Garder mémoire du communisme
par le frère Innocent-Marie O.P.
Le communisme est devenu anonyme. Toujours vivant (voir, dans ce numéro, l’article de Pascal Bernardin), il a su se dégager des structures sclérosées qui, après plusieurs décennies de bons services, étaient vraiment devenues trop vétustes ; il a également su se débarrasser d’un uniforme devenu trop compromettant ; comme un policier en civil, il circule désormais incognito au volant d’une voiture banalisée. Du coup, son nom ne fait plus peur aux jeunes générations qui, même dans nos familles catholiques, ignorent souvent presque tout des crimes qu’il a commis pendant près d’un siècle.
De ces crimes, il importe de garder mémoire (lire, relire et faire lire à nos enfants les récits, les témoignages et les études qui les évoquent [1]). Mais il faut aussi se souvenir de la nature du communisme. Garder présentes à l’esprit les lignes essentielles de son idéologie et de sa tactique, ne serait-ce que pour les démasquer plus facilement sous les nouveaux déguisements dont elles s’affublent.
C’est à cela que voudrait contribuer cet article. Sur un sujet aussi vaste, il n’entend évidemment pas tout dire. Simplement donner quelques rappels, fournir quelques pistes de réflexion sur ces « erreurs de la Russie » contre lesquelles la sainte Vierge a jugé utile de venir nous mettre en garde.
Le Sel de la terre.
« Les erreurs de la Russie » : le communisme
C’EST LE 13 JUILLET 1917 que Notre-Dame prononça à Fatima la prophétie : « Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l’on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des révolutions contre l’Église. » Puis, durant l’été 1931, Notre-Seigneur se plaignit à sœur Lucie du retard avec lequel la hiérarchie accomplirait cette consécration : « […] la Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres, des persécutions contre l’Église. »
Manifestement, Notre-Seigneur et Notre-Dame établissent un lien très fort entre « les erreurs de la Russie » et toutes les épreuves que va subir l’Église. Parlant quatre mois avant la révolution bolchevique de Pétrograd (qui eut lieu en novembre selon le calendrier grégorien), la sainte Vierge désigne le communisme par l’expression : « les erreurs de la Russie ». Aujourd’hui, ces « erreurs » se sont répandues par toute la terre avec leur cortège de « guerres et de révolutions contre l’Église », et l’on comprend tout à fait que la sainte Vierge ait eu la bonté de venir avertir les hommes de ce cataclysme sans précédent.
Le communisme, système d’erreurs
Le communisme forme un système de plusieurs erreurs : théologiques, philosophiques, historiques, politiques, économiques, etc. Nous voudrions ici rappeler les principales de ces erreurs et les moyens par lesquels elles se sont répandues, comme dit la sainte Vierge, « à travers le monde ». L’expression de Notre-Dame annonçait déjà, en 1917, (puis en 1931 : « dans le monde »), une expansion planétaire. De fait, aujourd’hui, outre les pays officiellement sous régime communiste (Chine, Albanie, Cuba, etc.), la plupart des pays du monde ont non seulement un parti communiste, officiel ou clandestin, mais aussi toute une gamme de mouvements révolutionnaires (ou « de gauche »), animés par l’idéologie communiste – qu’on pense aux mouvement dits de libération en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud-Est, ou, chez nous, aux organisations infiltrées par les trotskistes. Il faut ajouter les innombrables formes de subversion communiste par la culture, l’enseignement, l’écologie, les syndicats, les médias, etc.
Une présentation du communisme, même sommaire, ne peut taire les millions de victimes qu’il fit de par le monde depuis 1917. Dans l’ouvrage collectif Le Livre noir du communisme, Stéphane Courtois, auteur du premier chapitre (« les crimes du communisme »), écrit :
Nous pouvons […] établir un premier bilan chiffré qui n’est encore qu’une approximation minimale et nécessiterait de longues précisions mais qui, selon des estimations personnelles, donne un ordre de grandeur et permet de toucher du doigt la gravité du sujet :
— URSS, 20 millions de morts,
— Chine, 65 millions de morts,
— Vietnam, 1 million de morts,
— Corée du Nord, 2 millions de morts,
— Cambodge, 2 millions de morts,
— Europe de l’Est, 1 million de morts,
— Amérique latine, 150 000 morts,
— Afrique, 1,7 million de morts,
— Afghanistan, 1,5 million de morts,
— mouvement communiste international et partis communistes non au pouvoir, une dizaine de milliers de morts.
Le total approche la barre des 100 millions de morts [2].
C’est contre cela que Notre-Dame est apparue à Fatima en 1917.
Le pape comme guide
Pour connaître le communisme, prenons comme guide le magistère de l’Église, principalement Divini Redemptoris hominis (19 mars 1937) [3]. Cette encyclique a l’avantage de résumer brièvement les documents pontificaux antérieurs sur le sujet, et, en même temps d’en expliquer la mise en pratique. Nous citerons aussi les auteurs communistes eux-mêmes et des témoins.
Pie XI se demande, dans Divini Redemptoris hominis, pourquoi le communisme « se répand si rapidement dans le monde entier ». Il répond en invoquant deux raisons : d’abord, « fort peu de personnes ont étudié à fond le but des communistes et la réalité de leurs entreprises » ; ensuite « ils sont bien nombreux ceux qui cèdent facilement à leurs habiles instigations, renforcées d’éblouissantes promesses » (§ 15).
Le père Fillière [4] ajoutait une raison psychologique, plus que jamais actuelle dans notre monde saturé de désinformations médiatiques :
Le communisme est généralement envisagé du point de vue sentimental et émotionnel, rarement d’un point de vue intellectuel. On se met ainsi dans les conditions les moins favorables à la compréhension de l’idéologie et de la tactique marxistes [5].
L’analyse que le pape fait du communisme concerne d’abord la Russie, (désignée par Notre-Dame à Fatima), même si depuis 1917 le communisme s’est répandu ailleurs. Pie XI est catégorique en parlant de « ceux qui haïssent le plus violemment l’Église et qui de Moscou, leur capitale, dirigent ce combat contre la civilisation chrétienne » (§ 4) [6].
« Les mensonges communistes »
A notre connaissance, aucune encyclique n’a jamais dénoncé une erreur avec autant de qualificatifs négatifs [7].
Dès le § 7, Pie XI stigmatise « ces inventions et ces directives qui répandent l’imposture ». Au § 15, le pape s’interrogeant sur le succès du communisme qui est pourtant une « doctrine depuis longtemps dépassée scientifiquement et complètement réfutée par l’expérience quotidienne », signalait les « habiles instigations des communistes, renforcées d’éblouissantes promesses ». Et comme « dans toute erreur il y a quelques reflets de vérité, – nous venons de le voir même pour le communisme –, très habilement les communistes montrent cette apparence de vérité dans l’intention de dissimuler tactiquement la monstruosité repoussante et inhumaine de leurs directives et de leurs méthodes ».
« Les tromperies du communisme » (§ 17), « les impostures du matérialisme athée » (§ 39), « les machinations et les tromperies par lesquelles les communistes attirent, comme c’est leur but, beaucoup d’hommes de bonne foi » (§ 56), « toutes sortes de tromperies » (§ 57), « ces pièges » (§ 58), « les mensonges communistes » (§ 65), autant d’expressions fortes employées par le pape pour mettre en garde les âmes droites contre « les mythes des propagandistes du mensonge » (§ 81).
« Le savoir-faire des agitateurs »
C’est en ces termes que, dès le § 6 de l’encyclique, Pie XI dénonce des personnes bien précises : les chefs communistes qui agissent de manière tout à fait consciente dans le « dessein particulier de bouleverser radicalement l’ordre social et d’anéantir jusqu’aux fondements de la civilisation chrétienne » (§ 3).
Dans le dernier paragraphe de l’encyclique le pape stigmatise encore les « propagandistes du mensonge » (§ 81). Tout au long du texte il attaque, par des expressions variées, la véritable organisation humaine, plus ou moins secrète, que constitue le communisme : « les entreprises de l’ennemi » (§ 56), « ses méthodes de combat » (§ 57), « les entreprises communistes » (§ 73), « une criminelle propagande athée, machinée pour la destruction de toute société » (§ 74), « les organisations du communisme » (§ 77), « les entreprises des communistes » (§ 80).
Finalement, le pape résume parfaitement l’organisation communiste : « les révolutionnaires professionnels prennent à leurs machinations surtout les pauvres ». Comment ? En faisant des misères des pauvres « un thème d’agitation passionnée » selon « le bon plaisir des propagandistes du parti » (§ 61).
En s’exprimant ainsi, Pie XI est tout à fait d’accord avec Lénine quant à l’existence d’un parti communiste formé uniquement de révolutionnaires professionnels, tout à fait distinct des organisations (syndicats, comités de quartier, associations culturelles, etc.). « Cet appareil international constitue un parti authentiquement révolutionnaire où l’étude et l’entraînement politique sont obligatoires sous peine d’exclusion immédiate, où l’on s’assure que la pensée communiste des membres et leur action ne forment qu’une seule chose […]. Pour que son parti soit réellement “l’aile marchante de la classe ouvrière”, Lénine l’a doté de quatre caractéristiques : 1° l’étude, 2° la discipline de fer, 3° les révolutionnaires professionnels, 4° un parti d’élite [8] ».
Parmi les techniques employées par le parti communiste, signalons :
— Les courroies de transmission : il s’agit d’organismes nombreux, dotés d’étiquettes variées, qui servent, souvent à leur insu, à faire passer les mots d’ordre du parti. Qu’il s’agisse de groupements politiques, patriotiques, pacifistes, syndicaux, sociaux, familiaux, paysans, intellectuels, sportifs, religieux même, ils sont encadrés à différents échelons par les délégués des révolutionnaires professionnels. Dans ces courroies de transmission, les communistes se dissimulent toujours derrière des hommes et des femmes qui ont la réputation d’être non-communistes.
— La stratégie (ou ligne droite) et la tactique (ou ligne sinueuse :
La stratégie, c’est ce qui fixe, dans un minimum de temps, le coup principal à porter. Elle est en quelque sorte ésotérique et secrète ; elle est réservée à un petit nombre, en l’occurence aux révolutionnaires professionnels. Elle fixe le mot d’ordre pour toute une époque, pour tout un mouvement, pour tout un pays ou pour tout un continent. La stratégie est toujours la ligne droite, c’est l’intention.
La tactique est différente de la stratégie, quoique de même nature […]. La tactique peut être un morceau de la stratégie découpée en tranches pour être plus facilement avalée dans son entier par l’ennemi sans l’alerter trop tôt. A cette tactique, le Parti a donné le nom de tactique du salami. Quand on avale la dernière tranche de ce que l’on croyait être une couleuvre, on s’aperçoit que l’on a avalé un serpent à sonnettes, mais il est trop tard [9].
— Le mot d’ordre ou slogan :
La tactique varie suivant le moment de la lutte et s’exprime aux yeux des masses par des mots d’ordre. Le succès dépend, d’une part, de la justesse de nos mots d’ordres tactiques, et d’autre part, de l’appui que les forces de combat réelles, celles des masses ouvrières, apporteront à ces mots d’ordre [10].
— « L’agit-prop » :
Maurice Thorez, chef du Parti communiste dit « français », disait le 23 février 1958, de Marcel Cachin (1869-1958) :
Il commence en 1906 cette longue activité d’agitateur et de propagandiste, qui devait durer autant que son existence [11].
De quoi s’agit-il donc ? Lénine explique en citant Plekhanov :
Le propagandiste inculque beaucoup d’idées à une seule personne ou à un très petit nombre de personnes. L’agitateur n’inculque qu’une idée ou un très petit nombre d’idées, mais à une masse de personnes. […] C’est pourquoi le propagandiste agit principalement par les écrits, l’agitateur par les discours [12].
Attaques communistes contre l’Église
Par ces dénonciations, Pie XI veut alerter spécialement les chrétiens, d’abord contre les infiltrations des communistes dans l’Église : « Maintes fois les chefs communistes travaillent de toutes leurs forces à s’infiltrer perfidement dans des associations catholiques [13]. »
Ensuite contre la politique de la main tendue aux catholiques qui n’est qu’un aspect de la dialectique sans cesse rappelée par Lénine :
Il faut consentir à tous les sacrifices, user même en cas de nécessité, de tous les stratagèmes, user de ruse, adopter des procédés illégaux, se taire parfois, celer parfois la vérité, à seule fin de pénétrer dans les syndicats, d’y rester et d’y accomplir, malgré tout, la tâche communiste [14].
On ne peut manquer en lisant ces lignes de penser que Pie XI parle d’expérience. En effet, son « pontificat commence alors même que se met en place, en URSS, un régime totalitaire. Pie XI n’a pas perçu tout de suite cette dimension du régime communiste. Il a d’abord souhaité négocier avec lui et il a longtemps cru qu’une “conversion” de la Russie était possible [15] ». Le biographe précise qu’élu pape le 6 février 1922, « dès les premiers temps de son pontificat, Pie XI n’hésite pas à engager des discussions avec la Russie communiste et il vient en aide à ses populations [16] ». Il faut reconnaître que le prédécesseur de Pie XI, Benoît XV, avait répondu favorablement au patriarche Tikhon, chef de l’Église schismatique de Russie, qui suppliait qu’on vienne en aide à la Russie affamée. Bien entendu, le patriarche n’avait pas agi sans la permission de Lénine. Ce dernier avait réellement besoin d’aide matérielle dans un pays qu’il avait livré à la guerre civile et à toutes les exactions, mais, plus encore, il avait besoin de sortir de l’isolement diplomatique.
Hélas, Benoît XV saisit la main tendue ! Le 16 décembre 1921, le communiste Vorovsky négociait avec Mgr Pizzardo, vice-secrétaire d’État pour les Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Pie XI continua la négociation après la mort de Benoît XV (22 janvier 1922) ; le 12 mars 1922, un accord fut signé entre Vorovsky et le cardinal Gasparri, secrétaire d’État. Pourtant, une semaine après l’élection de Pie XI, les communistes avaient confisqué tous les biens ecclésiastiques en Russie, sous prétexte de lutter contre la famine. Cet épisode historique confirme ce que Pie XI écrivit plus tard, en 1937 : « Eh bien vénérables frères, apportez la plus rigoureuse attention à ce que les fidèles se défient de ces pièges. Le communisme est intrinsèquement pervers : il ne faut donc collaborer en rien avec lui, quand on veut sauver de la destruction la civilisation chrétienne et l’ordre social [17]. »
Si Pie XI avait expérimenté à ses dépens le bien-fondé de cette consigne, il en mesura aussi les fruits bénéfiques lorsque, le 2 février 1930, il lança un appel au monde, dénonçant les persécutions de toutes sortes que les communistes infligeaient aux habitants, et spécialement le caractère violemment antireligieux de ces persécutions. « La protestation et l’appel du pape rencontrèrent un vaste écho [18]. » Le père Floridi cite le dissident russe, chrétien, Michel S. Agourski : « Staline, devant la décision et la cohésion des croyants occidentaux, dut faire marche arrière. Peu de jours avant la journée de prière décidée par le pape, le 19 mars 1930, le Comité central approuva une résolution qui reconnaissait les exagérations de la politique religieuse soviétique [19] » Un peu plus loin, Agourski précise : « La protestation de l’opinion publique mondiale arrêta un an et demi la vague de terreur antireligieuse jusqu’au jour où Staline, qui attendait seulement que fléchît la vigilance occidentale, la relança avec une fureur inouïe, sans plus rencontrer aucun obstacle [20] ».
Tout le livre Moscou et le Vatican du père Floridi démontre que chaque fois qu’on s’oppose courageusement au communisme, spécialement en refusant de discuter avec lui, ce dernier se fait petit ; par contre, chaque fois qu’on négocie avec lui, ses exigences augmentent. C’est pourquoi, même bien intentionnée, la phrase de Pie XI aux étudiants du collège jésuite de Mondragone, le 14 mai 1929, est malheureuse : « Quand il s’agit de sauver des âmes ou de leur éviter de plus grands dommages, nous nous sentons le courage de traiter avec le diable en personne [21]. » Notre-Seigneur qui est Dieu n’a pas traité avec le diable qui était venu le tenter au désert !
Un fait récent illustre le devoir de s’opposer courageusement au communisme pour l’empêcher de se répandre. Le cardinal Etchegaray, qui est allé quatre fois en visite officielle en Chine (1980, 1996, 2000 et 2003), a été ébloui par la délicatesse de ses hôtes communistes : on lui a proposé du poisson un vendredi [22] et un feu d’artifice fut organisé, sans le prévenir, pour son anniversaire. Mais par un raffinement tout aussi extrême, ses hôtes firent arrêter des prêtres « souterrains » – de l’Église clandestine – au moment même de son arrivée en Chine et firent en sorte qu’il apprenne la nouvelle. Leur but était de voir la réaction du cardinal. Or celui-ci se tut. C’est uniquement de retour à Rome qu’il émit une vague protestation. Les persécutions pouvaient continuer de plus belle.
Pie XI ayant « renoncé progressivement au “rêve russe” entretenu pendant plus d’une dizaine d’années [23] » écrivit donc Divini Redemptoris hominis… mais tard : en 1937 seulement. Le pape avait dialogué avec les communistes dans l’espoir que les « orthodoxes » persécutés comme les catholiques, reviendraient à cette occasion à l’Église catholique. Moscou en avait profité pour sortir de son isolement diplomatique. Notre-Dame avait pourtant prévenu à Fatima que ce n’était pas ainsi que le retour des schismatiques et la conversion de la Russie s’effectueraient. Pie XI avait eu connaissance entre septembre 1930 et août 1931 [24] des demandes de la sainte Vierge, mais n’accomplit pas la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.
Le fondement théorique du communisme
Pie XI ne se contente pas, dans Divini Redemptoris hominis, de mettre à nu les principaux moyens employés par les communistes pour conquérir le monde (le mensonge et l’organisation du Parti). Remontant aux principes, il rappelle la doctrine chrétienne sur la société (§ 25 à 38), puis indique les moyens de défense de la civilisation chrétienne (§ 39 à 59). Vis-à-vis du communisme il cherche aussi à remonter aux principes. Quel peut bien être le fondement théorique d’un comportement aussi inhumain et asocial ?
Le pape répond :
Les directives que les communistes diffusent aujourd’hui, parfois sous une apparence trompeuse et attirante, se fondent sur les principes que Karl Marx a tirés du matérialisme nommé « dialectique » et « historique » […]. Ils enseignent qu’il n’existe qu’une seule réalité : la matière, complexe de forces aveugles et cachées, qui par sa propre évolution devient arbre, animal, homme. Même la société humaine n’est rien d’autre qu’une apparence ou un état de la matière en évolution [§ 9].
Les communistes confirment eux-mêmes qu’il ne s’agit pas d’un matérialisme « primaire », comme celui de certains philosophes de l’Antiquité :
Le défaut essentiel de l’« ancien matérialisme » […] c’est que pour Marx et Engels : 1°) ce matérialisme était « essentiellement mécanique », et qu’il ne tenait pas compte du développement le plus récent de la chimie et de la biologie (de nos jours il conviendrait d’ajouter encore de la théorie des électrons) ; 2°) que l’ancien matérialisme n’était ni historique, ni dialectique (mais métaphysique dans le sens d’antidialectique) et qu’il n’appliquait pas le point de vue de l’évolution de façon conséquente, et sous tous ses rapports ; 3°) qu’on concevait l’être humain « comme une abstraction et non pas comme un “ensemble de rapports sociaux” (concrètement donnés par l’histoire) ne faisant ainsi qu’“interpréter” le monde alors qu’il s’agissait de le “transformer” ; en d’autres termes, qu’on ne saisissait pas la portée de “l’activité révolutionnaire pratique [25]” ».
C’est sur cet aspect dialectique, qu’il faut insister, car il constitue le cœur du communisme. Lénine résume en deux phrases :
— Au sens propre, la dialectique est l’étude de la contradiction dans l’essence même des choses [26].
— Le développement est une « lutte » des contraires [27].
Ailleurs, Lénine avait tenté d’expliquer :
La matière est ce qui, en agissant sur nos organes des sens, produit les sensations ; la matière est une réalité qui nous est donnée dans les sensations […]. La matière, la nature, l’être, le physique est la donnée première, tandis que l’esprit, la conscience, les sensations, le psychique est la donnée seconde. Le tableau du monde est un tableau qui montre comment la matière se meut et comment la « matière pense » [28].
Engels, le compagnon de Marx, affirmait de son côté :
Notre conscience et notre pensée, si transcendantes qu’elles nous apparaissent, ne sont que les produits d’un organe matériel, corporel, le cerveau. La matière n’est pas un produit de l’esprit, mais l’esprit n’est lui-même que le produit supérieur de la matière. C’est là, naturellement, pur matérialisme [29].
Mais attention, répétons-le, ce matérialisme n’est pas n’importe quel matérialisme. Mao Tsé-Toung y insiste :
Tout en reconnaissant que dans le cours général du développement historique le matériel détermine le spirituel, l’être social détermine la conscience sociale, nous reconnaissons et devons reconnaître l’action en retour du spirituel sur le matériel, de la conscience sociale sur l’être social, de la superstructure sur la base économique. Ce faisant, nous ne contredisons pas le matérialisme, mais, évitant de tomber dans le matérialisme mécaniste, nous nous en tenons fermement au matérialisme dialectique [30].
Ailleurs il précise l’aspect dialectique, si déroutant pour un esprit naturellement droit :
La cause fondamentale du développement des choses et des phénomènes n’est pas externe, mais interne ; elle se trouve dans les contradictions internes des choses et des phénomènes eux-mêmes. Toute chose, tout phénomène implique ces contradictions d’où procèdent son mouvement et son développement. Ces contradictions, inhérentes aux choses et aux phénomènes, sont la cause fondamentale de leur développement, alors que leur liaison mutuelle et leur action réciproque n’en constituent que les causes secondes [31].
C’est en fait toute une tournure d’esprit que suppose la dialectique et elle s’étend absolument à tout :
La philosophie marxiste considère que la loi de l’unité des contraires est la loi fondamentale de l’univers. Cette loi agit universellement aussi bien dans la nature que dans la société humaine et dans la pensée des hommes. Entre les aspects opposés de la contradiction, il y a à la fois unité et lutte, c’est cela même qui pousse les choses et les phénomènes à se mouvoir et à changer. L’existence des contradictions est universelle, mais elles revêtent un caractère différent selon le caractère des choses et des phénomènes. Pour chaque chose ou phénomène concret, l’unité des contraires est conditionnée, passagère, transitoire et, pour cette raison, relative, alors que la lutte des contraires est absolue [32].
Concluons avec Lénine :
La dialectique, c’est la théorie qui montre comment les contraires peuvent être et sont habituellement (et comment ils deviennent) identiques, dans quelles conditions ils sont identiques en se convertissant l’un en l’autre [33].
Nous touchons là un des aspects de la fausse mystique communiste, déjà bien exprimée par Engels :
La grande idée fondamentale selon laquelle le monde ne doit pas être considéré comme un complexe de choses achevées, mais comme un complexe de processus où les choses, en apparence stables, tout autant que leurs reflets intellectuels dans notre cerveau – les idées –, passent par un changement ininterrompu de devenirs et de dépérissements où finalement, malgré tous les hasards apparents et tous les retours momentanés en arrière, un développement progressif finit par se faire jour, cette grande idée fondamentale a, notamment depuis Hegel, pénétré si profondément dans la conscience courante qu’elle ne trouve, sous cette forme générale, presque plus de contradiction […]. Il n’y a rien de définitif, d’absolu, de sacré devant elle ; elle montre la caducité de toutes choses, et rien n’existe pour elle que le processus ininterrompu du devenir et du transitoire, de l’ascension sans fin de l’inférieur au supérieur dont elle n’est elle-même que le reflet dans le cerveau pensant [34].
On mesure à travers ce texte et ce qui précède, combien « les erreurs de la Russie » se sont largement répandues dans le monde contemporain ! L’évolutionnisme absolu et le matérialisme n’y règnent-ils pas en maîtres ?
Pie XI, après avoir traité du matérialisme dialectique, tirait la conclusion de l’athéisme communiste : « Il est donc évident que l’idée de Dieu est supprimée ; qu’il n’y a aucune différence entre l’esprit et la matière, entre l’âme et le corps ; aucune survivance de l’âme après la mort, aucune espérance d’une autre vie. » (§ 9).
D’accord avec Pie XI, Marx avait lui-même résumé :
Le communisme commence dès que commence l’athéisme [35].
Seulement cet athéisme communiste est pratique avant d’être théorique. En cela il est bien caractéristique du monde contemporain. Jean Ousset l’a signalé :
Sa perversion, son caractère « intrinsèquement pervers », tient à ce que cette vision [de l’univers] est radicalement faussée dans le principe même de son optique. Univers qui n’est plus vu, pensé, jugé en notions d’être, en fonction de vérités à connaître, à respecter ou à servir, mais un univers vu, pensé, jugé en valeurs de force, valeurs d’action, valeurs d’efficience, valeurs de mouvement, sans référence à une vérité quelconque. Univers où la notion d’être, la notion de vérité n’ont plus de sens, et où les notions de mouvement, de force, d’action, de transformation, de travail, apparaissent fondamentales, notions premières.
D’où cette observation : Le vrai marxiste est un homme qui ne croit à la vérité de rien, mais qu’intéressent uniquement la force, la transformation, la mise en œuvre de tout [36].
Beaucoup des non-communistes et même de ceux qui se croient anticommunistes méconnaissent complètement cette perversion radicale du communisme. Jean Madiran l’a parfaitement expliqué :
Dans la plupart des cas, ceux qui, croyant ou voulant parler du communisme, parlent du marxisme, n’ont rien compris à la réalité communiste.
Car il ne s’agit pas de la pénétration d’une « doctrine » ni de l’argumentation d’une « philosophie » : il ne s’agit pas des réalités qu’évoquent habituellement les vocables de « philosophie » et de « doctrine ». Assurément, les communistes professent le marxisme, et du marxisme tout leur comportement est logiquement sorti. Assurément encore, la diffusion intellectuelle du marxisme favorise le communisme. Mais l’essentiel n’est pas là […].
Le communisme, qui est marxiste, présente cette particularité capitale que la collaboration qu’il recherche, qu’il suscite, qu’il organise le plus volontiers, est celle d’auxiliaires qui ne soient pas marxistes. C’est cette collaboration-là qui favorise le plus efficacement la réalité de son action, c’est elle qui est essentielle à son progrès. On peut tirer à boulets rouges sur « le marxisme » pendant un siècle sans gêner beaucoup le communisme, ni sa diffusion, ni ceux qui collaborent avec lui [37].
En résumé :
Il ne s’agit pas d’enseigner la dialectique, mais de la faire pratiquer à ceux-mêmes qui ne la connaissent pas, et qui la pratiqueront sans savoir ce qu’ils font. Il ne s’agit pas d’attirer les esprits à une argumentation abstraite, mais de conditionner les réflexes en vue d’une pratique concrète [38].
Les origines secrètes du communisme
Il vaut la peine maintenant d’essayer de pénétrer l’essence de la dialectique marxiste-léniniste à la lumière de la théologie.
Marcel Clément a qualifié de « conception antitrinitaire » la lutte des classes :
[Elle] affirme que les conditions du progrès, c’est l’évolution dialectique des classes. Mais qu’est-ce que la classe-thèse ? Qu’est-ce que cette classe qui engendre son anti-thèse, qui constitue d’autres hommes en leur donnant la vie, et – par le fait même en les exploitant. N’est-ce pas l’odieuse, l’abominable, l’effroyable caricature du mouvement de la paternité ? Le père, au lieu de se donner pour engendrer, apparaît comme une sorte de monstre qui dévore nécessairement ceux-là même auxquels il transmet la vie. La classe-thèse, c’est la singerie diabolique de la paternité, la conception dialectique de la paternité. Et qu’est-ce que la classe-antithèse ? Qu’est-ce que cette classe qui n’existe que par l’activité de la classe-thèse, et qui pourtant n’a d’autre destin que de se révolter contre elle, et à son tour de la détruire ? N’est-ce pas, symétriquement, l’abjecte caricature de la filiation ? Le fils au lieu d’être action de grâces, retour d’amour pour le père, attend d’être assez fort pour se retourner contre sa propre source et si possible l’anéantir. La classe antithèse, c’est la singerie diabolique du fils, la conception dialectique du fils. Et qu’est-ce que lutte des classes ? Qu’est-ce que ce mouvement diabolique qui oppose tout au long de l’Histoire ceux qui engendrent et ceux qui sont engendrés ? N’est-ce pas l’expression de la haine de Satan lui-même pour le divin Esprit d’amour, la substitution de l’éternel conflit à l’éternelle concorde, la haine plantée en plein cœur des relations humaines, aux lieu et place de l’amour ? La conception dialectique de la Trinité ? L’Incarnation du Fils de Dieu a permis de communiquer à l’humanité pécheresse, mais rachetée, la vie trinitaire. La pensée marxiste, et sa réalisation concrète par la tragédie communiste, introduisent dans cette même humanité un effroyable ferment antitrinitaire [39].
Il est dommage qu’arrivé à ce point Marcel Clément n’ait pas poussé plus loin l’analyse de la dialectique marxiste dans son caractère antitrinitaire. Il aurait alors remonté jusqu’aux sectes judéomaçonniques et, plus haut encore, à la cabale qui, par une subversion inouïe, place en Dieu même la contradiction.
On peut résumer la cabale dans les cinq idées suivantes :
1 - Dieu, en dernière analyse, est un néant qui sort du néant.
2 - Le néant, par évolution, devient le monde et l’homme.
3 - Dieu fabrique le monde par un acte sexuel [40].
4 - Le mal est en Dieu et le mal du monde a une origine divine.
5 - Dieu, parfaitement accompli et réalisé, atteint son apogée dans l’homme de l’Humanité [41].
L’abbé Julio Meinvielle explicite ainsi cette contradiction qui serait en Dieu même :
Le Dieu évolutif renferme cette contradiction essentielle de la cabale et des systèmes gnostiques que le « plus » sort du « moins ». Dans l’absolu, le plus ne peut sortir du moins, ni l’acte de la puissance.[…] Là, s’enracine la contradiction essentielle d’un « Dieu qui se fait peu à peu », dans la cabale comme dans les systèmes gnostiques. Un Dieu qui se fait, est un Dieu qui acquiert des perfections qu’il n’avait pas et qui sortent donc du néant. Dans ce cas, l’être sort du néant. Le Néant est égal à l’Être. Le principe ontologique et logique de non-contradiction est tout simplement nié [42].
Au plan politique le résultat d’un tel système est évident :
La cité heureuse sera la cité du nihilisme parfait, où l’on aura supprimé toute transcendance sur l’homme. Si l’homme vient du néant et finit dans le néant, la cité qui le rendra heureux et qui également le sauvera sera aussi la cité du néant, du nihilisme. La cabale et les systèmes gnostiques construisent la Grande Cité du parfait nihilisme [43].
Il est important de connaître les origines occultistes du communisme pour bien comprendre ses liens avec la franc-maçonnerie. Marx et Engels, dans le Manifeste du Parti communiste (1848) ont tout simplement repris à leur compte les thèses des Illuminés de Bavière. A ce sujet le professeur Lozac’hmeur note « d’abord que la dialectique, au dire des maçons eux-mêmes, est au cœur de la doctrine initiatique, ensuite que Hegel, à qui Marx doit l’essentiel de sa philosophie, fut en étroit contact avec la franc-maçonnerie, enfin que Marx appartenait à une société secrète issue de la charbonnerie [44] ». Il conclut facilement :
On comprend à présent les étranges faiblesses de la franc-maçonnerie vis-à-vis des régimes totalitaires du camp socialiste : idéologie maçonnique par excellence, le marxisme permet la mise en œuvre du plan prométhéen des Initiés [45], révélé au XVIIe siècle par Campanella [46].
La situation actuelle
Où en sont aujourd’hui les communistes dans leur conquête du monde ? Question délicate et, en définitive, assez vaine. Il est certain que des pays entiers demeurent aujourd’hui sous un régime explicitement communiste qui persiste à persécuter plus ou moins subtilement les chrétiens. Mais surtout, les esprits droits peuvent facilement constater
à quel point l’esprit général de la « civilisation moderne », son style de vie, sa « dialectique » disposent tout, préparent tout, la société, les cerveaux et les cœurs, de telle sorte que le marxisme s’y développe immanquablement. Combien d’anticommunistes sont des marxistes « en puissance », auxquels il ne manque, pour l’être « en acte », que cette « prise de conscience » qui décuplerait sur-le-champ leur dynamisme révolutionnaire. La « civilisation moderne », telle que la conçoivent ceux qui la coupent de Dieu, est une civilisation marxiste qui s’ignore. Pour qu’elle soit communiste, au sens plein du mot, il ne suffirait que de la révéler à elle-même. Quoi d’étonnant à ce que les communistes se considèrent comme les accoucheurs d’une société déjà grosse de ce qu’ils attendent [47] ?
Cette civilisation moderne déjà marxisée, Jean Ousset l’analysait à travers quatre thèmes : la perte du sens de la vérité, le primat de l’action et le fatalisme de l’histoire, un dynamisme fou, une crise de finalité. C’était bien avant mai 68 : en 1961… Qui pourrait nier que ces thèmes sont toujours actuels ?
Mgr Lefebvre affirmait en 1979, dans une conférence au Québec :
Le socialisme fait des progrès considérables ; mais cela avec toute la puissance de la maçonnerie actuelle qui est partout, partout, partout ; qui est à Rome, qui est partout. La maçonnerie est partout et dirige tout. Bientôt nous serons fichés avec des ordinateurs, nous aurons tous notre numéro et nous ne pourrons plus rien faire sans que tout soit indiqué sur la fiche que nous aurons, et tout ça par ordinateur. Nous serons dans une situation pire que dans un pays soviétique. […] C’est épouvantable, on ne s’imagine pas vers quoi on va actuellement, vers une socialisation qui, apparemment, ne semble pas aussi dure que celle du communisme et qui pourtant, en définitive, va être tout simplement une image du communisme, mais réalisée par des moyens scientifiques au lieu d’être réalisée par la force, comme l’ont fait les communistes : ce sera la même chose.
Alors on éliminera de la société tous ceux qui ne veulent pas se soumettre à cet ordre, à cet ordre socialiste. On les éliminera. Il y aura toujours moyen de les éliminer.[…] Nous allons vraiment vers une société affreuse, qui se dit libre et qui n’aura plus aucune, mais aucune liberté [48].
C’est contre cet univers communiste que la sainte Vierge Marie est venue nous mettre en garde à Fatima. Comme l’avouait le communiste Henri Lefebvre lui-même :
Seuls restent face à face, en France du moins, le christianisme (le catholicisme non contaminé par le libre-examen individualiste protestant) et le marxisme [49].
En attendant que la hiérarchie de l’Église consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie pour que le monde soit libéré du communisme, il revient à chaque fidèle de garder la foi catholique, d’espérer les biens éternels et d’aimer Dieu et son prochain de tout son cœur, comme nous y invite le frère Marcel Van, rédemptoriste, écrivant de Hanoï, le 19 décembre 1954, à sa sœur :
Quant à moi, chère petite sœur Anne-Marie ! S’il m’était possible de décrire toutes les misères de nos compatriotes, tant dans la ville de Hanoï que dans les autres endroits sous le régime communiste, tu pleurerais trois jours sans pouvoir sécher tes larmes. Et je suis moi-même du nombre de ces malheureux.
Petite sœur, vu que tu n’as pas expérimenté personnellement ce régime communiste, tu ne le connais pas clairement. Mais si tu étais passée par là, tu serais forcée de dire que ce régime n’a pas été inventé par les hommes, mais qu’il tient son origine de l’enfer même…
Chère petite sœur, prie beaucoup pour moi. Je n’attends plus que la mort, car la mort est mon bonheur ; et mon désir le plus ardent, c’est de mourir d’une mort semblable à celle du Vendredi Saint… Demande à Dieu pour moi et pour tous les chrétiens qui restent, une foi forte, une espérance ferme et une charité débordante, car de nos jours, les communistes [50] ne détruisent plus la religion en tuant les corps, mais, dans leur fourberie, ils visent à tuer peu à peu la foi chez les chrétiens, à ruiner leur espérance et à éteindre progressivement leur amour pour Dieu [51].
*
[1] — Outre le grand Soljenitsyne (malheureusement schismatique), on peut utiliser, par exemple, parmi les livres actuellement disponibles en librairie : Pierre Richard, Cinq ans prisonnier des Viets (Paris, N.E.L., 1975 ; troisième édition en 1996) ; frère Pierre Zhou Bangjiu, L’Aube se lève à l’Est, un bénédictin chinois 26 ans dans les camps de la Chine communiste (Paris, Téqui, 2000) ; Sœur Marie-Madeleine O.C.D., La Marche à la mort, Trois ans de captivité du carmel de Séoul, 1950-1953 (Toulouse, Éd. du Carmel, 2000) ; Raymond Duguet, Un Bagne en Russie rouge (réédition d’un ouvrage écrit en 1927 ; Paris, Balland, 2004) — Pour les enfants, on recommandera le roman de Gine Victor, Les Jumeaux de Pékin (Alsatia, 1957 ; réédité par Élor en 1991).
[2] — Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Andrezj Paczkowski, Karel Bartosek, Jean-Louis Margolin, Le Livre noir du Communisme, Crimes, terreur, répression, Paris, Robert Laffont, 1997, p. 14. — Sur ce livre, nous recommandons les critiques publiées dans L’Action familiale et scolaire (nº 135, février 1998, nº 136, avril 1998 et nº 138, août 1998), que résume la phrase suivante : « Le Livre noir ouvre donc la voie à une supercherie en prétendant faire découvrir ce que personne ne pouvait en réalité ignorer. » (AFS nº 135, p. 21).
[3] — Nous utilisons la traduction de Jean Madiran à partir du texte latin, et non celle de la Bonne Presse, réalisée en 1937 à partir du texte italien. La traduction de J. Madiran a été éditée en 1959 aux Nouvelles Éditions Latines ; la dernière édition, toujours aux N.E.L., remonte à 1986.
[4] — Mariste, décédé en 1949, fondateur de L’Homme Nouveau et auteur de brochures militantes.
[5] — Le Parti Communiste démasqué : doctrine, stratégie, tactique, Paris, Éd. de l’Homme Nouveau, 1948, p. 3.
[6] — Pie XI y revient au § 18 en parlant de la presse à travers le monde qui fait sur le communisme « un silence concerté […]. Nous disons bien concerté […] : elle parle si peu du Parti communiste dirigé de Moscou, dont les organisations s’implantent dans le monde entier ». Au § 17 : « Cette propagande vient d’un centre unique. » Au § 24 : « Nous condamnons le système, ses auteurs et ses responsables qui choisirent la Russie comme terrain favorable pour y implanter une doctrine élaborée depuis longtemps et comme plate-forme pour la répandre dans le monde entier. »
[7] — Sauf peut-être saint Pie X, dans Pascendi Dominici gregis (8 septembre 1907), qui emploie contre le modernisme de nombreuses expressions dépréciatives : « avec un art tout nouveau et souverainement perfide » (§ 1), « les artisans d’erreurs […] se cachent […] dans le sein et au cœur même de l’Église » (§ 2), « rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique […] avec un tel raffinement d’habileté » (§ 3), et passim.
[8] — Georges Sauge, Échec au Communisme, 3e édit., Paris, Les Iles d’Or, 1963, p. 31-32.
[9] — Georges Sauge, ibid., p. 42-43.
[10] — Lénine, Deux tactiques, t. VIII, p. 42 ; cité par G. Sauge, ibid., p. 122.
[11] — Georges Sauge, ibid., p. 45.
[12] — Cité par Georges Sauge, ibid., p. 123-124.
[13] —Sous Lénine, le communiste Galpérine exposait ainsi les techniques de pénétration : « Il ne faut pas vous présenter à la jeunesse avec des propositions de lutte antireligieuse, ce serait une grosse erreur psychologique. Mais c’est facile de l’entraîner pour quelque chose, pour la conquête du pain quotidien, pour la liberté, pour la paix, pour la société idéale […]. Dans la mesure où nous attirerons les jeunes chrétiens dans cette lutte pour des objectifs précis, nous les arracherons à l’Église. » Cité par Jean Daujat, Connaître le communisme, Paris, éd. Fayard, 1968, p. 31, note 1. — Autre exemple : l’ordre secret du parti communiste chinois du 12 février 1957 : « Nos camarades doivent trouver le moyen de pénétrer au cœur même de chaque Église, se mettre au service de la nouvelle organisation de la police secrète, déployer une grande activité au sein même de toutes les activités ecclésiastiques, déclencher une attaque de grande envergure, s’engager à fond, même en appeler à l’aide de Dieu, et, pour réussir à former un front unique, se servir du grand charme et de la force séductrice du sexe féminin. » Cité par Jean Ousset, Le Marxisme léninisme, Paris, éd. La Cité catholique, 1961, p. 145 à 147.
[14] — Lénine, Maladie infantile du Communisme, p. 31 ; cité par G. Sauge, ibid., p. 131.
[15] — Yves Chiron, Pie XI, Paris, Perrin, 2004, p. 7.
[16] — Yves Chiron, ibid., p. 170.
[17] — Divini Redemptoris hominis (§ 58).
[18] — Yves Chiron, ibid., p. 330. — Le père Ulisse Floridi, plus complet, mentionne « les efforts du gouvernement travailliste anglais et de divers milieux libéraux pour boycotter la campagne lancée par le souverain pontife » ; il signale que, si 50 000 personnes parmi lesquelles de nombreux non-catholiques assistèrent, à Saint-Pierre, à la cérémonie expiatoire célébrée par le Pape en faveur du peuple russe [19 mars 1930], « quoiqu’invités, les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège par les nations qui avaient déjà reconnu le gouvernement soviétique ne se présentèrent pas. Von Bergen, par exemple, reçut de son gouvernement l’ordre de s’absenter pour “ne pas mettre en péril les accords commerciaux germano-soviétiques” ». Moscou et le Vatican, Paris, France-Empire, 1979, p. 28.
[19] — Père Floridi, ibid., p. 22.
[20] — Père Floridi, ibid., p. 28.
[21] — Père Floridi, ibid., p. 39. Texte complet de l’allocution : Actes de S.S. Pie XI, éd. La Bonne Presse, t. V, p. 116.
[22] — N’oublions pas que beaucoup d’épiscopats conciliaires ont supprimé l’abstinence obligatoire du vendredi !
[23] — Yves Chiron, ibid., p. 333 ; l’auteur parle encore du « rêve russe », p. 183.
[24] — Yves Chiron, ibid., p. 332 dit : « Sans doute en 1931 ».
[25] — Lénine : Karl Marx et sa doctrine, Paris, Bureau d’édition, p. 13-14, cité par le R.P. Fillière, ibid., p. 18.
[26] — Les Cahiers philosophiques, p. 211, Éditions sociales, 1955 ; cité par George Sauge, ibid., p. 279.
[27] — Les Cahiers philosophiques, p. 279, Éditions sociales, 1955 ; cité par George Sauge, ibid., p. 279.
[28] — Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, Moscou, éd. Langues étrangères, 1952, p. 160, 161 et 413 ; cité par George Sauge, ibid., p. 83.
[29] — Engels, Ludwig Feuerbach, p. 46 ; cité par J.J. Bernard, Qu’en savez-vous ?, Paris, Cèdre, 1962, p. 17 et 18.
[30] — Citations du Président Mao Tsé-Toung, 2e édition, Pékin, 1967, p. 245. Cet ouvrage est connu sous le nom de Petit livre rouge.
[31] — Citations du Président Mao Tsé-Toung, p. 235.
[32] — Citations du Président Mao Tsé-Toung, p. 236 et 237.
[33] — Lénine, Cahiers philosophiques, La science de la logique, p. 83 ; cité par J.J. Bernard, ibid., p. 23.
[34] — Engels, Ludwig Feuerbach, p. 81 ; cité par Marcel Clément, Le Communisme face à Dieu, Paris, Nouvelles éditions latines, 1968, p. 26.
[35] — Cité par George Sauge, ibid., p. 125.
[36] — Jean Ousset, Le Marxisme léninisme, Paris, éd. La Cité Catholique, 1960, p. 57.
[37] — Itinéraires nº 41, mars 1960, p. 61-62.
[38] — Itinéraires nº 41, mars 1960, p. 59.
[39] — Marcel Clément, Le Communisme face à Dieu, Paris, NEL, 1968, p. 35-36.
[40] — Signalons au passage les lois et règlements soviétiques qui dès l’époque de Lénine encourageaient l’impureté et visaient à la destruction de la famille : divorce automatique dès que les conjoints (ou même un seul des deux) en ont envie, etc. De nos jours s’ajoutent la contraception et l’avortement, successivement pratiqués et encouragés. En Chine, c’est l’infanticide, pour les filles spécialement.
[41] — Julio Meinvielle, De la Cabale au Progressisme, sl., sd., préface de Mgr de Galarreta en 1998, p. 347
[42] — Julio Meinvielle, De la Cabale au Progressisme, p. 353.
[43] — Julio Meinvielle, De la Cabale au Progressisme, p. 359.
[44] — De 1909 à 1912, Lénine vivait à Paris dans un petit logement au nº 4 de la rue Marie-Rose (14e arrondissement), logement que le Parti devait racheter plus tard pour en faire un musée des souvenirs du Maître. Là, il recevait ses premiers camarades russes et leur expliquait la théorie révolutionnaire qu’il mettait au point dans un travail assidu. Il est temps, leur disait-il de nous évader des conceptions étroites du marxisme dans sa partie économique et de n’en garder que la vision historique. Celle-ci doit devenir, dans l’humanité, un guide pour l’action. (voir Georges Sauge, p. 24). C’est pendant ce séjour à Paris que Lénine aurait été initié à la loge « l’Union de Belleville, à l’O. de Paris ».
[45] — « La Documentation Catholique du 6 mars 1920 [p. 326 à 328] a reproduit un document établi par le “Secret Service” de l’armée américaine en 1916 et transmis aux Alliés. Il y est indiqué que la révolution qui se préparait alors en Russie était “fomentée par des influences distinctement “juives”. Parlant de ces influences, le document cite les noms de Jacob Schiff, de Warburg, Otto Kahn, Mortimer Schiff, Jérôme Hanauer, Guggenheim, Marx Breiting, tous de la banque Kühn, Loeb et Cie. J. Schiff finança en 1917 son coreligionnaire Trotsky [de son vrai nom Bronstein] qui avait épousé la fille d’un financier israélite, Jivotosky. La banque Lazard de Paris et la banque Gunsbourg de Petrograd versèrent aussi des fonds aux bolcheviks. “Spécialement importante, écrivait Samuel Gompers, travailliste américain, est l’adhésion à la cause bolcheviste du groupe de banquiers américano-anglo-germaniques, qui aiment à s’intituler financiers internationaux pour masquer leur vraie fonction. Le plus important banquier de ce groupe et parlant au nom de ce groupe, en Allemagne, comme il se trouve, a envoyé des ordres à ses amis et associés afin que tous travaillent en faveur de la reconnaissance des Soviets.” » Jean Ousset, Le Marxisme léninisme, Paris, éd. La Cité Catholique, 1961, p. 364 et 365.
[46] — Jean-Claude Lozac’hmeur, De la révolution, Essai sur la politique maçonnique, Vailly-sur-Sauldre, éd. Sainte-Jeanne-d’Arc, 1992, p. 56-57. — Les fondateurs du nazisme ont d’ailleurs puisé aux mêmes sources occultistes que les communistes (J.C. Lozac’hmeur dans Le Sel de la terre 51, p. 84, note 3).
[47] — Jean Ousset, Le Marxisme léninisme, p. 23.
[48] — Mgr Marcel Lefebvre, Conférence du 22 août 1979, au prieuré Saint-Pie X de Shawinigan-Sud, Province de Québec, Canada.
[49] — Henri Lefebvre, Le Marxisme, Paris, P.U.F., 1954, p. 14. On lit dans l’avertissement, p. 5 : « Cet exposé sur le marxisme est l’œuvre d’un marxiste ». Aussi l’affirmation que « seule la conception chrétienne de l’univers a l’ampleur qui lui permet de s’opposer doctrinalement au marxisme » (p. 124) a valeur d’aveu et constitue un encouragement pour les vrais chrétiens.
[50] — Lounatchewsky, compagnon de Lénine et commissaire à l’Instruction Publique l’a avoué crûment : « Nous haïssons les chrétiens. Ils prêchent le pardon et l’amour du prochain. L’amour chrétien retarde le développement de la révolution. A bas l’amour du prochain. Le sentiment que nous devons avoir est la haine ! » Cité par Raymond Duguet, Un bagne en Russie rouge, Paris, éd. Balland, 2004, p. 147.
[51] — P. Marie-Michel, L’Enfant de l’aurore. Correspondance de Marcel Van, Paris, Le Sarment, Fayard, 1990, p. 267.
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 350-366
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