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L’Indien Juan Diego et Notre-Dame de Guadalupe

 

 


Bien qu’il soit condensé (185 pages environ), cet ouvrage traite en profondeur de l’événement le plus important qu’aient jamais connu les Amériques et qu’il situe avec précision en ses temps et lieu. Son auteur emploie (à un endroit seulement du livre) les expressions « effusion de l’Esprit-Saint » et « expérience de rencontre avec Dieu », qui trahissent son passage dans le Renouveau charismatique ; mais il se trouve que le contexte justifie l’emploi de ces expressions, ainsi qu’on le sait déjà et que le reste de l’ouvrage le confirme en abondance.

 

Une image miraculeuse

 

Tous les catholiques connaissent ou devraient connaître l’image miraculeuse de la très sainte Vierge enceinte, apparue en un clin d’œil sur le manteau d’un pauvre Indien le mardi 12 décembre 1531, soit douze ans après que Cortés et ses conquistadores – fraîchement débarqués d’Espagne – furent arrivés à Tenochtitlan, la future Mexico.

Elle est l’image non faite de main d’homme la plus célèbre avec le Linceul de Turin.

— Comme le saint Linceul, destiné à convertir les incroyants et les apostats de tous les temps, elle était destinée à donner un extraordinaire coup de fouet à l’évangélisation du Nouveau Monde, spécialement l’Amérique Latine.

— Comme le Saint Suaire, elle est codée à outrance pour que son authenticité et son caractère miraculeux ne puissent jamais être sérieusement mis en doute, surtout en cette fin des temps mécréante et apostate où la vraie science et les moyens qu’elle offre doivent voler au secours d’une foi chancelante.

— Comme lui, elle nous offre le portrait d’un être dont l’expression de bonté, de sérénité et de noblesse n’est pas de ce monde. Elle est composée suivant le nombre d’or.

— Il est avéré que ce n’est pas une peinture, mais on ne sait de quoi elle est faite. Elle présente des couleurs aussi vives qu’à l’époque, alors que son précaire support en fibre de cactus, vieux de près de cinq siècles et exposé depuis à toutes les vicissitudes, aurait dû tomber en poussière depuis longtemps ; ces couleurs sont changeantes, et la carnation de Marie semble être tantôt celle d’une Européenne, tantôt celle d’une Indienne, tantôt encore celle d’une métisse.

Les étoiles figurant sur le manteau bleu de la Vierge représentent avec une précision astronomique les constellations de l’hémisphère Nord telles qu’elles étaient visibles à cet endroit et en ce jour.

Le plus spectaculaire, ce sont les yeux, qui « fonctionnent » de la même manière que s’ils étaient vivants, puisqu’on a pu repérer sur la cornée et le cristallin – grâce aux moyens modernes d’investigation – les reflets et contre-reflets cliniquement exacts des personnes présentes lors de l’apparition de l’image, comme si la Sainte Vierge en personne s’était trouvée à un endroit donné de la pièce et avait photographié la scène avec les yeux de son corps glorieux.

 

L’histoire

 

En arrivant douze ans plus tôt à Tenotchtitlan, les Espagnols – gens pourtant rudes, vivant à une rude époque – sont scandalisés par les mœurs incroyablement cruelles dont les indigènes font preuve, à côté d’une civilisation par ailleurs brillante et évoluée. Les faux dieux des Aztèques exigent en effet du sang humain, toujours plus de sang, des fleuves de sang. À titre de simple exemple, lors de la grande consécration du Temple de Tenochtitlan, en 1487, les prêtres sacrifient pendant quatre jours 80.000 personnes… À l’aide d’un couteau à lame d’obsidienne, ils ouvrent la poitrine de chaque victime et lui arrachent le cœur encore palpitant, qu’ils offrent au dieu du soleil, « amant des cœurs » et « buveur de sang », afin de le nourrir et d’obtenir ses bonnes grâces, notamment le succès à la guerre. Les victimes sont soit des prisonniers d’autres cités (la guerre servant uniquement ou presque à capturer de futurs sacrifiés de tous âges et des deux sexes), soit même des citoyens de Tenotchtitlan, qui trouvent là une mort réputée honorifique. C’est dire l’emprise féroce qu’a sur ce malheureux peuple celui qui est homicide depuis le commencement

 

Mais les Espagnols ne sont pas des saints non plus, et le heurt des deux civilisations aboutit à des tueries de part et d’autre, qui s’achèvent par la destruction de Tenochtitlan, le massacre de ses habitants et la fin de l’empire aztèque. Bien que Cortés fasse tout ensuite pour l’éviter, certains conquistadors devenus colons traitent leurs esclaves indiens comme ils n’auraient pas le cœur de traiter du bétail. Enfin, Cortés parvient à transmettre un message à l’Empereur Charles-Quint, qui envoie douze missionnaires dans les colonies d’outre-Atlantique et prend les mesures nécessaires pour qu’un semblant d’ordre et d’humanité s’y installe, notamment en interdisant l’esclavage des Indiens. De son côté, le pape décrète que les Indiens étant des enfants de Dieu comme les autres (ce qui n’allait pas de soi pour les mentalités de l’époque), non seulement ils ne peuvent être réduits en esclavage, mais ils doivent être convertis comme tout le monde, c’est-à-dire par la seule prédication.

 

Néanmoins, le souvenir de tels événements ne fait rien pour faciliter le travail des dévoués missionnaires qui tentent d’arracher les indigènes à leurs abominables croyances et pratiques païennes. Comment, en effet, prêcher efficacement la religion d’amour alors que certains de vos coreligionnaires se montrent aussi barbares – quoique d’une autre manière – que ceux que l’on cherche à y convertir ? Bref, l’évangélisation des Amériques s’annonce excessivement longue et difficile. En fait, elle se présente sous les pires auspices.

 

Le grand miracle : la conversion

 

C’est alors qu’intervient celle qui est toute clémence, toute piété, toute douceur, transformant en triomphe ce qui s’annonçait comme un fiasco. Et ainsi qu’elle l’a toujours fait, elle choisit, pour se manifester et transmettre son message, un être humble et innocent, donc insignifiant aux yeux des colons espagnols comme des Aztèques de haut rang. Il s’agit d’un paysan très pieux, baptisé quelques années auparavant, l’Indien Juan Diego (né Cuauhtlatoazin), âgé de cinquante-sept ans, marié et sans enfants. L’auteur montre bien avec quels trésors de tendresse et de délicatesse la très sainte Vierge fait de cette âme simple son messager en terre d’Amérique. Tout dans ses apparitions et les signes merveilleux qui les accompagnent est calculé pour mettre l’Indien en confiance, y compris l’affectueuse familiarité avec laquelle elle lui parle dans sa langue maternelle, le nahuatl. Elle lui dit ainsi :

 

Sache et accueille comme vérité, toi le plus humble de mes fils, que je suis la parfaite, toujours Vierge sainte Marie, mère du seul vrai Dieu, par qui tout vit, le créateur des personnes, le propriétaire de ce qui est proche et lointain, maître du Ciel et de la terre. Je souhaite, je désire ardemment qu’on m’élève ici un petit temple où je montrerai Dieu et L’exalterai en Le révélant. Je le donnerai aux gens par tout mon amour, par mon regard de compassion, par mon aide et par mon salut personnifiés, parce que je suis vraiment votre mère compatissante, la tienne et celle de tous les hommes qui, en cette terre, êtes un, et mère de toutes les diverses races d’hommes, ceux qui m’aiment, ceux qui crient vers moi, ceux qui me cherchent, ceux qui se confient en moi. Ici, j’écouterai leurs pleurs, leur tristesse, pour y remédier, pour guérir toutes leurs peines, leurs misères, leurs douleurs.

 

Ces apparitions, cette image et le message dont elles sont porteuses suscitent un miracle encore plus grand, d’ailleurs unique dans les annales du christianisme, puisqu’au cours des neuf ans qui suivent, neuf millions d’Indiens – conquis par l’amour infini que leur témoigne Notre Dame de Guadalupe – exigent d’embrasser la foi catholique, et les missionnaires s’épuisent à baptiser ! Autant pour la légende noire des conversions forcées, si efficacement propagée par les ténébreuses « Lumières » !…

 

L’aveuglement volontaire

 

Une remarque s’impose ici. La canonisation de Juan Diego par Jean-Paul II, il y a trois ans, n’a pas manqué de faire grincer quelques dents. En témoigne un article du Nouvel Observateur nº 1971 du 15 août 2002 (on remarquera la date), signé Sara Daniel, qui exsude tout le négationnisme hargneux dont sont capables les ennemis du Christ et de son Église. Le titre de l’article est à lui seul éloquent : « Pourquoi Jean-Paul II a canonisé Juan Diego – Ce saint qui n’a jamais existé ». L’auteur de l’article s’appuie sur les écrits révisionnistes de Serge Gruzinski, « l’un des meilleurs spécialistes du Mexique », pour dénoncer ce en quoi elle prétend voir une tentative de manipulation de la part de l’Église. Il est décidément pathétique de constater à quel point les ennemis de la Vérité sont atteints de cécité volontaire ; qu’il s’agisse du Linceul de Turin, du portrait de Notre-Dame de Guadalupe ou du miracle de Fatima, plus ce qu’on leur met sous les yeux a été authentifié par d’innombrables témoins, scientifiques consciencieux ou exégètes intègres –, plus ils s’acharnent à nier, à fausser, à inventer, à « démythifier » au mépris de la simple évidence. L’article en question ne dit pas un mot de l’image de Notre-Dame, et pour cause : le risque d’être confondu par cet objet miraculeux serait trop grand ! Son auteur se borne à ressasser les obsessions socio-politiques et « ethnicistes » des opposants à l’authenticité du miracle, y compris – ce qui n’a plus de quoi surprendre, hélas ! – celles de quelques ecclésiastiques, victimes du naturalisme ambiant ainsi que d’autres le sont vis-à-vis du saint Linceul, et même de toutes sortes d’articles de foi.

 

Comme toujours, le dernier mot reste aux Évangiles :

 

Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux tout petits. Oui, Père, je vous bénis de ce qu’il vous a plu ainsi. [Mt. 11, 25-26].

 

F.T.

 

Jean Mathiot, L’Indien Juan Diego et Notre-Dame de Guadalupe, Paris, Téqui, 2002, 192 p., 15 E

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 54

p. 234-237

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La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

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