top of page

Comment Fatima

s’est imposé à l’Église

 

 

 

par l’abbé Fabrice Delestre

 

 

 

« Ce n’est pas l’Église qui a imposé Fatima à la foi populaire ; c’est Fatima qui s’est imposé à l’Église » a pu déclarer le cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne. De fait, les hommes d’Église n’étaient, en général, guère disposés à accepter le message de Fatima. S’ils ont finalement dû en reconnaître le caractère surnaturel, c’est presque contraints et vaincus par Notre-Dame. Leur reconnaissance officielle des diverses apparitions n’en a que plus de valeur.

La question de la crédibilité de Fatima, ici abordée par M. l’abbé Delestre, est de grande importance. Depuis 1944, un jésuite flamand, le père Édouard Dhanis, s’emploie à ruiner subrepticement – à la façon moderniste [1] – tout le message de Fatima. Sa thèse peut se résumer en une phrase : les apparitions de Notre-Dame en 1917 sont sans doute authentiques [2], mais le message divulgué plus tard est le fruit d’une affabulation inconsciente de sœur Lucie [3]. Ces inventions de sœur Lucie concerneraient principalement les apparitions de l’ange du Portugal et le texte même du secret du 13 juillet 1917 : la vision de l’enfer, la dévotion réparatrice et la consécration de la Russie [4].

Sous diverses influences, la thèse du père Dhanis a malheureusement trouvé du crédit au Vatican, retardant toujours l’ac

complissement des demandes de Notre-Dame. Lorsque la troisième partie du secret a été révélée en 2000, le cardinal Ratzinger s’est encore explicitement référé au père Dhanis dans sa présentation du secret [5].

Le présent article examine d’abord la reconnaissance des apparitions de Notre-Dame en 1917, puis celles de l’ange du Portugal, et enfin celles de Pontevedra et de Tuy où ont été précisées les demandes de Notre-Dame.

Le Sel de la terre.

 

 

Les apparitions de Notre-Dame en 1917

 

La prudente réserve de l’Église (1917-1922)

 

S

UR LES APPARITIONS de Notre-Dame, à Fatima, aux trois pastoureaux Jacinthe, François et Lucie, l’Église garda dans un premier temps une grande réserve et une sage prudence, bien mises en lumière par l’attitude du curé de Fatima, selon ce que sœur Lucie a écrit dans son deuxième Mémoire [6] :

 

[Après l’apparition du 13 juin 1917,] le curé de la paroisse apprit ce qui se passait et envoya dire à ma mère de m’amener chez lui. […] Elle me dit : « Demain, nous irons à la messe de bonne heure. Ensuite, tu iras chez M. le curé. »

Le lendemain, je suivis ma mère qui ne me dit pas un mot en chemin. Après la messe, en montant les premières marches de l’escalier de la véranda de la maison du curé, ma mère se retourna vers moi et me dit : « Ne me tourmente plus ! Dis maintenant à M. le curé que tu as menti, pour qu’il puisse dire dimanche prochain à l’église que tout était mensonge. Ainsi tout sera fini. » […] Sans plus, elle frappa à la porte. […] Enfin, M. le curé arriva. Il nous fit entrer dans son bureau et il fit signe à ma mère de s’asseoir sur un banc et m’appela près de sa table de travail. Lorsque je vis qu’il m’interrogeait avec paix et même avec amabilité, je fus étonnée. […] L’interrogatoire fut très minutieux, et j’ose même dire, ennuyeux. Le révérend père me fit une petite mise en garde en disant : « Ceci ne me paraît pas être une révélation céleste. Lorsqu’une chose comme celle-ci arrive, d’habitude Notre-Seigneur demande aux âmes à qui il se communique de rendre compte de ce qui se passe à leur confesseur ou à leur curé. Celle-ci, au contraire, se dérobe autant qu’elle peut. Cela pourrait être aussi une tromperie du démon. Nous allons voir. L’avenir nous dira ce que nous devons en penser. »

 

Et ainsi, pendant plusieurs années, les représentants de l’Église évitèrent systématiquement de se mêler à la cause de Fatima. C’est le peuple portugais seul

qui, frappé par le grandiose miracle du soleil du 13 octobre 1917, afflua en grand nombre à la Cova da Iria, organisant une sorte de pèlerinage spontané où prière et pénitence s’harmonisaient parfaitement pour obtenir du Ciel de très nombreux miracles et des grâces à profusion, selon le témoignage de Maria Carreira, fidèle de la première heure qui habitait le village le plus proche de la Cova da Iria, Moita Redonda :

 

Depuis le 13 octobre, depuis le jour où le soleil avait dansé dans le ciel, ce fut une procession continuelle, spécialement les dimanches après-midi, et les 13 de chaque mois.

Il y avait des gens du pays et des gens qui venaient de loin. […] Il y avait même des vieux qui venaient, et qui n’avaient plus guère de forces. Tous s’agenouillaient auprès du chêne vert où Notre-Dame était apparue. Personne ne paraissait déçu, personne ne paraissait fatigué. On ne vendait rien ici, pas même un verre d’eau, ni un verre de vin, absolument rien ! Ah ! Quel riche temps c’était pour la pénitence ! C’est à en pleurer. Ici, on ne faisait que pleurer et prier Notre-Dame. Quand il y avait beaucoup de monde, on chantait les beaux cantiques de l’Église. Ah, quel riche temps c’était !… On faisait beaucoup pénitence, et avec beaucoup de joie. […]

Les gens revenaient chez eux tout contents et satisfaits. Ils venaient demander des miracles à Notre-Dame, et Notre-Dame les exauçait tous. En ce temps-là, je n’ai jamais entendu dire que Notre-Dame ait refusé un miracle à personne. Tous ceux qui venaient ici venaient avec dévotion ; ou, s’ils ne l’avaient pas en venant, ils la trouvaient ici [7].

 

Maria Carreira recueillait toutes les offrandes laissées par les nombreux pèlerins. Au cours de l’année 1918, elle alla voir le curé de Fatima, pour lui demander la permission de construire une chapelle à la Cova da Iria, selon la demande de Notre-Dame le 13 octobre 1917 [8] :

 

Si vous m’en donnez la permission, M. le curé, dis-je, nous avons l’intention de faire une petite chapelle à la Cova da Iria, pour y mettre une statue de Notre-Dame… et pour conserver les offrandes que les gens apportent ; car, avec le mauvais temps, tout se mouille. M. le curé me répondit, comme quelqu’un qui ne voulait pas s’occuper de la chose : « Je ne veux rien savoir de tout cela ! » Mais, M. le curé, continuai-je, si nous la faisions construire avec l’argent que nous avons, est-ce que nous aurions tort ? » « Je pense que non. » M. le curé parlait ainsi, certainement, parce qu’il ne voulait pas qu’on puisse dire que c’était lui qui avait fait construire la petite chapelle. Il avait reçu des instructions de Mgr le patriarche pour ne pas se mêler de la chose.

 

Il faut noter qu’au moment des apparitions de Notre-Dame, en 1917, la paroisse de Fatima faisait partie du patriarcat de Lisbonne, le diocèse de Leiria ayant été supprimé par Léon XIII en 1881. Ce diocèse fut restauré le 17 janvier

1918, par le bref Quo vehementius de Benoît XV, et Fatima dépendit à nouveau du diocèse restauré de Leiria qui resta vacant plus de deux ans : cette situation fit traîner en longueur la prise en mains de la cause de Fatima par l’Église, d’autant plus que le nouvel évêque, Mgr Correia da Silva, nommé le 15 mai 1920 seulement, et intronisé le 5 août suivant sur son siège, arriva à Leiria avec des a priori assez défavorables à Fatima, comme il l’a expliqué lui-même plus tard au chanoine Barthas [9] :

 

Je n’avais jamais voulu m’en occuper, au point – vous ne le croiriez pas – que je ne savais même pas où se trouvait Fatima. Histoires d’enfants me disais-je. Lorsque Mgr le Nonce Apostolique m’appela pour me proposer de reconstituer le diocèse de Leiria, j’hésitai fort. Jugez de l’état du prétendu diocèse ; dans cette ville, Leiria, il y avait un seul prêtre ! Pour m’encourager, Mgr l’évêque de Portalègre [10] me dit : « Vous avez là Fatima, un nouveau Lourdes ! » « Oh ! encore ce souci de plus », lui répondis-je. En somme, j’étais incrédule. Toutefois, lorsque j’eus accepté mes responsabilités, je résolus d’attendre de la Providence divine les signes qui guideraient ma conduite.

 

De fait, Mgr Correa da Silva se laissa guider par la Providence et, très vite, cet évêque très cultivé, très pieux, et ayant une dévotion mariale très profonde, fut amené à soutenir la cause de Fatima.

 

La reconnaissance canonique des apparitions (1922-1930)

 

Voici la succession des signes de la Providence qui ont conduit Mgr Correa da Silva à reconnaître canoniquement les apparitions de Notre-Dame à la Cova da Iria :

— 12 septembre 1921 : pour la première fois, l’évêque se rend à la Cova da Iria, où il récite le chapelet et rencontre les paysans locaux, dont certains lui ont déjà fait don des terres qu’ils possédaient à la Cova da Iria et aux alentours.

Maria Carreira remet à l’évêque l’importante somme des offrandes dont elle avait la garde.

— 13 octobre 1921 : avec la permission de l’évêque, la petite chapelle construite sur le lieu de l’apparition est bénite, et la messe célébrée pour la première fois. L’évêque permettait désormais la célébration d’une messe basse avec sermon les jours de grande affluence populaire.

— 9 novembre 1921 : découverte d’une source abondante d’eau à l’endroit le plus profond de la Cova da Iria, après des travaux de creusement entrepris sur l’ordre de l’évêque. De suite, l’eau de cette source accomplit des miracles de guérison, si bien qu’elle fut très rapidement considérée comme miraculeuse par le peuple.

— 6 mars 1922 : la petite chapelle (capelinha) de la Cova da Iria est dynamitée par des hommes à la solde de l’administrateur franc-maçon de la région. L’indignation est générale.

— 13 mars 1922 : le père Agostinho Marques Ferreira, nouveau curé de Fatima, organise une procession de protestation, de l’église paroissiale de Fatima au lieu des apparitions. La messe est célébrée devant la capelinha en présence de 10 000 fidèles !

L’attentat décida aussi Mgr Correia da Silva à s’occuper plus énergiquement de la cause de Fatima.

— 3 mai 1922 : publication d’une ordonnance épiscopale annonçant l’ouverture d’une enquête canonique pouvant aboutir à la reconnaissance officielle des apparitions, et nommant une commission chargée de conduire cette enquête.

Voici les extraits les plus importants de cette ordonnance [11] :

 

L’autorité ecclésiastique s’est maintenue dans l’expectative. Le révérend clergé, dès le principe, s’est abstenu de prendre part à toute manifestation. A peine si dernièrement nous avons permis qu’on y dise la messe basse, avec sermon, les jours de grande affluence populaire.

L’autorité civile a employé tous les moyens – y compris les persécutions, la prison et les menaces de toutes sortes – pour en finir avec le mouvement religieux en cet endroit. Tous ses efforts ont été infructueux. Et personne ne pourra affirmer que l’autorité ecclésiastique ait encouragé la foi aux apparitions, bien au contraire.

A raison de tout ce que nous achevons d’exposer, il nous paraît être de notre devoir d’étudier et de faire étudier ce cas et d’organiser le procès selon les lois canoniques.

[…] Nous ordonnons à tous les fidèles de notre diocèse (canons 2023 à 2025) et nous demandons à ceux des autres diocèses de rendre compte de tout ce qu’ils sauront, soit en faveur, soit contre les apparitions ou faits extraordinaires… et

qu’ils témoignent spécialement si, dans ces faits, il y eut ou il y a quelque machination, superstition, quelque doctrine ou chose contraire à notre sainte religion.

[…] La première loi de l’histoire, affirme le grand pape Léon XIII (encyclique De studiis historicis) est de ne jamais dire de faussetés, la deuxième est de ne jamais craindre de dire la vérité.

L’Église a soif de vérité parce qu’elle fut fondée par celui qui a dit : « Je suis la vérité » (Jn 5, 6).

C’est pourquoi, si les faits qui se sont passés à Fatima et qui se présentent comme surnaturels sont véritables, nous remercierons Notre-Seigneur qui a daigné nous faire visiter par sa très sainte Mère pour augmenter notre foi et redresser nos mœurs ; s’ils sont faux, il convient que leur fausseté soit découverte.

Dans les temps de doute et de désorganisation que nous traversons, il est d’une très grande importance de pouvoir nous juger en possession de la vérité, et l’être réellement, pour résister à toutes les contrariétés et vaincre tous les obstacles.

Le doute énerve et tue ;  la vérité nourrit et vivifie.

La vérité est la grande force que l’Église a toujours possédée, et personne ne peut la lui enlever.

On peut susciter contre elle des persécutions, et faire couler des flots de sang ; on peut lui arracher ses biens matériels et la réduire à la mendicité, se moquer d’elle et la tourner en dérision : l’Église, en possession de la vérité, reste debout au milieu des tombeaux de ses persécuteurs.

Continuons d’invoquer la Vierge Mère du Ciel, soyons exacts à accomplir nos devoirs chrétiens, soyons catholiques de paroles et d’œuvres, répandons la prière du saint rosaire et attendons le jugement de la sainte Église, certains qu’il sera l’écho du jugement de Dieu.

 

— 13 mai 1922 : grande cérémonie de réparation, en présence d’une foule énorme de 60 000 pèlerins. Sur un autel dressé devant la capelinha au toit éventré, le curé de Fatima célèbre la messe.

— 13 octobre 1922 : 40 000 pèlerins sont présents à la Cova da Iria et 40 messes y sont célébrées.

— 13 mai 1924 : affluence record de 200 000 pèlerins. Mgr Correia da Silva est présent dans la foule, et peut contempler comme tout le monde le spectacle d’une pluie de fleurs, de flocons et de pétales mystérieux qui tombaient gracieusement du ciel et se dissipaient à la vue lors de leur arrivée près du sol.

— au cours de l’année 1926 , plusieurs hautes personnalités religieuses se rendent à la Cova da Iria : le nonce apostolique à Lisbonne, Mgr  Nicotra ; l’archevêque de Braga, primat du Portugal ; l’archevêque d’Evora ; l’évêque de Funchal (Ile de Madère).

— 21 janvier 1927 : Premier acte officiel du Saint-Siège en faveur du pèlerinage de Fatima : la sacrée congrégation des Rites accorde à Fatima le privilège de pouvoir célébrer tous les jours au sanctuaire la messe de Notre-Dame du Rosaire.

— 13 mai 1928 : Bénédiction de la première pierre de la basilique de Fatima, par l’archevêque d’Evora, en présence de 300 000 pèlerins. (Au cours de la seule année 1928, on compta 1 000 000 de pèlerins à la Cova da Iria.)

— 9 janvier 1929 : Le pape Pie XI reçoit le séminaire portugais de Rome, et offre à chaque séminariste deux images de Notre-Dame de Fatima.

— 13 octobre 1930 : Mgr Correia da Silva publie la lettre pastorale A divina Providentia dans laquelle il prononce son jugement solennel au sujet des apparitions de Notre-Dame à la Cova da Iria [12] :

 

En vertu des considérations exposées et d'autres que nous avons omises par brièveté, en invoquant humblement le divin Esprit-Saint et confiant dans la protection de Marie très sainte, après avoir entendu les révérends pères consultants de notre diocèse,

Nous tenons pour bon de :

1° déclarer comme dignes de crédit les visions des enfants à la Cova da Iria, paroisse de Fatima, de ce diocèse, du 13 de chaque mois de mai à octobre 1917 ;

2° permettre officiellement le culte de Notre-Dame de Fatima.

 

Ainsi furent reconnues les six apparitions de Notre-Dame, à la Cova da Iria. Comme le dira le cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne, dans un magistral discours, ayant pour thème : « Fatima et l’Église » radiodiffusé le 30 octobre 1942, veille de la clôture des fêtes du Jubilé d’argent des apparitions de Fatima :

 

Ce n’est pas l’Église qui a imposé Fatima à la foi populaire ; c’est Fatima qui s’est imposé à l’Église [13]. Sans l’Église et contre la puissance de l’État, la lumière du miracle brillait chaque fois plus claire dans le ciel du Portugal, et l’enthousiasme des multitudes de pèlerins se communiquait à la nation tout entière. L’Église a examiné les faits d’un regard scrupuleux, pendant 13 ans, avant de se prononcer ! Fatima avait mis tout ce temps pour s’imposer à l’Église [14].

 

L’approbation des apparitions avait été publiée avec les encouragements du pape Pie XI auquel Mgr Correia da Silva avait envoyé tout un dossier sur les événements de la Cova da Iria.

Notons enfin que si les six apparitions de Notre-Dame, du 13 mai au 13 octobre 1917, sont reconnues comme « dignes de foi » par l’ordinaire du lieu, les messages délivrés lors de ces six apparitions sont par le fait même reconnus comme exempts d’erreur contre la foi et les bonnes mœurs, et dignes d’être crus à leur tour.

La reconnaissance officielle des apparitions était donc un encouragement, pour tous les catholiques, à accomplir les demandes des messages de Notre-Dame, dont certaines étaient déjà connues le 13 octobre 1930 (appel à la récitation quotidienne du chapelet, exhortation à l’amendement des mœurs notamment) mais dont d’autres, contenues dans le secret, ne seraient dévoilées qu’en 1941 (dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, consécration de la Russie), avec la rédaction des IIIe et IVe Mémoires de sœur Lucie [15].

 

 

Les apparitions de l’Ange gardien du Portugal

 

A la date du 13 octobre 1930, Mgr Correia da Silva ne pouvait pas reconnaître les trois apparitions de l’Ange, qui s’étaient produites en 1916, puisque Lucie ne les avait pas encore révélées. Elle ne les lui fera connaître, avec les trois messages de l’Ange, que dans son deuxième Mémoire, écrit en novembre 1937. Mais la reconnaissance des apparitions de Notre-Dame en 1917 avait permis de mettre en évidence l’entière crédibilité et la parfaite véracité du témoignage de Lucie. Aussi, les messages de l’Ange se situant dans le même esprit que ceux de Notre-Dame, le cardinal Cerejeira n’hésita pas à en parler expressément.

 

Le témoignage du cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne

 

Le cardinal Cerejeira parla des apparitions de l’Ange dans l’homélie qu’il prononça à Fatima le 13 mai 1942 (25e anniversaire de la première apparition de Notre-Dame), devant une foule énorme de 300 000 pèlerins [16] :

 

Fatima n’a pas encore dit au Portugal et au monde tout son secret, mais il ne nous paraît pas excessif de dire que ce qu’il a déjà révélé au Portugal est le signe et le gage de ce qu’il réserve au monde. Le vocabulaire portugais, pour exprimer ce qui s’est passé ici depuis 25 ans, n’a guère qu’un seul mot : miracle. Oui, nous avons la ferme conviction que nous devons à la protection de la très sainte Vierge la transformation merveilleuse du Portugal.

Et pour nous affermir dans cette conviction, qu’il me soit permis de révéler que cette protection spéciale avait été en quelque sorte promise, il y a 25 ans – ce que nous-mêmes, vos évêques, avons appris depuis peu – aux prières et aux sa

crifices de trois enfants humbles et sans instruction, par un ange qui se nomma lui-même : Ange du Portugal. Il disait :

« Priez, priez beaucoup ! Les cœurs très saints de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices… Vous attirerez ainsi la paix sur votre patrie. J’en suis l’ange gardien. »

 

Ainsi, dès 1942, la plus haute autorité religieuse du Portugal cautionnait les apparitions de l’Ange et rendait publique une partie du message de l’envoyé céleste. Le cardinal Cerejeira soulignait en même temps l’étroite union entre les apparitions de l’Ange et celles de Notre-Dame, réduisant ainsi par avance à néant les théories modernistes du père Dhanis qui, après la Seconde Guerre mondiale, cherchera à amoindrir la portée universelle du message de Fatima en faisant une fallacieuse distinction entre le noyau central du message, qu’il réduira à peu de chose et nommera « Fatima I » et les « thèmes périphériques » qu’il appellera « Fatima II » et dont il rejettera la crédibilité ; or, il placera les apparitions de l’Ange dans « Fatima II » !

 

La reconnaissance par Jean-Paul II des apparitions de l’Ange

 

L’Église jugera un jour de l’autorité à accorder au magistère de Jean-Paul II. En tout cas, les autorités conciliaires, que leur idéologie place pourtant souvent en contradiction avec les enseignements de Fatima (vision de l’enfer, devoir de réparation, dévotion au Cœur Immaculé de Marie, etc.), ont été obligées d’en reconnaître l’authenticité. Ce fait constitue au moins un important argument a fortiori en faveur des apparitions.

La cérémonie de béatification des deux voyants Jacinthe et François Marto, le 13 mai 2000, à Fatima, a permis la reconnaissance explicite des trois apparitions de l’ange par l’évêque de Leiria-Fatima, Mgr Serafim de Sousa Ferreira e Silva. Celui-ci lut devant le pape la biographie des deux enfants, juste avant leur béatification proprement dite. Cette reconnaissance est un désaveu de la thèse du père Dhanis, au moins sur ce point. Voici ce qu’il déclara [17] :

 

[…] En 1916, ils virent trois fois un ange, et en 1917 six fois la très sainte Vierge qui les exhortèrent à prier et à faire pénitence pour la rémission des péchés, pour réparer les offenses commises contre Dieu et contre le Cœur Immaculé de Marie, pour obtenir la conversion des pécheurs et la paix pour le monde.

 

Plus loin, parlant de François seul, l’évêque ajouta :

 

Les paroles de l’ange : « Consolez votre Dieu » impressionnèrent vivement François et orientèrent toute sa vie. Il voulut être le consolateur de Jésus. C’était une grande peine pour lui de voir Jésus offensé ; son idéal était de le consoler.

 

Le pape Jean-Paul II lui-même, au cours de l’allocution qu’il prononça à l’occasion de l’audience générale du mercredi 17 mai 2000 à Rome, relatant son récent pèlerinage à Fatima, déclara, à propos de François et Jacinthe [18] :

 

Leurs parents les éduquèrent dans la prière, et le Seigneur lui-même les attira de manière plus étroite à lui, à travers l’apparition d’un ange qui, ayant dans les mains un calice et une hostie, leur enseigna à s’unir au sacrifice eucharistique en réparation des péchés.

 

Plus loin, le pape ajoutait :

 

Après leur rencontre avec l’ange et avec la belle Dame, ils récitaient le rosaire plusieurs fois par jour, ils offraient de fréquentes pénitences pour la fin de la guerre et pour les âmes plus nécessiteuses de la miséricorde divine et ils ressentaient l’intense désir de « consoler » les Cœurs de Jésus et de Marie.

 

 

 

Les apparitions de Pontevedra et de Tuy

 

Dans son message du 13 juillet 1917, la sainte Vierge avait annoncé :

 

Dieu va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la famine et de persécutions contre l’Église et le Saint-Père. Afin de l’empêcher, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis.

 

La dévotion réparatrice a été demandée par Notre-Seigneur et Notre-Dame à Pontevedra en 1925 et 1926, avec des précisions supplémentaires données à Tuy en mai 1930. La consécration de la Russie a été demandée par Notre-Seigneur à Tuy le 13 juin 1929.

Ces apparitions n’ont pas été reconnues officiellement par l’Église, ni les deux demandes accomplies.

Cependant nous avons déjà fait remarquer que l’approbation canonique, par les autorités de l’Église, des six apparitions de Notre-Dame à la Cova da Iria en 1917, avait permis de mettre en évidence l’entière crédibilité et la parfaite véracité du témoignage de Lucie. Il s’ensuit que les écrits qui furent rédigés progressivement par la voyante, à la demande de l’autorité légitime, doivent être reçus avec crédit et confiance, comme entièrement véridiques eux aussi.

D’autre part, on peut dire que cette reconnaissance officielle contient la reconnaissance implicite des apparitions postérieures de Pontevedra et de Tuy annoncées de manière générale le 13 juillet (« Je viendrai demander, etc. »).

Il faut aller plus loin : les demandes du Ciel se sont imposées avec une telle force que la hiérarchie a fait plusieurs tentatives pour y répondre, spécialement

en ce qui concerne la consécration de la Russie. Même si les autorités de l’Église n’ont pas encore obéi complètement à Notre-Dame, leurs efforts constituent une certaine reconnaissance implicite de la véracité des apparitions de Pontevedra et de Tuy [19]. C’est encore un démenti cinglant à la thèse du père Dhanis.

 

— La dévotion réparatrice

 

Après les apparitions de Pontevedra, sœur Lucie entreprit des démarches auprès de l’évêque de Leiria, Mgr da Silva, pour obtenir une approbation officielle de cette dévotion. L’évêque ne trouva aucune objection à cette pratique, comme en témoignent ces lignes du chanoine Formigão :

 

Mgr da Silva, avec lequel je suis allé m’entretenir à Braga sur ce sujet, m’a autorisé à propager dès maintenant, en privé, cette dévotion réparatrice. Il la promulguera sous peu dans un document public et officiel, en la recommandant et en l’indulgenciant [20].

 

Cet accord de principe manifestait aussi qu’il n’avait aucun doute sur l’origine surnaturelle des apparitions de Pontevedra. Malheureusement il laissa passer les mois et les années, et le document officiel ne vit jamais le jour.

Ce n’est que le 13 septembre 1939, poussé sans doute par le tragique déclenchement de la ssconde Guerre mondiale (3 septembre 1939), qu’il se décida à rendre publique et à recommander cette dévotion dans l’homélie qu’il prononça ce jour-là à la Cova da Iria devant plusieurs milliers de fidèles. De plus, le 21 septembre 1939 et le 10 octobre suivant, il donna l’imprimatur à des images présentant la dévotion réparatrice ; et dans le numéro d’octobre de la Voz da Fatima (mensuel du sanctuaire de Fatima), il fit aussi connaître cette dévotion. Mais l’article était anonyme et contenait des erreurs. Il ne s’agissait donc pas du document public et officiel annoncé, mais d’une simple recommandation [21].

Et depuis cette année 1939 jusqu’à aujourd’hui, la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois n’a plus jamais fait l’objet d’aucun acte officiel d’approbation, ni de la part de la hiérarchie catholique portugaise, ni de la part du Saint-Siège. Et pourtant, de cette approbation et de l’acte de réparation et de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie dépendaient la fin de la

persécution en Russie [22] et la conversion de cette nation, donc le salut éternel d’une multitude d’âmes [23]. Cela explique que cette « aimable dévotion réparatrice », selon les termes de la voyante, semble être tombée aujourd’hui dans l’oubli le plus profond, étant ignorée par la quasi-totalité de l’Église conciliaire, malgré tous les efforts de sœur Lucie pour la propager et la faire pratiquer [24].

 

— La demande de la consécration de la Russie

 

Ce sont ici deux papes (Pie XII et Jean-Paul II) qui ont personnellement essayé de faire quelque chose pour répondre aux demandes du Ciel [25]. Ces essais de consécration constituent une reconnaissance très forte de la véracité des apparitions de Tuy.

 

 

En définitive, on doit conclure que Fatima dans son ensemble, avec toutes ses composantes (y compris les apparitions de l’ange, les trois parties du secret [26] et les apparitions complémentaires de Pontevedra et de Tuy) est globalement reconnu par l’Église. Celle-ci est loin d’avoir répondu à toutes les demandes de Notre-Dame (consécration de la Russie et promotion de la dévotion réparatrice des premiers samedis), mais elle les a authentifiées. La thèse du père Dhanis, qui jouit pourtant encore d’une faveur certaine au Vatican, en est ruinée de fond en comble.

*


[1]— Ainsi les modernistes distinguent Notre-Seigneur tel qu’il est apparu historiquement (le Christ de l’histoire) et ce qu’en disent les Évangiles et qui serait le fruit de l’expérience subjective de la première communauté chrétienne (le Christ de la foi).

[2]— Il nomme ces apparitions Fatima I.

[3]— Le père Dhanis désigne cela sous le nom de Fatima II.

[4]— Les apparitions de l’ange n’ont été révélées par Lucie qu’en 1937. Quant aux deux demandes contenues dans le secret, elles n’ont été révélées publiquement qu’en 1941. Le père Dhanis s’autorise de cette révélation tardive pour mettre en doute la réalité du fait. Il ne reste plus alors de Fatima que le message général de prière et de pénitence qui a été connu dès 1917 par le témoignage des trois enfants. — Cette thèse du P. Dhanis a été réfutée magistralement, d’abord par le père da Fonseca, dès sa parution, puis par le père Alonso, spécialiste officiel de Fatima, spécialement dans son article « Fatima y la critica » publié dans la revue espagnole de théologie mariale qu’il dirigeait : Ephemerides Mariologicæ 18 (1968), p. 393-435. Voir aussi le frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 1, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1983, p. 5-102.

[5]— Voir l’article : « Jean-Paul II a-t-il consacré la Russie comme la sainte Vierge le demandait ? » dans le présent numéro du Sel de la terre.

[6]— Mémoires de sœur Lucie (2e édition française de mai 1991, réimprimée en août 1997), 2e Mémoire (écrit en novembre 1937), p. 70-71.

[7]— Père Jean de Marchi, Témoignages sur les apparitions de Fatima, Missions Consolata-Fatima, 1966, 4e partie, ch. II, p. 230-231.

[8]— Père Jean de Marchi, ibid., 4e partie, ch. III, p. 235-236.

[9]— Chanoine Barthas, Fatima, 1917-1968, Histoire complète des apparitions et de leurs suites, Toulouse, Fatima-Éditions, 1969, 396 p., p. 257-258.

[10]— L’évêque de Portalègre était alors Mgr Manuel Mendès da Conceição Santos, qui avait été nommé sur ce siège en 1915, et sera promu archevêque d’Evora en 1920. Originaire de Pé do Cão, près de Fatima, il fut le premier évêque portugais à être convaincu de la véracité des apparitions. Il voulut même se rendre à la Cova da Iria le 13 octobre 1917, pour voir le miracle promis. Il voyagea de Portalègre à son village natal et, le 12 octobre, fit connaître au curé de son village son projet de se rendre à la Cova da Iria le lendemain. Ce prêtre le supplia alors de s’abstenir de paraître à la Cova da Iria, car sa présence ridiculiserait l’Église et l’épiscopat, tout n’étant que mensonges et machinations dans cette histoire d’apparitions, d’après lui. L’humble évêque, jugeant sans doute que le prêtre de son village natal avait plus d’informations que lui sur le phénomène de Fatima, vu la proximité du lieu, se rangea à son avis et, le lendemain, au lieu de se rendre à la Cova da Iria, il reprit le train pour Lisbonne. Quand il apprit le miracle qui s’était produit, il regretta beaucoup de n’avoir pas été présent, et jusqu’à sa mort en 1955, ce fut l’un des plus grands regrets de sa vie. (Le fait me fut raconté oralement par la sœur Hélène Cordovil, ancienne supérieure de la Congrégation diocésaine fondée par Mgr Mendès da Conceição Santos à Evora).

[11]— Le texte original portugais de l’ordonnance épiscopale du 3 mai 1922 se trouve dans Documentação crítica de Fátima, t. II : Procès canonique diocésain (1922-1930), éd. du Sanctuaire de Fatima, 1999, 386 p., p. 42 à 50. Traduction par nos soins.

[12]— Le texte intégral de cette lettre pastorale est publié dans le présent numéro du Sel de la terre.

[13]— Cette réflexion du cardinal est d’autant plus remarquable qu’il avait d’abord été très réticent à l’égard des apparitions. Il écrira plus tard : « Je fus de ceux qui, au début, ne crurent pas au miracle. Cela me paraissait une mauvaise contrefaçon de Lourdes » (Préface à l’ouvrage du chanoine Barthas,  Fatima et les destins du monde, Toulouse, Fatima-Éditions, 1957, p. 7-8). Mgr Correia da Silva, déclara de son côté au chanoine Barthas : « Je n’avais jamais voulu m’en occuper [avant d’être nommé évêque de Leiria-Fatima], au point – vous ne le croirez pas – que je ne savais même pas où se trouvait Fatima. Histoires d’enfants, me disais-je » (cité par le chanoine Barthas dans Fatima 1917-1968, Toulouse, Fatima-Éditions, 1969, p. 257-258). Nommé évêque de Leiria-Fatima, il attendra un an par prudence avant de se prononcer, en enquêtant soigneusement. — Les deux prélats qui ont soutenu de tout leur poids les apparitions étaient donc parmi ceux qui y étaient le plus opposé au début. C’est un fait à relever en faveur de l’authenticité des événements de Fatima.

[14]— Chanoine Barthas : Fatima, merveille inouïe, Toulouse, Fatima-Editions, 2e édition, revue et augmentée, avril 1943, 348 p. Partie documentaire p. 329.

[15]— Nous en parlons plus loin.

[16]— Chanoine Barthas, Fatima, merveille inouïe, ibid., partie documentaire, p. 326.

[17]— Traduction par nos soins, d’après le texte portugais exact lu pendant la cérémonie par l’évêque de Leiria-Fatima.

[18]— Traduction par nos soins, d’après le texte portugais de l’allocution publié par l’édition portugaise hebdomadaire de l’Osservatore Romano, nº 21 du 20 mai 2000, p. 12.

[19]— On peut ajouter que la Vierge Marie a confirmé elle-même l’authenticité de ses demandes en accordant des fruits merveilleux à la consécration du Portugal à son Cœur Immaculé faite le 13 mai 1931 par tout l’épiscopat du pays. Le 2 décembre 1940, sœur Lucie écrivit au pape Pie XII : « Très Saint Père, Notre-Seigneur promet à notre patrie une protection très spéciale durant cette guerre, en considération de la consécration que les révérends prélats portugais ont faite de la nation au Cœur Immaculé de Marie. Et cette protection sera la preuve des grâces qu’il accorderait à d’autres nations si, comme elle, elles lui étaient consacrées. »

[20]— Cité par le frère François de Marie-des-Anges dans Fatima, joie intime, événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1991, p. 205.

[21]— Voir le frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, ibid., p. 229.

[22]— Sur la persécution morale et administrative qui continue aujourd’hui à l’égard du catholicisme en Russie, voir l’article sur la consécration de la Russie dans le présent numéro du Sel de la terre.

[23]— La lettre de sœur Lucie, de mai 1930, au père Gonçalvès son confesseur, est très claire à ce sujet, et unit étroitement les deux demandes que l’on doit satisfaire pour obtenir les grâces promises le 13 juillet 1917 : « Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice » (Cité par le frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, ibid., p. 206-207).

[24]— Il est symptomatique à cet égard qu’aucune voix officielle de l’Église conciliaire (du moins à notre connaissance) n’ait souligné que le pape Jean-Paul II était mort un premier samedi du mois. Cela en dit long sur l’ignorance et le mépris qui frappent cette dévotion dans l’Église actuelle, et montre avec éclat que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie n’est établie ni dans l’Église, ni dans le monde, d’où les grands châtiments présents, de toutes natures, qui frappent l’humanité.

[25]— Aucun n’a été jusqu’au bout. Voir l’article sur la consécration de la Russie dans le présent numéro du Sel de la terre.

[26]— La publication de la troisième partie du secret de Fatima par la congrégation pour la Doctrine de la foi, le 26 Juin 2000, constitue une reconnaissance officielle du secret tout entier, puisque les deux premières parties étaient citées. Même si le commentaire constituait, en réalité, plus une occultation qu’une révélation du secret, on doit noter que jamais jusqu’ici une révélation privée n’avait été rendue publique par la congrégation pour la Doctrine de la foi elle-même avec une telle solennité. Là encore, les autorités conciliaires semblent contraintes comme malgré elles de reconnaître l’authenticité de Fatima.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Fabrice Delestre a exercé son ministère en France et au Portugal, notamment à Fatima.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 53

p. 29-40

Les thèmes
trouver des articles connexes

Apparitions mariales

La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page