L’œuvre étrange de Léon Bloy
par Louis Jugnet
C’est à la philosophie (voire à la théologie) de juger la littérature, et non l’inverse, aimait à répéter Louis Jugnet, qui se plaignait de ces catholiques qui « nous résolvent un problème métaphysique ou juridique avec une citation de Péguy, de Bloy ou de Bernanos ». Dans cette perspective, il fit plusieurs conférences, dans les années 1955-1957, pour présenter et apprécier les littérateurs catholiques à la mode : Graham Greene, Paul Claudel, Léon Bloy, George Bernanos, etc.
Nous reproduisons ici le résumé (écrit par Louis Jugnet lui-même) de la conférence sur Léon Bloy prononcée à Toulouse, le 26 février 1957, à la demande de l’Amicale de l’Institut d’études politiques [1].
On notera que Louis Jugnet n’avait pas, à cette date, pris connaissance du livre de Raymond Barbeau (Un Prophète luciférien, Léon Bloy), qui ne paraîtra que quelques mois plus tard [2]. C’est donc l’état de la question tel qu’il était à la veille de la publication de cet ouvrage explosif qu’il propose, avec son habituel talent de synthèse (et le style quasi-télégraphique qui caractérise ses notes).
Le Sel de la terre.
Introduction
L'ŒUVRE DE LÉON BLOY est un signe de contradiction, même de nos jours. Mystique, pamphlétaire, romancier, etc., il est porté aux nues par des auteurs connus, tel Maritain, qui fut son filleul (et à la conversion duquel il contribua), Stanislas Fumet, Louis Massignon (l’orientaliste), Pierre Termier (le défunt géologue et philosophe des sciences), etc. Et il ne s’agit pas de témoignages isolés : une sorte de thème, voire de mythe Bloy, s’est instauré, au point que nul écrivain catholique n’ose rien dire sans se mettre sous la triple invocation de la trilogie « Péguy, Bloy, Bernanos », qu’il s’agisse d’Esprit ou de La France catholique ! En revanche, les critiques traditionalistes et contre-révolutionnaires (malgré l’indulgence qu’on rencontre parfois envers Bloy même parmi eux ; ex. : Léon Daudet) et les théologiens de formation classique sont restés très réservés, pour ne pas dire plus. Claudel, par ailleurs, avec lequel il présente certaines analogies – d’ailleurs tout apparentes – déclare qu’« il ne l’aime pas du tout ».
Pour nous faire une idée fondée de notre auteur, il faudra étudier d’abord sa vie et sa psychologie personnelle (car, pour lui, c’est essentiel à la compréhension de son œuvre, ce qui n’est qu’en partie vrai pour Louis Veuillot, et pas du tout pour Claudel). D’où trois parties :
I. — L’homme
II. — La vision du monde et de l’histoire
III. — Discussion
L’homme
Sa vie
Né en 1846. Mort en 1917. Évocation du physique : pas très grand, massif, crinière vite blanche, gros sourcils, œil fulgurant, quelque chose d’étrange et d’inquiétant.
Naissance le 2 juillet 1846, près de Périgueux. Deuxième d’une famille de sept enfants. Mère très élevée spirituellement, père déiste, anticlérical, libéral (petit fonctionnaire intègre, à principes).
S’oppose à la vocation littéraire de son fils. En 1864, Paris, école de Dessin, école des Beaux-Arts. Perte de la foi à quinze ans. Admiration pour Barbey d’Aurevilly (celui-ci, en fait, assez snob et sans pratique religieuse) qui amène Bloy à redécouvrir le christianisme. Dès lors, foi granitique, monolithique, sans un doute, sans une faille jusqu’à sa mort. (Ses souffrances ne viendront pas de cela.) Vit de bric et de broc. Guerre de 1870-71 (Corps franc de Cathelineau ; voir Sueur de sang). Sous-officier héroïque, mais fantasque. Bref retour à Périgueux. Puis Paris, derechef. Journaliste famélique, conseillé peut-être maladroitement par Veuillot (qu’il poursuivra de sa haine par la suite). Prière pour souffrir le plus possible hors de toute mesure (voir plus loin sur son tempérament). Ici commence son étonnante odyssée : liaison avec une prostituée, Anne-Marie Roulé ; repentir : conversion de la pauvre fille ; vie bizarre, en porte-à-faux ; misère matérielle ; connaissance de l’abbé Tardif de Moidrey (mystique, érudit, exégète, homme de grande distinction, très favorable à la Salette ; voir plus loin [3]). Déséquilibre sans cesse croissant de « Véronique » (Anne-Marie chauffée à blanc, et consultée comme un oracle par Bloy et son ami Hello en des scènes qui seraient parfois ridicules si le tragique n’y dominait. Une nuit, elle devient folle totalement, scène horrible ; elle invective la Sainte-Face de Jésus, fait des imprécations contre Bloy, etc.). On l’interne. Il ne la verra pratiquement plus. Angoisse de Bloy. Fréquente les cabarets littéraires de Paris : Chat Noir, etc., et y attrape un certain style plus vif. « Il n’y a qu’une seule chose continuellement présente dans mon âme : l’horreur […] Quelque chose de noir et de vénéneux est tombé dans mon cœur, comme de l’encre dans une source. » (Lettre.)
Liaisons, avec conversion, avec diverses prostituées encore. L’une meurt de tuberculose, disséquée en amphithéâtre presque sous les yeux du pauvre homme. Puis Berthe Dumont (« Clotilde Maréchal » de La Femme pauvre), morte du tétanos, en souffrant atrocement (femme d’une réelle valeur spirituelle, et très attachée à Bloy). Enfin, fait la connaissance de Jeanne Molbech, fille d’un poète danois, qu’il épouse après l’avoir convertie au catholicisme, et avec laquelle il passera le reste de sa vie. Quatre enfants, dont deux mourront. Misère et mendicité continuelle : « En en an, je n’ai pas mangé (suffisamment) quatre mois. » (Lettre à Barbey.)
L’œuvre
Nomenclature incomplète :
— Romans en partie autobiographiques (mais remaniant encore la triste réalité) : « Le Désespéré » et « La Femme pauvre » ; « Sueur de sang » (la guerre de 1870-71).
— Des essais variés, telle l’admirable : Exégèse des lieux communs, des contes comme les Histoires désobligeantes, des essais critiques (éreintements !) comme Les Dernières Colonnes de L’Église (sur Coppée, etc.).
— Une sorte de théologie de l’histoire : Le Salut par les juifs ; L’Ame de Napoléon ; etc.
— Des livres mystiques sur la Salette : Celle qui pleure ; Le Symbolisme de l’Apparition.
— Et des livres échelonnés en forme de journal : L’Invendable ; Le Pèlerin de l’Absolu ; Le Vieux de la Montagne ; Au seuil de l’Apocalypse ; La Porte des Humbles.
— Et enfin une copieuse correspondance.
Tempérament et caractère de Bloy
D’emblée, une note dominante, la tristesse :
Je suis triste naturellement [souligné] comme on est petit ou blond. Je suis né triste, profondément, horriblement triste, et si je suis possédé du désir le plus violent de la joie, c’est en vertu de la loi mystérieuse qui attire les contraires. [Lettres à sa fiancée.]
Et un certain désespoir, qui fait penser (malgré de grandes différences de tempérament et de perspective religieuse) au protestant danois Sören Kierkegaard (1813-1855) :
— Je me nomme dans mon livre le Désespéré [le fameux Caïn Marchenoir], et voilà, certes, une antiphrase, car il n’est pas possible qu’il y ait jamais eu un espérant plus incurable. Comme s’il ne suffisait pas d’espérer pour moi, j’espère pour mes amis et même pour toute la terre, en dépit des continuelles avanies de mon implacable sort. [Lettre aux Montchal.]
— Je parle de désespoir, mais je suis un affreux menteur. J’espère quand même, j’espère toujours, j’espère autant qu’un homme ait jamais espéré. (Ibid.)
L’homme se présente, il faut bien le dire, comme fortement orgueilleux par tout un aspect de son caractère. Disons plutôt (c’est plus « psychologique ») : égocentrique. Un de ses admirateurs (Stanislas Fumet) écrira que « Dieu et Bloy furent sa contemplation exclusive ». Enfant, il s’indignait de n’être pas adoré, idolâtré, par ses frères aînés. « Marchenoir a raison comme toujours », fait-il dire par un de ses personnages. Et d’une extraordinaire violence à quiconque non seulement attaque ses idées (colère doctrinale, désintéressée, qui pourrait se justifier), mais envers quiconque lui déplaît ou le gêne de façon personnelle : « Il fut abominable pour quiconque lui résistait », avoue son thuriféraire Fumet (Mission de Léon Bloy, Paris, 1935). Invoquant ce principe, vrai en lui-même, que le Christ et les saints n’ont pas hésité à attaquer des individus, en tant que porte-parole d’erreurs nocives, il en use à tort et à travers en son nom propre, quitte à varier au sujet du même auteur et à en faire tour à tour un saint et un génie, puis un infâme et un crétin.
Tout cela, il faut bien le dire déjà, même si on n’oublie pas les souffrances morales et la misère matérielle de Bloy, le caractère démesuré de ses réactions caractérologiques (voir notre conclusion), et la part de l’exagération littéraire, est assez grandement antipathique. Il n’hésite pas à scruter les reins et les cœurs (ce que défend expressément l’Évangile), à décortiquer le degré de culpabilité des gens, à piétiner les cadavres de ses adversaires (« charogne méphitique », etc., sans parler d’expressions ordurières et scatologiques sur des morts, même récents).
Ceci n’exclut d’ailleurs pas, en même temps, un sens réel, presque ingénu et enfantin, de l’humour et du comique, pas toujours méchant. (Voir notamment L’Exégèse des lieux communs.)
La spiritualité personnelle de Bloy est importante à envisager, de par l’influence qu’il a eue et peut encore exercer :
Sa piété est authentique, sincère, profonde, faite de pratiques classiques (chapelet ; communion quotidienne presque toute sa vie, chose rare à l’époque, surtout pour un homme). Mais goût excessif de la souffrance qu’il appelle, dont il se délecte presque, même enfant (voir Fumet, ibid. p. 72-74, avec des textes assez ahurissants) qui suppose un manque de mesure et une sorte de présomption spirituelle : « Je demandais continuellement à Dieu qu’il m’envoyât des peines extraordinaires, énormes, des tourments exquis (au sens étymologique), etc. » Goût du tragique systématiquement. Quand Bloy parle de Jésus-Christ, il ne peut le contempler que très charnel, douloureux, pitoyable, flagellé dans ses membres, pantelant et ensanglanté ; Les mystiques tragiques lui sont les plus proches. Mais le Verbe de Dieu, le Verbe in principio, lui est un peu lointain (Fumet, ibid., p. 143). Et page 249 : « […] Il répudiait la joie, ou tout au moins la joie qui n’a pas les yeux baignés de pleurs. Volontiers […] son art s’évertuait de préférence à sonner le glas funèbre […] Souvenons-nous que Léon Bloy, comme écrivain, était un fruit du XIXe siècle et l’un des points culminants du romantisme exaspéré. » Influence de Barbey d’Aurevilly, de Baudelaire, d’Edgar Poe lui-même. Il avait « des inclinations pour l’horrible ». Ceci est net, et nous demande déjà une certaine prudence dans nos adhésions (si nous en étions tentés trop vite). Il dit à H. de Groux : « Il faut se vomir, sur les autres. »
Qu’on ne puisse manifestement parler de sainteté à propos de Bloy, à moins d’être fou, c’est bien indiscutable. Mais fut-il même un mystique authentique ?
Fumet lui-même, qui l’excuse en tout et l’admire de façon aveugle, écrit : « On ne peut pas dire que Léon Bloy ait jamais été positivement un spirituel. C’est un mystique sensible, avec un cœur de chair et des yeux toujours prêts à fondre en larmes » (ibid., p. 86). La chose qui est d’importance pour mesurer la portée de ses intuitions religieuses, a été l’objet d’un très intéressant débat en Sorbonne, lors de la soutenance des thèses de Marie-Joseph Lory, belge de Bruges, en 1953 (La Pensée religieuse de Léon Bloy, éd. Desclée de Brouwer, et L’Enfance et l’adolescence de Léon Bloy, d’après son Journal inédit, 1861-1866, dactylographié). Au jury figuraient notamment Henri Gouhier, le distingué historien de la philosophie (catholique pratiquant, et « large ») et Henri Marrou, l’historien catholique bien connu (et pilier de la revue Esprit). Pas des inquisiteurs intégristes, par conséquent. Eh bien, ils furent très sévères, et non seulement pour la pensée religieuse de Bloy (nous y reviendrons de près dans la troisième partie). Pour eux, Léon Bloy n’est pas plus un mystique qu’il n’est un prophète. Et Gouhier de préciser : « Le mystique dépasse l’image et le concept (voir saint Jean de la Croix, ou même des mystiques non canonisés, comme Bérulle). Il ne cherche pas les signes sensibles. Or, la délectation de l’imagination est constante chez Bloy. » Et Gouhier de parler de « grandeur ascétique ». Mais ici H. Marrou fait d’assez restrictives réflexions.
Qu’on songe par exemple à la lamentable fin de la « mission » prophétique de la pauvre Anne-Marie, avec ses prédictions fiévreusement sollicitées et entretenues par Bloy sur le rôle qu’il devrait avoir dans une sorte de venue sensible et prochaine du Saint-Esprit sur terre, etc.
A son goût absolument disproportionné pour les révélations privées et, en celles-ci, à leurs modalités les plus ambiguës et les plus discutables (usage intempérant du Secret de Mélanie de la Salette). Cette marotte redoutable a d’ailleurs atteint ses fils spirituels. Fumet, Massignon, et même Maritain, malgré la culture théologique réelle de ce dernier. Il y a même chez Bloy des aspects quasi-occultistes : il croit à des « messages » apportés par les rêves, même longtemps après l’événement. Ex. : voir le texte cité dans les Cahiers Léon Bloy, mai-juin 1934, de Mon Journal.
Tout ceci, qui est assez… mélangé, ne nous dit toujours pas quelle fut la vue du monde et de l’histoire de Bloy, dont certains ont fait, et font encore, toute une « théologie, toute une doctrine ». C’est ce que nous allons exposer, puis critiquer.
La vue du monde et de l’histoire
Elle se caractérise d’abord par l’importance de la doctrine, conjointement, du péché originel, de la rédemption, et du corps mystique (communion des saints), ce dernier dogme étant entendu par Bloy d’une façon (hélas !) assez particulière, nous le verrons.
Doctrine
Sur la chute, rien de particulier. Ses idées sont, pour le fond, traditionnelles. Sur la rédemption, il a de beaux passages. Voir celui qui est à peu près classique dans la littérature religieuse contemporaine, qu’on trouve dans les Lettres à René Martineau (Fumet, p. 368-369).
Pour le corps mystique, il y a du classique éprouvé (la solidarité dans les mérites ; réversibilité, etc.), mais aussi du… pur Léon Bloy : solidarité dans le mal : nos mauvaises actions perdent non seulement notre âme, mais encore celles des autres (il ne s’agit évidemment pas du classique « mauvais exemple ») ; dans une sorte d’interdépendance occulte, ontologique. Et même nos joies, nos plaisirs, ont pour rançon inéluctable la souffrance des autres. Voir le texte, lui aussi bien connu (et d’ailleurs très beau), du Désespéré : « […] S’il produit un acte impur, il obscurcit peut-être des milliers de cœurs qu’il ne connaît pas […] » Et dans La Femme pauvre, IIe partie, on trouve cette assertion étonnante que les joies, mêmes légitimes, d’une jeune épousée, ont pour contrepartie nécessaire des souffrances sans nom ailleurs : « Le recueillement de votre chambre nuptiale savez-vous de quoi il est fait ? Je vais vous le dire. Il est fait de plusieurs milliards de cris lamentables, etc. » Et ce texte proprement affolant dans Quatre ans de captivité à Cochon (Laon-sur-Marne) : « S’il y a eu trente mille morts à la Martinique [catastrophe naturelle], c’est pour permettre la première communion de Véronique. »
Il y a même pire (devons-nous le dire ?).
Nous avons eu sous les yeux un autographe authentique de Bloy, inédit, daté du 7 janvier 1909, où il dit qu’il a déjà été la cause du tremblement de terre de Messine, mais que si on lui donne l’argent qu’il réclame, cela retardera la destruction de Paris. (Ceci est peut-être en partie une plaisanterie, mais avec lui, on ne sait jamais, et ça cadre trop bien avec son système d’ensemble pour être pris à la légère).
Ce pivot de la pensée de Bloy supporte immédiatement toute une conception de la Bible, qui entraîne elle-même une vue de l’histoire.
Écriture sainte
Ses conceptions sur la sainte Écriture sont héritées de Tardif de Moidrey, qui est aussi l’objet de l’admiration de Claudel (voir, de celui-ci, « L’introduction au Livre de Ruth »). Les ressemblances entre Bloy et Claudel sont ici manifestes. Mais très limitées en fait, car si l’exégèse spirituelle de l’Écriture prend chez Claudel, parfois, des forces abusives, celles-ci restent au niveau de l’arbitraire, voire du saugrenu, elles ne sont jamais horribles ni hétérodoxes. On n’en peut dire autant pour celles de Bloy, qui tire de la méthode du pauvre Tardif des choses dont celui-ci était bien innocent.
Le principe, c’est que la Bible parle toujours, et uniquement de Dieu, sous des formes variées et imprévues. Il n’est question partout que de la Trinité – Symbolisme universel des récits bibliques. Par exemple, les trois patriarches Abraham, Isaac et Jacob représentent respectivement le Père, le Fils, et l’Esprit-Saint. Le malheur veut que Bloy continue à foncer devant lui comme un char tout terrain que rien n’arrête. Du coup, nous subirons tout : une interprétation étonnamment proche de la tradition illuministe juive (la Kabbale) avec une conception toute visuelle et imaginative de la gloire de Dieu (sur le rôle de la Schekkina – littéralement « habitation » de Dieu, avec ses sens multiples – qui a du reste des racines bibliques et sémitiques très authentiques, mais dont les commentateurs ont fait un peu tout ce qu’ils ont voulu). Parenté aussi des « idées de Bloy avec celles des Hassidim » (« pieux », secte juive datant du XVIIIe siècle, dont le chef fut Baal-Chem-Tob, influencé par la Kabbale, le Zohar, etc., mélange d’appel à la pureté intérieure et d’illuminisme). Ceci nous vaut, de la part de Bloy, des pages… étonnantes sur le Serpent au Paradis Terrestre, comme « figure sombre » de… l’Esprit-Saint ! Encore Ève en est-elle la « forme radieuse ». Et Bloy va jusqu’à parler d’une sorte de conflit intérieur à la Trinité elle-même. Nous aurons à y revenir dans la troisième partie.
La théologie de l’histoire qui en découle
Idée directrice : Léon Bloy eût désiré construire un tableau d’ensemble analogue au Discours sur l’histoire universelle de Bossuet (en mieux, bien entendu). « Être le Champollion des événements historiques envisagés comme les hiéroglyphes divins d’une révélation par les symboles, corroborative de l’autre Révélation » (Le Désespéré).
Ne pouvant mener à bien ce travail énorme, Bloy s’en est tenu à des esquisses, notamment en choisissant des personnages typiques selon lui, bien que disparates (influence de l’historien britannique Carlyle [1795-1881] et de son culte du héros) : Christophe Colomb, Marie-Antoinette et son soi-disant fils Naundorff ; les empereurs cruels et pieux de Byzance (Xe-XIe siècles), Napoléon, sur lequel il a toute une théorie (homme seul, né dans une île, mort dans une île, etc.), Jeanne d’Arc…
Belles pages sur le Moyen Age, et la Renaissance (mais son médiévalisme effréné le rend, à la différence de Claudel, parfaitement inéquitable pour la Contre-Réforme. Tous deux ont cependant en commun la détestation du XVIIe siècle français.) Un rôle important est imparti aux juifs par Léon Bloy (voir Le Salut par les juifs). Hostilité (fondée du reste) de Bloy contre l’antisémitisme raciste (déjà déchaîné chez Drumont, lequel voit des illustrations de la turpitude juive à toutes les pages de l’Écriture, et parle déjà d’Aryens et de non-Aryens, ne l’oublions pas au moment où certains catholiques font de Drumont, un « polémiste catholique » à proprement parler). Voir Le Vieux de la Montagne.
Idées politiques
Ceci nous amène, au passage, à nous demander quelles sont les positions politiques de Bloy. Une chose est bien certaine : Il ne saurait être annexé par personne, de par le caractère isolé et démesuré de ses positions et de par ses déclarations les plus constantes. Le voulons-nous patriote, voire nationaliste ? Il nous dit en effet que la France est le centre de l’histoire du monde et de la catholicité (en des formules qui, pour notre part, nous exaspèrent parfaitement). Et que tous les peuples de l’univers « doivent s’estimer honorablement partagés lorsqu’ils sont admis à manger le pain de ses chiens » (Sueur de sang). Mais, le même Bloy nous dit en pleine figure : « Quand on me parle de patriotisme, je ne sais pas ce qu’on veut dire. Ma patrie à moi, c’est avant tout l’Église romaine et j’entends être un soldat du Christ. » Et d’injurier les contre-révolutionnaires classiques « qui rêvent je ne sais quelle restauration de la vieille bâtisse royale où une niche à chien de garde serait offerte à Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Méditations d’un Solitaire).
Le ferons-nous républicain et démocrate ? Alors, il faudra nous résigner à lire ceci sur la Fête Nationale chère au régime :
Quatorze juillet, fête soi-disant nationale, anniversaire de la victoire de deux cent mille hommes sur quatre escouades, victoire suivie de l’égorgement des prisonniers sur parole. Solennité de cannibales maintenant défunte […] Fête nationale avec octave ; pendant huit jours, le peuple ne dessoûla pas. [Quatre ans de captivité…].
Et sur l’affaire Dreyfus : « Elle a cessé d’obstruer le peu de raison que la vacherie démocratique nous a laissé […]. Les imbéciles eux-mêmes commencent aujourd’hui à entrevoir la magnificence avec laquelle on s’est payé leurs figures, et combien Zola s’est foutu de la vérité et de la justice dont il a su polluer les vocables de sa main m… euse » (Journal).
Au sein de cette histoire de l’humanité, nous trouvons (nous retrouvons plutôt, voir l’Homme, I) la souffrance. Tout homme qui souffre est en quelque façon configuré au Christ douloureux lui-même. Voir le cas de l’empereur de Byzance Andronie Ier, « bourreau de l’Empire […] creveur d’yeux et parricide » renversé, et livré à la populace qui le torture durant trois jours de mille façons. Or, il se contente de dire : « Seigneur, ayez pitié de moi. Pourquoi froissez-vous encore un roseau déjà brisé ? » (La Femme pauvre, première partie). Plus encore : Jésus est au centre de tout, il assume tout, il porte tout, il souffre tout. Il est impossible de frapper un être sans le frapper, d’humilier quelqu’un sans l’humilier, de maudire ou de tuer qui que ce soit sans le maudire ou le tuer lui-même. « Le plus vil de tous les goujats est forcé d’emprunter le visage du Christ pour recevoir un soufflet, de n’importe quelle main » (Lettre à H. de Groux Le Mendiant ingrat) sur le thème de la Rose et l’Épine (Quatre ans…) son poème en prose.
Aspect tragique essentiel du christianisme (voir plus haut notre premier paragraphe : L’homme, son caractère).
Et, dans la douleur du monde, cette forme éminente et vénérable pour le chrétien qu’est la pauvreté, avec son accentuation atroce et caricaturale, la misère. Ici, les vues de Bloy sont beaucoup plus proches de celles de Bernanos, qui lui doit beaucoup sans le nommer très souvent, que de celles de Péguy. Même certaines outrances, voire inexactitudes, se retrouvent de Bloy à Bernanos (Journal d’un Curé de campagne ; Les Grands cimetières sous la lune, etc.).
Sources : l’ancien Testament, notamment les Prophètes, les Psaumes, les Livres sapientiaux, le Magnificat. L’Épître de saint Jacques, mais avec une âpreté de type révolutionnaire (Voir Maritain sur Bloy : « […] ce révolutionnaire plus révolutionnaire que tous les révolutionnaires qu’il avait connus dans les milieux révolutionnaires ».) Bloy propose toute une métaphysique, ou une théologie, de l’argent et du rôle de celui-ci, mais il faut bien dire que, malgré ses prouesses exégétiques, allégoriques, etc., c’est souvent du pur verbiage, parfois amusant (voir la prière de la marchande d’objets pieux, dans Éxégèse de lieux communs, « La taie d’argent », dans Histoires désobligeantes). Thème du « bourgeois » (beaucoup plus universellement valable dans la seconde partie du XIXe siècle qu’en 1957, avec l’aplatissement de l’ancienne bourgeoisie, et la montée des pouvoirs étatiques). En fait, Bloy se trouve coincé, en porte-à-faux, entre ceux qu’il peut effrayer (y en a-t-il beaucoup ?) par ses invectives qui sentent la révolte, et ceux qui, révolutionnaires de fait (marxistes ou autres), soulignent la parfaite stérilité pratique de ses tirades sans liens avec aucun plan de réforme sociale concrète.
Ce panorama ne serait pas complet si on ne disait un mot de l’importance attachée par Bloy à la femme en général, sa nature véritable, son rôle providentiel (parallèle et différent : Claudel, voir Molitor, Aspects de Paul Claudel, ch. IV : « La femme et l’amour dans l’œuvre de P. Claudel). Bloy fait de la femme un mystère théologique véritable, il l’associe particulièrement à l’œuvre trinitaire, etc. Voir Fumet (p. 253-235, 256-257, 261-263).
Il est temps maintenant de conclure sur le plan critique.
Discussion et appréciation
Remarque préalable
Nous n’avons rien dit explicitement de l’aspect littéraire et esthétique de l’œuvre de Bloy.
Les auditeurs ont néanmoins pu se rendre compte, sans difficulté de la richesse et de la maîtrise de son style : la langue est vivante, pompeuse et désinvolte à la fois, les trouvailles verbales, constantes. Il y a quelque chose de biblique (influence de la lecture continue de la Vulgate, comme chez Claudel), de liturgique, et en même temps de très moderne, et passablement romantique. Tout le monde reconnaît en Bloy un prosateur de qualité. Cependant, même ses admirateurs avouent ce qu’il a de lassant ; une outrance continuelle, soutenue, insupportable à la longue ; un goût morbide de la scatologie (les comparaisons et images empruntées aux excréments tiennent une place énorme dans ses écrits, etc.) Plus grave, en un sens : dès qu’il veut faire un récit suivi (roman, par exemple), c’est mal construit, ou même pas construit du tout.
La pensée et la spiritualité de Bloy
(essentiel de ce paragraphe)
H. Gouhier est sévère : « La pensée de Bloy m’apparaît comme une imagerie conceptualisée […] du bric-à-brac pseudo théologique. » (Ceci lors de la soutenance de thèse de Lory, en 1953). Et l’avocat belge de Bloy de reconnaître chez celui-ci des défauts énormes : un tempérament absolument dominé par la sensibilité et l’imagination, une totale absence de sens critique, une formation intellectuelle déficiente (pas de fortes études), du simplisme à jet continu. Déjà, un de ses admirateurs plusieurs fois cité par nous, Stanislas Fumet, disait de sa conception de l’histoire : « C’est le rêveur qui l’a emporté ici sur le spéculatif […] Le sens critique lui ayant toujours fait défaut. » On pourrait à la rigueur s’en tenir là, si on ne se heurtait, pour Bloy, comme pour d’autres, à l’exaspérante équivoque signalée déjà par nous à propos d’autres hommes de lettres (Graham Greene, Bernanos, etc.).
D’une part, on nous interdit de critiquer ceux-ci sur le plan proprement philosophique et théologique, en nous disant que ce sont des « intuitifs », des « inspirés », qui avouent du reste eux-mêmes ne pas savoir construire doctrinalement leur pensée. D’autre part, on nous invite à chercher en eux une source de renouvellement et d’approfondissement pour une pensée théologique soi-disant « sclérosée » (et qu’on ignore d’ailleurs à peu près totalement). François Mauriac nous dira, avec une sorte de coquetterie mal placée, à un congrès de Genève, voici quelques années : « Je ne suis, grâce à Dieu, ni philosophe, ni théologien. » Mais le même écrivain nous impose ses idées sur l’apologétique, le culte marial, le salut, la damnation, etc. (voir Souffrances et bonheur du chrétien, et, plus encore, l’inepte Pierre d’achoppement). Puisqu’il s’agit de métaphysique et de théologie, il faut tout de même juger d’après les critères propres à ces disciplines des théories qui viennent s’installer sur leur domaine.
Alors, pour Bloy, c’est la catastrophe. Constatons d’abord qu’il n’a jamais pu souffrir ce qu’il nomme « la guenille philosophique », c’est-à-dire la philosophie comme telle, qu’il nie absolument. A peine s’il concède quelque chose à la métaphysique, mais encore il l’identifie à la religion. La philosophie est pour lui un passe-temps fastidieux et même une injure à Dieu (comparer un peu avec ce qu’en dit traditionnellement l’Église, dont se réclame Bloy, lorsqu’elle insiste constamment sur la nécessité d’une formation philosophique solide : Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI, Pie XII encore dans Humani generis). Bloy lui-même est forcé d’avouer :
Dieu m’a donné de l’imagination et de la mémoire, rien de plus en vérité. Mais j’ai la raison fort pesante, à peu près comme pourrait être la raison d’un bœuf [?] et la faculté d’analyse, telle que les philosophes l’entendent, me manque d’une manière absolue. [Lettres à sa fiancée.]
Hostile à la philosophie, il l’est aussi à l’exégèse scientifique, même catholique. On croit rêver lorsqu’on le voit écrire (dans Le Mendiant ingrat) qu’il a retiré du catéchisme une très jeune bonne, parce que le prêtre avait dit que les jours de la Création (début de la Genèse) n’étaient pas des jours de vingt-quatre heures, ce que tout le monde enseignait déjà de son temps, depuis un bon moment (avec des interprétations variées). Il y voit du « modernisme ».
Ses thèmes trinitaires sont aberrants : il va jusqu’à parler d’un conflit à l’intérieur de la Trinité (« Je sais trop combien doit paraître absurde, monstrueux et blasphématoire, de supposer un antagonisme quelconque au sein même de la Trinité : mais il n’est pas possible de pressentir autrement l’inexprimable destinée des juifs » [Le Salut par les juifs]). Ainsi, il cisaille la dogmatique trinitaire, pivot du catholicisme, pour les besoins de sa hasardeuse théorie de l’histoire. Sait-on que des formules analogues se trouvent chez les panthéistes allemands du XIXe siècle ; notamment Schelling et Hegel ? Sans parler des gnostiques des premiers siècles chrétiens…
Il voit l’action du démon partout. Pour lui, beaucoup de soi-disant malades mentaux ne sont que des possédés, et c’est une trahison de l’Église que de les interner en clinique :
Si les prêtres ont perdu la foi au point de ne plus croire à leurs privilèges d’exorcistes et de n’en faire aucun usage, c’est un malheur horrible, une prévarication atroce [toujours ce style tendu à l’extrême] par laquelle sont irrémédiablement livrés aux pires ennemis les prétendus hystériques dont regorgent les hôpitaux. Car vous savez que le démon est un effroyable galant qui recherche surtout les femmes. [Lettre à ses filleuls.]
En revanche, chose curieuse pour un homme de son tour d’esprit, l’éternité des peines de l’enfer (dogme de foi) le gêne et il cherche à l’édulcorer à tout prix. De son héros, Marchenoir, il écrit dans Le Désespéré :
Catholique éminent fidèle [?], il s’arrangeait pour retenir le dogme tridentin [= du concile de Trente] de l’enfer interminable en écartant l’irrévocabilité [souligné] de la damnation. Il avait trouvé le moyen de mettre debout, et de donner de la vie à cette antinomie parfaite qui ressemblait tant à une contradiction dans les termes, quoiqu’elle devint une opinion singulièrement plausible quand il l’expliquait.
Un des apologistes de Bloy ne peut s’empêcher de commenter d’un mot : « Malheureusement, il ne l’explique pas. »
L’erreur est partout dans la « théologie » de Bloy. Qu’il s’agisse, par exemple, de maintenir à tout prix l’existence de souffrances actuelles chez la Vierge ; ce point, qui pourrait paraître secondaire, va contre tout l’enseignement catholique sur la parfaite béatitude dans la gloire de Dieu, et, plus encore, découle d’une conception parfaitement enfantine et aberrante des rapports entre l’éternité et le temps, faute d’un équipement conceptuel suffisant. N’insistons pas sur la place démesurée faite au fameux Secret de Mélanie dans toute sa perspective religieuse et historique.
Et sa fameuse théorie du Corps mystique, dont il est si fier. Dans ce qu’elle a de valable, elle n’est que l’illustration imagée de la doctrine traditionnelle (solidarité dans le bien, dans les mérites). Mais il y a sa fameuse « idée » de solidarité dans le mal et dans l’erreur, dans le péché et la damnation. Elle repose sur une symétrie supposée et parfaitement fausse entre l’ontologie (métaphysique générale) de l’être et du néant, du bien et du mal (déjà signalée par nous, sous un autre angle, comme la racine des erreurs de Graham Greene [4] ; comme quoi la métaphysique naturelle est bien indispensable à l’orthodoxie religieuse).
Abordant un problème apparenté, celui des missions en terre infidèle, un théologien jésuite, le P. Durand, écrivait fort bien (Le Problème théologique des missions, opuscule, 1942) :
Quelle serait la conséquence d’une éventuelle infidélité au devoir apostolique ? Je puis légitimement croire que des âmes seront sauvées par moi [souligné dans le texte], si je suis fidèle ; mais puis-je également affirmer que des âmes pourraient se perdre à cause de moi [id.] si j’étais infidèle ? Y a-t-il une symétrie rigoureuse, du point de vue des conséquences inverses qu’elles entraînent, entre la fidélité et l’infidélité au devoir missionnaire ? La solidarité positive dans le bien et pour le salut a-t-elle sa réplique exacte dans une solidarité négative dans le mal et pour la perte des âmes ? […] Rien, logiquement, n’autorise cette conclusion et, théologiquement, bien des considérations la condamnent. La perte d’une âme suppose la responsabilité de cette âme ; et la responsabilité est strictement personnelle et incommunicable. Par contre, le salut dépend toujours positivement de Dieu qui le réalise, et accidentellement de l’homme dont Dieu se sert comme instrument, conformément à la loi de solidarité énoncée plus haut [p. 26-27].
Appréciation d’ensemble
Que l’œuvre de Bloy ait pu contribuer à la conversion et au salut d’un certain nombre de gens, comme occasion, nous ne songeons pas à le contester, mais enfin, l’homme et l’œuvre, liés, l’homme dans l’œuvre, restent très discutables. Par-delà les idolâtries de certains admirateurs, reste la bonne appréciation, à la fois honnête, bienveillante et sévère, du père de Tonquedec, dans son livre sur Les Maladies nerveuses et mentales et les possessions diaboliques, page 169 :
Léon Bloy, avec sa susceptibilité et ses rancunes féroces, son immense orgueil, ses colères pathologiques contre la société (dont il s’isole en styliste, comme Rousseau), nous offre le type non équivoque du persécuté : ses écrits foisonnent d’interprétations délirantes. Il est pourtant, non seulement un génial prosateur, mais, en dépit des insultes au pape, aux prêtres et à tous les chrétiens sauf exception, un grand croyant, doué comme bien peu du sens de l’invisible, et il pratique certaines vertus indiscutables.
On ne saurait être plus équitable.
Pour la doctrine, Claudel ou Chesterton valent mille fois mieux. Comme polémiste et combattant de la vérité, Louis Veuillot présente un équilibre et un sens des limites, de ce qui est permis et de ce qui ne se fait pas, beaucoup plus mesuré et acceptable que les pamphlets de Bloy.
Pour la spiritualité, nous voulons terminer sur une note opposée à l’esprit de Bloy, une note pacifiante et reposante : l’histoire du prophète Élie, dans l’ancien Testament (voir le premier Livre des Rois, 30, 11-14). Le prophète attend, dans la montagne, le passage de Yahweh. Yahweh dit : « Sors, et tiens-toi dans la montagne devant Yahweh, car voici que Yahweh va passer. » Et il y eut, devant Yahweh, un vent fort et violent qui détruisait les montagnes et brisait les rochers : Yahweh n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre : Yahweh n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : Yahweh n’était pas dans le feu.
Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Élie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau, et, étant sorti, il se tint à l’entrée de la caverne. Et voici qu’une voix se fit entendre à lui en disant : « Que fais-tu ici, Élie ? »
L’illuminé ne comprend pas cette leçon de lenteur et de calme. Il prête à Dieu toutes nos fièvres et reste toujours sur le qui-vive pour ne pas manquer le coup de théâtre d’une conversation sensationnelle, s’exposant ainsi à prendre une surexcitation nerveuse pour la marque d’un passage de Dieu. Dans l’attente de ce grand bruit, il risque de ne pas entendre l’imperceptible voix qui porte seule la vraie parole du salut.
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[1] — Sur Louis Jugnet (1913-1973), voir Le Sel de la terre 47, p. 129-236. — Le texte que nous publions ici porte le numéro 80 dans la bibliographie de Louis Jugnet établie dans ce même numéro 47 du Sel de la terre (p. 208).
[2] — Sur cet ouvrage, voir l’article d’Antoine de Motreff, dans le présent numéro du Sel de la terre.
[3] — L’abbé René Tardif de Moidrey (1828-1879) est l’auteur d’une introduction au Livre de Ruth qui fut éditée en 1938 par Paul Claudel (Paris, Desclée de Brouwer).
[4] — Voir citation de Louis Jugnet sur ce sujet dans Le Sel de la terre 47, p. 211-212. (NDLR.)

