L’enfant prodigue
selon Léon Bloy
Une interprétation blasphématoire
par Antoine de Motreff
Si Jean-Paul II propose, dans son encyclique Dives in misericordia, une étrange interprétation de la parabole de l’enfant prodigue (voir, dans ce numéro, l’étude de Johannes Dörmann), l’écrivain Léon Bloy (1846-1917) en avait donné, lui, une explication carrément blasphématoire : celle qu’Antoine de Motreff présente ci-dessous.
Il ne s’agit pas d’amalgamer Léon Bloy et Jean-Paul II (leurs thèses diffèrent largement). Mais on doit leur reconnaître un troublant point commun : tous deux favorisent, chacun à sa manière, l’hérésie du salut universel. Par ailleurs, Antoine de Motreff (qui, on le constatera, n’avance presque rien de lui-même, mais s’appuie en tous points sur des spécialistes) montre bien l’origine gnostique ou occultiste de la plupart des idées étranges de Léon Bloy.
(Pour une vue plus générale sur Bloy, voir, dans le présent numéro du Sel de la terre, la synthèse que Louis Jugnet rédigea en février 1957 sous le titre « L’œuvre étrange de Léon Bloy ».)
Le Sel de la terre.
*
« Un nombre considérable de sectes, dès le début du IIe siècle, identifie Lucifer ou Satan au Fils cadet du Père éternel, l’Enfant prodigue de Léon Bloy. En nos temps modernes, ces traditions sont reprises par les rose-croix germaniques de l’anthroposophie steinerienne [1]. »
CES PROPOS de Raymond Barbeau étonneront plus d’un lecteur. On ignore généralement qu’un bon nombre de gnostiques identifient Lucifer au fils cadet de la parabole de l’enfant prodigue, et prétendent, en conséquence, qu’il sera pardonné à la fin des temps. Et l’on ignore aussi que Léon Bloy fit partie (comme les anthroposophes steineriens) de ces « prophètes lucifériens ».
Cette expression n’est pas de nous. C’est celle d’un homme qui, venu du Canada pour préparer une thèse de doctorat sur Léon Bloy (il la soutint à la Faculté des Lettres de Paris en 1953), était bien résolu, à l’origine, à tracer un beau panégyrique de celui qu’on lui avait présenté comme un grand pamphlétaire catholique. Mais ce doctorant, Raymond Barbeau, avait par ailleurs une certaine connaissance des théories gnostiques. Il fut assez surpris d’en retrouver plusieurs chez Léon Bloy, exprimées en allusions et en faux-fuyants [2]. Il relut alors toute son œuvre avec un étonnement grandissant, et finit par publier un ouvrage dont le titre annonçait clairement le contenu : Un Prophète luciférien, Léon Bloy.
L’ouvrage fut jugé tout à fait sérieux par un auteur aussi compétent et modéré que Mgr Cristiani qui prit même la peine d’en fournir un résumé substantiel dans son livre Présence de Satan dans le monde moderne (Paris, France-Empire, 1959) [3].
C’est ce résumé que nous commencerons par reproduire, avant de nous intéresser de plus près à la question de l’enfant prodigue. Mgr Cristiani y présente fort bien la démonstration de Barbeau [4].
Léon Bloy vu par Mgr Cristiani
Le cas troublant de Léon Bloy
Il a paru, en 1957, un ouvrage stupéfiant signé R. Barbeau, et portant ce titre quelque peu tapageur : Un Prophète luciférien, Léon Bloy. (Paris, éditions Montaigne, Aubier).
Il n’est que juste de laisser la parole à l’auteur, pour qu’il nous dise ses intentions et nous fasse part de ses découvertes.
Pendant plus de trois ans, dit-il, il a fait partie d’un « Cercle Léon Bloy », dirigé à Montréal par le R.P. Guy Courteau, S.J., qui voyait en Bloy l’homme le plus propre à éveiller l’apathie des « bourgeois » et à ouvrir aux intellectuels les sentiers de l’Église. On sait en effet que l’influence de Léon Bloy fut considérable, au début de ce siècle, que des hommes aussi pénétrants et aussi considérables que Jacques Maritain (et sa femme), Pierre van der Meer de Walcheren, Léopold Levaux, etc., ont proclamé hautement qu’ils lui devaient leur conversion au catholicisme. Il eut pour amis – très généreux – Pierre Termier, René Martineau, Jacques Debout, et d’autres encore. Ses admirateurs sont des hommes tels que Hubert Colleye, qui a écrit, en 1930, L’Ame de Léon Bloy ; M. J. Lory, La Pensée religieuse de Léon Bloy, 1951 ; Stanislas Fumet, Mission de Léon Bloy, 1935 ; Albert Béguin, Bloy, mystique de la douleur, 1948, etc.
Rappelons sommairement que Léon Bloy, né à Périgueux d’un père athée et d’une très pieuse mère, fut, dès l’enfance, d’un tempérament violent, absolu, inadapté. Ce fut Barbey d’Aurevilly qui lui rendit la foi à Paris, et qui le forma à cette recherche d’un style somptueux et puissant, assorti de mots rares et expressifs, qui sont les traits principaux de son genre. Il est incontestable que Léon Bloy fut un maître écrivain, qu’il a un sens du rythme et de la musique de la phrase qui le place au premier rang. Il fut en relations étroites avec Ernest Hello, avec l’abbé Tardif de Moidrey. Il eut la plus vive admiration pour l’écrivain lyonnais Blanc de Saint-Bonnet. Mais il est sûr désormais, par le livre de R. Barbeau, qu’il fréquenta beaucoup les occultistes, qu’il vécut dans l’attente de révélations grandioses, de catastrophes surprenantes, et dans la pensée qu’il avait, lui, une mission capitale à remplir.
Avec son caractère absolu, il se trouve en conflit aigu avec son temps. « J’ai la sensation nette, écrira-t-il, le 29 mai 1892, que tout le monde se trompe, que tout le monde est trompé, que l’esprit humain est tombé dans les plus épaisses ténèbres. »
Et d’où lui vient donc la lumière à lui ? Non pas de l’Église catholique comme telle, mais d’une pauvre femme, une prostituée du nom d’Anne-Marie Roulé, la Véronique de son roman Le Désespéré.
Il s’est lié avec elle, il assure qu’il l’a convertie. Elle a des visions surnaturelles, avant de sombrer dans la folie et de finir ses jours dans un asile d’aliénés. Sur la foi de cette femme, et sur les révélations qu’il croit contenues dans le Secret de Mélanie Calvat, la voyante de La Salette, il se dit certain de l’imminence de la « parousie », c’est-à-dire de la fin du monde. Et cette « parousie » consistera dans l’avènement du Paraclet, qui ne serait autre que Lucifer en personne !
Une telle extravagance débouche dans le blasphème le plus inadmissible. Tout le livre de R. Barbeau tend à démontrer que ce fut l’idée essentielle et dominante de Léon Bloy, idée qu’il considérait comme son « secret » à lui, qu’il dissimulait par conséquent, mais qui inspirait secrètement tout ce qu’il écrivait !
Constamment déçu dans ses espoirs d’assister à l’avènement qu’il avait pour mission de préparer, il écrira, dans sa Biographie (publiée par Joseph Bollery, chez Albin Michel, en 1947) :
Je n’ai pu trouver en moi que le ressentiment le plus amer et le plus féroce contre un Dieu si dur et si ingrat… J’aurais honte de traiter un chien galeux comme Dieu me traite [I, 428-429] [5].
Il croit en effet que Dieu le Père fut un maître impérieux et impitoyable, que Dieu le Fils ne fit que réparer l’œuvre du Père qui avait si mal réussi, mais que seul le Saint-Esprit sera le règne universel de l’Amour.
Léon Bloy renouvelait ainsi, à sa manière, les rêveries de Joachim de Flore (vers 1145-1202). Mais c’est surtout l’identité qu’il établit entre Satan et le Saint-Esprit qui est monstrueuse !
Le Satan de Léon Bloy
Et pourtant, Léon Bloy se glorifie d’être le seul – il est souvent : le seul ! – à avoir compris ce qu’est Satan. Du moment qu’il voit en lui la troisième personne de la Sainte Trinité, on ne saurait être surpris de l’énormité des pouvoirs qu’il lui attribue. Dans son livre sur Christophe Colomb, intitulé Le Révélateur du Globe (1884), on lit :
La notion du Diable est de toutes les choses modernes celle qui manque le plus de profondeur, à force d’être devenue littéraire. A coup sûr, le Démon de la plupart des poètes n’épouvanterait pas même des enfants. Je ne connais qu’un seul Satan poétique qui soit vraiment terrible. C’est celui de Baudelaire, parce qu’il est sacrilège.
Tous les autres, y compris celui de Dante, laissent nos âmes bien tranquilles et leurs menaces feraient hausser les épaules très peu littéraires des fillettes du catéchisme de persévérance. Mais le vrai Satan qu’on ne connaît plus, le Satan de la Femme et le Tentateur de Jésus-Christ, – celui-là est si monstrueux que, s’il était permis à cet Esclave de se montrer tel qu’il est – dans la nudité surnaturelle du Non-Amour – la race humaine et l’animalité tout entière ne pousserait qu’un cri et tomberait morte.
Jusqu’ici nous sommes complètement d’accord avec Léon Bloy. Nous le serions un peu moins dans ce qui suit, car il exagère :
Il [Satan] est entre toutes les lèvres et toutes les coupes ; il est assis à tous les festins et nous y rassasie d’horreurs au milieu des triomphes ; il est couché dans le fond le plus obscur du lit nuptial ; il ronge et souille tous les sentiments, toutes les espérances, toutes les blancheurs, toutes les virginités et toutes les gloires ! Son trône préféré est le calice d’or de l’amour en fleur et son bain le plus suave est le foyer de pourpre de l’amour en flammes. Quand nous ne parlons pas à Dieu ou pour Dieu, c’est au Diable que nous parlons et il nous écoute… dans un formidable silence. Il empoisonne les fleuves de la vie et les sources de la mort, il creuse les précipices au milieu de tous nos chemins, il arme contre nous la nature entière, à ce point que Dieu a dû confier la garde de chacun de nous à un esprit céleste, pour que nous ne périssions pas dès le premier instant de notre naissance. Enfin, Satan est assis sur le haut de la terre, les pieds sur les cinq parties du monde et rien d’humain ne s’accomplit sans qu’il intervienne, sans qu’il soit intervenu et sans qu’il doive intervenir.
Et il conclut :
C’est là l’empire illimité de Satan. Il règne en patriarche sur la multitude des affreux enfants de la liberté humaine.
Bien des fois, Léon Bloy est revenu sur ces mêmes idées, qui pourraient être signées de Luther, le théologien pessimiste du péché originel ineffaçable et indestructible. Il y est revenu dans ses livres : Belluaires et Porchers (1905), L’Ame de Napoléon (1912), et ailleurs. Il écrivait à Pierre Termier, un jour : « Tout ce qui est moderne est du Démon. Telle est la clef de mes livres et de leur auteur ». Et dans L’Invendable (1909), on lit (p. 219) : « Nous pourrions nous trouver demain en présence d’un cas de possession universelle ».
Mais justement, comment Léon Bloy, après avoir exagéré si violemment la puissance maléfique de Satan, peut-il l’identifier au Paraclet ? Comment celui qui, selon lui, est le Non-Amour, et selon nous aussi, peut-il devenir l’Amour personnifié ?
C’est cela qui est le secret le plus profond de Léon Bloy. Il est perdu dans les symbolismes les plus impénétrables et il y jouit d’extases qui ne sont qu’à lui. Écrivant à sa fiancée, la fille de l’écrivain danois Molbech, il lui dit, le 24 octobre 1889 :
Souviens-toi… de cette chose qui me fut autrefois révélée et que seul au monde j’ai pu dire, à savoir que ce Signe de douleur et d’ignominie – la Croix – est la figure la plus expressive du Saint-Esprit. Jésus qui est le fils de Dieu, le Verbe fait chair et qui représente toute l’humanité, porte donc cette Croix, qui est plus grande que lui et qui l’accable. Il faut que Simon de Cyrène l’aide à la porter. Quand je pense à ce grand personnage mystérieux, choisi de toute éternité, parmi des milliards de créatures, pour aider un jour la Seconde Personne divine à porter l’image de la Troisième, je suis pénétré d’un respect infini, qui ressemble à de l’épouvante.
Le nom de Simon veut dire : Obéissant, et c’est la Désobéissance qui a imposé la Croix, c’est-à-dire le Saint-Esprit, sur les épaules de cet autre obéissant qui est Jésus-Christ. Remarque bien, Jeanne, que cela fait trois, deux obéissants pour porter le fardeau terrible de la Désobéissance et que ce trio lamentable est en chemin pour aller vaincre la mort. Quel abîme !
Dans une autre lettre datée du 2 décembre 1889, il laisse percer une lueur sur sa manière de concevoir et la chute originelle et la restauration finale :
Voici, dit-il, de quelle manière je conçois en cet instant le grand drame de la Chute. Le Serpent, figure sombre de l’Esprit-Saint, trompe la femme qui en est la figure radieuse. La femme accepte et mange la mort. Jusque-là, le genre humain n’est pas tombé, puisque si la femme a changé sa merveilleuse innocence contre la pudeur qui n’en est que le reflet lamentable, l’homme, figure éclatante de la Seconde Personne divine, n’a pas encore altéré cette même innocence en faisant usage de sa liberté. Telle est la situation inouïe, presque inconcevable. Je demande toute ton attention. L’homme et la femme sont en présence, en conflit, et seuls, car le Serpent est passé dans la femme, s’est amalgamé en elle ; l’ombre et la lumière se sont fondues l’une dans l’autre pour la durée des siècles. L’homme et la femme, c’est-à-dire Jésus et l’Esprit-Saint sont l’un devant l’autre, sous la main terrible du Père.
La femme, figure de l’Esprit-Saint, représente tout ce qui est tombé, tout ce qui tombera. L’homme, figure de Jésus, représente le salut universel, par l’acceptation, l’assomption libre de toutes les chutes, de tout le mal possible et, par le miracle d’une tendresse infinie, il consent à perdre la lumière de son innocence, pour partager le fruit de la mort, en vue de triompher un jour de la mort elle-même, quand la douleur aura prodigieusement agrandi sa liberté. Alors tous deux s’aperçoivent qu’ils sont nus, parce que la Rédemption – déjà commencée – devant un jour s’accomplir sur un arbre dont celui de l’Éden n’était que la préfiguration, il faudrait ce jour-là que la victime, que l’holocauste universel de la Liberté et de la Pudeur fût contemplé tout nu sur la Croix de l’universelle expiation. Il y aurait cinquante autres choses à dire si je ne mourais pas de froid !
N’importe : l’Amour, dans un mouvement ineffable et incompréhensible, tombe sur la terre ; le Verbe, dont il est inséparable, tombe après lui, et le Père les relève l’un par l’autre successivement, l’homme devant d’abord donner sa liberté d’une façon terrible pour sauver la femme, et la femme devant ensuite livrer sa pudeur d’une façon plus terrible encore pour délivrer son époux. Quand tu m’écris que peut-être la femme est la seule riche, et l’homme le seul pauvre, tu exprimes – est-ce à ton insu ? – une des plus adorables formules de l’exégèse transcendante. Mais cette formule n’est parfaitement vraie que dans le sens de l’exégèse et cela me ramène à l’objet de ma lettre.
Si nous comprenons bien ce langage amphigourique et prétentieux, le Serpent, c’est-à-dire Satan, figure sombre du Paraclet, trompe la Femme, et pas seulement Ève, mais la Femme qui deviendra la Vierge Marie, figure radieuse du même Paraclet. Le Serpent « s’est amalgamé en elle », ce qui veut dire que Satan, et la Lumière et la Femme « se sont fondus ensemble pour toute la durée des siècles ». Le Serpent et la Femme ne forment plus qu’un seul être, qui est le Paraclet. Mais après la chute, le relèvement. « L’Amour, dans un mouvement ineffable et incompréhensible, tombe sur la terre. Le Verbe, dont il est inséparable, tombe après lui, et le Père les relève l’un par l’autre, successivement. » Paraclet est synonyme de Lucifer. Son image la plus frappante est l’Enfant prodigue. Le Père attend anxieusement son retour. Lucifer reviendra. Il sera accueilli avec ravissement par le Père. Son frère aîné ne sera pas content. Cela veut dire que l’Église persécutera le Paraclet-Libérateur, qui doit déclouer le Christ, à la fin des temps. Ce sera l’inconcevable Avènement futur, le triomphe de la Synagogue et la Gloire de Satan.
Arrêtons ici ce déballage d’insanités. Le moins que l’on puisse faire, quand on a lu le réquisitoire de R. Barbeau contre L. Bloy, c’est de le ranger au nombre des néo-gnostiques, qui ont pullulé depuis deux siècles. Que voulons-nous dire par là ? Les gnostiques furent, il y a dix-huit cents ans, des hérétiques qui se voulaient supérieurs aux simples fidèles, qui scrutaient les Écritures avec la prétention d’y trouver des sens mystérieux et inaccessibles au commun des mortels, et qui dressaient des systèmes invraisemblables sur les « éons » faisant le pont entre la matière, identifiée au mal, et Dieu, situé dans un lointain presque impossible à atteindre.
Comme les gnostiques, Léon Bloy se croit détenteur d’un secret qui n’appartient qu’à lui et à quelques initiés dont il comprend seul les révélations. Ce secret, il veut lui trouver un appui dans les Écritures, mais d’après des interprétations qui ne sont qu’à lui. Il vit dans l’espoir insensé d’une catastrophe dont il sera non seulement le témoin, mais l’agent le plus actif. Il aura été, pense-t-il, le prophète, l’annonciateur privilégié de la parousie, qui ne sera autre chose que la remontée au ciel de Lucifer, qui doit y reprendre son titre et sa gloire de Paraclet, troisième personne de la Sainte Trinité. Pour cette restauration de Satan, il suffira que celui qui était le Non-Amour, redevienne ce qu’il était primitivement : l’Amour, et qu’il supplie le Père, en disant : « J’en appelle de ta Justice à ta Gloire ! » Traduisons : si Dieu maintient Satan en enfer, avec les autres damnés, entraînés par lui, il peut bien faire acte de justice, mais c’est au détriment de sa gloire. La création qui est son œuvre est incomplète. Disons le mot : si l’enfer est éternel, la création est ratée ! Il y a une tache. Il y a une souillure intolérable. « Pour sa gloire », Dieu est obligé de pardonner à Satan et à tous les damnés. Il ne peut laisser subsister cette horreur qui se nomme l’enfer !
Tel semble bien avoir été le « secret » de Léon Bloy. L’auteur du livre que nous venons d’analyser, R. Barbeau, nous fait la grave déclaration qu’on va lire :
« La publication actuelle ne constitue qu’une partie du texte présenté à la Sorbonne, le 1er juin 1955. Toute une série de questions importantes, comme la réincarnation dans La Femme pauvre, la croyance de Léon Bloy en la réincarnation de plusieurs de ses amis, la prétention inébranlable d’être lui-même un réincarné, l’inexistence du temps, l’angélité avant la chute, l’autodivinisation de l’homme, les thèmes du Paradis terrestre, de l’Atlantide, le Sexe de la Femme, l’inceste, le Paradis céleste gnostique, la langue occulte, l’art luciférien, le Septénaire, l’année climatérique, le Saint-Graal, la nécessité et la liberté, les deux Abîmes, l’anagrammatisme et bien d’autres allusions occultistes, de même que deux exposés complets du luciférisme magnétique d’Éliphas Lévi et du luciférisme mythologique de H. P. Blavatsky, qui établissent le lien entre Léon Bloy et les initiés, seront publiés dans une étude à paraître ultérieurement, accompagnés de lettres et textes inédits [6]. »
Nous sommes bien en pleine fantasmagorie, avec Léon Bloy.
[Fin du texte de Mgr Cristiani.]
Bloy et l’enfant prodigue
Complétons maintenant ce texte de Mgr Cristiani par quelques passages sur le thème que nous étudions, à savoir l’enfant prodigue. Nous citerons essentiellement Bloy et Barbeau qui le commente :
Aujourd’hui, XIe dimanche après la Pentecôte, vu ceci : le Pharisien représente Jésus et le Publicain le Saint-Esprit. Remarqué que le premier dit ce qu’il n’est pas, non sum, tandis que le second affirme, en demandant grâce, qu’il est un pécheur. Une étrange lumière sur cet évangile est donnée par le rapprochement de ces deux textes : Omnis qui se exaltat humiliabitur (Lc 18, 14). Oportet exaltari Filium hominis (Jn 12, 34) [7].
Or, comment le Saint-Esprit peut-il être le pécheur qui doit demander son pardon, sinon parce qu’il a déjà péché contre Dieu, tel Lucifer ? Une fois que Satan se sera humilié, Dieu l’exaltera jusqu’à devenir une des Personnes de la Trinité [8].
Jésus est d’ailleurs symbolisé par Esaü qui est trompé par Jacob ; comme lui, il sera détrôné par le Paraclet qui prendra sa place ; Jésus, le Fils demeuré sage, a aussi un Frère qui s’est livré à la débauche, ce Paraclet-Satan de Bloy, préfiguré par l’Enfant Prodigue [9] :
Samedi, après le IIe dimanche de Carême. Rapprochement liturgique du pauvre Esaü si cruellement trompé par Jacob et du Fils aîné dans la parabole de l’Enfant prodigue. A ce dernier, il est dit : Fili, tu semper mecum es et omnia mea tua sunt [Mon fils, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi], et à l’autre : In pinguedine terræ et in rore cœli desuper erit benedictio tua [Ta bénédiction sera dans la fertilité de la terre et la rosée du ciel]. Considérer que ces deux paroles sont arrachées à la miséricorde paternelle par les cris de douleur de ces deux désespérés [10].
Dans une lettre à Henry de Groux, – ce dernier étant la réincarnation d’Ernest Hello –, Bloy fera d’autres aveux du même genre :
Je vous ai dit, combien de fois ! ce que je sais de ma destinée et, par conséquent, de la vôtre, puisque les deux sont inséparables. Vous ne savez pas qui je suis, et vous ne savez pas qui vous êtes. Relisez mon portrait d’Hello. Mais je vous crie, pour la centième fois peut-être, et avec quelle autorité ! fussions-nous agonisants l’un et l’autre, fussions-nous au dernier râle, jetés nus, sur le plus horrible des fumiers, dans les ténèbres de la plus épouvantable nuit, abandonnés du monde entier et sur le point d’être dédaignés par les chiens et les pourceaux, – aussi longtemps qu’il nous restera le plus petit souffle, nous serons vainqueurs.
Nous serons vainqueurs de Dieu ; – comprenez-vous bien cela, mon cher Hello, qui ne pouvez pas mourir ? – victorieux de Dieu, qui nous forma tout exprès pour qu’à la fin nous triomphassions de Lui, et qui ne demande qu’à être captif.
Écoutez cette « Voix d’en Bas » ; cette Voix si lointaine, qui nous parle du fond de la « Fosse épouvantable », et que couvre si bien la clameur vaine des hommes ; cette Voix du Consolateur en exil, qui nous donne sa parole de Dieu que nous avons droit aux apothéoses [11].
Ici il faut nous rendre à l’évidence suivante : quelle que soit la condition de déchéance du prophète, perdu dans « les ténèbres de la plus épouvantable nuit », c’est-à-dire tombé en enfer et « abandonné » du monde entier (telle est, selon Bloy, la situation du Paraclet-Satan), il sera quand même vainqueur de Dieu, victorieux et triomphant tout comme « la Voix du Consolateur en exil » réussira à en « appeler de la Justice à la Gloire de Dieu ». Ce Paraclet, les termes sont clairs, est actuellement dans la « Fosse épouvantable », cet enfer lointain, et il demande à son prophète de l’en sortir car ils ont tous deux droit aux apothéoses ; la voix de ce Paraclet est la « Voix d’en Bas » mais sa parole est une parole « de Dieu > : voilà donc Satan devenu Dieu, Troisième hypostase, qui vaincra la Première « qui ne demande qu’à être captive » [12].
Satan, l’enfant prodigue
Le paragraphe final de ce livre [Le Symbolisme de L’Apparition] est d’une importance inouïe car il situe la véritable pensée bloyenne sur le Paraclet-Satan. C’est le Christ qui s’adresse à sa Mère, en ces termes :
O Mère, vois ce que tes fils m’ont fait souffrir. Penses-tu qu’ils m’aient assez outragé et tourmenté ? N’ai-je pas accompli fidèlement toute la volonté de mon Père et n’ai-je pas mérité qu’il me dise : Mon fils, vous êtes toujours avec moi et tout ce que je possède est à vous. Et cependant, ma Passion commence à peine ; c’est en vain que mon Père a ordonné d’immoler le Veau Gras. Mon jeune frère n’est pas encore de retour. Il est toujours dans cette région lointaine où les courtisanes ont dissipé sa substance. Il a pu vivre quelque temps dans les délices à cause de l’étonnante richesse de son partage, mais à cette heure, tout est vraiment consommé et son indigence est extrême parce qu’une famine dévorante est survenue dans cette contrée. Il est devenu le pasteur affamé d’un immonde troupeau et l’homme de désir [13]….
Ces dernières lignes sont restées inachevées [14].
La parabole de l’Enfant Prodigue se prête merveilleusement à une interprétation luciférienne, illuministe, paraclétiste et gnostique. En effet, le « jeune frère du Christ n’est pas encore de retour », il a été chassé du Ciel, il est tombé, après sa Révolte, dans les enfers : « il est toujours dans cette région lointaine où les courtisanes ont dissipé sa substance », mais comme tout est consommé, et que ce même Satan est dans une indigence extrême, il est temps qu’il revienne vers son « Père » afin que tout rentre dans l’ordre, que la Rédemption s’accomplisse par le Paraclet, si l’on peut dire, « dé-satanisé » [15].
Dans le Salut par les Juifs, Bloy, reprenant le symbolisme d’Éliphas Lévi : « Dans l’Évangile, le type de Caïn est remplacé par celui de l’Enfant prodigue, à qui son père pardonne tout, parce qu’il revient après avoir beaucoup souffert [16] », dira que les Juifs, – préfigure du Paraclet-Satan, – sont des Judas, des Caïn qui seront pardonnés lorsque le Visiteur Vagabond se fera connaître.
Il écrira alors :
La Race anathème fut donc toujours, pour les chrétiens, à la fois un objet d’horreur et l’occasion d’une crainte mystérieuse.
Sans doute, on était le troupeau soumis de la douce et puissante Église, infaillible et indéfectible, au sein de laquelle on était assuré de ne pas périr ; mais on savait bien aussi que le Seigneur n’avait pas tout dit, que sa révélation parabolique ou similitudinaire n’était pénétrable qu’à une faible profondeur…
On sentait là quelque chose qui n’était pas expliqué, que l’Église elle-même ne connaissait pas tout à fait et qui pouvait être infiniment redoutable.
Autrement, pourquoi ces fureurs, ces supplications ?
Si on avait la force ou l’audace de s’aventurer jusqu’au bord du gouffre, de se pencher sur l’effrayant entonnoir des arcanes indévoilés, c’était à mourir par le vertige de songer seulement qu’Israël, si « fort contre Dieu » et qui méprisait tant les leçons du Christ, était, néanmoins, l’unique, peut-être, ayant eu véritablement le droit et la confondante prérogative d’exhaler - à partir du cinquième millénaire de la Catastrophe primordiale - la cinquième revendication du Pater noster. « Remets-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs ? »
Quelles dettes ? Quels débiteurs ?
Puisque les fils de Jacob ont le pauvre pour créancier, - le Pauvre qui est le Fils de Dieu, - ne faut-il pas qu’ils soient à leur tour, en un sens plus mystérieux, les créanciers de ce prodigue Esprit-Saint dont Jésus aurait, par sa mort, laissé protester les Écritures ?
[…] Qu’on se souvienne de ce Père qui attend toujours, lui aussi, et qui attend bien mieux que personne, puisqu’il est seul à savoir la Fin.
L’histoire de l’Enfant prodigue est une parabole si lumineuse de son éternelle Anxiété béatifique dans le fond des cieux, qu’elle en est devenue banale et que nul n’y comprend plus rien.
Allez donc dire aux catholiques modernes que le Père dont il est parlé dans le récit de saint Luc, lequel partage la substance entre ses deux fils, est Jéhovah lui-même, s’il est permis de le nommer par son Nom terrible ; que le fils aîné demeuré sage, et qui « est toujours avec lui », symbolise, à n’en pas douter, son Verbe Jésus, patient et fidèle ; enfin que le fils plus jeune, celui qui a voyagé dans une « région lointaine où il dévora sa substance avec des prostituées », jusqu’au point d’être réduit à garder les porcs et à « désirer d’emplir son ventre des siliques mangées par ces animaux », signifie, très assurément, l’Amour Créateur dont le souffle est vagabond et dont la fonction divine paraît, en vérité, depuis six mille ans, de nourrir les cochons chrétiens après avoir pâturé les pourceaux de la Synagogue.
Ajoutez, si cela vous amuse, que le Veau gras « qu’on tue, qu’on mange et dont on se régale », pour fêter la résipiscence du libertin, est encore ce même Christ Jésus dont l’immolation chez les « mercenaires » est inséparable toujours de l’idée d’affranchissement et de pardon.
Essayez un peu de faire pénétrer ces similitudes grandioses, familières tout au plus à quelques lépreux, dans la pulpe onctueuse et cataplasmatique de nos dévots accoutumés dès l’enfance à ne voir dans l’Évangile qu’un édifiant traité de morale, - et vous entendrez de jolies clameurs [17] !
Dans cette page qui résume à elle seule tout un aspect du paraclétisme luciférien de Bloy, il est facile de constater que Bloy cherche de l’ésotérisme dans l’Écriture ; le Seigneur n’aurait pas tout dit et ses paroles ne seraient pénétrables qu’à une faible profondeur : même l’Église ne connaissait pas tout à fait le mystère ou le secret de la Trinité que représentait le problème juif au Moyen Age.
Mais voici que le prophète Bloy, lui, s’aventure, à force d’audace, jusqu’au bord du gouffre pour y dévoiler, en plein XIXe siècle, à la chrétienté étonnée, ces « arcanes indévoilables » : les Juifs sont « forts contre Dieu » et comme ils sont la préfigure du Paraclet-Satan, ce dernier, dès lors, sera lui aussi fort contre Dieu ; ils iront même jusqu’à exiger que Dieu leur remette leur dette, c’est-à-dire qu’Il leur pardonne, sans plus, leur incrédulité. Car leur Messie, justement, n’est pas le Christ-Jésus, mais le Paraclet-Satan, cet Enfant Prodigue, qui leur donnera la possession du monde. Ce sont les Juifs qui, ayant rejeté le Christ, sont devenus les adorateurs du Veau d’Or et de Satan ; selon Bloy leur crime est une bénédiction car ils auraient de la sorte « espéré » un autre messie, qu’ils comblent actuellement, et c’est à cause de cela qu’ils sont devenus les créanciers de ce Paraclet-Satan. S’ils avaient cru au Christ, Satan aurait été perdu, il n’aurait jamais pu devenir le Saint-Esprit et les Écritures auraient protesté contre le Christ qui laissait son « frère » se perdre au milieu des pourceaux dans un pays « lointain » [18].
Judas, Caïn et l’enfant prodigue *
Les juifs, nous dit Léon Bloy, sont une préfigure du Paraclet qui doit venir. Or ce Paraclet ne peut être autre que Satan car, même dans la pensée de notre illuminé, ces juifs sont des maudits :
Judas est leur type, leur prototype et leur surtype, ou, si l’on veut, le paradigme certain (les ignobles et sempiternelles conjugaisons de leur avarice, à ce point qu’on les croirait tous sortis, en même temps que les intestins, du ventre crevé de ce brocanteur de Dieu [19].
En plus d’être des Judas, les Juifs, ces fidèles du Paraclet, sont des Caïn qui, à la fin des temps, supplanteront les fidèles du Christ :
Ah ! l’Église avait beau leur dire : « Celui qui a vendu son frère, un fils d’Israël, et qui en a reçu le prix, doit subir la mort », toute la postérité de Jacob pouvait lui répondre :
Si vous nous croyez semblables à Caïn parce que nous sommes errants et fugitifs sur la terre, souvenez-vous que le Seigneur a marqué d’un signe ce meurtrier, pour que ceux qui le trouveraient ne le tuassent pas et voyez, après cela, combien sont vaines vos menaces d’extermination.
Nous avons la parole d’honneur de Dieu qui nous a juré son alliance éternelle et nous refusons de le délier. Cette parole subsiste à jamais et, quand elle s’accomplira, vous deviendrez notre esclave [20].
Et c’est ainsi que les fils de Jacob deviendront les maîtres des chrétiens lors de l’Avènement de leur Messie, le Paraclet-Satan.
Les pages qui suivent nous entretiennent longuement du Paraclet assimilé à l’Enfant prodigue ; nous avons traité cette question dans un chapitre précédent. Mais comme les Juifs sont la préfigure de ce Paraclet, ils sont, eux aussi, des Enfants prodigues et c’est pourquoi, selon Bloy, les chrétiens sont antisémites :
La conscience horriblement endettée des chrétiens les avertit obscurément d’un danger immense. Sans rien savoir, sans rien comprendre, ils sentent venir le fils prodigue qui se souvient de la maison de son père. Instinctivement ils devinent son retour de cette contrée lointaine où il a si longtemps gardé les porcs en convoitant pour sa nourriture les épluchures dédaignées par ces animaux. Quelque chose les avertit que ce retour est infiniment à craindre pour eux, et telle est l’origine véritable, quoique très cachée, de leur aversion [21].
De plus, Satan-Paraclet est préfiguré par Caïn qui tua son « frère » le Christ, préfiguré par Abel :
Cette histoire merveilleuse de Caïn où les moralisants excogitateurs d’exégèse n’ont absolument rien vu, sinon qu’il est mal d’égorger son frère, donne, en quelques versets d’une concision effrayante, l’itinéraire complet de la Volonté divine explicitement déclarée dans les soixante-douze livres surnaturels dont l’ensemble constitue la Révélation.
Il n’existe pas dans l’Écriture un raccourci plus prodigieux. C’est au point que les noms d’Abel et de Caïn, affrontés ensemble, forment une espèce de monogramme symbolique du Rédempteur :
Agnus Bajulans Ego Lignum, [Moi, l’agneau portant le bois]
Crucis Amanter Infamiam Nobilitavi, [avec amour j’ai ennobli l’infamie de la croix]
Etc., etc.
On pourrait multiplier à l’infini ce jeu d’initiales qui faisait l’amusement des écolâtres anciens.
Mais il s’agit là d’un point central, de l’axe même des paraboles à venir, de l’essieu des Roues d’Ézéchiel, et si on veut parler sérieusement de ces deux premiers fils d’Adam qui sont à l’aube des antagonismes humains, toutes les Idées essentielles vont se précipiter en poussant des cris…
Qu’il suffise d’observer que le Seigneur, ne pouvant parler que de Lui-même, est nécessairement représenté du même coup par l’un et par l’autre, par le meurtrier aussi bien que par la victime, par celle-ci qui est sans gardien et par celui-là qui n’est le « gardien » de personne.
L’innocent Abel « pasteur de brebis », tué par son frère, est une évidente figure de Jésus-Christ ; et le fratricide Caïn, maudit de Dieu, errant et fugitif sur la terre, en est une autre non moins certaine, – puisqu’ayant tout assumé, le Sauveur du monde est, à la fois, l’innocence même et le Péché même, suivant l’expression de saint Paul (2 Co 5, 21).
L’aventure du Prodigue, rappelée tout à l’heure, n’est, au fond, qu’une des innombrables versions de cette première aventure de l’humanité.
Il est vrai que le compagnon des pourceaux n’a pas tué son frère, mais celui-ci est néanmoins immolé sous les espèces du Veau gras, et le bienheureux porcher reçoit, – lui aussi, – de la main du Père et Seigneur, quelques signes mystérieux d’une fort étrange sollicitude…
Dans l’immense forêt pénombrale des Assimilations scripturaires, c’est bien toujours la même histoire et la trame infiniment compliquée du même secret [22].
Le nom de Caïn et celui d’Abel, affrontés, nous donnent la clef de la Rédemption, car entre Jésus et le Saint-Esprit, c’est-à-dire Satan, il y a un « conflit » qui se dissipera, évidemment à la fin des temps, quand le Christ ira chercher son frère en enfer. On peut, inversement, selon la mystagogie et les « trouvailles » exégétiques de Bloy, attribuer au Christ ce qui est de Satan qui, lui, est maudit de Dieu, errant et fugitif, étant le Péché même. L’Enfant prodigue-Paraclet a d’ailleurs fait immoler son frère allié resté sage et c’est là que se cache le Secret de la Trinité, selon notre luciférien. En effet :
La couarde « supplantation » du pauvre colosse Esaü devant qui Jacob, fort contre Dieu seul, n’a jamais cessé de trembler, et le détroussement universel des Égyptiens sont devenus des fonctions banales, inaptes à préfigurer autre chose que le Châtiment définitif – dont la forme, inconnue pourtant, sera telle que celui qui la connaîtrait par confidence de l’Esprit-Saint saurait à coup sûr, l’indevinable Secret du dénouement de la Rédemption [23].
Cependant, le symbolisme gnostique et luciférien devient encore plus clair, plus évident :
Oserai-je dire maintenant, fût-ce avec des timidités de colombe ou des prudences de serpent, au risque de passer pour un misérable fomentateur de sophismes hétérodoxes, le conflit adorablement énigmatique de Jésus et de l’Esprit-Saint ?
J’ai parlé de Caïn et d’Abel, de l’Enfant prodigue et de son frère, comme j’aurais parlé du mauvais Larron et du bon Voleur qui les évoquent si étrangement.
J’aurais pu tout aussi bien rappeler l’histoire d’Isaac et d’Ismaël, de Jacob et d’Esaü, de Moïse et du Pharaon, de Saül et de David et cinquante autres moins populaires, où la Compétition mystique des Aînés et du Puîné, décisivement et sacramentellement promulguée sur le Golgotha, fut notifiée, tout le long des âges, dans le monde prophétique.
Les frères anathèmes ou persécuteurs représentent toujours le Peuple de Dieu contre le Verbe de Dieu. C’est une règle invariable et sans exception que l’Éternité ne changerait pas.
Or, le Peuple de Dieu, c’est le lamentable peuple des Juifs particulièrement dévolus au Souffle du Sabaoth qui les fit tant de fois résonner comme les harpes des bois séculaires.
Israël est donc investi, par privilège, de la représentation et d’on ne sait quelle très occulte protection de ce Paraclet errant dont il fut l’habitacle et le receleur.
Pour qui n’est pas destitué de la faculté de contemplation, les séparer semble impossible, et plus l’extase est profonde, plus étroitement soudés l’un à l’autre ils apparaissent. Cela finit par ressembler, dans la perspective des gouffres, à une sorte d’identité [24].
Il y a donc entre le Paraclet et les Juifs, une identité ; or Bloy n’a cessé de nous dire que les Juifs étaient des Judas, des Caïn, des Maudits, des perdus, des chassés, des mauvais. Ce Paraclet est, en outre, en opposition constante avec le Christ, il lui fait la guerre. Il ne peut donc être autre que Satan. Léon Bloy ne se cache pas pour se dire un « misérable fomentateur de sophismes hétérodoxes ». Ce qui est certain c’est que Satan n’est pas le frère du Christ, étant un ange et rien de plus. L’Esprit-Saint, par ailleurs, ne saurait, évidemment, être considéré comme un ange. Saint Athanase a dû combattre certains hérétiques qui prétendaient que l’Esprit-Saint était un ange [25]. Léon Bloy soutient la même doctrine que les gnostiques. Dans la Pistis Sophia, aux chapitres 27 et 49 et dans d’autres Apocryphes gnostiques, notamment dans les « Actes de Jean » et les « Actes de Thomas », ch. 108-113, il est dit que le Christ est le frère aîné de Satan, celui-ci étant le cadet du Père Éternel. Mais si on regarde l’autre aspect de ce Satan tombé du Ciel, expulsé par saint Michel, comme Bloy l’a fait dans les « Lettres à sa Fiancée », il devient le frère aîné du Christ puisqu’il est « tombé » avant le Christ sur la terre. Dire que Satan est le « frère » du Christ, c’est en fait diviniser Satan ou alors faire du Christ un ange, un éon. C’est la théorie des manichéens médiévaux. « Les Messaliens ou Euchites, écrit S. Runciman, disaient que Satan était le fils aîné de Dieu, tandis que le Christ était le fils puîné. [26] » Le Satanaël des Bogomiles est également le fils aîné de Dieu et le frère du Christ [27].
Léon Bloy, lui-même, se rend bien compte de son audace blasphématoire mais comme il se croit prophète, il ne reculera pas devant ces outrages à la Sainte Trinité : « Ceux qui me condamnent, se croyant sages, ne comprennent pas que je suis un témoin, que ma fonction est de rendre témoignage en un temps de renégats. [28] » Car il est le seul à avoir témoigné pour le Paraclet depuis vingt siècles. Voici donc pourquoi son Paraclet est Satan :
Je sais trop combien doit paraître absurde, monstrueux et blasphématoire de supposer un antagonisme au sein même de la Trinité ; mais il n’est pas possible de pressentir autrement l’inexprimable destinée des Juifs, et quand on parle amoureusement de Dieu, tous les mots humains ressemblent à des lions devenus aveugles qui chercheraient une source dans le désert.
Il s’agit bien vraiment d’une rivalité pouvant être conçue par des hommes !
Tous les viols imaginables de ce qu’on est convenu d’appeler la Raison peuvent être acceptés d’un Dieu qui souffre, et quand on songe à ce qu’il faut croire pour être seulement un misérable chien de chrétien, ce n’est pas un très grand effort de conjecturer de surcroît « une sorte d’impuissance divine provisoirement concertée entre la Miséricorde et la Justice en vue de quelque ineffable récupération de Substance dilapidée par l’Amour [29] ».
Puisqu’on nous enseigne, dès le commencement de la vie que nous fûmes créés à la ressemblance de Dieu, est-il donc si difficile de présumer bonnement, comme autrefois, qu’il doit y avoir, dans l’Essence impénétrable, quelque chose de correspondant à nous, sans péché, et que le synoptique désolant des troubles humains n’est qu’un reflet ténébreux des inexprimables conflagrations de la Lumière ?
S’il existe au monde un fait notoire vérifié par l’expérience la plus rectiligne, c’est l’impossibilité d’assortir et d’atteler efficacement l’Amour avec la Sagesse. Les deux incompatibles chevaux de ton char funèbre s’entre-dévorent depuis toujours, ô identique Humanité !… Que celui qui peut comprendre, comprenne ; mais assurément, c’est là que se cache le Secret de Dieu. [30].
Le Paraclet-Satan que Bloy appelle l’Amour ne s’entend pas avec son frère le Christ-Sagesse : ils sont divisés. C’est le Secret de Dieu ! Le pardon de Satan arrangera tout…
Satan obtient son pardon *
Pour proclamer le salut de Satan, Bloy s’inspirera d’un apologue de son ami, Ernest Hello :
Et voici maintenant que, du fond des hypogées de la mémoire, me revient un apologue sublime d’Ernest Hello sur la Gloire et la Justice, – réduplicatives appellations de ces deux antagonistes éternels.
Cette parabole étonnante, qui ne fut peut-être jamais écrite et que l’auteur, vraisemblablement, n’eût pas osé publier, je la livre de bon cœur, telle à peu près qu’il me la conta lui-même, quelques années avant de mourir.
Le Juge vient à son heure que nul ne connaît. A son approche, les morts ressuscitent, les montagnes tremblent, les océans se dessèchent, les fleuves s’envolent, les métaux entrent en fusion, les plantes et les animaux disparaissent ; les étoiles accourues du fond des cieux montent les unes sur les autres pour assister à la Séparation des bons d’avec les méchants. L’épouvante humaine est au-delà de ce qui peut être pensé.
« — J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et captif et vous ne m’avez pas visité [31] »
Bloy nous prévient qu’il s’agit du jugement universel ; tous les hommes sont jugés selon leur mérite. Tout à coup, Satan, appelé dans les premières lignes de cette méditation, « un homme », afin de couvrir la véritable nature de ces intuitions pro-sataniennes, surgit des enfers et revendique son pardon .
C’est tout le Jugement, – effroyablement infaillible, effroyablement sans appel.
Enfin, un homme se présente, un être horrible, noir de blasphèmes et d’iniquités.
C’est le seul qui n’ait pas eu peur.
C’est celui-là et non pas un autre qui fut maudit des malédictions du ciel, maudit des malédictions de la terre, maudit des malédictions de l’abîme d’en bas. C’est pour lui que la malédiction descendit jusqu’au centre du globe pour y allumer la colère qui devait dormir jusqu’au Jour des grandes Assises.
C’est lui qui fut maudit par les cris du Pauvre, plus terribles que les rugissements des volcans, et les corbeaux des torrents ont affirmé aux cailloux roulés dans le lit des fleuves qu’il était vraiment maudit par tous les souffles qui passaient sur les champs en fleurs.
Il fut maudit par l’écume blanche des vagues exaltées dans la tempête, par la sérénité du ciel bleu, par la Douceur et la Splendeur, et maudit enfin par la fumée qui sort des chaumières à l’heure du repas des très humbles gens.
Et comme tout cela n’était rien encore, il fut maudit dans son infâme cœur, maudit par celui qui a besoin, éternellement besoin, et que jamais il ne secourut.
Il se nomme peut-être Judas, mais les Séraphins qui sont les plus grands des Anges ne pourraient pas prononcer son nom.
Il a l’air de marcher dans une colonne de bronze.
Rien ne le sauverait. Ni les supplications de Marie, ni les bras en croix de tous les Martyrs, ni les ailes déployées des Chérubins ou des Trônes… Il est donc damné, et de quelle damnation !
— J’en appelle ! dit-il.
Il en appelle !… A ce mot inouï les astres s’éteignent, les monts descendent sous les mers, la Face même du Juge s’obscurcit. Les univers sont éclairés par la seule Croix de Feu.
A qui donc en appelles-tu de mon jugement ? demande à ce réprouvé Notre-Seigneur Jésus-Christ.
C’est alors que, dans le silence infini, le Maudit profère cette réponse :
— J’en appelle de ta JUSTICE à ta GLOIRE [32] !
Cette description cosmique et romantique à souhait n’a rien d’original quant au fond ; réduite à sa plus simple expression elle est même un lieu commun, appuyé sur aucun principe théologique, dont se servent les doctrines antichrétiennes, plus précisément, pour nier l’enfer sous prétexte de la Gloire de Dieu qui serait ternie par Sa Justice infinie. Elle n’est rien de plus que la doctrine de la réintégration finale des damnés, l’apocatastase. Satan est ainsi pardonné, le Maudit a eu raison de Dieu, l’Enfant prodigue, ce Paraclet simili Esprit-Saint pourra maintenant faire valoir ses titres, ses droits, à la tri-hypostasie, contre toute vraisemblance.
Le magiste luciférien, Éliphas Lévi, semble bien avoir indiqué, encore une fois, ou suggéré l’idée suivante à Léon Bloy :
« La grammaire elle-même attribue trois personnes au verbe.
« La première est celle qui parle, la seconde celle à qui l’on parle, la troisième celle de qui l’on parle.
« Le prince infini, en créant, parle de lui-même à lui-même.
« Voilà l’explication du ternaire et l’origine du dogme de la Trinité [33]. »
De toute façon, Satan pour Bloy est maintenant délié, il peut se faire entendre, en se réclamant d’Israël
Silence !
Une Voix d’En Bas.
Voix d’exil extrêmement lointaine, exténuée, presque morte, qui paraît grandir en montant des profondeurs.
- La Première Personne est Celle qui parle.
La Seconde Personne est Celle à qui l’on parle.
La Troisième Personne, est celle de qui l’on parle.
Cette Troisième Personne, c’est Moi, Israël, prævalens Deo [fort contre Dieu], fils d’Isaac, fils d’Abraham, générateur et bénisseur des douze lionceaux établis sur les degrés du Trône d’ivoire, pour la diligence du grand Roi et le perpétuel ombrage des nations.
Je suis l’Absent de partout, l’Étranger dans tous les lieux habitables, le Dissipateur de la Substance, et mes tabernacles sont plantés sur des collines si lugubres que les reptiles même des sépulcres ont fait des lois pour que les sentiers de mon désert fussent effacés.
Aucun voile n’est comparable à mon Voile et nul homme ne me connaît, parce que nul, excepté le Fils de Marie, n’a pu deviner l’énigme infiniment équivoque de ma damnation [34].
La Troisième Personne, ce Satan, l’Absent de partout, l’Étranger, le Dissipateur de la Substance divine, son masque arraché, sort des enfers pour se proclamer le Paraclet. Nul homme ne le connaît sous son véritable jour, personne n’a pu deviner qu’il était la Troisième Hypostase parce que tous les chrétiens croient qu’il a été condamné justement par Dieu le Père ; mais il n’en est pas ainsi : sa condamnation a été « infiniment équivoque », Dieu s’est trompé et il n’y a que son « frère » le Christ qui a pu deviner cette énigme, ce secret, dont Léon Bloy a été également, en plus du Christ, le dépositaire sacré.
Ce Paraclet se manifestera car le Christ a abandonné son Église :
Depuis si longtemps qu’ils vous instruisent, vos docteurs n’ont-ils pas compris que les deux sœurs prostituées dont parle Ézéchiel ont survécu à Jérusalem et à Samarie ; qu’elles vivent toujours dans la pérennité du symbole, et qu’elles se nomment aujourd’hui la Synagogue et l’Église ? […]
En cet abandon de Celui qui est votre force et votre espoir, l’univers tout fumant d’effroi contemplera l’irrévélable Tourment de l’Esprit-Saint persécuté par les membres de Jésus-Christ.
La Passion recommencera, non plus au milieu d’un peuple farouche et détesté, mais au carrefour et à l’ombilic de tous les peuples, et les sages apprendront que Dieu n’a pas fermé ses fontaines, mais que l’Évangile de Sang qu’ils croyaient la fin des révélations était, à son tour, comme un ancien Testament chargé d’annoncer le Consolateur de Feu [35].
Les chrétiens feront subir une Passion au Paraclet car ils ne le reconnaîtront pas, ils ne pourront admettre qu’il soit Satan.
Le secret de Léon Bloy : Lucifer est le Saint-Esprit *
Léon Bloy ne dévoile son paraclétisme luciférien que d’une façon progressive ; les dernières pages du Salut par les Juifs contiennent l’aveu total, l’argument péremptoire.
Dans Le Mendiant Ingrat, au 31 août 1892, Bloy écrit au sujet des dernières méditations du Salut par les Juifs :
J’ai trouvé ma conclusion. Je vais donc enfin pouvoir m’évader de cette brochure qui me tient captif depuis plus de deux grands mois. Je suppose que, désormais, il n’y a plus pour moi d’amis espérables dans ce qu’on appelle le monde catholique.
A la même date, dans Le Mendiant Ingrat complet, il déclarera ceci, constaté de visu :
Journée de fatigue extrême. Mon œuvre n’est pas achevée. Mais je crois qu’il me manque à peine quelques lignes. J’ai travaillé tout le jour sans aucune joie avec une crainte extrême. Il me semblait n’écrire que des choses vaines ou sottes et ce n’est que le soir lisant à Jeanne la page enfin réalisée, que j’ai vu combien j’avais réussi. Ma chère femme était sur le point de crier d’enthousiasme.
Puis une grande mélancolie. Il me semble que je viens de perdre une virginité précieuse. Mon grand secret est enfin lâché. Il est vrai que bien peu comprendront, mais je viens de couper le câble et je suppose que désormais il n’y a plus d’amis espérables pour moi dans ce qu’on appelle le monde catholique.
Presque six mois avant de prendre connaissance de ce texte capital, nous avions eu l’intuition qu’il s’agissait bien du secret de Léon Bloy dans la conclusion du Salut par les Juifs. Il vient de lâcher enfin son grand secret, en coupant les ponts, en se retranchant du catholicisme – seuls les initiés comprendront la signification véritable de cette conclusion.
Bloy, pour mieux dissimuler sa pensée, donne la parole aux fidèles du Paraclet-Satan, ce Messie des Juifs :
Ce Visiteur inouï, attendu par moi quatre mille ans, n’aura pas d’amis et sa misère fera ressembler les mendiants à des empereurs.
Il sera le fumier même ou l’indigent Iduméen raclait ses ulcères. On se penchera sur lui pour voir le fond de la Souffrance et de l’Abjection.
A son approche, le soleil se convertira en ténèbres et la lune en sang ; les fleuves superbes reculeront en fuyant comme des chevaux emportés : les murs des palais et les murs des bagnes sueront d’angoisse.
Les charognes en putréfaction se couvriront de parfums puissants achetés à des navigateurs téméraires, pour se préserver de sa pestilence, et, dans l’espoir d’échapper à son contact, les empoisonneurs des pauvres ou les assassins d’enfants diront aux montagnes de tomber sur eux.
Après avoir exterminé la pitié, le dégoût tuera jusqu’à la colère, et ce Proscrit de tous les proscrits sera condamné silencieusement par des magistrats d’une irréprochable douceur.
Jésus n’avait obtenu des Juifs que la haine, et quelle haine ! Les Chrétiens feront largesse au Paraclet de ce qui est au-delà de la haine.
Il est tellement l’Ennemi, tellement l’identique de ce Lucifer qui fut nommé Prince des Ténèbres, qu’il est à peu près impossible – fût-ce dans l’extase béatifique – de les séparer...
Que celui qui peut comprendre comprenne.
La Mère du Christ a été dite l’Épouse de cet Inconnu dont l’Église a peur, et c’est assurément pour cette raison que la Vierge très prudente est invoquée sous les noms d’Étoile du matin et de vaisseau spirituel [36].
Le Paraclet que Léon Bloy et les Juifs attendent serait donc le Prince des Ténèbres, Satan, Lucifer qui est identique à l’Esprit-Saint que le Christ promit de nous envoyer à la Pentecôte.
Or cette identification substantielle – puisqu’on ne pourra les séparer au ciel où nous verrons et comprendrons tout – de Satan et du Paraclet a suscité une question grave de la part du P. Paul Jury, S.J., un ami de Bloy. Dans la deuxième édition du Salut par les Juifs, Bloy inséra une note explicative :
Ces dernières lignes ont eu l’honneur d’émouvoir un jésuite qui prétendit que de telles assertions étaient destructrices du dogme. « Est-ce une assimilation métaphorique ou une affirmation absolue ? » Tel fut son cercle de Popilius. Comment lui expliquer que ce n’est ni l’une ni l’autre ? Comment faire entrer dans un cerveau plein de formules que la difficulté cesse et que le cercle est rompu aussitôt, par exemple, qu’on rapproche de ce passage la prière liturgique du Samedi Saint : Lucifer, inquam, qui nescit occasum [Lucifer, je veux dire celui qui ne connaît pas de coucher] ? Les très rares chrétiens qui font encore usage de leur raison peuvent remarquer qu’il ne s’agit pas, ici ou là, de métaphore, non plus que d’affirmation rigoureuse dans le sens de la doctrine révélée, mais simplement de constater le Mystère, la présence du Mystère, au scandale des imbéciles ou des théologiens pédants qui affirment que tout est éclairci [37] !
Dans la prière liturgique du Samedi saint, il n’y a aucun « mystère » ; alors que le cierge pascal est allumé, elle dit : « Que l’astre du matin le trouve encore allumé ; cet astre qui n’a point de couchant, et qui, en quittant les enfers, a répandu sur le genre humain une lumière bienfaisante [38] ». Rien n’est plus clair que cette invocation, il ne faut pas y chercher une ambiguïté ou une transposition de personnage. Il s’agit du Christ qui, descendu aux enfers, doit en remonter le jour de Pâques, ressusciter. C’est Lui qui est la vraie Lumière, l’Astre du Matin qui se dit Lucifer en latin, et qui répandra Sa Lumière sur le monde. Il est la Lumière qui « illumine tout homme en ce monde », selon saint Jean. Aucun Père de l’Église, aucun théologien, aucun croyant ne songe à Satan en récitant cette prière [39]. Nous constatons que Bloy associe deux mots Lucifer-Satan et Lucifer-Christ, ou plutôt qu’il donne au même mot, Lucifer, un même sens alors qu’il a deux significations diamétralement opposées. De toute façon, Lucifer-Christ ne peut pas être le Saint-Esprit, tandis que Lucifer-Satan, de son vrai nom Tenebrifer et Noctifer, est bel et bien confondu par Bloy avec le Paraclet.
Quand l’Église invoque le Christ, chante sa Gloire, l’adore, elle ne sait pas ce qu’elle dit, car pour Bloy elle adore elle aussi Satan le Prince des Ténèbres, mais inconsciemment, alors que Bloy, lui, sacrifie à Lucifer-Satan, sciens et prudens [en pleine connaissance de cause] :
Office du Samedi saint. Bénédiction du cierge pascal. Flammas ejus Lucifer matutinus inveniat. Ille, inquam, lucifer, qui nescit occasum. Ille qui regressus ab inferis, humano generi serenus illuxit. [Que le Lucifer du matin trouve ses flammes. Lucifer, je veux dire celui qui ne connaît pas de coucher. Celui qui, revenu des enfers, illumine avec sérénité le genre humain.] Évidemment, l’Église ne sait pas ce qu’elle dit, et c’est pour cela qu’elle est infaillible [40].
Le jour suivant, à Pâques, Bloy écrira :
Puis, je sais des choses que nul ne sait. Elles ne m’ont pas été montrées uniquement pour me faire souffrir [41].
A ce moment il écrivait « Le Salut par les Juifs » dont il commencera la rédaction définitive deux mois plus tard. L’Église ne sait donc pas ce qu’elle dit mais seul Léon Bloy, le prophète luciférien, est en mesure de donner la véritable signification aux textes liturgiques.
Comme en 1880, il croit que Lucifer-Satan doit sortir des enfers, se manifester dans sa Gloire ; mais auparavant il devra s’incarner dans Marie, autre Étoile du Matin, afin de subir la Passion que lui réservent les chrétiens du Deuxième Règne :
Dans l’Épître Catholique de saint Jude, Michel Archange et le Diable se disputent le corps de Moïse, c’est-à-dire le corps de la Loi, c’est-à-dire Marie : lex Domini immaculata [la loi immaculée du Seigneur]. Cela, je le vois très bien. Lucifer avait besoin de ce Corps, de ce Tabernacle. Sans doute, pour s’y incarner. Et il a, certainement, toujours ce besoin [42].
De telles affirmations ne peuvent pas être récusées ; elles sont, en somme, comme la base de l’exégèse bloyenne, le substratum de sa pensée, le motif secret de son mysticisme luciférien qui, il faut bien le reconnaître, est assez difficile à percer parfois. Notre illuminé a mis tant de soin à dissimuler ses vrais sentiments, à embrouiller les pistes sous la pompe des images, qu’il est nécessaire de dépouiller sa symbolique pour en saisir les traits essentiels, irrécusables. On peut dire qu’il n’a rien fait de plus qu’adapter dans un contexte simili-chrétien, pseudo-trinitaire, l’idée centrale des doctrines initiatiques, théosophiques ou maçonniques qui, la plupart du temps, substituent Satan au Christ ou à l’Esprit-Saint.
Conclusion
Barbeau donnait ensuite un assez long chapitre où il expliquait les diverses doctrines lucifériennes qui identifient Satan au Fils cadet de la parabole de l’Enfant prodigue. Citons simplement ce passage :
Nous dirons que toutes les sciences occultes, les sciences maudites, les doctrines initiatiques, quelles que soient leurs étiquettes, n’ont d’autre but ultime que de blasphémer le Dieu chrétien, de substituer Satan, le Singe de Dieu, selon l’expression de Tertullien et de saint Augustin, au Seigneur Jésus, au Christ, dans un tour de passe-passe parfois difficile à déceler, qui va jusqu’à échanger, comme Bloy, le Saint-Esprit pour le Prince des Ténèbres, cette fausse-lumière, cet ange qui se déguise en lumière, selon le texte suivant de saint Paul qui nous mettait en garde contre tous ces chercheurs de « secre
ts », d’ombre, d’occultisme : « Ces gens-là sont des faux apôtres, des ouvriers astucieux, qui se déguisent en apôtres du Christ. Et ne vous en étonnez pas ; car Satan lui-même se déguise en ange de lumière. il n’est donc pas étrange que ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice » (2 Co 11, 13-15).
Récemment encore nous pouvions constater les manœuvres de ces initiés. Le F \ Albert Lantoine, membre du Suprême Conseil Écossais et Vénérable de la Loge Le Portique, proposa, à la suite d’entretiens bizarres avec le R. P. J. Bertheloot, S. J., une sorte d’« alliance » entre l’Église et la franc-maçonnerie, afin, écrivait-il, de « sauver » un patrimoine commun (sic) [43]. Dans sa Lettre au Souverain Pontife [44]. il s’exprimait on ne peut plus clairement : « Devons-nous demeurer des adversaires ? Peut-être… au fond de nous-mêmes, car votre Dieu ne peut pardonner à l’Ange Rebelle et l’Ange Rebelle n’abdiquera jamais ». Plus loin le luciférisme satanique éclate : « Possédés de l’esprit d’examen, nous sommes les serviteurs de Satan. Vous, détenteurs de la vérité, vous êtes les desservants de Dieu. Ces deux maîtres se complètent. » Aussi bien, le 19 mars 1950, l’Osservatore Romano publiait un article du R. P. Cordovani, maître des Sacrés Collèges apostoliques, où il rappelait la législation canonique contre la franc-maçonnerie et démentait avec vigueur les rumeurs qui circulaient à l’effet que l’Église accepterait de relever l’excommunication sur les francs-maçons ou tous les autres adorateurs de Satan [45].
Nous citerons, pour finir, quelques passages de la conclusion de Barbeau :
L’importance, du point de vue historique, de l’expérience religieuse si tragique de Léon Bloy, vient du fait qu’elle institue une rupture intrinsèque avec la tradition catholique, tout en donnant l’impression d’être un authentique message mystique, à tel point qu’une légende tenace s’est créée autour de cette œuvre. Pour la première fois, peut-être, le Père du Mensonge aura trompé complètement la vigilance de tout un secteur de l’opinion et de la critique littéraire para-religieuses. Désormais, on ne pourra plus négliger autant les manœuvres de la Contre-Église, et on devra reconnaître – sans sourire –l’attirance exercée par le Corps mystique infernal sur d’autres écrivains aux prétentions orthodoxes. Si, du moins, l’exemple de Léon Bloy pouvait profiter aux apprentis-sorciers que l’on rencontre si souvent de nos jours dans les milieux où l’on s’amuse à « faire » de la mystique frelatée pour se désennuyer ! […]
Comme les « poètes maudits », il fut fasciné par l’épouvante et la terreur du Gouffre, et l’on est justifié de donner comme sous-titre à ses écrits, non pas Une Saison en Enfer mais Une Vie en Enfer, car c’est bien de cet endroit que sa pensée scruta la vie intra-divine, en raturant la Révélation, pour tenter une des plus colossales aventures spirituelles de notre temps, au moyen de l’intuition et du « blasphème par amour ». Pour arriver, par l’imagination, à la vision du face à face illusoire sur cette terre, il n’a même pas craint d’annuler le dogme, lui qui désirait prononcer un fiat mais ne sut que clamer un non serviam [je ne servirai pas].
Avec Nietzsche, la physiologie est entrée dans la philosophie, avec Baudelaire, dans la poésie, avec Bloy, dans la mystique : c’était le point culminant. Aussi, faut-il constater qu’au départ de sa tentative babélique, – les hiérogogues diront, sa violation du « Saint des Saints » – de son illumination et de ses convictions absolues, il y a, en plus d’une équivoque extrêmement grave surmontée d’une monumentale déviation pneumatologique, une détresse sexuelle où la pathologie a une place prépondérante : elle désorbita la passion intense de ce grand cœur et désaxa cet esprit en quête d’ « éclairs en profondeur », selon le mot de Maeterlinck. L’orientation principale de son âme se transmua bientôt en un pseudo-trinitarisme, sous l’influence de lectures occultistes et sous la pression d’initiateurs qui lui transmirent une méthode confidentielle pour déchiffrer l’Écriture ésotériquement. Et par une propension à la mégalomanie, le Salut, non plus de l’homme, mais de Dieu Lui-même, allait retrouver son centre, sa salvifique victime, en Léon Bloy, devenu le prophète de ce Troisième Règne qui, par une infamie sans nom, devra couronner l’Usurpateur. C’est en ce sens, en nous souvenant de la tridivinité grotesque de cet iconoclaste funèbre, qu’on pourrait appeler Léon Bloy, le bourgeois de l’Abîme d’En-Bas, ayant succombé au premier et au plus fantastique lieu commun du Serpent tentateur : sa frauduleuse divinisation. […]
Singulier mélange de sombre contemplation, de sainteté à l’envers, de cramponnement à un idéal de beauté et de contrefaçons blasphématoires, les prophéties monstrueuses de Léon Bloy sur Lucifer, dérisoirement substitué au Saint-Esprit, obligent à conclure dans une synthèse de sa véritable pensée que son œuvre est une adoration perpétuelle envers Satan qui n’a jamais voulu se contenter d’être un ange déchu, une cathédrale dont les gargouilles trônent sur l’autel, élevée à la gloire du néant en mémoire de l’antique Eritis sicut Dei [vous serez comme des dieux], et dont les clefs du tabernacle voilé viennent d’être arrachées au prophète de ce Satan-Paraclet-Lucifer, de cet Antéchrist, faux Esprit-Saint. Finalement, Léon Bloy ne fut pas la seule mais la plus grande victime de ce Satan, Séducteur par excellence, que nous avons dû désembusquer, démasquer, car c’est la meilleure façon, écrit saint Ignace, de le vaincre.
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Annexe : Jean-Paul II et l’enfant prodigue
Il peut paraître étrange de comparer les théories de la gnose, si contraires à la pensée catholique, avec la théologie de Jean-Paul II. Pourtant, ce rapprochement a déjà été proposé [46]. On a aussi noté l’influence de Mieczyslav Kotlarczyk, metteur en scène et théoricien du théâtre, sur le jeune Karol Wojtyla [47]. Or Kotlarczyk fut lui-même influencé par la théosophie [48] et par Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie [49].
De fait, il y a une certaine ressemblance (nous disons bien : une certaine ressemblance, non une identité parfaite) entre l’interprétation gnostique de la parabole de l’enfant prodigue – celle de Bloy et des anthroposophes –, et l’interprétation que Jean-Paul II en donne dans son encyclique Dives in misericordia [50].
Dans l’encyclique Dives in misericordia, la filiation divine de l’homme paraît inamissible. L’homme reste fils de Dieu même quand il est « prodigue », c’est-à-dire qu’il vit dans le péché. Cela est conforme à la pensée gnostique selon laquelle l’esprit de l’homme est émané de la substance divine et ne peut jamais perdre son caractère divin.
Dans l’ouvrage De la Cabale au Progressisme (recensé dans Le Sel de la terre 29), l’abbé Julio Meinvielle montre les rapprochements qu’on peut faire entre la gnose et le progressisme chrétien. Il explique :
Ce serait une erreur, croyons-nous, que de prendre le progressisme chrétien pour l’effet d’une influence directe de la Cabale. En ce qui concerne du moins le commun des théologiens touchés par le mouvement qui veut changer l’ Église, l’Église traditionnelle, celle de toujours, en une Église nouvelle actuellement en gestation, nous pensons que l’influence est indirecte, bien que réelle et effective, et qu’elle passe par la culture moderne qu’ont totalement envahie des influences gnostiques et cabalistiques.
Ces influences ne se réalisent pas non plus d’une façon générale et totale ; ce sont des influences partielles sur chacun des éléments doctrinaux et sur les faits - liturgiques, sociaux, de vie spirituelle et temporelle et de gouvernement - pris séparément. Si les choses continuent à suivre leur cours actuel, le changement qui se produit ainsi finira par prendre un rythme d’ensemble dévastateur, de caractère universel, qui modifiera substantiellement toute la doctrine et la vie de l’Église catholique [Début du chapitre 12, p. 257 de la 1ère édition.]
Ainsi, il n’est pas nécessaire que le pape soit consciemment influencé par la gnose. Il suffit qu’il soit influencé par la nouvelle théologie qui est elle-même imprégnée de gnose (Meinvielle donne l’exemple de Karl Rahner, dont Jean-Paul II est proche par certains points).
Notons aussi cette remarque de Meinvielle :
Nous avons dit plus haut que le progressisme des théologiens représente une première étape du gnosticisme. En effet, en affaiblissant les fermes vérités de la foi, les théologiens détruisent la cohérence des dogmes chrétiens ; ceux-ci, ne se trouvant plus articulés dans une synthèse et une architecture également catholiques, sont susceptibles de s’articuler et de s’unifier dans une autre synthèse qui les vide du contenu que la théologie catholique leur assigne jusqu’à maintenant. Si par exemple on détruit, ou si au moins on affaiblit la notion de péché originel qui fut sanctionnée par le concile de Trente, on affaiblit ou on détruit également tous les dogmes de la christologie, de la justification et des sacrements. Cela a été vu très clairement par le grand pape saint Pie X qui, dans Ad diem illud, le 2 février 1904, déclara : « D’où parlent les ennemis de la religion pour semer des erreurs aussi nombreuses et aussi graves, ce qui ébranle la foi d’un si grand nombre ? On commence par nier la chute primitive de l’homme et de sa descendance […]. L’édifice de la foi s’en trouve totalement détruit... »
L’affaire est on ne peut plus claire. Si Adam n’a pas commis un péché qui se transmet à l’humanité par voie de génération, les maux actuels de l’humanité ne proviennent pas d’un premier péché. L’homme d’aujourd’hui n’est pas corrompu et perverti. Il n’y a pas de chute. Adam, les hommes ses descendants, tous sortent tels qu’ils sont aujourd’hui de la main de Dieu. Ils n’ont donc pas besoin d’être rachetés et sauvés. Le Christ est une affaire de luxe pour une humanité qui n’en a pas besoin pour atteindre sa fin et remplir sa vocation. Le Christ pourra apporter à l’homme un bien de surérogation, mais ni nécessaire ni inéluctable. […]
S’il n’y a pas chute dans le péché originel, il n’y a pas non plus perte des dons surnaturels et de grâce. [Chapitre 13, p. 337 de la 1ère édition.]
La nouvelle théologie de Jean-Paul II ne nie pas ouvertement le péché originel, comme le font certains « théologiens » modernistes. Mais elle en diminue singulièrement les effets quand elle prétend que l’homme ne peut perdre sa filiation divine. Il n’y a donc pas vraiment de chute. L’homme est déjà sauvé (révélation a priori). Notre-Seigneur vient simplement apporter la conscience de ce salut, il devient, comme dit le père Meinvielle, un objet de luxe pour une humanité qui n’en a pas vraiment besoin pour atteindre sa fin et remplir sa vocation.
Nous ne faisons qu’entrouvrir une porte. Il conviendrait d’étudier plus à fond un rapprochement entre la théologie de Jean-Paul II et la gnose contemporaine.
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[1] — Raymond Barbeau, Un Prophète luciférien, Léon Bloy, Paris, Aubier-Montaigne, 1957, p. 268.
[2] — Remarquons combien cette connaissance élémentaire des théories gnostiques est utile. Quantité de critiques littéraires très compétents n’ont pu percer le “ secret ” de Léon Bloy, et celui-ci a gardé sa réputation d’écrivain catholique longtemps après sa mort.
[3] — Mgr Augustin Louis Léon Cristiani (1879-1971)
[4] — Le paragraphe qui suit (intitulé « Léon Bloy vu par Mgr Cristiani ») reproduit les p. 288-296 du livre de Mgr Cristiani.
[5] — Nous notons sous cette forme typographique les citations de Léon Bloy.
[6] — Malheureusement cette suite n’a pas paru. (NDLR.)
[7] — Léon Bloy, Le Mendiant Ingrat, le 14 août 1892.
[8] — Barbeau, p. 30.
[9] — Barbeau, p. 30.
[10] — Léon Bloy, L’Invendable, le 17 mars 1906.
[11] — Léon Bloy, Le Mendiant Ingrat, le 17 juillet 1894.
[12] — Barbeau, p. 72-73.
[13] — Léon Bloy, Le Symbolisme de L’Apparition, Lemercier, 1925, p. 267.
[14] — C’est Mme Bloy qui rajouta « Les Larmes de Marie ».
[15] — Barbeau, p. 96-97.
[16] — Éliphas Lévi, Dogme et Rituel de la Haute Magie (première édition, 2 vol., 1856), Paris, Editions Niclaus, 1952, p. 68. — Sur Éliphas Lévi (Alphonse-Louis Constant, 1810-1875), voir notamment Le Sel de la terre 50, p. 131-141.
[17] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, Paris, Mercure de France, 1949, p. 126-131.
[18] — Barbeau, p. 99-100.
* — Barbeau, p. 253-258.
[19] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 75.
[20] — Ibid., p. 85-86.
[21] — Léon Bloy, Le Vieux de la Montagne, le 21 janvier 1910.
[22] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 138-141.
[23] — Ibid., p. 187-188.
[24] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 144-146.
[25] — Voir DTC, “ Esprit-Saint ”, Col. 720.
[26] — Le Manichéisme médiéval, Payot, Paris, p. 27.
[27] — Voir H.-Ch. Puech et A. Vaillant, Le Traité contre les Bogomiles de Cosmas le Prêtre, Paris, 1945, p. 181-198.
[28] — Léon Bloy, L’Invendable, p. 135.
[29] — Léon Bloy, Le Désespéré, édition Soirat, p. 51.
[30] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 152-154.
* — Barbeau, p. 258-262. — Nous complétons certaines citations de Bloy.
[31] — Mt 25, 31-46.
[32] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 155-159.
[33] — Éliphas Lévi, Dogme et Rituel, p. 70.
[34] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 195-197.
[35] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 201-204.
* — Barbeau, p. 263-267.
[36] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 204-208.
[37] — Léon Bloy, Le Salut par les Juifs, p. 206.
[38] — Missel bénédictin, chanoine Harmignie, 1943.
[39] — Voir L. Bouyer, Le Mystère Pascal, Paris, Cerf, 1947, p. 383. C’est le Christ et non Satan qui sort des enfers Voir saint Jérôme, Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu, IV, 27 ; Clément d’Alexandrie, Protreptique XI, 114, 1, 4 ; Zénon de Vérone, Tractatus, II, 49 ; F. Maternus, De errore profanarum religionum, 19, 1, 2, etc.
[40] — Léon Bloy, Le Mendiant Ingrat, le 16 avril 1892.
[41] — Ibid., le 17 avril 1892.
[42] — Ibid., le 3 octobre 1894.
[43] — Voir M. Colinon, L’Église en face de la Franc-Maçonnerie, Fayard, Paris, 1964, p. 152. Étude très superficielle.
[44] — Paris, Éd. du Symbolisme, 1937.
[45] — Barbeau, p. 276-277. — Les temps ont changé et le nouveau code de Droit canon (1986) ne contient plus d’excommunication explicite des francs-maçons.
[46] — Par M. l’abbé Basilio Méramo dans plusieurs brochures en espagnol (Priorato Mons. Ezequiel Moreno Diaz, Carrera 17, nº 36-10, Bogota D.E., Colombie).
[47] — « L’influence de l’expérience vécue avec Kotlarczyk sera donc profonde et durable » (Rocco Buttiglione, La Pensée de Karol Wojtyla, Paris, “Communio”- Fayard, 1984, p. 48).
[48] — « Sur le rapport entre les paroles et les choses, Kotlarczyk lut et médita des textes de la tradition théosophique (d’Helena Petrovna Blatvatsky, I. Switowski, Ignacy Matuszewski…), de phonétique et de linguistique (Otto Jespersen), de la tradition hébraïque (Ismar Elbogen), fondant le tout en une synthèse tout à fait personnelle. » Buttiglione, La Pensée de Karol Wojtyla, p. 40 en note.
[49] — Selon Triades (revue anthroposophe), automne 1983, p. 82-86. L’anthroposophie est un “ schisme ” de la théosophie fondée par Helena Petrovna Blavasky. Voir aussi sur cette question le livre de Daniel Le Roux, Pierre m’aimes-tu ?, Escurolles, Fideliter, 1988, p. 62-63.
[50] — 30 novembre 1980. — Voir, dans le présent numéro du Sel de la terre, l’étude du professeur Dörmann.

