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Quelques faits du début du pontificat

de Benoît XVI

A ROME rien de nouveau : à côté de quelques paroles et gestes favorables à la Tradition (on en trouvait aussi dans les pontificats précédents), d’autres faits viennent contrecarrer le bien qu’on pourrait en attendre. Sans prétendre être exhaustifs, donnons quelques exemples, puisés dans les dernières semaines, pour faire comprendre la situation :

• Le 31 août 2005, le pape a approuvé une instruction de la congrégation pour l’Éducation catholique, qui met en garde contre l’admission au séminaire et aux ordres sacrés de candidats présentant des tendances homosexuelles (ORLF du 6 décembre 2005, p. 8-11). C’est évidemment une bonne chose.

Cependant, dans le même temps (le 29 novembre), le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la congrégation pour l’Éducation catholique, s’exprimant sur les ondes de Radio Vatican déclarait que, « contrairement à ce que l’on affirme parfois, ceci n’implique aucune discrimination envers les personnes homosexuelles ». Il a affirmé que « toute discrimination devait absolument être condamnée ». C’est évidemment moins bon. (Voir DICI nº 126).

On dira que la parole du pape a plus de poids que celle d’un préfet de congrégation. Ce serait vrai si l’Église était dans son état normal. Mais dans l’état de dysfonctionnement actuel, ce n’est pas évident. On verra, concrète-ment et dans les faits, si la parole du pape obtient un effet, ou si ce ne sera, comme bien des paroles de Paul VI et de Jean-Paul II (pensons à tous ses rappels pour le port de l’habit ecclésiastique), qu’un coup d’épée dans l’eau.

• Benoît XVI a pris des mesures contre les franciscains chargés des basili-ques de Saint-François et de Sainte-Marie des Anges, à Assise (ORLF du 22 novembre 2005, p. 1 et 5). C’est une bonne chose, car « au cours des dernières décennies, les religieux d’Assise ont été associés à des causes soutenues par des partis politiques de gauche » nous explique DICI nº 126.

Toutefois, dans le même numéro de l’ORLF, on trouve un message du pape au président de l’Assemblée nationale italienne, daté du 18 octobre, dans lequel il parle de « la visite sans précédent de son bien-aimé prédécesseur au Parlement italien [… qui] put se réaliser à travers l'affirmation d'une vision sereine des relations entre l'Église et l'État, dans la conscience – à laquelle fit référence le souverain pontife dans son allocution – des “impulsions haute¬ment positives” que ces relations ont suscitées, au cours du temps, pour l'Église et la nation italienne ». Le pape fait allusion à la nouvelle doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse, qui a permis cette « vision sereine des rela¬tions entre l’Église et l’État » démocratico-maçonnique moderne. La suite de ce message se situe dans la droite ligne de la nouvelle doctrine issue de Vatican II, qui fait litière de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ en refusant de demander pour l’Église quelque privilège que ce soit et en faisant de la personne humaine le centre et le noyau de la société, à la place de Notre-Seigneur Jésus-Christ .

Lutter contre les prêtres révolutionnaires est une bonne chose, mais cela n’aura pas d’effet vraiment efficace si dans le même temps on promeut la nouvelle doctrine de Vatican II sur les rapports entre l’Église et l’État, doctrine qui favorise la Révolution en détrônant Notre-Seigneur Jésus-Christ.

• Le pape a accordé une indulgence plénière en latin le 8 décembre 2005 (ORLF du 29 novembre 2005, p. 1 et 3).

Mais il a précisé que c’était en l’honneur de l’Immaculée Conception et du quarantième anniversaire de la clôture du Concile .

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Ces quelques points (relativement) positifs ne doivent pas nous cacher d’autres aspects plus inquiétants de ce début de pontificat. Voici quelques exemples (là aussi non exhaustifs) :

• Le pape entend continuer l’œcuménisme et le dialogue interreligieux de son « inoubliable prédécesseur » (ORLF du 3 mai 2005, p. 2). C’est surtout dans le rapprochement envers le judaïsme talmudique que son activité est la plus intense, comme le témoigne l’article de Michel Laurigan dans ce numéro du Sel de la terre, mais il n’oublie pas les autres confessions.

– Le lendemain de la messe d’inauguration de son pontificat, le 25 avril 2005, le nouveau pape recevait des « délégués des autres Églises et commu-nautés ecclésiales et des autres traditions religieuses ». Il a répété les erreurs de Vatican II et de Jean-Paul II (la prière du Christ pour l’unité de l’Église, ut unum sint, n’a pas encore obtenu son effet ; les chrétiens de diverses confes-sions ont déjà entre eux une communion imparfaite ; ils annoncent tous le message du Christ), ainsi que son « engagement irréversible » dans cette direction :

En vous saluant, je voudrais rendre grâce au Seigneur qui nous a bénis par sa miséricorde et qui a fait naître en nous une disposition sincère à faire nôtre sa prière : ut unum sint. Il nous a ainsi rendu toujours plus conscients de l’importance de marcher vers la pleine communion. Nous pouvons échanger les dons reçus par l'Esprit avec une amitié fraternelle et nous nous sentons incités à nous soutenir mutuellement, car nous annonçons le Christ et son message au monde, qui aujourd'hui apparaît souvent troublé et inquiet, inconscient et indif¬férent. […] Sur les traces de mes prédécesseurs, en particulier Paul VI et Jean Paul II, je ressens fortement le besoin d'affirmer de nouveau l'engagement irréversible, pris par le Concile Vatican II et poursuivi au cours des dernières années grâce aussi à l'action du conseil pontifical pour la Promotion de l'unité des chrétiens. Le chemin vers la pleine communion voulue par Jésus pour ses disciples comporte dans une docilité concrète à ce que l'Esprit dit aux Églises, courage, douceur, fermeté et espérance de parvenir au but. […] Votre présence, chers frères dans le Christ, au delà de ce qui nous divise et qui jette des ombres sur notre communion pleine et visible, est un signe de partage et de soutien pour l’Évêque de Rome […] .

Cette dernière phrase est bien étonnante : existerait-il une communion pleine et visible entre tous les « frères dans le Christ », que nous ne verrions pas bien à cause d’ombres provenant de ce qui nous divise ?

– Dans l’éditorial de ce numéro du Sel de la terre, on trouvera un passage de l’allocution faite par le pape à Cologne, le 20 août 2005, où il affirme que l’œcuménisme qu’il entend promouvoir n’est pas un « œcuménisme de retour » à l’Église catholique.

Dans la même occasion, il employait la formule très « kaspérienne » : « Unité dans la multiplicité et multiplicité dans l’unité » .

– Le 7 novembre, le pape a reçu en audience au Vatican une délégation de la Fédération luthérienne mondiale, y compris son président « l’évêque » Mark Hanson. Le pape a mentionné les étapes des riches relations entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne, en particulier la déclaration commune sur la Doctrine de la justification (31 octobre 1999, Augsbourg), dans laquelle le pape voit une « pierre miliaire » sur le chemin de « l’unité visible » des chrétiens, en dépit des « difficultés » qui demeurent. (Zénit, 7 novembre 2005.). Or cette déclaration a été analysée par Mgr Fellay comme un événement aussi grave que la réunion d’Assise en 1986 (voir Le Sel de la terre 39, p. 39 et sq.).

• Une autre source d’inquiétude provient de jugements favorables portés sur le nouveau pontife par des ennemis déclarés de l’Église et de sa Tradition. On trouvera des exemples dans l’article de Michel Laurigan et dans le texte de Jacqueline Cuche qui se trouve parmi les « documents » de ce numéro. En voici quelques autres :

– Hans Küng est un « théologien » suisse ultra-progressiste, au point que le pape Jean-Paul II le fit mettre à l’écart, refusant pendant 25 ans de le recevoir (Küng avait notamment vivement critiqué la papauté et son infaillibilité, accusant en 1998 les évêques allemands « d’obéissance servile » à l’égard de ce qu’il appelait le « Kremlin romain »). Le nouveau pape, lui, a tout de suite répondu favorablement à une demande de rencontre, et lui a accordé, le 24 septembre, quatre heures de discussion (à mettre en comparaison avec les 35 minutes accordées à Mgr Fellay), plus un repas en commun, le tout assorti d’un communiqué rédigé par les deux parties (une nouveauté). Hans Küng, qui est aussi un grand promoteur de l’éthique planétaire à saveur maçonnique , ne cachait pas sa satisfaction à l’issue de la discussion. Il a « exprimé son approbation concernant les efforts du pape en faveur du dialogue des religions, et aussi autour de la rencontre avec les différents groupes sociaux du monde moderne », selon le communiqué officiel de la rencontre. (Voir DICI nº 121 et 122, L’Illustré du 19 octobre 2005, p. 44.)

– Le théologien de la libération Leonardo Boff s’est exprimé positivement sur les premiers mois du pape Benoît XVI, dans un entretien accordé au jour¬nal El Correo de Bilbao et Vitoria, début novembre. Le théologien progressiste estime que les premières déclarations de Benoît XVI « vont dans la bonne direction ». Au lendemain de l’élection du cardinal Ratzinger, en avril dernier, il déclarait pourtant à la presse brésilienne qu’il serait « difficile d’aimer le nouveau pape ». Il estimait alors que si l’Église ne s’ouvrait pas au dialogue avec la science, les autres religions et les autres Églises, elle allait s’isoler, conduisant beaucoup de chrétiens à la quitter. Après sept mois, Leonardo Boff constate avec satisfaction que le nouveau pape défend le concile Vatican II et déclare : « J’espère beaucoup de ce pape. » Il dit sa satisfaction de voir que Benoît XVI a « réassumé » le concile Vatican II car il n’était pas sûr qu’il le ferait. Sa seconde satisfaction est de constater la décentralisation de l’institution, avec la revalorisation des Églises locales, « quelque chose de très important parce qu’avec Jean-Paul II, on a assisté à une centralisation extraor¬dinaire, comme s’il était lui-même le seul évêque ». Le troisième motif de satis¬faction du théologien progressiste est d’assister au renforcement du dialogue interreligieux dans la perspective de la paix. « C’est une bonne base pour commencer. J’espère beaucoup du pape, qui est un théologien intelligent », poursuit-il. (Voir DICI nº 124.)

Ces deux réactions de théologiens progressistes doivent être appréciées à la lumière de ce jugement de Don Sardá y Salvany :

[Examinez] le genre de personnes qui louent l’œuvre en question. […] Il y a dans le monde actuel, au su de tous, deux courants parfaitement distincts. Le courant catholique et le courant maçonnique ou libéral. […] Annonce-t-on un livre ? Publie-t-on les bases d’un projet ? Voyez si le courant libéral les approuve, les recommande et les prend à son compte. Si oui, le livre et le projet sont jugés : ils lui appartiennent. Car il est évident que le libéralisme, ou le diable son inspirateur, distinguent sur-le-champ ce qui leur est dommageable ou leur est utile, et qu’ils ne sont pas si sots que d’aider à ce qui leur est opposé ou de s’opposer à ce qui favorise leurs desseins. Les partis et les sectes ont un instinct, une intuition particulière (olfactus mentis), selon l’expression d’un philosophe, qui leur révèle a priori ce qui leur est bon et ce qui leur est hostile .

• Un autre motif d’inquiétude provient des personnages que le nouveau pape nous donne comme modèle. Car s’il nous les propose à notre imitation, on peut s’attendre à ce qu’il cherche lui-même à s’en inspirer.

– Ce n’est pas un mystère qu’il éprouve de l’admiration, un culte pourrait-on dire, envers son prédécesseur. Il a ouvert le procès en béatification de Jean-Paul II quarante-deux jours après sa mort, alors que le Droit canon (conci¬liaire) prévoit un délai de cinq ans .

Dans un entretien à la télévision polonaise, Benoît XVI a déclaré :

[Les documents laissés par Jean-Paul II] représentent un patrimoine richis¬sime qui n’est pas encore suffisamment assimilé dans l’Église. Je pense que j’ai pour mission essentielle et personnelle de ne pas promulguer de nombreux nouveaux documents mais de faire en sorte que ces documents soient assimilés, car ils constituent un trésor très riche, ils sont l’authentique interprétation de Vatican II. Nous savons que le pape était l’homme du Concile, qu’il avait assi¬milé intérieurement l’esprit et le lettre du Concile et, par ces textes, il nous fait vraiment comprendre ce que voulait et ce que ne voulait pas le Concile. Il nous aide à être véritablement Église de notre temps et des temps futurs. […] Le pape est toujours à mes côtés par ses textes : je l’entends et le vois parler, et je peux rester en dialogue continu avec le Saint-Père, parce qu’il me parle toujours avec ces mots ; je connais également l’origine de beaucoup de textes, et je me souviens des dialogues que nous avons eu sur l’un ou l’autre d’entre eux. Je peux poursuivre le dialogue avec le Saint-Père .

Rappelons-nous que le cardinal Ratzinger a été pendant plus de vingt ans le bras droit de Jean-Paul II, et même pendant les dernières années de ce pape, on peut penser que le cardinal assuma pratiquement l’orientation doctrinale de Rome. Il est donc tout naturel qu’il veuille continuer dans la même direc¬tion.

– Par ailleurs, il n’a pas manqué de nous recommander le « bienheureux » Jean XXIII comme modèle à imiter :

Benoît XVI a également proposé en modèle aux fidèles, lors de l’audience du mercredi 12 octobre, le « bienheureux » pape Jean XXIII. Il disait : « Je vous souhaite à tous d’imiter l’exemple du bienheureux Jean XXIII, dont nous avons célébré hier la mémoire : efforcez-vous, comme lui de vivre votre vocation chré¬tienne de façon authentique ». (Zénit, 12 octobre 2005.)

[suite p. 304]

Quelques illustrations du dialogue interreligieux des deux derniers papes avec les musulmans et les juifs

– Enfin, notons que le nouveau pape a béni, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, une statue en marbre de Carrare de « saint » Josemaria Escriva de Balaguer mesurant plus de 5 mètres de hauteur et pesant 32 tonnes, le 14 septembre .

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Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 297-304

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