanglante la chair et le sang du Seigneur, lorsque tu te sers de la parole [les paroles de la consécration] comme d’un glaive [14].
: Que remarque-t-on dans ce passage de saint Grégoire de Naziance ?
— Saint Grégoire de Naziance mentionne de façon très claire l’immolation non sanglante du Christ réalisée par la séparation de son corps et de son sang au moyen de la double consécration.
: Que peut-on conclure de tous ces passages de l’Écriture sainte et des Pères ?
– Les passages cités et bien d’autres encore manifestent à l’évidence qu’on ne peut nier que la messe soit essentiellement un sacrifice sans trahir l’enseignement du Christ.
: Cette vérité du sacrifice de la messe est-elle d’une grande importance ?
— Toutes les vérités révélées par Notre-Seigneur Jésus-Christ sont importantes et aucune ne peut être impunément négligée. Mais le sacrifice de la messe est vraiment au cœur de toute la vie chrétienne. Une erreur sur ce point aurait des conséquences catastrophiques.
: Comment le sacrifice de la messe est-il au cœur de la vie chrétienne ?
– La religion juive de l’ancien Testament était déjà centrée sur les sacrifices offerts au Temple. Il serait étonnant que ces nombreux sacrifices n’aient pas de correspondance dans le nouveau Testament. De fait, Notre-Seigneur est essentiellement venu sur terre pour s’offrir en sacrifice à son Père. Au nom de toute l’humanité, il a offert ce sacrifice parfait d’adoration, d’action de grâce, de réparation pour le péché, et d’imploration. L’essentiel de notre vie chrétienne doit être de nous unir, jour après jour, à ce sacrifice. Or c’est précisément par la messe que nous le faisons.
: On ne peut donc concevoir le christianisme sans la messe ?
– Même dans l’ordre naturel, le sacrifice est un élément essentiel du culte dû à Dieu. Toutes les religions anciennes ont leurs sacrifices (une des preuves de la caducité de la religion juive est précisément le fait que, depuis l’an 70 après Jésus-Christ – destruction du temple de Jérusalem –, elle ne peut plus accomplir ses rites sacrificiels). A l’époque moderne, les protestants ont essayé d’inventer un christianisme sans messe : c’est une complète dénaturation de la foi et de la morale chrétiennes, qui a mené, assez rapidement, à l’humanitarisme contemporain. Quand l’homme cesse d’offrir des sacrifices à Dieu, il tend vite à se prendre pour Dieu.
: N’est-ce pas surtout la présence réelle de Notre-Seigneur dans l’eucharistie qui est niée par les protestants ?
— Luther ne niait pas une certaine présence réelle du Christ dans le sacrement de l’eucharistie, même s’il l’entendait de façon hérétique. En revanche, il rejetait l’enseignement du sacrifice de la messe et proférait à ce propos les plus grossières injures.
: Que disait Luther du saint sacrifice de la messe ?
– Luther annonçait clairement qu’il voulait détruire la messe pour frapper au cœur l’Église catholique. Par exemple :
Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé la papauté car c’est sur la messe, comme sur un rocher, que s’appuie la papauté tout entière, avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministres et sa doctrine […] ; tout cela s’écroulera quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable [15].
: Luther n’admet-il pourtant pas que la messe puisse, en un sens, être nommée un sacrifice ?
– Luther admet et emploie parfois le terme de « sacrifice » pour désigner la messe, mais seulement en un sens très large (« une chose sacrée »). Il refuse obstinément que la messe soit un sacrifice au sens propre :
L’élément principal de leur culte, la messe, dépasse toute impiété et toute abomination, ils en font un sacrifice et une bonne œuvre [16].
: Qu’est-ce donc que la messe, pour Luther ?
– Pour Luther, la messe n’est qu’un simple mémorial de la passion. Son but est d’instruire les fidèles, de leur rappeler le sacrifice du Calvaire afin de provoquer l’acte intérieur de foi. S’il parle de sacrifice, c’est uniquement dans le sens de sacrifice de louange ou d’action de grâce sans valeur rédemptrice.
: Qu’est-ce que Luther refuse de façon absolue, dans la doctrine catholique sur la messe ?
– Ce que Luther refuse absolument, c’est que la messe ait une valeur propitiatoire ou satisfactoire – c’est-à-dire qu’elle applique de façon actuelle et efficace à nos âmes les fruits du sacrifice de la croix, et, qu’ainsi, elle acquitte la dette que nous avons envers Dieu à cause de nos péchés.
: Que signifient précisément les mots « propitiatoire » et « satisfactoire » ?
– Le sacrifice de la messe est dit propitiatoire, parce qu’il nous rend Dieu propice, en détruisant les motifs de colère qu’il pourrait avoir à notre égard, à cause de nos péchés. Il est dit satisfactoire parce qu’il satisfait à la justice divine, c’est-à-dire qu’il fait assez (satis facere = faire assez) pour l’apaiser.
: Que dit précisément Luther à ce sujet ?
– Luther enseigne :
– La messe n’est pas un sacrifice ou l’action d’un sacrificateur. Regardons-la comme sacrement ou comme testament. Appelons-la bénédiction, eucharistie, ou mémoire du Seigneur [17].
– Le saint Sacrement n’a pas été institué pour que l’on en fasse un sacrifice expiatoire […] mais pour qu’il serve à réveiller en nous la foi, et à réconforter les consciences ; […] la messe n'est pas un sacrifice offert pour d’autres, qu’ils soient vivants ou morts, afin ‘'effacer leurs péchés, mais […] une communion dans laquelle prêtre et fidèles reçoivent le sacrement, chacun pour soi-même [18].
– C’est une erreur manifeste et impie d’offrir ou d’appliquer la messe pour les péchés, en qualité de satisfaction, ou en faveur des défunts […] [19].
: Quelles sont les conséquences liturgiques des erreurs de Luther sur la messe ?
– Pour Luther, la « liturgie de la Parole » doit tenir la première place, et la communion la seconde. En modifiant progressivement les rites et cérémonies traditionnelles de la messe, Luther veut inciter peu à peu les fidèles à changer leur foi. Mais il conseille de ne pas agir trop vite :
Pour arriver sûrement et heureusement au but, il faut conserver certaines cérémonies de l’ancienne messe pour les faibles qui pourraient être scandalisés par le changement trop brusque [20].
: Les protestants ont-ils donc volontairement imposé leur nouvelle croyance de façon sournoise, en modifiant peu à peu la liturgie ?
– Les anglicans, surtout, ont adopté cette stratégie sournoise [21]. Mais Luther l’avait énoncée de façon très claire :
Le prêtre peut fort bien s’arranger de telle façon que l’homme du peuple ignore toujours le changement opéré et puisse assister à la messe sans trouver de quoi se scandaliser [22].
: Quels changements Luther a-t-il introduit dans la liturgie ?
Luther s’est surtout attaqué à l’offertoire – qu’il fit disparaître – et au canon – qu’il modifia considérablement. Il conserva le cadre général de la messe, mais en gomma habilement l’essentiel. A Noël 1521, le culte luthérien se présentait ainsi : confiteor, introït, kyrie, gloria, épître, évangile, prédication, pas d’Offertoire, sanctus, récit à haute voix et en langue vulgaire de l’institution de la Cène, communion sous les deux espèces (dans la main et au calice) sans nécessité d’une confession préalable, Agnus Dei, Benedicamus Domino. Le latin ne disparaîtra que peu à peu.
: Que peut-on dire de la haine dont Luther poursuivait la messe catholique ?
– Luther a vu juste sur un point : toute la vie chrétienne repose sur le sacrifice du Calvaire renouvelé de façon non sanglante sur l’autel. Dénaturer la messe est un des moyens les plus efficaces pour détruire l’Église. Plusieurs auteurs catholiques ont noté que ce serait l’œuvre de l’Antéchrist.
: Pouvez-vous citer certains de ces auteurs ?
– Saint Alphonse de Liguori avertit gravement :
La messe est ce qu’il y a de plus beau et de meilleur dans l’Église […]. Aussi le démon a-t-il toujours cherché, au moyen des hérétiques, à priver le monde de la messe, en les faisant les précurseurs de l’Antéchrist [23].
Dom Guéranger prévient de même :
Si le sacrifice de la messe s’éteignait, nous ne tarderions pas à retomber dans l’état dépravé où se trouvaient les peuples souillés par le paganisme et telle sera l’œuvre de l’Antéchrist ; il prendra tous les moyens d’empêcher la célébration de la sainte messe afin que ce grand contrepoids soit abattu, et que Dieu mette fin alors à toute chose, n’ayant plus raison de les faire subsister [24].
: L’Écriture sainte annonce-t-elle que l’Antéchrist s’attaquera au sacrifice de la messe ?
— Le prophète Daniel annonce, au sujet de l’Antéchrist :
La puissance lui sera donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des péchés [25].
n 56. L’enseignement de l’Église sur le sacrifice de la messe diminue-t-il l’importance du sacrifice de la croix ?
Le sacrifice de la messe ne diminue en aucune façon l’importance du sacrifice de la croix, car il dépend totalement de lui et puise en lui toute son efficacité. Toute sa valeur consiste à le rendre présent en le commémorant, et à appliquer aux hommes les grâces que le Christ leur a méritées sur la croix.
: Qui a accusé le sacrifice de la messe de diminuer l’importance du sacrifice de la croix ?
— Les protestants ont accusé le sacrifice de la messe d’être un outrage au sacrifice de la croix. Selon eux, les catholiques estimeraient que le sacrifice de la croix n’a pas suffi pour le salut de l’humanité et que l’on a donc besoin en permanence d’un autre sacrifice.
: Que faut-il répondre à ces accusations protestantes ?
– Les protestants méconnaissent totalement l’enseignement de l’Église. Le Christ a mérité sur la croix toutes les grâces nécessaires au salut de tous les hommes de tous les temps [26]. Le sacrifice de la messe n’est pas un autre sacrifice que celui de la croix, mais le même sacrifice, rendu présent à tous les chrétiens. Son rôle n’est pas d’acquérir de nouvelles grâces, mais d’appliquer aux hommes les grâces déjà méritées sur la croix.
: Pourquoi y a-t-il ainsi besoin du sacrifice de la messe pour nous appliquer les grâces méritées sur la croix ?
– Selon la volonté du Christ, la dispensation des fruits de la rédemption n’est pas automatique, mais liée aux sacrements : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16) ; « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes » (Jn 6, 53).
: Mais pourquoi un sacrifice est-il nécessaire à cette dispensation des fruits de la rédemption ?
– La vie chrétienne est une participation à la vie du Christ. Or celui-ci s’est incarné pour pouvoir offrir en sa personne, et en notre nom, un sacrifice parfait à son Père. L’essentiel de notre vie chrétienne doit être de nous unir à ce sacrifice du Christ, selon le mot de saint Paul : « J’achève ce qui manque en ma propre chair aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). A la messe, l’Église, le prêtre et les fidèles unissent continuellement leur vie au sacrifice du Christ ; ils s’y donnent, et ils y puisent les grâces pour se donner toujours davantage.
n 57. La sainte messe est-elle aussi un repas ?
Dans son essence même, la messe n’est ni un repas, ni un repas incluant un sacrifice, mais simplement un sacrifice. La sainte communion, que l’on peut à la rigueur appeler un repas, est un fruit de ce sacrifice, mais n’appartient pas à son essence.
: Que dit le magistère de l’Église à ce sujet ?
– Le concile de Trente affirme clairement que la messe est un sacrifice. Il ne dit jamais qu’elle serait aussi un repas. La thèse selon laquelle la sainte messe, dans sa nature essentielle, serait à la fois un sacrifice et un repas, a été explicitement condamnée par Pie XII :
Ils s’écartent donc du chemin de la vérité ceux qui ne veulent accomplir le saint sacrifice que si le peuple chrétien s’approche de la table sainte ; et ils s’en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu’il est absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment dangereusement qu’il ne s’agit pas seulement d’un sacrifice, mais d’un sacrifice et d’un repas de communauté fraternelle, et font de la communion accomplie en commun comme le point culminant de toute la cérémonie.
Il faut encore une fois remarquer que le sacrifice eucharistique consiste essentiellement dans l’immolation non sanglante de la victime divine, immolation qui est mystiquement indiquée par la séparation des saintes espèces et par leur oblation faite au Père éternel. La sainte communion en assure l’intégrité, et a pour but d’y faire participer sacramentellement, mais tandis qu’elle est absolument nécessaire de la part du ministre sacrificateur, elle est seulement à recommander vivement aux fidèles. [27].
: Comment peut-on voir, en pratique, que la messe n’est pas essentiellement un repas ?
– L’Église a fait un devoir de participer chaque dimanche au sacrifice de la messe, mais n’a jamais obligé à la communion dominicale. Si la sainte messe était essentiellement un repas, les fidèles présents devraient tous y communier, car celui qui assiste à un repas sans y rien manger n’y a pas pris part !
: On peut donc participer réellement au sacrifice de la messe sans communier ?
– Oui, on peut participer très réellement au sacrifice de la messe sans y communier (même si, évidemment, la communion y fait participer davantage). Le concile de Trente a précisé :
Si quelqu’un dit que les messes dans lesquelles le prêtre seul communie sont illicites et doivent être abolies, qu’il soit anathème [28] !
: A-t-on d’autres preuves que la messe n’est pas essentiellement un repas ?
– Le rite de la messe tout entier montre que la messe n’est pas essentiellement un repas. Quel repas bien singulier que celui où, après de longues cérémonies rituelles, on ne finit par recevoir qu’une si petite nourriture. Si la messe était un repas, ce sont ceux qui veulent organiser la messe sous la forme d’un véritable déjeuner qui auraient raison.
n 58. Qui enseigne que la messe est à la fois un sacrifice et un repas ?
C’est aujourd’hui une théorie répandue chez de nombreux théologiens « catholiques » que la messe est un repas au cours duquel un sacrifice s’accomplit. Ce serait donc – disent-ils – d’abord un repas, mais qui comprendrait aussi un sacrifice parce que le Christ se donne à nous en nourriture. C’est ce don que le Christ fait de lui-même dans un repas qui donnerait à la messe son caractère sacrificiel.
Mais ceci n’a rien à voir avec la théologie catholique, car la réalité est complètement déformée. Le sacrifice consiste en une offrande faite à Dieu et non aux hommes. Sur la croix, le Christ s’est offert à son Père et non à nous. Si cette nouvelle théorie était vraie, le sacrifice de la messe serait offert à nous et non à Dieu.
