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Entretiens avec

Mgr Richard Williamson

 

 

Par John Grasmeier (Angelqueen.org)

 

 

Les deux entretiens, dont nous donnons ici quelques extraits, ont été publiés sur Internet [1]. La traduction a été effectuée par nos soins.

Le Sel de la terre.

 

 

*

 

Octobre 2005

 

[…]

Q.  — Les médias ont beaucoup parlé de la rencontre entre les évêques de la FSSPX et le pape. Lorsque la Fraternité prend des décisions importantes, par exemple sur la manière de réagir à un « marché » qu’aurait éventuellement proposé la Curie romaine, comment les prend-elle ? Le fait-elle à la majorité des voix de tous les évêques ou selon une autre formule ?

R. — La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est gouvernée par un conseil général, qui se compose du Supérieur général et de ses deux assistants, à savoir – pour l’heure – Mgr Fellay, l’abbé Schmidberger et Mgr de Galarreta. Ce conseil général statue sur toutes les affaires courantes relatives à la gestion de la Fraternité. Une fois par an, au mois de juin, les deux autres évêques assistent à la réunion du conseil général. Toutefois, Mgr Fellay a dit que s’il se présentait une question grave, comme par exemple la conclusion avec Rome d’un accord important qui engagerait l’avenir de la Fraternité tout entière, il convoquerait une large réunion de tous les supérieurs de la Fraternité aux fins de concertation et de décision.

Q. — Laissons de côté le débat qui agite certains milieux sur le point de savoir si les excommunications latæ sententiæ supposées sont contraignantes ou même valides ; au cas où ces excommunications seraient levées sans contrepartie gênante, y verriez-vous un fait nouveau positif ?

R. — Si l’« excommunication » prononcée en 1988 contre les quatre évêques de la Fraternité était déclarée nulle et non avenue sans que s’attache à cela aucune contrepartie gênante, il faudrait certes y voir un fait nouveau très positif. Mais on ne doit pas perdre de vue que la Providence a peut-être de bonnes raisons pour permettre la marginalisation actuelle de la Fraternité et de ses évêques. Peut-être bien que cette marginalisation a servi à protéger la Fraternité et qu’elle continue de le faire.

Q. — Si Rome venait à déclarer qu’aucune autorisation n’est nécessaire pour célébrer la messe tridentine, verriez-vous un revers à cette médaille ?

R. — Si Rome libérait la messe tridentine de telle sorte que tout prêtre catholique puisse la dire sans devoir en demander l’autorisation à personne, il y aurait là un avantage considérable. La grâce, étouffée pour l’instant par le nouveau rite de la messe, pourrait recommencer à circuler largement dans tout le monde catholique.

Mais cette médaille aurait son revers : le risque pour certains catholiques, qui jouissent actuellement de la messe tridentine ancrée dans la plénitude de la doctrine catholique, d’assister dès lors à des messes tridentines qu’environnent la doctrine et la pratique conciliaires, par exemple celles dites au sein de la Fraternité Saint-Pierre. De même qu’il est sage d’accepter un verre à moitié plein plutôt qu’un verre vide, il est fou de vouloir un verre à moitié vide plutôt qu’un verre plein.

Cependant, comme la messe tridentine ainsi libérée aurait beaucoup plus d’adeptes qui seraient passés du verre vide au verre à moitié plein que du verre plein au verre à moitié vide, on peut dire sans risque de se tromper que l’Église catholique tout entière aurait nettement plus à gagner qu’à perdre à une telle libération du rite tridentin de la messe.

Q. — Les chapelles de la Fraternité sont largement autosuffisantes et finan­cièrement « dans le vert ». Garder la maîtrise des biens de la FSSPX est-il un point non négociable à vos yeux ?

R. — La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a une énorme responsabilité vis-à-vis des catholiques du monde entier qui la soutiennent avec générosité depuis trente-cinq ans. Elle y manquerait traîtreusement en permettant que ses biens passent sous le contrôle de puissances qui entreprendraient de miner l’objet même d’une telle générosité !

Q. — L’une des principales causes de la rupture entre Jean-Paul II et Mgr Lefebvre tient à ce que l’archevêque voulait éviter à la Fraternité de jamais passer sous l’autorité d’évêques qui dénatureraient sa finalité. Un « marché » avec Rome est-il envisageable sans que le FSSPX ait l’assurance qu’elle ne sera soumise ni aujourd’hui, ni plus tard à des évêques hostiles ou peu recomman­dables ?

R. — Selon la manière actuelle qu’a Rome de penser et d’agir, le Vatican ne peut que rechercher avec la Fraternité un accord qui lui permette d’en finir avec la résistance de celle-ci à tout ce que Rome a accompli – et cherché à accomplir – depuis Vatican II, c’est-à-dire révolutionner la religion catholique et en faire une religion entièrement différente. En l’état actuel des choses, pour qu’il y ait un « accord », il faudrait que Rome – la Rome néo-moderniste – abandonne son néo-modernisme, ou bien que la Fraternité trahisse son catho­licisme, ou bien encore qu’on partage la poire en deux, etc. Nous prions Dieu pour que Rome se convertisse. Nous le supplions aussi d’empêcher que la Fraternité ne trahisse.

[…]

Q. — Certains fidèles qui fréquentent les chapelles de la Fraternité et en reçoivent les sacrements peuvent parfois se sentir isolés de leurs frères catho­liques ou « orphelins » de l’Église terrestre prise dans son ensemble. Avez-vous des conseils à leur donner ?

R. — Il est tout à fait normal, pour des catholiques, de se sentir « orphelins » depuis qu’à Vatican II, l’Église a cessé de se comporter comme leur mère. Dans le cas contraire, ils ne seraient pas de vrais enfants de notre mère la sainte Église.

Il leur faut pourtant faire preuve de patience et de courage.

Tôt ou tard, Dieu atteindra le but qu’il s’est fixé en permettant ces « quarante années passées dans le désert » et qui n’est autre que le nettoiement de son Église. Alors, il restaurera à la fois la véritable paternité du Saint-Père et la véritable maternité de notre mère la sainte Église. D’ici là, priez fidèle­ment le rosaire.

 

*

 

Décembre 2005

 

[…]

Q. — Son Excellence Mgr Fellay a eu dernièrement un long entretien privé avec le cardinal Hoyos. Pouvez-vous nous parler de ce qui en est sorti ?

R. — Selon la principale idée concrète qui s’est dégagée des cinq heures de discussion de la rencontre du 15 novembre avec le cardinal Castrillón Hoyos, les quatre évêques de la Fraternité seraient censés signer une lettre demandant à Rome de « lever » l’« excommunication » de 1988. Mgr Fellay a souligné qu’il serait difficile de formuler une telle requête en des termes pouvant satisfaire à la fois Rome et la FSSPX. En effet, ce que Rome cherche à obtenir de la direc­tion de la Fraternité, c’est que celle-ci reconnaisse avoir commis une erreur ou exprime des regrets, ne serait-ce que du bout des lèvres. Or, la Fraternité a toujours soutenu qu’en vertu de la loi même de l’Église, cette fameuse « excommunication » avait toujours été inexistante. Il est difficile, dès lors, d’imaginer comment un accord quelconque pourrait intervenir sur le libellé de la requête en question.

Q. — Pensez-vous que nous pouvons attendre pour bientôt des change­ments notables dans les relations actuelles entre Rome et la Fraternité ?

R. — Honnêtement, cela ne me semble pas vraisemblable à court terme. Même si, pour accomplir la moitié du chemin, Rome se convertissait à demi tandis que la Fraternité trahissait à demi, il subsisterait une guerre à mort entre le conciliarisme et le catholicisme, car ce sont là deux religions différen­tes et forcément opposées.

Q. — Dernièrement, des milieux appartenant à divers « camps » tradition­nels (Una Voce, les groupes Ecclesia Dei, les groupes de l’Indult, les catholiques conservateurs américains, etc.) ont cherché à déterminer comment unir leurs efforts pour rapprocher notre mère la sainte Église de la Tradition. A en croire certains, il y aurait un net réchauffement vis-à-vis de la Fraternité. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

R. — Que Dieu bénisse tous les catholiques qui travaillent à ramener les clercs d’aujourd’hui à la Tradition catholique ! Il est normal que cela réchauffe – comme vous dites – leurs sentiments vis-à-vis de la Fraternité, mais ce qui est en cause, ce n’est pas la Fraternité, car celle-ci n’existe que pour la Tradi­tion. Ce qui importe, ce n’est pas que les catholiques nourrissent des senti­ments plus chaleureux envers la Fraternité, c’est qu’ils croient ce que l’Église catholique a toujours cru et qu’ils comprennent – ce n’est certes pas facile ! – combien cette croyance exclut toute acceptation de la nouvelle religion huma­niste véhiculée et promue dans le nouveau rite de la messe de Paul VI, ainsi que dans les seize documents du deuxième concile du Vatican.

[…]

Q. — D’aucuns laissent entendre qu’il existe peut-être une division au sein de l’épiscopat de la FSSPX. Parlez-nous le plus explicitement possible de vos relations professionnelles et personnelles avec les autres évêques de la Frater­nité.

R. — Les amis comme les ennemis de la FSSPX se préoccupent d’une éventuelle division entre ses quatre évêques. La Rome néo-moderniste, en particulier, suscite des rumeurs selon lesquelles trois d’entre nous seraient disposés à se montrer « gentils » avec « Rome », alors qu’un seul (que je ne nommerai pas) tiendrait absolument à se montrer désagréable avec elle. Eh bien, je suis heureux de pouvoir dire à tous les amis de la Fraternité que la division en laquelle Rome veut croire ou qu’elle cherche à créer est une pure fiction. Les quatre évêques croient tous au catholicisme, et ne croient pas au conciliarisme de « Rome », c’est-à-dire à la nouvelle religion universaliste qui a fait irruption dans l’Église avec Vatican II. […]


[1]angelqueen.org/forum/viewtopic.php?t=3351 et www.angelqueen.org/articles/05-12_bp_­williamson.shtml.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 269-272

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