LES DANGERS DE LA GNOSE CONTEMPORAINE (I)
Origines et thèmes
de la gnose contemporaine
par Christian Lagrave
On se souvient que Paul Sernine a essayé de montrer que la gnose n’existait plus aujourd’hui – ou du moins, si quelque chose correspond à ce nom, qu’elle ne saurait constituer une erreur dangereuse pour les catholiques –, puisque « les papes n’en parlent pas ». Il y joignait deux autres « preuves » du même acabit.
Christian Lagrave a déjà répondu à ces sophismes dans une excellente petite brochure [1].
Il revient sur le sujet en montrant par les faits l’existence et la nocivité de la gnose contemporaine. — Contra factum non fit argumentum dit l’adage (« Contre un fait établi, aucun raisonnement ne porte »).
L’auteur traite ici des origines et des thèmes de la gnose contemporaine. Il en présentera les hommes et les œuvres dans un prochain article.
Cette étude a fait l’objet d’un exposé aux journées Jean Vaquié organisées par Le Sel de la terre en août 2004.
Le Sel de la terre.
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— Remarque préliminaire : La gnose est un sujet très vaste ; la bibliographie est immense : des centaines de volumes ; rien que pour la période contemporaine il faudrait y consacrer plusieurs livres sans épuiser le sujet ; nous allons donc être contraint de le traiter d’une manière sommaire, en ne retenant que ce qui nous paraît essentiel, et en négligeant beaucoup d’aspects quelquefois assez importants.
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Une expérience
AVEZ-VOUS déjà fait l’expérience suivante ? Prenez l’annuaire téléphonique de votre département, ouvrez les pages jaunes à la rubrique « librairies » et faites le compte des librairies explicitement consacrées à l’ésotérisme, aux « spiritualités », à l’astrologie, au « développement personnel », aux médecines parallèles, etc. Généralement on en trouve plusieurs dans chaque ville un peu importante. De plus, si vous vous donnez la peine d’entrer dans les librairies généralistes, vous y trouverez immanquablement, à l’endroit le plus accessible, des rayons entiers consacrés aux sujets que nous venons de citer, ainsi qu’aux « spiritualités orientales », au bouddhisme, au « zen », au yoga, au chamanisme, à la franc-maçonnerie, à la réincarnation, à la sorcellerie, au symbolisme, aux mystères (de l’île de Pâques, de l’Atlantide, de la Lémurie, du triangle des Bermudes, des « Ovni », du Graal, des Templiers, de Rennes-le-Château, etc.) Tous ces livres trouvent de nombreux éditeurs et de multiples auteurs s’y consacrent ; c’est normal car ces thèmes se vendent très bien : on sait qu’après Harry Potter qui avait battu tous les records de vente, c’est maintenant le tour de Da Vinci code. La grande presse, les magazines féminins en particulier, s’emploie à vulgariser ces sujets : partout il est question des signes astrologiques, de la réincarnation, des « channels », des chamanes, du karma, etc.
Tous ces livres, tous ces thèmes à la mode appartiennent à un courant bien connu que l’on nomme tantôt l’ésotérisme, tantôt l’occultisme, et qu’il est plus commode d’appeler l’ésotéro-occultisme. L’ésotérisme se réfère à une vaste et immémoriale Tradition primordiale universelle, qui se transmet d’âge en âge d’une manière secrète et qui est réservée à une élite d’initiés – il s’agit en fait d’une corruption démoniaque de la Tradition d’origine divine [2] ; quant à l’occultisme, il emploie les mêmes doctrines que l’ésotérisme, mais il entend utiliser son savoir – la « science occulte » comme il l’appelle – pour entrer en contact avec ce qu’il nomme des « êtres supérieurs » qui auraient transmis à certains hommes la Tradition primordiale. L’occultiste veut posséder des
pouvoirs matériels surnaturels qu’il va rechercher en pratiquant les techniques de l’alchimie, de la magie ou de la sorcellerie [3].
Ces deux termes, l’ésotérisme et l’occultisme, sont dès l’origine intimement liés à la gnose, à la franc-maçonnerie et à la magie. Dans la pratique il n’y a pas de différence fondamentale entre eux puisqu’ils impliquent les mêmes croyances et qu’ils font appel à un surnaturel démoniaque – en effet, les adeptes de l’ésotérisme sont presque toujours, quoi qu’ils en disent, des pratiquants de l’occultisme. En conséquence, il faut refuser de suivre ceux qui prétendent opposer leur « bon » ésotérisme à un mauvais occultisme.
Tout l’ésotéro-occultisme est un courant dangereux, incompatible avec le catholicisme, et toujours condamné par l’Église. Malgré cela certaines revues ésotériques se présentent comme chrétiennes, voire catholiques traditionnelles, ou monarchistes : Atlantis, Vers la Tradition, Connaissance des Religions, La Place Royale, Les Deux étendards, Terre du Ciel ou Sol Invictus. Par ailleurs, dans certains journaux ou certaines revues qui ne sont pas ésotériques et qui se réclament également de la droite nationale ou du catholicisme traditionnel, on voit de temps en temps des articles faire l’éloge des titres que nous venons de citer, ainsi que d’écrivains et de livres qui appartiennent sans conteste possible à l’ésotéro-occultisme : Jacob Boehme, Swedenborg, Fabre d’Olivet, pour les anciens, et pour les modernes : Rudolf Steiner, Georges Gurdjeff, René Guénon, Alphonse de Châteaubriant, Julius Évola, Raymond Abellio, Louis Pauwels et bien d’autres.
Il est donc indispensable de pouvoir identifier les principaux auteurs de l’ésotéro-occultisme, et de connaître ses thèmes principaux ainsi que ses grands courants, ne serait-ce que d’une façon sommaire. On pourra éviter ainsi de tomber dans ses pièges et on sera à même d’en préserver les âmes que Dieu nous a confiées.
