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Un grand miracle de Fatima :

Le renouveau spirituel

et politique du Portugal

 

 

 

par Philippe Legrand

 

 

 

Préambule : grandeurs et reniements

du Portugal catholique, des origines à 1917

 

Une terre d’élection

 

LA REINE DU CIEL n’agit jamais au hasard. Ce n’est donc pas sans rai­son qu’en 1917 elle a choisi le Portugal pour apporter au monde la dévotion à son Cœur Immaculé : le Portugal a toujours été une terre mariale.

Dès les débuts de son histoire [1], après que l’ancienne Lusitanie romaine eut été libérée de trois siècles d’occupation musulmane par des croisés français, son premier roi, Afonso Henriquès, petit-fils du duc de Bourgogne, plaça aussitôt le pays sous la protection de Notre-Dame, la déclarant patronne de la dynastie et de la nation. C’était en 1139.

Plus tard, lors de la conquête de l’indépendance du Portugal sur la Castille espagnole, son souverain, Jean d’Avis, invoqua solennellement la protection de Marie sur le plateau même de Fatima. C’était le 13 août 1385. Pour la première fois, le treizième jour du mois voyait Notre-Dame honorée publiquement en ce lieu. Une victoire éclatante s’ensuivit le lendemain. En reconnaissance, le roi fit édifier  le monastère de Bathala qu’il avait promis à la Madone s’il gagnait la bataille. Il le confia aux dominicains et, de là, la dévotion au saint rosaire se ré­pandit dans toute la contrée. Ce fut aussi un 13 mai qu’à la demande du même roi, le pape Boniface IX (1355-1404) accorda que toutes les cathédrales du pays soient consacrées à la sainte Vierge.

Le Portugal se lança alors dans la conquête apostolique de nouvelles terres. Cette conquête fut confiée à Marie par ses missionnaires et ses navigateurs dans une petite chapelle érigée sur la plage de Restelo, à Lisbonne, d’où partaient les navires [2]. C’est là qu’Henri le Navigateur, Vasco de Gama, Pedro Alvares Cabral, et tant d’autres, mirent leurs expéditions entre les mains de Notre-Dame. Le Portugal devint le plus grand empire colonial du monde, ayant le privilège d’étendre le règne de Notre-Seigneur et de Notre-Dame sur trois autres continents : en Afrique (Angola en 1485 et Mozambique en 1492), en Asie (Inde, 1498) [3], et en Amérique du Sud (Brésil en 1500).

Tout au long des siècles, et malgré les péripéties de son histoire, le pays ne se départit jamais de sa piété envers la Mère de Dieu. Citons ici l’acte de Jean IV. Le pays sortait d’une nouvelle période de domination espagnole : le 20 octobre 1646, renouvelant le geste du fondateur de la monarchie, le roi restaurateur proclamait la Vierge de la Conception Padroeira, ou patronne, de son royaume [4]. En même temps, il s’obligeait par serment, auquel le prince héritier et les Cortès s’associèrent, à professer et défendre, même au prix de sa vie la doctrine de la conception immaculée de Marie, sous la réserve de l’agrément de l’Église [5],. Deux siècles avant la définition du dogme, c’est assez remarquable. Terre de Sainte Marie, le Portugal devenait plus spécialement Terre de l’Immaculée. « Et si quelqu’un ose quoi que ce soit contre notre promesse, serment et vasselage, dit l’acte officiel, nous le considérons dès maintenant comme ne faisant plus partie de la nation et voulons qu’il soit chassé du royaume ; et s’il est roi, quod Deus avertat, ce qu’à Dieu ne plaise, que la malédiction divine et la nôtre tombent sur lui et qu’il ne soit plus compté parmi nos descendants ; nous faisons vœu qu’il soit renversé et dépouillé du trône par le même Dieu qui nous a donné le royaume et nous a élevé à la dignité royale [6]. » Ordre fut donné à toutes les municipalités du Portugal de prendre pour patronne Notre-Dame de la Conception.

En ces quelques lignes se trouve condensée toute l’histoire du Portugal : quand il sera fidèle à son alliance avec Marie immaculée, il sera prospère [7], si­non il ne connaîtra que ruines et désordres. On comprend que la Vierge Marie ait choisi ce pays, en 1917, pour venir demander la dévotion à son Cœur Immaculé : elle viendra chez elle.

 

Reniements

 

Le XVIIIe siècle, qui vit l’avènement des « Lumières » en France, vit commen­cer la décadence du Portugal catholique.

Les dix dernières années du règne du roi Jean V [8] inaugurèrent une période troublée. Le roi, malade, à moitié paralysé, ne gouvernait plus. Le plus grand désordre régnait à la cour et la noblesse en profita pour s’emparer des charges importantes non pour servir le royaume, mais par pure ambition.

A la mort de Jean V, son fils, qui prit le nom de Joseph Ier, voulut régner en monarque absolu [9], dégagé de la noblesse, mais aussi indépendant de l’Église. Pour arriver à ses fins, il donna tout pouvoir à son ministre, le sinistre marquis de Pombal, franc-maçon.

Il y eut un terrible avertissement céleste : le 1er novembre 1755, un violent tremblement de terre détruisit une grande partie de Lisbonne. Les pertes en vies humaines furent considérables. Dans leurs sermons, les prédicateurs appelèrent le peuple à faire pénitence et à se convertir pour apaiser la colère divine. Mais la leçon ne fut pas reçue par le gouvernement. Pombal poursuivit de plus belle sa politique anticléricale. Citons quelques mesures : expulsion des jésuites en 1759 [10] ; institution de l’enseignement athée en 1769 ; la même année, la censure des livres est retirée à l’Inquisition et confiée à l’autorité royale. Ces dispositions concernaient aussi, bien sûr, les colonies.

A la mort de Joseph Ier, la nouvelle reine Marie Ière renvoya Pombal, tout en continuant sa politique sur plusieurs points. Assez pieuse, elle fut plus favo­rable à l’Église. Cependant les idées des « Lumières », qui se répandaient en Europe, pénétraient les élites du pays. L’année 1807 n’arrangea pas la situation : la reine Marie était devenue folle, les troupes de Napoléon envahirent le pays, et le prince régent, futur Jean VI, s’enfuit au Brésil avec la cour. Il reviendra au Portugal en 1821, mais un an auparavant avait éclaté une révolution fortement inspirée des principes de la Révolution française, que l’occupation napoléo­nienne s’était chargée de diffuser largement. Jean VI ne put revenir au Portugal qu’à la condition d’accepter une monarchie constitutionnelle.

A la mort de Jean VI, son second fils, Michel Ier [11], pourtant soutenu par l’Église et la majorité du peuple, tenta une restauration catholique, mais il dut abdiquer après huit ans d’une guerre civile continuelle soutenue par l’Angle­terre. Pierre IV monta alors sur le trône et rétablit une monarchie constitution­nelle. L’une de ses premières mesures, en 1834, sous le ministère Aguiar, fut de supprimer les ordres religieux et de s’emparer des biens du clergé.

A partir de 1870, une partie des francs-maçons cessa de soutenir la dynastie et commença à préparer l’avènement de la république.

Le 1er février 1908, le roi Charles Ier qui avait tenté de reprendre les choses en main, était assassiné avec le prince héritier, sur ordre de la franc-maçonnerie portugaise. Manuel II, son second fils, trop faible, ne put tenir longtemps. Il fut renversé, et la république proclamée le 5 octobre 1910.

 

La république portugaise :

chaos politique et fureur anticatholique

 

Le nouveau pouvoir montra aussitôt son sectarisme [12]. Cinq jours seulement après la proclamation de la république, les lois de Pombal et celles du ministère Aguiar (1834) contre les religieux, furent rétablies.

Bientôt, les rapports avec le Saint-Siège furent rompus, les biens ecclésias­tiques confisqués, les évêques protestataires bannis de leurs diocèses et condamnés à l’exil, leurs têtes mises à prix. La loi de séparation de l’Église et de l’État, votée le 20 avril 1911, fut appliquée avec un sectarisme farouche.

Peu avant le vote de cette loi, le 26 mars 1911, avait eu lieu à Lisbonne un congrès de libres-penseurs durant lequel Afonso Costa, président du Conseil et auteur de la loi, déclara : « Grâce à cette loi, avant deux générations, le Portugal aura éliminé totalement le catholicisme qui est la principale cause de la situa­tion où se débat notre pays [13]. »

Durant ces années-là, la violence qui s’exerça contre l’Église et les catholiques alla jusqu’à l’assassinat. Cette violence dura jusqu’en 1917-1918. Durant la seule année 1917, 111 églises et chapelles furent pillées (69 en province, 42 à Lisbonne [14]), souvent avec profanation des saintes espèces, et cela, du moins dans la capitale, sous les yeux bienveillants de la police et du gouvernement.

Les mesures de persécution anticatholique furent nombreuses : étouffement de la presse catholique, suppression de l’enseignement religieux dans les écoles, contrôle des séminaires, prohibition du port de la soutane, interdiction des œuvres d’apostolat, entraves imposées à l’exercice du culte, expulsion des prêtres hors de leurs presbytères, censure des documents pontificaux dont la diffusion était interdite, propagande athée dans les écoles (on faisait défiler les enfants des écoles avec des pancartes où on lisait « Ni Dieu, ni religion »), auto­risation du divorce, etc.

Sur le plan politique, des complots continuels, l’anarchie, causaient la dés­agrégation du pays, la ruine financière. De 1910 à 1926 (coup d’état du général Carmona – voir plus loin), le Portugal connut 16 révolutions, 8 présidents de la République, plus de 40 changements de ministères. Le but de l’impiété était de profiter du chaos pour déchristianiser les masses populaires paysannes restées fidèles aux pratiques religieuses traditionnelles.

Des sociétés terroristes, organisées en centres carbonari et doublées par des cellules bolchevistes (Main noire, Masque rouge, etc.), exerçaient la terreur dans le pays, tandis que les loges maçonniques le tenaient sous une dictature tyran­nique.

Au point de vue économique, le pays n’avait plus de crédit : le taux d’intérêt, officiellement de 8%, était de 15% dans la pratique quotidienne. La Société des Nations, sollicitée pour un emprunt, envisageait de mettre les finances portu­gaises sous contrôle étranger.

De cette période, Salazar a pu écrire : « Avant 1917, le désordre politique, le désordre social, le désordre financier, le désordre économique, règnent au Portugal ; un désordre qui n’était pas seulement un manque d’ordre, mais l’al­liance de tous les éléments positifs de désagrégation, de ruine, de dissolution nationale [15]. »

Cependant, dans la population, et spécialement chez les paysans, la foi restait très profonde, spécialement dans la région de Fatima. En mai 1916, un an avant les apparitions de Notre-Dame, une croisade du rosaire avait eu un tel succès que les églises de Lisbonne se remplirent pour les exercices en l’honneur de la Reine du ciel. Fait remarquable : on voyait dans la foule de nombreux officiers en uniforme.

 

 

Le miracle portugais

 

Le relèvement soudain du Portugal fut d’abord l’effet des apparitions qui bouleversèrent le pays.

 

Retentissement des apparitions sur la population

 

— Les phénomènes atmosphériques

 

Alors que seuls les trois enfants voyaient Notre-Dame, des phénomènes at­mosphériques accompagnèrent chacune de ses venues. Bien que diversement perçus par les assistants, ils attirèrent de mois en mois une foule de plus en plus nombreuse à la Cova da Iria [16]. Nulle part auparavant, à Lourdes, à La Salette, une chose similaire ne s’était produite. Ces prodiges sont bien « une caractéris­tique des apparitions de Fatima [17] »

Ce furent des éclairs subits, inexplicables météorologiquement, et parfois ac­compagnés de coups de tonnerre, qui annonçaient l’arrivée de la Vierge ; ou bien l’abaissement notable de la luminosité ; l’atmosphère qui devenait d’une couleur jaune d’or ; la nuée blanchâtre enveloppant le chêne vert et le groupe des voyants ; les branches de l’arbuste qui se ployaient en rond, ou qui s’inflé­chissaient vers l’est à l’arrivée et au départ de la céleste visiteuse ; une fumée autour du chêne, comme si Notre-Dame était encensée ; un globe de lumière qui glissa lentement dans l’espace, comme un piédestal qui porte une personne (13 septembre) ; une pluie de pétales blancs comme la neige, etc. Lorsque la Vierge parlait aux enfants, seules Lucie et Jacinthe l’entendaient [18], mais beaucoup d’assistants percevaient, sans comprendre aucune parole, le murmure d’une voix très fine, semblable au bourdonnement d’une abeille.

Le 13 octobre, ce fut le grand miracle annoncé par la Vierge le 13 juillet : le soleil tournoya sur lui-même comme une roue de feu produisant toutes sortes de couleurs. On pouvait le fixer des yeux sans être brûlé. Puis il parut se déta­cher du ciel et tomber sur la terre. Le phénomène fut observé à plusieurs kilo­mètres à la ronde. Les assistants, trempés par la pluie, se trouvèrent subitement secs.

Tous ces signes confirmaient à chaque fois le témoignage des voyants. Le 13 octobre, il y avait dans la foule de nombreux curieux, des francs-maçons, des libres-penseurs, et « quelques-uns des hommes les plus illustres dans les lettres, les arts et les sciences, presque tous incroyants [19] ». Le grand quotidien maçon­nique de Lisbonne, O Seculo, fut obligé de reconnaître la réalité des faits, aussi­tôt raillé par le reste de la presse anticléricale [20]. Mais cette agitation permit à tout le pays d’être au courant, tandis que les milliers de témoins racontaient au­tour d’eux les merveilles de Fatima.

 

— Les guérisons miraculeuses

 

Les nombreuses guérisons miraculeuses effectuées à Fatima contribuèrent aussi à bouleverser le Portugal. La première eut lieu le 13 octobre 1917 : il s’agissait d’une femme tuberculeuse au dernier degré, qui avait fait 35 km à pied sous la pluie battante.

Tandis que les foules affluaient à la Cova da Iria, de plus en plus de malades les accompagnaient. La Voz de Fatima a enregistré plus de mille cas de guérisons reconnues authentiques : tuberculoses, cécités, paralysies, fractures osseuses, ulcères, méningites, mal de Pott, cancers, gastrites, etc. [21]. Les guérisons ont lieu durant la récitation du rosaire, devant la statue de Notre-Dame de Fatima, au passage du très Saint-Sacrement, beaucoup en faisant usage de l’eau de la source [22].

 

— Les conversions

 

Mais les miracles les plus importants, les plus décisifs, sont ceux qui se pro­duisent dans les âmes. Leur caractéristique, à Fatima, est la soudaineté de l’ac­tion de la grâce, et l’universalité des cas : personnes vivant dans le péché, libres-penseurs venus pour se moquer, communistes, etc. Aucune statistique de ces prodiges n’a pu bien sûr être tenue : beaucoup restent le secret du confes­sionnal [23]. Il n’en reste pas moins que les conversions étaient innombrables, et qu’elles commencèrent à renouveler le pays à partir de 1917.

 

— Pèlerinage spontané

 

Après la dernière apparition du 13 octobre, la Cova da Iria fut définitivement considérée par le peuple portugais comme un lieu de pèlerinage marial. Isolés ou en groupe, d’abord sans aucune intervention de l’autorité ecclésiastique, les pèlerins se mirent à affluer de partout, plus nombreux les dimanches et jours de fête. Le 13 de chaque mois, surtout, de mai à octobre, c’est par milliers que les fidèles accouraient. On y priait le rosaire, chantait des cantiques, faisait péni­tence. On peut dire que c’était tout le Portugal qui venait se convertir et retrou­ver sa ferveur auprès de la Vierge de Fatima. Bien sûr, les sectaires firent tout pour enrayer le pèlerinage [24], mais en vain. La visite du sanctuaire par Mgr da Silva, nouvel évêque de Leiria, le 12 septembre 1921, intensifia encore le mou­vement. Ce n’était pas encore la reconnaissance officielle, qui ne viendra que le 13 octobre 1930, mais c’était un encouragement immense.

Comme l’écrit le père Denis O.P. :

 

Après plusieurs siècles de léthargie, l’Église portugaise reprenait confiance en elle-même. Et la confiance naquit du simple fait que les catholiques portugais, répondant à l’appel de la Vierge, firent et refirent sans se lasser le pèlerinage de Fatima. Ces pulsations énormes, flux et reflux réguliers de tout un peuple, ont joué dans le relèvement religieux du Portugal un rôle essentiel. Au complexe d’infériorité de jadis, succédait petit à petit une attitude de fierté, une belle et joyeuse assurance dans l’Église et en soi-même [25].

 

Conversion politique

 

Le retour du Portugal à une politique chrétienne ne fut pas quelque chose de subit à la manière d’un Deus ex machina. Aucune vraie restauration catholique ne peut se faire dans un pays sans la conversion d’une partie importante de la population. Cette conversion fut opérée par le pèlerinage de Fatima, et il fallut bien sûr un certain temps, et plusieurs étapes, pour que les conséquences s’en fassent sentir de manière stable au niveau politique.

 

La tentative de Sidonio Pais

 

Il est fréquent, dans l’histoire, que Dieu intervienne au dernier moment, quand tous les espoirs humains ont disparu. C’est l’heure de la vertu théolo­gale, qui s’appuie sur le seul secours divin pour obtenir le salut et tout ce qui y conduit. Mais de manière ordinaire, Dieu se sert parallèlement d’instruments qu’il suscite à cet effet, même pour la vie des nations [26].

Les apparitions de Fatima se produisirent au moment où l’anarchie attei­gnait, au Portugal, un degré sans précédent. Le pouvoir appartenait à la bombe et au pistolet.

Sidonio Bernardino Cardoso da Silva Pais, professeur à Coïmbra, comman­dant dans l’armée, républicain convaincu, franc-maçon avoué, ministre d’État, réussit à grouper autour de lui un grand nombre de ceux qui, dans le monde politique et militaire, voulaient en finir avec le terrorisme et aspiraient à un ré­gime plus modéré. Il prit le pouvoir le 8 décembre 1917, première fête de l’Im­maculée Conception qui suivit les événements de la Cova da Iria [27]. Après tant d’excès, il voulait pacifier le pays, et pour cela arrêter les persécutions contre l’Église. Les mesures sectaires disparurent peu à peu. L’acte le plus spectacu­laire de cette nouvelle orientation fut le rétablissement des relations diploma­tiques avec le Saint-Siège en juillet 1918.

Franc-maçon en public, il ne cachait pas à ses intimes ses désirs de conver­sion. L’historien Costa Brochado note : « Un officier de sa police, son dévoué lieutenant Faria, nous raconta un jour que Sidonio Pais se considérait comme protégé par la sainte Vierge, et que, à la fin de sa vie, il avait eu des “visions en­courageantes” qui lui donnaient une force morale irrésistible [28]. » Mais les Loges le firent assassiner le 14 décembre 1918, en gare de Lisbonne [29]. On plaça un cru­cifix sur sa poitrine déchirée par les balles.

Il fallut encore attendre dix années, pendant lesquelles le pays retomba dans l’anarchie politique et un terrorisme comme il n’y en avait encore jamais eu. Mais la situation religieuse avait changé : fortifié et grossi par les événements de Fatima, le catholicisme commençait à s’organiser, et personne n’osa plus re­mettre en cause les mesures prises par Sidonio Pais en faveur de l’Église.

 

Le Portugal de Salazar

 

Le 28 mai 1926, ce fut de Braga, la capitale du bastion catholique du Nord, que partit le soulèvement militaire libérateur, alors qu’un congrès marial pré­sidé par le nonce exaltait les heureuses conséquences des apparitions de Fatima pour le pays :

 

Juste au moment où, processionnellement, sortait la statue de la Vierge de l’église du Populo pour se rendre au Sameiro, sortaient aussi de leur caserne, contiguë à l’église, sous la bénédiction, dirait-on, de Marie, les troupes du 8e ré­giment d’infanterie préludant à la révolution [30]. En trois jours, elle gagna le pays tout entier et triompha, sans qu’ait été tiré un seul coup de fusil, ni versée une seule goutte de sang : cas unique dans toute l’histoire du Portugal [31].

 

En 1928, le général Carmona, ayant assumé tout seul le pouvoir, fit appel pour le ministère des Finances, à António de Oliveira Salazar [32], professeur de droit à l’université de Coïmbra. Salazar demanda conseil à son ami l’abbé Manuel Gonçalves Cerejeira [33], et au père Mateo Crawley, l’ardent apôtre du Sacré-Cœur, alors de passage au Portugal [34]. Puis il passa plusieurs heures en prière dans la nuit devant le tabernacle, et enfin, après avoir servi la messe ma­tinale du père Mateo, il accepta.

Le nouveau ministre s’appliqua d’abord à relever les finances et l’économie, ce qu’il réussit à faire en deux ans seulement.

C’est dans ce contexte qu’intervint un événement décisif pour le pays : la consécration du Portugal au Cœur Immaculé de Marie par le cardinal Cerejeira et tout l’épiscopat, le 13 mai 1931. Le père Alonso [35] affirme que sœur Lucie en fut l’inspiratrice [36]. En tous cas, cet acte, qui correspondait tellement aux désirs du Cœur de Marie, fut l’occasion pour Notre-Dame de faire tomber sur le Portugal une pluie de grâces. Nous allons le voir.

Quant à Salazar, son autorité s’affermissant dans tous les domaines d’une manière incontestée, le général Carmona le supplia, le 5 juillet 1933, de prendre la tête du gouvernement en devenant président du Conseil.

Le Portugal, qui était le pays d’Europe le plus troublé, va désormais en deve­nir le plus stable : le général Carmona demeurera président de la République jusqu’à sa mort en 1951, et Salazar dirigera le gouvernement jusqu’en 1968. Le pays traversera la révolution communiste espagnole et la Seconde Guerre mon­diale, en restant en paix ainsi que toutes ses colonies, nous y reviendrons.

 

— Les principes de l’État nouveau

 

Les principes de l’État nouveau se trouvent résumés dans deux déclarations de Salazar :

 

— Nous n’avons pas eu seulement l’intention de réparer les dégâts des trente dernières années de notre histoire, mais nous avons voulu aller plus loin, et par le retour à nos meilleures traditions, réintégrer le Portugal dans la ligne tradi­tionnelle de ses destins. [...] Sans cesser d’être de notre temps pour tout ce qui se rapporte au progrès matériel et aux conquêtes de la civilisation, nous sommes, dans les hautes sphères de la spiritualité, les mêmes qu’il y a huit siècles [37].

 

— Nous sommes antiparlementaires [38], antidémocrates, antilibéraux, et nous voulons constituer un État corporatif [39]. [...]

La démocratie parlementaire a abouti partout à l’instabilité et au désordre, ou bien elle s’est transformée en une sorte de domination absolue des partis sur la vraie nation [40]. [...]

Il n’est pas vrai que les régimes qualifiés de libéraux aient réellement sauve­gardé les libertés publiques. Nous, nous sommes antilibéraux, parce que nous voulons garantir ces libertés. [...]

Nous sommes antidémocrates, parce que notre démocratie, qui s’appuyait en apparence sur le peuple et prétendait le représenter, en arrivait à ne se souvenir du peuple qu’au moment des élections ; tandis que nous, nous voulons élever le peuple, l’éduquer, le protéger, l’arracher à l’esclavage de la ploutocratie [41]. D’autre part, s’imaginer, comme on le fait souvent, que les libertés publiques sont liées à la démocratie et au parlementarisme, c’est ne pas tenir compte des réalités les plus évidentes de la vie politique et sociale de tous les temps [42].

 

Dans le contexte des erreurs de la Russie dénoncées par Notre-Dame, il faut ajouter les lignes suivantes :

 

Nous sommes donc contre tous les internationalismes, contre le communisme, contre le socialisme, contre le syndicalisme libertaire, contre tout ce qui diminue, divise, dissout la famille, contre la lutte des classes, contre les sans-patrie et les sans-Dieu, contre l’esclavage du travail, contre la conception purement matéria­liste de la vie, contre la force comme origine du droit. Nous sommes contre toutes les grandes hérésies de notre temps... [43]. [...]

A vrai dire, le communisme russe ne représente aujourd’hui ni un régime po­litique, ni un système économique : c’est une doctrine, une philosophie, une mo­rale, une religion. Par l’intermédiaire de ses apôtres et de ses agents révolution­naires, il a la prétention de remplacer par d’autres, et cela dans le monde entier, les conceptions que la majorité des peuples civilisés ont reçues plus ou moins di­rectement de Rome et du christianisme. [...] De leur côté, le fascisme et le natio­nal-socialisme, qui divergent du communisme par leurs conceptions écono­miques et leurs exigences spiritualistes, lui ressemblent par leur concept d’État totalitaire [44].

 

— Les rapports avec l’Église

 

Il ne faudrait pas cependant représenter la « révolution nationale » de Salazar comme le régime en soi le plus parfait. Pour les rapports de l’État nouveau avec l’Église, Salazar opta sans hésiter pour la séparation :

 

Dans notre pays, le catholicisme avait continué à être, juridiquement, la reli­gion de l’État, et les relations entre l’État et l’Église étaient réglementées par des accords appelés concordats. En théorie, cette situation semblait être la plus conforme aux exigences du Droit canon et de la doctrine de l’Église [45]. Mais en réalité, on pouvait formuler deux réserves importantes : la première relative à l’extinction des ordres religieux [46] ; la seconde se rapportant à l’intervention abu­sive du pouvoir civil [dans les affaires] de l’Église. En compensation, l’État sub­ventionnait le culte. L’Église se trouvait par conséquent, en ce temps-là, unie à l’État par des chaînes d’or. [...] En 1911, fut décrétée avec des excès de violence, la séparation de l’Église et de l’État. [...] Cependant, par une fatalité logique du ré­gime de séparation, il a fallu reconnaître juridiquement la liberté de l’Église, c’est-à-dire la non-intervention de l’État dans le gouvernement des âmes et dans la nomination aux bénéfices ecclésiastiques. [...] A priori privée de son prestige, officiellement ignorée, très souvent persécutée, l’Église avait acquis cependant une liberté précieuse pour laquelle elle n’avait même pas eu besoin de dire merci. Cette liberté allait se révéler comme indispensable à sa vie et à son progrès, comme la condition de sa renaissance. Ce fait est fondamental pour la compré­hension de l’actualité la plus récente. [...] L’État devra [donc] s’abstenir de faire de la politique avec l’Église dans la certitude que l’Église s’abstiendra de faire de la politique avec l’État. [...] Le meilleur chemin à suivre n’était pas l’adoption of­ficielle par l’État d’une religion, mais la reconnaissance du fait que la religion ca­tholique était professée par la majorité de la nation. [...] Par conséquent, l’État portugais n’est pas confessionnel [47], mais il reconnaît l’importance tout à fait spéciale de la religion catholique dans la formation de la conscience portugaise, dans l’action historique de la nation et, grâce aux missions, dans la conquête mo­rale des terres d’outre-mer. Donc, il y va de l’intérêt général de concéder à l’Église soutien et sympathie, sans préjudice de la liberté de culte. [...] En tant que catholique, je crois que l’Église doit conserver avant toute chose sa liberté, en ac­ceptant pour cela les sacrifices nécessaires. En tant que chef de gouvernement, j’ai des devoirs envers les catholiques et aussi envers ceux qui ne le sont pas. Il m’appartient de faire prévaloir les solutions qui sauvegardent les libertés reli­gieuses de tous les Portugais et écartent la malveillance ou la désunion, car, moi aussi, j’ai d’autres brebis à garder qui ne sont pas de ce bercail [48].

 

Dans les faits, Salazar accorda un appui si puissant à l’action de l’Église, qu’il lui permit de retrouver un rayonnement considérable, nous allons le voir. Mais comme les principes étaient faussés, cela ne pouvait continuer très longtemps après sa mort. La situation tenait trop à un seul homme.

Cet homme était en tous cas providentiel. Sœur Lucie écrivit à Mgr da Silva, évêque de Leiria, les lignes suivantes, à un moment où le gouvernement de Salazar était en danger [49] :

 

Ma lettre a pour but de dire à votre Excellence, que le bon Dieu veut que Nos Seigneurs les évêques, pendant le peu de temps qui nous reste avant les élec­tions, parlent au peuple, par l’entremise du clergé et de la presse, pour dire que Salazar est la personne qu’il a choisie pour continuer à gouverner notre patrie, que c’est à lui que seront accordées la lumière et la grâce pour conduire notre peuple par les chemins de la paix et de la prospérité. [...] Il est nécessaire de faire cela rapidement et sans peur [50].

 

Mgr da Silva remit la lettre au cardinal Cerejeira qui transmit les consignes aux évêques, et fit part de cette lettre à Salazar lui-même pour l’encourager [51].

 

Résurrection de l’Église

 

Le meilleur moyen de se rendre compte de l’aide apportée à l’Église par Salazar est d’examiner le concordat signé avec le Saint-Siège le 7 mai 1940 [52] pour « préciser d’un commun accord et d’une manière durable la situation ju­ridique de l’Église catholique au Portugal, pour la paix et le plus grand bien de l’Église et de l’État [53] ». Garantissant une entière liberté à l’Église pour l’exercice de son ministère, il lui donne en même temps des avantages considérables, en particulier :

 

— Article 21 : L’enseignement donné par l’État dans les écoles publiques s’inspirera des principes de la doctrine et de la morale chrétiennes, principes tra­ditionnels dans le pays. En conséquence, on enseignera dans les écoles pu­bliques élémentaires, complémentaires et moyennes, la religion et la morale ca­tholiques aux élèves dont les parents ou ceux qui tiennent la place des parents, n’ont pas fait, à propos de cet enseignement, une demande de dispense. [...]

— Article 22 : L’État portugais reconnaît les effets civils aux mariages célébrés suivant les lois canoniques. [...]

— Article 24 : En harmonie avec les propriétés essentielles du mariage catho­lique, il est entendu que, par le fait même de la célébration du mariage cano­nique, les conjoints renoncent à la faculté légale de demander le divorce, lequel, par conséquent, ne pourra être appliqué par les tribunaux civils aux mariages ca­tholiques.

 

Le même jour que le concordat, fut conclu un « accord missionnaire » concer­nant la vie religieuse dans les colonies portugaises [54]. Remarquons les points suivants :

 

— Article 9 : Les corporations missionnaires d’hommes et de femmes recon­nues, indépendamment des secours qu’elles pourraient recevoir du Saint-Siège, seront subventionnées suivant le besoin par le gouvernement de la métropole et par le gouvernement de la colonie intéressée. [...]

— Article 10 : En plus des subventions auxquelles se rapporte le précédent ar­ticle, le gouvernement continuera à concéder gratuitement les terrains dispo­nibles aux missions catholiques pour leur développement et pour les fondations nouvelles. [...]

— Article 14 : Tout le personnel missionnaire aura droit au remboursement des frais de voyage à l’intérieur et en dehors des colonies. [...]

— Article 19 : Le Saint-Siège continuera à user de son autorité pour que les corporations missionnaires portugaises intensifient l’évangélisation des indi­gènes et l’apostolat missionnaire.

 

Cette aide efficace de l’État portugais ne pouvait qu’accélérer la résurrection d’un catholicisme déjà renouvelé par le pèlerinage de Fatima. Mais il faut abso­lument ajouter ceci : c’est parce que les apparitions de Fatima ont totalement transformé le pays, qu’un tel concordat, et de manière générale la restauration du Portugal, ont été possibles. Sidonio Pais, malgré ses bonnes intentions, n’a pu relever le pays, parce que les Portugais n’étaient pas convertis. Pour redres­ser la situation, Salazar a dû commencer par lever des impôts très lourds. Comment ce sacrifice a-t-il été accepté par le peuple ? Parce que ses mœurs étaient assagies et ses passions calmées. Salazar a dû prendre aussi des mesures très sévères pour éradiquer tous les éléments de désordre. Comment cela a-t-il été possible sans démonstration de force et sans provoquer sa chute en retour comme ce le fut pour João Franco sous le roi don Carlos ? Parce que le pays transformé l’appuyait tout entier. Sans Fatima, Salazar n’aurait rien pu réussir. Comme l’écrivent le chanoine Barthas et G. da Fonseca :

 

Si le Portugal est un exemple pour les autres nations, celles-ci ne doivent pas oublier qu’il est aussi un miracle de la grâce de Dieu. On ne réussira pas « l’expérience » politique, économique et sociale de ce pays sans imiter sa reli­gion profonde et sa dévotion à la Reine des anges et des hommes. Beata gens cujus Dominus Deus ejus, bienheureux le peuple dont Dieu est le roi réel, dont Marie est vraiment la souveraine [55] !

 

Le premier miracle portugais, c’est la conversion de tout un peuple par la Vierge Marie ; et c’est ce qu’elle promet à l’échelle du monde entier le jour où ses demandes seront accomplies.

Les résultats sont éloquents pour le Portugal :

— En 1911, Magalhàes Lima, chef de la maçonnerie portugaise, prophétisait : « Avant quelques années, il n’y aura plus aucun jeune homme qui veuille se faire prêtre au Portugal, et les séminaires resteront vides [56]. » Eh bien ! les voca­tions augmentèrent à un tel point que dans la province de Lisbonne, par exemple, le nombre de prêtres est passé de 950 en 1933 à 1603 en 1964, et que dans la même période, au diocèse de Braga, il est passé de 2618 à 3188 [57]. Quant aux religieux, leur nombre a quadruplé entre 1934 et 1942 [58].

— La pratique des sacrements est en honneur dans toutes les classes de la société. Les premiers vendredis et les 13 de chaque mois [59] sont des jours de communion habituelle pour une proportion très considérable et croissante de fidèles.

— Les œuvres catholiques prospèrent, ainsi la Croisade eucharistique est orga­nisée dans toutes les paroisses, et les Croisés de Fatima sont plus d’un demi-mil­lion en 1942.

— La presse catholique se développe, et le mensuel Voz da Fatima tire à 350 000 exemplaires.

— En 1941, en pleine guerre mondiale, la natalité est florissante au Portugal, qui tient dans ce domaine le second rang en Europe.

 

Le Portugal préservé de la terreur communiste

et de la Seconde Guerre mondiale

 

Dans son apparition du 13 juillet 1917, la très sainte Vierge avait averti : « Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. »

La Russie n’ayant pas été consacrée par Pie XI, ni la communion réparatrice répandue, le communisme continua son expansion. Selon le plan de Lénine, l’Europe devait être brisée par deux pinces d’une tenaille : la Russie et la pénin­sule ibérique [60]. Aussi, quand la situation commença à devenir inquiétante en Espagne avec le succès du Frente popular aux élections du 16 février 1936, le car­dinal Cerejeira et les évêques du Portugal, lors de leur retraite annuelle à Fatima, firent le vœu de « venir le 13 mai 1938, à la tête du pèlerinage national, rendre de solennelles actions de grâces à la très sainte Vierge, Mère de Dieu, au nom de toute la nation, si elle obtenait pour le Portugal la victoire sur le com­munisme athée et le bienfait de la paix [61] ».

Leurs craintes n’étaient pas chimériques : le 8 septembre suivant, deux ba­teaux de guerre tentèrent de se mutiner pour rejoindre les Rouges, et le 4 juillet 1937, une bombe faillit tuer Salazar au moment où il se rendait à la messe. Cependant, les choses en restèrent là, et tandis que l’horreur communiste rava­geait l’Espagne, le Portugal demeura dans une paix parfaite.

Le 13 mai 1938, à Fatima, devant 500 000 fidèles, en action de grâces et pour accomplir leur vœu, les évêques renouvelèrent la consécration du Portugal au Cœur Immaculé de Marie qu’ils avaient faite en 1931.

Mais un autre danger non moins redoutable se profilait. « Si on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, il commencera une autre [guerre], pire encore », avait annoncé Notre-Dame le 13 juillet 1917.

Le 2 décembre 1940, sœur Lucie écrivit au pape Pie XII : « Très Saint-Père, Notre-Seigneur promet à notre patrie une protection très spéciale durant cette guerre, en considération de la consécration que les révérends prélats portugais ont faite de la nation au Cœur Immaculé de Marie. Et cette protection sera la preuve des grâces qu’il accorderait à d’autres nations si, comme elle, elles lui étaient consacrées [62]. » Le cadre de cet article ne permet pas de rentrer dans le détail de ces événements [63]. Bien qu’Hitler ait tout préparé pour envahir l’Es­pagne et le Portugal afin de gagner Gibraltar, le plan ne put aboutir et le Portugal fut préservé avec toutes ses colonies [64], alors que le monde entier était en feu. Pie XII déclarera aux Portugais : « La plus terrible des guerres qui ait ja­mais désolé le monde [...] a rôdé autour de vos frontières, mais ne les a pas franchies, grâce surtout à Notre-Dame qui, de son trône de miséricorde, [...] veillait sur vous et sur vos gouvernants [65]. »

 

Déclarations du pape Pie XII et des évêques du Portugal

 

En une heure tragique de ténèbres et de discordes, la nef portugaise, ayant perdu la route de ses plus glorieuses traditions, égarée par la tourmente antichré­tienne et antinationale, paraissait courir vers un sûr naufrage... [...] Dans les té­nèbres brilla la lumière, du chaos surgit l’ordre [...] et le Portugal put trouver et renouer le fil perdu de ses plus belles traditions de nation très fidèle, pour conti­nuer [...] sa route glorieuse de peuple croisé et missionnaire. Honneur aux vail­lants qui furent les instruments de la Providence pour une si grande entreprise ; mais d’abord gloire, bénédiction et action de grâces à la Vierge souveraine, Reine, Mère de sa Terre de Sainte-Marie qu’elle a sauvée mille fois... [...] Dans l’affliction présente, peut-être la plus tragique, elle l’a fait de manière si manifeste que déjà, en 1934, Notre prédécesseur Pie XI, [...] dans sa Lettre apostolique Ex officiosis litteris, attestait les extraordinaires bienfaits dont Dieu comblait votre patrie. Et encore à cette date, on ne pensait pas au vœu de mai 1936 contre le pé­ril rouge, si redoutablement proche et si inespérément conjuré. [...] Aujourd’hui, une atmosphère de miracle baigne le Portugal, multipliant les prodiges phy­siques et de plus nombreux prodiges de grâces et de conversions qui fleurissent dans ce printemps parfumé de vie catholique, prometteur des meilleurs fruits ; aujourd’hui, avec plus de raison, Nous devons avouer que la Mère de Dieu vous a comblés de bienfaits réellement extraordinaires [66].

 

*

 

— Depuis que Notre-Dame est apparue en 1917 dans le ciel de Fatima, une spéciale bénédiction est descendue sur la terre portugaise. Le cycle violent des persécutions s’est fermé et une époque nouvelle de pacification des consciences et de restauration chrétienne s’est ouverte [67].

 

— Le Portugal est aujourd’hui le seul pays d’Europe vraiment en paix [68]. Les étrangers l’éprouvent mieux que nous-mêmes, eux qui en arrivant ici n’en croient pas leurs yeux, s’imaginent être dans un pays de rêve et de légende. Une telle conjoncture est un vrai miracle, une grâce extraordinaire qui nous vient des mains de la Reine du ciel [69].

 

— C’est alors que la sainte Vierge apparut à Fatima, infusant un esprit nou­veau à l’âme portugaise et répandant sur tout le pays les rayons de sa lumière vivifiante. Manifestement, le doigt de Dieu est là ! [...] Quelqu’un qui aurait fermé les yeux il y a 25 ans et qui les ouvrirait maintenant, ne reconnaîtrait plus le Portugal tellement est profonde et étendue la transformation opérée par le fac­teur modeste et invisible des apparitions de Fatima [70].

 

 

Une conversion incomplète

 

Les faits merveilleux que nous venons de relater doivent cependant nous laisser réalistes. Il ne faut pas idéaliser.

Nous avons déjà vu que la restauration politique n’avait pas été jusqu’à re­connaître la royauté sociale de Notre-Seigneur sur le Portugal. Mais même sur le plan religieux – et ceci explique sans doute cela – il n’y eut en fait qu’une demi-conversion.

Le 19 octobre 1946, sœur Lucie écrivait :

 

Quant aux temps très mauvais que nous traversons, c’est Dieu qui doit nous sauver par l’entremise du Cœur Immaculé de Marie, notre si bonne Mère du ciel : confiance. Mais, comme vous le savez, cette promesse est conditionnelle : « Si l’on cesse d’offenser Dieu, si l’on fait pénitence, si l’on prie. » Si nous regar­dons la nation dans son ensemble, nous avons raison de craindre. Avons-nous cessé d’offenser Dieu ? A la place de la vie de péché que nous menions aupara­vant, avons-nous embrassé une vie de pénitence qui implique nécessairement une véritable réparation ? Avons-nous prié avec humilité, contrition et persévé­rance ? Un petit groupe, oui ; dans l’ensemble, la majorité, non. En considérant tout cela, nous avons des raisons de craindre ; mais j’ai confiance parce que Dieu est infini dans sa miséricorde [71].

 

Cette absence de conversion profonde a certainement pour cause le fait que la dévotion réparatrice des premiers samedis, pratique essentielle du message de Fatima, n’a pas été répandue au Portugal, ni par Mgr da Silva, évêque de Leiria [72], ni par le cardinal Cerejeira, ni par aucun autre évêque du pays. Pourquoi cela ? Les évêques portugais furent sans doute refroidis par les ré­serves grandissantes de Rome à l’égard de Fatima, provoquées par l’influence de la thèse du père Dhanis S.J. [73]. Sœur Lucie sera d’ailleurs progressivement réduite au silence à partir de 1955, et surtout de 1960 sous Jean XXIII.

Manquant de profondeur, le redressement du Portugal ne dura pas.

Après le Concile, les erreurs de Vatican II pénétrèrent au Portugal. Elles ser­virent au clergé de gauche pour s’opposer à Salazar, tandis que Paul VI renou­vela peu à peu l’épiscopat portugais en écartant les évêques les plus attachés à Fatima. Les sièges-clés de Lisbonne et de Leiria, en particulier, furent confiés à des progressistes.

En septembre 1968, terrassé par une hémorragie cérébrale, Salazar dut laisser le gouvernement et fut remplacé par le Dr Marcelo Caetano qui lança immédia­tement un train de mesures pour libéraliser le régime. Il fut lui-même renversé le 25 avril 1974 par la « révolution des œillets [74] ».

L’épiscopat portugais évita de justesse le retour à une terreur bolchevique en consacrant encore le pays au Cœur Immaculé de Marie le 13 mai 1975, ce qui déclencha un dernier sursaut du peuple catholique qui chassa les communistes. Mais depuis, le Portugal continue à glisser dans l’apostasie religieuse et la cor­ruption des démocraties modernes [75]. La lumière de la foi se conserve cependant dans le petit peuple des campagnes toujours fidèle au chapelet et à Fatima.

 

 

Conclusion

Une immense espérance s’est levée sur le monde

 

Lénine avait essayé de prendre l’Europe en tenailles entre la Russie et la pé­ninsule ibérique. Les apparitions de Fatima firent échouer la moitié du plan. Pour briser la deuxième pince de la tenaille avant qu’elle n’ait répandu ses er­reurs dans le monde entier, il aurait fallu que le pape consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie, en union avec les évêques du monde entier. Cela se fera un jour, le Ciel l’a promis [76]. En attendant, ce qui s’est passé au Portugal est l’image de ce qui arrivera en Russie lorsque le successeur de saint Pierre obéira à la sainte Vierge.

Pour récompenser les évêques portugais d’avoir consacré leur pays au Cœur Immaculé de Marie le 13 mai 1931, Notre-Dame accorda en effet au Portugal les trois grâces qu’elle avait promises pour la consécration de la seule Russie :

 

— Un miracle de conversion se manifestant par une admirable restauration de l’Église, et correspondant à la promesse de la sainte Vierge : « Beaucoup d’âmes seront sauvées ».

 

— Un miracle de rénovation politique et sociale qui laisse entrevoir ce que sera la « conversion de la Russie » promise par Notre-Dame. Notons bien que la Vierge Marie n’a pas dit « conversion des Russes » ; en employant le mot de « Russie », elle a désigné le pays en tant qu’entité politique : il y aura donc, non seulement une conversion de la majorité de la population – préalable à tout re­dressement comme nous l’avons vu – mais aussi une régénération de toutes les institutions de la Russie qui deviendra un authentique pays de chrétienté.

 

— Enfin un miracle de paix : le Portugal fut préservé de la révolution com­muniste espagnole et de la Seconde Guerre mondiale. Un beau symbole en a été la construction de la basilique de Fatima en pleine guerre, alors que dans tant de pays du monde, les églises étaient détruites par centaines sous les bombar­dements. Ce miracle est l’écho de la promesse du 13 juillet 1917 : « Il sera donné au monde un certain temps de paix ». Bien sûr, il ne s’agit pas ici de n’importe quelle paix, mais de la paix du Christ par le règne du Christ.

 

Terminons avec le cardinal Cerejeira :

 

Fatima parle non seulement au Portugal, mais au monde entier. Nous croyons que les apparitions de Fatima ouvrent une période nouvelle : celle du Cœur Immaculé de Marie. Ce qui s’est passé au Portugal proclame le miracle. Et c’est l’annonce de ce que le Cœur Immaculé de Marie prépare pour le monde [77].

 

Quand on voit ce que le Cœur Immaculé de Marie a fait dans un Portugal qui n’était qu’à moitié converti, que sera-ce dans le monde, en effet, lorsque la Russie aura été consacrée et que la communion réparatrice aura été répandue par la hiérarchie !

*

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

António de Oliveira Salazar (1889-1970)

 

 


[1] — Sur l’histoire générale du Portugal, voir : Manuel do Nascimento, Chronologie de l’histoire du Portugal, Paris, L’Harmattan, 2002. — Jean-François Labourdette, Histoire du Portugal, Paris, Arthème Fayard, 2000 (ces deux ouvrages fourmillent de documents, mais l’esprit n’en est pas bon). — P. José de Oliveira Dias S.J., « Notre-Dame dans la piété populaire portugaise », dans l’encyclopédie Maria, Paris, Beauchesne, 1956, t. IV, p. 611-646. —  Frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 1, La science et les faits, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1986 (première édition en 1983), p. 105-114 — Joel Serrão, Dicionário de história de Portugal, Lisbonne, Iniciativas Editoriais, 1971 (4 tomes).

[2] — Elle fit place en 1500 à l’église et au monastère hiéronymitain de Sainte-Marie-de-Bélem, symbole de la protection constante de la Reine du ciel sur le Portugal d’outre-mer.

[3] — Citons ici l’important soutien apporté par le roi Jean III aux missions de saint François Xavier.

[4] — Rappelons ici que c’est le 15 août 1638 que le roi Louis XIII avait consacré la France à Marie.

[5] — Ce vœu n’était pas rare aux XVIIe et XVIIIe siècles. Voir Fr. François-Marie O.F.M. cap., « De la graine à la fleur : l’Immaculée-Conception dans le plan de la Providence », dans Le Sel de la terre 51, p. 12.

[6] — Cité par José de Oliveira Dias, ibid., p. 624.

[7] — Profitons-en pour mentionner trois grands saints nés au Portugal : le pape saint Damase Ier (pape de 366 à 384), qui chargea saint Jérôme de traduire la Bible en langue latine (Vulgate) ; — saint Antoine de Padoue (1195-1221), frère mineur, né à Lisbonne ; — saint Jean de Dieu (1495-1550), qui fonda la congrégation de frères hospitaliers qui porte son nom. — Il faut rajouter la reine sainte Élisabeth de Portugal (1271-1336) : née à Saragosse en Espagne, elle épousa Denis, roi de Portugal. Après la mort de son mari en 1325, elle entra dans le monastère de clarisses qu’elle avait fondé à Coïmbra.

[8] — Jean V régna de 1706 à 1750. C’est pendant son règne, en 1727, que la Grande Loge d’Angleterre réussit à s’implanter au Portugal.

[9] — Joseph ïer régnera de 1750 à 1777.

[10] — Contrairement aux autres pays d’Europe, les jésuites étaient la seule congrégation religieuse vraiment importante dans le pays. Les conséquences de leur suppression furent donc dramatiques. Par exemple, dans le sud  (entre la côte de l’Algarve et Lisbonne) ils tenaient toutes les paroisses. Après leur départ, la région se déchristianisa complètement. Aujourd’hui presque toutes les municipalités y sont communistes.

[11] — Le fils aîné de Jean VI, Pierre IV, avait été fait empereur du Brésil par son père. Libéral, il proclama l’indépendance du pays en 1822, puis il abdiqua en faveur de son fils et revint au Portugal pour combattre son frère Michel.

[12] — Sur cette période, on peut consulter les ouvrages suivants : Chanoine Barthas, Fatima, merveille du XXe siècle, Toulouse, Fatima-Éditions, 1952 ; et Fatima 1917-1968, Toulouse, Fatima-Éditions, 1969. — F. Carret-Petit, Le Lourdes portugais, Notre-Dame du Rosaire de Fatima, Paris, La Bonne Presse, 1943, ch. 9. — Frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1986 (première édition en 1983), p. 196-202.

[13] — Cité par F. Carret-Petit, ibid., p. 140.

[14] — Chiffres relevés par l’historien Costa Brochado et cités par le chanoine Barthas dans Fatima, merveille du XXe siècle, ibid., p. 256.

[15] — Cité dans F. Carret-Petit, ibid., p. 140.

[16] — Le 13 mai, il n’y a que les petits voyants ; le 13 juin, on compte une cinquantaine de personnes ; le 13 juillet, près de deux mille ; le 13 août, les assistants sont entre dix-huit mille et vingt mille ; le 13 septembre, ils sont de vingt-cinq à trente mille ; et le 13 octobre, de soixante-dix mille à cent mille, ce qui est considérable pour un pays qui n’a, à l’époque, que deux millions et demi d’habitants.

[17] — Chanoine C. Barthas et G. da Fonseca S.J., Fatima merveille inouïe, Toulouse, Fatima-Éditions, 1942, p. 197.

[18] — François voyait l’apparition, mais ne l’entendait pas.

[19] — Chanoine Barthas, Fatima 1917-1968, ibid., p. 159. La possibilité d’une hallucination collective a été clairement réfutée. On peut se reporter à l’ouvrage du frère Michel de la Sainte-Trinité, ibid., t. 1, p. 332-340 et p. 348-355. Ce miracle atteste la véracité du message de Fatima. Il est consternant que le cardinal Ratzinger n’y ait fait aucune allusion dans son intervention de juin 2000 à propos de la troisième partie du secret de Fatima.

[20] — C’est à partir du 13 juillet que les journaux ont commencé à parler des événements de Fatima, pour tenter de les ridiculiser. Par une prudence compréhensible, la presse catholique restait assez réservée.

[21] — Relevé par F. Carret-Petit, ibid., p. 138. L’ouvrage ayant été publié en 1943, le chiffre de mille guérisons couvre une période de 26 ans depuis les apparitions. On trouve des récits de miracles dans l’ouvrage du chanoine Barthas et du père da Fonseca, Fatima, merveille inouïe, ibid., quatrième partie, chapitre II, Guérisons miraculeuses, p. 211-230. A partir de 1924, fut mis en place un Service d’assistance aux malades, dirigé par le docteur Pereira Gens, mais qui ne chercha pas à fonctionner comme un Bureau de constatation, contrairement à Lourdes (se référer au chanoine Barthas, Fatima merveille du XXe siècle, ibid., p. 250-252).

[22] — Mgr da Silva, évêque de Leiria, avait fait creuser une citerne en novembre 1921 pour les besoins des pèlerins. La source n’était donc pas apparue miraculeusement comme à Lourdes, mais son eau permit de nombreuses guérisons (voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, p. 224-225).

[23] — On trouve des récits de conversions dans l’ouvrage du chanoine Barthas et du père da Fonseca, Fatima, merveille inouïe, ibid., quatrième partie, chapitre III, Miracles moraux, p. 231-242.

[24] — Le 13 mai 1920, l’administrateur du canton essaya d’empêcher le pèlerinage avec un escadron de gardes républicains. Plus tard, en mars 1922, la petite chapelle des apparitions (la Capelinha) fut dynamitée.

[25] — P. Denis O.P., cité par G. Renault dans Fatima, Paris, Plon, 1957, p. 218.

[26] — Citons par exemple sainte Jeanne d’Arc en France.

[27] — L’Immaculée Conception était la fête patronale du pays. C’est en tant que patronne du Portugal que la Vierge Marie commença à répandre ses bénédictions sur la nation après les apparitions de Fatima.

[28] — Costa Brochado, cité par le chanoine Barthas, Fatima, merveille du XXe siècle, ibid., p. 269.

[29] — Les loges sont coutumières de ce genre de fait. On pense à l’assassinat de Garcia Moreno, ou encore à celui du comte Rossi, ministre de Pie IX (voir Le Sel de la terre 15, p. 129, note 27), et à tant d’autres.

[30] — On peut regretter l’emploi de l’expression « révolution » pour désigner le nouveau régime, mais c’est celle qui est couramment utilisée au Portugal. Salazar l’a gardée, semble-t-il, parce qu’elle fut employée, pour qualifier leur mouvement, par les généraux qui avaient sauvé le pays en 1926. A l’occasion, il sut mettre le point clairement sur le sens qu’il donnait à cette expression : « Si je suis un révolutionnaire, c’est dans la mesure où je suis [...] pour la vérité contre l’imposture, pour l’ordre contre le désordre » (cité par Henri Massis dans Chefs, Paris, Plon, 1939). Voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 259, note 3.

[31] — P. José de Oliveira Dias S.J., Notre-Dame dans la piété populaire portugaise, ibid., p. 630. — En 1936, dans un discours pour le dixième anniversaire de la révolution nationale, Salazar mettra en relation la réussite du coup d’état militaire avec les prières du congrès de Braga (voir : chanoine C. Barthas et G. da Fonseca, Fatima merveille inouïe, ibid., note 1, p. 249).

[32] — Sur Salazar, on pourra se référer aux ouvrages suivants : Jacques Ploncard d’Assac, Salazar, Grez-en-Bouère, DMM, 1983 (deuxième édition augmentée par l’auteur. La première édition avait paru du vivant de Salazar, en 1967 à Paris, La Table Ronde). Jacques Ploncard d’Assac était un ami très intime de Salazar qui a loué son premier livre. On peut cependant lui reprocher de ne pas faire le lien entre le redressement opéré par Salazar, et les apparitions de Fatima. — Jacques Ploncard d’Assac, Dictionnaire politique de Salazar, Lisbonne, Éditions S.N.I., 1964. — Oliveira Salazar, Principes d’action, Paris Arthème Fayard, 1956. — Président Salazar, Comment on relève un État, Paris, Flammarion, 1937. Ce texte fut composé en 1936 pour le 10e anniversaire du coup d’état des généraux, afin de faire un bilan de l’œuvre accomplie. — Oliveira Salazar, Une révolution dans la paix, Paris, Flammarion, 1937.

[33] — Sacré évêque auxiliaire de Lisbonne le 23 mars 1928, il deviendra patriarche du Portugal le 18 novembre et sera créé cardinal le 16 décembre.

[34] — Voir sa notice biographique dans Le Sel de la terre 52, p. 142-143, et l’une de ses conférences : « De la médiocrité à la sainteté, l’appel du Sacré-Cœur », p. 144 à 158.

[35] — Le père Joaquin-Maria Alonso (1913-1981), clarétain espagnol, est certainement le spécialiste le plus autorisé des apparitions de Fatima. En 1966, Mgr Venancio, évêque de Leiria-Fatima, lui demanda d’entreprendre une étude critique complète de l’histoire et du message de Fatima. Ses recherches l’amenèrent à rencontrer souvent sœur Lucie. Les travaux étaient terminés en 1975 lorsque le nouvel évêque de Leiria-Fatima, Mgr do Amaral, en suspendit la publication. Il a fallu attendre 1992 pour qu’un premier volume de documents soit publié par le sanctuaire en langue portugaise. Trois autres ont été publiés depuis. Mais l’ensemble de l’œuvre (24 livres de 800 pages chacun) reste encore inaccessible.

[36] — Père Joaquin-Maria Alonso, Fatima, España, Rusia, Madrid, Centro Mariano, 1976, p. 31 et 93. Voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 244-248. — Il est intéressant de noter qu’à la suite de communications intimes de Notre-Seigneur, Jacinthe avait parlé d’une guerre civile terrible qui menaçait le Portugal, durant laquelle Lisbonne deviendrait « une vraie image de l’enfer ». Ce devait être en châtiment des péchés du pays. Deux choses ont dû écarter ce fléau : la consécration de 1931, mais aussi les prières et sacrifices d’une petite élite d’âmes réparatrices groupées par le chanoine Formigão à la demande de la Vierge Marie : la congrégation des religieuses réparatrices de Notre-Dame des Douleurs de Fatima. L’Espagne, n’ayant pas eu ces protections, n’a pas échappé au malheur : c’est elle qui est devenue une vision d’enfer en 1936-1937. Voir l’ouvrage du père de Marchi, Témoignage sur les apparitions de Fatima, Fatima, Éd. Missoes Consolata, 1966, p. 280. Voir aussi frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, ibid., t. 2, p. 107-109.

[37] — Discours prononcé en 1940 à l’occasion des cérémonies commémoratives du VIIIe centenaire de la fondation du Portugal ; cité dans l’ouvrage : Oliveira Salazar, Principes d’action, ibid., p. 82, n° 90.

[38] — Il y aura bien une Assemblée nationale, mais celle-ci, ne comprenant que 90 députés, aura des pouvoirs assez limités. Par exemple, le gouvernement sera responsable directement devant le président de la République, non devant l’Assemblée. L’État nouveau n’était donc pas un régime parlementaire. [NDLR.]

[39] — Salazar avait pour politique de : « construire l’État social et corporatif en rapport étroit avec la constitution naturelle de la société. Les familles, les paroisses, les communes, les corporations où se trouvent tous les citoyens, avec leurs libertés juridiques fondamentales, sont les organismes qui composent la nation et, comme tels, ils doivent intervenir directement dans la constitution des corps suprêmes de l’État ; voilà une expression plus fidèle que n’importe quelle autre, du système représentatif » (30 juillet 1930) ; citation se trouvant dans l’ouvrage de Jacques Ploncard d’Assac, Dictionnaire politique de Salazar, ibid., p. 42. — Sur les corporations, voir Le Sel de la terre 19, p. 77-98 : « Les corps de métier dans la France chrétienne ».

[40] — Salazar avait l’expérience du régime parlementaire. En 1919, en plein chaos social et politique, le pape Benoît XV avait tenté d’imposer aux catholiques portugais un ralliement à la République semblable à celui que Léon XIII avait imposé en France 27 ans plus tôt, et qui avait abouti au désastre que l’on sait. Benoît XV, s’appuyant sur l’encyclique Au milieu des sollicitudes de Léon XIII, invitait les catholiques portugais à « se soumettre sans arrière-pensée au pouvoir établi de fait, [... et à] accepter sans répugnance [...] les charges publiques qui leur seront confiées ». Salazar entra dans le jeu, fut élu député, mais il lui suffit d’une séance à l’Assemblée parlementaire pour comprendre et démissionner aussitôt. Heureusement, les catholiques portugais n’ont pas tenu compte des injonctions de Benoît XV. Ils ont continué à s’organiser pour renverser le gouvernement maçonnique, et le Portugal a pu se relever. (On peut se reporter au livre d’Adrien Loubier, Échec au ralliement, Salazar et Benoît XV, 40 ans d’échec à la démocratie chrétienne, Villegenon, Éditions Sainte-Jeanne d’Arc, 1995. Nous signalons cet ouvrage pour les documents qu’il contient, sans approuver tous ses jugements.)

[41] — Forme de régime où le pouvoir est aux mains de l’argent. C’est dans cet esclavage que sont tombées aujourd’hui toutes les nations : celui de la finance internationale. [NDLR.]

[42] — Président Salazar, Comment on relève un État, ibid., p. 18-19.

[43] — Président Salazar, ibid., p. 17.

[44] — Président Salazar, ibid., p. 21.

[45] — Pour étudier cette doctrine, on peut se reporter à l’étude du P. Pierre-Marie O.P., « L’Église et l’État, Le vrai visage de l’Église (X), Le schéma préparatoire de Vatican II (VI) », parue dans Le Sel de la terre 39, p. 74-118. — Salazar ne semble pas avoir reçu une solide formation doctrinale sur cette question. Il était né dans un pays déjà pénétré par le libéralisme et les idées maçonniques. Il est presque normal qu’il ait eu sur ce sujet des idées libérales. Mgr Lefebvre lui-même, pourtant issu d’une famille très catholique, était favorable à la séparation de l’Église et de l’État avant d’aller faire ses études au Séminaire français de Rome. Il faut ajouter le contexte de persécution, que Salazar évoque dans les lignes qui suivent : les prêtres devaient insister davantage sur la défense des libertés chrétiennes que sur le droit public de l’Église. Il faut enfin tenir compte de la situation internationale où les pays authentiquement catholiques étaient rares. [NDLR.]

[46] — Salazar fait allusion à la suppression des ordres religieux par le ministère Aguiar en 1834. [NDLR.]

[47] — C’est ainsi qu’en juillet 1959, Salazar fit rejeter par les députés de l’Assemblée nationale un projet de loi visant à introduire le nom de Dieu dans un préambule de la Constitution (relevé par frère François de Marie-des-Anges dans Jean-Paul Ier, le pape du secret, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, note 2, p. 195. — Notre-Seigneur était pourtant intervenu dans un sens tout à fait opposé en disant à sœur Lucie le 28 novembre 1940 : « Si le gouvernement portugais, en union avec l’épiscopat, ordonne qu’au cours des prochains jours du carnaval, des jours de prière et de pénitence [soient prescrits], avec des prières publiques dans les rues, en supprimant les fêtes païennes, ils attireraient sur eux et sur l’Europe des grâces de paix. » Notre-Seigneur est Roi de la société et agit en tant que tel, même si les hommes ne reconnaissent pas publiquement sa royauté. Sœur Lucie insista pour que cette requête fût transmise au gouvernement. On ne sait si cela fut fait. Voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, ibid., t. 2, p. 477-479. [NDLR.]

[48] — Oliveira Salazar, Principes d’action, ibid., p. 69, 74, 75. Extraits de discours prononcés en 1952. Sur le plan des principes, Salazar est loin de la doctrine catholique, puisqu’il prône la séparation de l’Église et de l’État, l’État non confessionnel, la liberté religieuse. Ce sont des principes qui ne peuvent aboutir à la longue qu’à la décadence religieuse d’un pays, et qui n’avaient pas été ceux du Portugal au temps de sa grandeur. — On trouve un exemple parallèle avec le concordat passé entre Rome et le Chili en 1925. Le pape Pie XI écrivit à ce sujet : « En dépit des excellentes relations qui existaient antérieurement et qui existent encore entre elle et le Saint-Siège, la République du Chili a décrété l’application du régime dit de séparation (regimen separationis ut aiunt). A la lumière de la foi catholique, ce régime n’est certainement pas conforme à la doctrine de l’Église, non plus qu’à la nature des hommes ou de la société civile. Cependant, il est appliqué d’une manière tellement amicale que, loin d’être une séparation, il semble plutôt une union amicale (amicus convictus). Aussi, nous l’espérons, l’Église catholique n’en continuera pas moins d’exercer son influence et son action sur la vie morale de ce pays qui nous est cher, et pour son plus grand bonheur » (Pie XI, Allocution consistoriale, 14 décembre 1925, Actes de S.S. Pie XI, t. 3, Paris, Bonne Presse, 1932, p. 109). Le pape Pie XII aurait pu écrire exactement les mêmes lignes après le concordat passé avec Salazar.

[49] — Un complot était en train de chercher à renverser Salazar en préparant un gouvernement de transition vers une démocratie libérale.

[50] — Lettre de sœur Lucie, du 7 novembre 1945, citée par frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier le pape du secret, ibid., p. 175-176.

[51] — Salazar entretenait des relations très intimes avec sœur Lucie. Il lui téléphonait, lui rendait visite au carmel de Coïmbra, implorait ses prières quand il était accablé de soucis (voir frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier le pape du secret, ibid., p. 180).

[52] — Texte dans les AAS, XXXII, 1940, p. 217 et s. ; ou Documents pontificaux de Pie XII, Saint-Maurice (Suisse), Éditions Saint-Augustin, 1961, t. 2 (1940), p. 151-161.

[53] — Documents pontificaux de Pie XII, ibid., p. 151.

[54] — Texte dans les AAS, XXXII, 1940, p. 235 et s. ; ou Documents pontificaux de Pie XII, ibid., p. 162-168.

[55] — Chanoine Barthas et G. da Fonseca, Fatima, merveille inouïe, ibid., p. 260.

[56] — Cité dans l’ouvrage du chanoine Barthas et de G. da Fonseca, Fatima, merveille inouïe, ibid., p. 253, note 1.

[57] — Chiffres relevés par le frère Michel de la Sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 257 à partir de différents ouvrages du chanoine Barthas.

[58] — Chanoine Barthas et G. Da Fonseca, Fatima, merveille inouïe, ibid., p. 253. Sauf mention contraire, les chiffres cités dans ce paragraphe viennent de ce livre.

[59] — On s’attendrait à trouver les premiers samedis. Nous parlerons plus loin de cette anomalie.

[60] — Voir : père Alonso, Fatima, España, Rusia, Madrid, Centro Mariano, 1976, p. 92 ; et frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 267.

[61] — Extraits de la Lettre pastorale de l’épiscopat portugais, Pâques 1938 (Cardinal Cerejeira, Obras pastorais, t. 2), cités par le frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 267.

[62] — Cité par frère Michel de la Sainte-Trinité, ibid., p. 271.

[63] — On en trouvera le récit détaillé dans l’ouvrage du frère Michel de la Sainte-Trinité, ibid., p. 271-275.

[64] — L’Espagne fut aussi épargnée, bénéficiant de la protection divine accordée au Portugal voisin. Notre-Seigneur avait d’ailleurs confié un message à sœur Lucie pour les évêques d’Espagne en 1941, les exhortant à réformer l’Église dans leur pays. Ils y répondront avec ferveur. On peut se référer au livre du frère Michel de la Sainte-Trinité, ibid., t. 3, 1ère section ch. 1, et 2e section ch. 3.

[65] — Pie XII, Radiomessage aux fidèles du Portugal à l’occasion du couronnement de Notre-Dame de Fatima, 13 mai 1946, cité par le chanoine Barthas dans Le message de Fatima et la paix entre les nations, Toulouse, Fatima-Éditions, 1951, p. 22. Original portugais dans les AAS, XXXVIII, 1946.

[66] — Pie XII, Message radiophonique au peuple portugais, 31 octobre 1942, prononcé à l’occasion de la clôture de l’année jubilaire de Fatima, traduit sur le texte portugais par F. Carret-Petit dans Notre-Dame du Rosaire de Fatima, ibid., p. 181-185. Texte original portugais dans les AAS, XXXIV, 1942.

[67] — Lettre pastorale collective de l’épiscopat portugais, carême 1938.

[68] — Nous sommes alors en pleine guerre mondiale : en 1941.

[69] — Témoignage des évêques portugais, le 2 décembre 1941. Cité par le frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1991, p. 192.

[70] — Lettre pastorale collective de 1942, pour les noces d’argent des apparitions de Fatima. Ces deux textes épiscopaux ont été reproduits dans le même ouvrage de F. Carret-Petit, ibid., p. 143. On trouvera le texte intégral de 1942 dans le présent numéro du Sel de la terre. — Les événements de Fatima ont eu un retentissement si profond sur le Portugal qu’en 2005, 38 ans après la « Révolution des œillets », une journée de deuil national a été décrétée pour les obsèques de sœur Lucie le 15 février 2005. Une telle chose serait inconcevable dans notre France « laïque ».

[71] — Lettre citée par le frère François de Marie-des-Anges dans Jean-Paul Ier, le pape du secret, ibid., p. 173-174. Les évêques du Portugal faisaient le même constat, comme on peut le voir dans leur lettre de 1942 reproduite dans ce numéro du Sel de la terre.

[72] — En 1939, il recommanda bien la communion réparatrice dans un sermon ; puis dans un article paru dans la Voz da Fatima, mais avec des erreurs et sans signature ; et il accepta de mettre son imprimatur sur une image expliquant cette dévotion, mais il ne donna jamais d’approbation épiscopale officielle. Voir l’article : « Comment Fatima s’est imposé à l’Église », dans le présent numéro du Sel de la terre. — Voir aussi frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 455-457.

[73] — Le père Dhanis S.J. niait l’authenticité des apparitions de Notre-Seigneur et de la Vierge Marie postérieures à 1917, donc en particulier celles de 1925, 1926 et 1930 à Pontevedra et à Tuy, où furent données les précisions sur la dévotion réparatrice. La thèse du père Dhanis a été remarquablement réfutée par le père Alonso, spécialiste officiel de Fatima, dans Ephemerides Mariologicæ 18 (1968), p. 393-435, dans un article intitulé « Fatima y la critica ». Voir l’article de M. l’abbé Delestre, « Comment Fatima s’est imposé à l’Église », dans le présent numéro du Sel de la terre. Voir aussi  frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 1, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1986, Première partie : la critique, p. 5-102.

[74] — On peut se reporter à l’ouvrage de Jean-Marc Dufour, Prague sur Tage, Paris, Éd. Nouvelle Aurore, 1975.

[75] — Sur la décadence du Portugal à partir de Vatican II, on trouvera une documentation intéressante dans le livre du frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier, le pape du secret, ibid.

[76] — Voir, dans ce numéro du Sel de la terre, l’article de Dominicus sur la consécration de la Russie.

[77] — Cardinal Cerejeira, préface au livre Jacintha (édition de 1946), citée par le chanoine Barthas, dans Fatima, merveille inouïe, ibid., p. 342.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 53

p. 309-331

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