Dom Guéranger et Mgr Lefebvre
par l’abbé Dominique Lagneau
A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Dom Guéranger – qui correspond au centenaire de celle de Mgr Lefebvre –, M. l’abbé Lagneau s’est demandé dans Le Parvis [1] s’il n’y avait pas des points communs entre le moine – qui rayonna depuis Solesmes – et l’évêque – qui, après avoir parcouru le monde dans tous les sens comme missionnaire puis supérieur de congrégation, fonda la Fraternité Saint-Pie X. Il a tracé, pour répondre, le parallèle suivant.
Le Sel de la terre.
I. L’amour de la liturgie romaine
[…]
DIRE QUE Dom Guéranger fut un défenseur de la messe de toujours c’est peu dire. Face à l’esprit gallican et janséniste, c’est lui qui restaurera en France, après la Révolution, le rite romain. Rien de moins. Cette messe que nous célébrons dans nos chapelles et nos prieurés, cette messe si équilibrée que nous aimons, eh bien, sans Dom Guéranger, elle aurait probablement disparu en France dès le XIXe siècle.
C’est dans le monde entier et pas seulement en France que cette même messe faillit disparaître, suite à la révolution liturgique postconciliaire. Mais la Providence veillait et suscita Mgr Lefebvre qui s’opposa vaillamment à la nouvelle messe et à la réforme liturgique. Si la messe revient petit à petit, même en dehors des maisons de la Fraternité Saint-Pie X, c’est grâce à Mgr Lefebvre. Après le sauvetage de la messe du vivant de Mgr Lefebvre, c’est désormais le temps des victoires posthumes de notre vénéré fondateur. Dieu veuille compléter et achever ces victoires le plus tôt possible par la multiplication des vraies messes et la disparition des fausses ainsi que le triomphe exclusif de l’expérience, de la seule expérience qui tienne la route, de 1805 à 1905 et 2005 : l’expérience de la Tradition.
II. La défense de la vérité face aux erreurs modernes
Bien que moine, Dom Guéranger n’hésita pas à s’engager dans les grandes batailles de son temps, les batailles contre l’erreur du libéralisme qui furent condamnés au concile Vatican I. Lorsque la vérité est en danger, même les contemplatifs professionnels doivent défendre les remparts de la cité surnaturelle. Pour prendre un seul exemple, dans le domaine de la doctrine sociale et politique de l’Église, c’est bien l’abbé de Solesmes qui s’insurgera contre son ami, le libéral Montalembert, auteur de la formule « L’Église libre dans l’État libre ».
Rome donnera raison à Dom Guéranger par la publication du Syllabus.
III. L’amour de la papauté
A l’époque, face à une sorte de très mauvais régionalisme religieux qu’on appelait le gallicanisme, les vrais catholiques français étaient qualifiés d’ultramontains (ultra-montain : de l’autre côté des montagnes, les Alpes, en Italie, là où se trouve le pape de Rome, mère et maîtresse de vérité).
Dom Guéranger fut le champion de la papauté et de l’infaillibilité pontificale. Le bienheureux Pie IX, le pape de l’époque, lui en saura gré. Il louait l’abbé de Solesmes d’avoir « défendu courageusement les prérogatives du pontife romain, brisant les efforts et réfutant les erreurs de ceux qui les combattaient ».
Si Mgr Lefebvre a dû s’opposer aux erreurs venant de la Rome néomoderniste, cela ne veut pas dire qu’il ne fut pas un merveilleux défenseur de la papauté, bien au contraire.
Dès 1975, il écrivait : « Sachez que si un évêque rompt avec Rome, ce ne sera pas moi. »
Après « l’opération survie » de 1988, cet amour de la papauté est tout aussi évident. Qu’il suffise de citer cet extrait de la lettre aux futurs évêques :
Je vous conjure de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises dans la foi catholique intégrale.
Conclusion : 1805… 1905… 2005…
Recueillons l’héritage de ces deux maîtres que la Providence donna à notre pays et au monde : l’un, Dom Guéranger, à l’époque du rationalisme ; l’autre, Mgr Lefebvre, au XXe siècle, à l’âge du modernisme.
Soyons fidèles à leurs enseignements. Demandons des maîtres pour demain et persévérons dans la vraie foi catholique, jusqu’à la fin.
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[1] — Le Parvis (bulletin du Prieuré saint Louis-Marie de Montfort, Gastines, 49380 Faye d’Anjou), nº 12 (décembre 2005 - janvier 2006), p. 2-3.

