Au-delà de la franc-maçonnerie
Cette recension du livre de Craig Heimbichner, Blood on the Altar (Du Sang sur l’autel) est parue dans le journal américain Catholic Family News en août 2005 [1]. Nous en donnons la traduction française. (Les numéros entre parenthèses renvoient aux pages du livre recensé.) La Contre-Église est suffisamment habile à s’entourer de ténèbres pour que ceux qui l’étudient puissent être conduits, malgré eux, à certaines inexactitudes (nous en signalons quelques-unes en note). Mais au-delà de tel ou tel détail pouvant être discutable, on retiendra surtout le but poursuivi par les sectes : faire régner la « dualité mentale », c’est-à-dire abolir l’esprit logique, afin de pouvoir mener les foules à coups d’images et de slogans.
Le Sel de la terre.
*
Au moment où commençait le deuxième concile du Vatican, une société secrète peu connue, l’Ordo Templis Orientis (OTO), célébrait une cérémonie pour en célébrer l’ouverture. L’icône occulte de l’OTO, la « Stèle de la Révélation », était promenée à travers l’Allemagne, de Hambourg à Zurich, puis à Stein, où elle fut portée dans la chapelle de la société, toutes cloches carillonnantes, pour un rituel gnostique (p. 103).
Qu’est-ce au juste que cet Ordo Templis Orientis, et quelle connaissance préalable des desseins du Concile pouvait-il avoir pour se réjouir ainsi de son ouverture ? Ces questions trouvent leur réponse dans Blood on the Altar, dont l’auteur, Craig Heimbichner, fait l’historique et démonte les rouages de ce qu’il appelle la société secrète la plus dangereuse du monde, la puissance qui se tient derrière le Gouvernement invisible, ou Cryptocratie. Cette Cryptocratie prend part à la transformation, au « traitement alchimique » de la conscience collective par la manipulation du psychisme. Avec l’aide des sociétés secrètes, on lance des ballons d’essai et l’on jauge les réactions afin de « façonner » les événements mondiaux (p. 5 et 6, 15, 137). Il s’agit par là d’instrumentaliser entièrement les masses dans le cadre du Nouvel Ordre Mondial maçonnique.
Créé il y a un siècle, l’OTO est la « pépinière » de la franc-maçonnerie et s’appelle du reste lui-même « Académie maçonnique ». Regroupant tous les degrés de la maçonnerie et de l’illuminisme, il est la société secrète suprême des maçons d’élite. Organisation internationale, l’OTO est considéré aux États-Unis comme une religion organisée, donc exonéré d’impôts (p. 13 et 14, 25, 76, 87, 91 et 92). Les écrits de celui qui fut longtemps à sa tête, le sataniste et agent secret britannique Aleister Crowley (mort en 1947), qui se faisait appeler la Grande Bête 666, révèlent que l’OTO est fondé sur le satanisme. Crowley appelait Satan « mon Seigneur » et disait, en s’exprimant au nom de l’OTO : « Nous n’avons aucun scrupule à restaurer le “culte du démon” » (p. 28). Au sein de l’OTO, toutefois, le culte en question est rendu à Satan non pas ouvertement, mais subrepticement, sous le nom de Baphomet, l’idole satanique à tête de bouc. Appelé aussi Lion et Serpent, Baphomet est adoré en tant que Dieu dans la messe gnostique, principale célébration liturgique de l’OTO (p. 29 et 30). Composée par Crowley, la messe gnostique n’est pas une messe noire, c’est-à-dire une messe catholique inversée ; c’est une parodie blasphématoire de la Messe catholique (p. 15).
Il est très important de comprendre que les racines de la franc-maçonnerie s’entremêlent avec le judaïsme, car cela aide à voir la main de la maçonnerie derrière les judaïsants de l’Église catholique. Toute maçonnerie, affirme Heimbichner, est surbordonnée au judaïsme. Un membre du B’nai B’rith – la franc-maçonnerie juive – a d’ailleurs joué un rôle déterminant dans la création de l’OTO (p. 89). Selon Heimbichner, l’essence de la franc-maçonnerie remonte au culte sumérien de Satan (« Shaïtan »), qui s’est introduit dans l’ancienne Égypte et à Babylone. Les anciennes formes de culte du démon se trouvèrent ainsi préservées et, par les enseignements oraux des rabbins juifs, se transmirent à la postérité comme étant les « traditions des anciens et des aînés », vivement condamnées par Jésus-Christ (Mc 7, 1-13 ; Mt 15, 1-9). Après la destruction du second Temple, en 70 après Jésus-Christ, ces enseignements oraux furent progressivement consignés dans ce qui devait devenir le Talmud et la Kabbale. Celle-ci, qui est entièrement imprégnée de gnosticisme et de magie noire, constitue la base du judaïsme, religion « absolument distincte » de celle que les Israélites pratiquaient en vertu de l’ancien Testament. Le judaïsme est « une secte comparable à une armée mexicaine et caractérisée par une tradition artificielle ainsi que par une superstition païenne ».
Craig Heimbichner cite les autorités juives sur la Kabbale et des experts du symbolisme occulte pour montrer que certains rites kabbalistes correspondent aux techniques de magie sexuelle du yoga tantrique hindou. Ces rituels dépravés sont le prolongement de la magie que les Cananéens, les Babyloniens et d’autres peuples pratiquaient dans leurs temple et qui devait attirer sur eux la Colère divine. Dans le judaïsme, ils ont pour objet de fondre ensemble les aspects mâles et femelles de la divinité afin de produire le Juif androgyne et équilibré, le « mâle complet » le « corps de Dieu », appelé Adam Kadmon. « Le devoir des Juifs pieux », déclare un spécialiste de la Kabbale cité par Heimbichner, est de réciter chaque jour une formule kabbaliste en vue de promouvoir cette fusion (p. 77 et 78, 86, 136).
La Jewish Encyclopedia reconnaît, déclare Heimbichner, que le gnosticisme juif comprend de la magie occulte et a inspiré le gnosticisme chrétien (p. 88). Cet occultisme s’est transmis aussi par les manichéens, les cathares et d’autres groupes, pour finir par corrompre au douzième siècle l’Ordre des Chevaliers du Temple, faisant de lui un ordre occulte. Les templiers furent condamnés et dispersés par l’Église pour avoir adoré Baphomet et pratiqué la sodomie [2], dans laquelle les occultistes voient une magie sexuelle « avancée » (p. 9, 80). Or, la tradition templière s’est introduite dans la maçonnerie [3], au point que la magie sexuelle « réside au cœur même de la franc-maçonnerie de haut niveau telle qu’elle existe au sein de l’OTO ». C’est là le « secret suprême » de la maçonnerie, connu exclusivement des maçons supérieurs (p. 77, 81, 95). La magie sexuelle se pratique aux huitième et neuvième degrés de l’OTO, et l’homosexualité au onzième degré, qui est le plus élevé. Même les degrés inférieurs de la maçonnerie (la Loge bleue) enseignent la négation gnostique de Dieu et l’affirmation de la divinité de l’homme, qui se gouvernerait lui-même, qui serait parvenu à la divinité, tel une sorte d’Antéchrist (p. 81 et 82).
La dualité mentale
Craig Heimbichner révèle que cet enseignement n’est qu’une tromperie typique de l’OTO et de la maçonnerie en général. Albert Pike, Grand Commandeur Souverain de la Maçonnerie de Rite écossais, a reconnu en 1871, dans son ouvrage Morals and Dogma, que l’on trompait délibérément les membres de la Loge bleue sur la signification des symboles maçonniques. Les secrets occultes ne sont révélés qu’aux « adeptes » ou « élus » La maçonnerie a pour but, écrivait Pike, « de cacher la Vérité, qu’elle appelle Lumière, aux maçons [des degrés inférieurs] » (p. 56 à 58). Comme le note Heimbichner, « l’illusion de l’autonomie et de la divinité sert de drogue à inoculer aux dupes, tant dans les loges qu’à l’extérieur, pour qu’ils se croient omnipotents et omniscients », au-dessus de tout risque d’être trompés ou réduits en esclavage » (p. 82).
La « lumière » que les maçons prétendent chercher, et qui se trouve aux degrés supérieurs de la maçonnerie, doit – enseigne Pike – être reçue de Lucifer, du « Porteur de Lumière ». Selon lui, la quête de la Lumière renvoie à la Kabbale, ce que Crowley affirme aussi, soulignant même que l’OTO repose entièrement sur la Kabbale. Ainsi, conclut Heimbichner, « la Franc-maçonnerie est une pouponnière du luciférisme dans laquelle sont cooptés les candidats [aux degrés élevés], les autres étant laissés à jamais dans l’ignorance, satisfaits qu’ils sont d’exploiter leurs relations de copinage et de jouer la comédie du philanthropisme » (p. 58, 116 et 117).
Étant donné que Satan est le père du mensonge, la « philanthropie » maçonnique est un vernis masquant le véritable but de la franc-maçonnerie, qui est la maîtrise totalitaire du monde selon les principes kabbalistes. Heimbichner note que « l’identification maçonnique à Lucifer procède d’une tentative d’invoquer la force surnaturelle qui donne son énergie à la tyrannie », et il cite des passages de l’Écriture comparant des rois tyranniques à Satan. Au cours de l’ère moderne, on a eu la Révolution française et le communisme, tous deux « imposés au nom des hauts idéaux maçonniques de fraternité et d’égalité, ainsi que les promesses judéo-bolcheviques de paradis pour les ouvriers et les paysans » (p. 59 et 60).
Heimbichner souligne – et c’est important – le caractère manifestement contradictoire et, en fait, dialectique, de la tentative kabbaliste d’obtenir une divinité par fusion des caractères mâles et femelles, ainsi que de combiner ensemble – en cet « Arbre de Vie » – les deux piliers opposés de la miséricorde et de la sévérité ». Une telle tentative produit en effet une « dualité mentale » qui, telle que la pratiquent ses disciples maçons et membres de l’OTO, engendre « l’hypnose d’un double langage déroutant, mais convaincant » (p. 61). Les lecteurs se rappelleront sans doute la description que George Orwell donne, dans son roman 1984, du double langage insane qui caractérise toute société totalitaire. Vous avez l’entière maîtrise de l’esprit de quelqu’un lorsque vous obtenez que cette personne admette simultanément deux idées contradictoires comme présentant une égale validité.
L’androgyne Baphomet, adoré par l’OTO, symbolise la dualité mentale, c’est-à-dire la parfaite duplicité. C’est par cette duplicité que sont trompés les maçons eux-mêmes. Mais dans sa quête d’une complète maîtrise du monde, l’OTO a répandu la dualité mentale jusque dans la société et l’Église, en s’efforçant de contrôler à la fois le pilier gauche du libertarisme et de l’hédonisme radical et le pilier droit de la prédilection pour la culture classique, aristocratique et autoritaire. Craig Heimbichner a trouvé les traces d’une infiltration de l’OTO dans le gouvernement et les forces armées des États-Unis, la NASA, Hollywood, le FBI, les groupes « patriotiques » de droite et le mouvement New Age. Il fournit des exemples de la manière dont la grande influence de l’OTO sur l’élite lui a permis de transformer les masses « en répandant l’“énergie de Satan” sur la planète entière » (p. 17, 119 à 129). Il cite l’exemple de James Wasserman, dirigeant de l’OTO, pour montrer comment l’OTO infiltre la droite, et il indique que lui-même et d’autres enquêteurs ont réuni des preuves de la présence d’agents occultes au sein du mouvement favorable à la messe traditionnelle (p. 35 à 40, 44).
De fait, l’auteur de la présente recension a rencontré des traditionalistes atteints de dualité mentale, qui promeuvent un occultisme « catholique », allant même jusqu’à laisser entendre que les messes noires pourraient être licites. D’autres traditionalistes étudient les « prophéties » de Nostradamus, qui ont été émises en état de transe, ou sont constamment à la recherche de « voyants » modernes non approuvés par l’Église. Quant aux traditionalistes qui se demandent si le saint Jean du tableau représentant la Cène n’est pas en réalité Marie-Madeleine, ils ont été alchimiquement transformés par le pamphlet blasphématoire lancé contre Jésus-Christ et son Église dans le roman Da Vinci Code.
En dehors du mouvement traditionaliste, l’entreprise de transformation est une réussite sensationnelle. En témoigne avec évidence le refus des catholiques conservateurs de critiquer le syncrétisme et les messes sacrilèges du pape Jean-Paul II, alors même qu’ils savent ces actions mauvaises ; en témoigne aussi la proposition de canoniser ce pontife comme martyr bien qu’il se soit éteint paisiblement dans son lit, sous les acclamations du monde entier.
La loi de Thélème
Dans sa tentative de détruire la moralité chrétienne, Aleister Crowley, dirigeant de l’OTO, prêchait la loi rabelaisienne de Thélème : « Fais ce que veux » ou, exprimé dans le parler populaire, « Vis ta vie ». Crowley a beaucoup influencé le mouvement hippie et l’usage des drogues psychédéliques. Il a du reste été popularisé par les Beatles et autres rock stars, ainsi que par Hollywood et les librairies de grande distribution (p. 48 à 50, 130). Sa pratique des sacrifices animaux et son incitation aux sacrifices humains peuvent avoir poussé Manson à commettre ses meurtres (p. 18 à 22). Avec son disciple Gerald Gardner, il a inventé la formule moderne de la « sorcellerie blanche », ou Wicca ; celle-ci n’est pas de la sorcellerie traditionnelle, mais la « sorcellerie » et le culte des déesses que pratiquent les féministes et les religieuses modernistes officiellement catholiques. Les livres et les films sur Harry Potter, qui promeuvent la notion de « bonne sorcellerie », ont été salués par la Fédération païenne d’Angleterre pour avoir intéressé des milliers d’adolescents à la sorcellerie. Les films de Disney, les spectacles télévisés et les pop stars font de la publicité à la sorcellerie auprès des jeunes spectateurs, constate Heimbichner (p. 16, 52 à 54). Quant aux cartes de tarot d’Aleister Crowley, non seulement elles attirent les jeunes vers l’OTO, mais elle sont aussi à la base de jeux de rôles informatiques reposant de plus en plus sur des thèmes obscurs, des effusions de sang et l’intervention de démons chers à l’OTO (p. 24 à 27).
Étant donné qu’il se livrait lui-même à la magie sexuelle, le bisexuel Crowley prêchait que toute perversion devait se pratiquer au grand jour et que « tous les enfants doivent être habitués dès leur plus jeune âge à assister à n’importe quel type d’acte sexuel ». Ce que Heimbichner commente en écrivant : « l’industrie hollywoodienne du divertissement et les maisons d’édition new-yorkaises ont pris cet avis très à cœur », tandis que certains membres de l’OTO promouvaient l’« amour entre homme et garçon ». En outre, ajoute l’auteur, le « sexologue » bien connu Alfred Kinsey (mort en 1956), dont l’influence sur l’éducation sexuelle a contribué à entamer la moralité américaine, était un ami de Crowley, dont il parlait comme d’une « source d’inspiration majeure ». Kinsey « était un pédéraste qui a utilisé des centaines d’enfants dans des actes sexuels en rapport avec ses fameuses “recherches médicales”, mais qui a été glorifié dans un film que la Fox a sorti en 2004 » (p. 16 et 17, 117).
Heimbichner fait ici deux remarques importantes. D’abord, ses recherches lui ont révélé que le cancer galopant de la pédophilie, qui a même atteint le clergé catholique, plongeait ses racines non pas dans les œuvres de Crowley ou dans l’OTO, mais dans le Talmud (p. 114). Deuxièmement, le fait que les médias – qui promeuvent activement l’immoralité par ailleurs – se récrient vertueusement devant l’homosexualité cléricale trahit bien leur dualité mentale et la part qu’ils prennent à l’hypnose de masse. La double pensée dont les médias font preuve dans n’importe quel contexte « sert à vérifier la profondeur de l’état de transe dans lequel sont plongées les masses », c’est-à-dire ce que celles-ci acceptent en fait d’informations ou d’explications officielles. La programmation ou la transformation des esprits est alors ajustée en fonction de la réaction obtenue (p. 112).
L’auteur fournit des exemples de double langage tirés du Talmud et des lois juives d’origine humaine qui instituent des « sanctions rabbiniques consistant en des violences sexuelles commises sur des enfants », et jusque sur des petites filles de moins de trois ans. « La sodomie à la synagogue », écrit Heimbichner, « est un secret bien gardé » (on s’en serait douté). L’auteur cite un récent article du journal israélien Ha’aretz selon lequel « durant des décennies, la sodomisation des élèves [de l’école talmudique pour garçons] a été permise et couverte par “les plus grands rabbins ultra-orthodoxes” ». Bien entendu, les médias occidentaux sous contrôle observent un silence total à ce sujet (p. 114 à 116). Et pendant ce temps, nos sociétés anciennement chrétiennes ont été « transformées » afin d’accepter la perversion sexuelle en tant que droit de l’homme, et l’institutionnalisation des liaisons perverses sous le nom de « mariages ». Ce n’est qu’une question de temps et de rééducation plus poussée pour que la pédophilie vienne à être admise, car « Crowley jugeait artificielle et absurde toute distinction entre l’homosexualité et la pédérastie et refusait de se restreindre à cet égard ». La restriction, enseignait-il, est un péché. Heimbichner fait observer : « Le “péché de restriction” est à présent perçu aux États-unis par des éducateurs, des journalistes et des juges influents exactement comme Crowley lui-même le percevait » (p. 117 et 118).
Il est tout à fait évident que le monde actuel est entièrement orienté vers la jeunesse. Des lois veillent à ce que les jeunes ne soient plus soumis à aucune discipline. L’enseignement est « centré sur l’enfant ». Les modes, la musique et les divertissements sont axés sur la consommation des jeunes. Les partis politiques ont des sections de jeunesse, l’âge minimum des électeurs est abaissé, et les gouvernements, ainsi que les Nations Unies, sollicitent l’avis des jeunes. L’Église catholique elle-même s’est laissée entraîner à ce jeunisme en prêchant aux jeunes la loi de Thélème préconisée par Crowley : Fais ce que veux. Elle organise, à l’attention des enfants et adolescents, des « messes » largement corrompues afin de les attirer. Les jeunes sont encouragés à discuter – c’est-à-dire à critiquer – les croyances et pratiques traditionnelles de l’Église. Au lieu de leur enseigner à suivre les commandements de Dieu et de l’Église, on leur apprend à découvrir leurs propres valeurs et à élaborer leur propre spiritualité. Cette démagogie thélémique culmine avec les folles extravagances baptisées « Journées Mondiales de la Jeunesse ».
Or, il se trouve qu’Aleister Crowley a prédit (p. 50 et 51) que les progrès de la « crowleyanité » dans la culture majoritaire engendreraient l’« Éon d’Horus », l’âge de l’Enfant couronné et conquérant, qui détrônerait l’« Éon d’Osiris », l’âge du « Dieu moribond ». En d’autres termes, écrit Heimbichner, le New Age de Crowley est celui au cours duquel « Dieu le Père est renversé par Horus le Fils », ce qu’annonce l ’apparition de la culture des jeunes, pétrie de rébellion. (Dans son encyclique Humanum genus, où il condamne la franc-maçonnerie, le pape Léon XIII explique que celle-ci contrôle les masses, en particulier la jeunesse, au moyen de l’« évangile du plaisir ».) Crowley prévoyait en outre que l’OTO contrôlerait à la fois la révolte « de gauche » et la réaction « de droite ». C’est ainsi, par exemple, que l’on voit la société et l’Église – au niveau diocésain – se servir toutes deux de programmes s’adressant aux parents d’enfants prétendument homosexuels pour leur laver le cerveau et les amener à accepter le « mode de vie » peccamineux de leurs enfants (la bataille livrée pour leur faire accepter la mixité a déjà été gagnée depuis longtemps).
Du sang sur l’autel
Au début du vingtième siècle, l’OTO réussit à placer fugitivement un de ses membres satanistes sur le trône de Pierre. En effet, le cardinal Mariano Rampolla, secrétaire d’État sous Léon XIII, ayant été élu pour succéder à ce pape, c’est seulement grâce à l’intervention de François-Joseph, exerçant le privilège depuis longtemps reconnu aux empereurs d’Autriche-Hongrie d’opposer leur veto à une élection papale, que ce prélat put être écarté au profit du futur saint Pie X [4]. Néanmoins, note l’auteur, par le truchement de Rampolla, qui avait « influencé des hommes-clés », « l’OTO a eu le temps de prodiguer des conseils, de planter des graines, puis de façonner la politique du Vatican au sein même de celui-ci durant les décennies suivantes ». Heimbichner suit la trace de cette influence jusqu’à l’archevêque franc-maçon Annibale Bugnini, architecte du démantèlement de la messe tridentine (p. 100 à 102). Il vaut la peine de signaler qu’en plus d’avoir inscrit Rampolla sur la liste de ses membres dans son Manifesto de 1917, l’OTO judaïque a prétendu que les responsables de plusieurs Ordres de chevalerie catholiques étaient des « initiés du rang le plus élevé ». C’était le cas, paraît-il, des Chevaliers de Saint-Jean, de Malte et du Saint-Sépulcre (p. 91 et 92).
Cela nous ramène à la raison pour laquelle l’OTO a célébré l’ouverture du concile Vatican II. Il savait manifestement d’avance qu’allaient s’y produire au grand jour la judaïsation, l’« occulti-sation » et la « thélèmisation » de l’Église. L’effondrement de la véritable Église et l’érection en ses lieu et place d’une fausse Église, d’une contre-Église anticatholique – à peine remarqués par les catholiques du rang, de plus en plus en proie à l’hypnose – sont là pour démontrer que la foi de l’OTO dans le concile Vatican II n’était pas mal placée. En 1970, raconte l’auteur, un tableau peint par un luthérien allemand représentait un Paul VI « mauvais, repoussant », entouré de symboles des Illuminati et du satanisme et occupé à détruire la basilique Saint-Pierre à grands coups de dague. Or, le pontife a commenté froidement le tableau en disant qu’on avait là « un miroir de la situation actuelle dans l’Église » et que « l’on a presque besoin d’une nouvelle philosophie pour en saisir la signification dans son contexte ». Cette nouvelle philosophie n’est autre que celle de Thélème ou de la volonté propre, explique Heimbichner, tandis que le contexte de la destruction de l’Église n’est autre que l’Éon d’Horus, dans lequel le New Age maçonnique et satanique vient se substituer à la Chrétienté (p. 106 et 107, 136).
L’Éon final proclamé par Crowley sera celui de Maat, l’ère de l’Antéchrist, du faux Messie juif. À l’heure actuelle, souligne l’auteur, « Les dirigeants de la franc-maçonnerie espèrent accomplir enfin leur rituel du Troisième Degré en reconstruisant le Temple de Salomon afin que le sang coule à nouveau sur l’autel de Jérusalem, renversant et annulant ainsi par défi – dans l’esprit talmudique – le sang du Christ ». On citera ici l’exclamation de Crowley à l’adresse d’un rabbin : « Que se lève l’Antéchrist, qu’il annonce à Israël son intégrité ! ». L’OTO prépare la réali
sation du « rêve judéo-maçonnique de reconstruire le Temple de Salomon pour que le sang des animaux soit présent à nouveau sur l’autel rabbinique ». Cet événement est-il proche ? Heimbichner cite un rabbin qui a déclaré que la tradition juive exigeait le rétablissement du Sanhédrin en tant que « condition préalable de la reconstruction du Temple ». Il cite ensuite un article de la presse israélienne du 14 octobre 2004 annonçant : « Au terme de préparatifs menés en secret pendant plus d’un an, le Sanhédrin […] va se remettre à fonctionner après 1.500 ans » (p. 125 et 126, 129 et 130).
Craig Heimbichner conclut son ouvrage en soulignant que nous devons consacrer notre temps et notre énergie à la poursuite de la vérité. Il nous faut rejeter la dualité mentale, secouer la transe thélémique et renverser le processus hypnotico-alchimique afin de n’être pas sacrifiés sur l’autel de l’OTO pour notre damnation (p. 135).
Bien entendu, le moyen que nous autres catholiques avons d’échapper à la dualité mentale est de nous accrocher fermement à la Tradition, de fuir toute nouveauté et d’écarter les fables.
Cornelia R. Ferreira
Craig Heimbichner, Blood on the Altar, The secret history of the World’s most dangerous secret society.
[1] — Catholic Family News, M.P.O. Box 743, Niagara Falls, NY 14302.
[2] — Cette version des faits est inexacte. Les templiers ne furent pas condamnés par l’Église, mais simplement dissous par provision, sans aucune condamnation, par le concile de Vienne (France), et ce contre l'avis général des Pères conciliaires, mais sous la pression de Philippe le Bel et de son armée physiquement présents pour « protéger » le Concile. Les jésuites à la fin du XVIIIe siècle ont été dissous de même par l’Église sous la pression des grandes puissances. (NDLR.)
[3] — L’idée d’une transformation de l’ordre du Temple en un ordre secret après sa « condamnation » semble d’origine maçonnique. Les maçons aiment à se trouver de grand ancêtres : ils vont même jusqu’à faire d’Adam le premier franc-maçon. Des historiens sérieux, comme Ivan Gobry, n’admettent pas cette théorie d’une telle transformation. D’autres (Régine Pernoud par exemple) ont reconnu s’être trompés en l’admettant dans un premier temps. (NDLR.)
[4] — L’affirmation est inexacte : rien ne permet d’affirmer que Rampolla aurait été élu s’il n’y avait pas eu ce veto. (NDLR.)

