L’obsession du dialogue
par M. l’abbé Peter R. Scott
Southern Sentinel est le bulletin du séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en Nouvelle Zélande (Holy Cross Seminary). Voici la traduction d’un extrait de son numéro 32 (25 novembre 2005). Le directeur du séminaire, M. l’abbé Peter R. Scott, y explique le contexte de l’entrevue accordée le 29 août 2005 par Benoît XVI à Mgr Fellay.
Le Sel de la terre.
*
[…]
CERTAINS s’étant montrés légèrement surexcités à propos de la rencontre entre Mgr Fellay et le pape, quelques faits récents sont à évoquer.
Hans Küng
Les trente-cinq minutes du tête-à-tête avec le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X font piètre figure à côté des « plusieurs heures » du « dialogue constructif » avec Hans Küng, le 24 septembre dernier.
Le théologien suisse notoirement moderniste, ancien condisciple du futur Benoît XVI à la faculté de théologie de la très libérale université de Tübingen, a été condamné en 1979 par la congrégation pour la Doctrine de la foi à cause de ses erreurs au sujet de l’infaillibilité du pape ; il a en conséquence été suspendu d’enseignement dans les ins261n quart de siècle, il a vainement essayé d’obtenir de Jean-Paul II une audience privée.
Au cours de sa rencontre avec Benoît XVI, il ne semble pas que les deux hommes aient parlé des erreurs ayant motivé sa condamnation, ni de l’éventualité d’une rétractation de sa part, dont il n’est pas question. Le dialogue a porté en fait sur deux points : les relations entre la science et la foi et le système d’éthique planétaire de Küng, à savoir les valeurs éthiques universelles qui seraient communes à toutes les religion et reposeraient sur le principe suivant : « Il ne peut y avoir de paix entre les nations sans paix entre les religions. Il ne peut y avoir de paix entre les religions sans dialogue entre elles. Il ne peut y avoir de dialogue entre les religions sans recherches fondamentales au sein de chacune d’elles ». Tel est le principe de Küng adopté par le Congrès mondial des religions qui s’est tenu à Chicago en 1993 pour jeter les bases d’une éthique planétaire [1]. Faut-il s’étonner, dans ces conditions, que Benoît XVI ait si rapidement acquis la réputation d’être un « pape de dialogue », un « constructeur de ponts » ? (Voir DICI n° 122 [2]).
Synode des évêques
Préoccupant aussi est le contenu du synode des évêques sur l’eucharistie qui s’est tenu à Rome durant les trois premières semaines d’octobre.
Ouvert solennellement par Benoît XVI le 2 octobre, ce synode a rassemblé 250 évêques ainsi que 100 participants et observateurs invités, dont douze non-catholiques. Ç’eût été le moment idéal pour promouvoir la messe traditionnelle et restaurer l’usage du latin, retourner les autels face à Dieu, réinstaller les tabernacles à leur place centrale sur le maître-autel, remettre en honneur la dévotion eucharistique (un évêque maltais a parlé des avantages de l’adoration perpétuelle), dénoncer le grave manque de révérence pour le Saint-Sacrement, abolir la communion donnée dans la main ou par des ministres laïcs (ce qu’a demandé Mgr Lenga, du Kazakhstan) de même que tant d’autres sacrilèges, restaurer la confession fréquente (le cardinal Castrillon Hoyos y a fait allusion) ; enfin, rappeler aux catholiques leur obligation d’être en état de grâce lorsqu’ils reçoivent la sainte communion, sous peine de commettre un sacrilège.
Or, peu de choses ont finalement été dites sur ces sujets.
L’organe consultatif du pape s’est lui-même surtout attaché à exprimer un large éventail d’opinions divergentes sur les questions qui agitent les libéraux :
∑ l’œcuménisme ;
∑ l’intercommunion eucharistique avec des non-catholiques, son rôle essentiel dans le dialogue et la pratique œcuméniques, et les conditions à imposer ou à ne pas imposer en la matière (onze des observateurs non catholiques se sont exprimés, eux aussi, sur la question et ont demandé cette intercommunion) ;
∑ l’administration de la sainte communion aux divorcés remariés, car comme l’a déclaré Mgr Dew, de Wellington : « Notre Église s’enrichirait si nous étions à même d’inviter des catholiques fervents, actuellement exclus de l’eucharistie, à retourner à la table du Seigneur » ;
∑ l’ordination d’hommes mariés pour remédier au manque de prêtres, car, ainsi que l’a souligné avec désinvolture Mgr Brown, de Hamilton, « Pourquoi est-il apparemment possible à des prêtres de la communion anglicane anciennement mariés d’être ordonnés et de devenir prêtres catholiques, alors que d’anciens prêtres catholiques, déliés de leur vœu de chasteté, ne sont pas autorisés à remplir des fonctions pastorales ? » ;
∑ un rôle plus important des laïcs dans la liturgie à cause de la pénurie de prêtres ;
∑ une promotion accrue de l’inculturation, « car l’eucharistie mérite de recevoir ce que nos cultures ont de mieux à offrir », a déclaré Mgr Onaiyekan, du Nigeria (mais alors, quid de notre culture catholique et de nos chants grégoriens ?) ;
∑ le manque de participation des fidèles à la prière eucharistique, qui fait de celle-ci « le moment faible de la célébration » (Mgr Risi, d’Afrique du Sud).
On se demande bien à quoi est censé servir un tel échange d’opinions, et pourquoi l’on n’a pas saisi l’occasion pour faire des déclarations autorisées et catégoriques afin de remédier au manque manifeste de respect et de dévotion vis-à-vis de la sainte eucharistie. Une seule explication semble possible : l’obsession du dialogue, perçu comme une solution.
Mais les échanges d’opinions ne peuvent déboucher que sur la compréhension et l’acceptation mutuelles. Ils ne sauraient aboutir à un consensus, ni par conséquent à l’unité. Seul l’exercice de l’autorité, fondé sur la foi, peut reconstituer l’ordre surnaturel, rendre à notre Roi eucharistique les honneurs qui lui sont dus, rétablir le rôle central que doit occuper dans la vie catholique le Saint-Sacrement, mystère de la foi, fontaine d’unité, foyer de notre adoration, source de notre action de grâces, inspiration de tout amour véritable, racine de notre espérance d’obtenir toutes les bénédictions, seule réparation efficace de nos innombrables péchés.
Prions pour la restauration universelle de la messe traditionnelle, unique expression intégrale et suffisante de notre foi en l’inestimable bénédiction donnée par le sacrifice et le sacrement de la très sainte eucharistie.
Bien à vous en Notre Dame du Saint-Sacrement,
Abbé Peter R. Scott
[1] — On sait comment le cardinal Ratzinger, préoccupé lui aussi par l’instauration de règles morales universelles, a dialogué sur ce sujet avec le philosophe Jürgen Habermas, le 19 janvier 2004. Écartant le fondement du « droit naturel », il a prôné comme solution l’enrichissement des Droits de l’homme par le dialogue entre les cultures. Le texte de ce dialogue a été publié dans la revue Esprit de juillet 2004, sous le titre « Les fondements prépolitiques de l’État démocratique ». — Voir Le Sel de la terre 54, p. 1- 10. (NDLR.)
[2] — Adresse postale : DICI, Étoile du Matin – 57230 Eguelshardt. (NDLR.)

