Instruction pastorale collective de l’épiscopat portugais (1942)
En 1942, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire des apparitions de Fatima (qui était en même temps le vingt-cinquième anniversaire de la consécration épiscopale du pape Pie XII), alors que le Portugal, protégé par Notre-Dame, jouissait de la paix au milieu d’un monde en guerre, les évêques portugais adressèrent cette instruction pastorale collective à leurs prêtres et à leurs fidèles [1].
La hiérarchie s’y fait, avec autorité, l’écho fidèle du message venu du Ciel.
Le Sel de la terre.
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Le cardinal patriarche de Lisbonne et les archevêques et évêques du Portugal,
Au révérend clergé et aux fidèles leurs diocésains, santé, paix et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
EN CETTE HEURE TRISTE QUI PASSE, si imprégnée d’amertumes, signalée par tant de calamités, nous, les prélats portugais, bien que nous sentions l’angoisse de la douleur qui torture le monde, nous venons inviter nos très chers diocésains à se réjouir avec nous et à faire monter jusqu’au Ciel un sincère et joyeux cantique d’action de grâces. Il ne s’agit cependant pas d’une joie bruyante, qui pourrait paraître comme un sarcasme lancé à la face de nos frères, qui gémissent dans l’amertume et versent des larmes de sang : ce serait une joie inhumaine, une espèce d’insulte au malheur d’autrui. Nous voulons, très chers fils en Notre-Seigneur Jésus-Christ, que vous vous réjouissiez, mais d’une joie intime et sainte, inspirée par des motifs surnaturels, qui soit comme la vibration reconnaissante de vos âmes, chantant tout ensemble leur gratitude envers Dieu et leur compassion sincère envers les victimes du fléau immense qui pèse sur le monde.
Nous voulons vous répéter la parole rigoureuse et ardente que saint Paul adressait aux fidèles de son temps, à ces chrétiens qui peinaient dans les cachots et en exil, et souffraient toutes les sortes de persécutions :
Gaudete in Domino semper […] gaudete – Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur […], réjouissez-vous [Ph 4, 4].
Et l’Apôtre en ajoutait immédiatement la raison : c’est que « le Seigneur est proche ». Nous vous présentons aujourd’hui la même raison : le Seigneur est proche parce que, comme à Cana, sa très sainte Mère est près de nous. Oui, la voix de l’Évangile et la voix des siècles attestent que, là où la Mère de Dieu apparaît ou manifeste de quelque manière sa présence, là se fait sentir inévitablement la présence bénéfique et salutaire de Jésus qui, dans la tendresse et la véhémence de son amour filial, ne veut pas s’éloigner de celle qui vécut pour lui, souffrit avec lui, et partagea avec le Père éternel l’honneur unique et ineffable de pouvoir l’appeler son fils.
Déjà dans la lettre pastorale collective d’il y a deux ans, nous avions l’occasion de vous rappeler combien notre patrie, dénommée depuis son origine Terre de sainte Marie, doit à la Mère de Dieu, qui a accompagné avec attention et vigilance tous ses pas à travers les temps et qui, par un véritable miracle d’amour, l’a conservée intacte, comme un frêle esquif miraculeusement sauvé de tempêtes et de périls que l’on aurait dit invincibles. Nous venons aujourd’hui encore vous rappeler cette dette de gratitude envers notre glorieuse Patronne, qui nous donne, dans cette paix dont nous jouissons – véritable miracle qui étonne le monde –, un témoignage de plus et un gage de son haut patronage.
Au milieu de la désorientation et de l’apathie des Portugais, leur Patronne ne les oublie pas
Reine établie sur un trône éminent, et Mère dont le cœur vibre de la plus délicieuse tendresse, elle a pour nous de tels sommets de bonté que l’âme portugaise ne peut manquer de s’attendrir et de murmurer à ses pieds une prière d’amour et de confiance. Nous sentons bien que cette sentinelle amoureuse veille sur nous, et c’est comme si nous voyions fixé sur nous son doux regard dans une expression indicible de sollicitude et d’affection maternelle. L’expérience du passé est une garantie certaine de sa protection, et nous fait sentir et comprendre que c’est à elle que nous devons le bien dont nous jouissons. Mais ce n’est pas seulement l’expérience du passé, ce n’est pas seulement la voix de nos saints, de nos guerriers et de nos navigateurs qui nous montre de manière éloquente et indiscutable à qui nous devons tant de bienfaits : un fait encore récent est venu nous démontrer avec une évidence absolue que, si les Portugais ont pu oublier en une heure funeste et malheureuse ce qu’ils doivent à leur Patronne et ce qu’ils ont à espérer d’elle, cette Patronne chérie n’oublie jamais son patronage ni ses protégés. Nous voulons parler des apparitions de Fatima, de la visite aussi inattendue qu’obligeante que la Reine du Ciel a voulu faire à la terre portugaise, son ancien fief, que l’impiété ravageait et qui semblait condamnée à la ruine par l’apostasie de ses anciennes croyances, par l’oubli de ses plus nobles traditions. L’année 1917 s’écoulait : le Portugal était en pleine phase de persécution religieuse, une loi impudente avait spolié l’Église de son modeste pécule, patrimoine des pauvres, avait interdit le culte public, avait proscrit comme un crime l’enseignement religieux, et avait exclu du droit commun, comme des parias, les ministres de l’autel ; les ordres religieux avaient été spoliés et expulsés du pays de manière barbare ; le nom de Dieu avait été banni de la vie publique, rayé des lois ; beaucoup de temples étaient fermés ou profanés, et il ne manquait pas de voix de mauvais augure pour prédire l’extinction de la religion catholique au Portugal. Les prélats étaient bannis de leurs diocèses, et plus d’un expia en prison le grand crime d’avoir usé de la liberté, que la loi disait garantir à tous, pour proclamer hautement les droits de Dieu et de la conscience chrétienne. De nombreux prêtres connurent également les sévérités de l’expulsion et durent manger le pain amer de l’exil. Il est vrai que la foi n’était pas morte, et que la persécution raviva même en beaucoup d’âmes la vigueur des croyances, qu’elles surent affirmer jusqu’au sacrifice héroïque ; mais il est aussi tristement vrai que beaucoup de défections vinrent affliger l’Église, que la jeunesse était en passe de se perdre par l’ambiance d’impiété qui régnait dans les écoles, et que les entraves mises traîtreusement à l’apostolat hiérarchique constituaient une gêne très grave à l’évangélisation du peuple ; et à la face du monde, le Portugal passait pour un pays officiellement athée et antichrétien. Jamais opprobre si grand n’était tombé sur la nation portugaise.
Pendant ce temps, une guerre sans précédent par son ampleur et ses dégâts ravageait l’Europe, et faisait sentir au loin ses sinistres répercussions ; le Portugal se voyait impliqué dans ce conflit monstrueux, et le peuple lusitanien irriguait de son sang les régions de la Flandre et de l’Afrique. Tel était le sombre tableau de la vie portugaise, dans son cadre national et international.
Qu’en était-il des gloires anciennes ? Où était Afonso Henriques ? Où était S. Teotonio ? Où était Nuno Alvares ? Où était le Maître d’Avis ? Où était Afonso de Albuquerque ? Où était saint Antoine ? Qu’était devenu le Portugal qui érigea le monastère de Batalha, le monastère des Jeronimos, les patrons de l’outre-mer ? Où se trouvait cette génération forte qui, en une heure de crise, acclama comme patronne Notre-Dame de la Conception, et restaura par elle l’indépendance de la patrie ? Où était la croix du Christ qui, en saignant sur la voilure des caravelles, annonçait au monde entier la foi vive et énergique des Portugais ? On aurait dit que sur tous ces souvenirs lumineux était passé un voile obscur, présage de la dalle funèbre qui allait couvrir pour toujours les restes discrédités d’un peuple qui avait été grand.
Dans une heure de détresse, Maris visite sa terre portugaise
Précisément en cette année 1917 – cela fera 25 ans le 13 mai prochain – un fait étrange et insolite se produisit, comme une éclosion de clarté bienfaisante et consolante, dans cette « plage occidentale lusitanienne [2] », loin du théâtre de la guerre, dans un site obscur et ignoré. Dans un recoin agreste de la serra de Aire, dans la paroisse de Fatima, dans les terres du comté d’Ourem, dont Dom Nuno Alvares avait été titulaire, une céleste vision se manifesta à trois pauvres pastoureaux qui faisaient paître là leurs troupeaux, et qui récitaient le chapelet avec une dévotion ingénue. Une dame d’une beauté ineffable et d’une blancheur irradiante, vêtue de blanc et avec le rosaire entre les mains, parlait aux pauvres enfants, leur enseignait à prier, leur souriait avec douceur et les invitait à revenir là au cours des six mois suivants.
La nouvelle de ce fait étrange parcourut rapidement le pays, mais ne fut en général pas crue ; si pour les uns il ne s’agissait que d’une illusion affectant des esprits infantiles, pour d’autres cela était motif à des critiques acerbes et à des apostrophes enragées. Une lutte sourde commençait bientôt, qui devait se transformer en odyssée tonitruante. Par les voies secrètes de la providence, le chemin s’ouvrait à de grands et extraordinaires événements.
Il n’y a pas à s’étonner du doute ou même de l’incrédulité avec lesquels croyants et incroyants accueillirent les premiers récits de ce que l’on disait se produire à Fatima : il s’agissait de choses extraordinaires, et il est de bonne prudence de ne pas croire précipitamment les visions ou les prophéties que l’imagination populaire idéalise facilement ou grossit, surtout en temps de calamités publiques. Ce qui impressionne est la fureur avec laquelle l’impiété commença dès lors à attaquer les petits voyants et les faits qu’ils racontaient. Ce fut même précisément cette explosion injustifiée d’hostilité qui conduisit beaucoup de gens à prendre le cas au sérieux, et à examiner attentivement les motifs qui pourraient éventuellement garantir leur authenticité.
Il n’est pas dans nos intentions de faire ici l’historique des péripéties qui suivirent ces apparitions ; le pays entier connaît cette histoire, qui a traversé depuis longtemps les frontières, et dont on peut bien dire qu’elle eut des répercussions dans le monde entier. Il n’y manqua pas le sceau de la persécution, cachet incontestable des œuvres de Dieu. On peut dire que toutes les forces se sont conjuguées pour étouffer le mouvement qui s’ébauchait, pour discréditer les récits ingénus des enfants, pour déprécier le caractère surnaturel des faits. Les pouvoirs publics eux-mêmes intervinrent pour empêcher et même supprimer tout ce qui aurait pu représenter une reconnaissance ou une consécration des apparitions célestes.
Dans la presse et dans diverses tribunes, les injures étaient fréquentes ; les déploiements militaires, même, ne manquèrent pas, malgré leur patente inutilité face à un mouvement qui non seulement n’avait rien de belliqueux, mais était même le plus ordonné et le plus pacifique qu’on puisse concevoir. Mais tout cela était nécessaire pour que tous voient que les pouvoirs humains étaient impuissants contre le pouvoir d’en haut, qui se manifestait si modestement, mais si impérieusement.
Ainsi, personne ne pourra dire que l’expansion et le prestige des apparitions de Fatima sont dus à l’influence des hommes. Même l’Église, qui sur des sujets de cet ordre maintient toujours la plus prudente réserve, ne parut pas seconder le mouvement qui s’ébauchait. Ce fut seulement très tard, quand les munitions de l’arsenal sectaire furent épuisées, quand il fut vraiment démontré, par l’inanité des violences persécutrices, qu’il y avait dans le fond des événements quelque chose de plus qu’humain, que l’Église intervint.
A la cure de Leiria une rigoureuse procédure s’engagea, de nombreux témoins furent entendus, une ample liberté fut donnée à la discussion, les raisons pour et contre furent examinées avec attention, le fond de la question fut étudié, on fit tout ce qui était humainement possible pour rechercher la vérité. Il n’y eut ni empressement ni précipitation : ces démarches durèrent huit ans ; mais enfin la procédure se conclut, et en 1930 le Prélat de Leiria proféra la sentence, dans laquelle il déterminait :
1° Déclarer dignes de crédit les visions des enfants à la Cova da Iria, paroisse de Fatima … , les 13 des mois de mai à octobre 1917 ;
2° permettre officiellement le culte de Notre-Dame de Fatima.
Transformation consolatrice : relèvement du Portugal
Telle est dans sa simplicité l’histoire des apparitions de Fatima. On nous pardonnera d’exalter maintenant la répercussion qu’elles eurent et ont dans la vie nationale ; vous la connaissez tous suffisamment, et le déroulement des événements qui se sont succédés dans ce quart de siècle, à partir du jour – maintenant si célèbre – du 13 mai 1917, jusqu’à aujourd’hui, est une preuve exubérante et splendide qu’un esprit nouveau passe dans l’âme portugaise et qu’un astre bienfaisant vient répandre sur nous sa clarté vivifiante et rénovatrice. Qui a connu les ruines du premier quart de ce siècle, qui a vu le marteau jeter bas l’édifice sacré des croyances anciennes, qui a entendu les gémissements des proscrits et senti au vif la désolation qui planait sur la maison de Dieu, et, maintenant, voit des constructions hardies sortir des ruines, le nom de Dieu entrer à nouveau dans l’école, les relations normales avec le Saint-Siège être rétablies et le statut juridique de l’Église assis, dans un ordre nouveau qui n’affronte personne, mais rend justice aux traditions chrétiennes du Portugal, qui voit le développement, nous pouvons même parler de résurrection, des missions catholiques dans les colonies et dans le Padroado, celui-là ne peut manquer de sentir une profonde impression de surprise et de s’exclamer : « Digitus Dei est hic – Le doigt de Dieu est ici ».
Oui, la main de Dieu est passée sur nous, et elle est passée sur nous parce que la Mère de Dieu est passée parmi nous. Si nous levons les yeux du passé douloureux que nous venons d’évoquer, et que nous les fixons sur le présent, en contemplant le panorama international, notre surprise augmente. Une tragique ceinture de feu et de sang enveloppe le monde ; les nations du vieux et du nouveau continent frémissent, battues par les machines de guerre ; dans l’air, sur terre, sur mer, des instruments de destruction se croisent avant de s’engager dans des batailles meurtrières ; les grands colosses se sentent ébranlés dans leur puissance, la mort fauche ses victimes dans tous les camps, la désolation et la misère règnent dans des pays hier encore prospères et puissants. Au milieu de cette convulsion universelle, de ce terrible naufrage du monde qui se disait civilisé et progressiste, la petite nef portugaise continue à cingler, sereine et confiante, comme si le tourbillon destructeur ne s’était pas déchaîné et ne fouettait pas impitoyablement toutes les mers. Comment expliquer un si grand prodige ?
Ce serait une injustice de méconnaître l’action vigilante et patriotique de nos gouvernants, bien dignes de la gratitude du pays, par la prudence et par le zèle avec lesquels ils cherchent à nous maintenir éloignés de la guerre ; mais la situation est si délicate, les complications si imprévues, l’horizon diplomatique si nuageux, que sans un secours spécial du Ciel tous les efforts seraient vains. La tempête est trop grande pour que les forces humaines puissent la vaincre. Tout en bénissant donc les fatigues de ceux qui veillent au bien public avec dévouement, nous devons chercher plus haut le secret de la bénédiction mystérieuse qui les valorise et leur garantit l’efficacité.
Y a-t-il un Portugais ayant la foi, qui ne reconnaisse pas dans notre situation privilégiée une réverbération de cette lumière que la très sainte Vierge est venue apporter à Fatima, qu’elle fit descendre sur les petits pastoureaux et, par eux, sur le monde ? Il n’est pas nécessaire d’avoir la foi ; il suffit de contempler ce qu’il y a d’extraordinaire en tout cela, pour sentir et reconnaître qu’un pouvoir plus haut se lève, et qu’un cœur tendre et miséricordieux veille amoureusement sur le Portugal.
La Vierge a parlé pour le monde entier
Vous comprendrez maintenant, très chers enfants en Notre-Seigneur Jésus-Christ, combien juste et opportune est l’invitation que nous vous avons adressée au début : « Gaudete in Domino, réjouissez-vous dans le Seigneur », parce qu’il est proche, parce que près, très près de nous se trouve la Mère de Dieu avec sa sollicitude amoureuse. Sans fermer les oreilles aux rumeurs poignantes du malheur qui parcourt le monde, sans oublier les peines qui torturent tant d’âmes meilleures que nous, élevons notre esprit, et réjouissons-nous intimement de la miséricorde immense dont le Seigneur use envers nous et dont la très sainte Vierge est la messagère dans ses apparitions de Fatima, et dans les effluves d’amour qu’elle irradie largement d’ici. Les faits démontrent que les apparitions de Fatima eurent une finalité qui passe très au-delà de la frontière portugaise. Il suffit de voir comment, en règle générale, le grand monde international se montre, ou se montrait, indifférent à l’égard des événements portugais : nous sommes ici à l’extrémité de l’Europe, penchés sur l’océan, loin des grands centres que l’on a coutume d’appeler dirigeants et mondiaux ; de plus, les événements de Fatima appartiennent à la catégorie des faits religieux, sur lesquels la grande presse de ces centres fait systématiquement silence ; mais, malgré cela et malgré la prudente modération dont les gens du sanctuaire enveloppent ces événements, il est certain que, comme spontanément, ou plutôt par une impulsion mystérieuse des forces surnaturelles, le monde entier s’émeut en entendant parler de Fatima.
Des régions les plus lointaines et les plus secrètes de l’univers, de l’Amérique, de l’Océanie, de la Chine, de l’Inde et même de la Russie martyrisée, arrivent à Fatima des offrandes, des demandes de prières, des remerciements, en un mot des démonstrations de confiance et d’intérêt, des hommages à Notre-Dame de Fatima. Il est incontestable que Notre-Dame de Fatima a conquis le Portugal, mais nous pouvons dire qu’elle conquiert le monde ; il y a peu encore, nous eûmes la consolation de voir que dans une encyclique papale adressée aux évêques portugais, mais publiée pour le monde entier, le témoignage de Fatima était évoqué, et le nom de Notre-Dame de Fatima proclamé urbi et orbi par l’autorité suprême du vicaire du Christ. Une fois de plus, par l’œuvre et par la grâce de la très sainte Vierge, le nom du Portugal se voyait exalté et sur lui se projetait la gloire immarcescible de la Mère céleste. Ce fut avec une profonde commotion que l’âme portugaise reçut du pouvoir le plus haut de la terre cette confirmation d’une gloire qui s’était ébauchée si modestement, et qui semblait si loin de rompre les premières ténèbres et de s’affirmer victorieusement contre les obstacles que l’ignorance ou la malice des hommes lui opposaient. Ceci nous confirme dans l’idée que la très sainte Vierge à Fatima n’est pas apparue seulement pour un peuple ou pour une nation, mais pour le monde entier, comme un astre de paix au milieu d’une lutte qui ensanglantait les nations les plus puissantes, et quand au loin, à l’extrémité orientale de l’Europe, à travers des flammes livides et rayées de sang, surgissait, comme une éruption de l’enfer, la révolution communiste qui se proposait d’annihiler dans le monde la religion et toutes les forces de l’esprit. Le message de Fatima fut un message de paix et d’amour, et chaque jour on comprend mieux comment aurait été différent le sort de l’univers si ce message avait été écouté et si l’on y avait obéi. Nous avons déjà eu l’occasion de mettre en relief ses effets bénéfiques, et jamais nous n’exalterons trop la grâce incomparable qu’est pour le Portugal la conservation de la paix au milieu de l’univers battu par la guerre. Mais outre ce bénéfice, qui est très important, et les autres que nous avons déjà mentionnés, il convient de ne pas oublier l’admirable et prodigieuse rénovation de la vie religieuse dans les âmes. En une esquisse rapide, rappelons-nous la transformation radicale de la vie publique ; nous ne devons cependant pas perdre de vue que la vie extérieure, si pompeuse et vigoureuse qu’elle se manifeste, ne vaut que lorsqu’elle correspond à un réflexe véritable de la vie intérieure, car nous ne servons pas vraiment Dieu, si nous ne le servons pas en esprit et en vérité.
Un courant de vie spirituelle descend de Fatima sur la patrie portugaise
Fatima a été et continue d’être un foyer très intense de vie spirituelle. Il est incontestable que de véritables prodiges se sont réalisés ici, des guérisons complètes et rapides que les forces de la nature sont incapables de réaliser et que la science humaine ne parvient pas à expliquer ; le mot de miracle vient à la bouche du peuple, et sort également des lèvres des hommes de science, qui ont examiné attentivement les faits. Une fois de plus, il est démontré que le doigt de Dieu agit ici, et la dévotion de Fatima est marquée par le sceau inimitable de son pouvoir. Mais nous pouvons affirmer que ni les guérisons prodigieuses, ni les grâces temporelles de diverses espèces obtenues ici, ne sont les grands miracles de Fatima : ceux-ci se produisent dans le domaine secret des âmes, au sein des consciences, dans ce recoin mystérieux où ne pénètre pas la sonde de l’observation ni l’investigation de la science. Celui qui assiste aux solennités des grands jours de Fatima et voit toutes les classes de la société portugaise confondues dans les acclamations à la Vierge et dans les adorations de Jésus au Saint-Sacrement, qui a l’occasion d’observer les foules immenses agenouillées dans la poussière, et si souvent dans la boue, pour recevoir dans une attitude humble le pain des forts, celui qui surprend les sanglots de repentir et les larmes dans les yeux de tant et tant qui cheminaient égarés dans les sentiers du vice ou militaient obstinément dans les hordes de l’incrédulité, celui qui contemple l’émotion profonde qui s’empare même des indifférents, devant les invocations gémissantes et ardentes qui éclosent de milliers de poitrines, celui qui assiste en esprit au défilé des multitudes qui, au Portugal et en dehors du Portugal, portent en triomphe la blanche image de la Vierge de Fatima et s’agenouillent avec une ardeur égale dans la rue et à l’église, et qui compare tout cela avec la déplorable décadence qui avait frappé la vie religieuse au Portugal, ou avec cette « tristesse effacée et vile [3] » dont les âmes de peu de foi s’étaient laissées dominer, celui-là a l’impression de se trouver devant un monde nouveau, et ne peut manquer de reconnaître qu’une vague puissante de sève divine et de surnaturel s’est infiltrée dans l’âme du peuple portugais. Beaucoup de pécheurs se sont convertis ; beaucoup qui avaient perdu toute espérance se sont réconciliés avec la vie, beaucoup d’incrédules ont ouvert les yeux à la foi, beaucoup, qui l’avaient complètement oublié, ont réappris le chemin de l’Église ; beaucoup de lèvres que l’indifférence avait fermées s’ouvrent à la prière humble et confiante, beaucoup bénissent le nom du Seigneur, qui hier le blasphémaient de manière sacrilège.
C’est vraiment un frémissement de vie supérieure qui passe dans les âmes. Du fond de la conscience portugaise surgissent et refont surface les précieux restes de la foi ancienne et glorieuse de nos ancêtres, qui était endormie, mais pas morte complètement. Celui qui aurait fermé les yeux il y a vingt-cinq ans et les ouvrirait maintenant ne reconnaîtrait pas le Portugal, si profonde et si vaste a été la transformation opérée par ce facteur modeste et invisible que fut l’apparition de la très sainte Vierge à Fatima. Réellement, Notre-Dame veut sauver le Portugal.
Notre-Dame veut sauver le Portugal ; mais le Portugal voudra-t-il être sauvé ?
Ce serait pourtant folie de notre part que nous extasier devant le tableau que nous venons de dessiner à grands traits, et rester inertes sans nous demander si tout ce qui était à faire a été fait, si le message de Fatima, qui se présente à nos yeux si fécond en bénédictions, a déjà eu sa pleine réalisation, si nous avons déjà fait tout ce que nous devions faire pour correspondre au bienfait de la Vierge et à son appel maternel.
Oui, Notre-Dame veut sauver le Portugal, et elle l’a réellement sauvé avec une attention attendrissante ; mais ici également peut s’appliquer la sentence catégorique du grand évêque d’Hippone : « Qui creavit te sine te, non salvabit te sine te – Celui qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi. » Dans sa toute-puissance et dans sa sagesse infinie, le Seigneur ne dispense pas la créature rationnelle de sa coopération ; et si celle-ci manque, les plus prodigieux plans du Très-Haut s’effondrent et tombent à terre, comme si Dieu ne pouvait rien faire sans l’homme. C’est un terrible mystère ; mais l’histoire humaine avec ses épopées et avec ses tragédies est la démonstration constante de ce principe éternel.
Cette odyssée de douleurs et de gloires commence à l’Éden et s’achèvera au dernier jour de l’humanité. Par conséquent, et pour ne pas accumuler les arguments, nous pouvons conclure logiquement que le Portugal, sauvé jusqu’à maintenant par la protection amoureuse de sa Patronne, ne pourra rester sauf jusqu’à la fin que s’il coopère pour sa part avec la protection venue d’en haut : dans le cas contraire, après d’aussi beaux et consolateurs auspices, il irait terminer dans une terrible et honteuse catastrophe. Notre main tremble en écrivant ces mots, nous préférerions même ne pas dérouler devant vos yeux de si désolantes perspectives ; notre devoir de pasteurs et de sentinelles des camps du Seigneur nous y oblige cependant. Nous ne vous cacherons pas, enfants très chers, qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort et que toute votre attention ne sera pas de trop pour faire face à ce grave problème.
Quel est le message de Fatima ? Message de bénédiction, sans doute, promesse consolatrice de protection et de refuge, cri de confiance au milieu de la ruine du monde ; mais, comme les messages des prophètes antiques, comme le message de Lourdes, exhortation pressante à la pénitence, appel anxieux adressé aux âmes pour qu’elles se dirigent vers Dieu. Les expressions ingénues des pastoureaux, qui dans leur ignorance n’atteignaient pas la signification de ce qu’ils disaient, révèlent bien que, si la Mère céleste voulait écarter du Portugal les fléaux et les châtiments de Dieu, elle voulait également que le Portugal éloigne de lui les misères qui provoquent ces châtiments, et qu’il recherche de nouveau les chemins de la vertu, qui conduisent à Dieu. Les mots péché, pécheurs, enfer, réparation, châtiment, miséricorde viennent de nombreuses fois aux lèvres de la Vierge, en un épanchement affligé, termes que la piété chrétienne connaît très bien, mais que l’orgueil des générations modernes a prétendu faire disparaître comme obsolètes et bannir du langage et des coutumes sociales. Et les voyants ingénus, émus, répètent ces mots ; ils disent que la Dame est triste à cause des péchés des hommes, qu’elle demande la conversion, qu’elle dit la réparation nécessaire pour éviter de grands châtiments. Avec une compréhension très supérieure à leur âge, les pauvres enfants montrent qu’ils comprennent ce langage, se soumettent à d’austères pénitences, incroyables par leur rudesse ; tout leur paraît peu pour obtenir la conversion des pécheurs et satisfaire le Cœur Immaculé de Marie profondément affligé par les ingratitudes des hommes, auxquels il demande qu’ils ne pèchent plus pour ne plus outrager le Seigneur, déjà si offensé. Ne vous étonnez pas, enfants très chers, que nous transcrivions ainsi les expressions humbles et dépourvues de prétention de ces enfants ignorants : c’est à eux que la Vierge parla, et ce sont eux qui furent chargés de transmettre à la terre le message du Ciel, sans mesurer la portée d’une si haute mission.
Une fois de plus s’est trouvé confirmé le grand principe énoncé par saint Paul : « infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia – Dieu a choisi des instruments méprisables aux yeux du monde, pour confondre l’orgueil de ceux qui se jugent grands et privilégiés » (1 Co 1, 27). S’il n’y avait pas la grandeur splendide de ce que nous pouvons appeler bien à propos le miracle de Fatima, pour attester que les pastoureaux n’ont ni trompé ni été trompés, nous aurions, pour garantir l’authenticité de ce message, sa parfaite concordance avec la vérité révélée et avec les plus sûrs principes de la science chrétienne.
Ce n’est qu’en déclarant la guerre au péché que nous pouvons nous sauver
On voit clairement que la très sainte Vierge court, comme une mère aimante, accueillir ses enfants qui s’égarent en des chemins mauvais ; elle les appelle anxieusement pour qu’ils ne sombrent pas dans le précipice : elle leur rappelle les grandes vertus chrétiennes et, au milieu de leur délire, elle les ramène aux réalités austères de la foi. Ce sont les vérités éternelles, prêchées à une génération désorientée qui paraît les avoir oubliées et prétend élever un édifice de civilisation et de bonheur sans Dieu. Elle connaît l’écroulement fatal auquel un tel aveuglement conduit, et vient, pressante, dénoncer le péril qui menace la vie de la société, et présenter le remède qui peut la sauver de la ruine.
La vérité, toute la vérité, est ici : le péché est le ver rongeur qui, traîtreusement, implacablement, détruit les fibres de l’organisme social, provoquant les grandes catastrophes des peuples. Si dur qu’il en coûte à l’orgueil humain, à cette nouvelle hérésie pélagienne qui proclame l’innocence innée de l’homme et divinise ses appétits, la triste vérité est que la satisfaction de ces appétits, sans égard aux normes suprêmes du bien, constitue un dérèglement qui rabaisse l’homme et défie la colère de Dieu. C’est le péché, la satisfaction de ses caprices et de ses appétits propres, sans respecter la loi de Dieu et ses droits sur nous. Que le péché se présente richement paré, que les oracles de l’art et de la littérature viennent rehausser ses prétendues beautés, qu’il se produise triomphalement par les casinos et les salons dorés, il est toujours une plaie purulente qui déforme les âmes, empoisonne la vie sociale, et précipite en enfer ses esclaves. Oui : en enfer. A la condamnation éternelle, sans rémission et sans espérance, au milieu des horreurs les plus atroces, quoique cela répugne au sensualisme qui prétend se poser en loi.
Est-ce que, par aventure, ce langage vous paraîtrait étrange ? C’est le langage du Maître divin, dont le cœur déborde d’amour et d’une tendresse ineffable, mais qui, pour cette raison même, s’afflige devant la ruine des âmes et leur montre avec une sollicitude vigilante l’abîme de l’horreur éternelle, pour qu’elles s’en détournent et ne viennent pas à y tomber. L’unique remède – elle l’a dit clairement – est de fuir le péché ou de réparer par le repentir le péché commis, car le lien qui unit le péché à la mort éternelle est fatal et inéluctable. L’homme ne peut impunément enfreindre la loi de Dieu et mépriser sa sacro-sainte autorité. L’offense-t-il ? Il s’assujettit inévitablement à la sanction, qui doit être conforme, non pas au caprice de l’offenseur, mais à l’inconcevable dignité de l’offensé. La Vierge a très clairement dit à ses confidents que les calamités qui pesaient sur le monde étaient le châtiment des péchés des hommes, ajoutant tristement que, s’il n’y avait pas de repentir et de réparation, des maux plus terribles viendraient tourmenter les peuples. Ce que les pastoureaux disaient dans leur langage rude et franc, les faits postérieurs le confirment avec une évidence lancinante. Pourquoi ces voix ne furent-elles pas entendues ? Ou mieux, pourquoi ne furent pas entendues les voix des pasteurs de l’Église, les voix des anciens voyants d’Israël, la propre voix du Maître divin, qui énoncent toutes la même vérité et proclament les mêmes principes éternels ?
C’est maintenant que semblent retentir à nos oreilles les accents sévères de l’intimation faite par le Seigneur au prophète Isaïe :
Clama ne cesses, annuntia populo meo scelera eorum, et domui Jacob peccata eorum – Crie bien fort, ne te retiens pas, annonce à mon peuple ses crimes, lance au visage des descendants de Jacob leurs péchés [Is 58, 1].
Le Seigneur ne veut pas que nous usions de palliatifs, il veut que nous annoncions la vérité dans toute sa nudité et que nous fassions comprendre à cette génération égarée la responsabilité de son apostasie. « Peut-être ainsi – ce sont encore les paroles du Seigneur – le peuple ouvrira-t-il les yeux, reconnaîtra son erreur, fera pénitence et rectifiera son chemin ; alors, au lieu des rigueurs de la justice, descendront sur lui les effluves de la plus consolante miséricorde. » Cette intimation et cette promesse remontent déjà à des dizaines de siècles ; et n’est-ce pas finalement ce que la Vierge est venue répéter à Fatima dans un élan de sollicitude et d’affection maternelle ?
Le message de Fatima a-t-il déjà été compris et accompli ? Triste série d’infidélités
Qu’il nous soit permis de demander maintenant : ce message a-t-il été compris et accompli ? Pouvons-nous dire que la société portugaise, troupeau bien-aimé de nos diocèses, s’est dirigée sincèrement par les sentiers de la vertu, par la pratique austère de la vie chrétienne, en abandonnant les vices dégradants, les accommodements criminels, les impudicités provocatrices, les ambitions déréglées, les spectacles immoraux et licencieux, les égoïsmes mesquins et inhumains ? Nous voudrions bien répondre par un oui décidé et décisif à ces questions, qui ne sont pas inutiles ni déplacées, mais traduisent la sollicitude angoissée de notre âme de pasteurs.
Bien que, de par notre mission, nous vivions loin de ce que l’on appelle vulgairement le grand monde, les échos qui nous parviennent sont par trop désolants pour nous permettre de douces illusions.
La facilité avec laquelle sont trahis les devoirs sacrés de la famille, le désir de luxe et de plaisir qui entraîne dans le gouffre de la corruption tant d’âmes qui devraient briller par le sérieux et par la pureté, l’abus que l’on fait de la richesse pour entretenir des vices, des lieux de rendez-vous clandestins et de fastueuses exhibitions de vanité, la dureté avec laquelle on ferme la porte au pauvre et on lui marchande quelques rares miettes de tables abondantes, l’impudence avec laquelle, dans les spectacles publics, s’étalent les scènes les plus lubriques et la nudité la plus répugnante, l’excessive liberté, ou plutôt le libertinage effronté que l’on dit de bon ton sur les plages, les excès de certains sports qui ne semblent avoir en vue que de flatter la plus grossière animalité, ces désordres et d’autres encore que l’on veut par force faire considérer comme des parties intégrantes de la vie moderne, oserons-nous dire qu’ils correspondent à l’idéal de Fatima ? Nous convaincront-ils qu’ils ne sont pas ce péché dont la Vierge s’est plainte si amèrement ? N’est-ce pas un péché, cet égoïsme féroce qui tarit la vie à sa source et rend stériles les familles, parce que les conjoints préfèrent la jouissance sensuelle à l’honneur, bien qu’onéreux, d’avoir des enfants, de donner des citoyens à la patrie et des héritiers au Ciel ? N’est-elle pas plus barbare encore la cruauté avec laquelle on condamne à mort des innocents avant de naître, les pères et les mères se transformant en bourreaux de leurs propres enfants, qui, pour n’être pas encore venus à la lumière, n’en sont pas moins de véritables êtres humains ? Et peut-on dire conforme à la loi de Dieu ce spectacle, si peu édifiant, de jeunes des deux sexes, errant en groupes nombreux, dans une promiscuité compromettante, systématiquement éloignés des parents ou de tout supérieur, arborant parfois une telle légèreté de vêtements qu’elle rappelle la tenue rudimentaire des peuples sauvages, et apportant sur les plages ou les lieux de villégiature une note désinvolte, remarquée par les incroyants mêmes ?
Et la femme portugaise, qui a des traditions si honorables d’honnêteté et de pudeur, peut-elle dire qu’elle suit aujourd’hui les pas de la Vierge de Nazareth, honneur de son sexe ? Nous lui serions immensément reconnaissants de pouvoir lui rendre ici, sans réserves ni exceptions, l’hommage inconditionnel de notre admiration et le plus sincère éloge de son intégrité de caractère et de la fermeté de ses attitudes ; mais pourquoi s’est-elle laissée influencer à tant d’endroits par l’exemple dissolvant qui lui vient du dehors ?
Femmes chrétiennes du Portugal, jeunes filles qui serez les femmes de demain, écoutez la parole de vos pasteurs : ne vous laissez pas entraîner par le torrent de boue dans lequel l’enfer prétend vous envelopper, redressez courageusement le front et ne vous faites pas les esclaves des préjugés d’un esprit mondain attiédi qui veut faire de vous les jouets de ses caprices. Si vous voulez imiter les exemples du dehors – et vous n’avez nul besoin de cela, car vous en avez de splendides chez vous –, imitez ces femmes fortes et héroïques qui donnèrent à la patrie leurs enfants, élevés et éduqués par elles avec une tendresse insurpassable, et qui à l’heure de l’épreuve surent être grandes par la noblesse de leur sacrifice et par leur courage devant l’infortune, toujours dignes, toujours austères et toujours généreuses. Ne commettez jamais l’indignité d’imiter les aventurières qui n’eurent même pas d’enfants à donner à la patrie, ni de courage pour accepter le sacrifice, mais fuirent lâchement à la recherche de nouveaux plaisirs, abusant de l’hospitalité des pays qui les accueillirent et les scandalisant par leur effronterie et par leur impudeur. La femme portugaise donnerait une triste idée d’elle si elle voulait prendre pour modèle ces tristes héroïnes du plaisir, de l’oisiveté et du confort.
Laissez-nous demander encore, comme nous l’avons déjà fait l’an passé, si l’on respecte comme il se doit la sainteté du dimanche, qui est par excellence le jour du Seigneur.
Manquer à la messe ce jour-là, et travailler ou faire travailler sans nécessité, est péché, violation d’une loi sacrée, qui entraîne de grandes menaces de châtiment. Et ce péché ne se commet-il pas malheureusement avec une fréquence effrayante ? Pense-t-on que la fréquence du délit en diminuerait la gravité ou qu’elle atténuerait devant Dieu la responsabilité de ceux qui le commettent ? On ne plaisante pas avec Dieu. Bien que sa bonté soit infinie, il fait parfois sentir sa justice, pour que l’homme ne tire pas illusion de son impunité. N’est-il pas à craindre que la destruction de certaines cultures, la perte de moissons qui s’annonçaient riantes et prometteuses, ne soient le châtiment de la profanation du dimanche ? Semées le dimanche, dans des terres labourées le dimanche, elles portent en elles une malédiction congénitale ; comment s’étonner, par conséquent, que les fruits se perdent ? Que personne ne songe à s’enrichir par le travail du dimanche, et qu’on tremble des richesses accumulées de cette manière ; que l’on n’imagine pas que l’on concourt à la paix sociale en exploitant l’ouvrier, qui a droit au repos le jour du Seigneur.
Le seul ennemi à craindre c’est le péché. Ne prétendons pas associer la dévotion à nos dérèglements et caprices
Enfants très chers, notre langage, si simple et si sévère en même temps, peut paraître déplacé à ceux qui préféreraient entendre de notre part des paroles flatteuses, ou qui n’eussent pas au moins le ton âcre de la censure. Mais nous ne censurons personne : nous soulignons des maux réels, et c’est avec une affection paternelle que nous voulons vous avertir à l’avance, pour que la malédiction du ciel ne vienne pas tomber sur vous, pour que les promesses de Fatima, sans l’obstacle de nos péchés, puissent avoir leur pleine réalisation. C’est précisément parce que nous avons le dégoût de voir que ces vérités ne sont pas assez comprises, que l’on n’a pas pour le péché l’horreur qu’il mérite, et que tant de fois on juge pouvoir concilier le service de Dieu et la dévotion à la Vierge avec des satisfactions indignes, des divertissements licencieux, ou d’autres transgressions flagrantes de la loi du Seigneur, et parce que nous savons que cette confusion offense gravement ce même Seigneur et provoque ses châtiments, c’est exactement pour cela que nous jugeons de notre devoir de descendre à ces minuties, d’exposer la vérité bien clairement, et cela même devant ceux qui ne veulent pas voir, pour que l’on ne se plaigne pas demain de notre silence, pour que n’augmente pas le poids de nos responsabilités, pour que cela ne soit pas pour nous la cause des châtiments que d’autres peuples souffrent douloureusement. Ne nous illusionnons pas en pensant que nous pouvons rendre Dieu complice de nos dérèglements, lui même repousse avec indignation une semblable injure, en clamant par la voix du psalmiste : « Existimasti, inique, quod ero tui similis ? – Penses-tu, prévaricateur, que je vais m’entendre avec toi ? » (Ps 49, 21). Toute dévotion véritable, et par conséquent la dévotion à Notre-Dame de Fatima, est une ascension vers Dieu, une victoire sur l’enfer, un progrès dans la pratique du bien, un perfectionnement de l’âme par la purification de ses affections. Dévotion et péché sont des termes antinomiques – des entités inconciliables. C’est un principe général et très ancien, et la très sainte Vierge le proclame et le confirme dans ses confidences à Fatima ; par conséquent, si nous voulons être logiques et sincères, nous devons commencer par la guerre au péché, et au péché dans toutes ses manifestations, pour être véritablement dévots de Notre-Dame de Fatima. Éviter, par exemple, le péché du vol, tout en chérissant le péché de la haine, éviter l’adultère mais accepter le travail du dimanche, ne pas manquer au précepte de la messe mais user de tenues immodestes, et admettre autant d’autres incongruités semblables, ce n’est pas faire la guerre au péché, ni écouter la recommandation affligée et instante de la Vierge à Fatima, mais simplement vouloir jouer une comédie ridicule. C’est vouloir duper Dieu, comme si Dieu pouvait être trompé.
Soyez-en convaincus, très chers enfants, l’unique ennemi que vous devez craindre, l’unique mal qui peut vous rendre réellement malheureux, est le péché. Il ne faut donc pas s’étonner que la Vierge vienne anxieusement, comme une mère qui accourt sauver un fils qu’elle voit sur le point de se précipiter dans l’abîme, étendre sur nous sa main, et nous recommander instamment et de manière répétée de fuir le péché. Nous serions bien ingrats et inconscients, bien indignes de son amour et de sa protection, si nous nous montrions sourds à son amoureuse intimation.
Les processions, les pèlerinages, les divers actes du culte, sont des choses bien louables, mais elles n’auraient pas de sens si le péché n’était pas expulsé des âmes. En vous recommandant donc avec empressement toutes ces manifestations religieuses et d’autres encore, nous vous recommandons cependant avant tout, certains d’interpréter ainsi la pensée de la Mère céleste, la rechristianisation de votre vie, la fuite du péché dans toutes ses manifestations. Que la très sainte Vierge ne puisse pas dire, comme autrefois le Seigneur le disait amèrement du peuple d’Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Is 29, 13). Est loin d’elle un cœur où domine le péché.
Repentir et pénitence sont des conditions indispensables pour obtenir la miséricorde
La Vierge ne s’est pas contentée de pleurer les tristes effets du péché, et surtout l’offense qu’il fait à Dieu ; elle a également réclamé, comme à Lourdes, la pénitence, c’est-à-dire-le repentir et la réparation. A la génération d’aujourd’hui, qui ne pense qu’à jouir, elle est venue rappeler que la vie est une lutte et qu’il faut souffrir pour gagner le ciel. Mêmes ceux qui se disent et se jugent chrétiens semblent avoir oublié que nous sommes disciples d’un Dieu crucifié, et que pour le suivre, comme il nous l’a lui-même déclaré, nous devons prendre courageusement notre croix. Ce n’est pas une religion de couards, mais de héros, que nous professons. N’est-ce pas cela que les pastoureaux ont entendu de la Dame et nous ont transmis ?
Ne nous laissons pas engourdir par le confort. Envisageons noblement notre devoir. Sachons accepter comme pénitence salutaire les restrictions auxquelles nous oblige la répercussion du conflit mondial. Bien que plus ou moins pénibles, elles sont très loin de pouvoir se comparer avec les terribles privations auxquelles sont sujets les peuples opprimés ou dévastés par la guerre. N’oublions pas en cette heure nos frères à qui le manque de ressources fait sentir plus durement la cherté de la vie. Si ceux qui se disent favorisés par le sort trouvent des difficultés pour se ravitailler, par quelles terribles amertumes passeront les pauvres ? A ceux de nos enfants qui disposent de ressources et d’avantageux moyens de fortune, nous demandons avec toute notre ardeur une aumône pour les pauvres, non seulement pour ceux qui endurent silencieusement dans leurs mansardes la faim et l’isolement, mais aussi pour ceux qui, abrités dans les maisons de charité, paraissent à première vue assez prémunis contre les rigueurs de la crise, mais qui, en réalité, ont grand besoin d’aide, car rares sont les maisons de charité qui disposent aujourd’hui de ressources suffisantes. Il ne faut pas oublier que la cherté de la vie s’est accrue extraordinairement, alors que les dons des bienfaiteurs n’ont pas augmenté.
A un grand conquérant de l’antiquité, grand roi et grand pécheur, le prophète conseillait : « Ô roi, rachète par des aumônes tes péchés et efface tes iniquités par la miséricorde envers les pauvres » (Dn 4, 24). Nous dirons la même chose, en cette heure solennelle, à nos chers diocésains. Si vous avez eu le malheur d’offenser Dieu, réparez par vos aumônes vos péchés, et cherchez à obtenir la miséricorde du Seigneur en usant de miséricorde envers les pauvres. Ne gaspillez pas en folies le superflu de vos biens, mais consacrez-en autant que vous pouvez à soulager les souffrances des malheureux. Aujourd’hui, alors que la misère s’étend et que règnent dans tant de foyers la famine et une désolation d’autant plus douloureuse que moins connue, des divertissements et des luxes qui pourraient être permis en d’autres temps, et n’attireraient pas l’attention, seraient un véritable scandale et provoqueraient une juste indignation. Il est du devoir de la charité chrétienne de respecter la misère d’autrui et de ne pas afficher une joie bruyante, quand les cœurs s’affligent dans la désolation et que les corps se dessèchent dans la privation. Les âmes bien formées sentent cela, et il est inutile de le leur rappeler.
Vous voyez ici comment l’angoisse de l’heure présente nous fournit l’occasion opportune de donner réalisation au message de Fatima et de hâter, au moyen de la précieuse protection de la Mère céleste, l’heure de la miséricorde.
Le châtiment d’en haut ne pèse pas encore sur nous : la main de Dieu est comme suspendue, attendant cet acte de repentir, cet hommage de vasselage, cette obéissance à l’appel de la Vierge, qui donneront lieu à son pardon, et feront couler sur nous les torrents copieux et vivifiants de sa miséricorde si riche et si paternelle. La Vierge attend cela de nous, et c’est une peine qu’elle l’attende depuis vingt-cinq ans avec des résultats aussi insuffisants. Jusqu’à quand durera pareille attente ? N’ayons pas le triste courage de la prolonger davantage, réveillons-nous résolument de la torpeur dans laquelle nous nous sommes laissés choir. Que chacun de nous soit un héraut décidé et sincère du message de Fatima, sachons renoncer au péché, faire pénitence, revenir vers Dieu, donner au Cœur Immaculé de la Mère céleste la consolation de voir qu’elle n’a pas parlé en vain à ses enfants du Portugal, et qu’elle peut continuer à leur dispenser cette protection qui leur assure la paix et les défend des fléaux.
Nouveau motif de jubilation : le pape a été consacré évêque le jour-même de l’apparition de Fatima
Nous ne voulons pas conclure cette exhortation pastorale sans vous inviter encore une fois à vous réjouir avec nous, et à élever au ciel un cantique fervent d’action de grâces, pour un motif supplémentaire, qui intéresse tout le monde catholique.
Le même jour où pour la première fois la très sainte Vierge apparaissait à Fatima et ouvrait ici cette source prodigieuse de grâces qui ne s’est jamais tarie, celui qui devait plus tard monter sur le trône pontifical et s’y asseoir glorieusement sous le nom de Pie XII, recevait l’onction épiscopale, et avec elle la plénitude du sacerdoce. Sans que personne ne puisse le suspecter, ce pas décisif dans la vie du Pasteur Angélique restait ainsi signalé par un trait tout spécial de la protection de la Mère de Dieu, de manière que nous célébrons cette année le vingt-cinquième anniversaire des apparitions de Fatima, et que nous fêtons également le même jour les noces d’or épiscopales du souverain pontife ; nos cœurs de fils sont très reconnaissants de pouvoir joindre et pour ainsi dire fondre en une seule cette double commémoration. C’est encore la très sainte Vierge qui nous y invite, puisque dans ses confidences aux pastoureaux elle a instamment recommandé de prier pour le pape, et qu’elle les a profondément attendris en leur donnant à connaître combien le pape souffrait et aurait à souffrir. Eux, qui demandaient ingénument qui était le Saint-Père, parlaient de lui avec une tendresse immense, et ne se lassaient pas d’offrir des sacrifices et de demander des prières pour lui. C’est donc en obéissance à l’appel de la très sainte Vierge que nous vous faisons cette recommandation.
Sa Sainteté ne veut pas que la commémoraison de son jubilé revête un caractère festif au milieu du deuil universel : dans son cœur de père affectueux, les douleurs et les angoisses qui affligent les nations se répercutent amèrement ; quand il pleure avec ceux qui pleurent et souffre avec ceux qui souffrent, son humeur ne l’incline pas à accepter que, pour lui prêter hommage, l’Église soit en fête et que retentissent de par le monde des cantiques de joie. Nous ne pouvons pas, cependant, nous éloigner d’un événement aussi important, ni manquer de présenter au Pasteur suprême nos hommages filiaux, comme nous ne pouvons manquer de remercier le Seigneur pour avoir donné à son Église en une heure aussi troublée un pasteur doté d’un cœur aussi grand et aussi sensible, d’une âme aussi noble, qui embrasse avec un paternel amour tous les peuples, et qui jour et nuit, comme Moïse sur la montagne, fait monter au ciel ses prières pour implorer du Très-Haut la miséricorde pour les misères humaines et pour le monde.
Nous ne ferons donc pas de fêtes somptueuses ; mais, unis en esprit avec le vicaire du Christ, quand à Fatima nous rendrons grâce à la Vierge pour sa tendresse envers nous, nous ferons également monter jusqu’à elle un hymne de gratitude pour ces vingt-cinq ans d’épiscopat, si remplis et si fleuris, bien qu’également si hérissés d’épines, concédés au souverain pontife, et nous implorerons pour lui de nouvelles bénédictions, de nouvelles grâces, de nouvelles lumières. Nous prierons surtout pour la grande et absorbante aspiration de son âme, pour qu’advienne rapidement l’heure où, les discordances apaisées, la paix régnera de nouveau sur la terre. Quand ce jour arrivera – et que Dieu le fasse arriver rapidement – où le canon cessera de tonner et où les hommes se serreront les mains de nouveau, comme les fils du même Père qui est aux cieux, Pie XII chantera alors un cantique de joie et de victoire, et en cette heure l’âme des fidèles pourra également se soulager par des manifestations diverses, en saluant fidèlement celui qui, étant le vicaire du Prince de la paix, désire la paix et travaille sans repos pour la paix.
Mais ce n’est pas seulement à Fatima que nous devons commémorer l’heureux jubilé épiscopal du souverain pontife : outre cette commémoration qui sera collective et solennelle, nous voulons que dans nos diocèses, non seulement dans nos cathédrales, mais aussi dans toutes les paroisses, cet événement festif soit célébré, que partout l’on prie pour le souverain pontife, que l’on implore pour lui la bénédiction du Très-Haut et la maternelle assistance de la très sainte Vierge, et que l’on rende grâce au Seigneur pour ses vingt-cinq ans de sacerdoce plein. Que l’on organise des neuvaines, des triduums, des messes, des communions générales et d’autres fonctions pieuses pour le pape ; et que les révérends prêtres tiennent pour un devoir sacré d’exhorter les fidèles à l’amour du pape et de leur montrer combien nous lui devons et combien il souffre. Que l’on n’oublie pas d’inviter spécialement les enfants, si chers à son cœur, à prendre une part fervente dans ce chœur de prières et de louanges au Très-Haut au jubilé de son vicaire. Il est nécessaire que ce jubilé, bien qu’il lui manque le caractère festif, attise en quelque sorte dans les âmes une flamme vive qui les embrase et en même temps les illumine, en leur faisant voir combien est grande la mission du pape et comment nous devons toujours vivre en union intime avec lui. Et puisqu’au milieu de l’écroulement du monde le rocher de Pierre se maintient immobile, et qu’en descend la parole auguste qui anime et réconforte, nous avons raison de nous réjouir dans le Seigneur qui maintient ainsi son Église invincible et son Vicaire supérieur aux vicissitudes humaines. Ici également on sent que Dieu est près de nous, car seul Dieu peut réaliser une œuvre aussi prodigieuse, et pour cette raison nous répétons avec saint Paul : « réjouissez-vous : le Seigneur est près de nous ! »
Haut les cœurs ! Sachons écouter la voix de la Mère céleste, et soyons toujours confiants
Nous terminons ainsi comme nous avons commencé, en vous invitant à vous réjouir saintement au milieu de la tristesse qui enveloppe le monde ; et puisque sur la terre des ombres si lugubres couvrent notre horizon, c’est dans le ciel que nous allons rechercher la justification de notre invitation et la raison d’être de notre confiance. Là, nous voyons briller avec une clarté très douce celle que nous avons tant de fois invoquée comme « Étoile du matin » et que, dans les heures d’amertume aussi bien que dans les heures de réconfort, nous appelons invariablement « Cause de notre joie – Causa nostræ laetitiæ ».
Dans les terres de l’exil, les enfants d’Israël suspendaient aux saules leurs harpes silencieuses et se refusaient à chanter loin de la patrie les doux cantiques de Sion. Nous ne nous sentons pas en terre d’exil, ici en cette montagne sacrée, où le passage de la Reine céleste a laissé une trace lumineuse ; nous nous sentons dans le foyer maternel et, levant nos yeux vers elle avec confiance, une très douce espérance dilate notre cœur. Une seule crainte affleure à notre esprit et pourrait perturber l’enchantement de notre âme – la crainte de ne pas savoir ou de ne pas vouloir profiter des trésors de sa miséricorde. Pour qu’une telle chose ne se produise pas, nous vous adressons cette instruction pastorale, dans l’espérance que nos paroles rencontreront dans vos âmes un écho docile et filial : et comme elles ne sont que la transcription du message de la Mère céleste, il ne peut y avoir le moindre doute au sujet de leur efficacité. Nous voyons donc dans votre fidélité et dans votre soumission un gage certain des bénédictions qui, comme une rosée céleste, vont descendre sur vous et assurer à notre patrie chérie une ère de paix et de prospérité, et au monde l’aurore de jours meilleurs.
Et, pour achever notre exhortation, nous voulons adapter ici l’invocation qu’adressait à la Vierge, au Congrès Marial International de Rome, en 1904, l’archevêque de Pise, Monseigneur Maffi :
Au ciel, au ciel ! Monte, ô Marie ; et répands la candeur sur les âmes comme la neige sur les montagnes. Monte ! Et, comme notre Portugal est orné de fleurs et aromatisé, fais que nos cœurs s’ornent et exhalent de précieux arômes. Monte ! Et, comme sur ton front les cieux forment un dais, et les soleils des lampes, étends aujourd’hui sur nous, prosternés à tes pieds, le manteau bleu de l’espérance et la splendeur des triomphes. Monte, ô Marie : c’est le cri qui monte du fond de notre âme ; sur les esprits, sur les cœurs, sur la terre, ô Reine, ô Mère, ô Immaculée, fais descendre d’en haut ton sourire d’amour, ton réconfort maternel !
[1] — Traduction française de cette lettre dans F. Carret-Petit, Le Lourdes portugais, Notre-Dame du Rosaire de Fatima, Paris, Bonne Presse, 1943, p. 143.
[2] — Luis Camões, Os Lusiadas, chant I.
[3] — Luis Camões, Os Lusiadas, chant X.

