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La « Charta magna » de Fatima

Lettre pastorale de Mgr José da Silva

sur le culte de Notre-Dame de Fatima

(13 octobre 1930)

 

 

 

Le 13 octobre 1930, Mgr José da Silva, évêque de Leiria (diocèse dont dépend Fatima), prononça solennellement son ju­gement sur les apparitions de Notre-Dame. Il le fit dans une lettre pastorale intitulée A divina Providentia qui est couram­ment considérée comme la « Charta magna » de Fatima.

Nous reproduisons ci-dessous le texte intégral de cette lettre (traduite par nos soins) [1].

Le Sel de la terre.

 

 

 

Dom José Alves Correia da Silva, par la grâce de Dieu et du Saint Siège apostolique, évêque de Leiria

 

A ceux qui liront notre lettre pastorale,

santé, paix et bénédiction

en Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur.

 

Introduction : la divine Providence

Dieu ne nous abandonne jamais

 

LA PROVIDENCE DIVINE, qui dirige et gouverne toutes les créatures, a des tendresses particulières envers l’homme doté d’une âme immortelle.

De même qu’un bon chef de famille ne peut pas, et ne doit jamais, abandon­ner son épouse ni ses enfants, ainsi Dieu, infiniment bon, qui nous a créés par un acte libre d’amour, ne peut nous abandonner.

C’est ce que l’histoire et l’expérience montrent.

Quels soins eut le Seigneur pour le peuple choisi, parfois si ingrat et infi­dèle !…

Comme il le défendit contre ses ennemis ; comme il le conserva dans le culte de la vraie religion, malgré ses tendances idolâtres ! Comme, jusque dans les châtiments, il se montra père attentif et affectueux !…

Quand arrive l’heure bénite de la rédemption, le propre Fils de Dieu descend du Ciel sur la terre, assume la nature humaine et meurt sur la Croix pour nous racheter et nous sauver.

Et même après sa mort, il reste avec nous, accomplissant sa promesse : Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles [2] ! 

 

Jésus nous donne sa mère

 

A cette œuvre de rédemption et de salut, le Seigneur a voulu associer sa sainte Mère.

Rappelons-nous l’agonie au Calvaire.

Jésus, comme un père qui emploie sa vie à travailler pour ses enfants, nous avait tout donné sans mesure et sans réserve.

Il nous avait donné sa doctrine, et avec elle la lumière et la vie. Il nous avait donné la grâce, et avec elle le pardon et la résurrection. Il avait institué les sa­crements – autres moyens de sanctification. Mais son amour n’était pas encore satisfait.

Maintenant qu’il va mourir, il veut disposer de ce qui lui reste ; dicter son tes­tament.

Mais il n’a que sa bonne mère…

C’est elle qu’il va nous léguer !

Comme ce moment est solennel !

Tous les hommes sont ses héritiers : les gentils représentés par les soldats romains ; le peuple juif, par les habitants de Jérusalem qui avaient accouru là pour assister à sa mort ; les pécheurs, par les deux bandits également crucifiés ; et les justes, par les saintes femmes qui accompagnèrent Jésus jusqu’au Golgotha.

Jean, le saint évangéliste, est chargé de fixer par écrit les paroles du Seigneur [3].

Jésus pardonne au larron repenti, à ses bourreaux : Père, pardonne-leur [4]. Et il s’exclame ensuite : Voici votre mère [5].

Et Marie très sainte, la vierge pure, trésor du ciel et de la terre, l’esclave du Seigneur [6] nous reçoit comme ses enfants, engendrés dans les douleurs im­menses du Calvaire !

Prosternés devant Notre-Dame, nous ne pouvons manquer de dire comme la sainte Église, avec les chrétiens de tous les temps :

 

Salut, ô Reine, mère de miséricorde : notre vie, notre douceur et notre espé­rance, salut ! Enfants d’Ève, exilés, nous crions vers vous ; vers vous nous soupi­rons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes ! Salut !

 

Accomplissant le legs de Jésus, la voici avec les Apôtres attendant la descente du divin Esprit-Saint, priant avec les premiers chrétiens, prenant part à leurs af­flictions [7].

Et comme elle fut une mère affectueuse dans tous les siècles !…

Même s’il était possible de compter les grains de sable de la mer et les étoiles du Ciel, il ne serait pas possible d’énumérer les dons que la Vierge très sainte, la pleine de grâce [8] a répandu sur les âmes.

Il suffit de voir le nombre d’institutions de charité répandues de par le monde, créées sous sa protection ; il suffit de compter les innombrables temples érigés en son honneur – vœux d’âmes et de nations reconnaissantes pour ses bienfaits …

Et sans aller aussi loin, sans sortir de notre chère patrie, il suffit de noter les chapelles, églises, monuments érigés par la foi de nos pères, tant et tant en l’honneur de la mère chérie du Ciel, Patronne de la terre portugaise.

Mais c’est surtout dans les heures désastreuses, quand ses enfants ou les na­tions sont sur le point de sombrer, victimes de leurs ingratitudes et de leurs pé­chés, quand, comme dit le prophète, j’ai appelé et vous n’avez pas répondu ; j’ai parlé, et vous n’avez pas écouté [9], que l’on entend la voix de Marie, appelant les hommes à la pénitence comme à La Salette, Lourdes et dernièrement à Fatima.

Autrefois, Jérémie, menaçant les hébreux au nom de Jéhovah, s’exclamait :

 

Tantôt je parle, touchant une nation et touchant un royaume, d’arracher, d’abattre et de détruire. Mais cette nation, contre laquelle j’ai parlé, revient-elle de sa méchanceté, alors je me repens du mal que j’avais résolu de lui faire [10].

 

Ce soin et ce zèle du Père des cieux et de notre mère venant jusqu’à nous pour nous inspirer, nous parler, est ce qu’il y a de plus naturel.

 

Dieu nous meut intérieurement par sa grâce

 

En effet, pourrions-nous admettre qu’un bon père ne parle pas à son fils ? Qu’une mère n’ait pas une affection particulière pour celui qu’elle a porté dans ses entrailles et allaité ?

Parfois, c’est le langage muet, mais pas moins persuasif pour autant, d’un geste de notre père, la larme qui jaillit spontanément des yeux de la mère ; ce sont les avis et les conseils prudents qui nous guident dans le chemin du de­voir ; ce sont les sourires qui nous encouragent et les menaces qui nous ef­fraient.

Or, si nos parents de la terre nous montrent ainsi leur soin et leur dévoue­ment, l’amour du Père du Ciel qui peut tout – lui qui veille sur les oiseaux du ciel [11] et revêt les lis des champs [12], n’est-il pas supérieur ?

Qui d’entre nous n’a pas senti en lui l’action de la grâce ? Ces bonnes pensées et ces saintes inspirations qui illuminent notre intelligence… ces généreux mou­vements et ces pieuses impulsions qui incitent notre volonté à la pratique du bien ?

C’est Dieu, le bon Père du Ciel qui nous parle…

Combien de fois ces lumières divines ne nous arrêtent-elles pas quand, prêts à glisser dans une action criminelle, elles nous écartent d’une occasion qui nous perdrait ?…Combien de fois la tristesse et le remords nous font rougir d’un acte de la vie passée et, au milieu des afflictions, des larmes, surgit l’espérance de la régénération, la vision lumineuse de la récompense que Dieu promet à ceux qui combattent le bon combat [13] et persévèrent jusqu’à la fin [14] ?…

Tout cela sont des inspirations que la bonté divine nous concède directement ou par l’intermédiaire de la bienheureuse mère du Ciel.

 

Dieu agit aussi par des intermédiaires qu’il se choisit

 

Outre ces grâces qui sont concédées à tous pour notre profit spirituel, il y en a d’autres, concédées plus rarement à l’une ou l’autre âme, non pas tant pour son utilité propre, mais pour le bien de la religion, des peuples, des nations, d’une communauté …

Tels sont les dons des miracles, des prophéties, les visions surnaturelles.

Ces grâces, concédées presque toujours aux saints seulement, ne sanctifient pas par elles-mêmes la personne qui en est favorisée, parce que la sainteté exige un effort propre, une coopération continue, mais elles profitent à la collectivité, parfois au monde entier.

C’est ce que Jésus a voulu signifier quand il demanda au Père le grand mi­racle de la résurrection de Lazare comme preuve de sa mission divine [15].

 

Nécessité de la prudence en c domaine

 

Mais s’il est propre à l’homme de se tromper, parce que son intelligence est très faible et que ses connaissances sont très limitées, la sainte Église, en n’im­posant jamais les visions comme de foi catholique, exige des preuves sévères pour nous laisser croire en elles, bien qu’avec une foi purement humaine, pour notre instruction et édification.

Nous devons noter que la sainte Église n’est jamais pressée, particulièrement dans ces sujets délicats, aussi grandes que soient les impatiences des hommes.

Elle chemine à travers les siècles dans une lenteur majestueuse, assistée par le divin Esprit-Saint, avec la conscience de sa perpétuité, écoutant tout le monde, appréciant tout, pour se déterminer conformément aux lois très sages que lui a laissées son fondateur.

Effectivement Jésus, sur ce point comme en tout, nous a enseigné comment nous devions procéder en nous gardant des faux prophètes [16].

 

Vous les reconnaîtrez à leurs fruits : cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ? Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits [17].

 

Et il applique à sa divine mission ce même critère, en disant :

 

Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, lors même que vous ne voudriez pas me croire, croyez à mes œuvres: afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi, et que je suis dans le Père [18].

 

Pour distinguer de quel côté est la vérité dans les visions, les prophéties et les autres manifestations surnaturelles, nous devons examiner les qualités des per­sonnes favorisées par elles, si un quelconque intérêt matériel les meut, si les doctrines qu’elles présentent sont ou non conformes aux enseignements de notre sainte mère l’Église, si la fin qui meut les voyants est bonne et surna­turelle…

 

 

Application à Fatima

Les apparitions

 

Les considérations que nous venons de faire s’appliquent au cas bien connu de Fatima.

Le 13 mai 1917, trois enfants de la paroisse de Fatima, vicariat d’Ourem, de ce diocèse, faisaient paître un petit troupeau en un lieu, alors désert, appelé Cova da Iria.

La plus âgée, Lucia de Jesus, avait dix ans, Francisco neuf et Jacinta six. Ces deux derniers étaient frère et sœur, et la première était leur cousine.

Aucun d’entre eux ne savait lire ni écrire.

Midi s’approchait et les enfants, selon la coutume de leur terre, récitèrent le chapelet.

La prière terminée, ils s’amusaient à faire un petit mur avec des pierres quand soudain, un éclair de lumière vive et brillante traversa l’espace. Bien que le ciel fût diaphane et sans nuages, les enfants, craignant quelque orage, réuni­rent le troupeau et se préparèrent à partir. Cependant, en arrivant près du point où se trouvent actuellement les fontaines d’eau, il se produit un nouvel éclair et, à quelques pas de distance, debout sur un petit chêne vert sur le site de la simple et pauvre chapelle des apparitions, ils voient avec stupeur la figure d’une Dame d’une incomparable beauté, enveloppée dans un vêtement d’un blancheur très pure ; un manteau, ourlé d’or, lui couvre la tête et la plus grande partie du corps. Le visage, d’une beauté céleste, surnaturelle, se présente serein, grave et voilé d’une légère ombre de tristesse. De ses mains, jointes à hauteur de la poitrine, lui pend un joli rosaire, terminé d’une croix.

De tout le visage, entouré d’une splendeur plus brillante que le soleil, irra­diaient des faisceaux de lumière.

Les enfants s’approchèrent, il s’engagea un dialogue entre la Dame et la plus âgée des trois, les invitant à venir là tous les 13 de chaque mois jusqu’en oc­tobre.

Comme il ressort du témoignage des enfants et de beaucoup de personnes, les apparitions furent au nombre de six, toutes le 13 de chaque mois, sauf en août où elle se réalisa quelques jours plus tard parce que l’autorité administra­tive avait détenu les enfants à Ourem.  

La Dame leur dit que son lieu était le ciel, elle leur confia un secret qu’ils ne pourraient révéler à personne, leur enseigna une petite oraison jaculatoire, re­commanda la récitation du Rosaire ; elle conseilla à Lucia d’apprendre à lire, insista sur la nécessité de la prière et de la pénitence pour que la guerre finisse, elle affirma que Notre-Seigneur était très irrité à cause des péchés des hommes et surtout par le péché de la chair, elle ordonna que soit édifiée une chapelle en son honneur à cet endroit, et elle déclara qu’elle était la Dame du Rosaire…

 

L’enquête canonique

 

Comme, petit à petit la foule, augmentait extraordinairement, et qu’en ce temps le diocèse de Leiria, érigé canoniquement cette année [19], était gouverné par son Éminence le cardinal patriarche de Lisbonne, Mgr Antonio Mendes Belo, de sainte mémoire, Son Excellence l’archevêque de Mitilene, aujourd’hui évêque de Vila Rial et alors vicaire général du patriarcat, ordonna l’ouverture d’une enquête.

Etant nous-même arrivé comme évêque de ce diocèse en 1920, ne pouvant ni ne devant ignorer ce qui s’était passé, nous publiâmes le 6 mai 1922 [20] une Provision, et nous nommâmes une commission de révérends prêtres pour re­cueillir les témoignages en faveur ou contre, dans la plus grande liberté, et nous présenter le rapport de leurs travaux.

Ils nous présentèrent finalement un large rapport que nous examinâmes avec soin.

Nous tenons à marquer notre remerciement à tous les révérends prêtres qui constituèrent cette commission, en mentionnant d’une manière spéciale le révé­rend chanoine du siège patriarcal de Lisbonne et illustre professeur du sémi­naire de Santarem, le Dr Manuel Nunes Formigão Junior qui, dans cette com­mission comme dans tout se qui se rapporte au culte de Dieu et à la gloire de Notre-Dame, est vraiment infatigable et digne d’imitation.  

 

Ayant été chargé par la sainte Église de l’évêché de Leiria, et ayant par conséquent la responsabilité, en tant qu’évêque, de diriger les fidèles qui nous ont été confiés [21] ; suivant l’exemple de vénérés prélats dans des cas similaires, après avoir étudié attentivement pendant dix ans les événements, nous venons prononcer notre sentence, en déclarant dès à présent que nous soumettons humblement au Saint-Siège notre jugement.

 

Chers diocésains

 

En se référant au petit nombre de sages, de puissants et de nobles parmi les chrétiens de l’Église primitive, saint Paul ajoute :

 

Mais ce que le monde tient pour insensé, c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; et ce que le monde tient pour rien, c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts ; et Dieu a choisi ce qui dans le monde est sans considé­ration et sans puissance, ce qui n’est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu … parce que comme il est écrit : celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur [22].

 

L’histoire démontre par les faits ces observations.

 

Comment Dieu choisit ses instruments

 

Les Apôtres, choisis par le Seigneur pour prêcher la doctrine chrétienne dans le monde entier, étaient des pêcheurs ; saint Grégoire VII, le champion de la li­berté de l’Église, était originaire d’une pauvre famille de paysans ; sainte Jeanne d’Arc qui libéra la France, la bienheureuse Bernadette Soubirous – l’heureuse voyante de Lourdes – étaient de pauvres bergères.

A Fatima, la même chose s’est vérifiée.

Le lieu choisi pour les apparitions est pierreux, sans attrait d’aucune espèce.

Le Portugal est riche de beaux paysages, de terres verdoyantes, de panora­mas superbes.

La Cova da Iria, outre le fait d’être une véritable cuvette, n’avait rien d’atti­rant.

Les petits voyants sont d’humbles enfants de nos montagnes, modestement vêtus, sans instruction, ne sachant pas lire, pourvus d’une instruction religieuse rudimentaire.

Ils ne sont pas nerveux, mais affables et tendres dans leur rudesse, amis de la famille, obéissant à leur parents, joyeux …

Il ne transparaît en eux aucun intérêt ni aucune vanité. Ils n’acceptent pas les aumônes ou les cadeaux qu’on veut leur faire. Et quand nous résolûmes d’appe­ler à Nous la direction des œuvres et du mouvement religieux, ils nous remirent avec honneur, tels quels, l’argent et les objets de valeur que le peuple, dans sa ferveur, laissait sur le lieu des apparitions.

Leurs parents vivaient dans une relative aisance, et ils continuent aujourd’hui à vivre ainsi ; ils vivaient de leur travail, et continuent à en vivre. Rien n’a changé dans leur vie, après treize ans passés.

Les enfants, interrogés tantôt ensemble, tantôt séparément, répondent avec la même précision, sans contradictions sensibles, aux différents interrogatoires tant officiels que particuliers auxquels ils sont soumis.

Ils sont emprisonnés par le représentant de l’autorité administrative, menacés d’être jetés dans de l’huile bouillante, et même ainsi ils ne se dédisent pas.

Ils ne disent rien qui soit contre la foi ou les coutumes selon la parole de l’Apôtre : Personne, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème [23].

Finalement, les deux plus jeunes, qui étaient frère et sœur, atteints par la pneumonie qui faucha tant de vies dans le monde entier, eurent une mort édi­fiante et Lucie, l’unique survivante, embrassa librement et volontairement, sans contrainte d’aucune espèce, la vie religieuse, après avoir obtenu le consente­ment de sa mère.

 

La preuve par les miracles

 

Les circonstances qui accompagnèrent les visions sont également à noter.

Les enfants qui en furent favorisés étant petits, rudes et humbles, il doit exis­ter des preuves qui nous permettent de leur accorder notre crédit.

La Dame, selon les voyants, leur apparaissait sur un chêne vert, rachitique, comme le sont généralement les arbres de ces terres pierreuses ; et des cen­taines, des milliers de personnes dont nous ne pouvons pas mettre en doute la véracité, virent une colonne de fumée qui, à la manière de l’encens, enveloppait l’arbre durant les apparitions. Ce phénomène, humainement inexplicable, se ré­péta plusieurs fois.

Ceci rappelle l’exclamation du Cantique des Cantiques appliquée par la sainte Église à la très sainte Vierge :

 

Quelle est celle-ci qui monte du désert, comme une colonne de fumée, exha­lant la myrrhe et l’encens, tous les aromates des marchands [24]  ?

 

Le phénomène solaire du 13 octobre 1917, décrit dans les journaux de l’époque, fut le plus merveilleux, et celui qui causa la plus grande impression à ceux qui eurent le bonheur d’y assister.

Les enfants fixèrent à l’avance le jour et l’heure auxquels il devait se pro­duire. La nouvelle courut rapidement dans tout le Portugal, et bien que le temps fût rude ce jour-là, et qu’il plût copieusement, des milliers et des milliers de personnes se rassemblèrent, et assistèrent, à l’heure de la dernière appari­tion, à toutes les manifestations de l’astre roi, rendant hommage à la Reine du Ciel et de la terre, plus brillante que le soleil à l’apogée de ses lumières.

Ce phénomène qu’aucun observatoire astronomique n’enregistra, et qui donc n’était pas naturel, fut observé par des personnes de toutes les catégories et classes sociales, croyants et incroyants, journalistes des principaux quotidiens portugais, et même par des individus situés à des kilomètres de distance, ce qui détruit toute explication d’illusion collective.

 

La preuve par les persécutions

 

Il ne manque pas non plus, pour les apparitions de Fatima, l’argument des persécutions, qui sont un signal des œuvres de Dieu.

Personne ne fut plus persécuté que Jésus, et la sainte Église a souffert des contradictions dans tous les siècles.

Une multitude innombrable de saints ont souffert le martyre au milieu de tourments effroyables.

Saint Pierre d’Alcantara disait à sainte Thérèse que l’un des plus grands châ­timents en ce monde était celui qu’il avait enduré, c’est-à-dire la contradiction des personnes de bien [25].

Jérémie, le saint prophète, disait : Je suis chaque jour un objet de risée ; tous se moquent de moi [26].

 

Les voyants de Fatima furent emprisonnés par les autorités, menacés d’être lancés dans de l’huile bouillante.

Il est connu de tous que les autorités firent tous leurs efforts pour interdire les pèlerinages, rendant les passages difficiles, alors que certains publicistes rail­laient et bafouaient la foi ardente du bon peuple portugais.

La croyance dans les apparitions résista à toutes les violences qui, finalement, ne servirent qu’à augmenter la ferveur religieuse et propager les grâces et les bénéfices que Notre-Dame répand sur ceux qui l’invoquent.

 

Une invention du clergé ?

 

Et que l’on ne dise pas que Fatima fut une invention du clergé, car si les gou­vernements, malgré la force et le prestige dont ils disposent, ne parvinrent pas à vaincre la croyance en Notre-Dame de Fatima, comment notre clergé humble, spolié par la révolution de tous les biens que la piété chrétienne livra à la sainte Église pour son soutien, comment le clergé tant de fois persécuté et calomnié, et surtout dans ce diocèse de Leiria, le plus petit et le plus pauvre, aurait-il le pou­voir de créer le mouvement religieux de Fatima qui s’étend aujourd’hui à tout le Portugal et se développe de manière consolante dans tant de pays étrangers ?

En outre, Son Éminence le cardinal patriarche Mgr Antonio Mendes Belo, que Dieu garde, interdit au clergé d’animer et de prendre part à quelque manifesta­tion religieuse que ce soit relative à Fatima, sages prescriptions que nous conservâmes encore quelque temps après notre accession à cet Evêché.

 

Mais revenons à la sentence du divin Maître citée plus haut : Si vous ne voulez pas croire en moi, croyez en mes œuvres [27].

Le culte de Notre-Dame de Fatima se propagea rapidement, comme nous ve­nons de le dire, aussi bien dans ce diocèse que dans tout le Portugal, et au­jourd’hui il s’étend à toutes les parties du monde, non seulement parmi les na­tions catholiques, mais également parmi les nations protestantes et même païennes.

Le regard aimant et triste de la très sainte Vierge – qui nous aime comme mère, bien que triste pour nos fautes – se répand par toute la terre, relevant les cœurs et avivant la foi.

Les multitudes, composées de personnes de toutes les classes sociales, venues de tous les recoins du pays, sans publicité d’aucune espèce, sans aucune attrac­tion, et sans commodités, par des voyages très difficiles, accourent en masse à Fatima.

Où donc se sont réunies des multitudes comme à Fatima, dans le meilleur ordre, avec le plus profond respect ?

 

Les foules attirées par Notre-Dame

 

Et ce n’est pas une fois ou l’autre. Le mouvement est continu, constant, il augmente d’année en année.

La voix du peuple répond à la voix de Dieu.

 

Les malades accourent ici avec tant de sacrifices, tant de peines ! …

Combien de guérisons admirables ne se sont-elles pas produites par l’inter­médiaire de la très sainte Vierge ?

Et quelle résignation manifestent les malades, bien qu’ils n’aient pas obtenu la guérison de leurs maux physiques !

Et si les malades de corps qui vont à Fatima se comptent par milliers, ceux qui sont affligés moralement sont en beaucoup plus grand nombre. Notre-Dame est la santé des infirmes et le refuge des pécheurs. Combien de cœurs dé­voyés ont rencontré ici le pardon ! Combien d’indifférents et d’éloignés de la religion ont rencontré ici la foi de leurs pères !

Ah ! si les confessionnaux de Fatima n’étaient pas rigoureusement fermés par le sceau sacramentel – toujours inviolable – quels prodiges de grâce ne nous ra­conteraient-ils pas !

Louée et bénie soit la Mère de miséricorde !

 

Qu’on nous permette encore une autre considération.

Beaucoup d’entre vous ont connu le lieu de la Cova da Iria, désert, aride, sans vie. Vous avez également vu les constructions qui se font ici, qui exigent natu­rellement beaucoup d’argent.

Eh bien : jusqu’à aujourd’hui, aucune souscription n’a été ouverte, aucune aumône n’a été demandée, aucun appel, en public ou en particulier, n’a été fait à la charité des fidèles.

Les aumônes sont offertes spontanément, presque toutes anonymes.

Comme est grande la force de la foi !

Comme est prodigieux le pouvoir de la Vierge très sainte qui entraîne les multitudes vers une montagne aride, et en peu d’années transforme un lieu sans vie en un centre magnifique de piété ; en le plus étonnant miracle de la vie religieuse de notre temps ! …

 

 

Jugement de l’évêque

 

Chers diocésains :

 

Nous ne voulons pas, et n’avons pas besoin de nous étendre d’avantage.

En vertu des considérations exposées et d’autres que nous avons omises par brièveté, en invoquant humblement le divin Esprit-Saint et confiant dans la pro­tection de Marie très sainte, après avoir entendu les révérends pères consultants de notre diocèse,

Nous tenons pour bon de :

1° déclarer comme dignes de crédit les visions des enfants à la Cova da Iria, paroisse de Fatima, de ce diocèse, du 13 de chaque mois de mai à octobre 1917 ;

2° permettre officiellement le culte de Notre-Dame de Fatima.

 

Conclusion

 

Il nous reste, fils bien-aimés en Notre-Seigneur, à vous avertir que si la grâce que la très sainte Vierge nous a concédée est pour nous un grand motif de joie et de consolation, plus grande encore est l’obligation pour nous de corres­pondre à sa bonté.

L’expérience des ans démontre que « les yeux de Dieu sont ouverts et ses oreilles attentives aux prières faites en ce lieu [28] », mais il est nécessaire que, par la pureté de notre vie, la pratique des commandements de la Loi de Dieu, l’observance des préceptes de l’Église, le respect et la soumission aux directions du Siège Apostolique, nous nous montrions intégralement catholiques, car ce ne sont pas tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des Cieux, mais bien celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux [29].

 

La sainte Église, se référant au mystère de l’incarnation du Verbe divin, s’ex­clame : O bienfait digne d’une éternelle gratitude ! Dieu s’est fait connaître à nous d’une manière visible afin que, Le voyant, nous soyons ravis en l’amour des beautés in­visibles [30] !

 

 Nous recommandons d’une manière spéciale à nos chers diocésains l’amour du Saint Sacrement de Notre-Seigneur, la dévotion à la très sainte Vierge, à saint Joseph, aux âmes bénies du purgatoire, la récitation quotidienne, au moins, du chapelet, la fuite du péché de la chair, des modes immodestes et des lectures immorales, la pratique de la pénitence, sur laquelle Jésus a tant insisté, et que la Vierge, Notre-Dame, a tant rappelée, la charité envers tous nos frères et principalement envers les malades et les pauvres…  

Si nous faisons ainsi, les paroles du prophète pourront s’appliquer à notre patrie : Si vous améliorez vos voies et vos œuvres, j’habiterai avec vous en ce lieu : au pays que j’ai donné à vos pères, il y a tant de siècles [31].

Cette lettre pastorale sera envoyée aux révérends curés de paroisse pour qu’ils la lisent et expliquent aux fidèles, de la manière habituelle.

 

Leiria, 13 octobre 1930.

† José, évêque de Leiria.

 

 

*

  

 


Le Bon Pasteur

 

 

 

 

 

 

 


[1] — Texte original dans Documentação crítica de Fátima, II. processo canónico diocesano (1922-1930), Santuário de Fátima, 1999, p. 263-271. — Les sous-titres ont été ajoutés par nos soins.

[2] — Mt 28, 20.

[3] — Jn 19, 25.

[4] — Lc 23, 34.

[5] — Jn 19, 27.

[6] — Lc 1, 38.

[7] — Ac 1, 38.

[8] — Mt 10, 22.

[9] — Is 64, 12.

[10] — Jr 18, 7.

[11] — Mt 6, 26.

[12] — Mt 6, 28.

[13] — 2 Tm 4, 7.

[14] — Mt 10, 22.

[15] — Jn 11, 42.

[16] — Mt 7, 15.

[17] —  Mt 7, 16, 18.

[18] — Jn 10, 37, 38.

[19] — 17 janvier 1918.

[20] — 3 mai 1922.

[21] — Ac 20, 28.

[22] — I Co 1, 26-31.

[23] — I Cor 12, 3.

[24] — Ct 3, 6.

[25] — Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même, chap. XXX.

[26] — Jr 20, 7, 8.

[27] — Jn 10, 38.

[28] — 2 Par 7, 15.

[29] — Mt 7, 21.

[30] — Préface de Noël.

[31] — Jr 7, 5, 7.

Informations

L'auteur

Mgr José Alves Correia da Silva (1872-1957) a été évêque de Leiria (diocèse de Fatima) de 1920 à 1957.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 53

p. 368-380

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