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+ Le mystère des origines de l’islam enfin éclairci ?

 

La thèse d’Édouard-Marie Gallez,

Le messie et son prophète. Aux origines de l'islam

 

 


Où en est la recherche historique sur cette religion en pleine expansion dont les fidèles ont largement dépassé le milliard et qui attire de plus en plus les intellectuels ? Comme dans de nombreuses questions « sensibles », il y a une « histoire partiale » et une « histoire vraie », pour reprendre l’ex­pression de Jean Guiraud [1] dans ses études sur la légende noire anticatho­lique.

Officiellement – alors que le plus strict rationalisme est de rigueur lors­qu’il s’agit du christianisme –, les « spécialistes » feignent de croire aux révélations que Mahomet [2] aurait re­çues de l’ange Gabriel sur le mont Hira, à son voyage nocturne sur Burak, sa jument à tête de femme, et à d’autres éléments fort peu scienti­fiques de sa légende. Chaque année, des thèses universitaires avalisent les récits merveilleux de la sira [3], à grand renfort de citations et de notes éru­dites. Nous ne nous étendrons pas sur les raisons du véritable terrorisme in­tellectuel qui a imposé cette version officielle, encore en vigueur, au moins en France, jusque dans les débuts du XXIe siècle.

Avec la récente parution de la thèse d’Édouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète. Aux origines de l'islam (deux tomes, Éd. de Paris, 2005), nous passons véritablement de la légende à l’histoire. Par sa critique impitoyable des sources, l’auteur écarte systémati­quement toutes les inventions orien­tales et toutes les forgeries des pré­tendus historiens. Il se fonde, pour en faire une grande synthèse, sur les tra­vaux du petit nombre de chercheurs honnêtes qui, surtout depuis une tren­taine  d’années, ont osé, dans des études partielles, s’écarter de la ver­sion admise par les islamologues pa­tentés.

Voyons d’abord, avant de présenter les travaux d’É.-M. Gallez, quels sont ces savants qui ont étudié de façon scientifique la question de l’apparition au Proche-Orient d’une nouvelle reli­gion dans la première moitié du VIIe siècle.

 

Les chercheurs

 

Déjà, dans les années 1950, le do­minicain Gabriel Théry (1891-1959), écrivant sous le pseudonyme de Hanna Zakarias [4], avait imaginé une hypothèse [5] capable de rendre compte, principalement à partir d’une analyse du texte officiel du Coran [6], des incohérences et des absurdités qui s’y trouvent. Pour lui, l’islam est une « entreprise juive » mise en œuvre par le rabbin de la Mecque, qui aurait converti au judaïsme un jeune arabe nommé Mohammed. Ayant traduit en langue arabe un résumé du Pentateuque (aujourd’hui perdu, mais dont on retrouve des fragments dans le Coran actuel), ce rabbin aurait tenté d’utiliser cet Arabe pour entraîner son peuple dans l’entreprise messianique de reconquête de la Terre promise… pour le compte des Juifs. Possédant maintenant un livre sacré capable de faire pièce à l’ancien et au nouveau Testament, les Arabes auraient repris ce projet à leur compte. Cette hypo­thèse, qui ne tenait déjà pas compte de certaines études partielles publiées antérieurement sur le sujet, est au­jourd’hui abandonnée à la suite des travaux des chercheurs que nous al­lons mentionner. Il n’en reste pas moins que nous pouvons saluer le courage de ce savant, qui a contribué à faire sauter la chape de plomb qui étouffait alors la recherche en matière d’islam.

 

Tout va changer avec la publication en 1977 de la thèse du professeur (à Cambridge, puis à Princeton) Patricia Crone [7] qui, faisant la synthèse des travaux antérieurs et des découvertes récentes, en particulier en matière d’archéologie, donne enfin une expli­cation plausible des événements qui se déroulèrent au Proche-Orient à partir de 614 (prise de Jérusalem par les Perses). Ce grand savant a défini­tivement établi :

— que l’islam n’est pas né dans le Hedjaz (nord-ouest de la péninsule arabique), mais en Syrie ;

— que le Coran ne peut pas être considéré comme un document histo­rique authentique du VIIe siècle ;

— que le Mahomet historique n’a rien à voir avec le personnage dépeint par la sira ;

— que le mécanisme de la tradition islamique empêche de considérer les textes qui en sont issus comme des documents exploitables par les histo­riens.

Ces études du professeur Patricia Crone ont inauguré les pistes les plus intéressantes de la recherche actuelle.

 

D’autres érudits ont continué sur cette lancée :

 

— Le P. Antoine Moussali (1921-2003), par sa connaissance de l’arabe et de la psalmodie, a rétabli le texte de certains versets du Coran et identifié des ajouts postérieurs dans certaines sourates importantes, permettant de nouvelles interprétations. Ce travail, qui semble  indispensable avant toute traduction définitive, n’avait jamais été même commencé par la pléiade de spécialistes qui, depuis le XIXe siècle, se penchent sur cet écrit, et qui fai­saient confiance au texte officiel du Coran établi par les docteurs de la foi. Le P. Moussali [8] a dégagé des indices très clairs  qui montrent que le « Coran » dont parle (65 fois) l'actuel livre sacré des musulmans était un lectionnaire, traduit de l'araméen en arabe dans les années 610–630. Ce lec­tionnaire était en usage dans une secte dont nous parlerons plus loin, les ju­déo-nazaréens. A ce « Coran » primi­tif, les premiers califes ont ajouté un texte fait d'une compilation d’écrits en arabe, qui, remaniée peu à peu, devint notre actuel Coran au cours du VIIIe siècle.

 

— D’autres chercheurs se sont atta­chés à des aspects partiels de la ques­tion et à l’établissement de certains points d’histoire. Parmi eux, citons Ray A. Pritz pour son étude sur la secte des judéo-nazaréens – même si l’affirmation de leur disparition au IVe siècle est aujourd’hui contestée – [9] et Alfred-Louis de Prémare pour sa publication de la liste des documents nouveaux découverts et étudiés de­puis une trentaine d’années, avec de très intéressantes monographies sur les différents auteurs et chroniques [10], ainsi que son étude sur l’élaboration du corpus coranique aux VIIe et VIIIe siècles [11]. Travail indispensable, même si on peut regretter qu’il ait montré trop de timidité à en tirer les conclu­sions qui pourraient sembler logiques et fait dans ses commentaires sur Mahomet quelques erreurs pour sacri-fier à la vérité officielle.

 

— Cependant la véritable synthèse de toutes ces études est la thèse d’un jeune savant, Édouard-Marie Gallez qui a été soutenue en novembre 2004, sous le titre Du messianisme nazaréen au prophétisme islamique. Cette thèse a été publiée en juillet 2005 sous le titre Le Messie et son prophète. Aux origines de l'islam. Auparavant, l’auteur nous avait autorisé à en publier un résumé et quelques « bonnes feuilles » [12]. Les quelques notes qui vont suivre ne font qu’exposer cette nouvelle hypothèse historique qui donne enfin une expli­cation plausible de la naissance de l’is-lam.

 

Les Qurayshites

 

Les Arabes sont un très vieux peuple du Proche et Moyen-Orient, qui n’a jamais eu d’histoire propre. Divisés en de nombreuses tribus no­mades ou sédentaires, ils formaient déjà une des composantes de l’empire perse de Darius Ier à la fin du Ve siècle avant J.-C. Les textes bibliques en par­lent comme de riches négociants fai­sant le commerce des aromates, de l’or et des pierres précieuses, ou des pasteurs nomades vivant de brigan­dage. La razzia leur permettait de compléter leur ordinaire par l’appro­priation de biens divers et d’esclaves. Ils peuplaient les confins de la Mésopotamie, le long de l’Eu­phrate, et à l’est de la Syrie.

Ces nomades étaient devenus par­tiellement sédentaires, formant à par­tir de la fin du IIIe siècle, deux royaumes, les Lakhmides autour de Hira (en Mésopotamie, sur l’Eu­phrate), et les Ghassanides avec trois lieux de résidence aux confins du dé­sert de Syrie et dans le Golan [13]. « En raison de leur mobilité et de leurs ca­pacités guerrières, les Ghassan étaient pour Byzance des alliés indispen­sables, qu’il lui fallait ménager – écrit A.-L. de Prémare –. Aussi jouaient-ils, comme les Lakhmides leurs ennemis du côté perse, un rôle important sur l’échiquier politique ». Au IVe siècle, une autre tribu, celle des Saracènes (Saraceni) [14], sous la direction de la « reine » Mauvia (Mawiyya) tentera de secouer la tutelle de Rome : après avoir battu les troupes de l’empereur arien Valens (373), elle finit par s’en­tendre avec les Romains. C’est à partir de cette date que les Arabes commen­cèrent à prendre conscience de leur force militaire : au VIe siècle, ils se mi­rent, comme mercenaires, au service des deux grands empires qui se dis­putaient la suprématie au Proche-Orient, Byzance et les Perses. Les Ghassanides seront vassaux de Byzance, les Lakhmides de la Perse. 

Mais parmi les différentes tribus arabes, il y en a une qui va prendre une importance considérable dans l’histoire, celle des Qoréchites (en arabe qurays), dont est issu Mahomet. L’écrivain syrien Narsaï, écrivant vers 485, mentionne déjà la cruauté des Qurays au cours des razzias qu’ils fai­saient dans la région de Beith Aramayé, à l’ouest de l’Assyrie [15]. Il semble qu’au VIe siècle, ils se soient reconvertis dans le commerce, peut-être à cause d’une christianisation, au moins superficielle [16]. De plus, de nombreux noms de lieux portent leur nom en Syrie, et non dans le Hedjaz, comme on pourrait s’y attendre. Le géographe René Dussaud [17] a relevé le nom d’une rivière qui porte leur nom (nar al quraysiy) qui traverse les ruines d’un village d’Arabes semi-nomades (un caravansérail, centre de commerce et halte pour les caravanes) appelé Khan el-Qourashiyé, situé à 30 kilo­mètres au nord-est de Lattaquié. Les chroniques nous donnent encore d’autres indications sur l’activité de ces Arabes, qui se situe entre la Syrie et la Palestine : la Chronique de Jacob d’Édesse (fin du VIIe siècle), traduite par A.-L. de Prémare [18] précise que Mahomet « alla pour le commerce en terres de Palestine, des Arabaya [région arabe de Mésopotamie] et de Phénicie des Tyriens ». D’autres traditions men­tionnées par ce même chercheur si­tuent autour de Gaza le lieu de l’acti­vité commerciale de Mahomet et la tombe de son arrière-grand-père ; sa famille y possédait des terres [19].

 

Les judéo-nazaréens

 

Mais revenons en arrière pour par­ler d’une autre force, spirituelle celle-là, sans laquelle l’islam n’aurait pas pu naître, la secte des judéo-naza­réens. Leur existence, très mal connue jusqu’à ces dernières années, a été mise en valeur par Ray A. Pritz dans son étude Nazarene Jewish Christianity… Rappelons que c’est ce chercheur qui les a baptisés « judéo-nazaréens » pour éviter les ambiguïtés du vocable « nazaréens » sous lequel ils étaient connus jusqu’ici [20]. Il s’agit d’une déviation des chrétiens d’ori­gine juive appartenant à la commu­nauté du premier évêque de Jérusalem, Jacques (l’apôtre Jacques le Mineur ou le « frère de Jésus » Jacques le Juste ? La question est pendante), mort martyr en 62 après J.-C. Ces ju­déo-nazaréens (avec É.-M. Gallez, adoptons cette dénomination qui, à défaut d’être reconnue par tous les islamisants, a le mérite d’être claire) croient que Jésus n’est pas mort sur la croix (il y aurait eu une substitution), mais qu’il est gardé en réserve au ciel dans une perspective politique de conquête du monde.

Parmi les écrits qui expriment cette idéologie politico-religieuse, il faut détacher le Deuxième livre de Baruch ou Livre syriaque de Baruch, un apocryphe datant des années 80 après J.-C. [21]. Tout en prônant l’observation scrupu­leuse de la Loi dans le présent, ce texte annonce pour l’avenir un monde nouveau et bien concret, qui viendra sur la terre après les douze époques de cette vallée de larmes. Alors, le Messie, qui est comparé à une vigne et à une source d’eau vive, régnera sur le monde entier, tandis que Jérusalem sera rebâtie. Ce n’est qu’au terme du règne messianique qu’aura lieu la ré­surrection des corps : « C’est pour toute la terre que cela arrivera. […] Dès que sera accompli ce qui doit ar­river dans ces parties [du temps], le Messie commencera de se révéler [22] ». Il y a dans ces textes, « une vision dialectique du monde », selon l’ex­pression d’É.-M. Gallez. En effet, les judéo-nazaréens se distinguent de fa­çon polémique des judéo-chrétiens (les chrétiens de Palestine) et des juifs orthodoxes. Ne reconnaissant que leur seul Évangile, copié de celui de Matthieu, à l’exclusion des autres, ils reprochent aux chrétiens d’avoir contaminé de paganisme la pure tra­dition juive, le Messie-Jésus ne devant pas être « mêlé » à Dieu. Aux juifs, ils ne pardonnent pas la lapidation de Jacques le Juste, la non reconnaissance du Messie, et surtout l’introduction, dans le corpus des livres sacrés, de la Mishna et des Talmudin, qui donnent une fausse interprétation de la Tora. Ils se considèrent donc comme les re­présentants de la vérité entre deux er­reurs opposées.

Comme tous les hétérodoxes, les judéo-nazaréens auront tendance à se diviser, et au Proche-Orient, ce mor­cellement s’inscrit dans la géographie, chaque groupe sectaire possédant un ou plusieurs villages ou quartiers d’une ville. Et comme ceux-ci vivent habituellement en autarcie, leur reli­gion peut parfaitement rester ignorée du monde intellectuel, même pendant plusieurs siècles. Cela doit être parti­culièrement vrai pour les judéo-naza­réens qui étaient coupés du monde re­ligieux juif et chrétien. Ces coutumes expliquent l’ignorance et les confu­sions faites par les Pères de l’Église lorsqu’ils veulent rendre compte des hérésies qui se sont développées, en particulier en Syrie, dans les premiers siècles après Jésus-Christ. En ce qui concerne les judéo-nazaréens, la plu­part des exégètes sont incapables de  les définir clairement. C’est le cas par exemple de saint Jérôme qui, en 404, écrit à saint Augustin à leur propos [23] : « Tandis qu’ils veulent tout ensemble être juifs et chrétiens, [ces hérétiques] ne sont ni juifs ni chrétiens. » En réa­lité, ils voulaient fortement se distin­guer des uns et des autres ! Aussi bien, le petit nombre de documents que nous possédons sur cette secte ne signifie aucunement qu’elle ait cessé d’exister et de prospérer avant le IVe siècle, ni même bien au-delà, contrai­rement à l’opinion de Ray A. Pritz. En effet, celui-ci ignore un témoignage capital qui n’a pas échappé à un autre chercheur, Simon-Claude Mimouni [24], à savoir celui du pèlerin anonyme de Plaisance qui, vers 570, visita la Palestine. Il fait état d’une commu­nauté d’Hébreux qui ne s’entendaient pas avec les chrétiens, mais qui n’étaient pas non plus des juifs tal­mudistes. Il ne pouvait s’agir que de judéo-nazaréens, analyse É.-M. Gallez, qui donne d'autres preuves épigra­phiques se trouvant en particulier dans des villages ruinés du plateau du Golan.

Mais le texte capital qui nous four­nit la preuve que, au VIIe siècle, les judéo-nazaréens n’avaient nullement disparu, c’est… le Coran lui-même, aussi curieux que cela puisse paraître. A condition, bien sûr, d’étudier ce Coran non avec les lunettes roses de la légende musulmane, mais avec les outils de l’analyse historique et théo­logique, comme É.-M. Gallez. En effet, le Coran que nous connaissons men­tionne un « coran » auquel il se réfère, et cela soixante-cinq fois. Comme il ne peut pas se référer à lui-même, il s’agit bien d’un autre texte. Quel est-il ? Pour répondre à la question, il faut faire appel à l’étymologie. Le mot quran vient de qara , verbe hébreu si­gnifiant crier, lire ou réciter en public. C’est également le sens du syriaque qorono qui désignait un florilège chré­tien d’extraits bibliques destiné à la lecture publique, appelé aussi « lectionnaire ».  Cela s’applique par­faitement à l’usage que les musul­mans firent du Coran élaboré par les califes à partir du VIIIe siècle, qui ser­vait à des lectures journalières. Mais de quel lectionnaire s’agit-il dans les sourates qui parlent du « coran » ? La S. 3, 113 fait allusion à « une commu­nauté debout (umma) [qui] récite les versets de Dieu durant la nuit et ils se prosternent ». Ce n’est évidemment pas la communauté naissante des mu­sulmans, mais une autre, qui est dési­gnée ailleurs (S. 5, 66) : « Parmi eux [les Juifs] il y a une communauté qui va sans dévier ». Cette communauté qui, selon une tradition biblique an­cienne, se lève la nuit pour réciter des psaumes, est évidemment celle de l’auteur qui, n’étant pas un Juif ortho­doxe (ceux-ci constituent l’autre communauté, qui « dévie »), ne peut que faire partie du groupe judéo-na­zaréen qui nous occupe. Des citations de nombreuses autres sourates vien­nent apporter des arguments supplé­mentaires à cette analyse d’É.-M. Gallez.

Ainsi, nous avons la preuve que les judéo-nazaréens n’avaient pas du tout disparu au début du VIIe siècle, puisque leur lectionnaire, avec le Pentateuque (tora) et l’Évangile (celui de Matthieu, injil) se retrouve men­tionné dans l’actuel Coran. A partir de ce moment, nous avons une « grille » qui va nous faire avancer dans l’expli­cation des événements qui se sont produits dans la première moitié du VIIe siècle. Cette découverte d’Édouard-Marie Gallez va lui per­mettre de bâtir une hypothèse scienti­fique qui « colle » à la réalité géogra­phique et historique.

 

Les apories

de l’histoire officielle

 

Mais voyons d’abord ce qui s’est passé et comment la pseudo-histoire officielle nous explique la naissance et le développement de cette religion guerrière qui, comme un raz de ma­rée, va bientôt submerger non seule­ment le Moyen-Orient, mais une par­tie du bassin méditerranéen. Le début du VIIe siècle est une période de troubles dans l’Empire romain d’Orient. L’empereur Maurice est dé­trôné et assassiné par un centurion, Phocas, qui est élevé au trône par ses soldats (602). Ce dernier laisse ravager et conquérir ses provinces d’Asie par le Perse Chosroès II (Khusraw II). Mais en 610, il est à son tour détrôné et tué par Héraclius, le fils de l’exarque ou gouverneur général de la province d’Afrique. Attaqué de tous les côtés par diverses peuplades, l’Empire est sauvé par Sergius, le pa­triarche de Constantinople, qui fait ju­rer à Héraclius de le défendre, alors qu’il voulait transporter le centre du pouvoir à Carthage. Mais les Perses continuent leurs conquêtes et en 614 s’emparent de Jérusalem, emportant la sainte Croix à Ctésiphon (aujourd’hui Bagdad), leur capitale. Ayant enfin pu réunir une armée suf­fisante, Héraclius recommence la conquête de l’Asie mineure à partir de 622 et finit par vaincre les Perses à Ninive (628). Chosroès II est renversé par une révolution de palais et ses successeurs restituent aux Byzantins toutes leurs conquêtes, ainsi que la sainte Croix qu’Héraclius replace so­lennellement à Jérusalem (631). C’est alors que les Arabes, qui n’avaient pas participé en tant que peuple à ces événements, vont soudain apparaître et tout balayer sur leur passage, fai­sant en l’espace d’un siècle la conquête de la Palestine, de la Syrie, de la Perse, de l’Égypte, puis dans un second temps, du Maghreb et de l’Espagne (632-750).

Les explications données par les historiens officiels sur la rapidité de cette conquête sont les suivantes : le Prophète, inspiré par Dieu, aurait es­sayé de convertir les polythéistes de la Mecque. Il aurait été d’abord expulsé et se serait replié sur Yatrib (future Médine), où il aurait composé le Coran et créé l’islam, levé une armée, reconquis la Mecque, et de là serait monté vers le nord, comme un oura­gan renversant tout sur son passage.

 

Or cette version, qui ressemble à un conte des mille et une nuits [25], butte contre les impossibilités ou les absur­dités suivantes :

— La Mecque, située dans un lieu particulièrement insalubre, n’existait pas au temps de Mahomet. Cette ville a été créée quelques dizaines d’années plus tard par les califes, pour des rai­sons religieuses et politiques [26].

— Le Coran est truffé d’histoires juives et de recommandations d’ap­pliquer les prescriptions de la religion judaïque. Or les sources juives, comme le reconnaît Prémare [27], sont muettes sur la présence de colonies juives dans cette partie du Hedjaz. Et ce n’est pas l’activité de marchand de Mahomet qui a pu lui donner une pa­reille érudition.

— L’idéologie messianique de conquête du monde, qui était celle des conquérants arabes, est dénoncée par l’évêque de Jérusalem Sophrone en 635 [28]. Or cette idéologie n’est pas arabe, ces peuples s’étant contentés jusqu’au VIIe siècle de guerroyer pour faire du butin ou d’être mercenaires des Byzantins ou des Perses.

— Contrairement à ce qu’affirme A.-L. de Prémare après les islamo­logues officiels, Mahomet n’a jamais revendiqué pour lui la qualité de pro­phète. Dans les documents d’époque cités, il est écrit que les gens disaient qu’il l’était, ce qui n’est pas la même chose [29].

 

Des essais d’explication

 

Voilà quelques objections (il y en a d’autres) qui sont insurmontables pour la vulgate officielle. Le père Gabriel Théry avait bien vu les trois dernières, et, pour y répondre, avait avancé l’hypothèse du rabbin de la Mecque, mentor de Mahomet, qui l’aurait initié au Pentateuque, aux commentaires rabbiniques de la Bible et aux arcanes de la religion juive. Il expliquait aussi l’importance de l’Évangile (injil) dans le Coran par la nécessité pour le rabbin de tenir compte de la communauté chrétienne de la Mecque.

Les découvertes de Patricia Crone ont ruiné l’hypothèse du rabbin et de son adversaire le curé. De toute façon, comment un juif, pour qui Jésus est un imposteur, aurait-il pu parler de façon laudative du Messie et de sa mère Marie ? Cette fausse piste devait donc être abandonnée : les Juifs « orthodoxes » n’étaient nullement responsables de la création de l’islam, c’est un fait maintenant établi.

Une autre raison historique militait encore contre cette thèse : les Juifs ve­naient de subir, de la part des Perses, des persécutions qui ne les mettaient pas en position de force. En 614, par haine des Byzantins chrétiens, ils avaient aidé Chosroès à faire le siège de Jérusalem. Pour les récompenser, le « Roi des Rois » leur avait confié l’administration de la ville. Ils en pro­fitèrent pour se livrer à un grand mas­sacre de chrétiens, si bien que les Perses leur retirèrent cette charge, les expulsèrent de la ville et les déportè­rent dans plusieurs villes de leur em­pire.

 

Il fallait donc trouver autre chose. C’est ce qu’a fait É.-M. Gallez en avançant l’hypothèse de l’alliance des Arabes qurayshites et du groupe des judéo-nazaréens : hypothèse qui, nous allons le voir, non seulement intègre les découvertes récentes (ou qui avaient été oubliées) de la science his­torique, mais surtout répond à toutes les objections que nous venons de mentionner, tout en expliquant les obscurités qui entourent l’apparition et le développement d’une nouvelle religion au VIIe siècle, l’islam.

Nous nous bornerons, dans le cadre de cette recension, à mentionner les principaux points de cette hypothèse scientifique :

 

— L’islam est né de la conjonction, dans la première moitié du VIIe siècle, de trois éléments : les peuplades arabes puissantes et riches, lasses de combattre pour des étrangers (Byzantins et Perses) et récemment humiliées par eux ; ensuite le groupe de chrétiens hérétiques de sang juif, les judéo-nazaréens, porteurs d’une idéologie messianique de conquête non seulement de la Terre (la Palestine), mais du monde entier ; en­fin un homme, Mahomet, appartenant à une tribu arabe de marchands, dis­posant donc du « nerf de la guerre » nécessaire au démarrage et à la pour­suite d’une opération de cette enver­gure.

 

— Un contingent d’Arabes ennemis des Byzantins aurait participé active­ment au siège de Jérusalem par les Perses en 614. En 622, devant l’avance des armées d’Héraclius qui a com­mencé la reconquête de l’Anatolie, les Qurayshites de Mahomet et les judéo-nazaréens qui les accompagnent – et qui sans doute avaient participé au massacre des chrétiens – décident d’émigrer (ils se nomment d’ailleurs ainsi, les « émigrés », muhadjirun) à Yatrib, la grande oasis du Hedjaz, où les armées byzantines ne risquent pas d’aller les chercher.

 

— Là, Mahomet et les docteurs ju­déo-nazaréens qui l’entourent (les liens entre eux étaient anciens, et il est probable qu’il avait épousé une jeune femme de ce groupe, nommée Khadija ou autrement) ont une idée de génie : déguiser cette fuite en un repli straté­gique pour la reconquête de la Terre (la Palestine), rappelant non seule­ment l’épisode égyptien de l’Exode, mais aussi ce qu’avaient fait les Macchabées. Pour bien affirmer cette volonté agressive, ils vont jusqu’à re­baptiser Yatrib en Médine, allusion à la petite ville de Modin [30] d’où ces hé­ros juifs, après avoir abandonné Jérusalem (167 avant J.-C.) étaient re­partis pour y revenir victorieux, fon­dant un éphémère royaume asmonéen de 163 à 135 av. J.-C. Une autre façon frappante d’exalter ce repli en l’inté­grant dans une stratégie offensive fut de transformer 622 en l’an I du calen­drier musulman. 

 

— C’est ce repli de Jérusalem sur Yatrib (et non de La Mecque sur Yatrib, comme le prétend la vulgate  officielle), où vivaient déjà d’autres judéo-nazaréens, qui fut nommé l’Hé­gire (= l’exode). De 622 à 634, Mahomet a sans doute fort à faire pour asseoir sa domination sur les Arabes de la péninsule. Il tente plu­sieurs opérations militaires, en parti­culier en 629 où il se fait battre à Mouta, au sud-est de la mer Morte. Ce n’est qu’en 634 que les opérations d’invasion commencent du côté de la Syrie, sous la direction de Mahomet lui-même (qui est censé être mort de­puis deux ans), selon divers docu­ments très anciens.

 

— Ce sont les califes successeurs de Mahomet qui mettront en œuvre son plan. La prise de Jérusalem a lieu sans combat par les troupes d’Omar en 635, 636 ou 637. Omar, maître de la ville, fait déblayer l’esplanade du Temple, devenue un dépôt d’immon­dices et, avec ses alliés judéo-naza­réens, offre un sacrifice  pour faire re­venir le Messie.

 

— Celui-ci ne se manifestant pas, les Arabes (les Qurayshites et les Ghassanides, naguère au service de Byzance, qui les ont rejoints) se débar­rassent de leurs mentors, les docteurs de la foi judéo-nazaréens, et prennent à leur compte leur lectionnaire, le Coran, qu’ils font réécrire par ceux d’entre eux qui acceptent de « collaborer », pour en faire un livre sacré qui fasse pièce à celui des juifs (la Bible) et à celui des chrétiens (les Évangiles).

 

– Cette lente élaboration (qui du­rera près de deux siècles) d’une reli­gion de conquête sera la base de l’ex­pansion   islamique qui s’étendra vers la Perse et le bassin méditerranéen…

 

Mahomet

 

Mais le plus grand mérite de la thèse d’É.-M. Gallez est de donner en­fin son vrai relief au personnage de Mahomet. Laissant de côté la sira, qui en fait un personnage aussi peu cré­dible que le sont de nos jours les bio­graphies officielles d’un Staline ou d’un Mao, ce grand érudit, s’ap­puyant principalement sur les (trop) rares témoignages des chroniques du temps, nous peint un de ces grands hommes qui ont marqué l’histoire de leur forte personnalité.

En effet, il fut à la fois négociant, prédicateur, conquérant et chef d’état, plus exactement « Seigneur des Arabes ».

Négociant, grâce à son appartenance à la tribu des Qurayshites et son ma­riage avec Khadija, la riche cousine d’un des « prêtres » judéo-nazaréens, Mahomet se déplaçait pour son com­merce à travers la Palestine, la Mésopotamie et le Liban-Sud, et Yatrib.

Prédicateur « très bien instruit et à l’aise avec l’histoire de Moïse », Mahomet « proclamait la venue du Messie », selon certaines chroniques [31]. Il laissait dire (sans l’affirmer) qu’il était un prophète annonçant en réalité non la venue, mais le retour [32] du Messie-Jésus qui devait être précédé par la « libération de la Terre [la Palestine] » et « la restauration de la Maison de Dieu [reconstruction du Temple] ».

Conquérant, Mahomet l’est par son « charisme » de chef de guerre, sa ca­pacité de fédérer les tribus arabes et de leur imposer une idéologie guer­rière, mais surtout par sa stratégie consistant à profiter de l’épuisement des deux grands empires pour lancer une grande offensive, et sa tactique géniale de repli sur Yatrib pour mieux revenir vers la  Palestine en donnant à ces opérations un caractère messia­nique.

Chef d’État enfin, Mahomet l’est par l’instauration de la nouvelle théocratie du califat, et sa vision de la commu­nauté des croyants (umma) transcen­dant les nations et les empires, qui doit s’imposer au monde entier divisé en territoires soumis (dar el islam) et zones de guerre (dar el harb). Des pro­jets qu’il n’aura pas le temps de mettre en œuvre, mais qui seront réa­lisés et développés par les califes qui lui succéderont.

 

Conclusion

 

Cette analyse originale, que nous devons à Édouard-Marie Gallez, éclaire d’un jour nouveau cette pé­riode encore très mal connue de l’his­toire du Proche-Orient.

Ces conclusions ne sont encore qu’une hypothèse scientifique bien étayée, mais que la recherche histo­rique devra confirmer ou infirmer sur de nombreux points.

En tout état de cause, cette thèse devra dorénavant servir de référence à tout chercheur honnête sur la ques­tion des origines de l’islam.

Mais soyons réalistes : ces réelles avancées de la science n’empêcheront sans doute pas la désinformation d’avoir encore de beaux jours devant elle dans l’islamologie officielle et la vulgarisation.

Maxime Lenôtre

 

Édouard-Marie Gallez, Le messie et son prophète. Aux origines de l’Islam, Éditions de Paris (13, rue Saint-Honoré, B.P. 30107, 78000 Versailles), 2005, 2 vol. de 524 et 582 p., 14 x 20 (35 et 39 €).

 

 

Annexe

 

Chronologie succincte 

du IIIe au VIIIe siècle

 

Proche et Moyen-Orient

 

233 — Les Perses sont battus par Alexandre-Sévère.

243 – Campagne victorieuse de Gordien III.

260 – Victoire perse à Édesse. Capture de l’empereur Valérien.

284 – Carus envahit la Perse, mais meurt au combat avec son fils.

330 – Constantinople capitale de l’Empire romain.

364 – Partage de l’Empire romain : Empire romain d’Occident (Valentinien Ier) - Empire romain d’Orient (Valens).

527 – Guerre continuelle entre l’Em­pire romain d’Orient et les Perses Sassanides. Les Perses attaquent Justinien.

532 – Victoire des Perses et paix tem­poraire. Les Byzantins paient un tribut.

572 – Justin II refuse de payer le tri­but. La guerre reprend.

591 – Maurice obtient l’annulation du tribut.

601 – Les Perses s’emparent de la Syrie, de la Palestine et de l’Égypte.

614 – Les Perses (Chosroès II) s’empa­rent de Jérusalem. Massacre des chrétiens. Incendie de l’Église du Saint-Sépulcre. La sainte Croix est emportée à Ctésiphon, capitale de l’empire perse.

627 – Victoire d’Héraclius à Ninive. Chosroès II est déposé, enfermé dans une salle de son palais où il meurt de faim. La Syrie est reprise à ses successeurs. La vraie Croix est rapportée à Jérusalem.

633 – Les Arabes attaquent la Perse. Victoire de Kadiysia (sur l’Eu­phrate). Chute de Ctésiphon (l’actuelle Bagdad). Les Perses se replient sur l’Iran. Prise de Persépolis par les Arabes. — Expédition d’Héraclius pour reprendre la vraie Croix à Jérusalem et l’apporter à Constantinople. — Abandon de la Syrie par les Byzantins.

635 – Chute de Damas.

635, 636 ou 637 – Jérusalem prise sans combat par les troupes du calife Omar.

639 – Les Arabes pénètrent en Égypte.

640 – Victoire arabe d’Héliopolis.

673 – Première attaque contre Constantinople.

718 – Deuxième attaque contre Constantinople. Les Arabes finis­sent par lever le siège.

 

Afrique du Nord

 

647 – Première tentative pour conqué­rir la Tunisie dirigée par un chré­tien, Grégoire, gouverneur de l’Empereur d’Orient. Les Arabes se replient sur Égypte, contre le paiement d’un tribut.

661 – Transfert de la capitale, de Médine à Damas.

670 – Les Arabes reprennent leur pro­gression le long de la côte, laissant de côté les grandes villes.

682 – Les Arabes atteignent l’Atlan­tique.

683 – Défaite à Biskra contre les Kabyles.

698 – Chute de Carthage, qui est dé­truite.

 

Conquête des îles par la flotte arabe

 

648 – Chypre.

654 – Rhodes. 

655 – la Sicile. 

720 – la Sardaigne.

 

Espagne et Gaule

 

711 – Le Berbère Tarik, lieutenant de l’émir d’Afrique du Nord, bat le roi wisigoth Roederic (Rodrigo des chansons de geste sur « la perte de l’Espagne »).

720 – Prise de Narbonne.

721 – Défaite arabe devant Toulouse.

732 – Razzias d’Abd-er-Rahmane : Carcassonne, Nîmes, Autun, Bordeaux. — Défaite à Ballan-Miré et Poitiers (Charles Martel).

759 – Reconquête de la Narbonnaise par Pépin le Bref.

 


 


[1] — Jean Guiraud, Histoire partiale et histoire vraie, 1911, réédité en fac-similé par Expéditions pamphiliennes, B.P. 51, 67044 Strasbourg. 

[2] — Les érudits modernes préfèrent la forme arabe Muhammad. Nous garderons la forme française traditionnelle.

[3] — Il s’agit de la biographie de Mahomet par Ibn Ishaq (Kitab sirat rasul Allah, livre de la vie de l’envoyé de Dieu) écrite 140 ans après sa mort. Mais cet ouvrage n’est connu  que par la reproduction qu’en donne Ibn Isham au début du IXe siècle.

[4] — Hanna Zakarias,  De Moïse à Mohammed. L’islam entreprise juive, tomes I et II, Cahors 1955 (autoédition). Les tomes III et IV furent publiés en 1964 (Éditions du Scorpion) par son disciple Joseph Bertuel.

[5] — Rappelons qu’il y a une grande différence entre une « vue » sur une question, que l’auteur veut imposer en choisissant ses arguments, et une hypothèse, qui est un instrument scientifique permettant d’analyser la réalité historique et qui peut ensuite être abandonnée si elle ne rend pas compte de tous les faits (en particulier des nouvelles découvertes).

[6] — Le livre sacré de l’islam. Aucun manuscrit conservé jusqu'à nos jours, et peu de fragments connus, sont antérieurs au IXe siècle : les plus anciens, s’il s’agit de ceux du musée Topkapi à Istamboul, datent en réalité du IXe siècle.

[7] — Patricia Crone, Hagarism. The making of the islamic world  (en collaboration avec Michaël Cook), Cambridge University Press, 1977. Ses études sur l’islam se poursuivront par deux autres ouvrages : — Meccan trade and the rise of islam, Oxford, Blackwell, 1987 ; — God’s Caliph (en collaboration avec Martin Hinds), Cambridge University Press, 1986.

[8] — A Moussali, La croix et le croissant,  Éditions de Paris, 1998 ; — Judaïsme, christianisme et islam, Éditions de Paris, 2005. 

[9] — Ray A. Pritz , Nazarene Jewish Christianity, from the end of New Testament period until its disappearence in the fourth century, Jerusalem-Leiden, Brill, 1988.

[10] — A-L de Prémare, Les fondations de l’islam, Seuil, mars 2002.

[11] — A-L de Prémare, Aux origines du Coran, Paris Téraèdre, 2004.

[12] — Maxime Lenôtre, La création de l’islam, 2004. Publications MC, BP 16, 34270 Les Matelles. — A commander à Publications MC, Prix : 22 E franco.

[13] — A.-L. de Prémare, les fondations…, p. 44. Le plus important de ces centres était Jabyra dans le Golan, Jilliq, à une douzaine de kilomètres autour de Damas, sans doute pour le campement des troupes, et Dumayr à 30 kilomètres au nord-est de Damas, vers Palmyre.

[14] — Saint Jérôme précise que ces tribus « vivant sous la tente » nomadisaient dans le  désert de Syrie, et Ammien Marcellin ajoute : le Sinaï.

[15] — Alphonse Mingana, Leaves from the ancient Qurans possibly pre-othmanic, Cambridge University Press, 1914, p. XIII.

[16] — Dans l’empire byzantin, à partir de 380 (édit de Théodose), le christianisme est devenu religion d’État. Ce qui n’empêcha pas les hérésies nestorienne et monophysite de prospérer avec ou sans la protection de l’empereur.

[17] — René Dussaud, Topographie historique de la Syrie antique et médiévale, Paris, Geuthner, 1927.

[18]Les fondations de l’islam, op. cit. p. 38-39.

[19]Ibid., p. 70, 74-76, 78.

[20] — Le terme « nazaréen » peut désigner :

                – une peuplade signalée par Pline l’Ancien (23-79) installée à l’ouest de l’Oronte, qui a laissé son nom à de nombreux lieux (Wadi-n-nasara, monts des Nozairi…) ;

                – des hérétiques appelés aussi « ébionites », signalés par saint Irénée (+ vers 208)  dans son Contra Haereses, par Eusèbe de Césarée (263-339), saint Jérôme (347-420) et saint Augustin (355-430) :  des « pauvres » (de l’hébreu  ebionim), baptistes et végétariens – il ne s’agissait pas de diététique, mais d’une ascèse respectant les formes supérieures d’âme animale, à cause de la croyance à la réincarnation –, gnostiques croyant que Jésus n’est qu’Adam revenu sur terre et qu’il est l’âme source de toutes les autres ;

                – des chrétiens d’origine juive restés attachés aux prescriptions de la Tora, reconnaissant Jésus comme le Messie attendu, mais niant sa divinité. (Ce sont ceux qui nous intéressent ici, et qui sont baptisés « judéo-nazaréens » par Ray A. Pritz.)

                – enfin, et plus généralement, les chrétiens dans les Talmudin.

[21]La Bible. Écrits intertestamentaires, Paris, Gallimard, 1987.

[22]Ibid., p. 1504.

[23]Lettre 112, 13.

[24] — Simon-Claude Mimouni, Le judéo-christianisme ancien. Essais historiques. Paris, Cerf 1998, p. 63-67.

[25] — Maxime Rodinson, un des vulgarisateurs de l’histoire officielle de Mahomet et de l’islam, avoue lui-même qu’il n’a pu faire autrement que d’utiliser « des données tirées de sources sur lesquelles nous n’avons que peu de garanties de véracité » (Mahomet, 1961, p. 12). Ce qu’A.-L. de Prémare  commente : « Autant dire que toute biographie du prophète de l’islam n’a de valeur que celle d’un roman que l’on espère historique » (op. cit., p. 30).

[26] — La démonstration irréfutable en a été faite par Patricia Crone dans son étude Meccan trade and the rise of islam, Princeton University Press, 1980. Ces acquis de la recherche sont contestés par A.-L. de Prémare (op. cit. p. 53) sans qu’il donne un seul argument.

[27]Ibid., p. 98.

[28] — A.-L. de Prémare, ibid., p. 53.

[29]Ibid. p. 149 et passim.

[30] — É.-M. Gallez montre que c’est la seule étymologie possible et crédible, la transformation du o en e ne présentant aucune difficulté dans la langue arabe, où les consonnes comptent davantage que les voyelles.

[31] — Citations tirées de l’Histoire d’Héraclius par l’évêque Sebeos (ou Pseudo-Sebeos), chronique arménienne étudiée par Patricia Crone (Hagarism…, 1977) et de la Doctrina Jacobi ou Didascalie de Jacob, texte de 634 étudié par Robert G. Hoyland dans Seeing islam as others saw it…, Princeton, 1997.

[32] — Le mot « venue » de la Doctrina Jacobi est à interpréter dans ce sens, puisque le Coran, qui reprend l’idéologie judéo-nazaréenne, admet que le Messie est déjà venu, qu’il n’est pas mort sur la croix, mais a été enlevé au Ciel pour être gardé en réserve.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 55

p. 282-293

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