Quatre documents conciliaires, quarante ans après
Nostra ætate, Dei Verbum,
Gaudium et spes et Dignitatis humanæ
C'EST À LA FIN de l’année 1965 (à la fin du Concile) qu’ont été promulgués, il y a maintenant quarante ans, quatre des plus nocifs documents de Vatican II :
— la déclaration Nostra ætate sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, le 28 octobre 1965 ;
— la constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine, le 18 novembre 1965 [1] ;
— la constitution pastorale Gaudium et spes sur « l’Église dans le monde de ce temps », le 7 décembre 1965 ;
— enfin, ce même 7 décembre, la trop célèbre déclaration Dignitatis humanæ sur « la liberté religieuse ».
Dignitatis humanæ
De cette dernière, nous avons déjà suffisamment traité dans Le Sel de la terre pour ne pas y revenir aujourd’hui. Il suffit de rappeler qu’elle est la ruine du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que son paragraphe 2, affirmant que tout homme aurait, du fait de sa dignité humaine, le droit de « ne pas être forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres », contredit toute la tradition de l’Église.
Pour plus de détails, nos lecteurs pourront se reporter aux nombreux documents et études déjà publiés dans cette revue :
–– Études d’ensemble sur la liberté religieuse : Le Sel de la terre nº 2, p. 7-29 et nº 50, p. 35-59 (Catéchisme de la crise dans l’Église) ;
— Textes de saint Thomas d’Aquin sur la liberté et la répression des faux cultes : nº 1, p. 108-110 et nº 2, p. 101-109 ;
— Les saints face à la liberté religieuse : nº 13, p. 112-133 ;
— Saint Augustin face à la liberté religieuse : nº 16, p. 10-54 ;
— La France chrétienne face à la liberté religieuse : nº 19, p. 99-121 ;
— Les saints inquisiteurs : nº 36, p. 118-138 (saint Pierre de Vérone) et nº 37, p. 157-166 (bienheureux Guillaume Arnaud) ;
— Le père Emmanuel face au libéralisme : nº 44, p. 400-416 ;
— Texte du cardinal Ottaviani sur la tolérance religieuse (schéma préparatoire du concile Vatican II, qui fut éliminé et remplacé par le travail du cardinal Béa et de son secrétariat pour l’Unité des chrétiens) : nº 39, p. 74-118 ;
— Comment le Conseil Œcuménique des Églises exigea la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse : nº 49, p. 33 ;
— Textes de l’abbé Berto sur la liberté religieuse et le schéma conciliaire : nº 45, p. 30-34 et nº 48, p. 246-247 ;
— Étude de Mgr de Castro Mayer sur Dignitatis humanæ : nº 37, p. 33-43 ;
— Sur les Dubia de Mgr Lefebvre [1985] et la réponse de Rome [1987] : nº 40, p. 229-232 ;
— Le cardinal Ratzinger, la liberté religieuse et l’indifférentisme : nº 46, p. 260-264 ;
— Le cardinal Kasper raconte la liberté religieuse : nº 42, p. 263 ;
— Les diverses tentatives de justification de Dignitatis humanæ et leurs sophismes. Abbé Lucien : nº 2, p. 110-114 ; P. Harrison : nº 3, p. 119-124 (voir aussi les aveux postérieurs du P. Harrison [« Mon livre fut en grande partie écrit pour plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu » ] : nº 9, p. 3-4) ; P. de Margerie : nº 6, p. 201-208 ; P. Gitton : nº 8, p. 256-282 (débat avec le MJCF) ; P. de Saint-Laumer (de Chéméré) : nº 8, p. 283-293 ; P. Meinvielle : nº 26, 176-17 ; P. Basile (du Barroux) : nº 30, p. 202-207 (sur les variations du Barroux, voir aussi nº 34, p. 238-241).
Sur des sujets voisins, on relira avec profit le sermon du cardinal Pie sur l’intolérance doctrinale (nº 21, p. 141-158) et ce que répondait le père Calmel aux objections courantes sur les dangers de la reconnaissance publique de la religion chrétienne (nº 12 bis, p. 259-263).
Nostra ætate
De Nostra ætate, nous avons aussi eu l’occasion de parler.
Les passages essentiels en ont été reproduits dans Le Sel de la terre 44, p. 380-388, mis en parallèle avec des textes du père Emmanuel qui leur répondent presque point par point.
M. l’abbé Gaudron en a aussi analysé les erreurs dans son « Catéchisme de la crise dans l’Église » (Le Sel de la terre 51 p. 28-41), tandis que divers exemples de saints ont manifesté combien ce texte s’opposait à la pratique constante de l’Église (voir en particulier nº 26, p. 170-175 sur saint François d’Assise et nº 42, p. 224-243 sur saint François Xavier) [2].
La traduction de l’article du magazine américain Look a raconté par le détail les origines et les coulisses de la rédaction de ce texte (nº 34, p. 196-220), tandis qu’Olivier Lelibre a montré comment ses promoteurs lancèrent en 1963, pour soutenir leur offensive, la campagne de calomnies contre Pie XII (nº 40, p. 124-146).
L’important article de Mgr Carli (traduit dans le nº 54, p. 42-71) jette un puissant éclairage théologique sur Nostra ætate. On se souvient notamment de l’appréciation générale portée par l’évêque de Segni :
Contrairement à ce que semble promettre son titre, [la déclaration] offre une vision partiale des rapports du christianisme avec les autres religions, en s’attardant sur des éléments communs qui sont secondaires et en omettant au contraire les nombreuses et substantielles différences [3].
Enfin, Michel Laurigan a attiré l’attention sur les projets de certains penseurs juifs (nº 46, p. 54-76) : transformer le christianisme en une branche de la « religion noachide », c’est-à-dire, en définitive, en une sorte de sous-judaïsme pour les goïms ; sans aller jusque-là, Nostra ætate a incontestablement favorisé cette entreprise, qui a, depuis lors, trouvé des partisans au sein même de l’Église (le message de Mgr Doré aux B’nai B’rith publié dans le même numéro 46, le manifeste clairement).
Michel Laurigan revient, dans le présent numéro du Sel de la terre, sur l’engrenage dans lequel Nostra ætate a fait entrer l’Église.
Dei Verbum
Les nouveautés apportées par la constitution Dei Verbum ont été partiellement recensées et analysées par M. l’abbé Christopher Brandler dans les numéros 7, 10 et 12 du Sel de la terre [4].
Le sujet a ensuite été minutieusement creusé au cours des quatre symposiums de théologie tenus à Paris en 2002, 2003, 2004 et 2005. Le père Emmanuel-Marie donne, dans le présent numéro du Sel de la terre, une synthèse de ces analyses critiques.
Gaudium et spes
La constitution pastorale Gaudium et spes (désignée par le cardinal Ratzinger comme un « contre-Syllabus [5] »), n’a jamais fait l’objet d’une étude ex professo dans Le Sel de la terre même si, par la force des choses, plusieurs de ses nuisances ont dû être signalées dans des articles traitant d’autres sujets ; mentionnons en particulier :
— la confusion qu’elle entretient entre l’ordre de la nature et celui de la grâce [6] ;
— la catastrophique « ouverture au monde » dont elle fut comme la charte (notamment par ses appels à collaborer avec les non-chrétiens et même les athées à la construction d’un monde « plus humain » [GS 57]) [7] ;
— son atterrant optimisme devant « le progrès » moderne [8] ;
— son humanisme maçonnisant (« Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point : tout sur la terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet » [GS 12]) [9] .
— sa fameuse phrase (devenue ensuite le leitmotiv de Jean-Paul II) selon laquelle « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme » (GS 22) [10] ;
— sa définition ambiguë de la conscience (GS 16) et l’approbation qu’elle donne à l’objection de conscience (GS 79 § 3) [11] ;
— son refus de condamner clairement le communisme [12].
Le père Marie-Dominique étudie de près, dans le présent numéro, non l’ensemble de la constitution Gaudium et spes, mais le chapitre qu’elle consacre au mariage (GS 47-51).
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Sur tous ces documents conciliaires, on pourra aussi se reporter au Petit florilège du père Calmel dans les « Documents » du présent numéro. Il jette de la lumière sur beaucoup de textes de Vatican II.
[1] — Vatican II n’a proclamé aucun dogme ; l’expression « constitution dogmatique » ne signifie pas que ce texte aurait l’autorité d’un dogme, mais seulement qu’il traite de matières se rapportant au dogme, comme la constitution sur l’Église, Lumen gentium.
[2] — On pourra se reporter, aussi, car le sujet est très voisin, aux articles sur Assise : voir notamment les neuf interventions de Mgr Lefebvre contre Assise (dont les deux dessins envoyés à Jean-Paul II) dans notre nº 30, p. 186-201, ou l’étude des arguments avancés par les « ralliés » pour essayer de justifier Assise (nº 41, p. 1-8 et 42, p. 264 ; voir aussi 46, p. 188-190). — Pour un jugement catholique sur le judaïsme, voir le texte du père Beurier (nº 40, p. 216-228). — Sur la question du « même Dieu que les musulmans » voir nº 9, p. 179-182.
[3] — Mgr Carli dans la Palestra del clero du 15 mars 1966, p. 335-336, n. 2. Cité dans Le Sel de la terre 54, p. 45. L’évêque notait également que, si on voulait la considérer comme exprimant le jugement global de l’Église sur les autres religions (et non comme un document diplomatique recensant uniquement les points de rapprochement), « la déclaration pourrait difficilement échapper aux reproches d’unilatéralité (spécialement dans l’usage des citations scripturaires), d’insuffisance (spécialement dans les exposés théologiques) et de déséquilibre dans la perspective ». (Ibid.)
[4] — Abbé Christopher Brandler, « De Dei Filius (Vatican I) à Dei Verbum (Vatican II) : un progrès ? » – i. Les deux sources de la Révélation (Écriture et Tradition) : Le Sel de la terre 7, p. 12-24 ; – ii. Les deux ordres (naturel et surnaturel) : nº 10, p. 40-55 ; – iii. La foi : sentiment ou assentiment ? : nº 12, p. 46-70.
[5] — Cardinal Joseph Ratzinger, Les Principes de la théologie catholique, Paris, Téqui, 1985, p. 426-427.
[6] — Voir entre autres Le Sel de la terre 10, p. 53-55 ; nº 50, p. 17.
[7] — Voir entre autres Le Sel de la terre 49, p. 40-41.
[8] — Voir Le Sel de la terre 42, p. 170, n. 1 (sur l’exode rural et l’urbanisation moderne).
[9] — Voir entre autres Le Sel de la terre 49, p. 41.
[10] — Voir notamment la recension des études du professeur Dörmann sur la théologie de Jean-Paul II, dans les numéros 5, 16, 33 et 46 du Sel de la terre.
[11] — Le Sel de la terre 50, p. 20.
[12] — Voir notamment Le Sel de la terre 49, p. 32.

