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Mgr Lefebvre juge

le cardinal Ratzinger

 

 

 

Ce texte est diffusé sur le site internet de la FSSPX : http://www.fsspx.­org/fran/rome/cadrome/cadreRome.htm. C’est la trans­cription d’une conférence donnée par Mgr Lefebvre lors de la retraite sacerdotale prêchée en septembre 1986 à Écône (huitième confé­rence).

Le Sel de la terre.

 

 

*

 

 

IL Y A DÉSORMAIS trois erreurs fondamentales, qui, d’origine maçon­nique, sont professées publiquement par les modernistes qui occupent l’Église.

 Le remplacement du Décalogue par les Droits de l’homme. C’est désormais le leitmotiv pour rappeler la morale : ce sont les Droits de l’homme qui se sont pratiquement substitués au Décalogue [1]. Car l’article principal des Droits de l’homme, c’est surtout la liberté religieuse, qui a été voulue d’une manière par­ticulière par les francs-maçons. Jusque-là c’était la religion catholique qui était la religion, les autres religions étant fausses. Les francs-maçons ne voulaient plus de cette exclusive. Il fallait la supprimer. Alors on a décrété la liberté reli­gieuse.

 Le faux œcuménisme qui établit en fait l’égalité des religions. C’est ce que manifeste le pape [2] d’une manière concrète en toutes occasions. Il a dit lui-même que l’œcuménisme était l’un des objectifs principaux de son pontificat. Il a agi là contre le premier article du Credo et contre le premier commandement de l’Église. C’est d’une gravité exceptionnelle.

 Enfin, le troisième acte qui est maintenant courant, c’est la négation du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ par la laïcisation des États. Le pape a voulu et est arrivé pratiquement à laïciser les sociétés, donc à supprimer le règne de Notre-Seigneur sur les nations.

Si l’on réunit ces trois changements fondamentaux et qui en vérité n’en font qu’un, c’est vraiment la négation de l’unicité de la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par conséquent de son règne. Et pourquoi cela ? En faveur de quoi ? Probablement d’un sentiment religieux universel, d’une sorte de syncrétisme qui vise à réunir toutes les religions.

La situation est donc extrêmement grave, car il semble bien que la réalisation de l’idéal maçonnique soit accomplie par Rome même, par le pape et les cardi­naux. Les francs-maçons ont toujours désiré cela et ils y parviennent non plus par eux mais par les hommes d’Église eux-mêmes.

Il suffit de lire les articles écrits par certains d’entre eux, ou qui leur sont proches, pour voir avec quelle satisfaction ils saluent toute cette transformation de l’Église, ce changement radical qu’a opéré l’Église depuis le Concile et qui, pour eux-mêmes, était difficilement concevable.

 

Le cardinal Ratzinger

 

Ce n’est pas seulement le pape qui est en cause. Le cardinal Ratzinger, qui passe dans la presse pour être plus ou moins traditionnel, est en fait un moder­niste. Il suffit pour s’en convaincre de lire son livre Les Principes de la théologie ca­tholique [3] pour connaître sa pensée, alors qu’il éprouve une certaine estime pour la théorie de Hegel quand il écrit :

 

A partir de lui, être et temps se compénètrent de plus en plus dans la pensée philosophique. L’être même répond désormais à la notion de temps. […] La vé­rité devient fonction du temps ; le vrai n’est pas simplement vrai, puisque aussi bien la vérité n’est pas purement et simplement ; il est vrai pour un temps parce qu’il appartient au devenir de la vérité, laquelle est en tant qu’elle devient [p. 14-15].

 

Que voulez-vous que nous fassions ? Comment discuter avec qui tient sem­blable raisonnement ?

Aussi sa réaction n’est-elle pas surprenante quand je lui ai demandé :

 

— Mais enfin, Éminence, il y a quand même contradiction entre la liberté reli­gieuse et ce que dit le Syllabus.

— Mais, Monseigneur, m’a-t-il répondu, nous ne sommes plus au temps du Syllabus !

 

Toute discussion devient impossible.

Voilà ce que le cardinal Ratzinger écrit dans son livre à propos du texte de l’Église dans le monde (Gaudium et spes) sous le titre : « L’Église et le monde à propos de la question de la réception du deuxième concile du Vatican. » Il déve­loppe ses arguments sur plusieurs pages et précise :

 

Si l’on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liai­son avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions dans le monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus [p. 426].

 

Donc, il reconnaît que le texte de l’Église dans le monde, celui de la liberté religieuse (Dignitatis Humanae) et celui sur les non-chrétiens (Nostra Ætate) constituent une espèce de « contre-Syllabus ». C’est ce que nous lui avons dit, mais maintenant, sans que cela paraisse le gêner, il l’écrit explicitement.

Et le cardinal poursuit :

 

Harnack, on le sait, a interprété le Syllabus comme un défi à son siècle ; ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il a tracé une ligne de séparation devant les forces détermi­nantes du XIXe siècle [p. 426].

 

Quelles sont « les forces déterminantes du XIXe siècle » ? C’est la Révolution française, bien sûr, avec toute son entreprise de destruction. Ces « forces déter­minantes », le cardinal les définit lui-même comme étant « les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme ». Et il poursuit :

 

Dans la controverse moderniste, cette double frontière a été encore une fois renforcée et fortifiée.

Depuis lors, sans doute, bien des choses s’étaient modifiées. La nouvelle poli­tique ecclésiastique de Pie XI avait instauré une certaine ouverture à l’égard de la conception libérale de l’État. L’exégèse et l’histoire de l’Église, dans un combat silencieux et persévérant, avaient adopté de plus en plus les postulats de la science libérale, et d’un autre côté le libéralisme s’était vu dans la nécessité, au cours des grands retournements politiques du XXe siècle, d’accepter des correc­tions notables [p. 426].

C’est pourquoi, d’abord en Europe centrale, l’attachement unilatéral, condi­tionné par la situation, aux positions prises par l’Église à l’initiative de Pie IX et de Pie X contre la nouvelle période de l’histoire ouverte par la Révolution fran­çaise, avait été dans une large mesure corrigé via facti, mais une détermination fondamentale nouvelle des rapports avec le monde tel qu’il se présentait depuis 1789 manquait encore [p. 427].

 

Cette détermination fondamentale va être celle du Concile.

 

En réalité – continue le cardinal –, dans les pays à forte majorité catholique, régnait encore largement l’optique d’avant la Révolution : presque personne ne conteste plus aujourd’hui que les concordats espagnol et italien cherchaient à conserver beaucoup trop de choses d’une conception du monde qui depuis long­temps ne correspondait plus aux données réelles. De même presque plus per­sonne ne peut contester qu’à cet attachement à une conception périmée des rap­ports entre l’Église et l’État correspondaient des anachronismes semblables dans le domaine de l’éducation, et de l’attitude à prendre à l’égard de la méthode his­torique critique moderne [p. 427].

 

Ainsi se précise le véritable esprit du cardinal Ratzinger qui ajoute :

 

Seule une recherche minutieuse des manières diverses dont les différentes parties de l’Église ont accompli leur accueil du monde moderne pouvait dé­brouiller le réseau compliqué de causes qui ont contribué à donner sa forme à la constitution pastorale, et ce n’est que de cette manière que pourrait s’éclairer le drame de l’histoire de son influence.

Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d’un contre-Syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour la réconciliation officielle de l’Église avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789 [p. 427].

 

Tout cela est clair et correspond à tout ce que nous n’avons cessé d’affirmer. Nous refusons, nous ne voulons pas être les héritiers de 1789 !

 

D’un côté, cette vue seule, éclaire le complexe de ghetto dont nous avons parlé au début [l’Église un ghetto !] ; et d’un autre côté, elle seule permet de com­prendre le sens de cet étrange vis-à-vis de l’Église et du monde : par « monde » on entend, au fond, l’esprit des temps modernes, en face duquel la conscience de groupe dans l’Église se ressentait comme un sujet séparé qui, après une guerre tantôt chaude et tantôt froide, recherchait le dialogue et la coopération [p. 427].

 

Force est bien de constater que le cardinal a perdu totalement de vue l’idée de l’Apo­calypse de la lutte entre le vrai et l’erreur, entre le bien et le mal. Désormais, on re­cherche le dialogue entre le vrai et l’erreur. On ne peut pas comprendre l’étran­geté de ce vis-à-vis entre l’Église et le monde.

Plus loin, le cardinal définit ainsi sa pensée :

 

Bien entendu, il faut ajouter que le climat de tout le processus était marqué de façon décisive par Gaudium et spes. Le sentiment qu’il ne devait vraiment plus y avoir de mur entre l’Église et le monde, que tout « dualisme » : corps-âme, Église-monde, grâce-nature et même, en fin de compte, Dieu-monde était nui­sible : ce sentiment devint de plus en plus une force directrice pour l’ensemble [p. 428-429].

 

Le cardinal Ratzinger est à la tête de la congrégation pour la Doctrine de la foi, l’ex-Saint-Office. Avec une semblable expression de pensée, que peut-on es­pérer pour l’Église de celui qui a cependant en charge la défense de la foi ?

Quant au pape [Jean-Paul II], d’une autre façon, il a le même esprit. Sans doute est-il polonais, mais le fondement des idées est le même. Ce sont les mêmes principes, la même formation qui l’animent. C’est la raison pour la­quelle ils n’éprouvent ni honte, ni horreur en faisant ce qu’ils font alors que nous, nous en sommes épouvantés. La religion, comme nous l’avons vu dans le libéralisme, dans le modernisme, c’est un sentiment interne.

 

Notre devoir de désobéir

 

Ainsi dès le jour où, au mépris du droit, nous avons été frappé par Mgr Mamie, soutenu par Rome, nous n’en avons pas tenu compte et apparemment nous avons désobéi. Mais, c’était notre devoir de désobéir, parce que l’on voulait nous placer dans l’esprit de 1789, l’esprit du libéralisme, l’esprit du contre-Syllabus. Nous avons refusé et nous continuons de refuser. Ce sont des hommes, comme le cardinal Villot, imbus de ce libéralisme, c’est cette Rome libérale qui nous ont condamné. Mais en agissant de la sorte ils ont condamné la Tradition, la vérité.

Nous avons refusé cette condamnation car nous la considérions comme nulle et inspirée de l’esprit moderniste. Ce que nous faisions et que nous continuons de faire n’est autre que d’œuvrer au maintien de la Tradition. Nous nous sommes donc trouvé être dans une situation apparente de désobéissance légale, mais nous avons continué à ordonner des prêtres, à donner des prêtres aux fi­dèles pour le salut de leurs âmes. Ceux-ci ont exercé et exercent leur ministère toujours sous une apparence de désobéissance à la lettre de la loi. Et nous conti­nuerons tant que le Bon Dieu le jugera bon.

Ce n’est pas nous qui créons la situation de l’Église et celle-ci s’aggrave tou­jours davantage dans des conditions stupéfiantes. Personne n’aurait pu imagi­ner il y a dix ans, avant l’avènement du pape Jean-Paul II, qu’un souverain pontife aurait un jour fait cette cérémonie à Assise. L’idée même n’en serait ja­mais venue. Nul n’aurait pensé qu’il aurait été à la synagogue [4] et qu’il y aurait fait ce discours abominable. Personne ne l’aurait imaginé. De même n’aurait-on jamais pu concevoir ce qu’il a fait en Inde. Tout cela aurait paru inconcevable.

 

Nous voulons continuer l’Église

 

Alors, nous qui sommes entés sur l’Église, nous qui avons reçu les approba­tions officielles de l’Église, nous voulons continuer l’Église, continuer le sacer­doce, sauver les âmes.

Que l’on me comprenne bien, je ne dis pas que la Fraternité c’est l’Église, mais nous sommes d’Église, comme l’ont été les sulpiciens, les lazaristes, les Missions étrangères et tant d’autres. Nous avons été reconnus comme tels et nous le demeurons. Nous ne voulons pas changer.

Il n’y a qu’une Église, dont nous sommes un rameau puissant, plein de sève, approuvé par l’Église absolument comme les autres sociétés l’ont été autrefois et qui sont maintenant – hélas – en grande majorité en train de mourir de leur belle mort.

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a été suscitée, pensons-nous, providen­tiellement par le bon Dieu pour être un phare, une lumière dans le monde entier afin de sauver le vrai sacerdoce, le vrai sacrifice de la messe, la doctrine et la Tradition de l’Église et la vérité pour apporter le salut aux âmes. Nous vivons dans un temps vraiment exceptionnel et croyons-nous apocalyptique, nous de­vons supplier le bon Dieu, prier saint Pie X notre patron, afin de recevoir les grâces qui nous fortifient.

Le bon Dieu m’a presque contraint à fonder la Fraternité, à réaliser cette oeuvre, qui dans son développement semble bien avoir reçu sa bénédiction. Nier cela, serait nier l’évidence. Tout le monde peut le constater.

[…]

Soyons unis, courageux, soyons fermes, continuons. Le bon Dieu nous bénira certainement. Nous ne devons pas craindre et trembler, mais demeurer résolus à défendre et à transmettre notre foi.

Louis Veuillot disait : « Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde : la Révélation et la Révolution ».

Nous avons choisi de garder la Révélation, tandis que la nouvelle Église conciliaire a choisi la Révolution.

La raison de nos vingt années de combat est dans ce choix.

Prions, demandons à la très sainte Vierge, à notre Reine à laquelle la Fraternité est consacrée de nous aider.

 

 

*

  

 


[1] — Voir dans l’éditorial du Sel de la terre 54 comment s’exprime le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, à ce sujet. (Note du Sel de la terre.)

[2] — Jean-Paul II à l’époque. Mais Benoît XVI continue de même. Le 19 août 2005, dans un discours aux protestants prononcé à l’archevêché de Cologne, il a explicitement renoncé à demander aux hérétiques de revenir à la vraie foi : « Demandons-nous : Que signifie rétablir l’unité de tous les chrétiens ? […] Cette unité ne signifie pas ce que l’on pourrait appeler un œcuménisme du retour : c’est-à-dire renier et refuser sa propre histoire de foi. Absolument pas ! Cela ne signifie pas uniformité de toutes les expressions de la théologie et de la spiritualité, dans les formes liturgiques et dans la discipline. Unité dans la multiplicité et multiplicité dans l’unité. » [Cité par DICI 120, p. 12. Adresse : DICI, Étoile du Matin – 57230 Eguelshardt. ]. (Note du Sel de la terre.)

[3] — Joseph Ratzinger, Les Principes de la théologie catholique, Paris, Téqui, 1982. Récemment réédité.

[4] — Il s’agit de la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986. Le pape avait attendu huit ans pour faire cette visite. Benoît XVI, lui, se rendit à la synagogue de Cologne lors de sa première visite officielle, quatre mois après son élection. Ces deux visites n’ont pas de précédent dans l’histoire de l'Église. (Note du Sel de la terre.)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 261-266

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