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Petit florilège du père Calmel

sur quelques sujets brûlants… ou moins brûlants

 

 

Le père Roger-Thomas Calmel O.P. est décédé le 3 mai 1975 (premier samedi du mois de Marie). Pour le vingtième anniversaire de son rappel à Dieu, nous avions, il y a dix ans, publié à sa mémoire un numéro spécial du Sel de la terre (le numéro 12 bis, dont il reste quelques exemplaires).

Pour ce trentième anniversaire, voici juste un petit florilège, qui suffira – nous l’espérons – à donner envie de se replonger dans ses écrits. Des écrits dont l’intérêt, la justesse de vue et la qualité d’expression semblent resplendir de plus en plus avec le recul du temps. N’est-ce pas là le propre des classiques ?

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

Le langage mou

 

En juillet-août 1963 – la première session de Vatican II s’était achevée il y a quelques mois – le père Calmel s’attaquait, dans Itinéraires, au « langage mou » envahissant l’Église.

 

J’

ai toujours eu en horreur les expressions molles, visqueuses ou fuyantes, qui peuvent être tirées dans tous les sens, auxquelles chacun peut faire dire ce qu’il veut ; le technocrate par exemple pouvant y trouver l’approbation de son despotisme technocratique et l’ermite fabriquant des corbeilles une consolante bénédiction pour son travail de contemplatif. Et les expression molles, visqueuse ou fuyantes me sont d’autant plus en horreur qu’elles se couvrent d’autorités ecclésiastiques : des monseigneurs, des pères ou des abbés. Alors surtout ces expressions me paraissent une injure directe à celui qui a dit : Je suis la Vérité … Vous êtes la lumière du monde … Que votre parole soit oui si c’est oui, non si c’est non [1].

 

 


 

Le « complotisme »

 

Dénonçant la « tactique du Dragon dans les temps modernes, qui est de susciter des sociétés occultes, véritables contre-sociétés qui s’infiltrent comme un virus dans les sociétés saintes pour les dénaturer », le père Calmel ajoute :

 

L

es chrétiens qui vous accueillent avec un sourire indulgent lorsque vous évoquez les sociétés secrètes et leurs projets de subversion mondiale montrent surtout qu’ils ont une idée bien courte de la malice du démon et de ses méthodes de combat. Ce n’est point parce que certains ouvrages sur les sociétés secrètes témoignent d’un simplisme affligeant qu’il est raisonnable et chrétien de tenir ces sociétés comme quantité négligeable, proche de zéro [2].

 

 

L’esprit de Vatican II

 

C’est toujours avec une sorte de saisissement que l’on ouvre le prologue de L’Apologie pour l’Église de toujours du père Calmel [3]. On y trouve, d’entrée de jeu, une des plus pénétrantes analyses qui ait jamais été faite de Vatican II, ses intentions, ses illusions – son « esprit ». A l’heure du quarantième anniversaire de la clôture de ce concile, il convenait de reproduire ces pages.

 

É

garés par la grande chimère de vouloir découvrir les moyens infaillibles et faciles de réaliser une bonne fois l’unité religieuse du genre humain, des prélats, des prélats occupant les charges les plus importantes, travaillent à inventer une Église sans frontières dans laquelle tous les hommes, préalablement dispensés de renoncer au monde et à Satan, ne tarderaient pas à se retrouver, libres et fraternels. Dogmes, rites, hiérarchie, ascèse même si l’on y tient, tout subsisterait de la première Église, mais tout serait démuni des protections requises, voulues par le Seigneur et précisées par la Tradition ; par là même tout serait vidé de la sève catholique, disons de la grâce et de la sainteté. Les adeptes des confessions les plus hétéroclites, et même ceux qui refusent toutes les confessions, entreraient alors de plain-pied ; mais ils entreraient de plain-pied dans une Église en trompe-l’œil. Telle est la tentative présente du

maître prestigieux des mensonges et des illusions. Voilà le grand œuvre, d’inspiration maçonnique, auquel il fait travailler ses suppôts, prêtres sans la foi promus théologiens éminents, évêques inconscients ou félons, sinon apostats déguisés, portés rapidement au comble des honneurs, investis des plus hautes prélatures. Ils consument leur vie et perdent leur âme à édifier une Église postconciliaire, sous le soleil de Satan.

Les dogmes, décidément frappés de relativisme par la nouvelle pastorale qui ne condamne aucune hérésie, ne proposent plus un objet précis et surnaturel ; dès lors il n’est pas besoin pour les recevoir, à supposer que le mot garde encore dans ce cas une signification, d’incliner l’intelligence ni de purifier le cœur. Les sacrements sont mis à la portée de ceux qui ne croient pas ; presque plus rien n’empêche de s’en approcher les incroyants et les indignes, tellement les nouveaux rites ecclésiastiques sont devenus étrangers, par leur instabilité et leur fluidité au signe sacramentel efficace de lui-même, divinement fixé par le Sauveur une fois pour toutes et jusqu’à ce qu’il revienne. – Pour la hiérarchie, elle se dissout insensiblement dans le peuple de Dieu dont elle tend à devenir une émanation démocratique, élue au suffrage universel pour une fonction provisoire. Grâce à ces innovations sans précédent on se félicite d’avoir abattu les barrières qui retenaient hors de l’Église celui qui hier encore, dans la période antéconciliaire toute proche, rejetait les dogmes, repoussait les sacrements, ne s’abaissait pas devant la hiérarchie. Sans doute, tels qu’on les entendait avant le Concile, dogmes, sacrements, gouvernement, exigence de conversion intérieure donnaient à l’Église l’aspect d’une ville fortifiée – Jerusalem quæ ædificatur ut civitas [4] – avec portes bien gardées et remparts inexpugnables. Nul n’était admis à franchir le seuil divin qui ne se fût converti. Désormais cependant les choses changent sous nos yeux ; croyances, rites, vie intérieure sont soumis à un traitement de liquéfaction universelle si violent et si perfectionné qu’ils ne permettent plus de distinguer entre catholiques et non-catholiques. Puisque le oui et le non, le défini et le définitif sont tenus pour dépassés, on se demande ce qui empêcherait les religions non-chrétiennes elles-mêmes de faire partie de la nouvelle Église universelle, continuellement mise à jour par les interprétations œcuméniques.

On se le demande, si du moins l’on accepte le point de vue que se laissèrent imposer tant et tant de Pères circonvenus par Vatican II : forger un système inconnu auparavant et un appareil encore inédit en vue de gagner le monde à l’Église sans être exposé à l’échec ni souffrir persécution, et en commençant par relativiser le surnaturel. Mais cela ne signifie rien. Car d’une part Jésus a dit : Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; s’ils m’ont persécuté ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole ils garderont la vôtre (Jn 15, 20). D’autre part le surnaturel n’est pas volatilisable ou modifiable ; il est ferme et précis ; il présente un visage déterminé ; il a une configuration achevée et définitive ; depuis l’incarnation du

Verbe, depuis la croix rédemptrice et l’envoi de l’Esprit-Saint, le seul surnaturel qui existe est chrétien et catholique. Il n’a de réalité que in Christo Jesu, et Virgine Maria et Ecclesia Christi [5]. C’est pourquoi si l’on préserve en son âme le point de vue de l’Évangile de Jésus-Christ et des vingt premiers conciles, on voit fort bien ce qui refoule dans le néant la chimère de l’unité œcuménique : c’est l’obligation de fléchir le genou devant le Fils de l’homme, auteur et dispensateur souverain du salut, mais uniquement dans la seule Église qu’il ait établie.

 

 

Création de l’islam

 

Maxime Lenôtre expose, dans les recensions du présent numéro du Sel de la terre, la thèse d’Édouard-Marie Gallez sur les origines de l’islam. Il montre notamment comment elle complète et corrige l’hypothèse qu’avait développée le père Théry (sous le pseudonyme d’Hanna Zacharias), il y a un demi-siècle.

Le père Calmel s’était intéressé de très près à cette hypothèse du père Théry, y consacrant même plusieurs articles dans la revue Itinéraires. Sans distinguer comme É.-M. Gallez entre les juifs talmudiques et les judéo-nazaréens, il avait clairement perçu et expliqué que l’islam était, dans son essence, une arabisation du messianisme temporel des juifs. Voici un extrait d’un de ses articles sur le sujet (présenté sous la forme d’un dialogue entre deux ecclésiastiques).

 

Le Dominicain. — […] Mystère de l’aveugle synagogue. De même qu’elle a crucifié le Messie, le Sauveur du monde, en vertu de son attachement forcené à un messianisme charnel, de même elle a persécuté l’Église de Jésus-Christ chaque fois qu’il lui a été possible, chaque fois que son judaïsme a pu s’organiser et réussir.

 

L’abbé. — Je vous entends. Vous voulez dire que l’islam est un judaïsme qui a réussi et que c’est la raison profonde pour laquelle les sectateurs de Mahomet ont été à l’égard des chrétiens des ennemis féroces. S’il est vrai que le judaïsme implique obligatoirement un nationalisme religieux, ce judaïsme transposé et traduit en arabe qui s’appelle l’islam ne pouvait que combattre la religion sainte de Jésus-Christ qui est tout à fait incompatible avec un messianisme charnel […].

 

Le Dominicain. — […] La judaïsation des Arabes fut théocratique comme toute judaïsation qui se respecte car le judaïsme, dès avant l’Évangile, mais surtout depuis qu’il s’était détourné du vrai Messie, le seul qui sera jamais, conti

nuait de vouloir et de rechercher un messianisme terrestre pour les fils d’Abraham, une théocratie. Or il est dans la nature des théocraties que la politique se mélange avec la religion mais aussi qu’elle la dévore. Du moment que les Arabes judaïsés devenaient un État théocratique, ils devaient écarter les Juifs et, pour mieux les écarter, interdire leurs Écritures. Une fois monté leur État théocratique comment les Arabes n’auraient-ils pas refoulé le peuple juif qui avait lui aussi, lui d’abord, des ambitions théocratiques ? Comment n’auraient-ils pas renié leurs livres, écarté leurs prophéties et refusé leur magistère ? Comment ne se seraient-ils pas détournés de leurs origines, choisissant de se dénommer non pas judaïsme mais islamisme ?

Si la religion reçue par les Arabes n’avait pas eu de telles ambitions, si elle se fût limité au spirituel, le distinguant du temporel, elle n’eût pas trouvé gênant d’accueillir la Bible dans sa totalité, elle eût proclamé avec reconnaissance recevoir son livre du peuple d’Israël. C’est ainsi en effet que fait la sainte Église à l’égard de la Bible et du peuple de la Bible.

 

Le grand péché et le grand malheur d’Israël, c’est de vouloir un Messie qui soit conforme à ses rêves ambitieux, c’est de rêver, au nom de sa religion, d’une domination terrestre de ce monde, et d’enseigner ou d’insinuer au monde que le salut est de cet ordre-là. Lorsque le monde comprend cette leçon et la met en pratique, il est inévitable qu’il se retourne contre les Juifs ; si la religion comporte la domination, il n’y a pas de place pour deux dominateurs […] [6].

 

 

La Contre-Église

 

En 1963, ce développement qui allait directement à l’encontre du pacifisme du Concile en cours :

 

[…]

I

l s’agit de savoir si, oui ou non, l’Église comme telle n’a d’ennemis que par quiproquo ; si des organisations qui, délibérément, se seraient proposées d’en finir avec la religion véritable et la civilisation qu’elle fait naître existent bel et bien, ou n’ont pas d’autre réalité que les imaginations délirantes de pauvres êtres insatisfaits, affligés de la manie de la persécution ? J’admets, c’est trop évident, que certains qui s’attaquent à l’Église le font en toute bonne foi, victimes d’une erreur non-coupable. En réalité, ce qu’ils abhorrent, ce n’est pas l’Église mais la caricature répugnante qui leur est offerte de l’Église par des chrétien hypocrites, ou par des institutions faussées qui se réclament du nom

du Christ. A l’égard des ennemis de la vraie religion, un effort de discernement s’impose, un effort de justice et de compréhension. Et après ? L’Église, par hasard ne compterait-elle parmi ses ennemis que des hommes droits mais illusionnés ? La contre-Église serait-elle un mythe sans consistance ? Parce que certains croient voir partout des hommes en qui Satan est entré [7], Satan ne serait-il en réalité entré dans aucun homme ? Ou bien aucun des hommes en qui il est entré n’aurait-il réussi soit à corrompre systématiquement une nation tout entière, soit à monter un groupe, à mettre sur pied une institution dont l’inspiration profonde est la haine de Dieu [8]  ? […]

Dans ce parti pris qui se généralise de ne voir jamais nulle part des ennemis de l’Église, de ne plus prononcer les mots de persécution ni de martyrs, j’aperçois une volonté d’avilir la créature humaine, un refus misérable de lui dénier toute grandeur. Ils prétendent nous réduire à n’être plus que des têtards informes ou des ectoplasmes sans cœur et sans passions. Ils n’admettent pas que nous soyons appelés par grâce à l’héroïsme des saints, mais aussi que nous soyons, de nous-mêmes, très capables de nous damner, de commettre des crimes abominables, d’inventer des organisations intrinsèquement perverses. […]

Mais si vous ne comprenez pas que l’homme peut porter l’enfer dans son propre cœur, pourquoi donc lui parlez-vous du Ciel ? Et s’il est capable de mériter le Ciel, pourquoi donc serait-il incapable de le perdre ? Pourquoi donc serait-il inapte à l’enfer et aux péchés qui le préparent ? 

Il est vrai que vous ne lui parlez plus du Ciel ni de l’enfer. Vous ne l’entretenez plus que de développement et sous-développement […] [9].

 

 


 

L’autorité occulte

 

Parmi les arguments des libéraux contre le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on entend parfois celui-ci : L’État aurait, en nos temps modernes, changé de nature. Il n’exercerait plus, comme autrefois, un vrai pouvoir politique (ordonnant les citoyens au bien commun de la cité), mais serait devenu une pure administration au service du libre choix de vie de chacun (un peu comme une société de chemin de fer fournit au voyageur des moyens de transport, sans se mêler des raisons pour lesquelles il se déplace, ni même de la destination précise qu’il veut atteindre). En conséquence, un tel État serait nécessairement neutre, et le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ devenu impossible, par « défaut de matière ». — Ce genre de sophisme est extrêmement pernicieux car il présuppose, en réalité, les principes mêmes de la Révolution, et vient cautionner l’image qu’elle essaie de donner d’elle-même. La Révolution – c’est son slogan fondamental, depuis 1789 – prétend donner à chacun la liberté d’organiser sa vie comme il l’entend, du moment qu’il ne nuit pas à autrui. Mais c’est une publicité mensongère. En réalité, la Révolution ne supprime pas l’autorité (et d’ailleurs, elle ne peut pas la supprimer : qui dit société dit unité, et donc autorité imposant, d’une manière ou d’une autre, cette unité), elle se contente de la dissimuler. Elle en remplace l’usage naturel et franc par un usage occulte et contre-nature. — Le père Calmel, qui avait lu avec grand intérêt les travaux d’Augustin Cochin sur les techniques de manipulation de groupe, a souvent insisté sur cette caractéristique de la Révolution. Il a aussi montré comment une société neutre – qui n’exercerait aucune pression ni vers le ciel ni vers l’enfer – est impossible. Les deux passages suivants suffisent à répondre au sophisme énoncé plus haut.

 

L

a Révolution a combiné un appareil d’asservissement terrible ; les victimes sont tenues et ficelées par un système occulte de pouvoir qui se dissimule partout : hiérarchie parallèle, courroie de transmission, noyautage, maniement de l’opinion de façon à manipuler les esprits et les consciences, bref toutes les techniques des sociétés secrètes et leurs procédés policiers. Or cette manière inouïe d’exercer l’autorité est consubstantielle à la Révolution. C’est le mérite d’un Augustin Cochin de l’avoir mis en lumière […] [10].

 

U

ne société neutre est impensable. Que vous considériez l’homme dans le domaine privé qui est celui de l’intimité de sa personne, que vous considériez l’homme dans sa vie familiale, que vous le considériez enfin dans le domaine « officiel » qui est celui de la société civile, l’homme n’est pas et

ne peut pas être neutre. A titre privé, à titre familial, à titre officiel, il n’évite pas de se situer par rapport à l’absolu. A titre privé, à titre familial, à titre officiel, l’homme n’évite pas d’être référé à une fin dernière qui est le Seigneur Dieu. Il n’évite pas d’avoir à prendre parti pour ou contre Dieu. D’une manière différente sans doute, selon qu’il s’agit de sa personne, de sa famille ou de la société civile, mais enfin, quelle que soit la manière, il est forcé de prendre parti par rapport au Seigneur Dieu. Qui n’est pas avec moi est contre moi. Une société neutre aurait tous les avantages que l’on voudra ; malheureusement, elle est impossible. Et, de fait, elle n’a jamais existé ; les sociétés qui se sont voulues neutres se sont toujours montrées persécutrices ; il n’importe qu’elles aient persécuté sous des formes plus ou moins déguisées, plus ou moins perfides, elles ont persécuté. Lorsque César ne veut pas s’incliner devant le Christ, il ne demeure pas neutre : il devient hostile […] [11].

 

 

 

De Gaulle, châtiment de l’orgueil français

 

En 1970, Charles Arrivets, directeur de l’Opinion Indépendante du Sud-Ouest [12], y publia une critique sévère de l’action du général De Gaulle. Il reçut en retour la lettre suivante du père Calmel [13].

 

Vicariat de Prouilhe,            le 21 novembre 1970, Présentation de Notre-Dame

 

Mon cher ami,

 

P

ermettez que je vous félicite pour votre article vengeur du 13 novembre. Je n’en attendais pas moins de votre cœur de chrétien et de Français, de votre intelligence de la chose publique, mais j’ai été quand même très heureux de lire ces choses si justes sur le grand imposteur du XXe siècle. Sans doute allez-vous continuer sur la lancée. Je me risque à vous suggérer deux points majeurs que j’aimerais voir exposés à fond par quelqu’un qui connaît ces choses comme vous les connaissez.

 

1. — Même sans De Gaulle la résistance existait, même sans De Gaulle il y avait une armée de la résistance, justement une armée préparée en Afrique par celui que De Gaulle haïssait : l’homme de guerre et l’homme politique éminent que fut Pétain. Il avait fait préparer cette armée d’Afrique par Weygand. Donc abattre l’imposture de De Gaulle « initiateur de la résistance » qui sans lui, eût gardé le nom honnête de « revanche ».

 

2. — Qu’est-ce que De Gaulle a ajouté à la résistance ? Il y a ajouté la haine comme mobile dominant, il y a ajouté une division inexpiable entre Français, comme réalisation politique, il a confisqué la revanche à son profit et il l’a tournée contre toute l’immense fraction de Français qui refusaient de se faire ses sectateurs. La résistance existait sans lui, lui est venu pour la confisquer, l’empoisonner et la salir.

Peut-être serait-il opportun de donner quelques extraits des Mémoires de Weygand se rapportant au grand imposteur.

 

Peut-être aussi vaudrait-il la peine de souligner que dans cette vie toute en exhibition on ne relève pas un seul trait de miséricorde et de grandeur d’âme. Envers qui a-t-il été miséricordieux, lui qui faisait parade d’être catholique pratiquant ? Une gerbe de fleurs sur la tombe de Pétain vingt ans après. C’est peut-être tout, mieux dire rien. S’il y avait une seule parole qui manifeste la grandeur d’âme dans les Mémoires, il vaudrait la peine de la citer.

Il est mort sans souffrance, il est mort repu de santé, repu de richesse et de confort, repu d’honneurs et sans un acte de contrition. C’est quand même cela la mort des damnés. C’est ainsi qu’a dû mourir le mauvais riche de l’Évangile ; les prières universelles du cardinal Marty n’y feront rien du tout.

Là où votre article va le plus loin, c’est lorsque vous dites que De Gaulle est le châtiment de l’orgueil français, cet orgueil stupide qui, après juin 40, ne veut pas avouer ce qui est : la défaite, la défaite comme un juste retour de l’incurie, de nos lâchetés, et des refus de l’entre-deux guerres. Il eût fallu avouer cela, faire pénitence et « mea culpa », écouter le Maréchal et se préparer à une honnête revanche.

 

Bon courage, mon très cher ami.

Union de prières en Notre-Dame, en saint Louis et en sainte Jeanne !

 

R.P. Calmel O.P.

 

 

Fatima et les deux fronts

 

I

l arrive que des âmes intérieures, exercées à repérer les manœuvres invisibles du démon, ses artifices secrets, tiennent pour négligeables ses machinations quand elles sont politiquement organisées. De telles âmes, malgré leur ouverture à la vie spirituelle, demeurent partiellement aveugles et sont victimes d’une grave illusion. Elles ne lisent pas la Révélation comme elle est écrite, car les textes de l’Écriture sont formels qui dénoncent les manœuvres collectives et politiques du dragon infernal, et non seulement les tentations privées. Du reste, la Vierge Marie, dans les apparitions de ces derniers temps nous

précise, en paroles brèves mais très nettes, que nous sommes assaillis sur deux fronts à la fois. A Fatima, la Vierge n’a pas dit : « Le communisme est une question sans importance ; ce qui compte, c’est la conversion personnelle. » Elle n’a pas dit non plus : « Tout le mal vient du communisme ; qu’on le supprime et la sanctification des chrétiens est assurée. » Mais réunissant deux propositions que l’on sépare trop souvent, et montrant leur corrélation nécessaire, Notre-Dame a déclaré en paroles équivalentes : « Le communisme est un mal horrible, il ne faut pas se leurrer. Or il puise une partie de sa force dans la tiédeur, la lâcheté des chrétiens. Pour que le monde soit guéri du communisme, il faut de toute nécessité que les chrétiens se convertissent. Comme chemin pour y parvenir, je vous recommande la dévotion et la consécration à mon Cœur immaculé. » [14]

 

 

 

La prière du père Calmel

 

Pour achever ce florilège, et apercevoir, au-delà des combats qu’il mena si vaillamment, quelque chose de l’âme du père Calmel, voici une de ses prières.

 

J

e sais bien, ô mon Dieu, que mes œuvres, mes luttes, mes écrits ne vous intéressent pas, et du reste, au fond, ils ne m’intéressent pas non plus ; vous ne voulez en eux que la preuve de ma foi, de ma confiance, de mon amour. Je veux vous les donner honnêtement accomplis, certes, mais je ne veux vous les donner qu’à ce titre de témoignage.

 

Mettez-moi sous le manteau de votre divine Mère tout près de son cœur ; qu’elle m’inspire, me soutienne et me garde, Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Prêtre souverain et éternel. Amen.

 

 

 

❋  ❋  ❋


[1]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Le langage mou », Itinéraires 75 (juillet-août 1963), p. 76.

[2]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Révélation divine sur l’histoire humaine », Itinéraires 73 (mai 1963), p. 135.

[3]— Rédigée à la fin de l’année 1970 et au début de l’année 1971, cette Apologie parut d’abord dans la revue Itinéraires, de mars à juillet 1971, puis en tiré à part à l’automne. L’édition définitive (mise au point par les religieuses de Brignoles) fut publiée en 1987 par Itinéraires et Difralivre.

[4]— Jérusalem qui est construite comme une cité, Ps 121, 3.

[5]— Dans le Christ Jésus, la Vierge Marie et l’Église du Christ (NDLR).

[6]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Le judaïsme du Coran », Itinéraires 57 (mars 1961), p. 34-38.

[7]— Voir Jean 13, 27 : « Dès que Judas eut pris la bouchée, alors Satan fit son entrée en lui. ».

[8]— Sur la haine de Dieu, voir II-II, q. 34.

[9]—  Roger-Thomas Calmel O.P. « Le langage mou », Itinéraires 73 (mai 1963), p. 81-83. — La constitution pastorale Gaudium et spes de Vatican II consacrera plusieurs paragraphes  au phénomène de l’athéisme (§ 19-21). Tout en « rejetant absolument » l’athéisme (c’est bien le moins qu’on puisse attendre d’un concile !) et en affirmant mollement que « ceux qui délibérément s’efforcent d’éliminer Dieu de leur cœur et d’écarter les problèmes religieux, en ne suivant pas le “dictamen” de leur conscience, ne sont pas exempts de faute », le texte s’emploie surtout à comprendre « les formes et les racines de l’athéisme » et à trouver aux ennemis de Dieu toutes sortes de circonstances atténuantes. Il conclut en proclamant que « tous les hommes, croyants et incroyants, doivent s’appliquer à la juste construction de ce monde dans lequel ils vivent ensemble : ce qui assurément n’est possible que par un dialogue loyal et prudent ».

[10]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Évangélisme ambigu », Itinéraires 92 (avril 1965), p. 160.

[11]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Politique et vie intérieure », dans Sur nos routes d’exil : les Béatitudes, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1960 (réédité en 1994), p. 164-165.

[12]—  Ce journal local avait son siège à Agen (9 bis, place Sainte-Foy).

[13]— Lettre publiée dans l’Opinion Indépendante du Sud-Ouest du 22 janvier 1971, p. 1.

[14]— Roger-Thomas Calmel O.P. « Révélation divine sur l’histoire humaine », Itinéraires 73 (mai 1963), p. 134.

Informations

L'auteur

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 239-247

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