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Quelques raisons

de ne pas béatifier Jean-Paul II

 

 

 

par l’abbé Hervé Gresland

 

 

 

Nous remercions M. l'abbé Gresland d’avoir bien voulu nous confier ces quelques réflexions qui complètent le « Bilan d’un pontifi­cat » paru dans Nouvelles de chrétienté [1]. Les erreurs de Jean-Paul II, notamment dans le domaine doctrinal, rendent à l’évidence impos­sible une béatification par l'Église catholique.

Le Sel de la terre.

 

*

 

Un homme de Vatican II, en rupture avec le passé

 

JEAN-PAUL II est un homme du concile Vatican II, où il a été actif en par­ticulier pour la rédaction de la constitution Gaudium et spes (encore nommée L’Église dans le monde de ce temps). Il a été élu pour appliquer et mettre en œuvre le Concile, tout comme son successeur, puisque Vatican II est la référence absolue et intouchable de cette Église conciliaire. Son nouveau Code de droit canon (1983) comme son nouveau Catéchisme de l’Église catholique (1993) ont eu pour but déclaré de faire passer encore davantage Vatican II dans la pratique de l’Église.

La vérité, pour Jean-Paul II, c’est Vatican II. Une rupture se dessine, un voile s’étend sur l’enseignement des papes antérieurs, comme si l’Église, après vingt siècles de balbutiements, était née soudain en 1962. Jean-Paul II ignore les papes des derniers siècles. S’il lui arrive de les citer parfois, c’est en passant, presque par accident : il ne se réfère pas à eux comme à des maîtres chargés de trans­mettre fidèlement le dépôt révélé. Les notes et références de tous ses documents montrent la prépondérance écrasante du magistère conciliaire et postconciliaire sur l’enseignement traditionnel de l’Église, ce qui indique que nous sommes entrés dans une nouvelle ère.

 

Une étrange théologie

 

La clef de la pensée de Jean-Paul II est ce principe de Vatican II [2] auquel il se réfère dès sa première encyclique [3] : « Parce qu’en lui [le Christ] la nature hu­maine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sublime. En effet, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme », et « pour toujours » ajoute Jean-Paul II.

 

Le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient [4].

 

En toute logique, le rôle de l’Église ne sera donc pas d’unir les hommes à Jésus-Christ (ils le sont déjà) mais de leur faire prendre conscience de cette union. D’où le dialogue avec tous les hommes (il ne s’agit pas de leur apporter des véri­tés de l’extérieur, mais de les aider à mieux vivre ce dont ils sont déjà porteurs) et l’insistance sur la dignité de l’homme.

 

Le culte de l’homme

 

L’Évangile prêché par Jean-Paul II est celui de l’admiration de l’homme par lui-même. On en arrive à des discours de saveur maçonnique comme celui pro­noncé au siège de l’UNESCO en 1980 :

 

Il faut considérer, jusqu’en ses dernières conséquences et intégralement, l’homme comme une valeur particulière et autonome, comme le sujet porteur de la transcendance de la personne. Il faut affirmer l’homme pour lui-même, et non pour quelque autre motif : uniquement pour lui-même [5]  !

 

Tout l’Évangile, toute la Tradition de l’Église nous disent : non ! Il faut consi­dérer l’homme, non pas en lui-même, pauvre créature, mais avant tout pour Dieu, parce que créé par lui et racheté par lui. L’homme n’est pas autonome, il ne se régit pas par ses propres lois, mais par celles que Dieu lui a données et auxquelles il est tenu de se soumettre. Dieu seul est transcendant. Et la faute originelle fut justement le désir d’être transcendant, c’est-à-dire « comme Dieu ». Affirmer l’homme uniquement pour lui-même, c’est le déifier.

 

L’acceptation de toutes les religions

 

Cette confusion de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel produit un cortège de conséquences qui bouleversent la doctrine catholique, et notamment celle-ci :

Toutes les religions introduisent les hommes dans la voie du salut, puisque l’Esprit-Saint agit en toutes, et il importe de considérer les richesses spirituelles de chacune.

Dans des messages aux peuples d’Asie, Jean-Paul II insiste lourdement sur la valeur spirituelle de ces religions païennes qui sont panthéistes et purement na­turalistes. Il laisse ainsi croire que Dieu peut être honoré également dans l’er­reur et la superstition, et qu’il peut y avoir un salut sans la foi au Christ et hors de son Église.

On en arrive à des propositions inouïes :

 

La fermeté de la croyance des membres des religions non chrétiennes est un effet elle aussi de l’Esprit de Vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique [6]

 

Le pape attribue à l’Esprit de Vérité la fermeté de la croyance à l’erreur !

 

Les gestes œcuméniques

 

 Jean-Paul II a manifesté son œcuménisme effréné en des actes spectaculaires qui ont marqué le monde bien plus que ses écrits. Dans cette avalanche de gestes œcuméniques, signalons les principaux :

— Les reliques données aux schismatiques. Jusqu’en 2004, on pouvait véné­rer les corps de saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome à Saint-Pierre de Rome ; désormais, pour le faire, il faudra aller dans des églises ortho­doxes à Istanbul. Ce n’est qu’un exemple.

— La réhabilitation d’hérésiarques comme Luther. Lors de son voyage en Allemagne en 1980, il a déclaré : » Aujourd’hui je viens à vous vers l’héritage spirituel de Martin Luther, je viens comme un pèlerin [7]. »

— Les visites à la cathédrale anglicane de Canterbury (1982) pour une ré­union de prière ; au temple luthérien de Rome (1983) ; au Conseil Œcuménique des Églises à Genève (1984).

— Les visites à Taizé : il s’y est rendu deux fois en tant qu’archevêque de Cracovie et cardinal, et une fois en tant que pape (en 1986). Il déclara : « On passe à Taizé comme on passe près d’une source. »

Ces gestes ne peuvent que susciter, chez la grande masse des catholiques, le sentiment que leur foi n’est pas la seule vraie. Ils ont fait tomber des millions de catholiques dans l’indifférentisme ou le relativisme religieux. L’œcuménisme dévastateur a eu un rôle central dans « l’apostasie silencieuse » que plus per­sonne ne peut cacher aujourd’hui.

 

Le scandale d’Assise

 

La grande réunion interreligieuse d’Assise, en 1986, – le modèle du genre – fut voulue personnellement par Jean-Paul II lui-même, contre l’avis de certains cardinaux.

Lors de cette réunion, divers sanctuaires d’Assise furent attribués aux di­verses religions, mais tous les chrétiens furent regroupés à Saint-Rufin, si bien qu’il n’y a pas eu une seule prière spécifiquement catholique de la journée, au­cune messe célébrée. Et c’est ainsi que le pape espérait obtenir de Dieu la paix pour le monde ! «  Construisez la paix en commençant par le fondement : le respect de tous les droits de l’homme [8] », proclamait-il ; mais le seul vrai fon­dement, c’est le Christ.

Cette journée fut suivie de beaucoup d’autres à Kyoto, Rome, Malte, Bruxelles, Milan, Assise, etc. A la deuxième réunion d’Assise, Jean-Paul II dé­clara : « Il faut en finir avec les blessures créées par l’intolérance religieuse entre tous les croyants du Dieu unique, qui ont ensanglanté l’Europe [9]. » Autrement dit : chers musulmans, bienvenue en Europe, les chrétiens seront désormais to­lérants envers vous.

Jean-Paul II insistera très souvent sur l’« esprit d’Assise » :

 

L’événement d’Assise peut être considéré comme une illustration visible, une leçon de choses, une catéchèse intelligible à tous de ce que présuppose et signifie l’engagement œcuménique et l’engagement pour le dialogue interreligieux re­commandé et promu par le concile Vatican II [10].

 

La journée d’Assise a été la mise en pratique de « cette conviction qui est la nôtre, inculquée par le Concile, sur l’unité de principe et de fin de la famille humaine et sur le sens et la valeur des religions non chrétiennes [11] ».

 

Autres gestes interreligieux

 

— Jean-Paul II a fait la première visite d’un pape à une synagogue – en 1986 à Rome – et à une mosquée – en 2001 à Damas –, mais ce n’était pas pour y confesser Jésus-Christ.

— Le 14 mai 1999, il embrasse le Coran.

— Le 24 mars 2000, il glisse dans une fente du mur des Lamentations à Jérusalem le texte de la cérémonie de Rome du 12 mars exprimant la repentance catholique à l’égard du peuple juif. Ce geste a marqué profondément le monde.

— Le pape a participé à un culte païen dans un bois sacré (au Togo en 1985), rencontré des sorciers du vaudou (au Bénin en 1993) [12]. Il a rendu hommage aux cultes anciens des Indiens d’Amérique, dont la sauvagerie n’est pas à rappeler.

Tous ces gestes ont un sens proprement religieux, et resteront dans l’histoire de l’Église comme des scandales sans précédents.

 

L’inculturation

 

Jean-Paul II s’est aussi signalé dans le domaine de l’inculturation. Il y a in­sisté lors du synode sur l’Afrique, et l’a mise en pratique à de nombreuses re­prises dans les cérémonies liturgiques lors de ses voyages en Amérique du Nord, Afrique, Asie et Océanie ; il y a accepté des pratiques païennes qu’il était parfaitement en son pouvoir de refuser.

 

La repentance

 

Jean-Paul II n’aura eu de cesse, en particulier à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000, d’inviter l’Église à faire son examen de conscience, et à demander pardon en son nom aux communautés qui ont pu souffrir de son attitude dans le passé. Ces repentances multipliées, quoique certains s’efforcent de dire, et comme le bon sens permettait de le prévoir, ont été comprises par le monde en­tier – catholiques ou ennemis de l’Église – comme la reconnaissance par l’Église d’erreurs graves qu’elle aurait commises. La sainteté de l’Église en a été grave­ment atteinte.

 

Autres étrangetés doctrinales

 

Combien de discours des audiences générales du mercredi sont pour le moins étranges ! Dans le discours de l’audience générale du 11 janvier 1989 consacré à l’article du Symbole « Il est descendu aux enfers », Jean-Paul II af­firme (à trois reprises) que l’âme du Christ a reçu la vision béatifique au mo­ment de sa mort ; que « son corps gisait dans le sépulcre à l’état de cadavre » ; que la descente aux enfers dont parle saint Pierre (1 Pe 3, 19) est « une représen­tation métaphorique » qui signifie en réalité « l’extension de l’œuvre rédemp­trice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux ». Cela fait beau­coup pour un seul discours !

Même si ce discours n’était pas de lui – ce qui est vraisemblable –, le pape au­rait pu, aurait dû s’arrêter en cours de lecture en se rendant compte de ces énormités. Mais non, ces énormités ne le faisaient pas sursauter. Et le discours a été publié tel quel.

 

Une morale décentrée

 

On présente Jean-Paul II comme un défenseur intrépide de la morale tradi­tionnelle et l’auteur d’une reprise en main doctrinale de l’Église. Il est vrai que ce pape a été relativement conservateur dans le domaine de la morale et de cer­taines valeurs naturelles (mais la destruction de la notion d’Église est beaucoup plus grave). Il a rappelé des vérités très opportunes, mais les a fait reposer sur un fondement fragile et insuffisant. Au monde moderne fondé sur la volonté de l’homme, il est nécessaire de répéter à temps et à contretemps que la morale ne repose pas sur une « dignité humaine » ou des « droits de l’homme » à géomé­trie variable que chacun interprète à sa guise, mais sur la loi de Dieu, sur la vo­lonté immuable de Dieu, sur laquelle les hommes n’ont aucune prise, mais qu’ils doivent seulement adorer et respecter.

 

Un catholicisme superficiel

 

Pour un monde qui veut une actualité permanente, Jean-Paul II a multiplié les voyages, les années particulières (de la Rédemption, du Rosaire, de l’Eucha­ristie…). Il a donné de l’Église une image médiatique, pour plaire aux médias ou à la jeunesse, ce qui a eu pour conséquence l’abaissement de la fonction pa­pale. Il a préféré les voyages au gouvernement à Rome, laissant souvent ce dernier aux cardinaux de la Curie.

Nous avons vu un catholicisme de manifestations, mais les catholiques sont-ils soumis à la Révélation et à la loi du Christ ? Un grand nombre de catholiques – il faudrait peut-être dire la plupart – sont déshabitués de l’amour de la vérité. Ils ont une mentalité subjectiviste, et se fabriquent plus ou moins leur propre Credo et leur propre religion. Ces rassemblements favorisent une Église « à la carte ».

Prenons l’exemple des Journées mondiales de la jeunesse : au cours de huit JMJ, Jean-Paul II a su mobiliser des foules de jeunes, ces jeunes qui sont l’avenir de l’Église. Mais sur quoi ces grands rassemblements ont-ils réellement débouché ? Quels en sont les fruits à long terme ? Dans quelle mesure les jeunes venus aux JMJ adhèrent-ils aux vérités de foi et suivent-ils l’enseignement moral de l’Église ?

 

Une inflation qui déconsidère le magistère

 

Le règne de Jean-Paul II a été marqué par l’inflation dans de nombreux do­maines, on l’a appelé le pontificat de tous les records : records des voyages, des distances parcourues, des audiences accordées, des béatifications et canonisa­tions (il a canonisé plus de saints que tous ses prédécesseurs réunis, d’où une dévaluation certaine de la mise sur les autels, sans parler des béatifications contestables). Record aussi du nombre de textes publiés et de leur longueur. Or un tel délayage déconsidère le magistère : qui lit réellement ces textes ? D’autant que cette masse énorme de documents pontificaux est profondément mêlée de vrai et de faux.

 

Un gouvernement libéral (sauf envers les antilibéraux)

 

Il suffit, pour apprécier la façon dont Jean-Paul II a gouverné l’Église, de mettre en parallèle l’excommunication de la Tradition par le motu proprio Ecclesia Dei adflicta en 1988, et la reconnaissance du Mouvement néo-catéchu­ménal, les applaudissements aux Focolari, aux mouvements charismatiques, à la communauté Sant’Egidio, etc. Plus grave encore, la tolérance pour les posi­tions scandaleuses prises publiquement par bien des évêques et même des car­dinaux sur des questions de foi (par exemple le cardinal Kasper) ou de disci­pline et de morale (les divorcés remariés, la contraception, l’homosexualité,…). Mais les seuls évêques excommuniés ont été ceux de la Tradition.

 

Les fruits concrets : l’apostasie

 

On juge l’arbre à ses fruits. Nous avons entendu vanter la « fécondité » du pontificat de Jean-Paul II et le « dynamisme » qu’il a su insuffler à l’Église. Ceux qui écrivent cela rêvent tout éveillés ! En revenant à la réalité, nous constatons l’état dramatique de l’Église : elle n’a cessé de voir son influence reculer, surtout dans le monde occidental. Les voyages du pape ou les JMJ ont été largement un trompe-l’œil du déclin de l’Église qui s’est accentué sous son pontificat, en don­nant une fausse image de santé et de puissance. Tous les sondages montrent la diminution de la foi. On assiste dans la majorité des pays occidentaux à l’effa­cement constant du catholicisme visible. Ce constat est malheureusement irré-futable. La pratique religieuse baisse partout. Le pourcentage d’enfants baptisés en France diminue d’1 % par an ; depuis l’an 2000, moins d’un enfant sur deux est baptisé. En Hollande, c’est une descente vertigineuse de la catholicité : des centaines d’églises sont fermées au culte. En Amérique latine, des millions de catholiques ont quitté l’Église pour les sectes évangélistes.

Voilà l’état de décadence générale dans lequel Jean-Paul II laisse l’Église. Certes, il n’est pas le seul responsable de cette faillite. Mais nul n’avait, dans l’Église, des moyens d’action plus importants que lui. Et il a bénéficié d’un pon­tificat exceptionnellement long, le troisième en longueur de l’histoire de l’Église : cela lui laissait du temps pour agir.

On se plaît à souligner l’influence considérable que Jean-Paul II a eue dans certains pays sur les questions politiques ; et il n’aurait pu en avoir une dans l’Église ? Presque tous les cardinaux et évêques actuellement en poste ont été nommés par lui. Son gouvernement a eu pour effet principal, sinon pour but, d’enraciner davantage dans l’Église les errements issus du concile Vatican II. Il a repris, avalisé, confirmé toutes ces erreurs, et leur a permis de développer tout leur pouvoir de nuisance.

 

Les fruits concrets (suite) : la division

 

Il faut enfin relever que l’unité de l’Église est en bien des pays une unité fac­tice, de façade. L’autorité est paralysée par la crainte d’un schisme des moder­nistes, ou de l’opposition des conférences épiscopales. Elle se contente de gérer et tenter de fédérer la diversité de foi : c’est le « consensus différencié », même au sein de l’Église. Comment concilier les béatifications – qui plus est simulta­nées – de Pie IX, qui a condamné les erreurs modernes, et de Jean XXIII, le pape de l’ouverture à ce même monde moderne ? Il eût beaucoup mieux valu pro­clamer que telle ou telle personne, tel ou tel courant d’idées n’est pas catho­lique.

 

Les applaudissements du monde

 

Jésus avait promis à ses disciples la haine du monde : « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom » (Mt 10, 22). « Si vous étiez du monde, le monde ai­merait ce qui est à lui. Mais parce que vous n’êtes pas du monde et que je vous ai choisis et retirés du monde, à cause de cela le monde vous hait » (Jn 15, 19). C’est même l’objet de la huitième béatitude. Et saint Paul déclare : « Si j’en étais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas le serviteur du Christ. » (Ga 1, 10).

Jean-Paul II, lui, cherchait l’entente, la paix avec tous. C’est pourquoi il rece­vait cordialement tout le monde au Vatican : les B’nai B’rith, les membres de la Trilatérale, etc. Peut-être pour ne déplaire à personne, il a donné bien des fois, et publiquement, la communion (dans la main) à des personnes notoirement indignes, pécheurs publics, etc. Par exemple, peu après l’encyclique Ecclesia de Eucharistia (2003) qui rappelle les règles de l’Église à ce sujet, il a donné la com­munion au Premier ministre britannique Tony Blair, partisan résolu de l’avor­tement et qui de surcroît n’est même pas catholique.

Combien de fois le pape s’est-il mis au même niveau que des hérétiques, ou des infidèles ! « C’est invraisemblable. C’est la trahison, et il sera certainement condamné un jour par l’Église, comme le fut le pape Honorius », disait le supé­rieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, M. l’abbé Schmidberger [13].

 

L’apôtre de la démocratie

 

On attribue à Jean-Paul II un grand rôle dans la chute du communisme (du moins sous la forme que le XXe siècle a connue) en Europe de l’Est ; mais cette chute était voulue et programmée par les clans mondialistes : Jean-Paul II a été plutôt un des facteurs déclenchants.

De fait, la Russie ne s’est pas convertie. Jean-Paul II a échoué dans sa grande ambition de réconcilier « les deux poumons de l’Europe », comme il appelait le catholicisme et l’orthodoxie. Cela a été pour lui une très vive désillusion : les or­thodoxes russes l’ont empêché de réaliser l’un de ses rêves les plus chers, qui était de se rendre un jour à Moscou.

En réalité, Jean-Paul II ne fut pas un défenseur de la Chrétienté face au com­munisme (il disait d’ailleurs qu’« il y a des semences de vérité dans le marxisme [14]  »), mais le promoteur et l’apôtre de la liberté et des Droits de l’homme. Il a poussé de toutes ses forces pour la chute des régimes non démo­cratiques (Afrique du Sud, Haïti, Paraguay, Philippines…). Loin de lutter pour la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il s’est fait le serviteur de l’idéologie actuellement dominante : l’idéologie libérale et mondialiste des Droits de l’homme.

 

Conclusion

 

Au terme de ce survol rapide, nous pensons à ce qu’écrivait Mgr Lefebvre dans la postface du livre Pierre, m’aimes-tu ? : « Ces pages qui précèdent et pré­sentent le vrai visage de Jean-Paul II sont terrifiantes et remplissent l’âme catho­lique d’épouvante et de tristesse [15]. » Et on se souvient des dessins qu’il fit faire en 1986 après la réunion d’Assise.

 

Quand on a passé sa vie à proclamer la grandeur et la dignité de l’homme et qu’on se retrouve devant Dieu, on doit se sentir bien petit, et le choc doit être rude !

 

*

  


[1] — Nouvelles de chrétienté 92 de mars-avril 2005, p. 14-18. (DICI-Presse – Étoile du Matin, 57230 Eguelshardt.)

[2] — Gaudium et spes, n° 22.

[3] — Encyclique Redemptor hominis du 4 mars 1979, n° 8 et 13.

[4] — Redemptor hominis, n° 14.

[5] — Jean-Paul II à Paris, le 2 juin 1980.

[6] — Redemptor hominis, n° 6.

[7] — Discours au Conseil de l’Église évangélique, à Mayence le 17 novembre 1980.

[8] — Discours à l’UNESCO, le 2 juin 1980.

[9] — Discours du pape à la réunion interreligieuse – chrétiens, juifs et musulmans – d’Assise, en janvier 1993.

[10] — Jean-Paul II, discours aux cardinaux du 22 décembre 1986.

[11] — Ibid.

[12] — Nous renvoyons à notre article sur la responsabilité de l’œcuménisme dans l’apostasie actuelle, Nouvelles de chrétienté n° 89 de septembre-octobre 2004.

[13] — Entretien avec Fideliter, mars-avril 1992.

[14] — Interview dans Libération du 2 novembre 1993, publiée dans l’Osservatore Romano du 5 novembre.

[15] — Abbé Daniel Le Roux : Pierre, m’aimes-tu ?, Fideliter, 1988.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Hervé Gresland a exercé son ministère en France et en Suisse.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 252-260

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