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Le crombettisme n’est pas mort, hélas !

 

 

 

Nous avons plusieurs fois l’occasion de mettre en garde contre les opinions erronées de Fernand Crombette (1880-1970) répandues par le CESHE (Centre scientifique et historique) fondé un an après sa mort : voir notamment Le Sel de la terre 3, p. 125 et Le Sel de la terre 7, p. 75 et 203

Suite aux attaques que nous avons menées (ainsi que d’autres publications catholiques, notamment Fideliter), un certain nombre de membres du CESHE ont quitté l’association et en ont fondé une autre, le CEP (Centre d’Étude et de Prospective pour la science [1]). Nous pouvions espérer que le crombettisme mourrait de sa belle mort.

Hélas, cela ne fut pas le cas, et M. Yves Chiron a eu la malencontreuse idée de signaler la « nouvelle formule » de Science et Foi, la revue du CESHE, dans Présent du 14 mai 2005.

M. Chiron ne parle pas de nos mises en garde contre cette revue et cette association.

Par contre il croit devoir signaler qu’un conseiller scientifique du CESHE, M. Guy Berthault, a écrit dans Le Sel de la terre. C’est exact, mais nous avions bien précisé en publiant le texte de M. Berthault : « Il va sans dire que la publication de cet article ne signifie pas de notre part une approbation de l’appui que M. Guy Berthault a pu apporter au CESHE » (Le Sel de la terre 47, p. 97).

Mais, penseront certains, si M. Chiron ressort le CESHE de son placard, c’est sans doute que cette association a changé, et s’est corrigée de ses erreurs.

Hélas !, il n’en est rien.

Nous ne prendrons qu’un exemple : le nº 74 de la revue Science et Foi, 4e trimestre 2004, reparle des idées de Fernand Crombette sur « l’âme précréée du Christ » et de « sa méthode originale de lecture et d’interprétation du texte biblique [2] ».

Fernand Crombette pensait que l’âme du Christ avait été créée plusieurs milliers d’années avant son corps, que Duns Scot (… 1308) avait pensé comme lui ( !), que cette âme était ce que l’Écriture appelle le Verbe, et par conséquent que le Verbe n’est pas à confondre avec le Fils de Dieu, etc.

Science et Foi présente ces élucubrations comme des idées intéressantes :

 

Il est ainsi évident, nous semble-t-il, que pour le Docteur subtil (et marial), l’âme du Christ prééxistait donc à toute chose (avant toute prévision du péché) et que la Création de l’univers suit. Et, que nous sachions, les thèses scotistes n’ont jamais été condamnées. Bien au contraire, et avec l’accord du Vatican, les études scotistes sont fortement encouragées et connaissent même un regain d’intérêt. Que devient alors la condamnation de 553 [3] sur ce point précis ? […] (p. 46.)

F. Crombette, sur la base de ses recherches scripturaires voit ainsi dans le Logos-Verbe (du prologue de saint Jean, qu’il analyse, commente et qu’il relie, comme Origène, aux premiers versets de la Genèse), « l’âme précréée du Christ», intimement associée au Fils, la forme exemplaire et l’archétype de toute la Création.

Ayant cru, comme beaucoup, parce qu’on lui avait opposé « 553 » et la condamnation d’Origène, qu’il frisait l’hérésie, il s’en est remis, en fils obéissant au jugement de l’Église sur ce point et s’est tu en attendant, exigeant de ses héritiers de respecter cette volonté. (p. 47.)

On a vu avec Tresmontant qu’il [le Verbe] ne peut pas être assimilé au Fils de Dieu, seconde Personne de la Trinité (p. 45).

 

Il y a là des erreurs contraires à la foi catholique. Nous avons eu l’occasion de l’exposer en détail dans l’ouvrage Crombette et le crombettisme, toujours disponible à nos bureaux [4].

Le CESHE prétend que « si tel ou tel point [de la doctrine de Crombette] présente une difficulté, ce sera au magistère d’en décider », nous ne pouvons leur faire confiance, puisqu’ils ne tiennent pas compte des condamnations passées du magistère.

M. Chiron retranscrit cette protestation d’orthodoxie du CESHE. Alors nous lui posons la question : croyez-vous, vous aussi, que le Verbe n’est pas le Fils de Dieu, que c’est une âme précréée (et donc créée) qui se serait unie plusieurs milliers d’années après sa création à un corps humain ? Et si vous ne le croyez pas, pourquoi laisser penser que le CESHE est une œuvre catholique et le recommander à vos lecteurs ?

Nous supposons qu’il nous répondra qu’ayant eu entre les mains le nº 75 de Science et Foi, il n’a pas pris connaissance du nº 74 que nous avons critiqué.

Vaine défense, car dans le nº 75, l’article qui suit celui que M. Chiron a commenté contient une étude « délirante » qui prétend défendre et prolonger la méthode de Crombette de décryptage de la Bible à l’aide du copte, et qui applique cette méthode… aux Évangiles [5].

Pour le moins, M. Chiron a manqué de « sens catholique », ce qui est très dommageable pour un chroniqueur.

Un simple « catholique du rang », scandalisé par la lecture de Science et Foi 74, nous a transmis ses réflexions. En voici quelques extraits :

 

L’article en question a pour objectif, à première vue, d’expliquer synthétiquement les oppositions rencontrées par Origène à l’encontre de certaines de ses thèses.

En réalité, je pense qu’il y a un objectif autre voulu par l’auteur, qui sous-tend toute l’argumentation: apporter un crédit supplémentaire à une théorie de F. Crombette, concernant la préexistence des âmes et particulièrement de celle du Christ (cf. p. 47).

Cette théorie est contraire à la Révélation chrétienne (Écritures et Tradition) qui affirme que l’âme est créée au moment de la création du corps. On peut donc, et à mon sens on doit, se méfier d’une publication qui défend une telle thèse, même sous couvert de défense de la Foi catholique. Il me semble que c’est une parfaite illustration de la technique du loup caché sous une peau de brebis. […]

L’argumentation mise en place me paraît quelque peu subversive. Le but est de cautionner une théorie (préexistence des âmes) proposée par Fernand Crombette mais condamnée par l’Église.

Pour ce faire, l’auteur fait passer ses promoteurs (Origène et Crombette) pour des génies incompris, des martyrs de l’intelligence condamnés par des gens peu scrupuleux de faire éclater la vérité, il décrédibilise leurs détracteurs et interprète les écrits d’un auteur catholique (Duns Scot) pour renforcer son argumentation, faisant planer un doute sérieux sur les décisions du magistère romain en la matière. Et toute cette argumentation est habilement distillée dans un récit historico-théologique où se mêlent des critiques de l’interprétation de l’Église et des professions de foi catholique. […]

C’est très grave, d’une part parce qu’il y a remise en cause du magistère de l’Église, d’autre part parce que les thèses défendues ont des implications théologiques très importantes qui bouleversent notamment l’interprétation des dogmes de la sainte Trinité et de l’incarnation. […]

L’impression que me laisse cet article, c’est qu’Origène est un génie extraordinaire, en quelque sorte martyr de son humilité et de sa foi. Les louanges relevées à l’égard de sa personne et de son œuvre sont frappantes. Je trouve ces superlatifs exagérés quand je sais quelle fin (défense de thèses condamnées) ils servent. Ce qui ressort de l’article, c’est qu’il semblerait que l’Église n’ait pas reconnu les mérites d’un de ses plus grands serviteurs (Origène), pire qu’elle l’ait injustement condamné. C’est une accusation grave qui me rappelle douloureusement les « repentances » actuelles. Alors, à quand le pardon de l’Église pour tout le mal commis contre Origène (et par la même occasion contre Crombette) ?

 

*

 

Annexe 

 

Le Cep, la revue publiée par le CEP (Centre d’Étude et de Prospective pour la science) ne nous parle pas de Crombette.

On trouve y trouve certains d’articles intéressants, notamment sur le monde des animaux (remarquons toutefois que ce sont généralement des traductions de textes étrangers).

Mais on y trouve aussi des idées extravagantes qui ne sont pas sans rappeler le « crombettisme ». Ainsi, dans le numéro de février 2005, un article intitulé « prière d’un guérisseur » ne peut guère échapper à l’accusation de « folie douce » :

 

Chaque fois que je prépare un flacon de la préparation d’aloès, miel et eau-de-vie, je m’approche de la plante, seul, avec humilité. Tout doucement, avec le même respect que l’on a devant une pièce rare, un animal en voie d’extinction ou une œuvre d’art.

Je m’accoste à la plante avec un couteau aiguisé, non pas avec l’intention de l’agresser, non pas comme un être supérieur ou son maître, mais comme une créature égale à elle, en condition et en niveau.

Je me présente à la plante comme un être limité et impuissant, dans l’espoir et la certitude qu’elle peut m’aider à résoudre « l’impasse ». Je la salue comme on salue une personne :

« Ciao bella ! Je ne suis pas là pour te faire du mal. Au contraire, comme je sais que tu es bénéfique, je te demande la permission de prendre ce que notre Créateur a mis en toi. J’en ai besoin. Tout ce que Dieu a créé est bon. Tu es l’essence de Dieu, parfaite, belle, harmonieuse. […]

Tu souffriras un peu, mais je ne connais pas d’autre moyen pour te cueillir afin que tu puisses faire ce pour quoi tu as été créée. […]

Maintenant va et fais ce que tu sais faire. Dans un corps créé par Dieu, il ne peut y avoir ni maladie, ni douleur, ni désaccord ou discordance. Libère du mal le corps qui t’est confié, en mettant en pratique ce que tu sais faire. Je t’aime bien. Oui, c’est vrai, je t’ai choisie entre toutes tes semblables. Profite de l’occasion et accomplis la mission que le Seigneur a programmée en te créant. Maintenant le moment de l’extase est arrivé, je sais qu’à peine ta mission accomplie, tu me remercieras pour l’occasion qui t’a été donnée. Moi aussi je te suis infiniment reconnaissant pour l’aide que tu donneras à ce corps malade. Excuse-moi et merci pour ce service que tu as été appelée à fournir, avec grand amour. Va et mets en pratique ce que tu sais. »

 

Il y en a trois pages comme cela !

 


[1] — Le CEP publie une revue : Le Cep. Voir l’annexe.

[2] — En réalité la découverte d’un sens caché de l’Écriture, complètement inconnu des Pères de l’Église, obtenu en transcrivant les lettres hébraïques en copte ancien. Par cette « méthode » (jointe à une bonne dose d’imagination), Crombette invente de nouvelles Histoire, Géographie et même Astronomie sacrées ! Et l’article du nº 74 de Science et Foi de recommander à ses lecteurs les 42 volumes de cette œuvre…

[3] — L’auteur de l’article, recopiant servilement Crombette, pense que la condamnation de la théorie de l’âme précréée du Christ a été portée au cours du concile de Constantinople de 553, dit Concile des trois Chapitres, dont l’approbation aurait été extorquée au pape. Mais il suffit de lire une bonne histoire des conciles (par ex. Héfélé-Leclercq II, 2, p. 1182 sq.) ou même le commentaire du Denzinger-Schönmetzer (p. 140) à propos de la condamnation des erreurs origénistes, pour voir que la condamnation a été portée 10 ans plus tôt, en 543, et que le pape l’a approuvée sans aucune pression. Cette condamnation a été reçue en paix dans l’Église universelle, et est certainement infaillible.

[4] — Crombette et le crombettisme par le frère Pierre-Marie O.P., Dominique Viain et Georges Salet. Où l’on réfute de fausses théories sur la science et la foi : géocentrisme, langue originale de la Bible, âme précréée du Christ…  118 p., 18 E franco.

[5] — Ainsi Jn 20, 6 [venit ergo Simon Petrus sequens eum et introivit in monumentum et videt linteamina posita : Alors arrive aussi Simon-Pierre, qui le suivait ; il entra dans le tombeau ; et il voit les linges, gisant à terre] donne, à partir de la rétroversion hébraïque de Carmignac et de la « méthode Crombette » : « Les gardes (soldats) étaient partis ; le vêtement de lin qui avait couvert le Corps du Maître était posé sur la pierre lorsque Pierre entra dans le sépulcre vide. Sur le vêtement de lin était restituée l'image du cadavre fustigé (battu de verges) : vision qui était d'une réalité (vérité) remarquable (frappante). A la tête de celui-ci (le vêtement), et mis de côté, était le “soudarion” restituant des images superposées et qui avait certainement été retiré une dernière fois lorsqu'il fut enseveli dans le sépulcre. » Ce n’est plus de l’exégèse, c’est de la fiction. Le ballon de baudruche de cette « méthode Crombette » est complètement dégonflée par Dominique Viain dans l’ouvrage Crombette et le crombettisme, et à l’époque les crombettistes n’avaient pas encore eu l’idée saugrenue de l’appliquer aux Évangiles !

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 54

p. 245-249

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