RETRAITE AVEC LE SACRÉ-CŒUR (iii)
La messe
est plus que la communion
par le père Matéo
Ce texte (inédit) du père Matéo Crawley-Boevey (1875-1960) est extrait de la retraite qu’il prêcha en 1945 aux supérieures de diverses communautés religieuses du Québec [1].
Les premières instructions de cette retraite ont été publiées dans les numéros 52 et 54 du Sel de la terre. Voici maintenant les instructions sixième et septième, qui traitent de la sainte messe.
Ici plus encore qu’ailleurs, les propos du grand apôtre du Sacré-Cœur, bien qu’adressés à des religieuses, concernent tous les chrétiens.
Le Sel de la terre.
*
— VI —
La messe
ON A MANQUÉ DE LUMIÈRE sur la messe, et souvent l’éducation est incomplète sur ce mystère d’amour. C’est une faveur toute spéciale que de comprendre le mystère de foi de l’autel. Quelle jouissance, même dans cette pénombre !
La piété doit être basée sur la doctrine ; autrement, c’est une piété sentimentale, une piété de poète. Ce ne sont pas les fleurs qui sont l’essentiel, mais bien l’autel. Quand il n’y a pas d’autel, où mettez-vous les fleurs ? S’il n’y a pas un fond de doctrine, sur quoi baserez-vous votre piété ?…
Veni, Sancte Spiritus. Que le Paraclet vienne avec ses lumières ! Gloire au Père pour le don incomparable qu’il nous a fait ! Gloire au Fils pour le mystère du Vendredi saint ! Gloire au Paraclet qui nous fait monter à l’autel pour offrir l’Agneau sans tache, à la gloire de la Trinité. Per Christum Dominum nostrum, pontife, médiateur et hostie.
Deux miracles à la messe
Selon le plan de Dieu, la sainte messe devrait toujours réaliser deux miracles [2] :
1° la transsubstantiation du pain et du vin ;
2° la transsubstantiation du prêtre célébrant et des fidèles par la vertu de la communion.
Le premier miracle se fait toujours, même si le prêtre n’est pas un saint ; mais le deuxième manque des milliers et des milliers de fois. En se livrant à nous sous l ’apparence du pain et du vin, Notre-Seigneur s’était proposé de nous manger, nous, tout en se laissant manger par nous. Le manger, c’est facile, mais nous laisser dévorer suppose des conditions que le Christ ne trouve pas toujours. Il veut faire de vous et de moi des Jésus, et nous ne le lui permettons pas.
Un prêtre racontait ses insuccès dans sa paroisse où il avait pourtant fait l’intronisation du Sacré-Cœur. « – Eh bien ! est-ce que vous êtes un saint ? Et pourtant, vous dites la messe tous les jours ! Si la messe n’a pas réussi à faire de vous un saint, est-ce que l’intronisation peut faire des miracles ? »
La messe peut faire de nous des merveilles si nous la vivons. La messe doit toujours être au premier plan. Par votre vocation, vous avez une sorte de sacerdoce royal pour co-célébrer la messe [3]. Si vous vivez la messe, vous serez ce que vous devez être.
Un fait : Le petit Louis est à faire sa prière avec grande attention ; il la prolonge même. Sa tante lui demande : « Tu veux devenir un saint Louis de Gonzague, ou un ange, ou ?… – Non ! Je demande à Jésus de devenir un Jésus ; je lui demande de me dévorer comme il se laisse dévorer ! »
Cet enfant n’avait que huit ans. Quelle réponse !
La sainte Vierge et la messe
Étudions les trois grands mystères de la sainte Vierge en relation avec le mystère de la messe.
— Premier tableau : L’annonciation… l’incarnation… « Incarnatus est ».
C’est ce miracle qu’il faut reproduire chaque matin à la messe. Elle a senti, elle a compris, la Vierge : Fiat !… Fiat, et il est là ! vivant d’une même vie avec Marie, et comme Marie.
Fiat ! Il est en nous, vie de notre vie, âme de notre âme, cœur de notre cœur. Une fois l’incarnation réalisée, lui et Marie diront au Père : « Que votre règne arrive ! Que votre nom soit béni ! Que votre volonté soit faite ! »
Nous sommes saints par la vertu du calice. Il est à moi, je suis à lui. Demandez à Marie de vous expliquer cette relation du mystère de l’autel avec l’incarnation.
— Deuxième tableau : Noël et la présentation au temple.
« Père, Père, dit Marie, c’est votre enfant, c’est le mien. Il est à vous. Il est à moi. Je le possède. Je vous le rends pour votre gloire. » C’est ce qu’il faut faire à l’autel, et quand il est là dans votre cœur. Dites au Père : « Je puis maintenant vous glorifier, je suis grand, je suis riche : l’hostie de mon cœur, c’est votre Fils. »
Quel geste que celui de Marie à Jérusalem dans le mystère de la Présentation ! Répétez ce geste à chaque messe. Vous êtes riches d’une richesse que les anges n’ont pas. L’ange ne peut célébrer ; moi, prêtre, je célèbre ; vous, vous co-célébrez avec le prêtre ; donc, participation étroite au sacrifice.
— Troisième tableau : Vendredi saint.
Marie au pied de la croix dit au Père : « Il est à moi ; il est à vous ; je vous l’offre. En sanglotant, je chante votre gloire. Avec mes larmes, avec mon sang, acceptez l’Agneau qui efface les péchés du monde, acceptez le calice. »
Vous, pauvres petites créatures, vous faites comme Marie ; donc, dites : « Je suis couverte du manteau royal, acceptez l’Agneau sans tache. Je suis la religieuse consacrée, Père, lui et moi, nous voulons vous glorifier. »
Tout cela c’est trop beau pour qu’on puisse comprendre sans le Paraclet. Venez, Esprit-Saint, augmentez ma foi afin que je voie ce que je n’ai jamais vu, c’est-à-dire que je voie ce que c’est que d’être un peu prêtre comme Marie, à Jérusalem et au Calvaire. Si le Saint-Esprit nous éclaire, nous verrons sans voir, nous aurons la lumière dans les ténèbres de la foi.
C’est la foi qui manque
Une pauvre petite enfant, paysanne de la campagne, qui savait bien peu de choses comme littérature, avait un privilège spécial. Quand elle assistait à la messe, elle voyait ce qui se passe à l’autel. Elle voyait ce que Jean et Madeleine ont vu le Vendredi saint. Elle croyait, dans sa candide simplicité, que tout le monde voyait comme elle ; alors, elle n’avait pas pour un sou de vanité.
Ne dites pas : « Si j’avais cela ! » Car nous avons mieux que cela : la foi. Les yeux de cette pauvre enfant pouvaient la tromper ; la foi ne nous trompera pas : c’est la foi qui nous manque et non les yeux. La petite Thérèse n’a jamais eu cela, et elle a peut-être vu plus. Il faut percer le voile par la foi et la prière. Veni, Sancte Spiritu… pour attiser notre foi.
Je vous raconterai ce que je raconte aux prêtres à ce sujet. Vous avez vu le tableau qui est ici [4] ; je vais vous raconter quelque chose qui est exactement ce que rappelle ce tableau, mais sans rapport avec lui. Je disais la messe dans une chapelle de communauté, ce devait être une messe de funérailles. Il y avait au premier rang un “démon” qui n’aurait pas dû être là ; il avait le blasphème sur la figure et dans le geste, avec un sourire de dédain. Grande fut la surprise quand, le moment de la consécration arrivé, le démon tombe à genoux ; il tremble… il soupire : « Ah ! Ah ! Oh ! Oh ! » On se demande : « Est-ce une attaque de folie ? » La messe terminée, cet homme interroge : « Où est ce prêtre qui était à l’autel ? » On vient me le dire, et, en quelques minutes, il arrive…
– Monsieur, dit-il.
– On ne dit pas “Monsieur”, mais “mon Père”.
– Eh bien ! mon père, qu’avez-vous fait à l’autel ? Oui, que faisiez-vous à l’autel ?
– Je disais la sainte messe !?
– Qu’est-ce que la sainte messe ?
– Vous n’êtes pas catholique ?
– Non.
– Votre maman était-elle catholique ?
– Oui
– Alors, quand vous étiez enfant elle a dû vous dire que le Fils de Dieu a été cloué à la croix pour l’humanité, pour vous et pour moi ?
– Oui, ma mère m’a dit cela cent fois.
– Alors, vous savez ce que c’est que le Calvaire ?
– Oui
– Eh bien ! La messe, c’est la même chose.
– Mais, écoutez, voilà que dix minutes ou un quart d’heure après que vous êtes arrivé, vous avez disparu, et à la place, quelle beauté !… un personnage, oh ! je ne puis dire… ses lèvres remuaient et le sang tombait dans le calice…Oh ! quelle merveille ! Cela a duré dix minutes, puis le personnage a disparu et vous, vous êtes revenu.
Voilà ce qu’il faudrait voir chaque matin à la place du prêtre. Que la sainte Vierge vous apprenne sa prière, qu’elle vous apprenne à prier comme elle priait le Vendredi saint, avec vos souffrances et vos douleurs unies à celles du divin blessé. Vous imaginez la messe qu’aurait dite saint François d’Assise, s’il avait été prêtre ! Malheureusement, la messe est souvent une routine pour le prêtre et pour les fidèles.
Savez-vous qui est le grand coupable de cette routine ? c’est lui. Oui, vous nous avez trop aimés, Jésus ; vous nous avez trop donné. Si on nous avait dit de dire une fois par an, ce qu’on dit à la messe, oh ! alors… mais la messe tous les jours ! oui, vous nous avez trop donné ! On ne méprise pas la chose, mais une messe de plus ou de moins, cela ne nous émeut guère ; un miracle, oui. Comme si la messe n’était pas un miracle. La messe est le plus grand et le plus merveilleux des miracles ! Quel cas en fait-on ? quel respect en avons-nous ?
« C’est parce que j’ai vu que je ne crois pas »
Un haut personnage d’Oxford, bon, honnête, mais incroyant, était marié à une catholique, sainte femme. Petit à petit, elle lui parle des vérités de notre religion ; elle le conduit à Rome chez les jésuites. Après deux ans d’étude et de lecture, elle le croit assez instruit. Lors d’une journée eucharistique, elle lui demande de l’accompagner. Il accepte. Depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, ils vont d’église à église. Au retour, sa femme lui dit :
– Maintenant que tu as vu, tu es catholique, n’est-ce pas ?
– Les théories des livres sont très belles, répondit-il, mais la pratique, n’est pas si belle. On dit que le Christ est là et on le traite ainsi ?… Je ne crois pas ; et c’est parce que j’ai vu que je ne crois pas.
Un jour, j’arrivai à une église pour y prêcher. La messe commençait. J’entends comme un murmure de prières à haute voix. Qu’est-ce ?… Une neuvaine à saint Antoine, puis une autre à saint Jude, puis encore une autre à sainte Thérèse : trois saints qui ont volé la place de Dieu ! comme si la sainte Vierge et les saints ne sont pas là pour la messe eux aussi. Faites vos neuvaines dans la rue, leur dis-je ; ici, c’est la messe et c’est pour la messe qu’on est ici. Si la petite Thérèse et d’autres revenaient pour entendre la messe, quelle messe ils entendraient !
J’ai entre mes mains un corporal rouge comme du sang…qu’est-il arrivé ? Une très bonne fille s’était mariée à un juif qui ne faisait pas de religion. Voilà qu’un jour, à table, on parle de Jésus-Christ présent dans l’hostie.
– Tu crois ça que c’est lui qui est là, dit le juif ?
– Oui, il est là !
– Ce n’est pas une image ?
– Non, il est bien là.
Alors une intention lui vint de constater si c’est vrai. Il s’en va, le soir, à la sacristie et dit au sacristain : « Je suis un monsieur, un avocat ; veux-tu me prêter pour ce soir deux clés, celle de la sacristie et celle du tabernacle ? » Il les obtient. A deux heures du matin, il entre dans la sacristie, pénètre dans le sanctuaire, ouvre le tabernacle, étend le corporal sur l’autel, met le ciboire sur le corporal… Il tremble, et, avec respect, il prend une hostie, la regarde : Est-ce vrai ou non que le Christ est là ? Il prend son canif et, plus tremblant encore, il coupe l’hostie… Le sang jaillit… couvre le corporal, l’autel, ses mains. Il est pris de peur ; il sonne les cloches. On accourt. Quelle surprise !
Le prêtre est plus noble que l’ange, l’ange ne peut pas appeler le Christ mon frère ; l’ange n’a jamais dit une messe. Le prêtre est de la même famille que le Christ.
Vivre sa messe
Il faut vivre sa messe, vivre de sa messe, vivre pour sa messe.
Toutes les dévotions sont petites si la messe n’est pas le centre de notre vie ; la messe, c’est l’autel ; le reste n’est que les petites fleurs qu’on y place. Le cardinal Mercier disait : « Donnez-moi un prêtre qui vit sa messe, c’est un saint. » Eh bien ! donnez-moi une religieuse qui a compris le calice et la grandeur de la messe ; cette religieuse ne mourra pas bonne et excellente, mais sainte à canoniser. Si on ne comprend pas le mystère de l’autel, ne sachant pas ce que le prêtre fait là, on se distrait par les chapelets et les neuvaines.
Le seul hommage à la Trinité et digne de la Trinité, c’est la messe : Adoration, louange, gloire, amour, per Dominum nostrum Christum. Votre mission, c’est à la messe qu’elle commence ; vos enfants, vos pauvres, vos malades vivront de votre messe. La mission d’une religieuse ne commence pas à l’hôpital ou à l’école : elle commence à l’autel. La grande mission pour sauver les âmes, c’est la messe. Une religieuse qui sait vivre sa messe, sait prêcher mieux que tous les prédicateurs. Vous ne pouvez pas suivre vos enfants partout pour qu’elles soient des chrétiennes ; mais le sang de cet Abel qu’est Jésus, peut ce que vous ne pouvez pas. C’est le calice, c’est la messe qui devrait être la puissance des religieuses enseignantes et hospitalières.
Mon père était protestant, il a été converti par ma mère qui n’a jamais manqué une messe malgré tout le travail qu’elle avait [5]. Il faut créer cette ambiance de foi. Il n’y a pas ici, au Canada, ces foules qu’on voit en d’autres pays à la messe. Le calice est la plus grande puissance d’apostolat.
Pendant l’autre guerre [1914-1918], un diacre religieux fut frappé par un obus et blessé gravement. Lentement, il se remit. Trois ans après, impotent et infirme, pouvant à peine parler, à peine marcher, il demande à sa mère de le conduire à Rome, pour obtenir du pape de devenir prêtre. Le pape lui dit :
– Qu’aurez-vous de plus ?… Vous ne pourrez prêcher ni faire le catéchisme ?
– Non, Saint-Père, mais mon calice et mes blessures pour sauver des âmes !
– Vous ne pouvez pas aller en mission, ni donner les sacrements ?
– Saint-Père, prêtre, s’il vous plaît pour sauver des âmes.
– Vous êtes invalide ; invalide prêtre, ou invalide diacre, quelle différence ?
– Oh ! Saint-Père, prêtre, prêtre, s’il vous plaît ! mon calice et mes blessures ! le sang de mes blessures dans mon calice et je sauverai plus d’âmes !
Le pape le fait examiner par un médecin, un jésuite, un évêque, afin de savoir si ce grand blessé peut dire validement et décemment la sainte messe, et la permission est accordée. Quel apostolat ! Puissiez-vous avoir la même puissance apostolique ! Vos souffrances, vos peines, vos agonies, vos responsabilités, tout cela dans le calice pour le salut des âmes. Que votre règne arrive ! Que votre règne arrive ! Sanctification personnelle, sanctification de la communauté.
Le centre du monde c’est l’autel ; le centre de l’autel, c’est le calice ; dans le calice, votre cœur. La messe, c’est la prière 100%, c’est du solide, c’est du bon pain et non du chocolat ; quand on sait cela, on sait tout. Ayez l’obsession de la messe. Si vous sortiez d’ici, cent fois, dix fois mieux pénétrées du sens de la messe, vous auriez fait une excellente retraite.
— VII —
La messe est plus que la communion *
Le règne du Cœur de Jésus suppose une notion très éclairée de l’eucharistie et de la messe. Pour que le règne du Cœur de Jésus arrive, il faut qu’on sache ce qu’est la messe. – Il y a un progrès : on se sert du missel ; mais ce n’est pas encore assez. Remarquez ceci : j’ai commencé par vous parler du saint sacrifice : messe et communion et non sacrement seulement ; sacrifice et sacrement, deux choses qui ne sont pas les mêmes, mais qui se complètent.
La messe est la source et, de cette source, découlent trois grands torrents :
1° la communion ;
2° le tabernacle avec la présence réelle ;
3° l’ostensoir.
Mais il n’y a pas de torrent s’il n’y a pas de source.
Souvent on regarde la messe comme la clé pour ouvrir le tabernacle. La communion avant la messe [6], c’est un manque de théologie. On vient à l’église pour communier et non pour la messe : erreur. L’eucharistie, c’est la communion, oui, mais la messe, ce n’est pas seulement l’occasion de communier. Avant de communier, il y a le drame du Calvaire qui se déroule à l’autel : il y a l’offrande, la consécration. C’est le fond du sacrifice, et on n’apprécie pas cela. Il n’y a pas de messe sans communion, au moins celle du prêtre ; mais il n’y a pas non plus de communion sans messe ; ce sont deux choses qui se complètent [7].
Qu’est-ce que la messe ?
Notre-Seigneur, avant de s’en aller au Père, dit : Consummatum est. C’est la communion qui consomme, finit, couronne le sacrifice. La messe se termine par la communion ; ce qui suit est une petite ajoute de l’Église. Quand vous communiez avant la messe, vous commencez par la fin, c’est une contradiction. C’est la communion qui est l’achèvement et le couronnement du sacrifice. Il peut y avoir des exceptions, mais toujours exceptions seulement.
La grande prière, c’est la messe chantée avec les anges. Je connais un jeune avocat, bon catholique, qui communie tous les matins à six heures et demie. Il ne soupçonne même pas ce que c’est que la messe. Il communie, puis se cache derrière le pilier pour que la messe ne le distraie pas de sa petite prière, car la grande prière, je le répète, c’est la messe. Les anges chantent, mais je ne veux pas chanter avec eux… j’ai ma petite flûte !… C’est ridicule !
Qu’est-ce que le sacrifice de la messe ? C’est le geste du Christ-Dieu qui se livre à son Père, au Calvaire et à l’autel : « Père, me voici pour votre gloire ; Père, Père, acceptez-moi… me voici. »
Qu’est-ce que la communion ? C’est le Christ qui nous invite : « Mes petits, mes petits, le banquet est prêt ; maintenant, mangez-moi, et laissez-moi vous manger ; venez, venez, goûtez ceci. » C’est papa le bon Dieu qui nous appelle. Voilà le sacrement.
Avant nous, c’est le Père. Le bon Dieu c’est le premier : voilà le sacrifice, la messe. Après, c’est nous, voilà la communion. Tout ceci, pour vous faire saisir la différence.
La messe, c’est le Christ du Vendredi saint : un Dieu qui loue et adore avec nous.
C’est l’Homme-Dieu qui expie avec nous et pour nous : « Père, voyez mes plaies, mon sang : je vous prie pour eux ; je paie pour eux. »
C’est le Christ-Dieu qui remercie : « Père, papa, mon Dieu, mes petits ne savent pas parler, ils ne savent pas dire merci ; leur ingratitude pourrait les écraser ; je vous dis merci pour eux : c’est mon sang qui dit merci ! »
C’est le Christ qui demande : « Père, mes petits ont besoin de tant de choses et ils ne savent pas demander ; moi, je vous dis : donnez-leur tout ce qu’il leur faut, lumière, force, grâces, vertus ; ce sont de pauvres petits déguenillés, comblez-les. »
Tout cela, c’est le drame du Calvaire. Et tout cela se passe avant la communion, et la communion achève le sacrifice : adoration parfaite du Christ avec vous, expiation parfaite du Christ avec vous, action de grâces parfaite du Christ avec vous, demande parfaite du Christ avec vous.
Le Calvaire continué
On ne peut pas parler des choses divines avec des mots humains ; mais prenons les moins imparfaits ; on dit que la messe est la rénovation du sacrifice de la croix ; ce n’est pas une ajoute, c’est la même chose. Remplaçons rénovation par prolongation ; donc, la messe est la prolongation du sacrifice du Calvaire à travers les siècles ; c’est la messe du Calvaire qui se prolonge, depuis le Calvaire, jusqu’à ce matin.
Supposons que nous ayons obtenu une bénédiction radiodiffusée du pape. Pie XII est au Vatican ; ses deux secrétaires sont à ses côtés. Nous sommes ici à la chapelle. On annonce : « Le pape va vous bénir. » A genoux, nous entendons : « Je bénis père Matéo et les retraitantes, etc. » Nous entendons, dis-je, comme les deux secrétaires à côté de lui ; c’est la prolongation de ses paroles à travers le monde ; est-ce une rénovation ? La messe, c’est la radio officielle de l’Église ; il n’y en a qu’une, elle se prolonge à travers les siècles et nous avons ce qu’avaient Jean et Madeleine sur le Calvaire.
Une messe depuis vingt siècles !… C’est le pape, ou l’évêque, ou le prêtre qui est la radio. Si vous aviez la foi ! Si vous avez la foi, vous voyez le Christ ; c’est le Calvaire mais avec une variante : la victime, au Calvaire, était douloureuse ; à l’autel, la victime est glorieuse car, maintenant, ses blessures sont une gloire. L’autel catholique est le Thabor, mais le Thabor couvert d’une nuée rouge de sang ; l’autel catholique, c’est aussi le Calvaire, Calvaire enveloppé des splendeurs du Thabor. Dans un langage symbolique et mystique, les poètes disent que la messe, c’est Noël ; c’est un peu ça : l’Enfant naît plus petit qu’à Bethléem ; Marie le prête aux hommes. Gloria… Pour d’autres, la messe, c ’est le Jeudi saint. L’Agneau est là… Venez, venez, nous allons manger la pâque. Eh bien ! Tout cela réchauffe le cœur. Demain, ayez une messe meilleure qu’aujourd’hui.
Pourquoi dire : Si j’avais été avec Madeleine et saint Jean ?… Vous y êtes tous les matins. Il n’y a pas deux Calvaires, ni deux sacrifices.
La messe et les miracles
Nous sommes friands de miracles, comme les enfants de chocolat, et nous sommes tout près du plus grand de tous les miracles. Que sont tous les miracles auprès de la messe ? Et on perd la messe pour des reliques ! Le grand miracle, plus grand que les reliques, c’est la messe.
Je préparais une retraite dans ma chambre. Un prêtre entre. « L’évêque m’envoie avec un trésor pour que je vous le montre. » C’était un ciboire-montre contenant une hostie entière, intacte sur du sang. On fit analyser ce sang : « du sang humain parfait », dit le pharmacien. S’il eût été catholique, il aurait pu ajouter : « du sang divin parfait ». Qu’était-il arrivé ? L’évêque avait été demandé auprès de son ami malade ; il consacra pour lui ; mais avant la fin de la messe, le malade mourut et il oublia de communier cette hostie. Elle resta un mois dans le ciboire-montre. Quand il l’ouvrit, il le retrouva plein de sang, et l’hostie toute blanche. Grand miracle ? Non, petit, petit miracle. Gare à vous !
Il y a une hiérarchie des valeurs… Ne soyez pas plus femmes que religieuses… Il n’y a que la messe qui soit un miracle de premier ordre, de première classe. C’est l’unique miracle. Pas de résurrection de Lazare, ni d’autres miracles à côté de celui-là ; deuxième classe de miracles, les conversions ; conversion de saint Paul, de saint Augustin ; troisième classe : les autres miracles ; celui que je viens de raconter, c’est une belle chose, mais c’est un petit miracle. Ces miracles ne sont rien à côté de celui de la messe. On court pour voir les petits miracles et on ne s’occupe pas du seul miracle : la messe. C’est comme si on disait : « La sainte va vous parler », et vous répondriez : « Moi, c’est l’enfant qui joue près de moi que je regarde. » Ou encore, vous voulez voir une fleur ou une feuille au lieu du soleil. On manque dix et vingt messes pour voir Thérèse Neumann… quel manque de doctrine ! Tous les faits qui se produisent dans sa vie sont vrais ; mais l’Église ne s’est pas prononcée. Les miracles de Paray-le-Monial et de Lourdes sont de petits miracles à côté de la messe ; même tous les miracles de l’Évangile restent petits à côté de la messe. Tous les miracles sont contenus dans celui du Calvaire : voilà la pure doctrine. Il y a des religieuses qui préfèrent la petite musique de leur dévotion aux prières de la messe… leur petit accordéon à la place de l’orgue ; elles n’apprécient pas la messe, la seule vraie dévotion.
La messe doit provoquer un incendie qui doit brûler jusqu’à la mort.
A la messe, il y a trois célébrants, Le Christ-Pontife, le Christ-Prêtre, et vous. Nous sommes trois toujours [8].
Pourquoi faut-il un servant à la messe ? Il n’est pas là pour offrir les burettes ou répondre aux prières, mais pour représenter le troisième célébrant, qui est vous ou la communauté. Pourquoi ces croix tracées sur le calice ? Per ipsum et cum ipso. En lui, mon Dieu, mon Juge ; par lui, mon Dieu et mon Sauveur ; avec lui, mon Dieu et mon Roi, mon Époux bien-aimé. Qui chante ça ? Moi et l’Église, avec lui, à la gloire de la Trinité. Voilà la raison d’être de l’incarnation, de la rédemption, des sacrements. Oh ! Que je voudrais que vous lisiez, étudiez, que vous méditiez le canon de la messe ! C’est une mosaïque de prières anciennes. Avant et après le canon, c’est le cadre.
Vivez votre messe. Quand vous avez deux ou trois minutes, dites la messe que j’appelle de « saint Jean ». Elle se compose des trois prières principales qui résument la messe : offrande, consécration, communion. Copiez une messe du missel, celle de la Sainte Trinité, ou du Saint-Sacrement ou de la sainte Vierge, selon votre dévotion ; portez-la avec vous et, dans les moments libres, « dites la messe » en union avec les messes qui se disent à ce moment, car à midi comme à minuit, nous sommes toujours entre deux autels. On apprend ainsi à vivre sa messe toute la journée.
Je lis la messe toute la journée ; mon ange gardien est mon servant de messe, et je veux mourir en disant la messe.
La messe, c’est l’hommage unique, c’est la louange unique. Ayez un peu ce que j’appellerais le « vice » de la messe. Les saints doivent être gênés quand on laisse la messe pour les prier ; c’est ridicule, comme la doctrine nous manque ! Dévotion aux saints, oui ; mais pas à la place de la messe. Dites vingt chapelets avant la messe, et cinquante après, mais pas pendant la messe.
La fête de la Sainte Trinité semble un peu oubliée ; souvent, elle n’est pas solennisée comme la fête de saint Joseph ou autres ; il n’y a pas d’ornements spéciaux, pas de musique. Mais l’Église n’a pas oublié : la fête de la Sainte Trinité, c’est la messe. Il n’y a qu’un chantre : lui. Ni la sainte Vierge, ni les anges, ni les saints ne peuvent chanter dignement. C’est le cœur du roi qui chante à l’autel. Gloria, dit le ciel ; Gloria, dit le purgatoire ; Gloria dit l’Église. Il y a 340 000 prêtres ; donc 340 000 fêtes de la Trinité. Plus beau que ça, quoi ?… Rien, rien, rien [9].
Aucune créature ne peut chanter dignement la Trinité, pas même Marie. Seul, lui, le Pontife suprême chante dignement l’hymne de gloire à la Trinité. A travers lui, nous devenons des chantres merveilleux, dignes de la Trinité [10]. Commençons dès ici-bas à chanter : « Gloria ! Hosanna ! » parce que l’éternité sera courte.
Par lui, avec lui, en lui, toute gloire, tout honneur, toute louange.
*
Annexe
Le calice de salut
En annexe à ces deux instructions du p ère Matéo, voici un autre extrait de l’étude qu’il rédigea en 1948, pour son jubilé sacerdotal, et qu’il dédia « à l’auguste Trinité, par Jésus-Christ, grand prêtre éternel, [en] hommage de reconnaissance et d’amour réparateur, à l’occasion de mes cinquante années de sacerdoce », sous le titre Le saint sacrifice de la messe, hymne de gloire, le seul digne de la Sainte Trinité.
Le Sel de la terre.
[…] Parlons maintenant de la mission de salut du calice, calix salutaris, offert pour la rédemption de beaucoup. Ah ! nos âmes ont été rachetées à un prix très élevé ! Nous avons coûté ce que vaut aux yeux du Père le torrent versé sur la croix et dont l’effusion épuisa les veines du Sauveur, « Redemisti nos Deo in sanguine tuo [11] ».
En effet, la toute première mission de salut dans l’Église n’est pas d’abord ni la parole ni la très admirable activité d’un François-Xavier, non ! Cette activité apostolique suppose un sang rédempteur.
La toute première mission effective et réelle, parce qu’éminemment divine, est précisément celle de la croix, celle donc du saint sacrifice. Celui-ci est absolument le prodige rédempteur du Jeudi saint, couronné par le miracle du Vendredi saint.
La sainte messe les comprend tous les deux : le drame du Cénacle et la divine tragédie du Calvaire, l’immolation mystique du Jeudi saint et celle sanglante du Vendredi saint !
N’est-ce pas une leçon aussi solide que réconfortante pour la foule des belles âmes qui pleurent, attendant la conversion d’un être chéri ? Car, hélas! les prodigues et les publicains abondent, même dans les familles chrétiennes.
Quelle noble et sainte angoisse que celle d’une épouse chrétienne, d’une mère modèle, d’une fille pieuse, qui ont au foyer le cadavre moral d’un mari, d’un fils, d’un père, éloignés de Dieu, qui travaillent, qui gagnent de l’argent, qui jouissent de la vie au bord même d’un enfer ! La mort avance, les guette, elle pourrait les surprendre comme un voleur et leurs comptes ne sont pas prêts, loin de là !
Que de saintes âmes, que de ferventes religieuses et surtout, que de prêtres zélés souffrent de cette angoisse, sentant la responsabilité des âmes en grand danger ! Que faire dans ces cas ? Quel secret de miséricorde pourrait obtenir ces résurrections morales, bien plus difficiles que celle de Lazare ? Car convertir une âme ingrate et endurcie est un prodige bien autrement extraordinaire que ranimer un cadavre. Comment obtenir ce prodige ?
Avec la toute-puissance miséricordieuse du saint sacrifice ! Car une seule messe pèse davantage dans la balance de la justice et de la miséricorde que toutes les bonnes œuvres de tous les saints !
A leur exemple, oui, faisons aussi leurs bonnes œuvres, pénitences, aumônes, prières. Mais pour que ces œuvres deviennent fécondes jusqu’au miracle, mettons-les comme une goutte d’eau dans le précieux sang du calice !
Nous parlons souvent d’âmes « impossibles à convertir »… Convertir des âmes qui semblent inconvertissables ! Quel grand miracle il faudra pour faire pleurer de repentir un malheureux pécheur qui s’est éloigné des sacrements et mène une vie scandaleuse depuis de longues années ! Et le voilà blanchi dans la piscine d’une confession admirable de sincérité. Regardez-le : avec quelle piété il va recevoir le Dieu de sa première communion, après une absence du foyer de l’Église de quarante ans et davantage !… Cet « impossible » ne l’était donc pas. Le miracle a éclaté !
Ces merveilles s’obtiennent assez souvent, et c’est toujours la clameur de la victime de l’autel qui les provoque. Le Père ne peut pas refuser cette gloire et cette victoire au Fils bien-aimé qui rendit le dernier soupir en demandant pardon et en offrant le paradis avec une infinie miséricorde.
Mais le Ciel exige toujours qu’on paie la dette de justice. Le miracle éclate quand la justice est parfaitement apaisée. C’est alors que la miséricorde brise les tombeaux et fait chanter les morts ressuscités.
Les dévotions ne manquent pas, mais la reine de toutes, celle du saint sacrifice de la messe, nous manque trop souvent. Et voilà pourquoi les grandes conversions ne se font pas. Je voudrais provoquer une forte réaction parmi de bons catholiques sur ce point si important.
Avec la reine des douleurs, et comme Jean et Madeleine au pied de la croix, prions et pleurons devant le calvaire de l’autel, faisons violence à la divine victime en faveur des chers prodigues de nos foyers… Extorquons par la toute-puissance de la messe ces miracles.
C’est par ce moyen, classique depuis le Vendredi saint, qu’on fend le rocher des plus grands pécheurs. Ma profonde conviction est celle-ci : un foyer où il y a vraiment une âme fervente éprise de la sainte messe, paie le rachat et donc sauve de l’enfer ceux qui sont en danger. Cette âme est apôtre car elle porte le calice du salut dans son cœur et son cœur vit dans le calice.
C’est ainsi que ma mère a été l’heureuse responsable devant Dieu, l’instrument de salut de mon père, de mon frère aîné. Et aussi de ma vocation. Je parle plus que jamais d’une heureuse expérience. Je mets ma main sur l’Évangile et sur l’autel en témoignage que je dis la vérité ! Je suis sûr que si vous êtes fidèles et dociles à suivre ce grand conseil, vous me bénirez un jour, mais en compagnie de ceux que vous aurez convertis et sauvés par l’apostolat de la messe !
Oui, qu’ils m’écoutent avec bienveillance, mes confrères dans le sacerdoce ; qu’ils me lisent avec attention, les prédicateurs et les missionnaires […]. En affirmant ceci je ne fais, au fond, qu’une glose bien simple de la prière de l’Église dans l’offrande du sacrifice :
Acceptez, Père Saint, cette Hostie immaculée et par laquelle nous demandons votre clémence… pour notre salut et celui du monde entier !
[1] — La retraite fut prêchée du 26 août au 1er septembre 1945 à Outremont (Québec). Le texte est reproduit d’après les notes prises par plusieurs religieuses. Nous avons gardé, autant que possible, le style de ces notes, écho de celui du père Matéo. Nous avons cependant introduit des sous-titres et supprimé quelques passages. Toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous.
[2] — La messe n’accomplit pas un miracle au sens strict, car le fait extraordinaire qui s’y réalise n’est pas sensible (et il ne peut donc avoir valeur de signe). Mais on peut la qualifier de miracle au sens large, puisqu’elle dépasse tout ce que peut la nature. C ’est ce que le père Matéo veut souligner en parlant ici, et plus loin, de « miracle ».
[3] — On remarquera que le père Matéo parle non d’un sacerdoce au sens strict, mais d’une sorte de sacerdoce, car ce n’est qu’une image, une façon de parler. Voir à ce sujet le « Catéchisme de la crise dans l’Église » de M. l’abbé Gaudron, dans le présent numéro du Sel de la terre.
[4] — Il s’agit du tableau célèbre représentant l’apparition du Christ crucifié pendant l’élévation de l’hostie.
[5] — Sur cette conversion, voir le texte cité en annexe.
* — Le père Matéo développera cette idée le 17 décembre 1948, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, dans une étude intitulée « Le saint sacrifice de la messe, hymne de gloire, le seul digne de la Sainte Trinité ». Nous en citerons quelques passages en note et en annexe.
[6] — Il était encore courant, dans les paroisses de distribuer la communion aux fidèles non après la communion du prêtre, mais avant le début de la messe.
[7] — Le père Matéo écrira en 1948 : « Hélas, ils sont légion ceux qui viennent à la messe uniquement ou presque pour communier, et non pas, certes, pour prendre part au sacrifice, non pas pour glorifier la Sainte Trinité... Pour combien d’âmes pieuses la divine eucharistie se réduit au pain consacré qu’on distribue à la sainte table ! La sainte messe est pour ceux-là une belle cérémonie liturgique pendant laquelle il est d’usage établi qu’on peut faire la sainte communion. La messe n’est donc pas pour eux le grand sacrifice, vrai centre de l’Église, mais seulement la clef d’or qui ouvre le tabernacle quand, par dévotion privée, on veut recevoir Jésus-Hostie... C’est ainsi que, pendant toute la messe, ils récitent des neuvaines et des chapelets, inconscients ou presque du drame divin qui se déroule à l’autel […] Comme il a raison, ce grand théologien qui a écrit: : “Celui qui n’apprécie pas la sainte messe ne sera jamais vraiment une âme eucharistique ; il n’appréciera jamais la sainte communion, même s’il la reçoit tous les jours” En effet, l’ignorance et la routine combinées jouent dans ces cas un rôle néfaste. Elles font du Saint-Sacrement une dévotion fade et sans substance, comme un lait écrémé ! ».
[8] — Le père Matéo écrira en 1948 : « Qui opère la sainte messe ? Trois personnes, mais dont l’opération est d’une vertu liturgique très différente. — 1. Avant tout, le pontife adorable, le Christ-Jésus, le grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech (He 5, 10). Lui est à la fois et le divin officiant et aussi l’oblation sacro-sainte sacramentelle. — 2. Ensuite, par lui, avec lui et en lui, l’autre Christ qui est le prêtre, fait ministre officiel, exprès pour offrir le saint sacrifice. Sacerdotium propter sacrificium, le sacerdoce a été créé pour offrir le sacrifice. Celui-ci, en exécutant à l’autel cette maxima actio, est investi du sacerdoce et du pouvoir du Christ, en vertu de la parole prononcée par le Sauveur à la dernière Cène : Faites ceci en mémoire de moi (Lc 22, 19). — 3. Et enfin, par une sorte de concomitance spirituelle, les fidèles offrent le sacrifice avec le prêtre, mais dans une mesure restreinte et discrète, seulement dans l’offrande et la communion de la victime. Aussi, parce que la messe est essentiellement un culte social et public, l’Église exige toujours la présence à l’autel d’un représentant du peuple qui est le servant de messe ou l’enfant de choeur. Celui-ci, dans sa fonction officielle, en tant que “lieutenant” du peuple, doit présenter au célébrant le vin et l’eau. Et en vertu toujours de sa qualité de “député”, il entame avec le prêtre ce dialogue qui, dans les premiers siècles de l’Église, fut la forme liturgique établie pour la célébration du saint sacrifice. »
[9] — « Par une aimable et longue expérience je puis affirmer que je n’ai jamais rencontré un véritable dévot de l’auguste Trinité qui n’y soit arrivé par la voie royale du médiateur de la messe. Oui, la connaissance et l’amour du Père et de la Trinité naissent et se développent toujours dans le rayonnement de l’autel. Cette dévotion s’épanouira un jour dans le cantique des anges : Sanctus, Sanctus, Sanctus, Deus Sabaoth ! » (Père Matéo en 1948, ibid.)
[10] — « La création de l’univers, tiré du néant, est à peine une simple étincelle de gloire, comparée avec la gloire que Jésus, le grand prêtre, rend à l’autel aux trois Personnes de l’auguste Trinité. » (Père Matéo en 1948, ibid.)
[11] — Ap 5, 9. Vous nous avez rachetés pour Dieu dans votre sang.
Informations
L'auteur
En juin 1907, reçu en audience privée par saint Pie X, le père Mateo Crawley-Boevey (1875-1969), lui demande la permission de conquérir le monde au Sacré-Cœur par la consécration des familles.
Après l’avoir écouté, le saint Pape répond : « Non, mon fils. Je ne vous le permets pas, je vous en donne l'ordre : vous consacrerez votre vie à cette œuvre de salut».
Le numéro

p. 196-208
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