Julio Fleichman
6 janvier 1928 – 16 mai 2005
Parmi les champions de la résistance catholique à Vatican II, deux Brésiliens sont universellement connus : Mgr Antonio de Castro Mayer (1904-1991) et Gustave Corção (1896-1978) [1].
Au second, l’histoire de l’Église liera le nom de son fidèle collaborateur et continuateur, Julio Fleichman, pieusement décédé le 16 mai 2005.
De même que nous avions reproduit, dans Le Sel de la terre 27, son témoignage sur Gustave Corção, voici maintenant, sur Julio Fleichman lui-même, le témoignage de ses amis brésiliens.
Le Sel de la terre.
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L
A TRADITION au Brésil, et plus spécifiquement le mouvement Permanência revêt ses habits de deuil en raison du décès de l’un de ses fondateurs, principal collaborateur de Gustave Corção durant plus de trente ans, président de la maison d’édition Permanência depuis 1969 (un an après sa fondation) jusqu’à 2003, lorsqu’il se retira de la direction du mouvement.
Une conversion
Né à Rio de Janeiro le 6 janvier 1928, de parents juifs ayant fui la famine provoquée par les folies de Staline, converti au catholicisme grâce aux conférences données par Gustave Corção au Centre Dom Vital, il fut baptisé au monastère bénédictin de Saint-Benoît, à Rio de Janeiro, en la fête de saint Basile, le 14 juin 1952. Il était alors déjà diplômé en Droit.
Au Centre Dom Vital, où se retrouvait l’élite de l’intelligence catholique de Rio de Janeiro de l’époque, il fit la connaissance de Anna Luiza de Siqueira Menezes, avec laquelle il se maria le 28 juillet 1956, également au monastère Saint-Benoît, lors de la cérémonie présidée par un ami, Dom Marcos Barbosa. De ce mariage naîtront quatre enfants. L’un de ces fils est devenu moine, le père Laurent Fleichman.
En 1963, il fut engagé par Coca-Cola pour diriger le secteur juridique, charge qu’il exerça jusqu’en 1988, où il prit sa retraite. Il a marqué cette période de 25 ans par sa fidélité au travail, avec efficacité, honnêteté et de nombreuses actions bénéfiques pour son entreprise. Il y a conservé de nombreux amis qu’il a continué à aider après sa retraite, en donnant des consultations gratuites aux fonctionnaires pour leurs problèmes particuliers. La divine Providence a voulu qu’il fût appelé par l’entreprise à reprendre son travail d’avocat, à Buenos Aires, en Argentine, en 1994-1995. Grâce à ce travail il put devenir grand bienfaiteur de la chapelle Notre-Dame da Conceição, à Niterói, près de Rio, où son fils a bâti un « prieuré ».
A la présidence du mouvement Permanência, Julio Fleichman fut infatigable. Il a maintenu l’édition de la revue Permanência durant 22 longues années. Elle était pratiquement l’unique source de formation et d’ information catholique de défense de la Tradition au Brésil, surtout après la mort de Gustave Corção, en 1978, qui fit perdre aux catholiques leur accès à deux colonnes hebdomadaires dans le quotidien O Globo (deux colonnes qui sortaient également dans d’autres capitales du pays). Un beau jour nous publierons les lettres des lecteurs de la revue Permanência, belles et touchantes, rendant témoignage au rôle notable de cette petite revue. Petite, mais seulement en taille, car la matière que l’on y trouve est de haut niveau, autant par le travail fourni que par l’exigence de qualité intellectuelle qui a toujours caractérisé la gestion de Julio Fleichman.
Face à la crise
Toujours dans le domaine de l’apostolat écrit, il nous a laissé deux livres : L’Itinéraire spirituel de l’Église catholique (O Itinerário Espiritual da Igreja Católica), où il recherche par une analyse originale et profonde, dans les principales étapes de l’histoire de l’Église, des signes précurseurs de l’actuelle crise sans précédents que nous traversons depuis plus de quarante ans. Ce livre a été joliment réédité en 2004. Il a également écrit un livre de mémoires : La Crise est de la foi, et elle est grave (A Crise é de Fé, e é Grave), épuisé, où il raconte à ses petits-enfants tout ce qu’il a vécu et connu auprès de Gustave Corção, de Mgr Lefebvre, de Dom Antônio de Castro Mayer, dans ce combat sans trêves que fut sa vie catholique. Il a aussi collaboré pendant plusieurs années à la revue Itinéraires, de Paris, commentant la politique latino-américaine.
Après la mort de Gustave Corção, la divine Providence ne l’a pas abandonné. Alors, commença en effet le rapprochement avec Mgr Marcel Lefebvre. En 1979 il reçut chez lui l’évêque d’Écône. Depuis cette date, il accueillit six fois Mgr Lefebvre, qui lui témoignait une touchante amitié. En conséquence, les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X commencèrent à visiter notre petit groupe de Rio, célébrant pour nous la messe tridentine, à une époque où nous n’avions pas de prêtres fidèles à la Tradition. Ces prêtres rencontraient là, dans
la résidence de monsieur Fleichman, un groupe fidèle, bien formé par les nombreuses années où il avait côtoyé Gustave Corção, et ils se réjouissaient des discussions vibrantes de l’amphitryon. Politique, philosophie, théologie, Julio Fleichman était un homme d’étude, et il aimait beaucoup avoir des discussions sur ses lectures. Dom Antônio de Castro Mayer ne manquait pas, lui non plus, de passer prendre le café chez lui quand il se rendait à Rio de Janeiro. En 1991, à l’époque du sacre de Dom Licínio Rangel, c’est chez monsieur Fleichman que logèrent Mgr Fellay, Mgr Tissier de Mallerais, avec trois ou quatre prêtres. A tel point que, dans la région, sa résidence est connue comme « la maison des prêtres ».
Le catéchisme
Il faisait aussi le catéchisme pour les jeunes, ses enfants et les amis de ses enfants. Beaucoup se formèrent auprès de lui et reçurent ainsi leurs premières armes, grâce auxquelles jusqu’à aujourd’hui, ils se maintiennent fidèles à la Tradition. De ces cours surgirent de nombreuses vocations sacerdotales. Sur un total de six prêtres venant de Permanência, cinq furent formés par lui. Sa maison était le lieu où tout cela arrivait et où, jusqu’à aujourd’hui, les amis se réunissent pour la messe en la chapelle Saint-Michel.
Un « constructeur de cathédrales »
Car Julio Fleichman fut aussi un constructeur de "cathédrales". Il a construit en 1980, au siège de notre maison d’édition une première chapelle Saint-Michel, qui fut plus tard transférée dans sa résidence, dans le quartier Cosme Velho. Cette première chapelle fut construite quand Dom Tomas d’Aquin, alors moine du monastère Sainte Madeleine du Barroux, vint à Rio visiter sa famille. C’était la première vocation issue de Permanência, Miguel Ferreira da Costa. Le transfert de la chapelle vers sa résidence se fit juste après une visite des deux évêques fidèles. Mgr Marcel Lefebvre et Mgr Antônio de Castro Mayer se réunirent avec d’autres prêtres, dans la résidence de Julio Fleichman, en 1983, et y rédigèrent le Manifeste Épiscopal, envoyé au pape Jean Paul II. Lors de cette réunion les évêques manifestèrent leur souhait d’aider davantage le groupe de fidèles de Rio. Julio Fleichman réussit à acheter une maison en ruine dans le quartier Cosme Velho ; il y établit sa résidence et la chapelle Saint-Michel. Au milieu des travaux, alors que seuls les murs extérieurs de la vieille maison restaient debout, Mgr Lefebvre y fit une visite et dit à Julio Fleichman: « C’est votre petite cathédrale ».
Il aida ensuite le monastère de Santa-Cruz à s’installer à Nova Friburgo, lui donnant de diverses manières un appui matériel, et même juridique.
La troisième « cathédrale » fut la chapelle de Santa-Maria, dans la région de Rio Grande du Sud. Elle naquit des mains d’un lecteur de la Revue Permanência, un bienfaiteur de la revue, qui reçut de Julio Fleichman les indications nécessaires pour demander aux prêtres de Campos une assistance spirituelle. Aujourd’hui, grâce à monsieur Otero, il y a un prieuré de la Fraternité Saint-Pie X à Santa-Maria, avec une belle église.
Enfin, on peut dire que Julio Fleichman fut le fondateur et le grand bienfaiteur de la chapelle Notre-Dame-de-la-Conception, à Niterói, où son propre fils, Dom Lourenço Fleichman, avec l’aide de son père, a construit une autre jolie église pour la Tradition. Peu de laïcs au cours de ces quarante ans, eurent la chance de pouvoir travailler autant pour la défense de la sainte messe.
Une âme de prière
Nous ne pouvons, bien sûr, éviter de ressentir en cette heure la perte d’un père, d’un ami, d’un maître. Cependant, c’est l’esprit en paix que nous l’accompagnons jusqu’à son repos, conservant en nos âmes et en nos vies, le rayonnement de sa vie pleine de fruits. Il a été une âme de prière ayant su profiter de la garde du Saint-Sacrement, confié à lui dans son propre foyer, dans la chapelle Saint-Michel. C’est là qu’il passait un bon moment en prière, tous les jours. Il aimait les psaumes qu’il avait appris par le diurnal monastique, puisqu’il était oblat de saint Benoît, sous le nom de frère Joseph ; et il s’est fait un grand diffuseur du chapelet.
Que la Vierge Marie et notre saint patron, saint Michel, le reçoivent au paradis, et que nous, ici-bas sur cette terre, nous soyons à la hauteur de son exemple.
[1]— Sur Mgr de Castro Mayer, on pourra se reporter au dossier publié dans Le Sel de la terre 37, p. 1-62. — Sur Gustave Corção, dossier dans Le Sel de la terre 27, p. 119-162 (voir aussi nº 37, p. 1).

