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Les deux hommes à connaître

 

 

 

par le père Emmanuel, de Mesnil-Saint-Loup

 

 

 

Extrait d’une conférence du père Emmanuel à ses moines de Mesnil-Saint-Loup. Ce texte a été publié pour la première fois par le Bulletin Notre-Dame de la Sainte‑Espérance en janvier-février 1938 (t. XVII, p. 291-293).

Le Sel de la terre.

 

*

 

SAINT AUGUSTIN DIT que tout est contenu en deux hommes : Adam et Notre‑Seigneur Jésus‑Christ ; en Adam en qui nous sommes tous tombés ; en Notre‑Seigneur, en qui nous sommes tous relevés.

Il est essentiel de bien connaître ces deux hommes. Il ne suffit pas de connaître Notre‑Seigneur : ou plutôt, il est impossible de bien connaître Notre‑Seigneur à qui ne connaît pas Adam ; qui n’entend rien à la chute n’en­tend rien à la rédemption. Ainsi malheureusement vivent beaucoup de chré­tiens ; ils ignorent qu’ils sont tombés en Adam, et conséquemment ne pensent guère à être effectivement relevés en Jésus‑Christ.

Hélas ! Nous avons tous reçu d’Adam une nature, mais une nature tombée et gâtée par la chute : et nous portons cette nature inséparablement avec nous. Il est très vrai que nous recevons par le baptême une grâce qui guérit la nature : mais cette grâce baptismale, qui efface le péché et conséquemment qui est une guérison apportée à la nature, n’enlève pas cette nature. Elle nous la laisse, ad agonem [1] dit le concile de Trente après saint Augustin. Elle reste avec ses incli­nations malheureuses : la guérison est commencée et non consommée. Elle ne nuit qu’à ceux qui consentent à ses mauvais penchants ; mais il est essentiel qu’elle soit combattue, autrement elle nous emportera à la perdition. Que pen­ser des pauvres chrétiens qui portent avec eux cet héritage d’Adam, et ne le sa­vent pas ?

Comprenons bien, en effet, la différence qu’il y a entre ce que nous transmet Adam, et ce que nous transmet Notre‑Seigneur. La nature est tombée dans le premier, et relevée dans le second : cela est vrai. Mais vis-à-vis de nous, il y a lieu de distinguer. D’Adam nous recevons la nature, et en conséquence de la na­ture, des inclinations vicieuses qui forment le foyer de la concupiscence ; de Notre‑Seigneur, nous recevons en sens inverse, des inclinations vertueuses qui nous conduisent à Dieu, et en elles, les premiers principes et le commencement d’une nature nouvelle qui nous fait entrer en participation à la nature même de Dieu. Ainsi donc, Adam nous transmet la nature, et par suite la concupiscence avec ses inclinations déréglées vers les biens sensibles ; Notre‑Seigneur, au contraire, nous donne une grâce médicinale avec les inclinations vertueuses vers les biens invisibles et ensuite une nature entièrement nouvelle. Ainsi tout d’abord sont corrigées les inclinations, fruit du péché : la domination de la concupiscence est anéantie. Mais le fond gâté nous reste, et produit incessam­ment des mouvements déréglés. Seulement si le chrétien est fidèle à la grâce médicinale du rédempteur, cette grâce amortit de plus en plus le foyer du pé­ché ; et finalement, après la mort, ce foyer est complètement enlevé, la mort est absorbée dans la vie, la nature est entièrement renouvelée ; c’est-à-dire une na­ture entièrement semblable à la nature humaine de Notre‑Seigneur se trouve produite dans l’homme à la place de la vieille nature transmise par Adam. Mais cette transformation n’est consommée que dans l’autre vie. Ici-bas, nous avons chaque jour à mourir à la vieille nature : Quotidie morior, disait saint Paul (1 Co 15, 31). Il faut résister par les inclinations de la grâce à l’aiguillon du péché qui habite en nous. […]

 

Quand on considère dans la vérité ces opérations de la grâce en l’homme fils d’Adam, et ce mal intérieur qui habite en lui et qu’il faut travailler à guérir, on comprend la demande du Pater noster : « Délivrez-nous du mal. » Ce mal, en effet, c’est le  mal intérieur de la nature même, la plaie du péché. Il est en nous l’aiguillon du péché ; mais il est aussi et dit être le stimulant de la prière. L’ennemi est domestique chez nous, le péril est urgent : Dieu seul peut nous délivrer : Veritas liberabit vos. Il faut donc incessamment veiller et prier ; il faut crier à Dieu la vérité : « Seigneur, délivrez-nous du mal. » C’est un fort bon signe, dit saint Ambroise, de sentir la plaie du péché : Bonæ mentis est vulnus sentire peccati.



[1] — Ad agonem : pour le combat. (NDLR.)

Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 56

p. 81-82

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