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Catéchisme catholique

de la crise dans l’Église (V)

 

 

 

par M. l’abbé Matthias Gaudron

 

 

 

Voici le septième chapitre de ce Catéchisme de la crise dans l’Église (qui en compte dix au total).

Après avoir traité de la crise dans l’Église en général (chapitre 1), de la foi (chapitre 2), du magistère (chapitre 3), de Vatican II (chapitre 4), puis des deux principales erreurs de ce funeste concile : la liberté religieuse (chapitre 5) et l’œcuménisme (chapitre 6 [1]), M. l’abbé Matthias Gaudron aborde ici la question de la nouvelle messe promulguée en 1969 par Paul VI.

Rappelons que cette étude constitue la version française du Katholischer Katechismus zur kirchlichen Krise édité en 1997, en Autriche, par les éditions Rex regum, avec une préface de M. l’abbé Franz Schmidberger. Son auteur, professeur au séminaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à Zaitzkofen, a bien voulu revoir la présente traduction (le texte a été complété et adapté à la situation française).

Le Sel de la terre.

 

 

— VII –

 

La nouvelle messe

 

n 54. Qu’est-ce que la sainte messe ?

 

La sainte messe est le renouvellement et la re-présentation du sacrifice de la croix. Par l’intermédiaire du prêtre, le Christ y offre à son Père de manière non sanglante son corps et son sang qu’il avait immolés de façon sanglante sur la croix. La messe est donc un véritable sacrifice par lequel les mérites du sacrifice de la croix nous sont appliqués.

 

: Où peut-on trouver l’enseignement de l’Église sur la sainte messe ?

– Le concile de Trente enseigne :

Lors de la dernière Cène, « la nuit où il fut livré » (1 Co 11, 23), le Christ voulut laisser à l’Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible (comme cela convient à la nature humaine), par lequel le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir une fois pour toutes sur la croix, serait rendu présent et commé­moré jusqu’à la fin du monde et sa vertu salvifique appliquée à la rémission des péchés que nous commettons chaque jour ; pour cela, […] il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin [2].

 

: Est-il certain que la messe soit véritablement un sacrifice au sens propre ?

— Le concile de Trente est formel :

Celui qui dit qu’à la messe n’est pas offert à Dieu un sacrifice vrai et véri­table […], qu’il soit anathème [3].

 

Le même concile déclare que, par les paroles : « Faites ceci en mémoire de moi », le Christ a donné aux apôtres le sacerdoce et le pouvoir de célébrer ce sacrifice [4].

 

: Quelle est précisément la relation entre le sacrifice de la messe et celui de la croix ?

— Le sacrifice de la messe a la même victime, le même prêtre et les mêmes intentions que celui de la croix ; c’est le même sacrifice, mais offert d’une manière différente [5].

 

: Quelle est la victime du sacrifice de la messe ?

— Notre-Seigneur Jésus-Christ est la victime du sacrifice de la messe, comme de celui de la croix ; c’est lui qui est essentiellement offert à la messe, et non le pain et le vin (qui cessent d’exister lors de la consécration).

 

: Peut-on dire que Notre-Seigneur est présent dans la sainte eucharistie en tant que victime ?

— Oui, c’est en tant que victime que Notre-Seigneur Jésus-Christ est pré­sent dans la sainte eucharistie.

 

: Comment Notre-Seigneur, dont le corps est désormais glorieux, peut-il être pré­sent en état de victime ?

— Notre-Seigneur est en état de victime dans la sainte eucharistie parce que son corps et son sang y sont sacramentellement séparés, et que cette sépara­tion sacramentelle a pour but de représenter la séparation physique réalisée par la passion.

 

: Notre-Seigneur n’est-il pourtant pas présent tout entier – avec son corps, son sang, son âme et sa divinité – aussi bien sous les apparences du pain que sous celles du vin ?

— Notre-Seigneur Jésus-Christ étant aujourd’hui vivant (ressuscité et glo­rieux), la présence de son corps ou de son sang entraîne nécessairement celle de toute sa personne (corps, sang, âme et divinité) ; son corps et son sang ne peuvent plus être physiquement séparés. Et cependant, en soi, de par la seule force des paroles consécratoires, c’est le corps qui est rendu présent sous les apparences du pain, et le sang sous celles du vin ; le corps et le sang du Christ sont donc bien d’une certaine façon séparés par le sacrement (à cause de la double consécration).

 

: Cette séparation sacramentelle du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ constitue-t-elle une immolation ?

— La séparation sacramentelle du corps et du sang de Notre-Seigneur constitue une immolation en tant qu’elle représente la séparation physique qui a eu lieu durant sa passion, et que, par la volonté de notre Sauveur, elle en applique les fruits.

 

: Il y a donc bien, à la messe, une immolation ?

— Il y a, à la messe, une immolation, mais sacramentelle. Le concile de Trente affirme qu’à la messe, le Christ « est contenu et immolé de manière non sanglante [6] ».

 

: Quel est le prêtre du sacrifice de la messe ?

— Le véritable prêtre du sacrifice de la messe est, comme sur la croix, Notre-Seigneur Jésus-Christ. La seule différence est que le Christ s’est lui-même offert sur la croix, tandis qu’il se sert à la messe d’un prêtre humain, qui agit comme instrument du Christ.

 

: Quelles sont les intentions du sacrifice de la messe ?

— Comme le sacrifice de la croix, le sacrifice de la messe est offert par Notre-Seigneur à quatre grandes intentions : adorer Dieu, le remercier de ses bienfaits, réparer les offenses qui lui ont été faites (en ce sens, le sacrifice est dit propitiatoire ou satisfactoire), et obtenir ses grâces pour les hommes.

 

: En quoi le sacrifice de la messe est-il offert d’une façon différente de celui de la croix ?

— Sur la croix, le Christ s’est immolé de façon sanglante ; à la messe, il le fait de façon non sanglante.

 

: Cette doctrine est-elle celle des Pères de l’Église ?

— Saint Augustin enseigne :

Le Christ a été immolé une seule fois en lui-même, et cependant il est im­molé chaque jour dans le sacrement [7].

 

Et saint Ambroise :

De même en effet que partout est offert un seul corps [du Christ] et non plusieurs ; de même aussi un seul sacrifice [8].

 

n 55. Qui a nié que la messe soit un sacrifice ?

 

Pendant plus de mille ans, personne n’osa nier que la messe soit un sacri­fice. Les catholiques jouirent paisiblement de cette vérité. Ce n’est qu’au XIIe siècle que quelques sectes commencèrent à l’attaquer. Mais ce fut sur­tout Martin Luther et le protestantisme qui entraînèrent de nombreux chrétiens à rejeter ce dogme.

 

: Comment Dieu nous a-t-il révélé que la messe est un sacrifice ?

— Le fait que la messe soit un sacrifice ressort clairement de la sainte Écriture. Dans l’ancien Testament, Dieu, par l’intermédiaire du prophète Malachie, annonçait en ces termes un sacrifice à venir :

De l’orient au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu un sacrifice d’agréable odeur est présenté à mon nom ainsi qu’une of­frande pure [Ml 1, 11].

 

: Qu’y a-t-il de remarquable dans cette prophétie de Malachie ?

— Les Juifs n’avaient le droit d’offrir des sacrifices qu’en un seul lieu : le temple de Jérusalem. Or le prophète annonce une offrande pure qui sera cé­lébrée dans tous les lieux du monde. Dès l’origine, les chrétiens y ont reconnu le sacrifice de la messe.

 

: Y a-t-il, dans l’ancien Testament, d’autres annonces du sacrifice de la messe ?

— Le sacerdoce du Christ est figuré, dans l’ancien Testament, par celui de Melchisédech (saint Paul dit que Jésus-Christ est « prêtre selon l’ordre de Melchisédech [9] »). Or Melchisédech n’est mentionné dans la Bible que pour avoir offert un sacrifice de pain et de vin (Gn 14, 18). C’était une figure du sa­crifice de la messe, institué par Notre-Seigneur et accompli sous les espèces du pain et du vin.

 

: Les Évangiles parlent-ils de la messe comme d’un sacrifice ?

— Lors de l’institution de la messe, le Jeudi saint, le Christ a utilisé des termes se rapportant à un sacrifice : « mon corps livré pour vous [10] » — « mon sang, sang de la nouvelle alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés [11] ».

 

: Peut-on citer encore d’autres passages de la sainte Écriture ?

— Dans la première épître aux Corinthiens , saint Paul oppose la « table des démons » avec la « table du Seigneur » (1 Co 10, 18-21). Comme l’expres­sion « table des démons » désigne les sacrifices païens offerts aux idoles, l’ex­pression « table du Seigneur » désigne donc le sacrifice chrétien. — De même, l’épître aux Hébreux affirme : « Nous avons un autel dont ceux-là n’ont pas le droit de manger qui restent au service de la tente [le culte juif] » (He 13, 10). Or un autel est fait, par définition, pour offrir un sacrifice.

 

: Que disent de la messe les premiers Pères de l’Église ?

— Les plus anciens écrits ecclésiastiques parlent de l’eucharistie comme d’un sacrifice. On peut citer, entre beaucoup d’autres, la Didaché (vers l’an 100 après J.-C.), le pape saint Clément († 101), saint Cyprien de Carthage († 258).

 

: Qu’enseigne la Didaché ?

— La Didaché – un des premiers écrits chrétiens – déclare :

Rassemblez-vous le jour du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur [12].

 

: Que dit le pape saint Clément ?

— Saint Clément de Rome (pape de 92 à 101) écrit :

Le Seigneur a prescrit que les sacrifices et les actions liturgiques soient ac­complis à des temps et des heures précises [13].

 

: Comment saint Cyprien parle-t-il du sacrifice de la messe ?

– Saint Cyprien de Carthage (+ 258) consacre sa lettre 63 au sacrifice de la messe. Il y affirme que le Christ a offert son corps et son sang en sacrifice au Père (n. 4), qu’il a ordonné de célébrer ce sacrifice en mémoire de lui (n. 14) et que le prêtre agit comme représentant du Christ (n. 9).

 

: Pouvez-vous citer encore un Père de l’Église, sur le sacrifice de la messe ?

– Saint Grégoire de Naziance (+ 390) exhorte ainsi un prêtre :

Ne cesse pas, homme de Dieu, de prier et d’intercéder pour moi quand tu fais descendre le Verbe par ta parole, quand tu sépares de manière non san­glante la chair et le sang du Seigneur, lorsque tu te sers de la parole [les paroles de la consécration] comme d’un glaive [14].

 

: Que remarque-t-on dans ce passage de saint Grégoire de Naziance ?

— Saint Grégoire de Naziance mentionne de façon très claire l’immolation non sanglante du Christ réalisée par la séparation de son corps et de son sang au moyen de la double consécration.

 

: Que peut-on conclure de tous ces passages de l’Écriture sainte et des Pères ?

– Les passages cités et bien d’autres encore manifestent à l’évidence qu’on ne peut nier que la messe soit essentiellement un sacrifice sans trahir l’ensei­gnement du Christ.

 

: Cette vérité du sacrifice de la messe est-elle d’une grande importance ?

— Toutes les vérités révélées par Notre-Seigneur Jésus-Christ sont impor­tantes et aucune ne peut être impunément négligée. Mais le sacrifice de la messe est vraiment au cœur de toute la vie chrétienne. Une erreur sur ce point aurait des conséquences catastrophiques.

 

: Comment le sacrifice de la messe est-il au cœur de la vie chrétienne ?

– La religion juive de l’ancien Testament était déjà centrée sur les sacri­fices offerts au Temple. Il serait étonnant que ces nombreux sacrifices n’aient pas de correspondance dans le nouveau Testament. De fait, Notre-Seigneur est essentiellement venu sur terre pour s’offrir en sacrifice à son Père. Au nom de toute l’humanité, il a offert ce sacrifice parfait d’adoration, d’action de grâce, de réparation pour le péché, et d’imploration. L’essentiel de notre vie chrétienne doit être de nous unir, jour après jour, à ce sacrifice. Or c’est préci­sément par la messe que nous le faisons.

 

: On ne peut donc concevoir le christianisme sans la messe ?

– Même dans l’ordre naturel, le sacrifice est un élément essentiel du culte dû à Dieu. Toutes les religions anciennes ont leurs sacrifices (une des preuves de la caducité de la religion juive est précisément le fait que, depuis l’an 70 après Jésus-Christ – destruction du temple de Jérusalem –, elle ne peut plus accomplir ses rites sacrificiels). A l’époque moderne, les protestants ont essayé d’inventer un christianisme sans messe : c’est une complète dénaturation de la foi et de la morale chrétiennes, qui a mené, assez rapidement, à l’humanita­risme contemporain. Quand l’homme cesse d’offrir des sacrifices à Dieu, il tend vite à se prendre pour Dieu.

 

: N’est-ce pas surtout la présence réelle de Notre-Seigneur dans l’eucharistie qui est niée par les protestants ?

— Luther ne niait pas une certaine présence réelle du Christ dans le sa­crement de l’eucharistie, même s’il l’entendait de façon hérétique. En re­vanche, il rejetait l’enseignement du sacrifice de la messe et proférait à ce propos les plus grossières injures.

 

: Que disait Luther du saint sacrifice de la messe ?

– Luther annonçait clairement qu’il voulait détruire la messe pour frapper au cœur l’Église catholique. Par exemple :

Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé la pa­pauté car c’est sur la messe, comme sur un rocher, que s’appuie la papauté tout entière, avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministres et sa doctrine […] ; tout cela s’écroulera quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable [15].

 

: Luther n’admet-il pourtant pas que la messe puisse, en un sens, être nommée un sacrifice ?

– Luther admet et emploie parfois le terme de « sacrifice » pour désigner la messe, mais seulement en un sens très large (« une chose sacrée »). Il refuse obstinément que la messe soit un sacrifice au sens propre :

L’élément principal de leur culte, la messe, dépasse toute impiété et toute abomination, ils en font un sacrifice et une bonne œuvre [16].

 

: Qu’est-ce donc que la messe, pour Luther ?

– Pour Luther, la messe n’est qu’un simple mémorial de la passion. Son but est d’instruire les fidèles, de leur rappeler le sacrifice du Calvaire afin de pro­voquer l’acte intérieur de foi. S’il parle de sacrifice, c’est uniquement dans le sens de sacrifice de louange ou d’action de grâce sans valeur rédemptrice.

 

: Qu’est-ce que Luther refuse de façon absolue, dans la doctrine catholique sur la messe ?

– Ce que Luther refuse absolument, c’est que la messe ait une valeur pro­pitiatoire ou satisfactoire – c’est-à-dire qu’elle applique de façon actuelle et effi­cace à nos âmes les fruits du sacrifice de la croix, et, qu’ainsi, elle acquitte la dette que nous avons envers Dieu à cause de nos péchés.

 

: Que signifient précisément les mots « propitiatoire » et « satisfactoire » ?

– Le sacrifice de la messe est dit propitiatoire, parce qu’il nous rend Dieu propice, en détruisant les motifs de colère qu’il pourrait avoir à notre égard, à cause de nos péchés. Il est dit satisfactoire parce qu’il satisfait à la justice divine, c’est-à-dire qu’il fait assez (satis facere = faire assez) pour l’apaiser.

 

: Que dit précisément Luther à ce sujet ?

– Luther enseigne :

– La messe n’est pas un sacrifice ou l’action d’un sacrificateur. Regardons-la comme sacrement ou comme testament. Appelons-la bénédiction, eucharistie, ou mémoire du Seigneur [17].

– Le saint Sacrement n’a pas été institué pour que l’on en fasse un sacrifice expiatoire  […] mais pour qu’il serve à réveiller en nous la foi, et à réconforter les consciences ; […] la messe n'est pas un sacrifice offert pour d’autres, qu’ils soient vivants ou morts, afin ‘'effacer leurs péchés, mais […] une communion dans laquelle prêtre et fidèles reçoivent le sacrement, chacun pour soi-même [18].

– C’est une erreur manifeste et impie d’offrir ou d’appliquer la messe pour les péchés, en qualité de satisfaction, ou en faveur des défunts […] [19].

 

: Quelles sont les conséquences liturgiques des erreurs de Luther sur la messe ?

– Pour Luther, la « liturgie de la Parole » doit tenir la première place, et la communion la seconde. En modifiant progressivement les rites et cérémonies traditionnelles de la messe, Luther veut inciter peu à peu les fidèles à changer leur foi. Mais il conseille de ne pas agir trop vite :

Pour arriver sûrement et heureusement au but, il faut conserver certaines cérémonies de l’ancienne messe pour les faibles qui pourraient être scandalisés par le changement trop brusque [20].

 

: Les protestants ont-ils donc volontairement imposé leur nouvelle croyance de fa­çon sournoise, en modifiant peu à peu la liturgie ?

– Les anglicans, surtout, ont adopté cette stratégie sournoise [21]. Mais Luther l’avait énoncée de façon très claire :

Le prêtre peut fort bien s’arranger de telle façon que l’homme du peuple ignore toujours le changement opéré et puisse assister à la messe sans trouver de quoi se scandaliser [22].

 

: Quels changements Luther a-t-il introduit dans la liturgie ?

Luther s’est surtout attaqué à l’offertoire – qu’il fit disparaître – et au ca­non – qu’il modifia considérablement. Il conserva le cadre général de la messe, mais en gomma habilement l’essentiel. A Noël 1521, le culte luthérien se présentait ainsi : confiteor, introït, kyrie, gloria, épître, évangile, prédication, pas d’Offertoire, sanctus, récit à haute voix et en langue vulgaire de l’institu­tion de la Cène, communion sous les deux espèces (dans la main et au calice) sans nécessité d’une confession préalable, Agnus Dei, Benedicamus Domino. Le latin ne disparaîtra que peu à peu.

 

: Que peut-on dire de la haine dont Luther poursuivait la messe catholique ?

– Luther a vu juste sur un point : toute la vie chrétienne repose sur le sa­crifice du Calvaire renouvelé de façon non sanglante sur l’autel. Dénaturer la messe est un des moyens les plus efficaces pour détruire l’Église. Plusieurs au­teurs catholiques ont noté que ce serait l’œuvre de l’Antéchrist.

 

: Pouvez-vous citer certains de ces auteurs ?

– Saint Alphonse de Liguori avertit gravement :

La messe est ce qu’il y a de plus beau et de meilleur dans l’Église […]. Aussi le démon a-t-il toujours cherché, au moyen des hérétiques, à priver le monde de la messe, en les faisant les précurseurs de l’Antéchrist [23].

 

Dom Guéranger prévient de même :

Si le sacrifice de la messe s’éteignait, nous ne tarderions pas à retomber dans l’état dépravé où se trouvaient les peuples souillés par le paganisme et telle sera l’œuvre de l’Antéchrist ; il prendra tous les moyens d’empêcher la célébration de la sainte messe afin que ce grand contrepoids soit abattu, et que Dieu mette fin alors à toute chose, n’ayant plus raison de les faire subsister [24].

 

: L’Écriture sainte annonce-t-elle que l’Antéchrist s’attaquera au sacrifice de la messe ?

— Le prophète Daniel annonce, au sujet de l’Antéchrist :

La puissance lui sera donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des pé­chés [25].

 

n 56. L’enseignement de l’Église sur le sacrifice de la messe diminue-t-il l’importance du sacrifice de la croix ?

 

Le sacrifice de la messe ne diminue en aucune façon l’importance du sa­crifice de la croix, car il dépend totalement de lui et puise en lui toute son efficacité. Toute sa valeur consiste à le rendre présent en le commémorant, et à appliquer aux hommes les grâces que le Christ leur a méritées sur la croix.

 

: Qui a accusé le sacrifice de la messe de diminuer l’importance du sacrifice de la croix ?

— Les protestants ont accusé le sacrifice de la messe d’être un outrage au sacrifice de la croix. Selon eux, les catholiques estimeraient que le sacrifice de la croix n’a pas suffi pour le salut de l’humanité et que l’on a donc besoin en permanence d’un autre sacrifice.

 

: Que faut-il répondre à ces accusations protestantes ?

– Les protestants méconnaissent totalement l’enseignement de l’Église. Le Christ a mérité sur la croix toutes les grâces nécessaires au salut de tous les hommes de tous les temps [26]. Le sacrifice de la messe n’est pas un autre sacri­fice que celui de la croix, mais le même sacrifice, rendu présent à tous les chré­tiens. Son rôle n’est pas d’acquérir de nouvelles grâces, mais d’appliquer aux hommes les grâces déjà méritées sur la croix.

 

: Pourquoi y a-t-il ainsi besoin du sacrifice de la messe pour nous appliquer les grâces méritées sur la croix ?

– Selon la volonté du Christ, la dispensation des fruits de la rédemption n’est pas automatique, mais liée aux sacrements : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16) ; « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes » (Jn 6, 53).

 

: Mais pourquoi un sacrifice est-il nécessaire à cette dispensation des fruits de la rédemption ?

– La vie chrétienne est une participation à la vie du Christ. Or celui-ci s’est incarné pour pouvoir offrir en sa personne, et en notre nom, un sacrifice parfait à son Père. L’essentiel de notre vie chrétienne doit être de nous unir à ce sacrifice du Christ, selon le mot de saint Paul : « J’achève ce qui manque en ma propre chair aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). A la messe, l’Église, le prêtre et les fidèles unissent continuelle­ment leur vie au sacrifice du Christ ; ils s’y donnent, et ils y puisent les grâces pour se donner toujours davantage.

 

n 57. La sainte messe est-elle aussi un repas ?

 

Dans son essence même, la messe n’est ni un repas, ni un repas incluant un sacrifice, mais simplement un sacrifice. La sainte communion, que l’on peut à la rigueur appeler un repas, est un fruit de ce sacrifice, mais n’appar­tient pas à son essence.

 

: Que dit le magistère de l’Église à ce sujet ?

– Le concile de Trente affirme clairement que la messe est un sacrifice. Il ne dit jamais qu’elle serait aussi un repas. La thèse selon laquelle la sainte messe, dans sa nature essentielle, serait à la fois un sacrifice et un repas, a été explicitement condamnée par Pie XII :

Ils s’écartent donc du chemin de la vérité ceux qui ne veulent accomplir le saint sacrifice que si le peuple chrétien s’approche de la table sainte ; et ils s’en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu’il est absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment dangereusement qu’il ne s’agit pas seulement d’un sacrifice, mais d’un sacrifice et d’un repas de com­munauté fraternelle, et font de la communion accomplie en commun comme le point culminant de toute la cérémonie.

Il faut encore une fois remarquer que le sacrifice eucharistique consiste es­sentiellement dans l’immolation non sanglante de la victime divine, immola­tion qui est mystiquement indiquée par la séparation des saintes espèces et par leur oblation faite au Père éternel. La sainte communion en assure l’intégrité, et a pour but d’y faire participer sacramentellement, mais tandis qu’elle est ab­solument nécessaire de la part du ministre sacrificateur, elle est seulement à re­commander vivement aux fidèles. [27].

 

: Comment peut-on voir, en pratique, que la messe n’est pas essentiellement un repas ?

– L’Église a fait un devoir de participer chaque dimanche au sacrifice de la messe, mais n’a jamais obligé à la communion dominicale. Si la sainte messe était essentiellement un repas, les fidèles présents devraient tous y communier, car celui qui assiste à un repas sans y rien manger n’y a pas pris part !

 

: On peut donc participer réellement au sacrifice de la messe sans communier ?

– Oui, on peut participer très réellement au sacrifice de la messe sans y communier (même si, évidemment, la communion y fait participer davan­tage). Le concile de Trente a précisé :

Si quelqu’un dit que les messes dans lesquelles le prêtre seul communie sont illicites et doivent être abolies, qu’il soit anathème [28] !

 

 

: A-t-on d’autres preuves que la messe n’est pas essentiellement un repas ?

– Le rite de la messe tout entier montre que la messe n’est pas essentiel­lement un repas. Quel repas bien singulier que celui où, après de longues cé­rémonies rituelles, on ne finit par recevoir qu’une si petite nourriture. Si la messe était un repas, ce sont ceux qui veulent organiser la messe sous la forme d’un véritable déjeuner qui auraient raison.

 

n 58. Qui enseigne que la messe est à la fois un sacrifice et un repas ?

 

C’est aujourd’hui une théorie répandue chez de nombreux théologiens « catholiques » que la messe est un repas au cours duquel un sacrifice s’ac­complit. Ce serait donc – disent-ils – d’abord un repas, mais qui compren­drait aussi un sacrifice parce que le Christ se donne à nous en nourriture. C’est ce don que le Christ fait de lui-même dans un repas qui donnerait à la messe son caractère sacrificiel.

Mais ceci n’a rien à voir avec la théologie catholique, car la réalité est complètement déformée. Le sacrifice consiste en une offrande faite à Dieu et non aux hommes. Sur la croix, le Christ s’est offert à son Père et non à nous. Si cette nouvelle théorie était vraie, le sacrifice de la messe serait of­fert à nous et non à Dieu.

 

: Où peut-on trouver ces nouvelles théories sur la nature de la messe ?

– Cette théorie est tenue par exemple dans la déclaration commune de la commission mixte catholico-luthérienne, qui a travaillé de 1976 à 1982.

 

: Quels sont les catholiques qui ont participé à cette commission ?

– Parmi les catholiques membres de cette commission, on peut citer, entre autres, les futurs cardinaux Karl Lehmann et Walter Kasper, et les car­dinaux Hermann Volk et Joseph Ratzinger.

 

: Que dit la déclaration catholico-luthérienne ?

– La déclaration catholico-luthérienne affirme :

Le signe sensible de l’offrande de Jésus-Christ dans la célébration de l’eu­charistie et celui de notre incorporation à ce sacrifice est […] le repas […]. Cela signifie que, dans la réalisation de ce repas, le sacrifice que fait Jésus-Christ de lui-même est rendu présent et réalisé. C’est pourquoi la distinction traditionnelle, qui n’est devenue habituelle qu’après le concile de Trente, selon laquelle on distingue dans l’eucharistie d’un côté le sacrement et de l’autre le sacrifice, ne peut être retenue par la théologie, car elle en fausse la structure fondamentale. C’est dans le fait de s’offrir en nourriture que le sacrifice de Jésus-Christ trouve son expression au niveau liturgique [29].

 

: Que peut-on dire de cet enseignement ?

– Il s’agit vraiment d’un enseignement nouveau qui implique le rejet de la théologie traditionnelle. Il doit donc être fermement refusé.

 

n 59. La messe tridentine a-t-elle été abolie ?

 

L’introduction du nouveau rite de la messe par Paul VI (en 1969) n’a pas été accompagnée d’une suppression ou d’une interdiction de la messe tradi­tionnelle. Cela eût d’ailleurs été difficilement possible, car l’Église a toujours respecté les rites multiséculaires, au lieu d’essayer de les interdire. De plus, saint Pie V, en promulguant le missel tridentin (par la bulle Quo primum, du 14 juillet 1570), a accordé un privilège perpétuel selon lequel aucun prêtre ne pourrait jamais être empêché d’être fidèle à ce rite pour célébrer la messe.

 

: Les décisions de la bulle Quo primum de saint Pie V ne sont-elles pas abolies par la constitution apostolique Missale romanum de Paul VI ((3 avril 1969) pro­mulguant la nouvelle messe ?

– A cause des ambiguïtés qu’elle contient, il est difficile de déterminer la portée juridique exacte de la constitution Missale romanum de Paul VI. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne prétend jamais abolir le privilège accordé par saint Pie V. Il est donc certain que ce privilège est toujours en vigueur. Tout prêtre a le droit de garder fidèlement le rite tridentin pour célébrer sa messe.

 

: Il est donc certain que la messe traditionnelle n’est pas abolie ?

– La chose est confirmée par le cardinal Stickler, qui déclara dans une in­terview :

En 1986, le pape Jean-Paul II a posé deux questions à une commission de neuf cardinaux. Premièrement : « Le pape Paul VI ou une autre autorité com­pétente ont-ils interdit la célébration à notre époque de la messe tridentine ? » La réponse donnée par huit des neuf cardinaux en 1986 fut : Non, la messe de saint Pie V n’a jamais été interdite. Je peux le dire, car j’étais l’un des cardi­naux. Il y eut aussi une autre question intéressante : « Un évêque peut-il inter­dire à un prêtre qui a bonne réputation de continuer à célébrer la messe tri­dentine ? » Les neuf cardinaux furent unanimes pour dire qu’aucun évêque ne pouvait interdire à un prêtre catholique de célébrer la messe tridentine. Il n’y a pas d’interdiction officielle et je crois que le pape n’en portera jamais une... justement à cause des paroles de Pie V qui a dit que cette messe vaudrait à per­pétuité [30].

 

n 60. Le nouveau rite de la messe est-il une expression adéquate de l’enseignement catholique sur le sacrifice de la messe ?

 

Selon le jugement des cardinaux Ottaviani et Bacci, le nouveau rite de la messe promulgué en 1969 « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’en­semble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe [31] » Tous les changements tendent à passer sous silence le sacrifice propitiatoire pour se rapprocher de la cène protestante.

 

: Comment, concrètement, la nouvelle messe se rapproche-t-elle de la Cène protestante ?

— Les changements les plus graves sont ceux qui ont touché l’offertoire et le canon. On peut dire que les réclamations de Luther qui demandait l’aboli­tion de l’offertoire et du canon sont substantiellement satisfaites dans le nou­vel ordo.

 

: Que disait Luther de l’offertoire ?

– Luther affirmait :

Cette abomination […] qu’on appelle offertoire. C’est de là qu’à peu près tout résonne et ressent le sacrifice [32].

 

: Pourquoi Luther haïssait-il tellement l’offertoire de la messe ?

— L’ancien offertoire exprime clairement que la messe est un sacrifice de propitiation pour les péchés. Le prêtre y prie ainsi :

Recevez, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel, cette Hostie sans tache que je vous offre, moi, votre indigne serviteur, à vous qui êtes mon Dieu vi­vant et vrai, pour mes innombrables péchés, offenses et négligences ; pour tous les assistants et pour tous les chrétiens vivants et morts ; afin qu’elle profite à mon salut et au leur pour la vie éternelle. Amen.

 

: Qu’est devenu cet offertoire dans le nouveau rite ?

— Dans le nouveau rite, l’offertoire a été supprimé et remplacé par une préparation des offrandes dont le texte a été tiré d’une prière juive pour la bénédiction de la table :

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes. Nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie.

 

: Que peut-on remarquer, dans cette nouvelle prière ?

— Outre sa tonalité très naturaliste (rien n’y fait allusion aux vérités surna­turelles révélées par Dieu), on note que cette prière évacue totalement les idées de sacrifice et de propitiation. C’est l’équivalent d’un simple bénédicité avant un repas.

 

: Le plus important n’est-il pas que le canon de la messe – le très antique et très vénérable canon romain – ait été conservé ?

— On ne peut pas réellement dire que le canon romain ait été conservé par la nouvelle liturgie.

1. D’abord parce qu’il a perdu son caractère de canon, c’est-à-dire de règle fixe et obligatoire : il n’est plus qu’une possibilité parmi d’autres (il est devenu la « prière eucharistique nº 1 », à laquelle, de fait, on préfère souvent une des trois autres « prières eucharistiques » introduites en 1969, ou bien l’une des multiples autres autorisées par le Saint-Siège).

2. Ensuite, même cette « prière eucharistique nº 1 » déforme le canon romain.

 

: La « prière liturgique nº 1 » de la nouvelle liturgie ne reprend-elle pas le canon romain ?

— La « prière liturgique nº 1 » de la nouvelle liturgie peut sembler à pre­mière vue reprendre l’antique canon romain. En fait, elle y introduit plusieurs modifications. Il faut souligner parmi elles :

1. la récitation à haute voix (qui entraîne une désacralisation du canon) ;

2. la modification de la formule consécratoire (rapprochée du rite luthé­rien) ;

3. la banalisation de cette formule consécratoire (désormais prononcée sur le ton narratif, comme un récit, et non sur un ton intimatif) ;

4. la suppression de la génuflexion du prêtre entre la consécration et l’élévation (ce qui favorise l’hérésie selon laquelle ce serait la foi des fidèles, et non les paroles consécratoires, qui causerait la présence réelle) ;

5. la suppression de nombreux signes de croix ;

6. l’ajout d’une acclamation ambiguë après la consécration.

 

: Toutes ces nouvelles façons de faire sont-elles vraiment mauvaises ?

– Prises séparément, toutes ces pratiques ne sont pas nécessairement mauvaises en elles-mêmes (on peut même trouver l’une ou l’autre d’entre elles dans tel ou tel rite oriental). Mais prises dans leur ensemble et comparées avec ce qui se faisait avant, elles vont toutes dans le sens de l’affaiblissement de la foi.

 

: Les trois autres « prières eucharistiques » sont-elles aussi contestables ?

– Les trois nouvelles « prières eucharistiques » ajoutent aux défauts de la première plusieurs graves déficiences que le P. Calmel résume ainsi :

On commence par reporter après la consécration la plus grande partie des Preces Eucharisticae ; juste une brève invocation au Saint-Esprit enclavée entre le Sanctus et le récit de l’institution ; on veut à toute force que le prêtre vienne buter contre la consécration sans lui laisser le temps convenable pour prendre conscience de ce qu’il va faire, sans lui permettre de se préparer au mystère in­fini qu’il va réaliser. […] Enfin, si l’on a retenu, vaille que vaille, certaines idées du canon romain sur la nature de la messe et sur ses effets, on les a systémati­quement énervées et affaiblies par des omissions bien calculées : le Seigneur Dieu à qui le sacrifice est offert n’est plus invoqué sous les titres de sa toute puissance ou de sa clémence infinie ; – pas un mot de notre condition de servi­teurs et de pécheurs, tenus à ces deux titres d’offrir le saint sacrifice ; – rien sur l’Église en tant que catholique et apostolique […] [33] .

 

: Ces critiques ne sont-elles pas un peu sévères ?

– Ces critiques sont vraies. Et l’on peut recenser encore beaucoup d’omis­sions communes aux trois nouvelles « prières eucharistiques » : la finalité pro­pitiatoire du sacrifice de la messe n’y est jamais explicitement affirmée (même si les mots sacrifice et victime figurent dans les prières 3 et 4) ; toutes les figures du sacrifice du Christ (Abel, Abraham, Melchisédech) ont disparu ; la Vierge Marie n’est jamais dite toujours vierge ; les mérites des saints sont ignorés (ceux-ci étant réduits à l’anonymat : même saint Pierre n’est pas nommé) ; l’enfer est entièrement passé sous silence, etc.

 

: La « prière eucharistique nº 2 » n’est-elle pas très ancienne ?

– La « prière eucharistique nº 2 » mérite effectivement une mention spé­ciale car elle peut, comme on l’a écrit, « être employée en toute tranquillité de conscience par un prêtre qui ne croit plus ni à la transsubstantiation ni au ca­ractère sacrificiel de la Messe : cette "prière eucharistique" peut très bien ser­vir pour la célébration d'un ministre protestant. [34] » La notion de sacrifice n’y apparaît pas une seule fois. C’est pourtant la plus employée, parce qu’elle passe pour antique et vénérable, et, surtout, parce qu’elle est la plus brève des quatre (on l’a surnommée : le mini-canon).

 

: Cette « prière eucharistique nº 2 » n’est-elle pas le canon de saint Hippolyte (IIIe siècle) ?

– On prétend que cette prière serait l’ancien canon d’Hippolyte, mais :

1) ce ne serait, au mieux, qu’une forme tronquée de ce canon (le passage affirmant que le Christ s’est livré volontairement à la souffrance « pour dé­truire la mort, briser les liens du démon, fouler aux pieds l’enfer ; éclairer les justes » a, par exemple, été supprimé [35]) ;

2) on oublie de dire qu’Hippolyte fut le second antipape et qu’il n’est pas sûr du tout que sa liturgie ait été célébrée dans l’Église catholique.

 

: Cet Hippolyte n’est-il cependant pas un saint ?

– Le père Roguet, qui ne peut être soupçonné d’hostilité à la nouvelle li­turgie, explique :

Hippolyte ne donne pas son texte comme un canon, c’est-à-dire une for­mule fixe et obligatoire, mais plutôt comme un modèle pour l’improvisation : son texte ne fut donc sans doute jamais prononcé tel quel. Enfin, il était un personnage très réactionnaire, opposé à la hiérarchie romaine au point de se poser en antipape (ce qu’il racheta par le martyre) et il est fort possible qu’il ait présenté son anaphore contre la prière eucharistique alors employée par Rome [36].

 

: Quelles sont les conséquences des déficiences de ces nouvelles prières eucharis­tiques ?

– Le père Calmel remarquait :

Par suite de ces altérations et manipulations, les richesses inépuisables, mais bien définies, du rite consécratoire ne sont plus convenablement explicitées. Les dispositions intérieures requises pour recevoir les fruits surnaturels du saint sacrifice ne sont plus favorisées comme il convient. Comment éviter que prêtres et fidèles, peu à peu, cessent de percevoir la signification de la messe et que la messe catholique glisse vers la cène protestante [37] ?

 

: Toutes ces déficiences de la nouvelle messe sont-elles fortuites ou correspondent-elles à un esprit d’ensemble ?

– La nouvelle liturgie est porteuse d’un esprit propre, qui est un esprit nouveau. Son principal auteur, le père Annibal Bugnini, pouvait déclarer :

L’image de la liturgie donnée par le Concile est totalement différente de ce qu’elle était auparavant [38].

 

: Comment peut-on résumer l’esprit qui a inspiré la rédaction de la nouvelle messe ?

– L’esprit qui a inspiré la rédaction du nouveau rite de la messe est clai­rement visible dans l’Introduction générale du nouveau missel. Il se manifeste surtout en son article 7, qui déclare :

La cène du Seigneur ou messe est une synaxe [= réunion] sacrée, c’est-à-dire le rassemblement du peuple de Dieu, sous la présidence du prêtre, pour célé­brer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi le rassemblement de l’Église lo­cale réalise de façon éminente la promesse du Christ : « Lorsque deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».

 

: Que remarque-t-on dans cet article 7 ?

– La description que cet article 7 fait de la messe n’a rien de spécifique­ment catholique et pourrait tout aussi bien s’appliquer à la cène protestante. Si l’on prend cet article 7 comme une définition, il doit même être considéré comme hérétique.

 

: En quoi cet article 7 s’oppose-t-il à l’enseignement de l’Église ?

– L’article 7 s’oppose à l’enseignement de l’Église sur les trois points es­sentiels qui séparent la messe catholique de la cène protestante :

1. La messe est essentiellement un sacrifice (propitiatoire), non une as­semblée de fidèles réunis pour célébrer un « mémorial ».

2. Le prêtre est essentiellement un instrument (libre et volontaire) par le­quel le Christ renouvelle son sacrifice – et non un simple président d’assem­blée.

3. Notre-Seigneur est présent dans l’eucharistie avec sa chair et son sang, et non seulement de façon spirituelle (comme lorsque deux ou trois personnes sont réunies en son nom).

 

: N’est-il tout de même pas vrai que la messe est un rassemblement de fidèles ?

– La présence de fidèles n’est pas nécessaire pour la célébration de la sainte messe (même si elle est souhaitable). La troisième prière eucharistique favorise l’erreur sur ce point, en affirmant : « Jusqu’à la fin des temps tu te rassembles un peuple, pour qu’il offre à ton nom une offrande pure. »

 

: Cette mauvaise présentation de la messe est-elle propre à l’article 7 ou se re­trouve-t-elle dans toute l’ Introduction générale du nouveau missel ?

– Cette mauvaise présentation de la messe se retrouve dans toute l’Intro­duction générale du missel de 1969, dont l’article 7 est le parfait résumé :

1. Le mot « sacrifice » figure quelques fois, de façon vague, dans les 341 articles de cette Introduction, mais on n’y parle jamais de sacrifice propitiatoire (la messe est plutôt présentée comme un banquet, un festin, etc.).

2. Le fait que le prêtre soit – et lui seul – l’instrument par lequel Notre-Seigneur, lors de la consécration, renouvelle son sacrifice, n’est jamais men­tionné non plus [39].

3. L’expression « présence réelle » est également absente. On mentionne la « présence » du Christ dans l’eucharistie, mais de la même manière qu’on parle de sa « présence » dans l’Écriture sainte. – Et l’expression « transsubstantiation », qui est la seule à exprimer sans aucune ambiguïté la foi catholique, est omise elle aussi [40].

 

: Le simple fait que le mot « transsubstantiation » ne figure pas dans l’Introduc­tion générale du missel de 1969 n’est cependant pas suffisant pour conclure que ses auteurs n’y croyaient pas ?

– Il ne s’agit pas de juger de la foi personnelle des auteurs du nouveau missel, mais de savoir si, objectivement, la foi catholique y est exprimée. En 1794, Pie VI condamna une proposition du synode janséniste de Pistoie, qui exprimait pourtant de façon exacte la doctrine catholique sur l’eucharistie, pour la seule raison qu’elle omettait d’employer le mot transsubstantiation. Cette seule omission suffit à Pie VI pour déclarer que cette proposition favorisait les hérétiques [41]. Or l’Introduction générale du missel de 1969 est beaucoup moins claire, sur ce sujet, que le synode de Pistoie. Et dans le même temps, ce nou­veau missel supprime beaucoup de marques de respect envers la sainte eu­charistie. C’est évidemment dangereux pour la foi.

 

: L’Introduction générale du nouveau missel n’a-t-elle pas été corrigée ensuite ?

– L’Introduction générale du nouveau missel, et spécialement son article 7, a suscité une telle émotion qu’elle a été modifiée dès 1970. Les mots « transsubstantiation » et « propitiatoire » ont notamment été ajoutés (une fois, afin qu’on ne puisse plus dire qu’ils n’y sont pas) dans l’édition « typique » (c’est-à-dire officielle) du nouveau missel, promulguée le 26 mars 1970 par la congrégation romaine du culte divin. Mais le nouveau rite lui-même – dont l’ar­ticle 7 exprimait parfaitement l’esprit – n’a pas été changé ! Il continue à donner aux fidèles qui y participent la même idée de la messe : une assemblée du peuple de Dieu célébrant un mémorial sous la présidence du prêtre. C’est à peu près la conception protestante.

 

n 61. La protestantisation du rite de la messe a-t-elle été intentionnelle ?

 

L’académicien Jean Guitton, grand ami et confident de Paul VI, a déclaré que le pape a voulu à dessein écarter de la messe tout ce qui pouvait dé­ranger les protestants. De fait, Paul VI demanda à six pasteurs protestants de collaborer à la rédaction de la nouvelle messe. Une photographie cé­lèbre le montre en compagnie de ces ministres protestants. L’un d’eux, Max Thurian, de Taizé, expliquait plus tard : « Dans cette messe rénovée, il n’y a rien qui puisse vraiment gêner les protestants évangéliques [42] ». Plus tard, en 1988, il fut ordonné prêtre, sans avoir auparavant abjuré le protestan­tisme.

 

: Quand Jean Guitton a-t-il évoqué cette volonté de Paul VI ?

– Lors d’une émission radiophonique consacrée à Paul VI (le 19 décembre 1993, sur Radio-Courtoisie), Jean Guitton évoqua en ces termes l’intention dans laquelle Paul VI fit réaliser le nouveau rite :

La messe de Paul VI, d’abord, se présente comme un banquet, et insiste beaucoup sur le côté participation à un banquet, et beaucoup moins sur la no­tion de sacrifice, de sacrifice rituel face à Dieu – le prêtre ne montrant que son dos. Alors je crois ne pas me tromper en disant que l’intention de Paul VI et de la nouvelle liturgie qui porte son nom, c’est de demander aux fidèles une plus grande participation à la messe, c’est de faire une plus grande place à l’Écriture, une moins grande place à tout ce qu’il y a…, certains diront de ma­gique, d’autres de consécration transsubstantielle, et qui est la foi catholique. Autrement dit, il y a chez Paul VI une intention œcuménique d’effacer, ou du moins de corriger, ou du moins d’assouplir, ce qu’il y a de trop catholique au sens traditionnel dans la messe, et de rapprocher la messe, je le répète, de la cène calviniste.

 

: A-t-on d’autres témoignages de l’orientation œcuménique de la nouvelle liturgie ?

– Le principal auteur de la réforme liturgique, le père Annibal Bugnini (1912-1982), n’a jamais caché ses intentions œcuméniques. Il en a fait l’aveu le plus significatif en 1965, en une petite phrase saisissante qui mérite d’être lue deux fois :

L’Église a été guidée par l’amour des âmes et le désir de tout faire pour fa­ciliter à nos frères séparés le chemin de l’union, en écartant toute pierre qui pourrait constituer ne serait-ce que l’ombre d’un risque d’achoppement ou de déplaisir [43].

 

Relisons : écarter toute pierre,

1) qui pourrait constituer [au conditionnel]

2) l’ombre

3) d’un risque

4) de déplaisir...

 

: Comment les protestants apprécièrent-ils la nouvelle messe de Paul VI ?

– Beaucoup de protestants – qui refusaient évidemment la messe tradi­tionnelle – affirmèrent qu’ils ne voyaient aucune difficulté à utiliser le nou­veau rite pour célébrer leur cène protestante. Outre Max Thurian (dans La Croix du 30 mai 1969), on peut citer, entre autres, G. Siegvalt (Le Monde du 22 novembre 1969) ; Roger Mehl (Le Monde du 10 septembre 1970) ; Ottfried Jordahn (conférence du 15 juin 1975 à Maria Laach) ; enfin, la Déclaration officielle du Consistoire Supérieur de l’Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine, du 8 décembre 1973.

 

: Les protestants furent-ils les seuls non-catholiques à influencer la préparation de la nouvelle liturgie ?

– Outre l’influence des protestants, la réforme liturgique de 1969 subit l’influence de la franc-maçonnerie.

 

: Comment s’exerça cette influence de la franc-maçonnerie sur la réforme litur­gique de 1969 ?

– L’influence de la franc-maçonnerie sur la réforme liturgique s’exerça d’abord de façon indirecte, grâce à l’ouverture au monde prônée par Vatican II au moment même où la société civile se laissait dominer par les slogans maçonniques : progrès, culte de l’homme, liberté, sécularisation, tolé­rance, égalité, etc. Tout ce qui manifestait la transcendance divine, le sens du sacré, le respect de l’autorité, le mépris du monde, la confession de notre état de pécheur, l’importance du combat spirituel, la nécessité du sacrifice et de la réparation, ou même seulement la claire reconnaissance d’un ordre surnatu­rel, tout cela parut inadapté à « l’homme moderne », et fut éliminé ou édul­coré.

 

: Pouvez-vous donner des exemples de ces changements ?

– La nouvelle liturgie a ainsi modifié ou expurgé les textes parlant trop clairement de l’enfer ou du diable (Dies iræ dans la messe des défunts ; collectes du XVIIe dimanche après la Pentecôte, de saint Nicolas, saint Camille de Lellis, etc.) ; du péché originel (collecte du Christ-Roi) ; de la pénitence (collectes de saint Raymond de Peñafort, de saint Jean-Marie Vianney curé d’Ars, du jeudi après les Cendres) ; du mépris des choses de la terre (collecte de saint François d’Assise, postcommunion du IIe dimanche de l’Avent, secrète du IIIe dimanche après Pâques) ; de la nécessaire satisfaction pour les péchés (collecte du Sacré-Cœur) ; des ennemis de l’Église (communion de la fête de l’exaltation de la sainte Croix, collectes de saint Pie V, saint Jean de Capistran, etc.) ; des dangers de l’erreur (oraison du Vendredi saint pour la conversion des hérétiques et schismatiques, collectes de saint Pierre Canisius, saint Robert Bellarmin, saint Augustin de Cantorbéry) ; des miracles des saints (collectes de saint Nicolas, saint François Xavier, saint Raymond de Peñafort, saint Jean de Dieu, sainte Françoise Romaine, etc.) [44].

 

: Ces suppressions étaient-elles vraiment l’expression d’un esprit nouveau ?

– Paul VI déclarait, en cette même année 1969 :

A partir du Concile s’est propagée dans l’Église une onde de sérénité et d’optimisme, un christianisme stimulant et positif, ami de la vie, des valeurs terrestres […]. Une intention de rendre le christianisme acceptable et aimable, indulgent et ouvert, débarrassé de tout rigorisme moyenâgeux, de toute inter­prétation pessimiste des hommes, de leurs mœurs [45].

 

: Y eut-il aussi une influence directe de la franc-maçonnerie sur la réforme litur­gique de 1969 ?

– En 1975, le grand architecte de la nouvelle messe, Annibal Bugnini, fut dénoncé à Paul VI comme franc-maçon ; l’ecclésiastique qui l’accusait ainsi fournissait des preuves et menaçait de rendre la chose publique. Paul VI prit la chose très au sérieux, et, pour éviter le scandale, démit immédiatement Mgr Bugnini de ses fonctions de secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, avant de le nommer pro-nonce à Téhéran (janvier 1976) [46]. En 1976 et 1978, on retrouva le nom d’Annibal Bugnini sur les listes de prélats francs-maçons publiées par la presse italienne [47].

 

n 62. La promulgation d’un rite n’appartient-elle pas à l’infaillibi­lité de l’Église ?

 

On affirme parfois que la promulgation d’un nouveau rite ou la publica­tion d’une loi universelle (par exemple une loi liturgique) tomberaient au­tomatiquement sous l’infaillibilité de l’Église, de sorte qu’il ne pourrait rien s’y trouver de faux ou de nuisible pour l’Église. Mais ce n’est pas vrai. Il en va de la liturgie comme de l’enseignement du pape. De même que toute pa­role du pape n’est pas infaillible, mais que l’infaillibilité ne lui revient qu’en certaines conditions, de même toute ordonnance liturgique n’est pas en elle-même infaillible. Elle ne le sera que si l’autorité ecclésiastique la promulgue avec toute son autorité, et engage son infaillibilité.

 

: Est-il déjà arrivé, dans le passé, que le Saint-Siège publie des livres liturgiques pouvant favoriser l’erreur?

– Oui, il est déjà arrivé (quoique exceptionnellement) que le Saint-Siège publie des livres liturgiques pouvant favoriser l’erreur.

 

: Pouvez-vous citer un exemple ?

– Le Pontifical romain a longtemps contenu une rubrique recommandant à l’évêque de bien veiller, lors de l’ordination d’un prêtre, à ce que celui-ci touche le calice et la patène, car c’était par là que le caractère sacerdotal était imprimé. Cette rubrique fut supprimée après la déclaration de Pie XII (Sacramentum ordinis, 1947) précisant que seule l’imposition des mains est ma­tière essentielle de l’ordination sacerdotale.

 

: Pouvez-vous fournir un autre exemple ?

– Le Pontifical romain du XIIIe siècle contenait une erreur plus étonnante encore ; il affirmait que la consécration du vin dans le sang du Christ pourrait être réalisée même sans les paroles de la consécration par le seul contact du vin avec une hostie consacrée.

 

: Comment peut-on expliquer la présence de telles erreurs dans des livres litur­giques approuvés par le Saint-Siège ?

– Ces erreurs sont possibles parce que le Saint-Siège, en approuvant ces rubriques, n’entendait pas leur donner la valeur de définitions dogmatiques. C’était évident pour tout le monde. (Les théologiens ont discuté jusqu’à Pie XII sur la matière du sacrement de l’ordre ; ils ne considéraient pas ces rubriques comme suffisantes pour trancher la question.)

 

: Que peut-on conclure de ces exemples ?

– Ces exemples montrent à l’évidence que le Saint-Siège n’engage pas toujours son infaillibilité en matière liturgique ; pour savoir dans quelle me­sure l’infaillibilité est engagée, il faut attentivement considérer la nature, le contenu essentiel, les circonstances et le degré d’autorité des décisions por­tées.

 

: N’est-il pas étonnant que l’Église n’engage pas toujours son infaillibilité dans la liturgie ?

– Les conciles eux-mêmes, et les documents pontificaux, sont loin d’enga­ger l’infaillibilité dans chacune de leurs parties, même quand ils ont pour but direct et premier d’enseigner la doctrine. Il est donc logique que les rites litur­giques – qui ne l’enseignent que de façon indirecte – ne l’engagent pas toujours non plus.

 

: Si elle n’engage pas toujours l’infaillibilité, peut-on donc critiquer librement la liturgie établie dans l’Église ?

– Bien qu’elle n’engage pas toujours l’infaillibilité (et qu’elle puisse donc, exceptionnellement, contenir des erreurs), la liturgie établie dans l’Église doit être vénérée et respectée. Il serait téméraire, scandaleux et impie de pré­tendre la soumettre par principe à son jugement particulier [48].

 

: La discipline et la liturgie établies par le Saint-Siège doivent donc toujours être acceptées, même quand elles n’engagent pas l’infaillibilité ?

– En règle générale, oui, la discipline et la liturgie établies par le Saint-Siège doivent toujours être intégralement acceptées (de même qu’il faut adhé­rer à l’ensemble de son enseignement, sans se limiter à ce qui est infail­lible). En cas de crise exceptionnelle, cependant, si l’on a l’évidence qu’une décision qui n’engage pas l’infaillibilité est dangereuse pour la foi, on peut, et l’on doit même y résister.

 

: Il est donc possible qu’un pape prétende promulguer une liturgie dangereuse pour la foi ?

– La situation présente indique, hélas, qu’il n’est pas impossible qu’un pape, en temps de crise exceptionnelle, prétende promulguer une liturgie qui, sans être proprement hérétique, est dangereuse pour la foi. Une telle catas­trophe est facilitée par la mentalité libérale des papes postconciliaires, qui ré­pugnent visiblement à engager leur infaillibilité. En revanche, il est impos­sible qu’une telle liturgie soit acceptée pacifiquement par toute l’Église (cela signifierait que les portes de l’Enfer auraient prévalu [49]). De fait, le caractère nocif de la nouvelle liturgie a été solennellement dénoncé, à Rome même, par des cardinaux (dont le cardinal Ottaviani, qui avait été pro-préfet du Saint-Office – et donc numéro 2 du Vatican – sous trois papes successifs) ; dans tout l’univers, des évêques, des prêtres et des fidèles ont publiquement refusé de la célébrer ou de s’y associer.

 

: Peut-on être certain que la nouvelle liturgie de Paul VI n’engage pas l’infaillibi­lité pontificale ?

– En ce qui concerne la nouvelle messe, le pape Paul VI a lui-même dé­claré que ses rites peuvent recevoir diverses qualifications théologiques :

Le rite et la rubrique correspondante ne sont pas, en eux-mêmes, une défi­nition dogmatique. Ils peuvent avoir des qualifications théologiques de valeur diverse, selon le contexte liturgique auquel ils se rapportent ; ce sont des gestes et des paroles appliqués à une action religieuse vécue, vivant d’un mystère in­exprimable de présence divine, et qui n’est pas toujours réalisée sous une forme univoque. Seule la critique théologique peut analyser cette action et l’exprimer en formules doctrinales logiquement satisfaisantes [50].

 

: Que faut-il conclure ?

– L’affirmation selon laquelle la nouvelle messe serait objet de l’infaillibi­lité de l’Église n’est pas soutenable.

 

n 63. Que penser de la messe face au peuple ?

 

La célébration face au peuple a pour but de présenter la messe comme un repas (l’autel face au peuple prend généralement la forme d’une table) ; le prêtre est en ce cas celui qui préside la table, et il se tourne naturelle­ment vers le peuple. Mais parce que la messe n’est pas essentiellement un repas, cette pratique est à rejeter.

De plus, la célébration face au peuple donne l’impression d’une cérémo­nie purement mondaine, où l’homme est au centre. La prière devient plus difficile, car ce face à face humain n’oriente pas vers le Seigneur (ad Dominum).

 

: La messe face au peuple n’est-elle pas un retour aux usages de l’Église primitive ?

– Il est en réalité très douteux que la messe ait été célébrée face au peuple dans l’antiquité chrétienne. Mais même si c’était le cas, un retour à des formes liturgiques abandonnées depuis longtemps ne serait pas une bonne chose. Une telle attitude s’oppose à la vraie tradition (qui s’attache à ce qui a été transmis [en latin : tradere], et non à ce qui a été écarté). C’est l’archéologisme, que Pie XII a dénoncé dans l’encyclique Mediator Dei, comme une « excessive et malsaine passion des choses anciennes ».

 

: Pie XII a -t-il précisé sa condamnation de l’« archéologisme » ?

– Pie XII explique :

Par exemple, ce serait sortir de la voie droite que de vouloir rendre à l’autel sa forme primitive de table […]. Quand il s’agit de liturgie sacrée, quiconque voudrait revenir aux antiques rites et coutumes, en rejetant les normes intro­duites sous l’action de la Providence à raison des circonstances, celui-là évi­demment ne serait point mû par une sollicitude sage et juste [51].

 

Il faut ajouter que les pratiques liturgiques de l’antiquité ne sont qu’impar­faitement connues. On s’expose, en prétendant y revenir, à beaucoup d’er­reurs.

 

: La disposition des basiliques romaines ne prouve-t-elle pas de façon indubitable que, dans l’antiquité, la messe était célébrée face au peuple ?

– Il est au contraire très vraisemblable que la célébration face au peuple n’a jamais existé dans l’antiquité. Il est vrai que certaines basiliques donnent l’impression que le prêtre célébrait tourné vers le peuple. En réalité, c’est à l’Orient qu’il voulait faire face, et non au peuple. Si la basilique était dirigée vers l’ouest, le prêtre se tournait vers l’est pendant le canon, car on voyait dans le soleil levant un symbole du Christ ressuscité. Il avait alors le peuple devant lui, mais celui-ci se tournait également vers l’est et avait donc le prêtre derrière lui. Tous priaient tournés ensemble vers le Seigneur (ad Dominum).

 

: Il n’y a donc pas eu, dans l’antiquité chrétienne, de célébration face au peuple ?

– Ce qui est sûr, c’est :

1. que ce n’était pas la règle générale,

2. que si jamais c’est arrivé, ce n’était pas dans l’intention de mettre prêtre et fidèles face à face. L’idée selon laquelle le célébrant devrait célébrer tourné vers les fidèles est une idée d’origine luthérienne. On ne la trouve jamais au­paravant.

 

n 64. La nouvelle messe est-elle valide ?

 

La validité de la messe dépend de la validité de la consécration (transsubstantiation du pain dans le corps du Christ et du vin en son sang).

La nouvelle messe est valide si elle est célébrée par un prêtre validement ordonné qui emploie la matière requise (pain de froment et vin de vigne), en prononçant les paroles requises (celles de la consécration) et en ayant l’inten­tion requise. Le prêtre doit en effet vouloir faire ce que font le Christ et l’Église lors de la célébration de la messe (il doit être un instrument conscient à leur service). S’il se plaçait en contradiction consciente avec l’in­tention de l’Église (en refusant par exemple de célébrer un sacrifice, et en ne voulant que faire mémoire de la dernière Cène), la messe serait invalide. Or, par le fait même que le nouveau rite peut facilement être compris dans un sens protestant, il peut tout aussi facilement être utilisé par des prêtres qui n’auraient plus l’intention requise pour la célébration de la messe. Et on peut craindre que cela n’arrive, quand on voit l’image tout à fait fausse de l’Église, du sacerdoce et de la messe qui est communiquée à beaucoup de futurs prêtres dans les nouveaux séminaires.

Par ailleurs l’emploi d’un pain autre que le pain de froment, d’un vin autre que le vin de vigne, ou l’omission des paroles consécratoires ren­draient aussi la messe invalide.

 

: Le fait que les paroles de la consécration aient été modifiées dans le nouveau missel ne peut-il pas jeter un doute sur la validité de la nouvelle messe ?

– Cette modification de la formule de consécration – qui la rapproche du culte luthérien – est regrettable, mais ne suffit pas en soi à jeter un doute sur la validité de la nouvelle messe (la signification essentielle des paroles de la consécration est conservée). En revanche, certaines traductions posent un problème particulier.

 

: Certaines traductions de la formule consécratoire peuvent-elles faire douter de la validité de la messe ?

– Le problème vient du fait qu’en plusieurs pays, les paroles de la consé­cration du vin ont été mal traduites. Le texte latin dit : « Mon sang, qui est versé pour vous et pour beaucoup [pro multis] ». Le français a adopté une traduc­tion ambiguë (« pour vous et pour la multitude »). Mais beaucoup de langues (notamment l’anglais) ont adopté une traduction carrément fausse : « Mon sang, qui est versé pour vous et pour tous » (anglais : for all). Or cette traduction modifie le sens du texte. On ne trouve les mots « pour tous » ni dans les récits de l’institution de l’eucharistie dans la sainte Écriture, ni dans les paroles consécratoires d’aucune liturgie traditionnelle.

 

: N’est-il pas vrai que Jésus-Christ a versé son sang pour tous les hommes ?

– Il est bien vrai que le Christ a versé son sang pour tous, et que, de ce fait, tous les hommes ont la possibilité d’obtenir le salut (le salut est proposé à tous). Mais à la messe il est question de la nouvelle Alliance (« Ceci est le ca­lice de mon sang, nouveau et éternel testament »), et à cette Alliance n’appar­tiennent pas tous les hommes, mais seulement beaucoup, à savoir ceux qui re­çoivent le salut. A la messe, il n’est pas question de l’offre du salut, mais de son obtention effective.

 

: Cette fausse traduction a-t-elle des conséquences ?

– Il est évident que cette fausse traduction est liée à la théorie moderne du salut universel (aucun homme ne se perd). Cette mauvaise traduction, qui est une erreur de fait, favorise donc une véritable hérésie !

 

: Cette fausse traduction rend-elle la messe invalide ?

– Il n’est pas certain que cette fausse traduction rende la consécration in­valide (d’autant que le prêtre peut comprendre le « pour tous » dans un sens qui n’aille pas contre la foi, à savoir que le salut est proposé à tous). Mais elle rend au moins cette validité douteuse (surtout si le prêtre entend la formule dans le sens hérétique : tous les hommes sont sauvés) .

 

: N’est-ce pas donner beaucoup d’importance à une petite erreur de traduction ?

– Il ne s’agit pas d’une « petite erreur de traduction » mais d’une modifi­cation volontaire, à laquelle les novateurs eux-mêmes attachent beaucoup d’im­portance. En Hongrie, par exemple, les missels avaient encore, il y a quelques années, la traduction « pour beaucoup ». Suite à l’ouverture des frontières, de nouveaux missels ont été édités, dans lesquels se trouve désormais la formule « pour tous ». Si les novateurs se donnent tant de mal pour un seul mot, c’est bien qu’ils y accordent de l’importance.

 

: Y a-t-il d’autres signes de l’importance que les novateurs accordent au rempla­cement de l’expression « pour beaucoup » par l’expression « pour tous » ?

– Un signe de l’importance que les novateurs accordent à cette formule erronée, c’est qu’après avoir essayé de l’imposer par de mauvaises traduc­tions, ils en sont venus à falsifier le texte latin lui-même. Le texte latin de la nouvelle messe comprenait en effet encore la formule « pro multis » (pour beaucoup). Or cette formule a été remplacée par la formule « pro omnibus » (pour tous) dans le texte latin de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II (17 avril 2003, § 2), tel qu’il a été diffusé par la salle de presse du Saint-Siège (et sur le site internet du Vatican).

 

: Une telle falsification n’a-t-elle pas entraîné des protestations ?

– Cette falsification a entraîné de telles protestations que, finalement, la version officielle (celle qui est publiée dans les Acta Apostolica Sedis) a été cor­rigée, et porte l’expression « pro multis » [52]. Mais l’épisode demeure très signi­ficatif. Les partisans du salut universel veulent plier la liturgie à leur hérésie. Ils y ont déjà partiellement réussi avec la nouvelle messe de 1969 (qui a sup­primé ou atténué les mentions de l’enfer), et ils poursuivent leurs efforts.

 

n 65. Est-il permis de prendre part à la nouvelle messe ?

 

Même si la nouvelle messe est valide, elle déplaît à Dieu en tant qu’elle elle est œcuménique et protestantisante ; elle représente par ailleurs un danger pour la foi au saint sacrifice de la messe. Elle doit donc être rejetée. Qui a compris la problématique de la nouvelle messe, ne doit plus y assis­ter, car il mettrait volontairement sa foi en danger, et, en même temps, en­couragerait les autres à faire de même, en paraissant donner son assenti­ment aux réformes.

 

: Comment une messe valide peut-elle déplaire à Dieu ?

– Même la messe sacrilège qu’un prêtre apostat célébrerait pour se mo­quer du Christ, pourrait être valide ; il est pourtant évident qu’elle offenserait Dieu, et qu’il ne serait pas permis d’y prendre part. De même, la messe d’un prêtre grec schismatique (valide et célébrée selon un rite vénérable) déplaît à Dieu en tant qu’elle est célébrée en opposition à Rome et à l’unique Église du Christ.

 

: Ne peut-on cependant assister à la nouvelle messe lorsqu’elle est célébrée de façon digne et pieuse par un prêtre catholique d’une foi absolument certaine ?

– Ce n’est pas ici le célébrant qui est en cause, mais le rite qu’il emploie. C’est malheureusement un fait que le nouveau rite a donné à de très nom­breux catholiques une fausse notion de la messe, plus proche de la cène pro­testante que du saint sacrifice. La nouvelle messe est une des sources princi­pales de l’actuelle crise de la foi. Il faut donc impérativement s’en distancer.

 

n 66. Peut-on assister à la nouvelle messe en certaines circonstances ?

 

Il faut appliquer à la nouvelle messe des règles analogues à celles qui va­lent pour l’assistance à une cérémonie non catholique. On peut y être pré­sent pour des raisons familiales ou professionnelles, mais on se comporte alors passivement, et, surtout, on ne va pas communier.

 

n 67. Que doit-on faire, lorsqu’il n’est pas possible d’assister tous les dimanches à la messe traditionnelle ?

 

Celui qui n’a pas la possibilité d’assister à la messe traditionnelle est ex­cusé de l’obligation de la messe ce dimanche. Le précepte de la messe do­minicale n’oblige en effet qu’à l’assistance à une vraie messe catholique. On doit cependant, en ce cas, s’efforcer d’assister à la messe traditionnelle au moins à intervalles réguliers. De plus, même si l’on est ainsi dispensé de l’assistance à la messe (qui est un commandement de l’Église), on ne l’est pas du commandement de Dieu (« Tu sanctifieras le jour du Seigneur »). Il faut donc remplacer, d’une manière ou d’une autre, cette messe qu’on n’a pas pu avoir, par exemple en en lisant le texte dans son missel, en s’unis­sant d’intention, durant le temps de la messe, à une messe célébrée ailleurs, et en pratiquant la communion spirituelle.

 

n 68. Comment doit-on recevoir la sainte communion ?

 

La sainte communion doit être reçue avec respect, car elle contient Notre-Seigneur Jésus-Christ avec son corps, son sang, son âme humaine et sa divinité. La meilleure façon d’exprimer ce respect est de recevoir la sainte communion sur la langue, de la main du prêtre, et à genoux.

 

: Jésus-Christ a-t-il lui-même affirmé qu’il est réellement présent dans l’eucharistie ?

– Oui, Jésus-Christ a solennellement affirmé sa présence réelle dans l’eu­charistie :

Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breu­vage. Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui » [Jn 6, 55].

 

: Notre-Seigneur a-t-il exprimé cette vérité à d’autres reprises ?

– Notre-Seigneur a très clairement exprimé ce qu’est la sainte eucharistie lors même de son institution, lorsqu’il a célébré la première messe, au cours de la dernière cène :

Jésus prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe, rendit grâces, la leur donna en disant : « Buvez en tous, car ceci est mon sang de l’Alliance, qui est versé pour beaucoup en rémission des péchés » [Mt 26, 26].

 

: Qui a nié la présence réelle du Christ dans l’eucharistie ?

– Durant quinze siècles et à part quelques très rares exceptions (l’hérétique Béranger de Tours au XIe siècle, qui finit par abjurer son erreur), les chrétiens ont unanimement cru à la présence réelle du Christ dans la sainte eucharistie. Ils ont tenu ce sacrement en grand honneur, le considérant comme le plus précieux cadeau du Seigneur. C’est seulement au XVIe siècle que les meneurs de la révolte protestante réussirent à entraîner des foules à rejeter la foi en l’eucharistie.

 

n 69. La communion dans la main est-elle une manière digne de communier ?

 

Telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée, la communion dans la main ne respecte pas Notre-Seigneur Jésus-Christ réellement présent dans l’hostie. Elle contrecarre la foi en la présence réelle, et elle doit donc être rejetée. Elle n’a d’ailleurs jamais existé sous cette forme dans l’Église.

 

: La distribution de la communion dans la main n’est-elle pas une pratique de la primitive Église ?

– La sainte communion a bien été distribuée dans la main dans certaines parties de l’Église primitive, mais d’une tout autre façon qu’aujourd’hui. Le communiant s’inclinait pour la recevoir, et, au moins en certaines régions, de­vait avoir la main recouverte d’un voile. Le prêtre déposait l’hostie dans la main droite, et le fidèle la portait à la bouche sans la prendre de l’autre main.

 

: Ces différences de détail sont-elles vraiment importantes ?

– Ces différences manifestent un tout autre état d’esprit que celui qui pré­vaut actuellement. La manière aujourd’hui répandue de prendre l’hostie res­semble à un geste de prise de possession et de domination tout à fait déplacé à l’égard du corps du Christ.

 

: Cette différence d’esprit entre la pratique de l’Église primitive et la pratique ac­tuelle se manifeste-t-elle d’une autre manière ?

– Cette différence d’esprit se manifeste dans la très grande attention por­tée aux parcelles. Saint Cyrille de Jérusalem exhorte les fidèles à prendre garde à ce qu’aucune d’elles ne tombe à terre :

Prends garde à ce que rien n’en tombe par terre. Ce que tu en ferais tom­ber, serait comme la perte d’un de tes membres. Dis moi donc : si quelqu’un te donnais de la poudre d’or, ne la recueillerais-tu pas soigneusement afin que rien n’en soit perdu à ton désavantage ? Ne devrais-tu donc pas être beaucoup plus attentif à ce qu’aucune miette ne se perde, de ce qui est bien plus précieux que de l’or ou du diamant [53] ?

 

: Que manifeste cette exhortation de saint Cyrille ?

– Ici tout respire le respect ! Où entend-on, aujourd’hui, de tels avertisse­ments ? Avec la communion dans la main, de nombreuses parcelles tombent à terre, sans que personne n’y prenne garde. C’est un manque de respect ob­jectif à l’égard du Christ.

 

: Si cependant la communion dans la main a déjà été pratiquée dans l’Église, comment peut-on la refuser aujourd’hui ?

– Cet argument reproduit un des sophismes majeurs de la révolution li­turgique : le sophisme de l’archéologisme, déjà dénoncé et condamné par Pie XII [54].

 

: En quoi cet argument est-il un sophisme ?

– Cet argument suppose que ce qui était bon dans l’antiquité chrétienne est nécessairement le meilleur pour aujourd’hui, et doit être préféré à tout ce que l’Église a institué au cours des siècles. C’est évidemment faux. Ce qui était à l’origine sans danger grâce à la ferveur primitive, et parce qu’il n’y avait pas encore eu d’hérésie contre la présence réelle, peut être dangereux depuis que les protestants nient la transsubstantiation. De plus, l’amour est in­ventif, et le développement progressif est la loi de la vie des créatures. Il est donc normal que l’Église ait davantage développé, avec le temps, l’expression de sa foi et de son respect envers le Saint-Sacrement. Vouloir revenir aux pra­tiques (matérielles) de l’Église primitive, c’est en réalité trahir son esprit, car c’est refuser tout le développement qu’elle portait en germe et dont elle donna elle-même l’élan.

 

: Ne peut-on dire que refuser aujourd’hui la communion dans la main, c’est aussi refuser l’élan et le développement progressif dont l’Église est porteuse ?

– Un changement ne peut être qualifié de « progrès » que par rapport à des critères d’évaluation. (La prolifération anarchique des cellules dans un or­ganisme vivant marque bien un certain progrès, mais celui du cancer, non celui de la vie). Or les bons critères, ici, sont : la manifestation de la foi et du res­pect envers Notre-Seigneur. Il est alors évident que la communion dans la main ne constitue pas un progrès, mais une régression. De plus, cette pratique a été introduite de façon révolutionnaire et subversive au sein de l’Église.

 

: Pourquoi dites-vous que la communion dans la main a été introduite dans l’Église de façon révolutionnaire et subversive ?

– La communion dans la main a d’abord été pratiquée sans autorisation, contre les règles explicites de la sainte Église, dans quelques groupes très pro­gressistes. Le 29 mai 1969, l’instruction Memoriale Domini prenait acte de ces désobéissances, et rappelait en détails tous les avantages de la communion dans la bouche [55]. Elle signalait qu’une enquête faite auprès des évêques de rite latin manifestait qu’une très grande majorité d’entre eux était opposée à l’introduction de la communion dans la main [56]. Elle concluait que l’usage traditionnel devait être maintenu et exhortait vivement les évêques, les prêtres et les fidèles à le respecter avec soin.

 

: Comment la communion dans la main s’est-elle répandue après avoir été ainsi condamnée ?

– La communion dans la main s’est répandue parce que ce texte (rédigé, au nom de Paul VI, par le cardinal Gut et l’inévitable Annibal Bugnini) était libéral. Après avoir ainsi exposé toutes les raisons nécessitant le maintien de la coutume traditionnelle, et affirmé que le pape voulait ce maintien, il s’achevait en permettant de faire le contraire ! Alors que la question semblait réglée par tout ce qui précédait, le texte ajoutait en effet que, là où l’habitude avait déjà été prise de communier dans la main (c’est-à-dire là où l’on avait déjà désobéi !), les conférences épiscopales pouvaient, si les fidèles le deman­daient, et à certaines conditions, autoriser cette nouvelle pratique.

 

: Quelles furent les suites de cette instruction Memoriale Domini ?

– L’instruction Memoriale Domini autorisait de fait la communion dans la main tout en faisant mine de l’interdire. En Europe occidentale et en Amérique du Nord, les suites furent immédiates : la nouvelle pratique, que le pape affirmait n’autoriser qu’avec réserves, comme une tolérance, et à cause de la demande instante des fidèles, fut presque partout imposée au nom de l’obéissance au pape à des fidèles qui ne l’avaient jamais demandée.

 

n 70. Quelles sont les conséquences de la communion dans la main ?

 

Outre qu’elle favorise les sacrilèges, la communion dans la main (et de­bout) est au moins coresponsable de la perte de la foi de beaucoup de fi­dèles à la présence réelle du Christ dans le sacrement de l’eucharistie. Celui qui croit sérieusement recevoir l’Homme-Dieu dans la sainte communion, ne peut s’approcher de ce sacrement sans manifester son respect. La com­munion dans la main a donc conduit d’abord à la tiédeur et l’indifférence, puis à la perte de la foi.

 

: Peut-on vraiment attribuer à la communion dans la main l’actuelle perte de la foi en la présence réelle de Notre-Seigneur ?

– La communion dans la main n’est sans doute pas la cause unique. Les erreurs ou les lacunes de la catéchèse et de la prédication ont certainement leur part de responsabilité, puisqu’on a souvent présenté la présence réelle comme une simple présence symbolique, en niant le changement véritable du pain au corps du Christ. Mais la communion dans la main a préparé les fi­dèles à accepter ces faux enseignements, car si l’hostie n’est qu’un symbole du Christ, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’on reçoive la communion sans signe de respect particulier.

 

n 71. Faut-il célébrer la messe en latin ?

 

De même que l’on quitte les vêtements de travail pour célébrer le culte divin, de même est-il grandement convenable que la langue de la sainte li­turgie ne soit pas celle de la rue. La langue vulgaire ne concorde pas avec l’action sacrée. En Occident, le latin a été pendant des siècles la langue de la liturgie. Mais dans les autres parties de l’Église, et même en de nom­breuses religions non chrétiennes, il y a aussi une langue sacrée.

 

: Les non-catholiques utilisent-ils aussi une langue sacrée ?

– La fixation de la langue liturgique, alors même que la langue courante évolue, semble une constante de l’humanité. Les Grecs schismatiques em­ploient dans leur liturgie le grec ancien ; les Russes utilisent le slavon. Au temps du Christ, les Juifs utilisaient déjà pour la liturgie l’hébreu ancien, qui n’était plus la langue courante (et ni Jésus ni les Apôtres n’ont blâmé cette manière de faire). On trouve la même chose dans l’islam (l’arabe littéraire, langue de la prière, n’est plus compris des foules) et dans certaines religions orientales. Les païens romains avaient, aussi, dans leur culte, des formules ar­chaïques devenues incompréhensibles.

 

: Comment peut-on expliquer cet usage universel d’une langue sacrée dans le culte divin ?

– L’homme a naturellement le sens du sacré. Il comprend d’instinct que le culte divin ne dépend pas de lui ; qu’il doit le respecter et le transmettre tel qu’il l’a reçu, sans se permettre de le bouleverser. L’emploi d’une langue fixe et sacrée dans la religion est conforme à la psychologie humaine ainsi qu’à la nature immuable des réalités divines.

 

n 72. Les fidèles ne comprennent-ils pas mieux la messe célébrée dans leur langue ?

 

La messe accomplit des mystères ineffables qu’aucun homme ne peut comprendre parfaitement. Ce caractère mystérieux trouve son expression dans l’emploi d’une langue mystérieuse, qui n’est pas immédiatement com­prise de tous. (C’est aussi pour cela que certaines parties de la messe sont dites à voix basse.)

La langue vernaculaire, au contraire, donne l’impression superficielle d’une compréhension qui, en réalité, n’existe pas. Les gens s’imaginent comprendre la messe, parce qu’elle est célébrée dans leur langue natale. En fait, ils ne savent généralement rien de l’essence du saint sacrifice.

 

: La fonction du latin est-elle donc de placer une barrière entre les fidèles et les saints mystères ?

– Il ne s’agit pas d’édifier un mur opaque qui masquerait tout, mais, au contraire, de mieux faire apprécier les perspectives. Il faut, pour cela, mainte­nir une certaine distance. Pour pénétrer un peu dans le mystère de la messe, la première condition est de reconnaître humblement qu’il s’agit, effective­ment, d’un mystère, quelque chose qui nous dépasse.

 

: Si le caractère mystérieux du latin est si bénéfique, faut-il dissuader les fidèles de l’apprendre, et plaindre ceux qui le comprennent ?

– L’emploi du latin dans la liturgie entretient le sens du mystère même chez ceux qui connaissent cette langue. Le seul fait qu’il s’agisse d’une langue spéciale, distincte de la langue natale et de la langue de la rue (une langue qui, de soi, n’est pas immédiatement comprise par tous, même si, de fait, on la comprend) suffit à donner un certain recul, qui favorise le respect. L’étude du latin chrétien doit donc être vivement encouragée. L’effort qu’elle demande contribuera à hisser vers le mystère – tandis que la liturgie en langue vulgaire tend à le rabaisser au niveau humain.

 

: L’emploi du latin ne risque-t-il cependant pas de laisser certains fidèles dans l’ignorance de la liturgie ?

– Le concile de Trente fait au prêtre une obligation de prêcher souvent sur la messe et d’en expliquer les rites aux fidèles. Les fidèles ont de surcroît des missels où les prières latines sont traduites. Ils peuvent donc avoir accès aux belles prières de la liturgie sans que les avantages du latin soient perdus. L’expérience prouve de plus que, dans nos pays latins, la compréhension du latin liturgique (sinon dans tous ses détails, au moins de façon globale) est re­lativement facile pour qui s’y intéresse [57]. L’effort d’attention requis favorisera la véritable participation des fidèles à la liturgie : celle de l’intelligence et de la volonté. Tandis que la langue vernaculaire risque, au contraire, d’encourager à la paresse.

 

: L’emploi d’une langue sacrée dans la liturgie n’introduit-il pas une coupure arbitraire entre la vie de tous les jours (« profane ») et la vie spirituelle, alors que le rôle du chrétien devrait être, au contraire, de tout consacrer à Dieu (même sa langue quotidienne) ?

– Pour vivre de l’esprit de prière dans toutes ses activités, il faut savoir, par moment, quitter ces activités pour ne se consacrer qu’à la prière. Il en va de même ici : utiliser, par moment, une langue sacrée pour mieux prendre conscience de la transcendance de Dieu, sera une aide, et non un empêche­ment, à la prière de chaque instant.

 

n 73. Quelles raisons militent encore en faveur de l’emploi du latin ?

 

Trois autres raisons en faveur de l’emploi du latin sont :

1. son immutabilité (ou, du moins, sa très grande stabilité) ;

2. son emploi presque bimillénaire dans la liturgie ;

3. le fait qu’il symbolise et favorise l’unité de l’Église.

 

: En quoi l’immutabilité du latin est-elle un avantage ?

— La foi immuable requiert, comme instrument proportionné, une langue qui soit la plus immuable possible, et puisse ainsi servir de référence. Or le la­tin, qui n’est plus une langue courante, ne change plus (ou presque plus). Dans une langue courante, au contraire, les mots peuvent subir assez rapide­ment des changements notables de signification ou de registre (ils peuvent prendre une connotation péjorative ou ridicule qu’ils n’avaient pas aupara­vant). L’usage d’une telle langue peut donc facilement entraîner des erreurs ou des ambiguïtés, tandis que l’usage du latin préserve à la fois la dignité et l’orthodoxie de la liturgie [58].

 

: En quoi l’usage presque bimillénaire de la langue latine dans la liturgie est-il un avantage ?

– Employée dans la liturgie pendant près de deux mille ans, la langue la­tine a été comme sanctifiée. Il est réconfortant de pouvoir prier avec les mêmes mots que nos ancêtres et tous les prêtres et moines depuis des siècles. Nous sentons de façon concrète la continuité de l’Église à travers le temps, et nous unissons notre prière à la leur. Le temps et l’éternité se rejoignent.

 

: Comment le latin symbolise-t-il l’unité de l’Église ?

– Le latin ne manifeste pas seulement l’unité de l’Église à travers le temps, mais aussi à travers l’espace [59]. Favorisant l’union à Rome (il a préservé la Pologne du schisme slave), il unit aussi entre elles toutes les nations chré­tiennes. Avant le Concile, la messe de rite romain était partout célébrée dans la même langue. Les fidèles retrouvaient sur les cinq continents la messe de leur paroisse. Aujourd’hui, cette image de l’unité est brisée. Il n’y a plus au­cune unité dans la liturgie : ni dans la langue ni dans les rites. Au point que celui qui assiste à une messe célébrée dans une langue qu’il ne connaît pas a beaucoup de mal même à en repérer les parties principales.

 

: Comment peut-on résumer l’utilité du latin ?

– Notre Église est une, sainte, catholique, et apostolique. La langue latine contribue, à sa façon, à chacune de ces caractéristiques [60]. Par son génie propre (langue impériale), son caractère hiératique (langue « morte »), et, sur­tout, la consécration qu’elle reçut, avec l’hébreu et le grec, sur le titulum de la croix [61], elle sert excellemment la sainteté de la liturgie ; par son usage univer­sel et supranational (elle n’est plus la langue d’aucun peuple), elle en mani­feste la catholicité ; par son lien vivant avec la Rome de saint Pierre, et avec tant de Pères et docteurs de l’Église qui furent à la fois l’écho des Apôtres et les artisans du latin liturgique (ils forgèrent non seulement ses oraisons, hymnes et répons, mais le latin chrétien lui-même, qui est, par beaucoup de traits, un complet renouvellement du latin classique), elle est la garante de son apostolicité ; par son emploi officiel, enfin, qui en fait la langue de référence tant du magistère que du droit canon ou de la liturgie, elle concourt efficace­ment à la triple unité de l’Église : unité de foi, unité de gouvernement et unité de culte.



[1] — Chapitres publiés dans les numéros 48, 49, 50 et 51 du Sel de la terre.

[2] — Concile de Trente, 22e session, chap. 1 ; DS 1740.

[3] — Session XXII, can. 1 ; DS 1751.

[4] — DS 1740.

[5] — DS 1743

[6] — DS 1743. Voir aussi DS 1741.

[7] — Saint Augustin, cité par saint Thomas en III, art. 83, q. 1.

[8] — Texte attribué à saint Ambroise, cité par saint Thomas en III, art. 83, q. 1 ad 1. « Sicut enim quod ubique offertur unum est corpus et non multa ; ita et unum sacrificium ».

[9] — He 6, 20.

[10] — 1 Co 11, 24.

[11] — Mt 26, 28.

[12] — Didaché, chap. 14 ; RJ 8. Ce sacrifice est clairement désigné comme étant celui annoncé par Malachie.

[13] — Saint Clément de Rome, 1ère lettre aux Corinthiens, chap. 14 ; RJ 19.

[14] — Saint Grégoire de Naziance, lettre 171, ad Amphilochium ; RJ 1019.

[15] — Luther, in Contra Henricum regem Angliæ (1522) (t. X, p. 220).

[16] — Luther, in De votis monasticis judicium (1521) (t. VIII, p. 651).

[17] — Luther, Sermon du premier dimanche de l'Avent (t. XI, p. 774).

[18]Confession d'Augsbourg de Melanchton (1530 ; confession de foi quasi-officielle des luthériens), art. 24 : De la messe.

[19] — Luther, in De captivitate babylonica (1520) (t. VI, p. 521).

[20] — Luther, t. XII, p. 212.

[21] — Voir l’ouvrage La Réforme liturgique anglicane de Michaël Davies (Étampes, Clovis, 2004). Le premier Prayer Book (1549) supprime l'offertoire, modifie le Canon et adopte la version luthérienne du récit de l'Institution : le sacrifice propitiatoire est passé sous silence, mais il n'est pas explicitement nié. Ce n'est qu'une première étape : dès qu'il est adopté partout, un second Prayer Book est publié (1552), qui se rapproche beaucoup plus de la Cène calviniste.

[22] — Luther cité par Jacques Maritain, Trois réformateurs, Paris, 1925, p. 247.

[23]Œuvres du B. Alphonse de Liguori , Avignon, Seguin, 1827, p. 182.

[24] — Dom Prosper Guéranger, Explication de la sainte messe, Paris, 1906, p. 107.

[25] — Dn 8, 2.

[26] — « Le Christ entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle » (He 9, 12)

[27] — Pie XII, encyclique Mediator Dei, du 20 novembre 1947.

[28] — DS 1758.

[29] — Lehmann Schlink, Das Opfer Jesu Christi und seine Gegenwart in der Kirche, Herder, 1983, p. 223.

[30] — Cardinal Alphonse Stickler, dans Latin Mass Magazine, 5 mai 1995.

[31] — Cardinaux Ottaviani et Bacci, lettre remise à Paul VI le 29 septembre 1969, accompagnée d’un Bref examen critique du nouvel ordo missæ rédigé par  un groupe de théologiens.

[32] — Luther, in Formula missæ et communionis (1523) (t. XII, p. 211).

[33] — P. Roger-Thomas Calmel O.P. « Apologie pour le canon romain », Itinéraires nº 157 (novembre 1971) p. 38. Le P. Calmel développe abondamment dans le reste de l'article les faits qu'il énumère ici.

[34]Bref examen critique du nouvel ordo missæ présenté à Paul VI en 1969 par les cardinaux Ottaviani et Bacci, ch. VI.

[35] — Voir Hippolyte de Rome, La Tradition apostolique, texte latin, introduction, traduction et notes de Dom Botte O.S.B., Paris, Cerf, « Sources chrétiennes », 1946, p. 32.

[36] — Aimon-Marie Roguet O.P. Pourquoi le canon de la messe en français ?, Paris, Cerf, 1967, p. 23.

[37] — Roger-Thomas Calmel O.P. « Apologie pour le canon romain », Itinéraires nº 157 (novembre 1971) p. 38.

[38] — Annibal Bugnini, DC n° 1491 (4 janvier 1967), col 824.

[39] — Pie XII enseigne très clairement : « L’immolation non sanglante par le moyen de laquelle, après les paroles de la consécration, le Christ est rendu présent sur l’autel en état de victime, est accomplie par le seul prêtre en tant qu’il représente la personne du Christ, non en tant qu’il représente la personne des fidèles ». (Mediator Dei) — Or l’Introduction générale affirme que le prêtre, à la messe, s’exprime tantôt au nom des fidèles tantôt en son nom propre (art. 13), mais omet de dire qu’au moment essentiel, à la consécration, il est le représentant du Christ seul.

[40] — Certains protestants admettent à la rigueur l’expression « présence réelle », mais non « transsubstantiation », qui désigne de façon très précise le changement de toute la substance du pain dans la substance du corps glorieux de Notre-Seigneur – seules demeurant les apparences extérieures.

[41] — DS 2629.

[42] — Max Thurian dans La Croix du 30 mai 1969.

[43] — Annibal Bugnini, Documentation catholique du 4 avril 1965. Annibal Bugnini y commente les modifications apportées à la liturgie du Vendredi saint.

[44] — Nous résumons ici l’étude de Dom Édouard Guillou O.S.B. « Les oraisons de la nouvelle messe et l'esprit de la réforme liturgique » ; on y trouvera le texte complet de ces oraisons et des exemples complémentaires (étude publiée dans Fideliter 86, mars-avril 1992, p. 58 s.).

[45] — Paul VI, DC, 20 octobre 1969, n° 1538, col. 1372

[46] — Voir, entre autres, les mémoires de Mgr Bugnini (The Reform of the Liturgy, 1948-1975, p. 91) et l’enquête de Michaël Davies (Liturgical Revolution, Pope Paul’s New Mass, p. 505).

[47] — Listes publiées dans Panorama nº 538 (10 août 1976) puis dans l’Osservatore Politico de Mino Pecorelli (12 septembre 1978). Notons que le journaliste Mino Pecorelli était lui-même franc-maçon. Il fut assassiné à coups de pistolet quelques mois plus tard (20 mars 1979). Sur cette affaire, voir l’enquête du professeur Carlo-Alberto Agnoli, La Maçonnerie à la conquête de l’Église, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 2001.

[48] — Le pape Pie VI, dans sa bulle Auctorem fidei, a ainsi condamné le synode janséniste de Pistoie (1786) qui avait déclaré que, dans la discipline établie et approuvée par l’Église, il fallait faire un tri, en distinguant ce qui était nécessaire ou utile de ce qui était inutile, pesant, dangereux ou nocif. Pie VI déclara cette proposition « fausse, téméraire, scandaleuse » (DS 2678).

[49] — Pie VI, dans la constitution Auctorem fidei (28 août 1794,) a condamné les jansénistes qui s’exprimaient « comme si l’Église, qui est régie par l’Esprit de Dieu, pouvait établir une discipline […] dangereuse, nocive […] » (DS 2678). Ce texte, qui n’a ni l’autorité ni la précision d’une définition dogmatique, montre bien que les autorités ecclésiastiques jouissent d’une certaine infaillibilité en matière disciplinaire et liturgique, mais n’en indique ni les conditions d’exercice, ni les limites exactes. En attendant que l’Église tranche, les théologiens sont réduits, sur cette question, aux hypothèses.

[50] — Paul VI, audience générale du 19 novembre 1969 ; DC, 7 décembre 1969, nº 1552, p. 1056.

[51] — Pie XII, encyclique Mediator Dei.

[52]Acta Apostolicæ Sedis, 7 juillet 2003, p. 434. — Sur cet épisode, voir Le Sel de la terre 48, p. 211.

[53] — Saint Cyrille de Jérusalem, cinquième catéchèse mystagogique, 21 ; PG 33, 1126.

[54] — Voir ci-dessus la question 63.

[55]DC du 29 juillet 1969, p. 669-671 ; voir sur ce sujet Itinéraires 163 (mai 1972).

[56] — Sur 2115 réponses valides, 1233 évêques s’opposaient catégoriquement à l’introduction de la communion dans la main, tandis que 567 seulement l’approuvaient sans réserves.

[57] — Voir, dans Le Sel de la terre 44, p. 219-234 et 252-255, l’exemple du père Emmanuel, dans sa paroisse paysanne de Mesnil-Saint-Loup. (NDLR.)

[58] — « L’emploi de la langue latine […] est une protection efficace contre toute corruption de doctrine (Pie XII, Mediator Dei) — « A des dogmes immuables, il faut une langue immuable qui garantisse de toute altération la formulation même de ces dogmes.[…] Les protestants et tous les ennemis de l’Église catholique lui ont toujours durement reproché le latin. Ils sentent que l’immobilité de cette cuirasse défend merveilleusement de toute altération ces antiques traditions chrétiennes dont le témoignage les écrase. Ils voudraient briser la forme pour atteindre le fond. L’erreur parle volontiers une langue variable et changeante. » (Mgr de Ségur)

[59] — « L’emploi de la langue latine, en usage dans une grande partie de l’Église, est un signe d’unité manifeste et éclatant […] » (Pie XII, Mediator Dei).

[60] — « En effet, dès lors qu’elle groupe en son sein toutes les nations, qu’elle est destinée à vivre jusqu’à la consommation des siècles, et qu’elle exclut totalement de son gouvernement les simples fidèles, l’Église, de par sa nature même, a besoin d’une langue universelle, définitivement fixée, qui ne soit pas une langue vulgaire. » (Pie XI, lettre apostolique Officiorum omnium, 1er août 1922 — Actes de S.S. Pie XI (années 1922-1923), Paris, Bonne Presse, p. 87-88.)

[61] — « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs […] ; l’inscription était en hébreu, en grec et en latin » (Jn 19, 20).

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Mathias Gaudron exerce son ministère en Allemagne.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 52

p. 60-93

Les thèmes
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