Éditorial
Fatima, Benoît XVI et la crise dans l’Église
Ayez confiance, j’ai vaincu le monde (Jn 17, 33).
A la fin mon Cœur Immaculé triomphera (13 juillet 1917 à Fatima).
Il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, des familles du monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n’y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire (Lucie au père Fuentès, 1957).
Le 17 octobre 1917 eut lieu le plus grand miracle de l’histoire de l’Église, du moins quant au nombre de personnes qui en furent les témoins. Il faut remonter à la sortie d’Égypte, quinze siècles avant notre ère, et à la grandiose manifestation du Sinaï, pour trouver quelque chose de comparable.
Si Dieu a voulu donner une telle « publicité » au message de Fatima, ce n’est pas sans raisons.
Pourtant ces raisons ne sont apparues clairement que dans la suite.
Sans doute, la sainte Vierge avait dit aux enfants de Fatima : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. » Mais cette partie du message resta secrète jusqu’en 1941.
A partir de ce moment-là, l’importance du message de Fatima a commencé à devenir visible par tous : on comprenait que la sainte Vierge était venue nous prévenir du danger du communisme et nous donner les moyens de le vaincre.
Toutefois, il ne s’agissait pas seulement du communisme. Le message de Fatima contenait une troisième partie qui devait être révélée au plus tard en 1960, « parce qu’en 1960 cela apparaîtra plus clair [1] ».
1960 a été en effet le début d’une nouvelle ère, d’un « nouvel âge » dans l’Église : Gaudium et spes, la joie et l’espoir de Vatican II, ont commencé à déferler sur la sainte Épouse de Notre-Seigneur Jésus-Christ, y produisant des dévastations infiniment plus graves que celle du communisme athée.
Depuis 1960, l’Église est engagée dans une crise qui est certainement la plus grave de toute son histoire et dont nous ne voyons pas la fin.
Pourtant nous pouvons avoir une certitude, et ce numéro du Sel de la terre voudrait le montrer : la solution à la crise actuelle est liée à Fatima.
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A Fatima, la sainte Vierge n’a pas demandé des choses extraordinaires. Essentiellement, ce qu’elle a demandé, c’est : 1º. La récitation quotidienne de notre chapelet. – 2º. La dévotion à son Cœur Immaculé. – 3º. La pratique de la dévotion des « cinq premiers samedis ». – 4º. La consécration de la Russie à son Cœur Immaculé par le pape.
Le Ciel a envoyé des « signes » fort clairs aux papes pour les engager à obéir ses demandes. Rappelons-en quelques uns :
Le pape Pie XII fut consacré évêque le jour de la première apparition de Notre-Dame à Fatima, le 13 mai 1917 ; durant son pontificat, il bénéficia à plusieurs reprises, entre les 30 octobre et 8 novembre 1950 dans les jardins du Vatican II, d’un miracle semblable à celui de la danse du soleil du 13 octobre 1917.
Jean-Paul II, qui venait d’un pays soumis au communisme, subit un attentat le 13 mai 1981. Le pape a bien compris qu’il y avait là un lien avec Fatima, mais il n’en a pas tiré les conséquences pratiques.
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Or la hiérarchie de l’Église, surtout depuis 1960, n’a pas été dans le sens de la réalisation de ces demandes.
• La dévotion au rosaire a considérablement régressé. Le pape Jean-Paul II, en ajoutant « 5 mystères lumineux » a même rendu incompréhensible la demande de la sainte Vierge aux petits pâtres : celle-ci leur demandait de réciter « o terzo », le tiers du rosaire, comme disent les Portugais. Comment faire pour réciter le tiers du « nouveau rosaire » de 20 mystères ?
• La dévotion au Cœur Immaculé de Marie a fortement diminué depuis 1960 : la fête du Cœur Immaculé de Marie est passée au rang de simple mémoire. Les autorités romaines ignorent cette dévotion, et ce qu’elles en disent manifestent leur incompréhension, pour ne pas dire leur mépris (voir dans ce numéro l’article sur le commentaire du cardinal Ratzinger sur le message de Fatima).
• La pratique des cinq premiers samedis du mois n’a jamais été encouragée par Rome, ni même officiellement reconnue… Pourtant c’est une chose si simple [2]. Comment expliquer cela ?
• La consécration de la Russie au Cœur Immaculé par le pape n’a jamais été faite comme la sainte Vierge l’avait demandée (voir l’article sur ce sujet dans ce numéro).
Ainsi, loin d’obéir aux demandes du Ciel, les autorités de l’Église, surtout depuis 1960, se sont engagées dans une voie diamétralement opposée : au lieu de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, ils ont propagé « le culte de l’homme » ; et même, au lieu d’honorer la sainte Vierge, ils l’ont méprisée au Concile [3] ; au lieu de résister au communisme et d’encourager le témoignage de la foi jusqu’au martyre, ils se sont lancés dans l’Ostpolitik et la compromission avec les ennemis de l’Église ; au lieu de chercher à convertir les nations (la Russie notamment) ils ont enterré la doctrine du Christ-Roi et inventé une nouvelle doctrine de « liberté religieuse » ; au lieu de chercher à faire revenir les schismatiques orthodoxes dans le sein de l’Église, ils ont renoncé au « prosélytisme » à leur égard et rejeté, de facto, l’uniatisme [4].
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Le nouveau pape Benoît XVI est confronté à Fatima depuis au moins vingt ans : en tant que préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, c’est lui qui devait s’occuper de ce dossier. Il était chargé de la garde du « troisième secret » – qu’il lut et qu’il fut ensuite chargé de publier –, il donnait les autorisations de visite à sœur Lucie, il fit mettre sous scellés la cellule de cette dernière quelques mois avant d’être élu pape, etc.
Comme ses prédécesseurs, il paraît mal disposé pour obéir aux demandes de Notre-Dame du Rosaire. Encore cardinal, il a affirmé que Fatima était une révélation privée, « dont il n’est nullement obligatoire de faire usage [5] » ; il semble ne pas comprendre ce qu’est la dévotion au Cœur Immaculé de Marie [6], et il partage la version « religieusement correcte » de la consécration de la Russie déjà faite par Jean-Paul II.
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Sans doute, Fatima reste une révélation privée ; sans doute, celle-ci n’a pas l’autorité de la foi : mais elle n’en a pas moins une très grande autorité.
Ne pas obéir à ce que Dieu demande à Fatima (« il veut répandre la dévotion à mon Cœur Immaculé ») n’est pas forcément une faute contre la foi, mais c’est une grave imprudence, voire une grave désobéissance.
La Providence a ses voies, elle a ses plans.
Tous les bons catholiques français savent que la Révolution de 1789 fut, entre autres, une punition pour le refus de la consécration de la France au Sacré-Cœur qui avait été demandée en 1689 à sainte Marguerite-Marie dans une révélation privée.
Le roi de France devait faire cette consécration, et il ne l’a pas faite. Les papes devaient obéir aux demandes du Ciel à Fatima, et ils ne l’ont pas fait : « Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera bien tard [7]. »
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Aujourd’hui, la crise est parvenue à un tel degré de gravité qu’il ne reste plus d’espoir que dans une intervention particulière de la Providence.
Il y a tout lieu de penser que cette intervention sera liée au Cœur Immaculé de Marie : d’une part parce que, selon Fatima, « Dieu veut répandre cette dévotion », d’autre part parce que dans les derniers temps doit éclater le triomphe de la sainte Vierge Marie (voir l’article sur Fatima et saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans ce numéro).
Nous avons l’assurance qu’un jour le pape fera la consécration de la Russie demandée à Fatima (« ils le feront »), et donc qu’il répondra enfin aux demandes du Ciel.
Le pape actuel, formé dans la nouvelle théologie, semble incapable de comprendre les raisons de la crise dans l’Église et, par conséquent, de prendre les mesures pour en sortir.
Mais la Providence a voulu lui donner un moyen simple, à sa portée, pour résoudre cette crise : obéir aux exigences de Fatima.
Un tel acte serait déjà un premier pas dans un retour vers la Tradition : l’acte de consécration de la Russie est un acte qui doit être imposé par le pape personnellement (contre la collégialité), qui affirme son autorité sur la Russie (contre le schisme orthodoxe), qui met en valeur la médiation de la sainte Vierge (contre le faux œcuménisme avec les protestants), auquel est attachée la conversion d’un pays en tant que pays (contre la liberté religieuse) ; la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois rappelle que le péché offense Dieu et que l’on doit prier et se sacrifier pour empêcher les âmes de tomber en enfer (contre la nouvelle théologie).
Dans son livre Fatima-Rome-Moscou [8], M. l’abbé Mura fait remarquer que la consécration au Cœur Immaculé de Marie s’oppose aux tentatives purement humaines de paix mondiale, et suppose une théologie d’un vrai retour à la foi de l’Église, car, par le retour des schismatiques à l’unité romaine qu’elle doit causer, elle est anti-œcuménique par excellence et est l’antidote de toute la réforme conciliaire.
Remarquons aussi que cette démarche ne serait pas humiliante pour Rome, car, dans la mesure où les autorités romaines pensent avoir déjà fait cette consécration, il leur suffit de la « renouveler », en respectant toutefois à cette occasion les conditions posées par la sainte Vierge à Fatima.
Mgr Fellay, dans un entretien avec la revue The Latin mass, déclarait que ce serait le premier conseil qu’il donnerait à la hiérarchie romaine, si le cas se présentait :
T.L.M. Si vous pouviez donner un conseil à la hiérarchie romaine, que lui diriez-vous ? Quels seraient les points les plus critiques qui auraient besoin d'être corrigés pour enrayer la crise de l'Église?
Mgr F. Avant tout, l'Église catholique est essentiellement surnaturelle et non pas humaine – bien que l'humain y tienne une place importante –, il faut donc que cette vision surnaturelle des choses soit rétablie. C'est appliquer la foi aux situations concrètes ; c'est compter sur l'aide de Dieu pour résoudre d'immenses problèmes. A ce niveau surnaturel, la consécration demandée par Notre-Dame à Fatima serait très importante [9].
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Sans doute, la clef de la solution à la crise dans l’Église est dans les mains du pape. Mais chacun d’entre nous doit préparer et hâter ce triomphe du Cœur Immaculé de Marie, en connaissant et faisant connaître le message de Fatima, et en obéissant, autant qu’il est en nous, aux demandes de la Reine du très saint Rosaire.
Ce numéro spécial devrait nous y encourager, car il explique – outre l’importance de Fatima pour la politique mondiale et pour l'Église universelle – son impact dans notre vie quotidienne : ce qu’est la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, la vie exemplaire de François et de Jacinthe, l’exemple de l’Armée bleue, etc. La lecture de ces pages sera une aide pour prier, vivre en famille, éduquer nos enfants, combattre l’ennemi et nous sanctifier de la manière que la sainte Vierge nous a indiquée à Fatima.
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Remerciements
Au seuil de ce numéro spécial sur Fatima et le Cœur Immaculé de Marie, nous tenons à remercier tout spécialement M. l’abbé Fabrice Delestre, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour son aide, sa documentation et ses précieux conseils.
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[1] — Cardinal Ottaviani, DC 19 mars 1967, col. 542.
[2] — Le pape Jean-Paul II a fixé une nouvelle fête : le dimanche de la Miséricorde (dimanche après Pâques) d’après les révélations faites à sœur Faustine, polonaise. Il aurait facilement pu encourager la dévotion des cinq premiers samedis du mois, et même l’enrichir d’indulgences, comme il y en a pour les neuf premiers vendredis du mois.
[3] — Voir Le Sel de la terre 6, p. 168-170
[4] — Selon les accords de Balamand : voir par exemple Le Sel de la terre 44, p. 444 et sq.
[5] — Voir l’article sur le commentaire du cardinal Ratzinger sur le message de Fatima.
[6] — Voir l’article sur le commentaire du cardinal Ratzinger sur le message de Fatima.
[7] — Sœur Lucie rapporte cette parole de Notre-Seigneur dans une lettre au père Gonçalvez en 1936. Lettre citée par le père Alonso dans Marie sous le symbole du cœur, Paris, Téqui, 1973, p. 42.
[8] — P. Gérard Mura, Fatima – Rom – Moskau, Die Weihe Rußlands an das Unbefleckte Herz Mariens steht noch immer aus, Jaidhof, Rex Regum Verlag, 1999, 78 p.
[9] — DICI 101, 25 septembre 2004, p. 10.

